samedi 9 mars 2013

Killing is my business (and business is good)


"Gueule de truie" est le dernier roman de Justine Niogret. Contrairement aux deux précédents, « Chien du Heaume » et « Mordre le bouclier », pas de médiéval, ici c’est de post-ap qu’il s’agit. Mais la proximité entre ce roman et Chien du Heaume est forte ; déjà par leur titre respectif qui sont les noms improbables de leur personnage principal.

Avant, il y eut la Flache, le monde fut détruit ou peu s’en faut. On ne sait pas exactement ce que ce fut, ni quand ça advint, mais presque toute l’Humanité disparut dans cet événement dont les « Pères » de Gueule de Truie disent qu’il fut provoqué par la parole de Dieu ouvrant enfin sa bouche. Maintenant, restent quelques survivants. La plupart ont fortement régressé et ne forment guère que de petites hordes d’êtres aussi proche de l’animal que de l’homme dans leur intellect et dans leurs pratiques.
Et puis il y a les « Pères ». Religieux nihilistes qui ont dressé Gueule de Truie depuis l’enfance pour en faire un tueur. Lui et quelques autres parcourent les environs de leur base pour tuer les survivants et les soumettre à la Question pour en trouver plus afin de les tuer. L’objectif final est l’extinction et le calme enfin.
Puis Gueule de Truie tombe sur une fille mystérieuse. Il l’épargne, l’accompagne dans sa quête jusqu’à… jusqu’au bout du monde.

Gueule de Truie a les défauts et les qualité que je trouvais dans Chien du Heaume, je vais donc être assez bref.

Dans un monde inconstruit par l’auteur (un bout de route, un pont, un zoo), agit un personnage plutôt bien campé. Les buts de ses « Pères » semblent vagues mais on se dit que tout finira par trouver son explication. En fait, non. Veut-on nous dire que tout est absurde et insensé ? Que le nihilisme est son propre moteur ? De ce point de vue, les Boutefeux d’Exodes sont plus crédibles car moins organisés et plus festifs.

Passé l’obéissance, Gueule de Truie suit la femme. Il y apprendra à chercher et à voir l’autre, connaitra les affres de ceux qui ne savent pas aimer, obtiendra des réponses sur le sens du monde, de la Flache, et sur les rapports qu’entretiennent altérité et identité.

Le concret est vague mais parfois le voyage se suffit à lui-même. Et de fait, c’est le cas pendant les deux premiers tiers du roman. La plume de Niogret est élégante, travaillée même lorsqu’elle est volontairement minimale, et elle sait comme peu donner un rythme à son texte qui fait qu’on est hypnotisé par le mouvement de ses mots comme on le serait par la danse d’un serpent.
On se dit qu’on ne voit pas bien où tout ça veut en venir, on se demande progressivement si ça veut en venir quelque part, mais on se dit que ce n’est pas trop grave car le chemin est plaisant.
Puis arrive le troisième tiers, et là…

Le texte, peu dialogué jusqu’ici, voit les monologues internes devenir dominants. Gueule de Truie s’interroge très longuement sur le sens de sa vie, de sa quête, de sa relation à la fille. Il cherche ce qu’il cherche.

On sait sans doute que je n’ai rien contre un texte dont les enjeux sont principalement intellectuels mais ici ça ne fonctionne pas. C’est long, verbeux, parfois (pas souvent heureusement) un peu pédant dans le déclamatoire, ça n’en finit plus. On se croirait dans un film psychologique français. On se dit que quelque chose va bien finir par naitre de ce torrent de parole et d’introspection puis on comprend progressivement que non. En tout cas rien qui soit à la hauteur de l’effort.

Le texte lorgne aussi vers le symbolisme d’une manière trop évidente et c’est un effet que je trouve toujours très (trop) facile (il y a même un cerf blanc humanisé). La bascule a lieu durant la scène de la descente/remontée des « enfers » avec passage du « voile », qui est justement celle où Gueule de truie a son premier contact sexuel avec la fille. Il s’éloigne alors de son réalisme post-ap pour devenir autre chose d’indéfinissable qui ne se laisse jamais attraper par le lecteur, même si, dans la pratique consistant à incarner des concepts, notamment moraux, le texte m’a parfois rappelé la manière de raconter de Pierre Bordage. Mais là où celui-ci est foisonnant, baroque, la sècheresse de Niogret ne laisse voir que le symbolisme dans ce qu’il a de plus insultant pour l’intelligence. Dommage.

Gueule de Truie, Justine Niogret

9 commentaires:

Endea a dit…

Les premiers trois quart sont très bien passés pour moi aussi. Et puis est venu le dénouement ... qui m'a laissé une sensation de frustration et un peu l'impression d'avoir emprunté une route et de m'en être fait jeter ... m'être faite avoir en somme. Cependant c'est quand même un roman fort.

Gromovar a dit…

D'accord avec ton commentaire, sauf la dernière phrase ;)

Xapur LeMystique a dit…

Bon, ça confirme que ce n'est pas pour moi.

Guillaume44 a dit…

Quand il sortira en poche, je me ferai une lecture groupée spéciale Niogret. C'est intéressant cette lecture à la lumière des deux autres romans.

Gromovar a dit…

Tu peux essayer. En ce qui me concerne, je crois que j'arrête là.

Efelle a dit…

Avec Ubik, tu es le second de mes prescripteurs à lever le bouclier...

Le thème et vos critiques ne donnent pas envie, je ne tenterai pas l'expérience.

Gromovar a dit…

Judicieux je crois.

Tigger Lilly a dit…

Ben voilà, pareil. J'attendais autre chose.

Gromovar a dit…

Je dirais même que j'attendais Quelque chose