Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

Le lycanthrope est un loup pour l'homme


Comics, noir et blanc, invasion des USA par une race de monstres mythiques, effondrement civilisationnel, post-ap ou presque. Ca ne vous rappelle rien ? A moi, si.

World War Wolves, dont le tome 1 est sobrement intitulé "Dieu a de l’humour", raconte comment les loups-garous envahissent le territoire américain, provoquant l’effondrement de l’Etat fédéral et la fin de notre modèle de civilisation. Et, effroi, c’est en 2015 que ça commence (je pense d’ailleurs qu’il y a une erreur d’année dans le premier article de presse).

S’attachant aux destins de plusieurs personnages vivant la catastrophe en des lieux différents, Istin donne le ton dès la première scène, cruelle, ironique, dure. La conclusion confirme.

Comme dans le Zombies de Peru, des communautés se forment, préservent ce qu’elles peuvent d’un mode de vie et d’une sécurité qu’on prenait jusque là pour acquis. Seuls les mieux organisés et les plus dégourdis survivent, les plus salauds aussi.
Suivant plusieurs groupes éparpillés sur le territoire, Istin peut donner un genre de vision d’ensemble de la situation, d’autant que, contrairement à la norme Walking Dead, ici toute civilisation n’a pas encore complètement disparu. Les fronts sont peu ou prou stabilisés, entre les villes ou à l’intérieur même de celles-ci, et les humains peuvent encore rêver à une victoire qui éradiquerait les lycanthropes. Jusqu’à quand ?

Le scénariste a la bonne idée de mettre en lumière, entre autres, une famille dysfonctionnelle, montrant plutôt bien que ce sont des gens normaux que le désastre a frappé et que celui-ci ne les a pas transfiguré, que le banal doit faire face à l’extraordinaire.
Autres trouvailles intéressantes : « l’élevage » de Ryker’s Island, le contrôle de leur transformation par les loups – d’où l’existence probable d’une cinquième colonne  dans les communautés humaines, l’utilisation d’un héros romancier – donc inapte à la survie ;) – contraint à aller contre sa nature pour espérer protéger sa famille.
Et il y a quelques beaux personnages : Driss ou Lester notamment qui conservent leur part d’humanité dans le chaos.

Sur la plan de la forme, l’utilisation d’articles de journaux, de notes de blogs, de carnets intimes, donne un supplément d’âme aux personnages et au monde qu’ils habitent.

Les dessins sont plutôt beaux, et le noir et blanc colorisé en dégradés donne un cachet incontestable à la série.

World War Wolves n’aura pas la palme de l’originalité. Mais ce qu’il fait, il le fait plutôt bien. Après tout, ma grand-mère non plus n’était pas originale quand elle faisait la daube. Et pourtant elle la faisait bonne.

World War Wolves t1, Dieu a le sens de l'humour, Istin, Duane, Ellem

Commentaires

Escrocgriffe a dit…
C’est marrant car à la lumière de ton article, je trouve ce traitement du loup-garou à la sauce post-apo plutôt original… Je suis d’accord avec la métaphore de la daube :D
Gromovar a dit…
Merci pour elle :)