dimanche 30 octobre 2016

Utopiales 2016 : Repas des blogueurs


Prix Planète-SF des Blogueurs 2016 pour Les Nefs de Pangée de Christian Chavassieux


Oyez ! Oyez ! Bonnes gens !
Qu'il soit annoncé partout que Christian Chavassieux a remporté l'édition 2016 du Prix Planète-SF des Blogueurs pour son magistral roman Les nefs de Pangée.
La distinction vient d'être annoncée lors d'une cérémonie publique aux Utopiales.

 Christian Chavassieux succède directement à Morgane Caussarieu et rejoint aussi dans le panthéon du PSF Jean-Philippe Jaworski, Ian McDonald, Paolo Bacigalupi, et L.L. Kloetzer.
Que du beau monde.

vendredi 28 octobre 2016

En route pour les Utopiales


The time has come.
Voir les potes, les auteurs, les éditeurs, les amis.
Acheter des livres, en faire signer, une ou deux interviews aussi, et quelques photos.
 Plus, la remise du Prix Planète-SF des Blogueurs dimanche à 11.00 à l'agora de Mme Spock, avec une surprise.

 
Mais pour ça il faut d'abord prendre le train.

J'y suis en ce moment, à 300 km/h.

Quand à vous qui ne venez pas, restez bien tranquille, bien calme, en sécurité, je vais revenir.

jeudi 27 octobre 2016

Water Knife - Paolo Bacigalupi balance un headshot en VF


Sortie aujourd'hui en VF de l'aussi énormissime qu'excellentissime "Water Knife" de Paolo Bacigalupi, toujours traduit par Sara Doke et toujours publié par Le Diable vauvert.
La VO était chroniquée là, et je ne saurais dire à quel point il faut lire ce livre.

Water Knife, Paolo Bacigalupi

mercredi 26 octobre 2016

Trees 2 - Two Forests - Ellis et Howard m'angoissent


Suite de la série Trees, de Ellis et Howard. La qualité entrevue est confirmée ; c'est excellent.

Le nouveau TPB commence exactement là où s’arrêtait le précédent.
Les lotus noirs représentaient bien une menace. L'Arbre du Spitzberg a émis, provoquant une destruction massive dans la zone, heureusement presque déserte. L'équipe de scientifiques qui l’étudiait a compris - et donc fui - trop tard ; seul le Dr Joanne Creasy a survécu à la catastrophe, et elle a dû passer un long séjour à l'hôpital pour se remettre de ses blessures. C'est alors, dès les premières pages, qu'elle est contactée par un man in black britannique de haut niveau qui l'envoie monitorer le seul Arbre du Royaume-Uni, planté près d'un site archéologique (y aurait-il un lien ?) sur les iles Orcades.
D'autres lotus apparaitront-ils ? Si oui, que faire pour les contenir sans provoquer de panique au sein d'une population aussi traumatisée que crédule ? Et que sait le reste du monde de cette terrible menace ?

Parallèlement, le nouveau maire élu de NY met en place les futurs éléments de son pouvoir. Il passe notamment un pacte avec le chef de la police qui lui permet de débarrasser la ville de certains de ses criminels les plus dangereux, qu'ils soient à leur propre compte ou portent un uniforme déshonoré par leurs agissements. Et, dans une ville partiellement revenue à la barbarie, le maire a un agenda secret qui se dévoile peu à peu.

Des autres lieux visités dans le tome 1, très peu de nouvelles dans cet opus-ci. Juste quelques images d'un complexe secret en Chine et de maigres nouvelles de Celafu.

Les Arbres ont modifié tout leur environnement, aussi bien naturel que socio-politique. Ils ont souvent ramené leurs abords immédiats à une forme de barbarie présociale. Ceci, l'Humanité aurait pu l'endurer ; que sont quelques villes ou régions à l’échelle de la planète ?
Mais si les Arbres émettent, vers qui le font-ils ? Que transmettent-ils ? Qu'adviendra-t-il sur Terre en réponse à ces messages lancés à travers l'espace ? Que préparent et qu'annoncent les Arbres ?

L'album est très réussi. Un scénario angoissant qui monte sans cesse en pression et une mise en image de grande qualité, notamment durant les violentes séquences new-yorkaises ou les nombreux flashbacks, captivent le lecteur et le rendent avide de la suite à venir.

Malheur de la BD, il faudra encore attendre pour savoir sur quel volcan danse l'Humanité. Ca sera long.

Trees t2, Two Forests, Ellis, Howard

mardi 25 octobre 2016

Béziers 1209 - Jean d'Aillon - Grand Masel


"Béziers 1209". Retour au Moyen-Âge, retour dans les pas de Guillem d’Ussel, chevalier et troubadour.
Les férus d’Histoire, les Occitanistes, et leurs amis, connaissent cette date. Ils savent ce qu’il advint de Béziers le 22 juillet 1209. Jean d’Aillon leur donne aujourd’hui une occasion de vivre le « grand masel » de l’intérieur, comme Delalande en son temps le proposa en roman puis en BD. Les autres lecteurs découvriront cette infamie (et verront accessoirement quelle modeste part Guillem y prit ; l’Histoire est, hélas, plus forte que lui).
Comment introduire un homme seul, si exceptionnel soit-il, dans le tsunami historique que fut l’infâme Croisade des Albigeois ?

Jean d’Aillon raconte une histoire triple.

D’abord, Ussel, dont on a pu mesurer la compassion envers les cathares et autres vaudois dans les volumes précédents, est l’un des proches de Philippe-Auguste (oui, celui du rempart du Louvres !), de ceux qui le soutiennent dans sa volonté de ne pas lancer de croisade en Occitanie, en dépit des pressions incessantes d’Innocent III. L’aberration d’une telle entreprise est évidente, une croisade chrétienne contre des hommes et femmes qui se disent chrétiens, une croisade, avec son lot inévitable de dévastations, de destructions, de pillages et de meurtres, menée par un roi sur ses propres terres (ou presque) et contre ses propres sujets.
De plus, Philippe-Auguste a d’autres soucis. Il doit surveiller Othon d’Allemagne et Jean sans Terre d’Angleterre, et ne pas se dégarnir face à eux. Le soutien de ceux, qui comme Ussel, l’exhortent à ne pas se lancer dans une aventure d’où ne peut sortir que la honte est donc bienvenu pour conforter sa propre résolution (car, bien sûr, on n’influence pas le roi, on le confirme dans son opinion). Les va-t-en-guerre voient donc en Ussel un empêcheur de croiser en rond, c’est à dire quelqu’un qui navre leur envie de piller, violer, tuer, se tailler des fiefs : grands barons, chevaliers pauvres, ribauds et gueux, unis dans une volonté commune de s’abattre sur la riche Occitanie et d’en tirer le miel pour leur profit personnel. L’hérésie a bon dos, sauf pour quelques illuminés (les plus dangereux car inaccessibles à la raison comme à la négociation) tels que le légat Arnaud Amaury ou le comte Simon de Montfort, tous deux de sinistres mémoires.
Ussel a l’oreille du roi, il est du parti du refus de la croisade, il faut donc le retirer du jeu. Pour cela, on organise un meurtre sordide sur lequel Ussel enquête, ce qui met en branle une avalanche d’événements qui seront bien près de lui coûter la vie.

D’autre part, d’Aillon raconte le piège dans lequel tombe Ussel, et le temps très long qu’il passe, à son corps défendant, hors du jeu royal. Un temps durant lequel la croisade est autorisée par le roi, même s’il n’y participe pas lui-même et interdit à son fils - le futur Louis VIII - d’en être. Le pape, maître des deux clefs, est puissant, les grands barons aussi, pour d’autres raisons plus mondaines. Trahison, loyauté, aventure, honneur absolu et justice implacable, combats et meurtries en tous genres, les habitués reconnaîtront le style, les nouveaux venus le découvriront. Il faudra à Ussel et à ses féaux du courage et de l’ingéniosité pour survivre à l’épreuve, traquer les exécutants, et les châtier à la hauteur de leurs crimes.

Enfin, Ussel, libre, cherche à se faire justice en retrouvant les organisateurs de ses déboires. Pour cela, il doit partir vers le Sud, rattraper la croisade qui s’est mise en branle. Homme seul contre le vent de l’Histoire, il ne pourra s’y opposer, ni tout à fait dans son propre fief, ni bien plus tragiquement à Béziers. Il verra la destruction aveugle, les abominations, la bestialité des ribauds et le cynisme des barons. Il verra Raymond de Toulouse s’humilier pour sauver des terres qui tomberont quand même - in fine - sous la férule de la France du Nord, Raimond-Roger Trencavel faillir à temporiser, les grands barons du Nord abandonner rapidement une croisade qui les couvrit de honte. Ne resteront alors que les fous du pape et Simon de Montfort. Mais ceci est une autre histoire qui se terminera à Montségur, par la traîtrise et le feu, encore.

"Béziers 1209", est un Jean d’Aillon typique, qu’on retrouve avec plaisir, comme son whisky préféré. Très documenté, écrit dans une langue médiévale exquise, débarrassé de ces coïncidences heureuses que j’avais regrettées dans certains volumes précédents, il entraîne le lecteur dans une histoire virevoltante et révoltante qui évoque les grands romans de cape et d’épée et les transpose dans une période bien plus rude.

Béziers 1209, Jean d’Aillon

lundi 24 octobre 2016

Dyschroniques - Une archéologie SF avec Asimov et Silverberg


Les élections approchent. Aux USA, en France, en Allemagne. Pourrait-on simplifier un processus qui ne satisfait plus grand monde dans son déroulement ou son résultat ? C'est la question que posait Asimov il y a 61 ans, dans "A voté". Et, comme on dit, poser la question c'est y répondre.


Et Silverberg alors ? Que nous dit-il sur un monde urbanisé en désintégration ? Un monde surpeuplé en voie de reparochialisation accélérée ? Il faudra lire "Traverser la ville" pour le savoir.

Sinon, pour plus de détails, on pourra se reporter au Bifrost n° 85 à paraitre. Tout y sera dit.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

samedi 22 octobre 2016

Ninefox Gambit - Yoon Ha Lee - Réalité (in)consensuelle


"Ninefox Gambit" est un livre auquel la fonction Echantillon des liseuses ne rend pas vraiment service. En effet, après avoir lu le premier chapitre, je me suis longuement demandé s’il fallait continuer, si le texte finirait par devenir compréhensible ou si tout resterait définitivement aussi obscur qu’abscons. Car, de fait, voici comment s’ouvre "Ninefox Gambit" : « At Kel Academy, an instructor had explained to Cheris's class that the threshold winnower was a weapon of last resort, and not just for its notorious connotations. Said instructor had once witnessed a winnower in use. The detail that stuck in Cheris's head wasn't the part where every door in the besieged city exhaled radiation that baked the inhabitants dead. It wasn't the weapon's governing equations, or even the instructor's left eye, damaged during the attack, from which ghostlight glimmered.
What Cheris remembered most was the instructor's aside: that returning to corpses that were only corpses, rather than radiation gates contorted against black-blasted walls and glassy rubble, eyes ruptured open, was one of the best moments of her life. »

De fait, l’Américain d’origine coréenne Yoon Ha Lee, dont c’est le premier roman, doit une fière chandelle à ses potes auteurs dont les praises sont chaleureuses, et particulièrement à Stephen Baxter qui a su trouver les cordes sensibles « StarshipTroopers meets Apocalypse Now – and they’ve put Kurtz in charge...Mind-blistering military space opera, but with a density of ideas and strangeness that recalls the works of Hannu Rajaniemi, even Cordwainer Smith. An unmissable debut », et surtout, pour ce qui me concerne, à Hannu Rajaniemi à qui j’accorde une grande confiance pour créer et faire vivre des mondes stupéfiants « A dizzying composite of military space opera and sheer poetry. Every word, name and concept in Lee's unique world is imbued with a sense of wonder ».

Assez temporisé, au fait maintenant.
Futur indéterminé. Le lieu l’est tout autant. L’univers (une partie du moins) est régi par un système politique appelé hexarchie. Six factions organisent le monde. Un monde régi par les mathématiques du « calendrier ». Pour comprendre l’univers de "Ninefox Gambit", il est utile d’avoir en tête la matrice, « illusion consensuelle » du Neuromancien de Gibson, et d’imaginer qu’on peut manipuler le réel comme on le faisait de la matrice, qu’on peut reprogrammer localement l'un comme on le faisait de l'autre ; si les mathématiques sous-tendent la réalité, alors changer les mathématiques revient à changer la réalité même. Pour cela, il faut imposer un système de croyances appuyé sur des nombres, des dates, des durées, une « illusion consensuelle » dans le wetware même, une interface installée entre les esprits et le réel par la Doctrine, la durée des semaines et des jours, leurs noms, les fêtes votives, les célébrations (qu'on se souvienne du 'temps social' durkheimien ou des Deux Minutes de la Haine de 1984)...et les tortures rituelles qui les accompagnent inévitablement. On ne comprend jamais vraiment la mécanique du système mais on en comprend assez pour réaliser deux choses : d’une part que c’est par la conviction/séduction ou la persuasion/violence que les réalités mathématiques orthodoxes sont placées dans les esprits de la majorité, d’autre part que celui qui contrôle, au moins localement, l’orthodoxie en tire un bénéfice objectif, sous forme d’armes ou d’effets « exotiques ». Tout trouble dans l’orthodoxie remet donc en cause bien plus que l’ordre politique, il remet aussi en cause toute la technologie et fait donc basculer les rapports de force existants.
Je parle ici d’orthodoxie car c’est vraiment de cela qu’il s’agit. L’hexarchie n’est pas une démocratie. Les six factions sont hiérarchisées, et leurs membres sont soumis - ‘ils appartiennent’, comme les sujets d’un souverain - à la faction et à ses dirigeants qui en usent à leur guise et les considèrent comme de parfaits consommables.

Dans ce monde sympathique donc, qui évoque une dark fantasy matinée de culture asiatique (devoir, sacrifice, noms imagés, floralies, esthétique), une station spatiale importante pour la propagation de la Doctrine - The Fortress of Scattered Needles - est en train de verser dans l’hérésie. Un acte intolérable aux conséquences aussi inquiétantes qu’imprévisibles pour toute l’hexarchie. Il faut reprendre la station et la rééduquer, ou la détruire, pour empêcher la pourriture hérétique de se répandre. Pour ce faire, parce qu’il faut faire vite et savoir être innovant quitte à sortir des cadres, le commandement Kel (la faction guerrière dont les deux honneurs sont le service et le suicide, et qui organise ses troupes en formations mathématiques impératives pour leur donner puissance et discipline) dépêche sur place une flotte commandée par une bien étrange paire : Cheris, une capitaine Kel tombée en disgrâce pour avoir innové sur le champ de bataille au risque de l’hérésie, et Jedao, un général Shuos brillantissime condamné il y a des siècles à l’animation suspendue pour avoir tué ses propres hommes et commis maintes atrocités, extrêmes même pour les peu pusillanimes hexarches.

Le roman raconte l’histoire de leur assaut sur la station hérétique, très complexe en raison du retranchement des hérétiques et des dissimulations de leur propre hiérarchie.
Il raconte aussi, peu à peu, le background. Non seulement le monde - très détaillé dans ses aspects culturels - s’éclaire, petit bout par petit bout, mais le jeu long apparaît aussi, le jeu stratégique séculaire qui enserre les mouvements tactiques et qu’on ne voit que si on a les informations adéquates.
Il raconte la lutte des factions les unes contre les autres, et contre leur propre population pour maintenir leur tyrannie.
Il raconte la relation complexe qui se construit entre Cheris et Jedao, la confiance qui s’instaure progressivement entre eux, l’apprentissage que Jedao délivre à Cheris, le coming of age politique qu’il favorise chez elle.
Ninefox Gambit est un roman est de SF militaire, mais il est aussi bien plus que ça, un jeu de faux semblants, un roman politique, et surtout un roman character-driven. Certes il y a du spectacle, des batailles, des morts, des massacres même - le système y pousse -, mais c’est la relation entre Jedao et Cheris, le passage de relais et le transfert d’expérience de l’un à l’autre, qui tire le récit.

Le tout est fluide, rapide, excitant. C’est à lire, et c’est à suivre car si la bataille est gagnée (kind of), la guerre n’est pas finie.

Ninefox Gambit, Yoon Ha Lee

vendredi 21 octobre 2016

Les Misérables : une bonne surprise (chronique sponsorisée par Kleenex)


Ce qu’en dit l’éditeur :
L'action se déroule en France au cours du premier tiers du XIXe siècle, entre la bataille de Waterloo (1815) et les émeutes de juin 1832. On y suit, sur cinq tomes, la vie de Jean Valjean, de sa sortie du bagne jusqu'à sa mort. Autour de lui gravitent les personnages, dont certains vont donner leur nom aux différents tomes du roman, témoins de la misère de ce siècle, misérables eux-mêmes ou proches de la misère : Fantine, Cosette, Marius, mais aussi les Thénardier (dont Éponine, Azelma et Gavroche) ainsi que le représentant de la loi, Javert.

Ce que j’en pense moi :
D’abord, une mise au point. Quand Jules Rouff Editions a proposé de recevoir « Les Misérables » à domicile, au début j’ai hésité. Les Misérables, ça donne guère envie, des embêtements, on en a déjà assez dans la vie, non ? Et puis Hugo, ça me rappele Ugo, le chien des voisins, qui passe sont temps à me casser les oreilles.
Mais vous me connaissez, je suis pas peureux. Une Bud, un rat sur les genoux, les copains sur Twitter, et rien ne me fait peur.
Alors, vous pensez bien que j’ai sauter sur l’occasion. Je suis français, alors le misérabilisme social c’est ma passion. Surtout que j’avais bien aimé les Miséroïdes, la version du livre qu’avaient réalisé les Inconnus. Bon, oui, c’est un sacré pavé, mais la couverture est super jolie. Déjà, le style noir et blanc montre bien que c’est ancien et puis, cette petite Cosette qui porte un seau plus gros qu’elle, ça montre bien que les temps ne change pas (indice : penser aux cartables des boud’choux) - contrairement à ce que croyait Bob Dylan.

Bon alors, honnêtement, il faut supporter les Thénardier. Moi, j’en aurai bien pris un pour tapé sur l’autre. Et Javert le policier !!! Alors lui !!! Tête dure !!! Il veut jamais croire que Jean Valjean est devenu quelqu’un de bien (et encore, on est mal parce qu’on a volé un pain c’est ça ???). Pourtant, il aide bien Fantine, alors... Mais je crois que c’est pour bien montré que la justice est aveugle et qu’il vaut mieux être humain. Je crois. Faudra que je le relise un jour pour être sûr.

Bon, ya aussi de l’action, pour les amateurs. Prise d’otage, police, toussa. Si on avait peur de s’nneueyr, plus d’inquiétude. Faut juste tenir jusqu’au moment où ça arrive (tome 3 quand même !!!), il était pas obligé de nous faire attendre autant le petit père Hugo.
En tout cas il décrit très bien le Moyen-Age, on s’y croirait.

Et puis je sais pas vous, mais moi, quand je vois tout ce qui arrive à cette pauvre petite Cosette, je suis bien content de voir que tout finit par s’arranger et même mieux ‘wink wink’. Bon, je vous dit pas, je vais pas faire le spoiler de série ‘grrrr’, mais je peux vous dire que ça va bien tourné pour Cosette, et honnêtement, il était temps.

Bon, même si l’histoire est un peu vieille et qu’ils sont pas très modernes tous ces gens, c’est quand même pas ennuyant. C’est de l’aventure, beaucoup d’émotion, et on apprend plein de choses aussi sur les temps anciens qui n’étaient pas si facile qu’on croit.

Donc merci beaucoup à Jules Rouff et à ses associés qui m’ont permi de lire un bon livre, bon inquiétant au début à cause du titre et du noir et blanc, mais finalement pas mal du tout et très instructif.

Mon avis :  GOLDEN STAR

jeudi 20 octobre 2016

Utopiales 2016 : moins de 10 jours avant le lancement


Qu'on se le dise ! Les Utopiales 2016 se tiendront du 29 octobre au 3 novembre à la Cité des Congrès de Nantes.

L'affiche de Bajram le proclame : le thème de l'édition 2016 est « Machine(s) ».

Il sera articulé autour de 4 axes :
Machine pour explorer
Machine pour transformer
Machine pour servir
Machines extraordinaires

Au festival se retrouveront, comme chaque année, la science, la littérature (Bob Dylan compris, donc), la BD, le cinéma, les jeux, les arts plastiques, et tant d'autres choses dont la plus grande librairie de l’Imaginaire de France, forte de milliers de volumes.

Comme chaque année, on pourra voir quantité de films et de court-métrages, assister à un nombre impressionnant de tables rondes réunissant scientifiques et artistes autour d'une question scientifictive, participer à quantité d'expériences, d'activités, ou de jeux (certains inédits).
On pourra aussi y croiser les (presque toujours) aimables et (toujours) passionnés blogueurs affiliés ou non (mais affiliés c'est mieux) au Forum Planète-SF.

Plusieurs Prix seront délivrés :
Le Prix Utopiales Européen
Le Prix Utopiales Européen Jeunesse
Le Prix Julia Verlanger
Le Prix des Blogueurs Planète-SF (remis à l'Agora de Mme Spock dimanche 30/10 à 11 heures)

On pourra croiser une foultitude d'invités abordables, visibles en signature, sur les tables rondes, ou dans les allées du salon :


Et même le robot Pepper (qui n'a rien à voir avec Pepper Potts).

Au rang des nouveautés, la traduction de certaines tables rondes en langage des signes et le match d'écriture.

Mais la meilleure présentation est faite par le Président, Roland Lehoucq, à qui je laisse la parole.



Pour se préparer, on peut télécharger le programme ici.

dimanche 16 octobre 2016

Légion - Brandon Sanderson - Pour la plage ou le train


"Légion" est une novella de Brandon Sanderson.

On y lit l’histoire de Stephen Leeds, un homme affublé de très nombreuses personnalités qu’il matérialise dans son esprit comme autant de compagnons de vie dotés chacun d’un nom, d’un physique et d’une personnalité - Ivy, Tobias, JC, pour n’en citer que trois sur plus de quarante. Leeds « loge » ses personnalités dans un manoir aux très nombreuses pièces, chacune « occupée » par l’un de ses aspects, et lorsqu’il se déplace, il en « emmène » quelques-unes avec lui, en fonction des besoins de la mission.
Car Leeds met parfois ses nombreux talents au service d'autrui. En effet, primus inter pares, Leeds est le chef d’orchestre d’une équipe protéiforme dont chaque membre représente la maîtrise qu’il a d’un domaine de compétence. En effet, c’est clair, Leeds est un génie aux talents variés autant qu'évolutifs, un génie capable par exemple d’apprendre une langue en quelques heures, ce qui conduit, par voie de conséquence, à l’apparition d’une nouvelle personnalité qui lui servira dorénavant d’interprète.
Imaginez un Sherlock Holmes qui aurait individualisé chacune de ses sous-routines intellectuelles.

Dans "Légion" - premier volume d’une série -, Leeds est contacté par une femme qui veut retrouver l’inventeur disparu d’un appareil photo capable de prendre des photos du passé. Une enquête qui les conduira jusqu’à Jérusalem, sur les traces de l'origine du christianisme.

Peu cher : 5.20 euros, rapide à lire : une heure max., "Légion" coûte peu au lecteur. Tant mieux car il offre peu aussi.
Certes, cette histoire n’est jamais déplaisante à lire. Certes l’incipit donne envie : « Je m’appelle Stephen Leeds et je suis parfaitement sain d’esprit. Mes hallucinations, en revanche, sont complètement cinglées. ». Mais, il ne se passe pas grand chose, quand même, dans cette petite centaine de pages. La confrontation entre les personnalités n’apporte guère plus que s’il s’agissait d’une vraie équipe et non d’hallucinations. L’humour du texte ne va pas bien loin. Et je passe sur le fond « géopolitique » qui fait plus Bob Morane que Huntington.

La 4ème dit : « l’occasion d’une enquête fascinante sur l’un des grands mystères de l’humanité », d’enquête il n’y a guère, et le mystère est toujours aussi épais une fois la dernière page lue. Moorcock faisait bien mieux dans Voici l'Homme, et pour ce qui est des personnalités multiples, autant lire Les Mille et Une vies de Billy Milligan, de Keyes. Certes ces deux romans sont plus longs, mais le format court l'était alors peut-être trop.

Légion, Brandon Sanderson

samedi 15 octobre 2016

Latium - Romain Lucazeau - HAL in Urbs


"Latium" est le premier roman de Romain (le bien prénommé) Lucazeau. Il est publié en deux volumes ce qui rendra cette chronique nécessairement fragmentaire.

Avenir, Voie Lactée, je n’ai pas plus précis. L’Humanité, après avoir vaguement grenouillé dans le système solaire, a disparu dans un événement nommé l’Hécatombe. Il n’en reste aucune trace biologique.
En revanche, les IA créées par l’Humanité sont toujours là. Laissées à elles-mêmes, tenues par l’équivalent local des lois de la robotique d’Asimov, les IA, plus ou moins dérangées par le passage du temps, l’absence de leurs créateurs et l’attente névrotique de leur chimérique retour, gardent les Limes, un no man’s land qu’elles ont créé pour contenir le plus longtemps possible l’invasion des « barbares » , entités biologiques étrangères venues d’un autre bout de la galaxie pour déferler sur l’Urbs. Car, oui, en ces temps et lieux lointains, Rome n’est pas morte ; d’Imperium en Res Publica, l’anacyclose n’a jamais cessé de perpétuer en la transformant une civilisation romaine qui a heureusement survécu aux invasions barbares - déjà. Et même si l’Humanité a quitté, à un moment, la planète des origines, le monde conceptuel antique a perduré jusqu’au désastre de l’Hécatombe, puis au-delà dans des IA qui se vivent comme pythagoriciennes ou se parent du titre de proconsul.

Plautine, une IA incarnée - comme tant de ses sœurs - dans une immense arche stellaire qui abrite un foisonnant écosystème numérique qu’elle englobe comme totalité, perçoit au début du roman un signal lointain qui semble indiquer une présence humaine. Enquêter sur cet espoir est impératif, et pour cela elle doit renouer avec son vieil allié et ami Othon, une IA arche aussi.
Mais peut-elle se fier à Othon ? Lui à qui elle n'a pas parlé depuis des milliers d’années. Lui qui est si différent. Lui qui - Prométhée de pacotille offrant l'asservissement déguisé en liberté - a terraformé une planète et l’a peuplé d’une race artificielle d’hommes-chiens qui vivent comme des grecs anciens et le vénèrent comme un Dieu. Lui qui a scindé volontairement son identité en « libérant » ses processus de conscience les plus élémentaires (et même quelques-uns qui le sont moins). Lui qui a donc cessé, à la différence de Plautine, d’être une métaconscience intégrant des consciences d’ordre inférieur, devenant ainsi à la fois plus stable et plus libre mais aussi moins omnipotent dans son propre monde. Lui qui rêve de contourner les lois de la robotique (le Carcan) et intrigue depuis des siècles pour cela.
Elle le devra pourtant, au moins en partie, car il faut enquêter sur le signal, et pour cela retourner vers l’Urbs afin d'y jouer à nouveau un rôle politique, alors que la poussée barbare s’intensifie brusquement (et que, comme le disait Sherlock Holmes, les coïncidences n'existent pas). Elle qui sera véritablement prométhéenne en apportant la connaissance qui libère au petit peuple des mortels.

Que devient une conscience éternelle ? Quelle folie finit par la saisir ? Quel pouvoir les dieux ont-ils sur nous ? La créature peut-elle - doit-elle - survivre à son créateur ? Si Dieu est mort, sa créature est-elle libre ? Doit-elle dépasser la recherche et l’idée même de Dieu ? Est-ce seulement possible ?
Et que peuvent les simples mortels, confrontés à des forces qui les dépassent et les leurrent ? Que peuvent les fiers et nobles guerriers ? Que peuvent les femmes qui les inspirent et les guident ? Qu’ordonne l’honneur ? Et que coûte-t-il de s’y soumettre ?

C’est à une tragédie grecque que l’auteur convie son lecteur, au fil d’un texte d’une grande fluidité qui manie avec habileté et grande clarté les champs lexicaux de la philosophie et de l’Antiquité. Une bataille spatiale homérique, très détaillée et d’une longueur impressionnante, constitue la clef de voûte du roman après une mise en place des éléments de la pièce. Elle est le momentum qui annonce la suite et rend inévitable l’enchaînement des événements à venir.

C’est aussi un vrai space opera, tonitruant et frénétique, dans lequel on trouve des réminiscences de quantité de grandes œuvres antérieures entre IA exhibant leur volition, lois de la robotique, cybrides, « espace qui lie», etc. et, étonnamment, une vision de l’univers comme lieu d’effroi assez proche de celle de Cixin Liu dans sa récente trilogie.

Reste maintenant pour les IA à rejoindre l’Urbs et à franchir le Rubicon avec leurs troupes. Comment les dés seront-ils jetés ? La suite sous peu.

Latium, Romain Lucazeau

mercredi 12 octobre 2016

Judge Dredd : Les liens du sang - Wagner - Ezquerra et autres


Delirium continue de rééditer des épisodes de Judge Dredd en hardcover. Bonne idée !

"Les liens du sang" est un recueil qui contient plusieurs histoires indépendantes. Seul point commun – de taille –  entre ces histoires : on y côtoie la famille de Dredd.
Exception : la première, « La petite amie », d’où la famille Dredd est absente, et où on assiste à la dérive d’un adolescent mal dans sa peu qui tombe amoureux de son robot de plaisir domestique et tue son beau-père pour venger l’honneur de l’androïde. Ah, l’amour !

Sinon, on fréquente beaucoup un jeune clone de Dredd, nommé Rico en hommage à son prédécesseur. On assiste à ses premiers pas comme recrue puis comme juge. Un putain de bon juge ! Droit comme la Justice. Du niveau de Dredd, la jeunesse en plus. Si le vieux, expérimenté, venait à fatiguer, la relève serait prête.

On découvre aussi la nièce cachée de l’inflexible juge, et encore un autre de ses clones, qui choisit, lui, d'avoir une vie plutôt que de sacrifier son existence à la Justice, là où Dredd joue Sartre contre Camus et sacrifie sa famille à la Justice.

Guerres de blocs, trafic d’adrénaline humaine, tentative frauduleuse de suicide, contrebande, corruption de juge, outrage aux mœurs, meurtre en série, etc., c’est dans leur quotidien que les juges nous embarquent, au milieu d’une population individualiste et sous les yeux absurdes des médias.

C’est graphique, violent, rythmé, pas toujours très profond mais terriblement jouissif ; très bien dessiné et colorisé, ce qui ne gâche rien.
Ca tire, ça explose, ça tue, ça meurt. C’est un vrai bon moment de lecture, un fix d’adré. qui fait monter le sourire aux lèvres et capture un lecteur qui, en refermant le volume, est tout surpris de s'être fait autant embarquer.

Judge Dredd, Les liens du sang, Wagner, Ezquerra et autres

dimanche 9 octobre 2016

14-18 La photo - Corbeyran - Le Roux - Usure


Juillet 1916. Le petit groupe d’amis partis à la guerre entame sa deuxième année au front. La bataille de la Somme a commencé, mais on n’en voit pas grand chose dans l’album. Si, un char britannique en panne qui jouera, à la fin, un rôle essentiel dans la résolution de l’épreuve que traverse le groupe.
Cette nouvelle arme arrivait, elle était très imparfaite, et l’armée française n’était guère enthousiaste. On sait ce qu’il en advint en 40, en dépit des exhortations du colonel De Gaulle à employer l’arme blindée comme une arme de première ligne.

Juillet 1916, c’est aussi l’année où Sarah Bernhardt, amputée et en fauteuil, alla exhorter les soldats. Cet épisode est rappelé dans l’album.

Dans l'album, c'est Pierre, mécanicien et bricoleur, qui joue les premiers rôles. Son personnage est central dans le récit, tant pour la partie front que pour la partie arrière.
On découvre son secret honteux.
On admire sa grandeur d’âme ainsi que son ingéniosité. Grandeur d’âme qui sauve un aviateur abattu mais coûte son visage à l’un de ses amis. L’enfer est pavé de bonnes intentions ; au front aucune joie n’est sans tâche.

Pour tous, après deux ans de massacre les soldats sont fatigués. En dépit de l’amitié ancienne et des liens forgés au combat, la dépression arrive, le retrait hors du monde dans un enfer personnel où chacun se retrouve seul dans le no man’s land de son désespoir. Dans un monde insensé, difficile de trouver la moindre raison de vivre, difficile même de conserver la foi pour ceux qui l’ont. La guerre transforme les hommes de manière irrémédiable. Dans leur corps bien sûr - on assiste au calvaire d’une gueule cassée -, et dans leur tête tout autant. Voila pourquoi autant de poilus ne parleront jamais après. L’expérience est indicible et, qui plus est, on rêve de l’oublier.

Deuxième opus un peu décevant dans la série 14-18. Pour une raison que je m’explique mal, la tension des premiers tomes est retombée et, même si l’album est agréable à lire, on reste un peu sur sa faim - à l’exception d’un très beau dialogue sur la foi, ce qu’on y cherche, et ce qu’on peut y trouver.
Reste néanmoins le plaisir de suivre depuis six numéros un groupe d’amis dans la guerre, de voir comment chacun est le soutien des autres, et comment leur solidarité est la seule chose qui leur permet de tenir face à l’incroyable. C’est précisément le thème du joli jeu coopératif Les Poilus que je recommande pour de petites parties rapides et amusantes.

14-18 tome 6, La photo, Corbeyran, Le Roux

samedi 8 octobre 2016

Le dernier assaut - Tardi - Une saloperie faite par des salops


"Le dernier assaut" est le dernier album en date de Tardi sur la Grande Guerre. On peut penser que le titre nous dit que ce sera le dernier opus de l’auteur sur ce sujet qui l’aura tellement inspiré. Le texte le laisse supposer en tout cas.

"Le dernier assaut", c’est la brève pérégrination du brancardier Augustin (un genre d’alter ego de Tardi lui-même) avant de monter à l’assaut. Parce qu’il n’aime pas tuer, Augustin est devenu brancardier. Il transporte vers l’arrière des blessés qui, parfois, n’y arriveront pas vivants. Qu’importe ! L’humanité impose d’essayer.

Dans "Le dernier assaut", son blessé et son collègue morts dans les premières pages, Augustin doit retourner seul vers son unité, en crapahutant au milieu du champ de bataille, des destructions, des cadavres regardables et des morts déchiquetés. Au milieu des animaux aussi – auquel l’album est dédié, signifiant bien qu’aucun homme ne fut innocent de la guerre -, tués par des combats dont ils comprenaient le sens encore moins que les humains.

Dans un long pourpenser déambulatoire, Augustin rappelle en voix off pour son lecteur tout ce que Tardi sait de la guerre, dans une longue scansion récapitulative et hypnotique.

Les hommes qui combattirent et s’entretuèrent, arrivés de la Terre entière. Certains de leur propre chef, enthousiastes même parfois comme pour une virée entre potes, d’autres – les troupes coloniales – expédiés à l’abattoir manu militari par une institution étatique qui les méprisaient et les considéraient comme encore plus dispensables que les poilus autochtones.

Le mépris pour les hommes, les mises au pilori, les exécutions pour l’exemple.

Les victimes « d’obusite ». Les gueules cassées. Les mutilés volontaire pour fuir l’enfer des combats. Les médecins qui traquaient les mutilés volontaires.

Les industriels que la guerre enrichirent. Les profiteurs de petit niveau aussi.

L’absurdité de la guerre de position où on se faisait tuer pour rien, pour quelques mètres reperdus le lendemain. Où on tuait avec rage et férocité car on était devenu fou, de peur, de colère, de vengeance, au canon, au fusil, à la baïonnette, à la pelle… Au gaz aussi.

La Grande Guerre comme matrice des totalitarismes à venir – à l’Est comme à l’Ouest – et des massacres organisés qu’ils conduisirent. La mort de masse ayant été actée comme acceptable, on pouvait passer de la « bonne franquette » de l’extermination en plein air à la rationalisation wébérienne du meurtre de masse, des tranchées et du génocide arménien au génocide juif et aux divers goulags.

L’échec du pacifisme à empêcher l’horreur. Il y eut des fous de guerre, Allemands exaltés ou Français shootés aux dépouilles de guerre.
Et même Augustin tuera. Parce qu’il a peur, pour sauver sa vie. Il sera tourmenté mais il tuera. Et la fois où il ne tuera pas, il laissera vivre un jeune caporal allemand au sinistre avenir. Ethique de conviction contre éthique de responsabilité. Décision micro / effet macro.

Et puis, le dernier assaut. Six pages sans texte. Les hommes, les canons, la boue qu’explosent les obus. Puis les têtes arrachées, les membres arrachés, les mâchoires emportées, les entrailles exhibées.
Graphiquement c’est du Tardi à l’intensité maximum. Yeux écarquillés, visages hallucinés, corps démantibulés.

Texte et dessin se rejoignent sur un mode ironique, cynique, désespéré. Rien de bon à tirer de l’expérience. L’album est un long cri de rage. Et les seules « vraies » victimes sont les animaux.

Le dernier assaut, Tardi (avec un CD de chansons de Dominique Grange et Accordzeam)

Death's End - Liu Cixin - Universe is the limit


"Death’s End" est le dernier tome de la trilogie Three-Body de Liu Cixin. Il a été traduit, comme le 1 mais pas le 2, en anglais par Ken Liu, et a suscité chez moi des sentiments mitigés.

Le pire, annoncé, semblait avoir été évité à la fin du tome 2.
Sans trop en dévoiler, disons qu’une période de détente, voire de rencontre, entre trisolarans et humains s’est ouverte. La flotte trisolaranne - maintenant dans de meilleures dispositions - poursuit sa progression vers la Terre. Dans l’attente de son arrivée, un robot baptisé Sophon sert d’ambassadeur de bonne volonté. Tout semble donc arrangé entre les deux espèces, en dépit de l’effroi suscité par l’agression initiale et la réalisation du concept même de Dark Forest. Culturellement en contact, c’est une vraie Renaissance que partagent - à distance - les deux peuples. Mais, on le sait, les gens heureux n’ont pas d’histoire ; ça ne durera pas.
Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler (c’est un calvaire de chroniquer des tomes 3 quand le tome 1 vient à peine de sortir). Qu’on sache seulement que les péripéties seront nombreuses, parmi les plus spectaculaires que la SF ait produites, et qu’elles s’étendront sur un temps incroyablement long. Qu’on sache aussi qu’elles mettront au premier plan une humaine de l’ère précrise, Cheng Xin, une astrophysicienne au cœur tendre, trop sans doute pour l’univers hostile et impitoyable dans lequel elle vit.
Qu’on sache aussi que je suis content d’avoir lu ce dernier tome, satisfaisant même si je n’ai pas apprécié chacune de ses pages.

A l’actif :

Le sense of wonder est énorme dans un roman qui ne se refuse rien, ni en distance, ni en temps, ni en événements cataclysmiques, et qui est vraiment conclusif de la série - on ne saurait l’être plus - tout en laissant l’état de la résolution ouvert à l’imagination du lecteur et à sa foi dans l'universalité du sens du sacrifice.

Le roman entraîne son lecteur dans un conte allégorique aux conséquences cosmiques. Il l’emmène aussi vers l’infini et au-delà dans un voyage qui rappelle celui des astronautes malheureux de Tau Zero. Le terrain de jeu de Liu est la totalité de l’espace et du temps, et il ne se limite pas à trois dimensions.

Liu montre à quel point une humanité quittant son « berceau » pour se risquer dans l’univers serait comparable à ces premiers organismes sortant de l’océan primordial pour plonger dans un monde aérien inconnu, plein de mystères, de dangers, et d’opportunités. Bébés tortues émergeant sur la plage. Une telle transition transformerait radicalement l’espèce humaine.

"Death’s End" est souvent émouvant par l’énormité même de ce qu’il propose et infère, par la volonté qu’il suggère de propager humanité et vie dans un univers hostile et froid, par le caractère très poétique de certaines images ou moments, par des réflexions tristes sur la mortalité des individus et des civilisations et la survie possible par l’art et la création qui, en donnant sens à la finitude de la vie même, rappellent les réflexions de Samuel Scheffler dans le très bon Death and the Afterlife.

"Death’s End" fourmille d’idées et de références, tant à la littérature de SF qu’à la culture mondiale, de Autant en emporte le vent à La nuit étoilée de Van Gogh. Liu s’inscrit donc résolument dans un fleuve artistique mondial qui, enfin, ne délaisse plus le Chine - le Hugo récent du tome 1 le prouve.

Le roman offre un regard chinois, donc autre, sur l’aventure colonisatrice comme entreprise fondamentalement exterminatrice.

Le roman offre une description glaçante d’un destructeur de système solaire utilitariste, sans violence et sans haine. « Petit fonctionnaire » de la sûreté, peu considéré car accomplissant une tache simple et répétitive, l’entité détruit les systèmes détectés comme un exterminateur le fait des cafards qu’il traite. Les fourmis croient qu'elles comptent, les dieux ne les voient même pas.

Le roman offre un regard chinois, donc chinois, sur l’isolationnisme frileux qui met à la merci du monde, comme le connut la Chine après l'époque de Zheng He. Aucune muraille ne peut protéger de tout. Force et proactivité sont les bases de la survie dans un monde - un univers - hostile.

"Death’s End" offre donc une vision géopolitique - fut-elle galactique - très éloignée de la bienveillance naïve d’un Occident - et singulièrement d’une Europe - qui a fait de l’impuissance vertu et de l'hédonisme achèvement. Une vision bien plus réaliste imho que celle d’un Banks par exemple.
L’image que Liu donne de l’humanité pacifiée des temps heureux qui précèdent la catastrophe est dur et critique. Celle qu’il donne de Cheng Xin, qui manque par deux fois à l’humanité par excessive bonté d’âme, cruelle et impitoyable. Je ne vois guère d’auteur occidental brosser de tels portraits qui évoquent - hasard de l’actualité - ces mots récents du Général Desportes sur le crise syrienne : « Les bons sentiments ne valent que par l’épée qui les porte». L’humanité paiera cher de l’avoir oublié.
En empêchant le machiavélien d’agir, Cheng Xin prive son espèce de ses meilleures chances de survie. La Fin de l'Histoire est une illusion parfaitement ethnocentrée.

Au passif, car il y en a :

Un roman sûrement trop long - certains passages sont interminables.

Un style de chronique historique qui laisse régulièrement de côté les personnages.

Une marche délicate entre grandiose et grotesque, le spectaculaire et l’imprévu risquant sans cesse de devenir too much, comme lorsque le Roi-Singe intervient dans l’opéra chinois (chronique écrite en écoutant Havoc In Heaven).

Des développements scientifiques qui paraissent parfois un peu capillotractés.

Qu’importe, il faut lire "Death’s End". Parce que c’est énorme. Et parce que c’est chinois, c’est à dire non occidental, tant de pages l’illustrent.

Death’s End, Liu Cixin

dimanche 2 octobre 2016

Whodunnit à l'opéra - Aspic 5 - Gloris - Despujols


"Whodunnit à l'opéra" : tome 5 de la série d’enquêtes fantastiques Aspic, ou, pour être précis, tome 1 de l’enquête 3.

Après les rudes épreuves qu’a vécues Flora dans le tome 4, la résilience de la jeune femme met du temps à s’exprimer. Mélancolique, elle regarde avec apathie une vie qui lui paraît absurde. Même les efforts de ses amis pour lui redonner goût à la vie ne lui sont que d’un maigre secours.
Un terrible malheur personnel sortira Flora de sa torpeur - comme quoi, à quelque chose malheur est bon ! – juste au moment (planche 12 quand même et je le regrette) où se présente une nouvelle affaire, un mystère maléfique avec morts et menaces à l’Opéra de Paris.
On embarque donc avec les détectives pour l’Opéra Garnier (et l'en-dessous aussi) où se répète Faust et autour duquel rode monsieur Gaston Leroux.

Sur le scénario, peu de choses encore (trop peu à mon goût), du fait du temps (1/4 de la pagination quand même) consacré aux émois de Flora. Ca avance, tranquillement sans être renversant.

Sur le plan graphique en revanche, Jacques Lamontagne a été remplacé par Emmanuel Despujols. Et là, ça ne fonctionne pas. S’il avait toujours dessiné, peut-être, mais ici, la comparaison est inévitable. Traits moins fins, erreurs sur les corps, instabilité des visages, moindre niveau de détails, yeux souvent ratés, encrage (est-ce lui ?) parfois trop appuyés, imprécision générale et bonhomie - volontaire ou non - du style qui donnent l’impression de lire une version Junior (et pour Junior) du travail de Lamontagne.

Même les couleurs, pourtant par le même Lorien, semblent plus fades car moins mises en valeur par la présence d’un dessin qu’elles exaltent.

Déception graphique donc, et le scénario, pour l’instant, offre moins qu’il n’aurait pu. Une étoile pâlit.

Aspic t5, Whodunnit à l’opéra, Gloris, Despujols

Le problème à trois corps - Liu Cixin - SF et chinois à la fois


Superbe couverture qui résume en une image le livre en disant l'Univers vu de Chine. Superbe livre, tellement gorgé de sense of wonder qu'il en déborde. Superbe SF du multi primé Liu Cixin (nombreux Prix chinois et le Hugo 2015), si résolument SF et si absolument chinoise, c'est à dire Autre.

Le problème à trois corps était chroniqué ici en VO. Il faut l'acheter et le lire si on se dit lecteur de SF. Exofictions/Actes Sud a enfin trouvé son ouvrage contemporain de référence.

Le problème à trois corps, Liu Cixin

Note : Si on a aimé, et qu'on lit l'anglais, on peut aussi lire ceci, ou cela, ou encore ce petit là