mercredi 5 juillet 2017

The Prey of Gods - Nicky Drayden - Imparfait


"The Prey of Gods" est le premier roman de Nicky Drayden. C'est un mélange de cyberpunk et d'urban fantasy situé dans une Afrique du Sud à venir. On y croise, dans un kaléidoscope de personnages qui vire ensuite au rollercoaster pyrotechnique, des intelligences émergentes, d'anciennes divinités en mal d'adorateurs, et des humains à qui une drogue inédite permet d’atteindre leur vrai potentiel.
"The Prey of Gods" a d'évidentes qualités, jusqu'à la moitié du texte. Après, c'est soumis à discussion.

Drayden décrit dans son roman une Afrique du Sud optimiste, en clair développement. Les différences raciales y semblent apaisées, et la technologie permet d'améliorer la vie des plus pauvres, même si du chemin reste encore à faire. Énergie solaire, génie génétique, et robots assistants personnels tendent à faciliter la vie des citoyens d'un pays – c'est un signe – plébiscité par les touristes. Il y a bien le problème des dik-diks qui causent accidents de la circulation et embouteillages mais c'est mineur comparé au reste.

Les dik-diks précisément sont les preuves vivantes et remuantes que, dans ce pays en développement rapide, l'histoire et la tradition sont toujours bien présents. Le roman est en tension entre ces deux pôles. Comme la scène d'ouverture qui met en vedette Muzi, jeune sud-africain que son grand-père a convaincu d’accepter une circoncision traditionnelle. Et comme la présence dans la ville même d'une ancienne divinité, Sidney, forcée de se dissimuler sous les traits d'une employée d'institut de beauté et de commettre des meurtres en série pour nourrir sa magie.

Car, pour les dieux anciens, il n'y a que deux sources de pouvoir : la foi et la peur.
Privée de foi, Sidney ne peut compter que sur la terreur qu'inspirent les tortures qu'elle inflige à ses victimes pour charger ses batteries magiques.
Nomvula, une petite fille zoulou qui découvre ses pouvoirs et devient, de ce fait et sans même le savoir, une rivale à éliminer pour Sidney, recevra, elle, la foi des plus étonnants des croyants.

Le roman est centré autour de cette opposition. Mais il y a aussi le jeune Muzi, qui libère son potentiel et découvre le prix du pouvoir, le politicien transgenre Stoker qui doit se battre pour faire accepter sa différence à sa mère et réaliser ses rêves d'artiste drag tout en dirigeant une ville en proie au chaos, la star Riya qui puise dans la douleur que lui inflige sa sclérose en plaques la voix et l'énergie qui l'ont rendue célèbre, et les petits robots qui deviennent à un moment bien plus que des serviteurs et acquièrent une voix et un agenda propres. Plus quelques personnages secondaires bien croqués.

De ce point de vue, le roman est réussi. Les personnages sont détaillés et attachants. Leurs tourments ne laissent pas indifférent, de la maltraitance maternelle que subit Nomvula au difficile coming out d'un Muzi peu sûr de son identité en passant par la vie secrète de Stoker ou le passé enfoui de Riya. Même Sidney réussit à être le genre de salopard qu'on apprécie. "The Prey of Gods" présente de beaux personnages porteurs de riches interactions.

De plus, le tout est écrit de manière enlevé, rapide, avec un ton à la fois casual à la limite du sarcastique et plein de cette nervosité qu'on associe souvent au cyberpunk. Quant au contraste entre temps immémoriaux et technologies innovantes, il est fort bien mis en scène – un trait qu'on retrouve chez d'autres écrivains tels que Lauren Beukes par exemple.

Puis arrive la seconde moitié du roman. Les préparatifs de la première partie culminent dans un attentat provoqué par Sidney lors du mégaconcert de Riya qui se conclut – si l'on peut dire – par un combat/course/poursuite dans la ville – sans oublier un passage dans l'au-delà – entre les différents protagonistes sur les 200 dernières pages. Là, il faut aimer le style « Scène finale de film de super-héros » ; moi, ce n'est pas trop mon truc, et je finis vite par m'y ennuyer.

Mais disons, lecteur, que tu aimes ce genre. Tu n'es pas au bout des problèmes.
La narration dans cette partie est inconséquente. Trop de rebondissements heureux, trop de Deus ex machina, trop, simplement, de personnages qui sont ici puis là puis encore là-bas sans qu'on voit vraiment les déplacements avoir lieu, au point que, par moments, on a du mal à visualiser mentalement qui est où, avec qui, et fait quoi. Même le style semble se dégrader dans cette interminable scène d'action.

Et puis, il y a un peu de too much. Il y a des choses qui passent en BD et pas en roman. L'urban est rarement avare d'effets spectaculaires mais ici on dirait la fin d'un film des Vengeurs, entre griffons, robot géant, sorcières et boules de feu.
De plus, le mode descriptif devenu très neutre ajoute au sentiment d'incrédulité. Des descriptions très détaillées auraient peut-être donné du poids aux choses et fait saisir le caractère miraculeux des événements, mais ce n'est pas le choix qui est fait, au point qu'on a parfois l'impression de lire une transcription de jeu de rôle – un jeu d'ailleurs aux règles de magie trop fluctuantes pour être honnêtes.

Enfin, happy end, tout s'arrange, tout le monde s'aime, les morts ne sont plus si morts. C'est évidemment optimiste et souriant mais toujours un peu dommage de céder à cette facilité, comme à celle – de plus en plus éculée en SF – qui fait de la lutte pour l'identité sexuelle un des enjeux du récit.

En conclusion, on dira que c'est un premier roman, que de belles choses sont entrevues, mais qu'on ne passe pas si facilement des nouvelles aux textes longs.

The Prey of Gods, Nicky Drayden

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