samedi 30 avril 2016

Insistence of Vision - David Brin - Pétillant


"Insistence of vision" est un recueil de nouvelles SF de David Brin.

L’ouvrage commence par deux préfaces. La première, de Vernor Vinge, est un hommage de ce grand auteur au collègue et ami qu’est pour lui David Brin. Le seconde, sous la plume de Brin lui-même, développe ce qu'il nomme « The Heresy of Sience Fiction ». Il y explique le rôle de la SF comme outil d’extrapolation dont la fonction sociale serait de prévenir l'Humain, de le motiver à changer ou à éviter des avenirs néfastes, de signaler aussi la possibilité de lendemains qui chantent. La SF énoncerait donc des self-preventing prophecies, nous enjoignant à être plus intelligents ou meilleurs afin de ne pas plonger tête baissée dans un possible que la SF a décrit à titre d’avertissement. Elle pointerait aussi, d'autres fois, des avenirs utopiques vers lesquels tendre. A contrario de l’éternel passé de la fantasy, la SF nous interroge sur le futur dans le but de nous faire réfléchir sur celui-ci comme possibilité, puis de nous offrir la chance d’altérer la course du monde, son historicité, pour aller vers les futurs désirables et esquiver ceux qui ne le sont pas.
La SF ne parle que du changement, de la disruption, des effets globaux de changements locaux. La SF est une gedankenexperiment fictionnalisée. La résistance n’y est pas inutile, les parents peuvent y apprendre des erreurs de leurs parents. Sinon c’est de la fantasy avec des lasers (cf. Star Wars).

Brin illustre ensuite son point grâce à 22 textes (qu’il commente), groupés en 6 catégories. Toujours imaginatifs, souvent drôles, remplis de références clins d’œil à d’autres auteurs ; c’est l’optimisme qui domine cette collection de récits, même quand il ne saute pas dès l'abord aux yeux. C’est la SF que veut Brin, inventive, agréable, et intelligente. Même si, comme dans tout recueil, tout n’y est pas d’un niveau égal, l'ensemble est plaisant et donne à réfléchir.

What we may become parle de notre évolution possible comme espèce et société. On y trouve l'intrigant Insistence of Vision et son système pénal virtuel, le foisonnant Transition Generation qui décrit une journée normale de l'avenir - the new normal - et montre comment chaque génération s'adapte sans mal à ce qui paraissait incroyable à ses devancières, Chrysalis, un texte sur l’évolution génétique de l'Homme, le très Eganien Stones of Significance qui se demande si nous sommes faits de la substance dont on fait les songes, enfin le très court News from 2035.

How we'll endure traite de résistance et d’espoir. Dans un univers non développé en roman de Brin, l'Humanité a été conquise par des aliens "cosaques" qui ont instaurés un système impérial interplanétaire qui rappelle fortement la Russie tsariste. C'est cet Univers qui sert de cadre aux trois nouvelles. The Logs, dans une colonie pénitentiaire, parle d’espoir individuel, The Tumbledown of Cleopatra Abyss, dans une originale société matriarcale sous-marine de pénurie, d'espoir historique, Eloquent Elepents Pine Away for the Moon's Crystal Forests, de résistance politique.

When we overcome, c'est quand nous gagnons. Mars Opposition est un texte délirant à la Twilight Zone qui parle de sacrifice et de ce qu'on peut gagner en acceptant de payer le prix du sang. Un texte qui aurait pu être un classique du temps de la Guerre froide. A Professor at Harvard est une enquête documentaire à l'ancienne qui met à jour les causes historiques de ce normal pour le narrateur qui est uchronique pour le lecteur. I Could've Done Better est un texte volontairement drôle de Brin et Benford dans lequel un homme au grand potentiel mais aux maigres réalisations se voit confier la mission de partir dans le passé pour changer toute l'Histoire du monde et donner à l'Humanité une chance de survivre à une agression future. Paris Conquers All de Brin et Benford encore est un hommage amusant à Jules Verne, écrit dans le style de l'époque, qui voit Paris vaincre les martiens de La guerre des mondes. A Retrospective By Jules Verne, des deux mêmes, revient des années plus tard sur les évènements.

Who we'll meet traite de nos rencontres avec l'Autre. Fortitude est une histoire de premier contact décevant pour l'Humanité, dans une univers qui évoque celui de l'Elévation. An Ever-reddening Glow est un texte à chute très drôle sur la pollution de l'univers par les races sentientes. The Diplomacy Guild, pas compris. The Other Side of the Hill présente une race fuyant un monde à l’environnement ruiné et découvrant que les autres sentients ne sont guère plus vertueux.

Where we will go est la partie de l'aventure lointaine. On y trouve d'abord Temptation, une novella dans l'univers de l'Elevation. Pour ceux qui connaissent, ça raconte les tribulations des dauphins restés sur Jijo. On y relit avec plaisir les trilles des delphinidés. Avalon Probes, une Race for the Stars à la construction temporelle intéressante.
Plus des nanonouvelles en six mots et la courte nouvelle Reality Check.

Enfin, Why we'll persevere, où il décrit l'être humain comme celui qui mène la Guerre à la réalité. Pour la changer. Revenant ainsi à son point initial.

Le tout est très recommandable, d'autant plus que Brin remet de l'optimisme dans une SF contemporaine que certains considèrent parfois comme trop noire et dystopique. C'est pétillant. Penser à ne pas s'en priver !

Insistence of Vision, David Brin

mercredi 27 avril 2016

Le mystère du monde quantique - Damour, Burniat


"Le mystère du monde quantique" est une BD de vulgarisation de la physique quantique. Réalisée par Damour au scénario et Burniat au dessin, c’est un album d’environ 150 pages dans un style franco-belge rétro en noir et blanc ( + quelques entorses colorées destinées à illustrer les mécanismes ondulatoires) qui se fait fort d’expliquer à son lecteur les éléments de base de la théorie quantique, sans oublier, et c’est finalement le plus important, les étapes du cheminement intellectuel qui a permis aux plus grands physiciens du siècle passé d’élaborer cette construction intellectuelle inédite et très peu intuitive.

Loin de moi la prétention de vulgariser moi-même ici la théorie quantique. L’album le fait plutôt bien, et, sans dessin, Sven Ortoli s’y attelait de manière aussi claire que détaillée dans son lumineux Cantique des quantiques. Je vais donc seulement essayer de donner envie de se plonger dans cet album au titre qui peut inquiéter.

"Le mystère du monde quantique" met en scène Bob, un aventurier scientifique qui parcourt le monde - et au-delà - avec son chien Rick. Hélas, au début de l’album, alors que les deux compères visitent la Lune, Rick est écrasé par une météorite. Inconsolable, Bob perd goût à l’exploration, jusqu’à ce qu’une invitation opportune  l’entraine au 25ème Congrès Solvay. Il y plonge littéralement dans les délices de l’élaboration de la théorie quantique, à la rencontre des physiciens, de leurs interrogations, et des solutions qu’ils leur trouvent.

Au fil de ses pérégrinations dans le monde onirique de la théorie, Bob rencontre Planck qui lui explique comment la catastrophe ultraviolette le conduisit à poser les bases de la théorie des quanta, en opposition à tout ce qu’affirmait, et validait jusque là expérimentalement, la théorie électromagnétique classique. Il définit et évalue la constante h qui encadre le monde quantique. Suit Einstein qui lie matière, lumière, fréquence ondulatoire et constante h, et lui explique la problématique dualité onde/corpuscule pour la lumière. Puis viennent Bohr, ses niveaux d’énergie atomiques et ses orbites électroniques avec leurs transitions brusques, De Broglie qui propose une approche ondulatoire de la matière, Heisenberg qui étend les tableaux infinis de probabilité de position d’Einstein pour y inclure la « vitesse » de l’électron et pose le principe d'incertitude, Schrödinger qui lie dans une seule onde (d’où une particule « étalée ») toutes les particules d’un système et la définit dans son inénarrable équation * (souvenir, souvenir), Born qui fait de l’onde de Schrödinger une onde de probabilité, Everett qui passe de l’effondrement de la fonction d’onde à l’hypothèse des univers multiples.

Au fil des dialogues entre Bob et les physiciens, l’album montre fort bien comment les questions passent de l’un à l’autre, comment la progression de l’un sert de point zéro aux réflexions des autres (que ce soit pour en faire leur base de départ, la réfuter, ou la préciser), comment chacun d'entre eux est un nain juché sur des épaules de géants, comment aussi leurs discussions réciproques les obligent à remettre en cause leur explication du moment et donc, de facto, à avancer. C'est le mécanisme de la réflexion scientifique que décrit l'album. Et il le fait au bénéfice de son lecteur.

Comme Bob, qui passe d’un physicien au suivant, guidé par une constante h fanion, le lecteur suit le cheminement intellectuel d’un groupe d’homme passionnés qui défrichent une nouvelle description de la réalité, si incroyable soit-elle, conforme aux résultats expérimentaux. Ce n’est pas une lecture de plage mais c’est de la bonne vulgarisation, claire et compréhensible. Un album à lire pour savoir plus et mieux sur la réalité, avant peut-être de lire Ortoli pour aller plus loin.

Le mystère du monde quantique, Damour, Burniat

Cadeau : La forme moderne de l'équation de Schrödinger

lundi 25 avril 2016

Retour de chronique : Dernières nouvelles d’Œsthrénie - Anne-Sylvie Salzman

Retour de chronique du Bifrost 78

Actualité chargée pour Anne-Sylvie Homassel puisque paraît aussi, toujours chez Dystopia, "Dernières nouvelles d’Œsthrénie" qu’elle a écrit sous son identité d’Anne-Sylvie Salzman.

Une préface des Rémy puis six nouvelles liées racontent sur plusieurs décennies l’histoire de l’Œsthrénie, petit pays imaginaire d’Europe Centrale. Situé, hélas, à la croisée des chemins, l’Œsthrénie tente d’exister sous la surveillance malveillante, la domination plus ou moins explicite, et les agressions fréquentes, de l’Autriche, de la Roumanie, de la Turquie parfois. De décennies en décennies, d’une nouvelle à une autre, le lecteur suit les destins de personnages liés, qui sont aussi celui du pays lui-même, sur une échelle de temps allant d’un moment au XIXème à un autre au XXème, d’un monde féodal à une technocratie impériale. Il y a un peu des Soldats de la mer dans ce recueil, avec un fantastique beaucoup moins présent.

Ces dernières nouvelles entrainent leurs lecteurs à la découverte en profondeur d’un pays proche et pourtant différent. Elles le poussent à plonger dans son histoire, ses mœurs, ses coutumes (superbes scènes de mariage et d’enterrement), sa politique intérieure, sa religion, ses déboires géopolitiques. Sont longuement et précisément décrits dans un style à mi-chemin entre le conte et la chronique historique, les vies heurtées (entre mésalliance, terrorisme politique, ascension sociale fulgurante et déchéance aussi rapide) des quelques héros d’Œsthrénie et le destin brisé d’un pays indépendant - aussi peu que ce soit – qui fait une révolution avant d’être conquis en fait puis en droit. L’histoire du pays conditionne les vies. Le personnage principal, c’est l’Œsthrénie.

Le tout est minutieux, précis, parfois trop détaillé, d’autres fois un peu désincarné en raison des grandes échelles de temps, toujours plaisant à lire néanmoins.

Dernières nouvelles d’Œsthrénie, Anne-Sylvie Salzman

Retour de chronique : Chants du cauchemar et de la nuit - Thomas Ligotti

Retour de chronique du Bifrost 78

Thomas Ligotti est une star de l’horreur psychologique et/ou philosophique dans le monde anglo-saxon, si connu et si nihiliste qu’on a accusé les créateurs de la série True Detective de lui avoir piqué des idées. Il n’était toujours pas traduit en France. Omission coupable réparée grâce aux Editions Dystopia et à la traductrice Anne-Sylvie Homassel.

Cette dernière a composé "Chants du cauchemar et de la nuit", un recueil VF inédit de l’auteur, comptant onze nouvelles, issues de divers ouvrages VO, et une préface de la traductrice. Judicieusement choisies, ces nouvelles offrent une vision globale des facettes du travail de Ligotti. De la presque classique Petits jeux, qui ouvre le recueil, au Tsalal qui le ferme, en passant par les lovecraftiennes L’art perdu du crépuscule ou Nethescurial, la diversité des textes présentés est la grande qualité de cet ouvrage.

Dans la lignée de Poe pour une certaine esthétique gothique, et plus encore de Lovecraft pour un matérialisme et un nihilisme absolus, Ligotti crée une horreur, gothique un peu, cosmique beaucoup, dans laquelle l’individu - on est tenté d’écrire la victime - se trouve confronté, à son corps défendant, à une vérité que l’illusion de la réalité lui avait toujours dissimulée. Comme chez Lovecraft, l’Homme de Ligotti n’est qu’un atome insignifiant au sein d’un univers qui, au mieux, l’ignore. Il n’y a pas de sens, pas de but, la vie même est superflue. Et la conscience : une erreur tragique de l’évolution. Mort et extinction sont préférables à la poursuite de la pantomime grotesque qui place l’Homme au centre de l’Univers ou de la Création. Comme l’écrit son préfacier Ray Brassier « Life, in Ligotti’s outsized stamp of disapproval, is MALIGNANTLY USELESS ».

La révélation est cruelle, terrifiante ; les yeux humains ne sont dessillés que dans la souffrance. Illusion, révélation, horreur, c’est le triptyque de Ligotti. Il y a toujours un visage derrière le visage, une ville derrière la ville, un paysage derrière le paysage, et c’est insupportable. Guère plus que des marionnettes (image récurrente), incertains de leur identité, les humains ne peuvent vivre sereins que dans l’ignorance. Un mot, un geste, une rencontre, un livre les force, pour le pire, à quitter la dreaming innocence. Voir c’est savoir, et savoir c’est vouloir l’annihilation. Pour illustrer cette philosophie, qu’il décrit explicitement dans l’excellent The conspiracy against the human race, Ligotti oscille sans cesse, dans ces nouvelles, entre des descriptions d’une beauté surprenante et des considérations philosophiques boursouflées au point d’en devenir obèses. Si le fond est passionnant, la forme très irrégulière et la narration bien trop souvent statique peuvent rebuter. Peut-être plus essayiste que novelliste, Ligotti n’est pas un auteur d’accès facile, quand bien même on adhère à sa philosophie. Il est néanmoins judicieux pour le public français d’aller à sa rencontre. Pour voir.

Chants du cauchemar et de la nuit, Thomas Ligotti

dimanche 24 avril 2016

Retour de chronique : Le paradoxe de Fermi - Jean-Pierre Boudine

Retour de chronique du Bifrost 78

"Le paradoxe de Fermi" est une version corrigée du roman de Jean-Pierre Boudine publié en 2002. Treize ans après la V1, l’auteur ajoute certains développements que l’histoire récente (crise financière de 2007, accroissement des inégalités mondiales, ou progression incontrôlée de la menace climatique –éléments ayant conduit le 22/1 de cette année à une avancée de deux minutes de la célèbre Horloge de l’Apocalypse) rend incontournables.

En Pythie moderne, Boudine décrit les effets ravageurs d’une crise systémique débutant dans la finance puis s’étendant de proches en proches à tous les rouages d’une société technicienne devenue si complexe que le moindre défaut suffit à la faire s’écrouler. Il le fait à travers le journal, futile testament, d’un narrateur réfugié dans une grotte des Alpes pour fuir la menace mortelle que représentent ses derniers contemporains.

Boudine montre comment une division du travail poussée à l’extrême, une informatisation omniprésente et un défaut évident d’intégration sociale rendent les sociétés aussi fragiles que de très fins mécanismes d’horlogerie. Alors quand, au bout du déni, le réel s’écrase sur la face du monde, quand un système économique productiviste, inégalitaire, en surchauffe, finit par exploser, quand l’agressivité d’une espèce prédatrice, l’individualisme égotiste qui est au fondement de la nature humaine – Hobbes ?, et la dictature de l’immédiateté avec ses conséquences écologiques s’en mêlent, la danse sur le volcan finit inévitablement au fond de sa gueule.

Tout ceci Boudine le montre, sans guère de pathos, et il est difficile de prendre son raisonnement en défaut. Il en tire une solution simple, comme évidente, au célèbre Paradoxe de Fermi. La vie intelligente ne peut durer. Les civilisations techniciennes s’autodétruisent vite. C’est pour cela que nous n’en avons jamais rencontré aucune dans l’immense univers.

En accord total avec la thèse de Boudine, je ne trouve néanmoins pas son texte sans défaut. Froid, presque clinique, Boudine ne crée pas de personnages. On en sait un peu sur son narrateur, presque rien sur les autres. Aucun ne développe avec le lecteur une relation qui l’impliquerait. Très bref dans sa description de l’effondrement, il convaincra les convaincus tels que moi mais manque sûrement d’artifices rhétoriques pour faire basculer les indécis. Si on ne s’intéresse pas à ces questions, tout peut sembler trop rapide, trop explicitement didactique. A mi-chemin entre un roman comme l’Exodes de Ligny et un essai comme le glaçant The collapse of complex societies de Tainter, "Le paradoxe de Fermi" est au moins une bonne introduction à la fragilité d’un monde qui nous paraît acquis. En cela il est utile et méritoire.

Le paradoxe de Fermi, Jean-Pierre Boudine

samedi 23 avril 2016

Retour de chronique : L'âme de l'empereur - Brandon Sanderson

Retour de chronique du Bifrost 78

Brandon Sanderson est connu notamment pour Elantris, Warbreaker, Fils-des-Brumes, ou la conclusion en cours d’écriture de La roue du temps dont il remplace le créateur Robert Jordan, mort prématurément. "L’âme de l’empereur" a reçu le Prix Hugo du court roman 2013.

Empire de la Rose. A sa tête, Ashravan - sorte de roi fainéant, entouré d’Arbitres qui exercent la réalité du pouvoir. Plusieurs factions patriciennes gravitent autour du monarque. Celle de l’Héritage détient le pouvoir, que voudrait s’approprier celle de la Gloire. Du désir à l’impérieuse nécessité il n’y a qu’un pas, que franchit la Gloire en envoyant un sicaire éliminer l’empereur. L’assassin ne parvient à tuer que l’impératrice, laissant l’empereur dans un état végétatif. Or, l’Héritage doit absolument présenter vite un empereur fonctionnel à la cour sous peine de perdre le pouvoir. Il lui faut donc passer un « pacte avec le diable » en proposant à Shai, jeune Faussaire condamnée à mort, de forger une âme pour l’empereur afin de mettre une conscience dans son corps inerte. Problème de taille, la nouvelle âme doit être suffisamment proche de l’ancienne pour rendre la Falsification indétectable. Shai, mise au secret dans une chambre du palais, va donc se plonger dans la vie de l’empereur pour le connaître de la façon la plus intime.

Réussira-t-elle la Falsification la plus difficile de sa carrière ? Usera-t-elle du pouvoir que lui donne son acte pour changer l’empereur ? Et sortira-t-elle vivante de cette aventure dont aucun témoin ne doit subsister ?

Sanderson, connu pour être l’auteur qui invente des systèmes de magie originaux, ne fait pas exception ici. La Falsification est une réécriture des caractéristiques d’un objet par la réécriture de son histoire. Veut-on s’enfuir d’une pièce verrouillée ? Il suffit de « raconter » à la serrure qu’elle fut mal forgée et présente donc un défaut structurel que le captif utilisera pour la briser. Connaissance du passé et réécriture sont les dons magiques des Faussaires ; s’y ajoutent psychologie et sens déductif. Savoir ce qu’est la chose pour savoir ce qu’elle aurait pu être, et la convaincre de le devenir. On pense à l’Egan d’Isolation, le principe est proche.

En dépit de l’écriture un peu trop moderne de Sanderson, le voyage qu’il propose est agréable. Shai est un personnage aimable qui tentera de faire les choses justes quand l’occasion lui en sera donnée. Le lecteur embarque avec elle dans une aventure inédite au cœur des arcanes mortels de la politique impériale.

L'âme de l'empereur, Brandon Sanderson

vendredi 22 avril 2016

Une demi-couronne - Jo Walton


Sortie de Une demi-couronne, troisième et dernier tome du cycle Small Change. La VO était chroniquée ici. Et le tome précédent, Hamlet au Paradis, .

20 ans, 20 nouvelles, Bifrost offre un cadeau à ses lecteurs


En ce mois d'avril 2016, l'excellente revue Bifrost fête ses vingt ans. A cette occasion, outre un exceptionnel numéro 82 « Spécial Neil Gaiman » et un HS gratuit intitulé « La science-fiction en bandes dessinées », Le Bélial offre, du 22 avril au 8 juillet, un recueil de nouvelles numériques « 20 ans... 20 nouvelles ! ».

Sommaire
  1. La Limite de Chandrasekhar de Jean-Jacques NGUYEN (in Bifrost 3)
  2. L'Inversion de Polyphème de Serge LEHMAN (in Bifrost 5)
  3. Vif Argent de Greg EGAN (in Bifrost 11)
  4. La Vie des morts de Michael SWANWICK (in Bifrost 15)
  5. Dirty Boulevard de Thomas DAY (in Bifrost 19)
  6. L'Autre Bord de Bruce Holland ROGERS (in Bifrost 23)
  7. Le Dragon de Pripiat de Karl SCHROEDER (in Bifrost 26)
  8. Les pierres vivent lentement de Philippe CAZA (in Bifrost 31)
  9. La Faim du monde de Xavier MAUMÉJEAN (in Bifrost 33)
  10. L'Âme des sondeurs de Jacques BARBÉRI (in Bifrost 37)
  11. La Liste des souffrances autorisées de Catherine DUFOUR (in Bifrost 42)
  12. Un espion sur Europe de Alastair REYNOLDS (in Bifrost 46)
  13. Origam-X de Stéphane BEAUVERGER (in Bifrost 50)
  14. Demain les eidolies de Lucas MORENO (in Bifrost 55)
  15. Rempart de Laurent GENEFORT (in Bifrost 58)
  16. Faire des algues de Jérôme NOIREZ (in Bifrost 64)
  17. La Source de Christian LÉOURIER (in Bifrost 65)
  18. Le Choix du quêteur de Thierry DI ROLLO (in Bifrost 71)
  19. Le Major dans la perpendiculaire de Léo HENRY (in Bifrost 74)
  20. La Clé de Manderley de Mélanie FAZI (in Bifrost 77)

On peut télécharger le recueil ici. N'attendez pas.

samedi 16 avril 2016

Ma bataille d'Alger - Ted Morgan - Candide à Alger


"Ma bataille d’Alger" est un témoignage du journaliste et historien franco-américain Ted Morgan. De naissance, Ted Morgan est le Comte Sanche Charles Armand Gabriel de Gramont, fils élevé aux USA d’un père pilote mort en mission pendant la Seconde Guerre Mondiale. En 1955 il est appelé à faire son service militaire par la France alors en pleine Guerre d’Algérie. Morgan n’est guère enthousiaste mais il y va, par devoir. C’est cette expérience de deux ans qu’il raconte dans "Ma bataille d’Alger".

Les caractéristiques de l’auteur cet ouvrage en font l’intérêt véritable.
Morgan est français mais il a grandi aux USA et sa culture est résolument américaine. La Guerre d’Algérie, de fait, l’indiffère largement, même si sa culture US lui présente sous un jour plutôt favorable les processus de décolonisation, sans plus. Rattrapé par sa nationalité et son histoire, Morgan est néanmoins assez largement désimpliqué dans toute cette affaire, qu’il va vivre comme individu bien plus que comme un Français pour ou contre, avec donc une espèce d’équidistance rare sur ce sujet, et en y mettant la chair qu’on ne trouverait pas dans un ouvrage purement historique.
Le Comte Sanche Charles Armand Gabriel de Gramont fait partie de la upper-upper class US, et il a donc de nombreux contacts qui lui permettent de naviguer dans les hautes sphères de la société algéroise ou américaine expatriée.
Il est diplômé de journalisme ce qui lui donne l’occasion de couvrir la bataille d’Alger pour la feuille de chou de l’état-major, et ainsi d’être au contact des généraux et aux premières loges de bien des évènements.
Et enfin il est basé à Alger, marchant dans des rues où explosent des bombes dont il pourrait être victime (et manque d'ailleurs de l’être). "Ma bataille d’Alger" (le « ma » est capital) est donc le compte-rendu tout à fait passionnant d’une forme involontaire d’observation participante.

Ce qui ressort du récit - rien de neuf pour les férus d’Histoire - c’est que la bataille d’Alger (puisque c’est le nom consacrée de la confrontation entre la campagne terroriste du FLN et la répression violente de l’armée française) fut gagnée, mais qu’une bataille n’est pas la guerre et que l’indépendance était un mouvement mondial inéluctable. Quand aux faits bruts, ils sont connus de ceux que le sujet intéresse.
Ce qui est intéressant donc c’est le récit qu’en offre Morgan.

Il montre une armée française d’appelés et de rappelés qui ne souhaitent pas, dans leur majorité, se trouver là, commandée par des officiers qui ont été « formés » par la défaite indochinoise et se méfient majoritairement des politiques. Il raconte les atrocités, des deux camps, dont il est témoin lors de son bref passage en unité combattante, l’espace de non-droit que crée la guerre, à fortiori coloniale, et l’espèce de folie de règlements militaires absurdes entre obligation de se tenir debout en jeep sous le feu et maternage des troupes coloniales qu’on emmène une fois par mois au bordel militaire de campagne. Il confesse sa propre atrocité, fruit de l’expérience unique du combat qu’avait déjà décrite Jesse Glenn Gray dans l’indispensable Au combat (très bonne recension ici).

Il montre des Français d’Algérie - dont beaucoup ne parlent pas trois mots d'arabe - élevés dans une culture racialiste (voir Georges Mauco) et qui la manifestent explicitement, comme point aveugle allant de soi.

Il raconte l’escalade des attentats aveugles d’un côté et de la torture et des exécutions sommaires de l’autre dans un mano à mano qui, en dépit des efforts de quelques partisans de la paix, ne pouvait se terminer que dans la séparation définitive et la rancœur durable.

Il explique comment le lieu et la date des attentats deviennent des points de repères géographiques ou temporels dans la ville. Et comment, pourtant, on continue à vivre entre deux drames, soixante ans avant la résistance bistrotière de l’après Charlie.

Il promène le lecteur dans la folie d’une guerre qui ne dit pas son nom et dans laquelle chaque position personnelle était mouvante et instable. On y croise le leader de la bataille d’Alger dont la femme Suzanne aide les Algériens ; une membre éminente du FLN non pas torturée mais séduite ; un colonel de parachutistes qui n’aime pas faire la police à Alger mais la fera de toutes les façons possibles ; un général qui démissionne, écœuré par ce qu’il a vu ; des officiers anciens déportés pour qui la torture est insupportable et d’autres plus nombreux qui considèrent qu’à la guerre comme à la guerre ; un avocat qui y inaugure sa « défense de rupture » et qu’on surnomme Maitre Guillotine tant ses plaidoiries politiques sont inefficaces ; un appelé motivé qui finit par déserter après avoir refusé une exécution sommaire ; un journaliste de l’armée qui publie en cachette dans Témoignage Chrétien ; un Prix Nobel de littérature qui préfère sa mère à la justice ; des femmes de sous-officiers en opération qui s’emploient comme hôtesses dans un club d’officiers ; une bourgeoise locale mariée qui devient la maitresse de Morgan puis cesse - par respect ? - quand son mari est tué au Sahara. Et des morts très nombreux, des deux côtés, dans une montée aux extrêmes hallucinante.

Ecrit en 2007, alors que les Américains sont empêtrés dans le bourbier irakien, "Ma bataille d’Alger" se lit aussi comme un message à la société américaine. Contrairement à une doxa récente, il y affirme que si la torture est moralement condamnable et produit des effets de long terme délétères elle est opérationnellement efficace, mais aussi qu’une bataille n’est pas la guerre et que certaines guerres ne peuvent être gagnées car elles sont à contresens de l’Histoire.

Ma bataille d’Alger, Ted Morgan

vendredi 15 avril 2016

Car l'enfer est ici t4 - Brunschwig - W Président


"Le pouvoir des innocents, Cycle II, Car l’enfer est ici, tome 4". Toujours les mêmes (Brunschwig, Hirn, Nouhaud) au stylo et au pinceau + un collaborateur invité, Thomas Priou, pour une séquence « dessin animé » parodique.

Lou MacArthur élu, les choses commencent à changer dans l’Etat de New York, comme elles changeaient dans la ville sous l’impulsion de sa maitresse en politique Jessica Ruppert. Participation, long terme, et empowerment sont les maitre mots de la politique du duo.
De l’autre côté de l’échiquier, leurs adversaires républicains et leurs peu présentables alliés sont excités comme des poux, d’autant que l’élection présidentielle approche à grands pas et que les Whitaker, une très vieille famille WASP qui a donné de nombreux leaders politiques au pays, comptent bien faire élire leur dernier rejeton, Wyatt. Ce sera chose faite avec ce W aussi faible, dynastique, et mal élu qu’un autre que nous avons connu dans le monde réel. En novembre 2000, comme celui de l’album.

Parallèlement, le procès de Joshua Logan approche, et un heureux hasard - appelons-le comme ça - va peut-être enfin donner une arme utilisable à son avocat. Mais pour cela il faudra bien que quelqu’un accepte de parler, de briser la loi du silence mafieuse à ses risques et périls. A voir donc.
Dans le même temps, un mouvement politique fort peu sympathique se développe à partir de la « parole » de Joshua Logan, une parole qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui la propagent mais qui fait mouche sur une foule de plus en plus nombreuse. La violence politique est de nouveau prête à exploser.

Brunschwig continue son récit choral. Les personnages voient leurs destins croisés converger toujours plus vers une conclusion dont on ne peut prédire la teneur. La note d’espoir entrevue dans le tome 3 semble bien vacillante.
Le scénario est fouillé, développé, complexe, et, hélas, plutôt crédible en terme de manipulation et de violence politique, à fortiori au vu des semaines qui viennent de s’écouler en France. De la bien belle politique fiction qui ravira les amateurs de House of Cards ou de The West Wing.
Côté graphisme, les dessins sont réalistes et la colorisation souvent très belle et lumineuse.

Car l’enfer est ici t4, Brunschwig, Hirn, Nouhaud

mardi 12 avril 2016

Infinités - Vandana Singh - Papillons et toiles d'araignées


"Infinités" est le premier recueil traduit en français (par Jean-Daniel Brèque pour Denoël Lunes d’encre) de l’écrivaine et prof de physique indienne (mais vivant aux USA) Vandana Singh.

J’avais énormément apprécié sa nouvelle-titre (même si la traduction de celui-ci a changé entre temps). Je réitère, je préciserai peut-être un peu ci-dessous.

En refermant "Infinités", j’ai pensé que Denoël devrait offrir avec le fascinant L’Inde de Demain d’Akash Kapur. Ce non fiction sur lequel  Clea Chakraverty écrivait dans le Monde Diplo : Candeur, déni, acceptation. Telles sont les trois phases décrites par Henri Michaux (Un barbare en Asie) lorsque, dans les années 1930, il découvre l’Inde orientaliste de ses fantasmes, puis celle de la misère et de la mort. On retrouve du Michaux dans l’ouvrage d’Akash Kapur. Journaliste américain d’origine indienne, il se rend au Tamil Nadu plein d’idéaux et de rêves pour le pays de son enfance. Sa désillusion face à cette nation qu’il pensait « progressiste et moderne » laisse peu à peu place à la confusion : « L’Inde me donnait l’impression d’être deux nations à la fois. Je ne savais pas en laquelle je devais croire. Je ne savais plus laquelle était réelle. »
Dans L’Inde de demain, se trouvent en vrai (et plus long) les mêmes bouleversements d’une Inde en transformation rapide et désynchronisée que dans le recueil de Singh.

Mais, assez tergiversé, venons-en au fait !

"Infinités" est un recueil de 10 nouvelles + un (très) court essai sur la valeur de la littérature d’imagination. Doux, tendre, sucré, il se lit avec plaisir, comme on croquerait un gulab jamun. Mais là où la succulente pâtisserie traditionnelle n’est que douceur, la prose de Singh laisse un arrière-goût souvent triste dans la bouche. Car c’est l’Inde contemporaine que raconte Singh. Cette Inde qui se caractérise par une croissance économique rapide avec les bouleversements sociaux et les inégalités qu’engendrent le décollage, mais qui reste encore façonnée par le système des castes et la stratification sociale stricte de la tradition. Une Inde dans laquelle les femmes sont (pas plus qu’avant mais de façon plus visible) emprisonnées à domicile dans les rets de la bienséance et des conventions, et soumises dans l’espace public au regard concupiscent des hommes.

Singh raconte donc l’Inde d’aujourd’hui (version Dehli). Elle y met maints détails, minuscules, qui composent par agrégation le tableau d’un pays où nait et s’élève une classe moyenne tiraillée entre tradition et modernité. On habite des appartements en ville équipés du confort moderne mais jamais complètement coupés de la nature, toujours trop petits car il faut y loger la belle-mère, au moins, qui s’approprie les enfants, souvent. Des appartements dans des immeubles où pullulent les nuisibles, et où la cage d’escalier montre ce que dissimulent les appartements. La faim n'est jamais loin, sur le palier du dessus, ou dans la rue, sur les trottoirs où dorment les pauvres. Le merveilleux non plus. Tout ceci, Singh le montre comme des éléments normaux du décor, qu’on décrit comme on les voit, si manifestes que mon collègue Cédric a pu trouver qu’ils rendaient ces histoires trop prosaïques. C’est pourtant à une visite dans l’Inde-Janus que nous convie Singh et elle le fait, certes, sans effet spectaculaire mais le message passe imho.

Mais c’est quand Singh parle des femmes qu’elle est convaincante et touchante (dans ses nouvelles hic et nunc, pas les futuristes donc). Des femmes indiennes soumises aux mariages forcées, à la domination domestique (pas forcément violente) tant de leur mari que de leur belle-mère, aux innombrables règles du « qu’en dira-t-on ? » et de la bienséance dans un monde resté atrocement provincial en dépit de l’enrichissement. Des femmes, finalement, tristes, nostalgiques, désabusées, le tout à bas bruit, qui ne peuvent se définir que par leur liens à la famille. Des femmes qui n’ont le choix qu’entre la soumission aux règles (y compris en se perdant dans l’abrutissement des potins ou de la lutte pour le prestige) ou la fuite. Pas de « voice » ici. Durkheim parlait il y a un siècle du suicide fataliste des femmes mariées. Rien d’étonnant au vu de la vie de ces femmes.
Ces héroïnes tristes, ces femmes domestiquées, Singh les décrit par petites touches délicates et transmet leurs regrets, leur inaccomplissement. Elle le fait sur un ton très drôle de comédie italienne dans Faim, d’une manière somptueusement ironique dans La femme qui se croyait planète, de façon presque lovecraftienne dans Soif, « simplement » escapiste dans Le tétraèdre, ou fantastique à la Orlac dans La chambre sur le toit. Et c’est surement dans L’épouse, sur un divorce, que Singh trouve les mots les plus justes sur le vide que laisse une construction exclusive qui s’écroule, sur ce qu’est en creux une femme indienne.

Face à ce magnifique texte, la pierre angulaire du recueil est Infinités qui a pourtant pour héros un homme. Ici c’est la déchirure religieuse de l’Inde qui s’exprime, la beauté des idées contre la laideur de la glaise.

Un recueil très touchant donc, qui émeut comme le spectacle d’un papillon pris dans une toile d’araignée, et évoque souvent la nostalgie douce de Mélanie Fazi.

Infinités, Vandana Singh

dimanche 10 avril 2016

The Trees - Ali Shaw - Life abides


"The Trees", troisième texte publié du Britannique Ali Shaw, est un roman difficile à résumer car il est aussi foisonnant que son sujet. En donner le pitch est faisable (c’est d’ailleurs ce que je m’apprête à faire), mais il y a tant de directions dans "The Trees" que l’exercice ne rendra pas justice au livre. On peut lire, ici et là, « The Road avec des arbres » ; non, c’est rater le point.

Pitch donc : Ici et maintenant. Adrien Thomas est un prof d’anglais en disponibilité et, on le découvre au fil des pages, un loser et un lâche - à sa décharge, il n'a pas eu une enfance facile. Il est marié à Michelle, pour combien de temps encore ? Au moment où le roman commence, elle est en voyage professionnel en Irlande, et elle est partie sur une énième dispute, provoquée comme toujours par Adrien. Seul dans la maison du couple, ce dernier se prépare à quelques jours de torpeur inactive, domaine dans lequel il excelle. Mais, au milieu de la nuit, sa ville - et d’abord pour lui sa maison - voit la croissance instantanée d’arbres gigantesques, qui éventrent rues et bâtiments. Très nombreuses victimes sous les maisons effondrées, rues défoncées et largement impraticables, réseaux urbains d’eau, d’électricité, et d’Internet détruits, commence pour Adrien et les autres survivants un jour d’après qu’on ne peut qualifier que de post-apocalyptique, d’autant que l’absence de secours extérieur signale bien le caractère non circonscrit du phénomène.

Maison en ruine, survivants en désarroi, magasins pillés, Adrien, bien sûr incapable de réaction efficace, erre en vain dans les décombres. Il y rencontre l'amicale Hannah - bien plus naturewise que lui – qui lui file un coup de main puis lui propose de partir avec elle vers l’ouest où elle espère retrouver son frère Zach, un forestier. Après brève réflexion, et plus pour la compagnie que pour l’objectif, Adrien décide d’accompagner Hannah jusqu’à sa destination puis de continuer à marcher afin d’aller retrouver sa femme, imaginant même une hypothétique traversée de la mer d’Irlande. Seb, le fils d’Hannah les accompagnera dans ce voyage au sein d’une nature qui a repris ses droits de la façon la plus cruelle possible. Les trois se mettent en route, ils iront plus loin qu’ils ne l’auraient cru possible et seront tous profondément transformés par l’expérience.

Loin d’être un énième post-apo, d’autant que le fond de l’histoire est résolument magique ou mythologique, "The Trees" est un beau roman, bien écrit, jamais manichéen, mettant en scène des personnages riches et complexes qui finissent tous par devenir très attachants tant ils sont développés et sonnent vrais. Dans "The Trees", les personnages portent le roman et ils le font avec brio.

Hannah, une sorte de baba écolo, commence avec le sentiment diffus que le monde vient d’être purifié par l’incompréhensible évènement. Elle découvrira la violence dont celui-ci est porteur, puis la sienne propre, et le caractère hélas trop naïf de son rapport énamouré à la nature.
Seb, adolescent « digital native », sera obligé de se confronter, pour la première fois de sa vie peut-être, au monde réel, à la compagnie directe des autres, et à des difficultés qu'on ne peut surmonter par quelques lignes de code.
Hiroko - une jeune japonaise exilée aussi sauvage qu’une renarde - les rejoint sur la route. Elle sera progressivement apprivoisée et fera enfin la paix avec une histoire de vie compliquée.
Adrien, qui ne sait jamais vraiment pour quoi ou vers quoi il marche, sera le plus changé de tous. Celui aussi qui aura résisté le plus longtemps à sa propre évolution, même s’il essaie sans cesse de faire les choses justes. Ce n’est pas l’envie de bien faire qui manque à cet homme caractérisé par la peur et l’autoexécration, c’est le courage.
Et puis il y a les autres, alliés ou adversaires, qui apporteront tous leur pierre à l’édifice, au fil des mois de voyage.

Bien plus que de post-apo, c’est de transformation qu’il est question dans "The Trees", de métamorphose personnelle et radicale. Sociétale aussi, un peu.
Et puis de deuil. Le deuil d’un monde d’abord, de toutes les choses qu’on ne verra plus, qu’on ne fera plus, qui n’existeront plus, et qu’il faut apprendre progressivement à ne plus regretter. Le deuil ensuite de l’image qu’on avait du monde et de son agencement primordial, de la place relative que l’homme y occupe, de l’essence même de la nature et de la vie. Le deuil enfin de l’image qu’on avait de soi-même, des besoins, limites morales, et niveau de fortitude qui étaient associés à ce qu’on croyait être son identité, des rages ou remords qu'on portait, aussi.

Sur la plan du déroulement narratif, les multiples transformations sont toujours cohérentes et claires, inévitables en un sens. Les relations entre personnages, construites avec précision et patience mais jamais simples, sont justes car elles sont complexes. De nombreuses scènes sont belles et touchantes, d’autres choquantes et dérangeantes, toute la vie est donc là, dans les pages du roman.
Il y a encore les nombreux moments de grâce visuelle qu’offrent les description de Shaw.
Et surtout il y a Adrien, homme insignifiant lancé dans une quête qu’il ne comprend pas lui-même et qu’il n’a pas vraiment choisie. Adrien, brillante trouvaille, l’anti « Père de la Route », l’anti « Rick de Walking Dead ». En 49, George Stewart écrivit Earth abides, Shaw écrit ici Life abides. C’est de ça qu’il s’agit. De la vie qui se perpétue. Qui change et résiste et se perpétue. Pas de l'avant ou de l'après, juste du flux incessant des vies, de la vie.

Tout n'est pas parfait dans "The Trees", le roman est peut-être un poil trop long, certains obstacles semblent un peu trop facilement surmontés, mais c'est néanmoins une belle histoire très joliment racontée. Dommage de s'en priver.

The Trees, Ali Shaw

samedi 9 avril 2016

Le Roy des Ribauds vol II - Encore pire


Suite de la série Le Roy des Ribauds avec ce "Livre II" récemment sorti.

Alors qu’après la libération de Richard Cœur de Lion, la guerre a repris de plus belle entre la France et l’Aquitaine, on retrouve Tristan, Roy des ribauds, en bien fâcheuse posture. Malgré ses hauts faits d’armes, le roi Philippe Auguste perd peu à peu confiance en celui qu’il considère comme son chien de garde ; un ambitieux rival le coupe d’une bonne partie de son « royaume » des gueux ; l’un de ses deux plus fidèles lieutenants a disparu, mort peut-être ; le Rouennais, un mercenaire au service de Richard Cœur de Lion, veut sa mort et le cherche dans Paris.

Le Roy des ribauds est donc bien seul.

Ne restent avec lui que quelques compagnons, sans oublier sa fille qui veut l’aider aussi en sortant enfin de l’ombre protectrice dans laquelle il l’a toujours gardée. Pour espérer sauver son pouvoir et sa vie - alors même que Philippe Auguste vient de lui signifier un ultimatum aussi proche que définitif - Tristan doit se réconcilier avec Le Grand Coësre, le seigneur des mendiants qui règne sur l’inframonde depuis son palais souterrain. Tâche ardue tant la rancœur est vieille, profonde, et personnelle entre les deux hommes.

Dans ce Livre II, Brugeas poursuit bellement l’épopée entamée il y a un an. Histoire de violence politique autant que criminelle, Le Roy des Ribauds introduit le lecteur dans les arcanes de manigances royales imaginées mais réalistes alors même que son héros arpente les bas-fonds de la capitale.
Dans un monde où la faveur du souverain est une monnaie, en disposer donne de grands pouvoirs, la perdre signifie retourner à la glaise ou pire. La conserver est donc essentiel, mais pour cela il faut être le maitre de la plèbe, une position que Tristan ne peut maintenir qu’un usant d’assez de violence pour ne plus être contesté par personne.

Le dessin est beau et la colorisation superbe. Les feux, la nuit, les étoiles, tout est lumineux et vibrant. Quant au Paris de 1194, on en voit bien les ruelles tortueuses, les palais robustes, les culs de basse-fosse, et les lieux étranges qu’elle abrite tel ce baroque palais des mendiants qui sert de repaire au Grand Coësre et à sa cour. De la bien belle ouvrage.

Le Roy des Ribauds, Livre II, Brugeas, Toulhoat

Les nominés du GPI 2016


Les nominés du Grand Prix de l'Imaginaire (GPI) 2016 sont maintenant connus.
Le Prix sera remis le 15 mai à Saint-Malo lors du festival Etonnants Voyageurs.
Voici pour quelques catégories.

1) Roman francophone

Abîme du rêve de Francis Berthelot (Dystopia)

Booming de Mika Biermann (Anacharsis)

Sous la Colline de David Calvo (La Volte)

Lum'en de Laurent Genefort (Bélial')

Le Château des Millions d'Années de Stéphane Przybylski (Bélial')


2) Roman étranger

Le Livre des choses étranges et nouvelles de Michel Faber (L’Olivier)

La Justice de l'ancillaire d’Ann Leckie (J'ai Lu, Nouveaux millénaires)

LoveStar d’Andri Snær Magnason (Zulma)

Légationville de China Miéville (Fleuve)

L'Adjacent de Christopher Priest (Denoël, Lunes d’encre)

Dernier meurtre avant la fin du monde de Ben H. Winters (Super 8)


3) Nouvelle francophone

Ethfrag de Laurent Genefort (in Bifrost n° 78)

Il faudrait pour grandir oublier la frontière de Sébastien Juillard (Scylla)

Welcome Home de Jérôme Noirez (in Utopiales 2015, ActuSF)

Histoires assassines (recueil) de Bernard Quiriny (Rivages)


4) Nouvelle étrangère

Ma chèvre s'est mangé les pattes (recueil) d’Alex Burrett (Aux forges de Vulcain)

La Ménagerie de papier (recueil) de Ken Liu    (Bélial')

Le Bazar aux Merveilles d'Alastair Baffle de Mike Resnick (Galaxies n° 34/76)

Infiltration de Connie Willis (in Les Veilleurs, J’ai Lu)

mercredi 6 avril 2016

Sea of Dreams - Alter S. Reiss - La grandeur est dans l'oeil de celui qui regarde


"Sea of Dreams" est une nouvelle de Alter S. Reiss à lire en ligne ou à télécharger sur le site Beneath Ceaseless Skies. On notera qu'une version Audio y est aussi disponible.

Courte (trop ?) histoire, jolie et nostalgique, sur l'exil et les rêves de retour en gloire qu'on a besoin d'y caresser, rêves qui peuvent devenir réalité, pour le meilleur ou pour le pire, si on parvient à les faire partager au plus grand nombre.
Un commentateur du texte y a vu Napoléon exilé. Plus sombre, j'y ai vu l'ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-Château. Mais tant d'autres sont possibles, victorieux ou vaincus.

Sea of Dreams, Alter S. Reiss

Interview : Laurent Kloetzer, homme de glace


Laurent Kloetzer devient progressivement un habitué de ce blog. Interviewé ici mais aussi là, ses romans hors fantasy ont souvent été chroniqués dans ces parages.
Le dernier sorti est Vostok, un excellent texte d'aventure scientifique et personnelle dans l'un des lieux les plus inhospitaliers de la planète.

Laurent Kloetzer a gentiment accepté de répondre à quelques questions sur cette dernière œuvre. Suivons-le vers l'Antarctique.

Bonjour Laurent. Tu viens de publier Vostok, une palpitante histoire de quête située dans un lieu très inhospitalier, la station antarctique Vostok. Pourquoi avoir décidé d’écrire sur un tel lieu ?

Laure et moi avions envie depuis longtemps d’écrire une histoire antarctique et nous suivions dans les journaux les découvertes faites à la base Vostok (surtout les percées autour du lac, ça nous paraissait très lovecraftien. D’ailleurs j’avais chroniqué le point ici, alors que je ne pensais pas encore écrire quoi que ce soit à ce sujet). Puis Laure m’a mis dans les mains le livre de Jean-Robert Petit, qui m’a complètement fasciné (Vostok, le dernier secret de l’Antarctique, Paulsen). Pour l’histoire véritablement épique qu’il évoque, et pour le récit de la science telle qu’elle se fait. Quand le moment est venu d’écrire un récit antarctique, nous savions que ça tournerait autour de la base Vostok.
J’ai été particulièrement touché, dans le livre de Petit, par cette relation très sentimentale de l’auteur avec ce lieu. J’ai voulu travailler avant toute chose sur cette émotion.

Pourquoi ce roman est-il un Laurent Kloetzer et pas un L.L. Kloetzer, contrairement à Anamnèse ?

C’est un projet L.L. Kloetzer (le scénario et l’idée de base), mais pour des raisons d’emploi du temps et de charge de travail, j’y ai travaillé seul. Les défauts sont donc tous de moi.

Comment t’es-tu documenté sur les conditions de vie et de travail dans les bases antarctiques ?

En lisant des livres et en voyant des films… comme tout le monde. C’est un sujet très bien documenté. Le plus dur était de se renseigner sur les expéditions russes, la documentation en français ou en anglais à ce sujet n’est pas très abondante et mon russe pas assez bon. J’ai toutefois eu de bonnes surprises, comme par exemple de pouvoir lire 72°C en dessous de zéro, un roman d’aventure soviétique des années 70, traduit à l’époque chez Pygmalion.


Tes personnages sont des membres de cartels chiliens. Pourquoi ce choix « exotique » ?

Je voulais que l’Antarctique ne soit pas trop loin, or le Chili est tout proche du continent blanc. De plus, Juan est venu tout de suite, avec une silhouette inspirée par un bon copain chilien. A quoi tiennent les idées…

Ton personnage principal, Léo, est une très jeune fille issue d’un pays pauvre. Comment as-tu procédé pour rendre crédible un personnage aussi éloigné de toi ?

Je suis bien content que tu l’aies trouvée crédible. J’attends maintenant le retour de lecture d’une vraie jeune fille de quinze ans (l’une d’elles a relu le début du roman, ça m’a aidé).

Etait-il important pour toi que les deux personnages centraux du roman (Léo et Veronika) soient des femmes vainquant l’adversité ?

Carrément. On ne choisit pas le genre de ses personnages au hasard, et quand un homme écrit sur des femmes, il doit toujours travailler sur les représentations, les clichés. Plus précisément, j’ai écrit ce roman pour une jeune fille et pour mes filles, j’avais envie de leur donner de beaux personnages auxquels s’identifier. Ni putains, ni vierges, ni princesses.

Pourquoi avoir fait de Veronika, la scientifique ex-soviétique, une pasionaria komsomol ? Y a-t-il un peu de son idéal en toi ?

L’URSS a connu son festival d’horreurs, mais c’était aussi un pays porté par une idéologie très puissante, dont certaines valeurs me parlent. Spoutnik tout comme Vostok sont deux enfants de l’Année Géophysique Internationale. A l’époque de la rédaction de Vostok, Laure me lisait des extraits de La fin de l’homme rouge, livre bouleversant de Svetlana Alexeievitch sur le monde soviétique. Ça m’a influencé.


Qu’éprouves-tu pour ces hommes qui partaient si loin, si longtemps pour faire avancer la science ? Que sais-tu de leurs motivations ? Comment les juges-tu ?

Petit décrit cela bien mieux que moi. Il montre comment la connaissance scientifique se bâtit sur toutes sortes de raisons : rivalités, amitiés, magouilles, honneurs, mais qu’au fond elle rassemble plus qu’elle ne sépare.

La vie dans Vostok met à l’écart d’un monde qui apparaît progressivement de plus en plus artificiel. Est-ce ainsi que tu vois le monde ? Caresses-tu aussi un rêve d’ermitage ? As-tu lu Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson ou d’autres livres racontant des expériences d’isolation extrême ?

Il y a sans doute dans ce roman un fantasme de repli sur le bunker. Mais le repli à Vostok ne peut pas être autarcique. Sans le reste du monde, la station meurt.

Tu es quelqu’un qui connaît parfaitement l’œuvre de Lovecraft. Comment ne pas être écrasé par l’ombre des Montagnes hallucinées et de sa quête d’inconnu dans le grand Sud ? Plus généralement, y a-t-il des œuvres (que tu pourrais conseiller) auxquelles tu reconnaitrais une parenté avec Vostok ?

Tu as raison, la présence des Montagnes Hallucinées était écrasante. De plus, après avoir relu le texte et passé des heures à faire jouer des explorateurs des années 30 écrasés sur les pentes de la plus haute chaîne de montagne qui soit sur Terre, j’avais l’imaginaire envahi par cette vision de l’Antarctique. C’est le livre de Petit qui a tout débloqué, en me faisant connaître ce qui vient après l’âge héroïque des explorateurs (de Bellingshausen à Byrd, en passant par Scott et Amundsen), c’est à dire l’âge scientifique et géopolitique de l’Antarctique, qui n’est pas moins passionnant.
En écrivant Vostok, j’avais également une autre référence en tête (très humblement) : l’Ile au trésor. Un voyage lointain, une séquence initiale dans le pays d’origine, un enfant perdu au milieu de personnages plus ou moins méchants, forcé à son tour de jouer un rôle. J’ai relu l’Ile au trésor après avoir fini Vostok, et je me suis dit qu’il restait beaucoup à apprendre.

Pourquoi avoir situé ce roman dans le monde d’Anamnèse ? Et pourquoi y avoir mis en scène un « ghost » ? Le roman n’aurait-il pas fonctionné, même un peu différemment, sans cet élément ?

Ça faisait partie du projet dès le début. Le roman devait se passer dans notre futur, et je n’ai pas tant de futurs disponibles. Par ailleurs, d’un point de vue narratif, le ghost permet de traiter de manière plus intéressante le personnage de Leo, il apporte une belle dimension littéraire.

Tu abordes incidemment la question du réchauffement climatique et de l’entrée en anthropocène. Dans quelle mesure cette question te préoccupe-elle ? Comment vois-tu l’avenir sur cette question ?

La question me préoccupe personnellement, mais je n’ai pas grande autorité pour en parler. Après ça, les livres qu’on écrit sont le reflet de notre temps.

Je te remercie infiniment et je souhaite longue vie à Vostok.

lundi 4 avril 2016

La journée d'un journaliste américain en 2889 - Verne


"La journée d'un journaliste américain en 2889", est une nouvelle d’anticipation à l’histoire surprenante, adaptée il y a quelques années en BD. C’est cette forme que j’ai lue.

Texte de commande écrit en anglais ( titré In the year 2889) et publié initialement en février 1889 dans la revue américaine « The Forum », il portait alors la signature de Jules Verne. Or, il est presque acquis que c’est son fils Michel qui l’a écrit, mais la renommée du grand Jules était telle qu’il ne fallait pas la laisser perdre, d’où l’imposture. Le grand auteur était-il au courant? Il semble que oui si on se réfère à un passage d’un courrier échangé entre lui et son éditeur Pierre-Jules Hetzel, cité en postface de l’album.

Toujours est-il qu’un an plus tard Jules traduisit la nouvelle en français (La journée d’un journaliste américain en 2889, qu'on peut lire ici) et la présenta à l’Académie d’Amiens. Il semble que, lors de cette présentation, pris sans doute par l’enthousiasme de la salle, il oublia de préciser que l’auteur initial de la nouvelle était son fils Michel. La carrière littéraire de ce dernier, qui aurait pu profiter de l’estime que reçut ce texte, ne décolla de fait jamais.

Ceci posé, de quoi parle donc "La journée d’un journaliste américain en 2889" ? Comme son titre l’indique, on y suit, sur une journée, la vie de Mr Francis Bennett, propriétaire dirigeant du Earth Herald, le plus grand journal mondial, quasi monopolistique. C’est l’occasion pour l’auteur, à travers un récit qui n’est certes pas transcendant du point de vue romanesque, de recenser les changements majeurs intervenus dans le monde en mille ans. Dans l’album on voit donc :

Des tubes pneumatiques transatlantiques qui remplissent la fonction des avions
Des téléphotes (visiophone et télévision à la fois)
Des aliments aseptiques
Des systèmes automatiques de nourriture à domicile
Des publicités omniprésentes et projetées sur les nuages
Des greffes d’organe
Des « réanimations » d’hibernés
L’allongement de l’espérance de vie
La guerre chimique et bactériologique
La régulation des naissances en Chine

Mais le plus important et visionnaire imho est la soumission des politiques à un pouvoir médiatique devenu le seul véritable. La manière dont Bennett attribue, au gré de ses nécessités, des créneaux d’info, et donc de visibilité, à des politiques qui les mendient rappelle furieusement les pages de « L’Etat séducteur » de Régis Debray.

Il y a plus dans la nouvelle mais la BD est relativement courte. Elle est néanmoins très plaisante. Le dessin, dans un style rétrofuturiste efficace, rend bien l’ambiance du texte. La présentation de l’album, comme premier volume de la collection destinée à la Jeunesse « Science-fiction pour Tous », use et abuse du style ampoulé et pontifiant des pédagogues du siècle dernier, pour le plus grand plaisir du lecteur. La postface est éclairante sur l’histoire de la nouvelle. Elle fait aussi le point sur l’ébullition imaginative de l’époque sans oublier les bios de Jules et Michel Verne, du vrai Mr Bennett, et aussi d’Albert Robida, auteur de merveilleux scientifique un peu oublié aujourd’hui et à qui Michel Verne aurait piqué quelques idées pour sa nouvelle.

Un bien bel objet donc et un bien bon travail de fiction éditoriale.

La journée d'un journaliste américain en 2889, Vandermeulen, Guerse

samedi 2 avril 2016

La Camp - Christophe Nicolas

"Le Camp". Si vous devez choisir entre y être enfermé ou le lire, préférez l'incarcération. C'est plus prudent.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 83, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

À quelques encablures de la clôture barbelée d’une base militaire de campagne, un homme affublé d’un collier métallique est retrouvé apparemment mort d'épuisement, entièrement nu, rachitique. Un mystère total. Et pour l’enquêteur Francis Le Gall, le début de la déchéance...
Six ans plus tard, l’ancien gendarme n’est plus qu’une loque. Noyé dans l’alcool, il ne cesse de ressasser ses prétendues découvertes. De sombres histoires d’extraterrestres et d’expériences atroces, que plus personne n’écoute. Un pur délire ? Pas si sûr.
Un jour, Marie arrive à La Draille, le village voisin de la base militaire, pour y aider une amie à emménager et retrouver Cyril, son compagnon. Elle découvre le hameau désert, sans plus une âme qui vive, vidé de tous les habitants en une nuit. La zone est bientôt mise sous quarantaine par les autorités...

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :