Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

L'oeil ne voit que la surface des choses


"Les Perséides" est un recueil, inédit en français même si toutes les nouvelles qui le composent ne le sont pas, de Robert Charles « Spin » Wilson.

Neuf nouvelles donc, le feu étant ouvert par la glaçante Les champs d’Abraham qui pose l’ambiance. Des points communs, kind of. Toronto. La boutique Finders, librairie d’occasion. Quelques personnages récurrents, Déirdre, Oscar. Un amour explicite pour la SF, même si elle est diffuse ici et tangente parfois le Weird. Un amour des livres. Ouais. Mais surtout des thèmes dominants et un ton qui donnent une unité à l’ensemble.

"Les Perséides" est le lieu où l’humain, entre les pages du recueil que tient le lecteur ou d’un exemplaire déniché par un personnage chez Finders, rencontre l’étrange, l’inhumain, le résolument Autre. Celui-ci est extra-terrestre, infra-terrestre, ou existe entre les plans de réalité. Il est matériel ou pas. Bienveillant, malveillant, ou indifférent à l’humain. Mais quoi qu’il en soit il, est là. Jamais directement visible et pourtant accessible pour peu que les conditions appropriées soient réunies. Touchant l’humain et le changeant.

"Les Perséides" est aussi le siège d’une géographie étrange, d’un monde à côté du monde dans lequel on pénètre par inadvertance pour le meilleur ou pour le pire, que ce soit dans La ville dans la ville - qui rappelle moins The city and the city de Miéville que beaucoup des nouvelles contenues dans son recueil Looking for Jake - comme dans Protocoles d’usage ou Le miroir de Platon.

"Les Perséides" est encore habité par la mécanique quantique et son approche si déroutante de la réalité comme probabiliste. La fonction d’onde représente l’ensemble des probabilités associées à une situation ou position. L’observation la fait « s’effondrer », l’oblige à « choisir », parmi toutes les probabilités laquelle s’actualise. Pour Wilson ce n’est pas vrai seulement pour les particules élémentaires mais aussi pour les vies humaines. Ce thème revient souvent dans les nouvelles. Il est même au cœur de celle intitulée Divisé par l’infini.  On rappellera qu’Egan avait poussé ce thème au bout dans son roman Isolation.

"Les Perséides" est également un recueil parcouru par la solitude humaine, les aventures sans peu de lendemains, les séparations, les relations insatisfaisantes ou qui finissent par le devenir. L’humain ne trouve que rarement son double dans le recueil, et même quand il croit le faire c’est le plus souvent illusoire. Le romantisme de Wilson est noir, résolument.
Il se dégage alors du recueil une forme de tristesse sourde et émouvante qui fait peut-être mieux que tout le reste l’unité du recueil. Les histoires d’amour, quand elles existent, « finissent mal en général ». Les trahisons, petites ou grandes, abondent. C’est un recueil de fins d’histoires, de fins de vie, de déceptions ou d’espoir vains. A lire absolument en écoutant les Nocturnes de Chopin par Rubinstein. On y trouve la même sensibilité et la même délicatesse navrée.

J’avais déjà lu deux des trois nouvelles non inédites, à savoir Les Perséides, L’Observatrice, et Divisé par l’infini. Elles m’avaient laissé un bon souvenir, pas beaucoup plus. Et je pense que ça pourrait être le cas pour beaucoup des textes réunis ici. Simplement, ici, tous rassemblés, il y a un effet d’accrétion qui donne une qualité émergente à l’ensemble. Le recueil intrigue, émeut, met souvent mal à l’aise. Plus que du Lovecraft ou du Borges, il y a du Ligotti dans ce recueil, le Ligotti  de The last feast of Harlequin par exemple – le même genre de pérégrinations et d’interrogations. Rien d'étonnant, ce dernier ne fait-il pas d’une certaine manière la synthèse des deux premiers ?

Les Perséides, RC Wilson

L'avis de Nébal, de Lune, de Julien, d'Efelle

Commentaires

Lune a dit…
Contente que ça t'ait plu ! :D
Lorhkan a dit…
Bon ben faut que je teste alors.
Gromovar a dit…
Yep. D'autant que les forumeurs doivent désigner un des short-listés cette année.
Lorhkan a dit…
Ah tiens, je ne savais pas que ça avait été officiellement mis en place. Bonne nouvelle ! ;)
Gromovar a dit…
Nous n'avons pas encore les détails techniques mais c'est en route oui.
Pazou a dit…
Je l'ajoute sur ma wishlist pour plus tard, mais priorité à " La Ménagerie de papier " de Ken LIU. Vivement le 2 avril. ^^