jeudi 9 novembre 2017

The Murders of Molly Southbourne - Tade Thompson


"The Murders of Molly Southbourne" est une novella de Tade Thompson publiée par Tor.

Molly Southbourne est une petite fille très spéciale. Elevée, dans une ferme isolée, par des parents aimants et très protecteurs qui lui font l'école à domicile, elle ne voit jamais d'autre humain que ses géniteurs.
Dans ce petit monde clos qui abrite aussi des moutons, des poulets, trois chevaux et deux chiens, sa vie est réglée par quatre règles aussi simples qu'absolument impératives :
« If you see a girl who looks like you, run and fight.
Don’t bleed.
If you bleed, blot, burn, and bleach.
If you find a hole, find your parents. »
Si étranges soient-elles, ces règles s'imposent car Molly a un gros problème : elle est régulièrement le témoin de sa propre « mort ».

Après une enfance tout entière passée à s’entraîner à gérer son « problème », Molly partira pour l'université, à la rencontre – espère-t-elle – d'une nouvelle vie. Elle y trouvera amour et perte, nouvelles contraintes et difficultés inédites. Jusqu'où ? Jusqu'à quand ?

"The Murders of Molly Southbourne", qui s'ouvre sur une inquiétante scène de séquestration, commence comme un récit weird. Qui est vraiment Molly ? Quelle est l'étrangeté qui semble l'habiter ? Que savent ou peuvent ses parents ?

Progressivement, alors que le récit lorgne vers l'histoire de coming of age, il vire à l'horreur, sans perdre sa coloration première. Car l'étrangeté qui habite Molly est fondamentalement dangereuse, mortelle même.
Ne jamais saigner ! Toute goutte de sang est potentiellement fatale. Molly l'apprend à ses dépens, comme elle apprend à cacher et à nettoyer ses moindres saignements. De peur en peur et de souffrance en souffrance, la jeune femme finira par apprendre la vérité sur elle-même et devra alors décider ce qu'elle veut faire de son propre destin, décider de sa vie hors des règles que lui ont léguées ses parents.

Molly saigne sans mourir. Son sang n'est pas celui des héros, il est porteur de danger et d'impureté (on pense alors à toutes les règles religieuses de purification qui s'imposent aux femmes en période de menstrues, et aux craintes sacrées que ces moments inspirent aux vertueux). Et, paradoxalement (ou pas), Molly est aussi celle qui donne la vie, si malvenue que cette vie puisse être.
Il y a quelque chose dans ce récit qui métaphorise autant les règles que la maternité, qui résume les images fantasmées des femmes comme sorcières vraisemblables et sources de vie, et pose  les « enfants » comme doppelgänger autant que parasites.
Il y a, plus globalement, au cœur du récit, quelque chose de la contrainte que le monde fait peser sur les femmes du fait de leur pouvoir reproducteur et de son « étrangeté » fondamentale.

Si la novella a un ton résolument weird – qui n'est pas sans rappeler, dans un genre très différent, le Bloodchild d'Octavia Butler – c'est de SF qu'il s'agit vers la fin du récit, ou de weird science pour le moins.

Qu'on le catalogue dans l'un ou l'autre genre, "The Murders of Molly Southbourne" est un récit intrigant, poignant, captivant, bouleversant, qui fait du lecteur le spectateur impuissant des tourments de Molly et de sa quête désespérée de liberté et de self-control. Une lecture très recommandable – qui devrait par ailleurs devenir un film très prochainement.

The Murders of Molly Southbourne, Tade Thompson

2 commentaires:

Totirakapon a dit…

Ça a l'air assez intéressant ; je vais essayer.
Mais je regrette un peu la prolifération d'articles sur des livres non traduits (de l'anglais, toujours évidemment...).
Le pauvre bougre non polyglotte doit se sentir un peu écarté...

A l'an que ven...

Gromovar a dit…

Essaie. C'est bien.

Et ça pourra se voir au cinéma : https://www.tor.com/2017/07/28/tade-thompsons-the-murders-of-molly-southbourne-optioned-for-film/

Et je vais bientôt relire du français, mais la production locale est imparfaite et les traductions nécessitent du temps.