mardi 25 octobre 2016

Béziers 1209 - Jean d'Aillon - Grand Masel


"Béziers 1209". Retour au Moyen-Âge, retour dans les pas de Guillem d’Ussel, chevalier et troubadour.
Les férus d’Histoire, les Occitanistes, et leurs amis, connaissent cette date. Ils savent ce qu’il advint de Béziers le 22 juillet 1209. Jean d’Aillon leur donne aujourd’hui une occasion de vivre le « grand masel » de l’intérieur, comme Delalande en son temps le proposa en roman puis en BD. Les autres lecteurs découvriront cette infamie (et verront accessoirement quelle modeste part Guillem y prit ; l’Histoire est, hélas, plus forte que lui).
Comment introduire un homme seul, si exceptionnel soit-il, dans le tsunami historique que fut l’infâme Croisade des Albigeois ?

Jean d’Aillon raconte une histoire triple.

D’abord, Ussel, dont on a pu mesurer la compassion envers les cathares et autres vaudois dans les volumes précédents, est l’un des proches de Philippe-Auguste (oui, celui du rempart du Louvres !), de ceux qui le soutiennent dans sa volonté de ne pas lancer de croisade en Occitanie, en dépit des pressions incessantes d’Innocent III. L’aberration d’une telle entreprise est évidente, une croisade chrétienne contre des hommes et femmes qui se disent chrétiens, une croisade, avec son lot inévitable de dévastations, de destructions, de pillages et de meurtres, menée par un roi sur ses propres terres (ou presque) et contre ses propres sujets.
De plus, Philippe-Auguste a d’autres soucis. Il doit surveiller Othon d’Allemagne et Jean sans Terre d’Angleterre, et ne pas se dégarnir face à eux. Le soutien de ceux, qui comme Ussel, l’exhortent à ne pas se lancer dans une aventure d’où ne peut sortir que la honte est donc bienvenu pour conforter sa propre résolution (car, bien sûr, on n’influence pas le roi, on le confirme dans son opinion). Les va-t-en-guerre voient donc en Ussel un empêcheur de croiser en rond, c’est à dire quelqu’un qui navre leur envie de piller, violer, tuer, se tailler des fiefs : grands barons, chevaliers pauvres, ribauds et gueux, unis dans une volonté commune de s’abattre sur la riche Occitanie et d’en tirer le miel pour leur profit personnel. L’hérésie a bon dos, sauf pour quelques illuminés (les plus dangereux car inaccessibles à la raison comme à la négociation) tels que le légat Arnaud Amaury ou le comte Simon de Montfort, tous deux de sinistres mémoires.
Ussel a l’oreille du roi, il est du parti du refus de la croisade, il faut donc le retirer du jeu. Pour cela, on organise un meurtre sordide sur lequel Ussel enquête, ce qui met en branle une avalanche d’événements qui seront bien près de lui coûter la vie.

D’autre part, d’Aillon raconte le piège dans lequel tombe Ussel, et le temps très long qu’il passe, à son corps défendant, hors du jeu royal. Un temps durant lequel la croisade est autorisée par le roi, même s’il n’y participe pas lui-même et interdit à son fils - le futur Louis VIII - d’en être. Le pape, maître des deux clefs, est puissant, les grands barons aussi, pour d’autres raisons plus mondaines. Trahison, loyauté, aventure, honneur absolu et justice implacable, combats et meurtries en tous genres, les habitués reconnaîtront le style, les nouveaux venus le découvriront. Il faudra à Ussel et à ses féaux du courage et de l’ingéniosité pour survivre à l’épreuve, traquer les exécutants, et les châtier à la hauteur de leurs crimes.

Enfin, Ussel, libre, cherche à se faire justice en retrouvant les organisateurs de ses déboires. Pour cela, il doit partir vers le Sud, rattraper la croisade qui s’est mise en branle. Homme seul contre le vent de l’Histoire, il ne pourra s’y opposer, ni tout à fait dans son propre fief, ni bien plus tragiquement à Béziers. Il verra la destruction aveugle, les abominations, la bestialité des ribauds et le cynisme des barons. Il verra Raymond de Toulouse s’humilier pour sauver des terres qui tomberont quand même - in fine - sous la férule de la France du Nord, Raimond-Roger Trencavel faillir à temporiser, les grands barons du Nord abandonner rapidement une croisade qui les couvrit de honte. Ne resteront alors que les fous du pape et Simon de Montfort. Mais ceci est une autre histoire qui se terminera à Montségur, par la traîtrise et le feu, encore.

"Béziers 1209", est un Jean d’Aillon typique, qu’on retrouve avec plaisir, comme son whisky préféré. Très documenté, écrit dans une langue médiévale exquise, débarrassé de ces coïncidences heureuses que j’avais regrettées dans certains volumes précédents, il entraîne le lecteur dans une histoire virevoltante et révoltante qui évoque les grands romans de cape et d’épée et les transpose dans une période bien plus rude.

Béziers 1209, Jean d’Aillon

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