lundi 2 juillet 2012

Bad, bad, naughty Zout


"Montségur 1201" est le quatrième roman de Jean d’Aillon dans le série des aventures de Guillem d’Ussel, chevalier et troubadour.

Revenu dans son fief de Malaguère, Guilhem, ancien routier adoubé, vassal maintenant du roi de France et du comte de Toulouse, gère paisiblement son domaine quand une vieille amie vient demander son aide.

L’histoire commence par une tentative, somme toute malheureusement assez banale, d’usurpation de fief. La multiplicité et la complexité des liens d’hommage, encore aggravée lorsqu’il fallait transmettre les fiefs par succession,  imposaient la rédaction de chartes complexes précisant les droits et devoirs de chacun, chartes qui étaient régulièrement contestées et/ou renégociées au gré des changements d’alliances, des mariages et des dots associées, ou de modifications des rapports de force entre vassaux et suzerains ou entre suzerains eux-mêmes. La tentative familiale, décrite dans le roman, de spoliation de fief doit être réglée à la cour de Toulouse, c’est donc là que se rendent Guilhem et ses suivants alors que les fêtes de Pâques vont s’y dérouler, avec force festins, tournois, et cours d’amour.

Mais nous sommes en 1201. Les cathares, qui se disent « bons hommes », sont très nombreux dans le pays d’Oc, tolérés voire protégés par les seigneurs locaux, et notamment par Raymond VI de Toulouse et le comte de Foix, dont la puissante sœur Esclarmonde est ce qu’on appellerait aujourd’hui une pasionaria du catharisme. L’Eglise, dirigée par le très politique Innocent III, veut affermir son pouvoir, notamment en écrasant toutes les contestations internes de son autorité. Il est capital, politiquement, que le dogme ne soit pas contesté car la parole de Dieu ne saurait avoir plusieurs sens, et que le pape est à même de l’interpréter. La papauté se trouve, de plus, à un moment où elle doit affirmer son autorité sur les puissances temporelles, pour étendre la réforme grégorienne de l’indépendance de l’Eglise à sa primauté, et elle manie l’excommunication comme d’autres la kalachnikov. Une délégation conduite par Pierre de Castelnau, cistercien proche d’Arnaud Amaury et du pape, est donc présente à la cour de Raymond pour l’enjoindre de commencer une répression sévère contre les cathares. La résistance pateline du comte de Toulouse et les exigences des envoyés du pape forment le terreau sur lequel se développera le durcissement des positions respectives des seigneurs occitans et du pape, qui culminera, dès 1208, dans la croisade des albigeois de sinistre mémoire.

Est aussi présente à ces festivités de Pâques, une ambassade de Transylvanie aux motivations secrètes, conduite par un voïvode aussi cruel que haut en couleurs. D’Aillon fait sienne ici la thèse suivant laquelle cathares et bogomiles avaient des liens forts d’interconnaissance.

Esclarmonde, en voisine, et le roi d’Aragon Alphonse II, venu négocier le mariage de sa fille, sont aussi présents aux festivités, ainsi que le chevalier poète allemand Wolfram von Eschenbach, dont la connaissance du mythe de Perceval sera motrice dans l'histoire.

La machination successorale débouche, progressivement et du fait de la mise en contact de tous ces groupes aux agendas secrets, sur une quête pour retrouver le Graal pyrénéen, l’auteur reprenant à son compte cette légende à laquelle même Himmler a cru, inspiré par l’archéologue Otto Rahn qui a servi de modèle pour le personnage d’Indiana Jones.

Au quatrième roman du cycle, je continue de louer la précision historique, la richesse du vocabulaire, le souci de montrer comment certains guerriers du temps, sous l'influence des femmes, tentent de se policer, mais également la démonstration de la violence brutale qui était celle de l’époque. J’apprécie aussi toujours autant le personnage principal, dur, brutal, mais doté d’une forme intransigeante d’honneur.

Situé dans un petit espace entre Toulouse et l’Ariège, le récit gagne beaucoup d’ampleur au fil des pages sans qu’on ait jamais l’impression que l’auteur en fait trop. Mon seul, petit, regret vient du fait qu’après avoir laissé la possibilité au lecteur d’interpréter librement les évènements qui se produisent dans la dernière partie du récit, il semble à la toute fin privilégier une explication surnaturelle.

Montségur 1201, Jean d’Aillon

5 commentaires:

Efelle a dit…

Et le titre du billet ?
C'est pour voir rappliquer tous les fans des Monty Python ?

Les précédents sont déjà sur ma liste d'achat, à suivre.

Gromovar a dit…

Ce sont elles qui gardent le Graal (timecode 0:27)

http://youtu.be/jjio-F47IfM

Efelle a dit…

Je me souviens bien de ce passage mais je ne vois pas trop le rapport avec ton billet... ;)

Gromovar a dit…

Elles ont un graal dans leur château ;-)

Efelle a dit…

Purée, je ne suis pas réveillé...
Désolé.