mercredi 29 juillet 2015

City of Ash - Bacigalupi : En attendant le Water Knife

Si tu sais lire l'anglais, voyageur, cette très courte nouvelle de Paolo Bacigalupi (à télécharger ici) est faite pour toi.

Dans "City of Ash", tu rencontreras Maria, la jeune réfugiée texane à Phoenix que tu retrouveras dans The Water Knife. Tu comprendras en quelques lignes quelle est sa vie, comment elle en est arrivée là, quels sont ses (inaccessibles ?) rêves d'avenir, et combien il y a loin de la coupe aux lèvres.

Situé avant le début de The Water Knife, "City of Ash" présente en quelques instantanés le monde du roman. Bacigalupi s'offre un parfait teaser, qui introduit et donne envie à la fois. Impossible après le très court insight de "City of Ash" de ne pas marcher résolument dans les traces du Water Knife. Ne fuiront que les lâches, terrifiés par ce qu'ils auront entrevu.

City of Ash, Paolo Bacigalupi

mardi 28 juillet 2015

Faute de temps - John Brunner

"Faute de temps" est une très bonne novella de John Brunner, adapté à la télévision britannique, qui illustre par une intrigante enquête l'une des craintes de son temps.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Comme il est TRES important de ne pas se spolier ce texte, je ne donne pas plus que ça :
Une nuit, Max Harrow est arraché brutalement à un cauchemar par la sonnerie de la porte d’entrée. Un agent de police vient de secourir dans la rue un homme inconscient, à la maigreur effroyable...
En 1963, John Brunner imagine un monde hanté par le ressentiment des générations futures. 

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

La montagne sans nom - Robert Sheckley

"La montagne sans nom" est une histoire d'aménagement planétaire qui pose d'intéressantes questions mais ne les développe pas assez pour dépasser l'anecdote.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Comme le texte est court, je ne donne même pas de résumé.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

lundi 27 juillet 2015

Retour de chronique : Orion shall rise - Poul Anderson

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
"Orion shall rise", un des volumes de la série « Maurai », est un roman d’aventure politique et militaire post apocalyptique de Poul Anderson. Il fut publié en 1983, alors que débutait l’Initiative de Défense Stratégique, initiée par Ronald Reagan, et à laquelle Anderson fut plus ou moins associé dans le cadre du « Citizens’ Advisory Council on National Space Policy ». L’objectif du groupe était de sanctuariser puis de développer le programme spatial américain, l’IDS en étant un moyen car « elle était impossible sans développement de moyens économiques d’accès à l’orbite basse » (Pournelle). Il semble que, dans un second temps (celui de l’écriture du roman ?), Anderson ait perçu les risques hégémoniques que faisait peser l’IDS, finalement avortée.

"Orion shall rise" prend place plusieurs siècles après une guerre atomique qui a décimé l’humanité, en laissant une bonne partie aux franges de la barbarie. Retombées et épuisement des ressources ont ramené le monde, qui n’a pas perdu tout son acquis technologique passé, à une pratique de modération qui nous est inconnue (exemple : il n’y a plus de réseau électrique par manque de fil de cuivre plutôt que de capacité de production).

Au fil du temps, quatre pouvoirs principaux ont émergé, quatre formes de civilisation stabilisées dans une guerre froide qu’ambition et hubris tendent à rendre chaude.

Le Domaine est une société de type féodal construite autour du pouvoir de la seule base stratosphérique encore en fonction - grosso modo la France. La Fédération – Océanie - est une société technologique avancée à fondation tribale, porteuse d’une idéologie écologiste radicale. Les Cinq Nations des Mongs – Asie/Russie – forment une société inégalitaire à l’organisation militaire ; elles sont le cœur de la religion de Gaïa qui révère la Terre et la Vie. Enfin, l’Union couvre le NW de ce que furent les USA. Industrieuse et hédoniste, cette société est fondée sur un Etat central faible et la libre participation de citoyens libres à des Lodges, formes très étendues de communautés paroissiales, un rêve tocquevillien.

Au début du roman, l’équilibre des forces se rompt. Les hiérarchies sociales sont remises en cause dans chacune des sociétés, où les bases aspirent à plus de « démocratie » et gagnent à leurs arguments des fractions croissantes des classes dominantes. Le Domaine, sous la menace de l’Espagne Gaïanne, connaît un coup d’Etat aux motivations triviales. La Guerre de Puissance a fait passer, amèrement, l’Union sous dominion de la Fédération. Les Mongs intriguent dans leur immensité. Et, pour une fraction secrète de l’Union, il faut « qu’Orion se lève » ; un complot au long cours s’y attèle.

Le clash est inévitable. Il se produira au fil des presque 500 denses pages du roman. Anderson y aborde de très nombreux thèmes. Il montre comment la coexistence d’idéologies antagonistes conduit à des oppositions irréductibles où fleurit la raison d’Etat et que seule la guerre résout, temporairement. Il pointe l’insolence d’une superpuissance (la Fédération, sorte d’USA futur) qui impose sa vision au monde. Il discute le tabou nucléaire. Il décrit des fanatiques, tant politiques que religieux, faisant fi de toute morale pour faire progresser leurs idées. Il montre des hommes bons conduits à des actes condamnables, et la facilité avec laquelle on retourne un peuple par un discours enflammé. Il pose aussi ses deux discours récurrents : libertarisme militant qui éclate dans la longue description qu’il fait du peuple de l’Union, « individualiste et coopératif sur une base volontaire », et de son système politique (dont on voit que c’est l’absence de contrôle populaire au plus haut niveau qui le corrompt) ; volonté d’aller dans l’Espace, de partir à l’aventure hors du puits de gravité pour régénérer l’humanité. Plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau.

On regrettera que ce bon roman soit un peu long, et on s’amusera du machisme priapique qui le parcourt ainsi que des dialogues à l’eau de rose qui le parsèment. Les femmes, c’est pas ton truc, Poul. Faut arrêter !

Orion shall rise, Poul Anderson

dimanche 26 juillet 2015

Retour de chronique : The boat of a million years - Poul Anderson

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
"The boat of a million years" est un roman-fleuve de Poul Anderson, publié en 1989 et nominé la même année pour le Nebula du Meilleur Roman. Fleuve par le nombre des caractères qui le composent autant que par l’amplitude de temps qu’il aborde ; trop fleuve peut-être.

Trois ans après le succès du film Highlander, Anderson raconte son histoire d’immortels traversant les siècles sans prendre une ride. D’où leur vient ce don ? Mystère. Une combinaison hautement improbable de gènes est sans doute la cause d’une incapacité à vieillir qui ne protège pas, néanmoins, d’une mort violente ou accidentelle. Mais ni duel ni quickening ici. Les immortels découvrent un jour qu’ils ne vieillissent plus, et doivent s’adapter à une situation qui peut les mettre au ban de la société.
Le roman débute quand Hanno, marin phénicien déjà bien plus vieux que la normale, embarque avec Pythéas pour explorer le Nord ; puis le récit saute de siècle en siècle, jusqu’au XXème et au-delà, vers l’espace lointain et le premier Contact.

Au fil de ce temps long, le lecteur suit une poignée de personnages qui ignorent, pour la plupart, s’ils ont des congénères dotés du même étonnant pouvoir. De lieu en lieu et d’époque en époque, du Japon médiéval aux plaines à bisons d’Amérique, du Far West à Constantinople, de la Kiev russe à la Chine impériale en passant par les déserts arabes, le lecteur suit la quête d’Hanno qui, des millénaires durant, cherche ses semblables, et finit par les réunir au XXème siècle. Les huit partiront finalement pour les étoiles quand une humanité devenu post-humaine sombrera dans l’égotisme individualiste, n’offrant plus ni relation authentique ni espace sauvage à explorer ou à vaincre. Ils y rencontreront d’autres spatiopérégrins et trouveront une réponse au paradoxe de Fermi.

Au fil des pages, le lecteur découvre combien il est éprouvant de voir vieillir puis mourir ceux qu’on aime, et plus encore de réaliser que cette issue est inéluctable, qu’elle sera toujours la même ; éviter donc de s’attacher - même s’il est tout aussi difficile de rester solitaire pour l’éternité. Il voit la nécessité de changer régulièrement d’identité pour ne pas être inquiété – même si, hors des religions du Livre, l’immortalité est acceptée comme signe de sainteté et non commerce démoniaque.

Ceci lui est présenté par le biais d’une succession de récits courts, organisés chronologiquement, rapprochés parfois, espacés de plusieurs siècles d’autres fois. Puissants, religions, empires passent et disparaissent. Restent les immortels, et le commerce, qui irrigue tel un fluide vital l’organisme de la communauté humaine et en constitue le pouls. Chaque récit donne à voir, sentir, entendre la réalité d’un lieu et d’une époque. Et Anderson excelle dans cet exercice. On parcourt les rues de Massalia, de Constantinople, de Kiev, les plaines indiennes, les montagnes chinoises ; on est assailli par les sensations que distillent l’auteur. On y est presque physiquement ; c’est à cela que sert la littérature.

Mais ce luxe de détail et l’amplitude balayée se paient aussi. Au fil de la progression, la succession des vignettes, très peu liées, finit par lasser. Le passage du temps historique à celui de la SF donne une impression de déséquilibre, comme si on avait accolé deux textes ou si les deux premiers tiers du roman n’étaient qu’un interminable prologue au point véritable. Ce qui lie le tout, mis à part le libertarisme d’Anderson, c’est l’idée –illustrée déjà dans The Enemy Stars - que ce qui nous rend humain, c’est la soif d’exploration, la volonté de savoir ce qu’il y a de l’autre côté de la colline, même au péril de notre vie. Hanno est un navigateur, ce n’est pas un hasard. Pas un hasard non plus s’il quitte une Terre aseptisée pour aller naviguer sur les mers d’un monde à des milliards de kilomètres de sa Phénicie d’origine.

Un beau roman malgré sa longueur excessive et sa structure étrange.

The boat of a million years, Poul Anderson

Retour de chroniques : The enemy stars - Poul Anderson

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
Futur indéterminé. La Terre, transformée par le temps et les guerres, est surpeuplée, inégalitaire, gouvernée par un régime central autoritaire nommé Protectorat. Grâce à une technologie qui s’apparente à de la téléportation, elle exploite, au sens propre, des colonies planétaires ; elle entretient pour ce faire un couteux réseau de portes vers de nombreux mondes et des vaisseaux spatiaux en mouvement. Quand le plus lointain de ceux-ci découvre une étoile morte, on expédie quatre astronautes à son bord pour étudier l’objet céleste. Mais, imprudence et précipitation, un accident encalmine le vaisseau. Les naufragés doivent trouver, vite, comment réparer l’astronef, sous peine de mourir de faim dans leur esquif blessé. Il leur faudra, d’abord, surmonter leurs antipathies réciproques et, pour chacun, faire le clair avec ses raisons de vivre.

Écrit en 1958, "The enemy stars" est gros des soucis de l’époque. On y entrevoit une Terre surpeuplée (7 milliards d’hommes, tiens donc !), organisées en castes aux privilèges héréditaires seulement balancés par une méritocratie marginale, dont le centre de gravité s’est déplacé vers l’Asie. Mais surtout, cette Terre est colonialiste ; en pleine décolonisation, Anderson décrit une planète exploitant sans vergogne les ressources de colonies spatiales vers lesquelles des volontaires partent sans espoir de retour, des colonies spatiales où la révolte gronde, réprimée très violemment par la planète mère lorsqu’elle devient révolution.

Mais "The enemy stars" n’est pas qu’un background politique. C’est aussi, et peut-être surtout, une ode à la volonté, au courage, à l’abnégation, au sacrifice. Plus loin dans l’espace qu’aucun autre humain vivant, confrontés à leur mort probable, au vide glacial, à la solitude de l’infini, les astronautes trouveront en eux les ressources de sagesse, de force, d’humanité qui permettront à une partie d’entre eux, au moins, de rentrer à bon port. Et lorsque la femme de l’un, féministe avant l’heure, demandera rageusement au père de son mari pourquoi partir dans l’espace, celui-ci répondra, citant Kipling, qu’on part dans l’espace comme on partit, avant, sur les mers et pour les mêmes raisons. Pour aller plus loin, voir ce qu’il y a de l’autre côté de la colline, car la curiosité et le défi fondent notre nature humaine. Il n’y a pas d’animal explorateur.

Enfin, "The enemy stars" est un pamphlet pour l’ouverture et l’acculturation. C’est le contact fortuit avec une autre civilisation, plus éthique, plus égalitaire, plus décentralisée, et trop grande pour être détruite ou absorbée, qui amènera dans l’espace humain les nouvelles idées indispensables à une régénération de la vieille civilisation terrienne et, partant, à l’ouverture politique de notre monde. L’humanité ne peut rester provinciale dans une vaste galaxie, ne peut pas plus rester anthropocentrée que l’Occident ne put rester ethnocentré. Elle doit s’enrichir de l’Autre comme l’Autre le fera lui-même de l’humanité.

Ecrit en 1958, "The enemy stars" n’est pas exempt des petits travers intellectuels ou rédactionnels de l’époque. Quelques phrases fleurent bon les années 50. Mais l’intelligence du propos fait vite oublier ces incongruités. De même, l’outil technologique au cœur du récit est bien peu fondé scientifiquement. Mais qu’importe, le propos n’est pas d’abord là. C’est la place de l’humanité dans l’univers et la place de chacun, individuellement, dans celui-ci, qui est le point. Comme dans Tau Zero, douze ans plus tard, Anderson impose à ses héros une panne technique extrême qui les force à aller plus loin qu’ils ne l’auraient cru possible. Ces hommes sont debout contre l’univers comme les ancêtres vikings d’Anderson l’étaient contre les flots déchainés. Respect.

The enemy stars, Poul Anderson

samedi 25 juillet 2015

Aurora : No place like home

Après presque 170 ans de voyage vécus par sept générations successives, le vaisseau interstellaire (sans nom) dont l’hyperactive Devi est l’ingénieur en chef approche enfin de sa cible, le système Tau Ceti. Vingt ans de décélération lui ont permis de passer de 0,1c à une vitesse autorisant la mise en orbite autour de la lune tellurique de Tau Ceti E, visée car elle est la plus terracompatible des corps du système. Les dernières années ont été éprouvantes, car le vaisseau et les biotopes qu’il abrite accusent leur âge, mais, grâce au travail incessant de Devi, rien n’a pu perturber durablement la belle mécanique. Pour les 2122 humains qui peuplent le vaisseau arche et y ont passé toute leur vie, il n’y a plus qu’à commencer l’installation au sol et la réalisation du rêve de leurs ancêtres : l’établissement d’une colonie humaine permanente hors du système solaire. Hélas, passés les premiers moments de joie, il semble que le rêve tourne au cauchemar. Que penser, que faire, quand l’objectif de toute une vie – un objectif défini et imposé par d’autres, qui plus est – s’effondre ? Comment gérer l’impensé ? Faut-il persévérer contre vents et marées ? Est-ce seulement possible quand on est coincé dans une toute petite bulle de Terre à 12 années-lumière de celle-ci ?

Commençons par crever l’abcès. Dans "Aurora", KSR fait parfois du KSR, c'est-à-dire qu’il sait être ennuyeux et bien peu littéraire. Le début du roman notamment est, certes, informatif mais souvent inutilement long et détaillé - de ce point de vue les digressions sur les phases d’éclairage de la lune colonisée ou les méthodes de franchissement des obstacles sur le sol de celle-ci sont caractéristiques. Il met aussi en scène des personnages humains qui, à quelques exceptions près, sont de carton-pâte ; le focus est technique et scientifique.
Puis ça s’arrange vraiment (voir ci-dessous), et le tout devient aussi passionnant qu’émouvant, avant une dernière partie dont on peut discuter de l’utilité sous la forme (introspective) qu’elle prend et qui, de surcroit, fait étalage d’un symbolisme convenu et d’une naïveté confondante.
Voilà pour la bile.

Mais entre le début un peu lent et la dernière partie décevante, il y a deux tiers d’un très bon roman.

D’abord, KSR a une idée brillante. Il fait raconter l’aventure du vaisseau arche par l’IA qui le contrôle. Les débuts sont hésitants – l’IA ne sait ni identifier les faits saillants, ni user de métaphores, ni lier les biographies aux évènements pour en faire un récit – mais, progressivement, la narration s’améliore, parallèlement à une forme d’humanisation de l’IA ; langage et pensée se répondent. Narrateur presque omniscient, le vaisseau fait l’Histoire en choisissant comment la raconter ; il la fait aussi en y participant directement quand les humains n’arrivent plus à se gouverner eux-mêmes. Il y gagne peu à peu un statut ambigu de « personnage principal », acteur autonome d’une forme inédite de servitude volontaire autant que scalde qui raconte la geste de l'arche au lecteur.
S’interrogeant sans fin sur le statut incertain de sa conscience naissante, l'IA devient une sorte de divinité tutélaire qui s’investit elle-même de la mission de protéger la vie de ses occupants. Elle le fera notamment en se lançant à corps perdu dans une course spatiale à vitesse relativiste qui n’est pas sans rappeler l’inarrêtable fuite en avant de Tau Zero. On y éprouve le même sentiment de vertige - procuré tant par l'incroyable vélocité que par les prodiges de mécanique gravitationnelle auxquels on assiste - et la même impression de toucher au sublime.

"Aurora", c’est aussi la description fine et détaillée ce que pourrait être un vaisseau arche. Ici, deux tores (sous gravité Coriolis) liés par un axe (contenant le gros de la machinerie) abritent 24 biomes reproduisent des biotopes terrestres typiques. Humains (2122 au début du roman) et animaux y vivent dans des conditions d’éclairage et de climat censées reproduire celles des milieux terrestres qu’ils imitent. Par le biais des conversations de Devi, l’auteur introduit le lecteur aux nécessités de l’homéostasie de l’arche et à l’extrême difficulté de la maintenir, en dépit des innombrables mécanismes de recyclage et de récupération des déchets à l’œuvre dans le vaisseau. Il y a des culs de sac métaboliques (des liaisons chimiques dont on ne peut revenir) dans lesquels vont se perdre certains éléments vitaux, provoquant simultanément l’épuisement de ressources précieuses et l’accumulation de déchets nocifs. Les vitesses d’évolution très différentes entre animaux supérieurs et microorganismes endémiques engendrent aussi des conséquences néfastes. Faire fonctionner 24 écosystèmes en vase clos est donc un exploit surhumain que le temps rend chaque jour plus difficile. On peut ralentir l’entropie, pas l’arrêter. La vaisseau arche a une date de péremption.
Il est difficile de lire la dégradation progressive des biotopes sans y voir une métaphore poignante, et involontaire peut-être, de la dégradation de l’environnement terrestre. La petitesse du vaisseau, sorte d’île de Pâques volante, fait que ses limites sont vite atteintes ; beaucoup plus vaste, la Terre a plus de temps, mais celui-ci non plus n’est pas infini.

"Aurora, c’est encore la mise en évidence des lourdes contraintes qu’implique la survie d’un groupe limité d’humains en milieu clos et isolé. Outre les contraintes techniques évidentes, la vie sociale et politique doit être strictement régulée. Reproduction, éducation, choix du métier ou du lieu d’habitation, tout est soumis aux nécessités de la perpétuation du vaisseau. Ne pas être trop nombreux pour ne pas tirer trop sur les ressources, ne pas se trouver en pénurie de compétences ou d’activités, ne pas manquer des spécialistes nécessaires dans chaque domaine. Pour les humains du vaisseau la liberté individuelle est un luxe qui mettrait en péril le groupe. Elle n'existe que pour ces moments rares et ces décisions minuscules qui n'ont pas d'incidence sur la vie de l'ensemble.
Et pas de politique ; il n'y aucun choix à faire, juste survivre et aller de l'avant. En l’absence de gouvernement centralisé et sous le parapluie protecteur du vaisseau, les humains, tous égaux, vivent dans un état paradoxal de quasi anarchie fermement contraint par les règles établies de la survie. Lorsque, l’échec venant, de vraies décisions politiques devront être prises, ces adultes, qui ne sont que des enfants autonomes dans un bac à sable géant, n’auront ni les structures ni la culture nécessaires pour ce faire et basculeront vite dans la violence politique.

"Aurora", c’est enfin le désarroi tragique d’une génération qui doit réaliser un rêve qu’elle n’a pas conçu et craint de voir s’enfuir celui de vivre enfin à l'air libre, délivrée des limites du vaisseau. Une génération qui porte un fardeau légué par d'autres, subit les affres lentes et insidieuses d’une régression due à l’insularité, et doit faire, pour la première fois, des choix de vie ou de mort dans un contexte de division forte. Une génération, hélas, dont les options les plus évidentes sont mourir et/ou faillir.

Le tout fait un roman qui, s'il n'est pas parfait, est aussi riche que passionnant. On ne peut que plaindre ces Robinsons de l’espace qui ne s’y sont pas échoués mais y sont nés. On est captivé par les défis techniques qui se posent au vaisseau et à ses occupants, ainsi que par les enjeux énormes qui se font jour quand les choses basculent. On est séduit par la naissance d’une conscience artificielle qui tire son essence de ses actes et utilise pour le bien commun les grands pouvoirs dont elle dispose, IA qui philosophe dans le néant et donne un exemple émouvant de dévouement, de bienveillance, et d’aptitude au sacrifice. On est happé, comme dans un excellent thriller, par l’enchainement des évènements, et on retient son souffle dans l’attente anxieuse de leur résolution. On comprend que, pour Kim Stanley Robinson, « there is no place like home », et que cette maison il faut la préserver si on veut pouvoir y vivre.

Aurora, Kim Stanley Robinson

vendredi 24 juillet 2015

Retour de chronique : Exquise planète - Bordage, Demoule, Lehoucq, Steyer

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
"Exquise planète" est un ouvrage collectif, construit comme un « cadavre exquis », par trois scientifiques et un auteur de SF. L’idée de départ était de créer un monde scientifiquement crédible et d’y faire évoluer une biosphère afin de montrer la diversité des formes planétaires et biologiques possibles. A l’heure de la découverte d’exoplanètes toujours plus nombreuses, il n’était pas inintéressant de dépasser l’anthropocentrisme par l’exemple ; les quatre auteurs s’y attèlent.

Hasard du calendrier, "Exquise planète" est publié au moment où on découvre la planète Kepler 186f, qui ressemble beaucoup à la Terre, mais encore plus à « l’exquise planète » avec une gravité de 0,9 et un soleil de type Naine rouge.

Bien qu’amusant avec sa description de la naissance d’un système planétaire puis d’un mécanisme évolutionnaire (cette partie 2 étant la plus réussie), le livre n’est guère convaincant en raison de la combinaison périlleuse entre un faible (166) nombre de pages et la technique du cadavre exquis qui découpe le texte en quatre parties consécutives mais brèves.

L’impression est celle d’un patchwork décousu, d’autant que la troisième partie, où sont imaginées des histoires alternatives à notre Terre, paraît hors sujet. Le livre se termine avec une nouvelle racontant un contact colons humains / autochtones dans lequel Bordage fait du Bordage.

On peut lire, pour une première approche des questions d’évolution.

Exquise planète, Bordage, Demoule, Lehoucq, Steyer

jeudi 23 juillet 2015

Retour de chronique : Les vaisseaux d'Omale - Laurent Genefort

Retour de chronique publiée dans Bifrost 75
Avec "Les vaisseaux d’Omale", Laurent Genefort poursuit sa visite du monde d’Omale, immense Sphère de Dyson créée, il y a bien longtemps, par les mystérieux Vangks qui y exilèrent d’innombrables races intelligentes. Revenues, sous l’effet de l’isolation, à un niveau technologie bien inférieur à celui de leur arrivée, les races ou « reh » vivent sur de « Grandes Aires », adaptées à leur besoin physiologique, et doivent y cohabiter avec une ou deux voisines.

L’action des Vaisseaux d’Omale débute vers 1600 CC , alors que les « reh » retrouvent la voie de la science et que les regards des savants se tournent de nouveau vers le ciel.

Après des siècles de guerre, le pacte de Loplad a garanti la paix entre les Humains, les belliqueux Chiles, et les très empathiques Hodgqins. En dépit d’un cosmopolitisme qui se développe, la méfiance n’a pourtant pas complètement disparu, et les préjugés, parfois exprimés violemment, demeurent ; néanmoins de grandes villes triples existent, et la coopération, entre scientifiques notamment, progresse.
C’est dans l’une de ces villes triples qu’un Aezir, membre d’une étrange race spatiale, propose aux trois « reh » un rendez-vous, dans cinq ans, pour partir explorer les planétoïdes intérieurs de la Sphère et peut-être comprendre mieux ce qui l’ont créée. Hasard programmé, des scientifiques hodgqins sont justement en train de terminer la mise au point de vaisseaux spatiaux. L’expédition sera conduite par une scientifique humaine à la passion dévorante, Ipis, qui va conduire d’une main de fer sa petite troupe d’Humains et d’Hodgqins - plus bigarrée encore par la suite - vers l’infini et au-delà, à la rencontre des Aezirs et d’un peu du secret des Vangks.

"Les vaisseaux d’Omale" offre aux lecteurs une incursion en profondeur dans l’aire hodgqine, sans doute la « reh » restée la plus mystérieuse dans la cycle d’Omale. On y découvre un peuple bien plus loin de nous que ne le sont les Chiles : biotechnologie, reproduction à trois sexes, empathie si vive qu’elle pousse à « l’occultation », ce moment récurrent durant lequel les Hodgqins se ferment au monde pour intégrer les faits dans leur être. Le long voyage en gwilume, sorte d’engin steampunk entre train et téléphérique, permet au lecteur, à travers le regard d’Ipis, de découvrir un monde profondément étranger, par ses habitants comme par son écologie. La longueur de ce voyage fait bien sentir combien les humains quittent leur biotope et s’enfonce dans celui des Hodgqins, êtres amicaux mais radicalement différents. A l’issue de ce trajet et de maintes tribulations, arrivés à la base spatiale, les membres de l’expédition et quelques pièces rapportées finiront enfin par décoller, à bord d’un vaisseau bioformé bien artisanal, afin d’honorer leur rendez-vous et d’augmenter leurs connaissances en rencontrant des êtres encore plus étranges que tous ceux qu’ils connaissent.

"Les vaisseaux d’Omale" est un roman d’aventure prenant. Il offre au lecteur une vraie occasion de dépaysement. Le texte est d’une lecture rapide, agréable, et il n’a pas de défaut rédhibitoire ; ce qui ne l’empêche pas d’en avoir d’ennuyeux. Privilégiant l’action, Genefort fait trop rapide. Les périls qu’affrontent l’expédition surgissent puis sont résolus en quelques lignes, les personnages, mis à part Ipis, sont peu développés et disparaissent parfois longuement du texte lorsqu’ils n’ont pas de rôle à y jouer, certains fils, enfin, sont largement sous-exploités, au point qu’on se demande s’il n’aurait pas mieux valu s’en passer pour allonger le reste. L’impression d’ensemble est celle d’un très bon plan détaillé auquel manque encore du développement et de l’approfondissement. Il est rare de dire qu’un roman devrait avoir plus de pages ; c’est le cas ici.

Les vaisseaux d'Omale, Laurent Genefort

lundi 20 juillet 2015

Emprise : Grand frisson dans le Maine

Je l’ai déjà dit ailleurs, je pense que l’horreur est le genre le plus difficile en BD. La présence du dessin amoindrit la capacité de l’imagination à peupler d’horreur des descriptions écrites par nature toujours incomplètes, et le médium BD manque des effets de mouvement et de son qui facilitent le travail d’effroi du cinéma. Réussir à faire peur en BD est donc une gageure, et un bel accomplissement quand le but est atteint. C’est le cas avec "Emprise", le premier album d’horreur d’Aurélien Rosset qui signe une entrée fracassante dans le club très sélectif des auteurs de BD qui font peur.

Shelter’s Lot, une petite ville du Maine, en 1996. Une énorme tempête, imprévue par la météo, s’abat sur la paisible bourgade rurale, déracinant de nombreux arbres dans la forêt proche. Chase Mingan, un forestier, y est envoyé pour dresser l’inventaire des arbres abattus et des animaux morts. C'est là qu'il découvre par hasard un charnier d’animaux visiblement victimes d’autre chose que de la tempête, avant d’être agressé par une entité qu’il a du mal à distinguer. Deux inspecteurs, Ruiz et Obson, sont mis sur cette affaire à priori bien peu sérieuse, et leurs investigations ne les conduisent pas bien loin. Mais quand un enfant disparaît, la ville commence un chemin de croix qui va la conduire aux limites de la folie, sur fond de vieux secrets qu’il aurait mieux valu enterrer définitivement. Ruiz et Obson entament presque sans le savoir l’enquête la plus étrange et la plus dangereuse de leur carrière.

Disons-le encore une fois, Rosset réalise ici un sans-faute. Logique, cohérente, montant en pression de manière régulière jusqu’à des niveaux vraiment élevés, l’histoire imaginée par l’auteur capture le lecteur et ne le lâche plus jusqu’à ce qu’elle l’ait essoré. On se surprend à lire de plus en plus vite (ce qui nécessitera un second passage pour bien apprécier les graphismes) pour savoir, savoir, savoir. On n’est déçu ni par le nombre des pistes, ni par les révélations, ni par les rebondissements, souvent sanglants. Tourner vite les pages paie et incite à les tourner encore plus vite.

Entre King et Lovecraft avec un chouïa de Sixth Gun, Rosset a imaginé un récit à la fois personnel et respectueux de l’histoire du genre. Si on devait mettre un minuscule bémol, quelques clins d’œil sont un peu faciles.

Sur le plan visuel, les 168 pages du one-shot, réalisées par Rosset lui-même, sont belles. Traits fins à l’encre de Chine, coloration presque monochrome en lavis, taches de lumière qui soulignent l’obscurité environnante, l’ambiance n’est ni à la joie ni à l’espoir. Ajoutons-y des journaux locaux, rapports d’autopsie, carnets de notes, placés en incise entre les chapitres, qui contribuent à donner chair au lieu et à l’enquête.

Akileos publie une fois encore une œuvre de bien belle qualité. On espère que Rosset va vite se remettre au travail et raconter de nouveau, le plus tôt sera le mieux, une histoire aussi prenante à ses lecteurs.

Emprise, Aurélien Rosset

vendredi 17 juillet 2015

Sandman VI : Crépuscule

Sixième et avant-dernier volume de l’Intégrale Sandman chez Urban Comics. On y trouve un seul arc, Les Bienveillantes, le plus long de la série.

Lyta Hall, superhéroïne en retraite et mère stressée de bébé Daniel, sort un soir, pour la première fois depuis longtemps, afin d’aller à un diner. Durant la soirée, un terrible pressentiment l'assaille. Elle rentre précipitamment chez elle, où elle découvre que Daniel a été enlevé par des inconnus. Rose Walker, la baby-sitter qui le gardait, n’a rien pu faire. Elle est endormie au milieu du salon, et, une fois réveillée, ne se souvient de rien. Etrange affaire ; surnaturelle peut-être. Pour Lyta en tout cas, aucun doute : le responsable est le Rêve. Et cette conviction enfle comme un bubon quand la mère éplorée reçoit une photo montrant le cadavre carbonisé de son fils.
Lyta en perd la raison. Anéantie, elle laisse sa rage l'emporter et la mettre en quête des Furies (qu’on ne doit jamais nommer ainsi, trop dangereux, mieux vaut utiliser le nom de Bienveillantes). Après maintes pérégrinations, elle finira par les trouver, et les lancera sur les traces du Rêve, pour une vengeance sacrée qui peut couter au noir Eternel son royaume et sa vie.

Avec cet arc très long aux accents de tragédie grecque, Gaiman dresse une sorte d’inventaire avant liquidation (celle-ci n’arrivera qu’après le volume VII, à paraitre). Le Rêve doit faire face à son passé, à ses rapports avec ses fils, réels ou imaginaires, aux amours et aux haines qu’il a suscité, à sa volonté, peut-être, d’en finir avec une vie trop longue. Sur ce dernier point, le Destin lui même ne semble pas au clair.

Au fil des 13 épisodes des Bienveillantes, on croisera Odin, Loki, les Furies, les Gorgones, une sorcière de retour en scène, Rose Walker en quête d’elle-même, sans oublier Lucifer et son âme damnée, des anges bien ennuyés, Nuala et la Faerie, Délire, Mort, et j’en passe.

Ce qui rend Les Bienveillantes fascinant, c’est la virtuosité narrative de Gaiman. L’histoire, très longue, part dans toutes les directions. Quête principale, quêtes annexes, guest-stars juste là pour faire un coucou, c’est un tel bordel d’histoires entrecroisées qu’on pourrait croire que c’est Délire qui s’est chargée de l’écriture. Logiquement, ça devrait donner un foutoir indigeste et obèse. Mais l’édifice ne s’écroule jamais. Mieux, il dévoile progressivement sa logique interne et son incroyable cohésion structurelle. Les parties se répondent entre elles, les passages dans le Rêve consolident la connaissance du lecteur, de nombreux fragments du passé de la série sont rappelés pour servir ici, même un spin-off, qui ne sait pas encore qu’il le deviendra, est de la partie.

Graphiquement, il y a de bien belle choses – dans le style si particulier de la série. On notera par exemple les planches du désespoir de Lyta, impressionnantes de maitrise narrative, celles aussi où une mort se résume à quelques facturettes Visa. On pourrait parler aussi de ces Furies qu’on ne voit jamais clairement face au Rêve, ou de Loki, si évidemment trickster. On pourrait continuer.

A lire donc, en attendant la fin.

Sandman L’Intégrale tome VI, Gaiman et al.

mardi 14 juillet 2015

La peau sur les os - Stephen King (Richard Bachman)

A le lecture de "La peau sur les os", de Stephen King, on se dit que, parfois, il vaut mieux ne pas perdre les trois petits kilos qui nous permettront de faire sensation sur la plage et d'être la reine de l'été. Je vais les garder je crois. Ca tombe bien, les Dad Bods sont à la mode.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Maigrir, Billy Halleck ne demandait pas mieux. Ses cent dix kilos n’étaient-ils pas le seul problème de ce paisible avocat, mari et père comblé, dans sa petite ville du Connecticut ? Et puis un vieux chef gitan l’a touché du doigt en lui disant : « Maigris ! » Après avoir tué accidentellement une femme de la tribu, Billy venait quasiment d’être innocenté par ses amis les notables, juge et policier… De fait, Billy se met à maigrir de façon alarmante. Jusqu’au moment où il comprend qu’il est victime d’un maléfice, vengeance impitoyable des gens du voyage méprisés et chassés de partout dans l’Amérique des « hommes blancs de la ville ». Quelques semaines plus tard, il ne reste de lui qu’un fantôme hagard, au bord de la folie, menant un dernier combat avec son seul ami, un mafieux sicilien, pour tenter de lever le sortilège…
Ce premier roman signé Bachman est un mélange détonant de terreur et d’humour noir. Une fable violente, aussi, où le conformisme bien-pensant se voit confronté à une magie ancestrale, aux forces inconnues qui habitent notre monde.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

samedi 11 juillet 2015

Simetierre - Stephen King

"Simetierre" de Stephen King est un roman terrifiant, bien supérieur au film qui en fut tiré en 1989. On y plonge avec effroi dans le passé et dans l'âme de Stephen King.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Louis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s'installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque " simetierre " où des générations d'enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce " simetierre ", tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l'existence des Creed, et l'on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque...
Simetierre, classé au premier rang des best-sellers mondiaux, avant Ça ou Misery, a été adapté au cinéma par Stephen King lui-même et réalisé par Mary Lambert

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

jeudi 9 juillet 2015

Interview : JP Boudine, les chiffres et les lettres

Jean-Pierre Boudine est connu des milieux SFFF pour son inquiétant roman "Le paradoxe de Fermi", chroniqué par votre serviteur dans Bifrost 78. La casquette de romancier de genre est pourtant très loin d'être la seule des nombreuses qu'il porte.

Né à Marseille (ce qui n'est pas la moindre de ses qualités), Boudine est agrégé de mathématiques. Enseignant, militant actif à la gauche de la gauche, l'homme a aussi créé avec deux collègues le magazine mathématique Paradrome, fondé Tangente, participé à MAThs.en.JEANS, collaboré à Sciences et Vie Junior, et créé le concours Kangourou, entre autres (j'arrête là mais il y en a encore), tout en écrivant plusieurs livres sur les maths ou l'éducation. Heureusement restait un peu de temps pour "Le paradoxe de Fermi".

Il a gentiment accepté de répondre à quelques questions sur lui, son roman, l'état du monde (mais est-ce différent ?)

1)    Peux-tu te présenter brièvement pour les lecteurs qui ne te connaissent pas ?

Né à Marseille en 1945, je me suis passionné très tôt pour les sciences, la philosophie, la littérature, mais surtout la musique puis les mathématiques. Un peu plus tard (vers mes 20 ans) est arrivée une troisième passion, le militantisme d'extrême gauche, très absorbant, mais qui peut donner à l'addicted une vision plus éclairée du cours du monde. Cette passion est passée au second plan entre 1982 et 2005. Elle est revenue avec la bataille du « NON » au référendum de 2005. Dans l'intervalle, je suis retourné aux maths, passant l'agreg, éditant et dirigeant des revues de mathématiques. J'ai quatre enfants. J'ai écrit plusieurs essais et romans. Aujourd'hui retraité, j'écris, je  participe à la vie musicale et à la vie politique, à Marseille et à Digne.

2)    Comment et pourquoi le très actif prof de maths Jean-Pierre Boudine décide-t-il d'écrire Le paradoxe de Fermi ? Désir littéraire ou engagement politique concret ?

J'écris pour régler des comptes avec moi-même. J'ai écrit Homo Mathematicus, parce que je voulais préciser, pour moi-même, ce que sont les mathématiques, dans la culture humaine. Ce n'est pas un livre « de maths », mais « sur les maths ». J'ai écrit, avec mon ami Antoine Bodin Le Krach Educatif pour dire ce que je pensais des défauts les plus profonds de notre système éducatif, que, comme prof agrégé naviguant entre lycée et université, ayant travaillé à Bruxelles comme expert en systèmes éducatifs, j'ai connu durant quarante ans. J'ai écrit Sur le Chemin des Terres Rares à la mort de ma mère, pour parler de sa vie, de l'Asie centrale en mêlant fiction et géopolitique sérieuse.

Ce livre, Le Paradoxe de Fermi a d'abord été écrit en 2000 et 2001. Il a été édité par une maison lyonnaise et réédité dernièrement par Denoel. A l'époque, les éditions Plon avaient envisagé de l'éditer mais l'avaient refusé comme « trop noir », précisément au lendemain du 11 septembre... Je l'ai écrit, comme les autres, pour me libérer : je crois réellement que notre civilisation est fragile et menacée. Il est plus banal de le dire aujourd'hui qu'il y a quinze ans.

3)    Peux-tu nous parler de ton travail de documentation pour le roman ?

Aucun travail de documentation. J'écris en partant de ma vie. Comme mon héros, je suis scientifique et musicien. Comme lui, j'aime et je pratique la montagne. Comme lui, j'aime et je connais « le nord ». J'ai fait, avec mes enfants, un long voyage en Norvège il y a quarante ans. J'ai également fréquenté, quelques fois pour des raisons professionnelles, le nord de l'Allemagne, la Finlande, les pays baltes. L'île où se discute précisément le « Paradoxe », Rügen, est celle où Brahms aimait passer des vacances...

4)    Y a-t-il des auteurs qui t'ont peu ou prou inspiré pour l'écriture du "Paradoxe de Fermi" ?

Au moment où je l'ai écrit, je ne me souviens pas d'avoir pensé à un autre roman. Je lis très peu de science fiction, ou de littérature « Post Apocalyptique ». Je lis de la poésie, des romans de littérature générale, des essais politiques, quelques romans policiers nordiques (Henning Mankel, Indridasson...). Mais plus tard, en relisant, je me suis rendu compte que j'avais été inconsciemment inspiré par Ravage de Barjavel. Précisément pour tout ce qui concerne les conséquences de la disparition de l'électricité.

5)    Pourquoi et comment s'est décidée la réédition du Paradoxe par Lunes d'Encre ?

Un jour, j'ai reçu par un réseau social un message qui disait « Etes-vous l'auteur du roman Le Paradoxe de Fermi. J'ai juste répondu oui et ensuite, nous avons, avec Gilles Dumay, examiné les possibilités de réédition.

6)    Le Paradoxe a été écrit avant 2002. Il est pourtant d'une actualité glaçante, en partie car tu l'as un peu remanié au vu des développements récents. Peux-tu préciser quels ajouts ou modifications tu as apportés à la version initiale ? Et qu'ajouterais-tu de plus si tu remaniais encore ton roman aujourd'hui ?

Il a été très peu remanié, j'ai simplement changé des dates, en général elles ont été repoussées de dix ans. Les faits qui ont changé sont des détails. Par exemple, quand je l'ai écrit, G.W. Bush venait d'être élu président des USA. Or le bruit courait que c'était un alcoolique repenti. Dans la première version, je dis que, à la fin de son second mandat, il est retourné à l'alcool, ce qui contribue au chaos de la gouvernance des USA ! Comme, en réalité, cela ne s'est pas produit, j'ai ôté cette « prédiction » ! Mais s'il y a trois ou quatre détails comme celui-ci qui ont été changé, c'est un maximum... L'actualité glaçante dont tu parles était déjà là en 2000. En fait, et pardon de frimer un peu à propos de ma formation politique, mais pour moi, elle était déjà là en 1966. Par exemple, à cette date, l'un de mes amis, Alain Dubois, a écrit un texte sur l'écologie qui est aujourd'hui encore d'une actualité fraiche. Un autre de mes amis, Claude Chisserey, parlait avec moi, au début des années 1970, des conséquences de l'automatisation sur la rareté à venir du travail humain.

7)    La Paradoxe est très pessimiste. L'es-tu autant que ton narrateur ? Et ta balance optimisme/pessimisme a-t-elle évolué depuis l'écriture du roman ?

Je crois qu'il faut distinguer au moins trois aspects. L'optimisme ou le pessimisme personnel immédiat, cela tient au fait qu'il fait beau, ou gris, que tel de mes enfants a un problème, que ma compagne est de bonne humeur, ou pas, que j'ai dépassé mon découvert autorisé, ou pas.
Ensuite, il y a un « pessimisme philosophique et politique ». On peut considérer que la vie humaine est limitée et aussi l'existence de notre civilisation, et même celle de notre espèce, celle de notre planète, de notre système solaire, de l'Univers tel que nous le connaissons. Tout cela est évident. Mais ça n'a aucun effet sur notre humeur journalière. Schopenhauer, philosophe réputé très « pessimiste », n'était pas un type triste dans la vie, pas du tout.
Ensuite, il y a les problèmes sur lesquels nous pouvons avoir un tout petit peu de prise. Ce sont des problèmes politiques. Là on peut être un peu optimiste, un peu pessimiste concernant, par exemple, l'avenir immédiat du peuple Grec, ou l'avenir de la gauche radicale en France. Ceux qui, comme moi, ont un peu d'engagement politique peuvent parler de l'optimisme de l'action. Dès qu'on agit, on n'est plus beaucoup ni dans le pessimisme, ni dans l'optimisme, on fait ce qu'on peut faire et basta.

Oui, l'écriture du Paradoxe de Fermi m'a fait du bien. Parce que je ne me prend à aucun degré pour Nostradamus. Ce que l'avenir nous réserve, nous n'en savons rien, personne n'en sait rien. Mais regarder en face le pire, cela libère. Il y a une logique qui est en route, vers l'écroulement de la civilisation, la destruction irrémédiable de l'environnement. C'est incontestable. Cette catastrophe se produira-t-elle, ou pas ? Personne ne le sait. Et si elle se produit, quand ? Même chose. Ce peut être aujourd'hui, ou dans cent ans.

Il y a aussi l'aspect proprement lié au « Paradoxe de Fermi ». Fermi avait dit : il n'est pas pensable que le « phénomène humain » soit unique dans toute la galaxie. Nous devons avoir des semblables. Mais nous n'avons aucun signe d'eux. Pourquoi ? Et la réponse que je donne est : parce que les civilisations très brillantes comme la notre ne durent pas. Elles s'autodétruisent. Je ne suis pas le seul à donner cette réponse au Paradoxe. JM Lévy-Leblond, qui m'a fait l'honneur de donner une postface à cette édition, est en gros du même avis. Mais là encore, personne ne se prend pour un « initié » qui « saurait ». Peut-être que le phénomène humain est unique, après tout, ou bien peut-être qu'il y a d'autres explications au fait qu'on ne « les » voit pas. D'ailleurs, on « les » verra peut-être bientôt...
Bien sûr, ce roman peut être vu comme un essai politique déguisé, dénonçant les inégalités et la folie du capitalisme en général. J'aurai horreur que l'on me voit comme un type qui se prend pour un prophète.

8)    Que t'inspirent les évènements actuels autour de la dette grecque ?


Mon prochain bouquin (qui cherche un bon éditeur) est intitulé « Ni le Chaos, ni Big Brother, mais la voie Syriza ». Mes conceptions politiques ont été assez bouleversées par la lecture des textes de Jacques Rancière, spécialement La Haine de la Démocratie. Pour lui, la démocratie n'est pas un système codifié qui s'accommode si bien des oligarchies, c'est le mouvement du peuple surgissant là où on ne l'attend pas, et là ou les oligarchies ne veulent pas le voir. Se mêlant de ce que les oligarques ne veulent pas qu'il se mêle. La victoire écrasante du NON (OXI) au référendum a été reçue par les oligarques comme une inadmissible incongruité, comme si on avait bruyamment pété à leur table. De ce point de vue, Syriza est ce qui se rapproche le plus, aujourd'hui, d'un tel surgissement  de la démocratie. Après, les dirigeants Grecs peuvent faire des erreurs en excluant le Grexit. Et puis l'histoire de la Grèce moderne est très particulière, spontanément, un français ne peut pas la comprendre, en particulier il y a en Grèce un attachement fétichiste aux institutions européennes, qui est beaucoup moins fort chez nous.

Mais ce qui s'est passé en Espagne pour les municipales à Barcelone, à Madrid, à Valence, à Saragosse, est tout aussi formidable. Et chez nous, nous avons eu quelque chose du même genre à Grenoble. Disons que, dans ce domaine, j'ai l'optimisme de l'action.

9)    Penses-tu que des avancées sur le climat sont possibles au Sommet de la Terre en décembre ?

Pas vraiment. Je fais partie de ceux qui sont absolument convaincus que le capitalisme ne peut que détruire l'environnement. Le Capital, avec ses lois, fonctionne tout seul, c'est une machine, au sens que donnent à ce mot les informaticiens. Aucun capitaliste, même de bonne volonté, ne peut amender le fonctionnement du Capital. On ne peut restaurer l'environnement (déjà profondément endommagé) qu'en ayant cassé la Machine Capital. Donc pour moi, il n'y a d'écologie que socialisante. Pour autant, je ne suis pas forcément « marxiste » aujourd'hui. L'interprétation « gauche » que l'on peut faire de Keynes (par exemple celle de Paul Jorion ou celle de Jacques Sapir, ou encore celle de Jacques Généreux) me va assez bien.

10)    Quelle est pour toi la menace principale pour la civilisation mondiale aujourd'hui ? Si l'effondrement systémique devait se produire, quel en serait le déclencheur pour toi ?

Une catastrophe d'origine environnementale est possible. Par exemple, on peut constater tout d'un coup que, pour des tas de raisons, le plancton des océans disparaît. Cela suffirait à rendre la planète inhabitable en quelques années, puisque le plancton est la base d'une grande partie des chaines vivantes et de la production d'oxygène. Il est également possible que des épidémies, dues (par exemple) à la mauvaise qualité des eaux, exterminent des centaines de millions de gens, si bien qu'un immense chaos surviendrait. Plus profondément, on peut être certain qu'au rythme où vont les choses, d'ici au plus cent ans ce n'est pas le pétrole, c'est l'ensemble des matières premières qui vont venir à manquer (lire à ce sujet l'exposé de Gabriel Chardin sur Libé :  http://www.liberation.fr/auteur/15369-gabriel-chardin). Tout ce qui rend ces questions si difficiles, c'est l'instabilité et la fragilité de la civilisation humaine. Toutes ces difficultés pourraient être solutionnées (avec beaucoup de mal) par des sociétés plus stables et plus justes, avec une « bonne gouvernance ». C'est donc là, à mes yeux, qu'est la cause du mal, et éventuellement la solution.

L'autre série de causes éventuelles d'une catastrophe planétaire réside dans l'économique et le politique. Dans mon livre, je me suis plus à me baser sur le plus simple, le plus banal : une crise économique comme celle de 2008, un peu plus grave, ou comme celle qui menace en ce moment. Mais à terme, il faut y ajouter un inéluctable danger de guerre. Dans les années 1950, 1960, les gens avaient très peur d'une guerre totale, atomique. Ce souci est passé au second plan, mais les armes sont toujours là. Ma conclusion c'est simplement que chacun doit faire ce qu'il peut là où il le peut, pour un monde plus raisonnable. Ce qui se passe en Grèce et en Espagne montre que l'action politique a un sens, en dépit des difficultés.

Un grand merci, pour ton temps et tes réponses.

Locus 2015 : les nominés

Amis lecteurs VO, la (longue) liste des nominés pour les Locus 2015 est connue. Les trophées seront remis lors de la World Fantasy Convention du 5 au 8 Novembre 2015 à Saratoga Springs (NY). Notons que le Lifetime Achievement Awards, une sorte de César d'Honneur, y sera donné à Ramsey Campbell et à Sheri S. Tepper.

Beaucoup de catégories dans le Locus. Concentrons-nous sur Romans et Novellas.

Romans:

    The Goblin Emperor, Katherine Addison (Tor)
    City of Stairs, Robert Jackson Bennett (Broadway; Jo Fletcher)
    The Bone Clocks, David Mitchell (Random House; Sceptre)
    Area X: The Southern Reach Trilogy, Jeff VanderMeer (Farrar, Straus & Giroux)
    My Real Children, Jo Walton (Tor; Corsair)

Novellas:

    We Are All Completely Fine, Daryl Gregory (Tachyon)
    “Where the Trains Turn”, Pasi Ilmari Jääskeläinen (Tor.com)
    “Hollywood North”, Michael Libling  (F&SF)
    “The Mothers of Voorhisville”, Mary Rickert (Tor.com)
    “Grand Jeté (The Great Leap)”, Rachel Swirsky (Subterranean Summer)

mardi 7 juillet 2015

Christine - Stephen King

Lire "Christine" de Stephen King, c'est remarquer comme toujours qu'il y a plus dans le roman que dans le film, pourtant pas mauvais, qui en fut tiré, c'est se dire aussi qu'il ne fait pas bon avoir une belle voiture de collection avec un nom de fille. Mieux vaut s'en tenir à la Twingo électrique ; pas de problème d'égo à craindre avec ce genre de caisse.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé (un peu trop long) de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Christine est belle, racée, séduisante. Elle aime les sensations fortes, les virées nocturnes et le rock n'roll des années héroïques. Depuis qu'elle connaît Arnie, elle est amoureuse. Signe particulier : Christine est une Plymouth « Fury », sortie en 1958 des ateliers automobiles de Detroit. Une seule rivale en travers de sa route : Leigh, la petite amie d'Arnie…
Ce roman légendaire de Stephen King, rythmé par la musique de Chuck Berry et de Janis Joplin, a déjà pris place parmi les classiques de l'épouvante.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

lundi 6 juillet 2015

Une pluie sans fin - Michael Farris Smith

Mais qu'ont donc les auteurs US contemporains à vouloir sans cesse martyriser la Gulf Coast ? Après que Jeff Vandermeer l'ait extraite du monde dans la brillante trilogie Southern Reach, Michael Farris Smith la noie sous des trombes d'eau à l’occasion de son premier roman, "Une pluie sans fin". Et son texte, très écrit, donne vraiment envie de s'y plonger.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 80, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé (un peu trop long) de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Après des années de catastrophes écologiques, le sud des États-Unis, de la Louisiane à la Floride, est devenu un véritable no man’s land. Plutôt que de reconstruire sans cesse, le gouvernement a tracé une frontière et ordonné l’évacuation de la zone. Au sud de la Ligne se trouve désormais une zone de non-droit ravagée par les tempêtes et les intempéries incessantes – sans électricité, sans ressources et sans lois.
Cohen fait partie des rares hommes qui ont choisi de rester. Incapable de surmonter la mort de sa femme et de l’enfant qu’elle portait, il tente tant bien que mal de redonner un sens à sa vie, errant sous une pluie sans fin. Des circonstances imprévues vont le mettre en présence d’une colonie de survivants, menée par Aggie, un prêcheur fanatique hanté par des visions mystiques. Celui-ci retenant contre leur gré des femmes et des enfants, Cohen va les libérer et tenter de leur faire franchir la Ligne. Commence alors un dangereux périple à travers un paysage désolé, avec pour fin l'espoir d'une humanité peut-être retrouvée.
Prophétique, sans concession, portée par une langue incantatoire, cette histoire de rédemption aux accents post-apocalyptiques révèle un auteur de tout premier ordre. Une pluie sans fin est de ces romans qui continuent de hanter leur lecteur bien après la dernière page.


Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

samedi 4 juillet 2015

La geste d'orléans : Guerriers de Dieu

Après trois ans d'attente, voici enfin le tome 6 de l'excellente série historique Le trône d'argile, intitulé "La geste d'Orléans".

Je reprends à l'identique l'énoncé des qualités de la série fait précédemment.

Ici, alors que Charles VII va de défaite en défaite et doute de plus en plus de sa légitimité, la jeune donzelle lorraine entre en lice. Sans prendre partie sur l'hypothétique caractère divin de la jeune fille - c'est même plutôt le contraire - Richemont livre encore une œuvre historique de très grande qualité sur cet épisode à la fois concret et légendaire.

On y découvre une jeune fille fervente au point d'être d'une audace extrême. On apprécie qu'elle néglige les nombreuses intrigues de la Cour au point de les rendre inefficaces et d'y devenir imperméable. On la voit s'adresser aux Anglais avec une ingénuité qui met à bas toute finesse politique. On y voit comment, convaincue de sa propre élection, Jeanne d'Arc parvient à inspirer autour d'elle une armée qui se dévoue à sa cause, et voler de victoire en victoire en dépit des blessures reçues au combat et des chausse-trappes de son propre camp.

Le dessin, un peu en dessous de celui du tome 5, est néanmoins d'un réalisme réussi.

La logique voudrait qu'il y ait au moins un tome à suivre. Espérons qu'il ne faudra pas attendre encore trois ans.

Le trône d'argile t6, La geste d'Orléans, Richemont, Théo, Pieri

vendredi 3 juillet 2015

VF : Echopraxie - Peter Watts

Sortie récente d'une VF de l'excellent Echopraxia de Peter Watts, traduit par Gilles Goullet, publié par Fleuve Editions, et logiquement titré "Echopraxie" chez nous.

On pourra en lire la chronique ici ainsi qu'une interview décapante de Peter Watts, réalisée aux Utopiales.

Echopraxie, Peter Watts

Prométhée tome 12 : This is the end

Voici le tome 12 de la série Prométhée, "Providence", qui conclut l’histoire, en attendant un 13, à venir en janvier, qui sera une sorte de bonus avec de nombreux dessinateurs impliqués.

« This is the end, beautiful friend
This is the end, my only friend, the end
Of our elaborate plans, the end
Of everything that stands, the end
No safety or surprise, the end
I'll never look into your eyes, again », The Doors


"Providence" est le dernier album de l’arc narratif inauguré il y a sept ans, il signe aussi la fin de la plus grande partie de l’humanité. So Long, and Thanks for All the Fish !

Je réalise bien que je n’ai pas encore écrit grand chose de constructif. Alors disons deux mots de l’album.

L’opération extraterrestre est une réussite, de leur point de vue au moins – content que quelqu’un soit content.
Il n’y a pas de miracle, pas de retournement de situation. Même le courageux Président de la République Française, entrevu dans l’album précédent, ne peut atteindre Londres ni lancer un quelconque Appel. Quant aux quatre aventuriers de la Porte de Thanatos, on découvre ici ce qu’il advint d’eux.
Qu’aurait-il fallu faire ? Y avait-il quelque chose à faire ? Ces questions n’ont plus de sens. Tout est fini.
Restent quelques humains survivants dont on peut espérer - sans grand espoir car comment les mêmes gens ne feraient-ils pas les mêmes choses ? - qu’ils bâtiront une civilisation meilleure.

Bec et Raffale offrent dans ce tome, comme dans ceux qui l'ont immédiatement précédé, un grand spectacle de désolation, une symphonie de mort. Et même si le point est globalement le même que dans les tomes 10 et 11, Bec, à la GRRM, n’hésite pas à conclure ce qui doit l’être, ce qui rend cet album régulièrement poignant ; il y a des trépas qu’on ne peut encaisser aisément (la page 32 étant la pire de ce point de vue).

Fin donc (ou presque) d’une série monumentale qui est d’ores et déjà l’une des grandes œuvres de la SF en bande dessinée. Même si les trois derniers tomes ont pu paraitre lents sur le plan narratif (du fait de leur parution sur un an et demi, au cinéma le même pourcentage du récit aurait été simplement conclusif), Prométhée s’impose comme un must-read pour tout lecteur de SF conséquent.

Prométhée t12, Providence, Bec, Raffaele