Wolf Worm - T. Kingfisher

1899, Caroline du Nord. Sonia Wilson arrive à la gare de Siler - « le pays du mondialement célèbre Lapin de Chatham » . Après la mort de son père, avec qui elle vivait, cette femme célibataire vient prendre un emploi chez le Dr Halder, un naturaliste comme son défunt père. Différence notable entre les deux : le père Wilson inventoriait les végétaux quand le Dr Halder s’occupe, lui, d’insectes. Dans la maison isolée où elle va dorénavant vivre et travailler, elle découvre un tout petit monde composé d’une gouvernante, de son mari, d’une jeune domestique, et surtout du très désagréable Dr Halder. Autour, quelques rares voisins (dont un paraît cinglé) , et quelques paroissiens côtoyés à l’office du dimanche. C’est tout. C’est peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Sonia réalise vite que quelque chose (quoi au juste ?) n’est pas normal. Wolf Worm est le dernier roman de T. Kingfisher . C’est un Southern Gothic  réussi, à condition d’atteindre une assez forte suspension d’inc...

On dira : C'est un brave


"Les soldats de la mer", d’Ada et Yves Rémy, est un recueil rassemblant un ensemble de chroniques (récits sous forme de nouvelles) liées par des rappels « historiques ». Il raconte quelques moments marquants de l’histoire de la Fédération, une entité étatique fédérale expansionniste dont le lecteur suit la progression, tant institutionnelle que territoriale. Publié en 1968, ce recueil a été régulièrement réédité depuis. Il est disponible aujourd’hui en numérique chez Dystopia, et le sera très bientôt en version papier.

Dans un monde qui n’est pas le nôtre mais qui ressemble grandement à celui du Premier Empire, la succession des Fédérations (il y en aura 5, de plus en plus étendues, auxquelles s’agrègent, pas toujours volontairement, protectorats et colonies) est décrite par l’entremise des hauts faits d’armes, des conquêtes, des rebellions, du destin de soldats mémorables et d’autres qui le sont moins (ou pas pour les bonnes raisons).

Hussards, dragons, grenadiers, entre autres, shakos, chevaux, sabres, c’est à toute la panoplie militaire du début du XIXème siècle que font appel les auteurs. On y croise aussi des nobles, des paysans, des aubergistes, des diplomates. Ce contexte éminemment martial, parfois héroïque, et délicieusement suranné possède un charme indéniable tant il diffère, en attrait, du nôtre.

La langue des auteurs soutient à merveille leur récit. D’un classicisme de bon aloi, le vocabulaire du recueil est riche, élégant, typé. Quelques lignes suffisent aux Rémy pour projeter le lecteur dans ce XIXème rêvé grâce à la magie d’un mot ou d’une image que personne n’utiliserait aujourd’hui.

Mais la Fédération n’est pas qu’un univers alternatif ou uchronique. C’est dans un monde fantastique qu’elle existe. Le deux lunes dans le ciel ne sont qu’un détail. Dans les récits du recueil, on croise des vampires, des fantômes (dont certains, tragiques, ignorent leur condition), des statues qui marchent, des forêts de perdition, des lacs portail, des objets de bois qui combattent, etc… Background + surnaturel auraient pu donner une resucée de roman gothique. Ce n’est, de fait, pas le cas car l’écriture, toujours fluide, est minimale, légère, évanescente. Un mot, une expression décrivent une situation et une ambiance, là où les auteurs gothiques accumulaient les éléments descriptifs. Cette économie de moyens fait de ces récits des textes faciles à lire, qui semblent couler de source, presque comme des contes. Nommons-le, s’il le faut, gothique elliptique. C’est en tout cas très gracieux.

17 nouvelles en tout. Les styles, les thèmes, comme les longueurs, varient de l’une à l’autre, dans les limites précisées ci-dessus. La plupart sont très agréables à lire, même si certaines sont prévisibles. La dernière explique le tout. On aime ou pas l’idée d’une explication finale ; j’aurais pu m’en passer, mais j’ai bien aimé la notion d’un monde rêvé dont l’existence même a pour finalité de préserver celle des rêveurs, de divinités n’existant que si on croit en elles, alors mêmes que les croyants ne sont que les créations ad hoc des dites divinités.

On lit ici et là que "Les soldats de la mer" est un chef d’œuvre. Je n’irai pas jusque là mais c’est assurément une belle lecture, plaisante, élégante, qui tantôt ravit tantôt intrigue, parfois amuse, d’autre fois exalte. On en sort charmé et satisfait. C’est déjà beaucoup.

Les soldats de la mer, Ada et Yves Rémy

Commentaires

Efelle a dit…
J'attends la version papier avec impatience.
Gromovar a dit…
15 jours, pas plus.
Lorhkan a dit…
je l'attends aussi avec une grande impatience !
Tigger Lilly a dit…
J'ai lu la première nouvelle, c'est du tout bon !
Gromovar a dit…
De la belle littérature.