mercredi 12 août 2009

Stephen King Digest


Je me débattais depuis des années dans une contradiction pénible. J'aimais vraiment les films tirés d'œuvres de Stephen King, mais ses romans me tombaient des mains à la vitesse de l'éclair. Etais-je condamné à ne connaître du King que ses ouvrages adaptés ? C'était à craindre.
Et puis, j'ai fini par trouver une solution. Quel est le problème avec Stephen King ? Ses interminables, et en général parfaitement inutiles, digressions récurrentes. Chaque personnage passe son temps à se souvenir extensivement de son copain Jack qui lui avait donné un briquet en 57, de la chanson (paroles incluses) que lui chantait sa mère pour l'endormir, de la victoire des Spurs et du hot-dog divin qui l'avait accompagnée. Et c'est long, c'est long, c'est long, ça n'en finit pas (d'autant qu'une pulsion masochiste incontrôlée m'a fait acheter la version Uncut, encore plus longue que la normale). Dans les jeux de rôles aussi nous utilisons ces digressions pour donner de la substance aux personnages, mais, étant gens de goût, nous en usons en quantité homéopathique. King, lui, nous en fournit à grands coups de louche. Bon ! La tumeur localisée, restait à l'exciser.
J'ai lu "The Stand" ("le Fléau" en France) très rapidement car l'histoire et les personnages m'ont passionnés. Pour y parvenir j'ai systématiquement zappé toutes les digressions, faciles à repérer. Ainsi le roman cesse d'être indigeste. Voila une bien vilaine chose, que je ne fais jamais, mais dans ce cas précis c'était sine qua non, d'autant que King n'est pas Flaubert et qu'on ne perd pas le plaisir d'une prose superbe en sautant quelques lignes. Et ça a plutôt bien marché. A l'arrivée j'estime à facilement 20% les digressions dans "The Stand". Absolument colossal. D'autant qu'elles sont tellement omniprésentes qu'elles cassent sans cesse le rythme de la narration.
Que devient alors "The Stand" après liposuccion ? Un très bon roman fantastique post-ap. La libération accidentelle d'un super-virus AH1N1 ;-) tue en quelques semaines 99% de l'humanité. Le % restant est l'enjeu d'une lutte entre le Bien et le Mal représentés dans l'Amérique en ruine par deux avatars. La trame narrative est cohérente et convaincante. Les nombreux personnages sont détaillés, attachants (en particulier le sociologue cynique qui tente de recréer les bases d'une vie sociale, mais ça c'est mon pathos), et leurs motivations sont crédibles. L'éventail des réactions humaines à une situation de crise extrême est balayé de façon convaincante par King. Les rebondissements, nombreux, ne sont pas trop téléphonés. Le fantastique intervient assez pour jouer un rôle, mais pas assez pour rendre ridicules des situations rationnelles. C'est donc un très bon livre et un vrai plaisir de lecture, une fois débarrassé de ses scories (mais que fait l'éditeur ?). Faudra que j'essaie de relire "Simetière" de la même manière.
Seul avertissement : c'est très américain et très biblique, ce qui n'est pas un défaut en soi mais donne lieu à quelques scènes qui sont du plus haut comique pour un français athée.
Bonne nouvelle : L'adaptation comics sort en TPB en septembre aux USA. Aiguisez vos CB.
The stand / Le fléau, Stephen King

17 commentaires:

La liseuse a dit…

J'ai le même problème avec cet auteur. Je me suis ennuyée à mourrir avec Sac d'os. Par contre, les adaptations du genre Misery, ça, shining, le fléau sont géniales. Je vais peut-être lire "ça" pour voir. J'en avais eu des cauchemars étant gamine avec le film.

Gromovar a dit…

C'est vrai que les films sont super. Essaie ma technique ;-)

Papa Fredo a dit…

Bizarre, moi les pavés kingiens ne m'ont jamais posé problème, bien sûr des digressions il y en a mais chez moi, elles passent car je me sens emporté par le talent de conteur de l'auteur. Bien sûr, c'est pas toujours super digeste, mais comme le dit l'auteur lui même, c'est comme un hamburger frites coca...
Sinon, c'est clair, ses premiers romans sont les meilleurs à mon avis, Shining, Ca sont des valeurs sures. Pas exemptes de digressions toutefois...

Gromovar a dit…

Je crois qu'il faut avoir beaucoup d'amour pour la middle class US que King décrit dans tous ses romans pour prendre plaisir à assister à ses moments d'émotion.
Mais je dis ça ou rien ;-)

Efelle a dit…

Marrant comme Papa Fredo je ne gardes pas le souvenir de digressions pénibles même dans des pavés comme Le Fléau ou Ca.
Par contre les adaptations... Ksss ! Beuh !
Sauf Misery, Shining, La ligne verte et Les évadés.

Gromovar a dit…

Bon. Pas de consensus sur le King. Happens :-)

Siestacorta a dit…

LE cycle de la tour sombre se lit sans trop sauter de pages...

C'est pas seulement les digressions, qui ralentissent, chez King, c'est qu'il tourne parfois un peu en rond, dans ce qu'il raconte. Pour être bien sûr qu'on a bien tout suivi. Un peu comme dans une série, t'as un résumé à chaque épisode, et pis auss tous les 10 épisodes une série de flashbacks au cas où.

D'où l'idée d'un "fine cut", pour les gens qui se tappent pas ça à la parution, mais en intégrale d'un coup.
Pour King, faudrait peut-être lui écrire un courrier genre "tu sais, t'as pas besoin de faire 600 pages par bouquin pour me donner l'impression d'être un bon lecteur".

Gromovar a dit…

@ Siestacorta : Lance une pétition online, je la signe.

Neault a dit…

Rhoo, sauter des passages de King, mince alors.
Mais bon, je crois que tu n'es pas loin de la vérité en disant qu'il "faut avoir beaucoup d'amour pour la middle class US que King décrit dans tous ses romans pour prendre plaisir à assister à ses moments d'émotion". Même si, quand même, y'a pas que le côté "middle", j'avoue que c'est peut-être ça que j'aime chez lui.

Par contre, je t'en conjure, ne zappe rien dans "Simetière". Il n'y a rien en trop. De tous les livres du Maître (je crois que c'est le seul auteur pour qui j'éprouve une forme aussi intense de respect, voire même un respect tout court), c'est le seul que j'ai relu deux fois. Et sans doute celui qui me hante encore le plus aujourd'hui. Bon, après, y'a aussi certainement un contexte qui fait que, mais tout de même...

En fait, le seul bouquin de King qui me semble discutable, c'est le premier tome de la Tour Sombre. Et peut-être Carrie (très court d'ailleurs). Le reste, c'est du miel pour qui aime les pages onctueuses.
;o)

Bon après, comme je le dis parfois, un bouquin, c'est une rencontre. L'auteur fait une partie du chemin, le lecteur doit jouer le jeu pour que la magie opère. Parfois, on n'a pas envie et rien ne se passe. Mais les responsabilités, dans le cas d'un King, sont à mon avis partagées.

Gromovar a dit…

@ Néault : D'accord avec toi. Visiblement ça ne fonctionne pas entre King et moi comme ça devrait. Et pourtant j'aime les adaptations, c'est pourquoi j'attends avec impatience le comics qui sort le mois prochain (j'en ferai sûrement une petite chronique ici, mais s'il me plait beaucoup je vais de nouveau te frapper au cœur en écrivant des choses du genre "sans les digressions ça devient bien" ;-)
Simetiere, dans mon lointain souvenir, j'avais bien aimé ; j'avais même joué un scénario de jeu de rôle basé sur l'histoire. Etrange que dans les commentaires personne ne parle de Cellular, parce que j'avais vraiment bien aimé (mais j'ai une passion démente pour le post-ap), même si je dois avouer que j'ai aussi un peu sauté des passages :-(

Neault a dit…

"Etrange que dans les commentaires personne ne parle de Cellular"

--> Ah oui, sympa Cellular mais pas vraiment le meilleur King, même si, effectivement, c'est assez "bref". ;o)
Par contre, j'aime bien aussi le "post ap", ce qui doit jouer même si j'en garde un très mauvais souvenir pour avoir eu à vivre "en vrai" un très très mauvais scénario découlant d'une alerte nucléaire. Au final c'était, apparemment, rien mais ça donne l'occasion d'expérimenter les vrais coups de flippe et de mesurer un peu sa capacité de réaction. ;o)

Gromovar a dit…

@ Néault : On peut savoir ou c'est Secret Défense ?

Neault a dit…

Ah c'est pas secret, c'est même passé aux infos, ça date de juin 2006. Le lendemain j'ai tout consigné par écrit.
J'ai essayé de poster mon compte-rendu en commentaire mais c'est trop long, lol, ça passe pas (y'a une limite de 4096 caractères et mon texte fait un peu plus de 10 000).

En gros, il y a eu une alerte portant sur un accident majeur survenu à la centrale de Cattenom. La radio a annoncé ça, des écoles ont été confinées et, surtout, il était impossible de contacter la centrale ni même les pompiers de Cattenom. Pendant plus de deux heures ça a vraiment été le bon coup de flippe !

Et les explications données après coup étaient vraiment bizarres, ça m'a jamais convaincu...
Par exemple il a été avancé que tout le binz proviendrait d'un type travaillant à l'hôpital militaire Legouest de Metz qui aurait confondu un exercice avec un truc réel. Et le gars, pas au courant d'un exercice préparé de longue date et impliquant des centaines de personnes, au lieu de se renseigner auprès de ses collègues, soi-disant il commence à téléphoner à des écoles un peu partout...
Mais bon c'est pas la seule bizarrerie, y'a eu pas mal d'incohérences ce jour là.

Tigger Lilly a dit…

Je fais partie des incontitionnelles qui aiment les digressions de King. Elles font partie de l'histoire, nous permet de plonger davantage dedans.

Le Fléau est un de mes bouquins préférés de King, en version longue !

Gromovar a dit…

@ Tiger Lilly : Je n'ai pas la chance d'être éternel ;-)

Lune a dit…

Tu poses des questions mais tu regardes pas la réponse :p

Donc oui j'ai lu le Fléau, il n'y a pas si longtemps d'ailleurs, en version intégrale. c'est quand même du post-apo quoi !

J'avais vu le téléfilm bien avant que j'avais adoré (y a quand même Parker Lewis dedans), et j'avais même commencé le Fléau adolescente, mais le bouquin n'était pas à moi, j'ai dû le laisser chez son propriétaire, chez qui je passais des vacances d'été à Bordeaux.
Digression !

Gromovar a dit…

Je suis trop de blogs. Qui trop embrasse mal étreint.

http://quoideneufsurmapile.blogspot.fr/2012/02/stand-6-night-has-come.html et les précédents forment une super adaptation.