jeudi 28 août 2014

Le fou sous le masque


Bedlam TPB 1. Premier TPB de la série de Spencer, Rossmo, Irving.

Ouch !!!

Dans un univers glauque qui rappelle un peu celui de Batman avec justicier solitaire et violent (vu uniquement en fond, le justicier n'est pas le héros), Madder Red, un tueur de masse (de grande masse) connaît une rédemption à la dure par l'entremise d'un traitement psychiatrique secret aux méthodes violentes et aux motivations bien obscures.

Mort pour tous, encore instable mais convaincu d'être redevenu le citoyen utile à la société qu'il n'aurait jamais du cesser d'être, Red sort, incognito, de sa retraite pour aider la police à résoudre une série de meurtres atroces. Il lui faudra remonter à d'autres graves délits pour comprendre et arrêter le meurtrier, sans jamais livrer le secret de sa propre identité.

Imaginez un Hannibal Lecter sous lithium, soigné on ne sait par qui ni pourquoi, lâché dans la nature avec la mission auto assignée d'aider la police à traquer ses semblables. C'est le nouveau Red.

"Bedlam" est un vrai choc. Violent, gore, dérangeant, weird au possible, l'album suit plusieurs fils passé et présent. La construction est millimétrée, l'intrigue haletante. L'histoire et ses mystères agrippent le lecteur et ne le libèrent plus. Il faut tourner les pages (si on ne les a pas lâchées, horrifié), plonger au cœur de l'abjection pour enfin savoir. Un peu.

Flippants, les graphismes de l'album expriment la folie des situations.

A la fin du récit, même si le tueur de l'histoire à été neutralisé, il est clair que de nombreuses zones d'ombre restent à explorer, et que Red a encore beaucoup à dire et à faire. Je me rue donc sur le tome 2.

Bedlam TPB 1, Spencer, Rossmo, Irving

La vengeance du steak salade


Manifest Destiny TPB 1, intitulé "Flora and Fauna", de Dingess, Roberts, Gieni.
Début du XIXème siècle. Une expédition secrète est envoyée vers l’Ouest inconnu par le Président Jefferson afin d’explorer le pays et de combattre les monstres qui s’y trouvent.

Ben c’est pas fameux.

Un salmigondis d’independance-war fantasy avec minotaures-bisons carnivores et plantes zombifiantes. De beaux dessins et d’autres moins, des couleurs trop saturées, des personnages dont aucun n’éveille l’intérêt, et une intrigue ultra linéaire qui ne surprend jamais ni surtout ne suscite le moindre frisson.

Inutile.

Manifest Destiny t1, Flora and Fauna, Dingess, Roberts, Gieni.

mardi 26 août 2014

Stade oral


Dominique Douay est un auteur de SF français un peu tombé dans l’oubli. Les Moutons Electriques rééditent aujourd’hui, dans une version légèrement remaniée, "L’impasse-temps". Son « chef d’œuvre ». Diable ! Serais-je passé toutes ces années à côté d’un chef d’œuvre hexagonal de la SF ?

L’inquiétude m’ayant saisi, je me suis procuré le roman, dans sa version originale ce qui m’a donné l’occasion, peut-être, de voir FNAC écrit F.N.A.C.

Quand un médiocre découvre dans sa poche un étrange « briquet » qui lui permet d’arrêter le temps pour tout l’univers sauf lui-même, l’occasion lui est donné de prendre sa revanche sur une vie qu’il estime l’avoir spolié. De blagues en petits larcins puis bien au-delà, de vols en viols et pire, une dérive commence qui se terminera dans l’horreur et l’infamie.

On pourrait faire le malin à bon compte en citant le très éculé « Le pouvoir tend à corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » de Lord Acton. C’est une lecture possible. Comme celle qui ferait de la consommation des autres la condition de tout pouvoir. S’élever soi-même en détruisant ce qui est autour. Autocratie et capitalisme ?

On pourrait y voir une version moderne du Portrait de Dorian Grey dans laquelle l’arrêt du temps ferait vieillir non le tableau mais l’original. La corruption qu’implique la sortie du temps y est là aussi présente, outrée.

On pourrait y voir une dénonciation de la naturalité – se nourrir, se reproduire, bouffer, baiser – par un auteur convaincu que l’éducation peut tout. Doublée d'une métaphore très appuyée sur la libération du cerveau primitif – reptilien – comme cause et conséquence de l’exercice du pouvoir. Se souvenir du crocodile gynophage qui, sous les ors de la République, ouvre L'exercice de l'Etat.

On pourrait enfin y lire qu’une sortie individuelle du temps fait sortir de la société et, partant, de l’humanité. Max Weber appelle action sociale toute action significativement tournée vers autrui. Dans "L’impasse-temps" il n’y a plus d’autrui. Les humains, immobiles, silencieux, cessent d’être humains. Ils n’impliquent ni parole, ni interaction. Ils deviennent de simples objets, éléments de mobilier à photographier ou utiliser. Une critique tant de l’individualisme que de l’égoïsme qui en est la version mégalomaniaque.

Douay avait-il tout ça en tête ? Je l’ignore. Une chose est sûre. Partie prenante d’une SF française de gauche, il en a le lexique et les obsessions, que leur caractère convenu rend agaçantes. « Héros » dominé socialement, revanche sociale, vols « justes », frasques sexuelles dans la grande bourgeoisie, ridicule des institutions, insurrection et Grand Soir, le tout décrit sur un mode ricanant, on est clairement dans l’univers « marxiste tendance groucho » caractéristique des années 70. La déconstruction par la nudité.
Patrick Champagne disait : « peu importe le sujet dont un prêtre parle, on peut l’identifier comme ecclésiastique à son vocabulaire et à son ton » ; c’est la même chose ici. Le tout est à la fois très français et très daté.

Et pourtant, le roman (court) se lit en une soirée, d’une traite. Il fascine. Le lecteur observe, souffle coupé, la dérive. C’est l’outrance même qui captive, la fuite en avant de plus en plus rapide dans un excès et une folie sans bornes qui interdit de détourner le regard. Stupéfié et fasciné par l’abjection, on regarde Serge Grivat comme Baudelaire regardait sa charogne. Et on veut savoir comment tout ça finira.

Dominique Douay, L’impasse-temps 

L'avis de Plume 

dimanche 24 août 2014

Friendship is magic


"Equoid", de Charles Stross, vient de recevoir le Hugo de la meilleure novella. C’est assurément un texte agréable et réussi qui mérite d'avoir été primé. On peut le télécharger ici.

De Stross (dont la SF m'est toujours resté hermétique) j’apprécie depuis longtemps l’univers de « la Laverie » qu’il a créé, pastiche de Mythe de Cthulhu mâtiné d’espionnage, d’ironie anglaise et d’absurdités administratives. Le premier volume de la série au moins, Le bureau des atrocités, est à lire par tout amateur de SFFF. Après, c’est comme les James Bond, on peut ou pas être exhaustif. Pour ma part je le suis peu. Mais Stross écrit aussi régulièrement nouvelles et novellas de la « Laverie », ce qui me permet de garder le contact. Je garde un très bon souvenir de A Colder War par exemple.

Dans "Equoid", Bob Howard, le héros informaticien récurrent de Stross, est amené à enquêter sur une possible infestation de « licornes » - forme chevaline, « corne » frontale, mais peu d’autres points communs avec l’animal arc-en-ciel magique de l’amitié. La vérité qu’Howard découvre sur le terrain dépasse de loin ses pires craintes. Et le lecteur lui-même, et lui seul, aura accès à une note conclusive qui laisse supposer que c’est encore bien pire que pire.

"Equoid" est une vraie réussite qui offre un grand plaisir de lecture. Il faut, je crois, connaître, Lovecraft –sinon les références tomberont à plat – et apprécier le nonsense british. Mais si c’est le cas – ce ne sont pas des prérequis énormes quand même – le texte est vraiment plaisant.

Les innombrables images et digressions qui peuvent donner l’impression que le texte n’avance pas très vite (ça accélère voire devient frénétique en deuxième moitié) l’enrichissent en fait d’une sorte de folie qui n’est pas sans rappeler les Monty Python. Remember the Dead Parrot ? Stross fait voir le monde à travers les yeux fous d'un « champion du monde de l’ironie ».

Les fausses lettre de Lovecraft, qui sont partie du dossier d'enquête, sont stupéfiantes de vérité, et elles offrent enfin une explication « crédible » au peu d’appétence de Maitre de Providence pour les choses du sexe. Les easter eggs idiomatiques abondent (comme toujours dans ce cas on se demande lesquels on a raté) ce qui fait du texte une belle démonstration d’esprit. Et puis il y a une histoire, qui avance, avec questions, enquête, action, révélations, drames, etc. De la magie, des Anciens, des armes de guerre, des services plus secrets que secrets, de l’humour, du genuine witticism. Et un grand complot derrière le petit complot. Et Stross qui assassine symboliquement Lovecraft dans un meurtre du père que peu se permettent à l’endroit d’HPL. Que demander de plus ?

Equoid, Charles Stross

L'avis de Cédric Jeanneret

samedi 23 août 2014

Tolkien et la Grande Guerre - John Garth


"Tolkien et la Grande Guerre" est une magistrale biographie critique de Jonh Garth, publiée cette année par Christian Bourgois. C'est passionnant mais dru.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 76, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

« Être emporté en pleine jeunesse par 1914 n’a pas été une expérience moins abominable qu’en 1939… en 1918, tous mes amis proches, sauf un, étaient morts. »
C’est en ces termes que J.R.R. Tolkien répondait aux critiques qui voyaient dans Le Seigneur des Anneaux une réaction à la Seconde Guerre mondiale. Tolkien et la Grande Guerre nous livre pour la première fois le récit exhaustif de ce qui l’a poussé très jeune à se lancer dans la création de la Terre du Milieu, alors que le monde autour de lui sombrait dans la catastrophe. Puisant dans les papiers personnels de Tolkien, cette biographie essentielle révèle l’horreur et l’héroïsme qu’il a pu connaître en tant qu’officier de transmissions dans la Somme et présente le cercle d’amis intimes qui l’incita à prêter vie à sa mythologie. John Garth montre ici que l’expérience de la Première Guerre mondiale est un élément fondamental de la force pérenne qui émane de la Terre du Milieu.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :



vendredi 22 août 2014

Ray's Day : Rock et litterature


Ray’s Day today. Grosso modo, en hommage à Ray Bradbury, « Le 22 août, célébrons la lecture, les auteurs et les lecteurs ».

J’ai d’abord pensé faire un french kiss à tous mes livres, mais il y en avait trop. Puis à tous les auteurs mais ils étaient trop loin (et certains auraient pu mal le prendre et devenir violents). Puis à tous les lecteurs, mais leur faible densité au km2 rendait l’opération trop aléatoire.

J’ai donc opté lâchement pour une action sans risque, le post de blog.

Ami lecteur, je vais tenter d’illustrer par quelques exemples les liens étroits qui existent entre littérature et musique rock. Pourquoi ? Pourquoi pas.
Et aussi pour montrer qu’on peut être plus visible de loin qu’un feu de Bengale et avoir lu des livres, de bons livres. Plus peut-être que ma crémière qui, elle, n’a pas l’air d’un feu de Bengale.

Voici donc la playlist du Ray's Day (sélection aléatoire parmi de nombreuses possibles, je me fais violence : on sait que j’ai horreur des sélections et des listes) :

Iron Maiden, utilise souvent des références littéraires. En revanche, lecteur SFFF calme-toi, son Stranger in a Strange Land ne doit rien à Heinlein.

To tome a land est un hommage à Dune



Phantom of the Opera, c’est lui-même, celui de Gaston Leroux




The rime of the ancient mariner, Samuel Taylor Coleridge (1798), un monument de la poésie anglaise adapté par Iron Maiden toujours mais aussi par Tiger Lillies par exemple





And also the trees, gothique/cold anglais, reprend, dans l’oppressant There were no bounds, un texte d’Huxley




Le très littéraire Robert Smith (diplômé de français) a écrit pour The Cure ce Killing an arab, d’après l’Etranger de Camus, texte qu’il a récemment renommé Killing another, politiquement correct aidant (beurk !)



Il a aussi magnifiquement adapté dans How beautiful you are (terrifiants derniers vers), Les yeux des pauvres de Baudelaire




Le Velvet Underground a donné ce Venus in Furs dont je n’ai pas besoin de rappeler qu’il fut d’abord l’œuvre de Sacher-Masoch




David Bowie et Nirvana ont chanté The man who sold the world, une des plus belles chansons rock existantes, dont le titre mais pas l’histoire rappelle The man who sold the Moon de Heinlein. Les paroles lorgnent plutôt du côté de l’Antagonish de Mearns





Le toujours absurde Billy Idol, ex-bassiste de Generation X (vous savez, la pub avec les grabataires qui dansent avec eux-mêmes), a surfé sur la vague Cyberpunk avec ce Neuromancer à l’intérêt très limité




Metallica adapte autant Lovecraft qu’Hemingway, d’abord avec Call of Ktulu (orthographe due à des questions de droits) puis avec For whom the bell tolls





La diva gothique Diamanda Galas chante l’Artemis de Nerval




Mecano (les punks arty néerlandais, pas la soupe espagnole) adapte Mayakovsky dans son programmatique Untitled




Enfin, car il faut bien finir, les coldwave marseillais de Corps Diplomatique interprètent La métamorphose du vampire de Baudelaire dans leur Métamorphoses




Donc, si vous ne voulez pas lire, au moins écoutez. L’effet sera presque le même.

jeudi 21 août 2014

Negroes can't be writers


"Bloodchild and other stories" est un titre particulièrement bien trouvé par l’e-diteur Open Media. En effet, le recueil proposé par cet acteur contient Bloodchild ainsi que d’autre histoires d’Octavia Butler.

J’avais envie de vous dire tout le bien que je pense de ce recueil. Voilà, c’est fait.

J’avais envie aussi de me perdre en fines analyses sur les textes et leur signification, mais voilà, Octavia Butler elle-même le fait en postface de chacun d’eux. Si les auteurs se mettent à piquer le travail des blogueurs… Je n’ai pas écrit Kindred, moi.

Donc, quelques résumés et quelques mots ensuite.

Bloodchild est un chef d’œuvre, primé Hugo, Locus et Nebula, jamais traduit en français à ma connaissance, et c’est infiniment regrettable. J’en parlais ici.

The evening and the morning and the night, primé Science-fiction Chronicle, est un beau texte sur la responsabilité (oups ! je l’ai dit, comme Octavia en postface), plein de types différents de responsabilité. Ca parle de maladie grave et de soin. On y voit que le care échoit aux femmes, aptitude naturelle ou malédiction des dominés ? (et ça Octavia ne l’a pas dit)

Near of kin n’est pas SFFF. Mais c’est un beau texte dans lequel la tension que crée la mise à jour d’un secret de famille lors des obsèques d’une mère détestée est finement rendue en peu de pages.

Speech sounds, primé Hugo, se passe après un événement apocalyptique qui a privé de la parole la plupart des humains. On y voit comment sans langage la pensée devient fruste et les affrontements inévitables. Orwell l’avait pressenti, Matthieu Kassovitz aussi dans la capitale scène du vernissage de la Haine. Le texte finit sur une note optimiste.

Crossover n’est pas SFFF et il est le moins intéressant du recueil imho. Trop court là pour convaincre.

Amnesty est un récit de contact humain/aliens désastreux sur Terre. On y voit comment la méconnaissance conduit à l’atrocité, mais aussi que les Etats humains ne sont pas moins froids que les « monstres » venus de l’espace. On y voit d’abord le difficile rôle de ceux qui cherchent à réconcilier deux cultures. Il n’est pas facile d’être un pacifiste israélien j’imagine.

The Book of Martha est de nouveau un texte sur la responsabilité. Martha, une brave femme qui ressemble étonnamment à Octavia Butler, est convoquée par Dieu qui lui propose de sacrifier sa réussite récente pour changer une chose de son choix dans l’Homme, afin de protéger l’humanité de ses excès. Butler y donne ce qui est finalement son opinion. Le texte est néanmoins un peu faible.

Et puis il y a, au milieu du recueil, deux brefs essais de l’auteur.

Furor scribendi est un hymne au travail et à l’obstination contres les miracles du talent et de l’inspiration.

Positive obsession décrit son obsession de l’écriture, une obsession positive qui l’a poussée jusqu’au bout de ce qui une tâche vraiment difficile pour une femme noire de la classe populaire. Le texte rappelle par moments la question que Rilke posait à son jeune poète :
Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : « Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. Si cette réponse est affirmative, si vous pouvez faire front à une aussi grave question par un fort et simple : « Je dois », alors construisez votre vie selon cette nécessité.

Ceci d’autant qu’Octavia Butler, elle, s’entendait dire, par quelqu’un, sa tante, qui voulait son bien :




Octavia Butler a écrit en faisant des boulots de merde. Elle a vu ses textes refusés longtemps, puis être publiés et gagner des prix prestigieux. Elle n’a pas fabriqué des photomontages geignards pour réseaux sociaux.

Bloodchild and other stories, Octavia Butler

Participe à SFFF au féminin

mercredi 20 août 2014

Les Gardiens avant les Gardiens


Avant ces Gardiens de la Galaxie qui se donnent à voir dans le très jubilatoire film éponyme en ce moment au cinéma, il y eut une première équipe - originale pourrait-on dire - à la naissance éditoriale un peu compliquée, qui porta le même nom. Panini publie aujourd’hui un "Gardiens de la Galaxie, l’Intégrale 1" contenant les 18 premiers récits où cette équipe apparaît.

Les Gardiens de la Galaxie v1.0 sont nés en 1969 dans le Marvel Super-Heroes #18, sous les plumes de Arnold Drake et Gene Colan – d’autres suivront, Sal Buscema notamment. Ils servirent de guest stars dans divers autre titres avant d’avoir leur propre série, arrêtée après 62 épisodes en 1995. Hospitaliers, ils reçurent de nombreux invités dans leurs pages.
En France, LUG publia les 11 premiers épisodes de la série dans la revue Titans, à la fin des années 70.

L’équipe 1 était composée de :

Vance Astro, un astronaute vieux de 1000 ans, parti de la Terre pour un voyage en hibernation vers un autre système solaire avant qu’on découvre la vitesse supraluminique (!?!). Personnage tragique, seul survivant de son temps – le nôtre - Astro est condamné à ne jamais quitter la combinaison qui protège ses cellules millénaires. Accueilli à son arrivée par les descendants des pionniers qui l’attendait pour le fêter, il comprit qu'il avait donné tout ce temps et sacrifié sa propre vie pour rien.
Martinex, dernier survivant de la colonie plutonienne détruite par les Badoons. Descendant d’humains GM au corps de silicone. Scientifique.
Charly-27, dernier survivant de la colonie jupitérienne. Descendants d’humains GM au corps musclé et massif. Ex-militaire.
Yondu, dernier survivant de la race indigène de Beta Centauri. Aborigène pacifique et mystique, Yondu combat quand nécessaire à l’aide d’une flèche en métal vivant Yaka qu’il guide par sifflement.
Quatre survivants, quatre derniers de leur espèce, qui seront ensuite rejoints par Nikki (dernière survivante de la colonie mercurienne, ben ouais) et surtout le mystérieux et surpuissant Starhawk.

Situées en l’an 3000, les aventures des Gardiens les opposaient aux Badoons, une race de reptiles humanoïdes qui avaient conquis le système solaire, au prix d’un génocide presque complet de l’espèce humaine. Les Badoons finalement vaincus, avec l’aide des Défenseurs - qu’il fallait bien utiliser (!) de temps en temps, les Gardiens de la Galaxie s’engagèrent dans des équipées qui préfiguraient les sagas cosmiques Marvel.

Narrés comme on le faisait encore à l’époque, les épisodes des Gardiens présentés par Panini sont très old school. Le ton du voice-over est souvent pontifiant, jouant à l’excès sur les sentiments d’horreur et l’appel du pied à l’indignation du lecteur. L’héroïsme est valorisé (je n’ai rien contre) sur un ton très appuyé qui fleure parfois le film de guerre, et on sent l’amusement des auteurs envers les divers hippies du moment ainsi que leur agacement à l’encontre d’un New York qui était de plus en plus violent.

J’ai pris un grand plaisir à relire ces épisodes dont j’avais gardé un souvenir vivace - ici c’est relire qui est important. On peut les lire aussi par souci encyclopédique. En revanche, je ne sais pas si le style de ces premiers Gardiens pourra plaire aux lecteurs d’aujourd’hui.

'nuff said.

Les Gardiens de la Galaxie, l’Intégrale 1, Drake, Colan, et al.

Participe au SSW II

jeudi 14 août 2014

We are all completely fine, indeed


"We are all completely fine" est le dernier roman de Daryl Gregory, sorti ces jours-ci. Très court (192 pages), il n’en est pas moins intense. Peut-être intense car court.

Ici et maintenant. La psychothérapeute Jan Sayer a réuni, pour une thérapie de groupe, cinq malades gravement troublés. Qu’on en juge. Harrison fut le héros d’une série de livres d’horreur surnaturelle dont on dit qu’une partie est inspirée de faits réels, Stan – ce qu’il en reste - est le seul survivant d’une bande de jeunes dévorés par une famille de cannibales, Barbara a subi l’assaut d’un psychopathe qui lui a gravé des images sur les os longs, Greta est l’unique rescapée d’un incendie qu’elle dit avoir provoqué, Martin, enfin, est terrorisé à l’idée d’enlever ses lunettes de réalité virtuelle.
Au fil des séances, la dynamique de groupe permettra de creuser la réalité et l’étendue de leurs histoires respectives, et les entrainera collectivement vers des évènements qu’ils ne pouvaient seulement imaginer au départ.

Comme dans ses romans précédents, Gregory s’intéresse moins aux troubles eux-mêmes qu’aux traumatismes qu’ils engendrent et aux mécanismes de gestion qui en découlent. Les faits sont passés, il faut maintenant arriver à vivre avec, le moins mal possible, et à négocier leurs conséquences de manière satisfaisante. Comme dans The devil’s alphabet, la conclusion n’est que temporaire, la victoire jamais définitive. Contre le Mal ou l’Inconnu, on peut gagner une bataille, la guerre, elle, n’est jamais finie.

Ici, Gregory utilise une vision multifacette. Chaque acteur du récit prend successivement la conduite de la narration, à la première personne. Les informations et les points de vue alternent. Aucun des protagonistes, en dépit des séances, ne sait la totalité de ce que savent les autres. Aucun ne partage son état d’esprit ou son appréciation de la situation, que celle-ci concerne le travail du groupe ou le sens des évènements vécus par chacun. Mais peu à peu, une synergie se met en place qui tend à faire des cinq individualités un groupe uni pour faire face aux répliques des horreurs du passé.

L’écriture de Gregory fait pénétrer le lecteur dans la tête des participants, de tous les participants. Il partage leurs craintes, leurs interrogations, leurs découvertes, et surtout le caractère fragmentaire et incomplet de celles-ci, avec les suppositions que cela engendre. Aux premières loges, le lecteur partage aussi la montée de la tension, de l’énervement que les uns suscitent chez les autres, puis le développement progressif de l’empathie qui s’installe, au fil des séances, entre les personnages. Le lecteur comprendra aussi, d’indices en incidents, que rien n’est fini, et que le groupe doit cesser de parler pour se mettre à agir.

On ne lit donc pas "We are all completely fine" en simple spectateur, même intéressé. On est intrigué, souvent horrifié, on cherche à démêler le vrai du faux, on prend partie pour l’un ou l’autre contre l’un ou l’autre, on compatit avec ces victimes extrêmes, ce qu’ils ont subi, et ce qu’il leur reste à accomplir car rien n’est jamais fini. Le lecteur est happé par le récit, entrainé par l’atrocité des destins jusqu’au cœur de l’horreur. L’auteur l’oblige à regarder, haletant, ce qui se cache de l’Autre Côté. Le contrat est rempli, Gregory emmène ses lecteurs aussi loin dans le fantastique noir que ses prémisses le laissaient envisager.

Mais "We are all completely fine" n’est pas qu’un roman bien écrit et très efficace. C’est aussi un magnifique hommage au genre fantastique/horreur, à ceux qui l’aiment et à ceux qui le créent. Le « message » du roman, c’est qu’il existe un Autre Côté. Toujours. Cherchant sans cesse à intervenir ici. Quelques-uns le savent, quelques-uns le voient, quelques-uns risquent leur vie, souvent par accident et à leur corps défendant, pour maintenir de l’Autre Côté ce qui y rode. Les patients du docteur Sayer ne sont donc pas fous. Ils font partie des rares qui acceptent de voir et de (se) dire la réalité cachée de l’univers. Comme Gregory, comme d’autres aussi auxquels il rend hommage plus ou moins ouvertement, de Lovecraft aux conteurs arabes ou à Tobe Hooper (en passant, concession à la pop culture dominante, par Star Wars). Comme les aficionados du genre, souvent jugés étranges ou puérils, à qui il donne voix, symboliquement, à la fin du roman quand le groupe « s’exprime » à la première personne du pluriel, concluant ainsi l’ouvrage : « Each of us, as we turned off the light, felt a tingle of dread. But that was all right. The feeling was as familiar as the dark. Some of us thought of what Jan had whispered in the basement, words that Stan had repeated for the others as we said our goodbyes. We’re different from other people, she’d said. We only feel at home when we’re a little bit afraid. »

We are all completely fine, Daryl Gregory

mercredi 13 août 2014

Pax formicae


"Les derniers jours du Paradis", dernier roman de RC 'Spin' Wilson, commence en 2014 aux USA, alors qu’on s’apprête à célébrer comme il se doit le centenaire de l’armistice de 1914. Une Paix de 100 ans qui fait suite à celle de Polanyi.

Comme tu es sagace, lecteur, tu comprends immédiatement qu’il s’agit ici d’une uchronie. La Grande Guerre n’a pas eu lieu, ni la Révolution Russe, ni la Seconde Guerre Mondiale, ni les bombes atomiques, etc. La SDN y existe même encore et elle semble efficace. Sans course aux armements, le monde imaginé de Wilson est techniquement en retrait par rapport au notre – on s’y croirait à peu près dans les années 50. Il est aussi globalement plus pacifique, plus calme, et presque partout socialement plus avancé. Que demander de plus ?

Mais il y a un ver dans le fruit. Un gros. En effet, la couche radio réflexive, qui entoure la Terre et rend possible toute les communications sans fil à longue distance, n’est pas une qu’une enveloppe d’air ionisé comme le croit le commun, même sur Wikipédia. C’est, en fait, une entité vivante extra-terrestre, à l’intelligence distribuée et aux objectifs obscurs. Elle aurait orienté, par les manipulations discrètes que permet le contrôle de toutes les communications, le développement de la race humaine dans une direction pacifique, sa domestication. Fort peu d’humains le savent ; seuls les scientifiques membres de la très secrète Correspondence Society ont découvert la vérité. Beaucoup d’entre eux l’ont payé de leur vie en 2007, quand l’entité qu’ils avaient nommé l’Hypercolonie élimina, via des simulacres parfaits d’humains, la plupart de ceux qu’elle considérait comme une menace. Qu’en est-il depuis ? Que veut vraiment l’Hypercolonie ? D’où viennent les simulacres et combien sont-ils ? Autant de questions sans réponse.

2014, un soir. Cassie, fille orpheline de parents assassinés en 2007, voit mourir accidentellement sous ses yeux un simulacre venu la débusquer dans l’appartement de sa tante, où elle vit dans le secret depuis des années avec son jeune frère, Thomas. Tante absente, procédures de sécurité stricte, Cassie embarque Thomas et file prévenir le membre de la Society le plus proche, le sulfureux Léo Beck, fils de Werner, le leader officieux du groupe. L’Hypercolonie les a retrouvés.
Commence alors pour les trois jeunes gens, accompagnés de la petite amie de Léo, Beth, une mortelle randonnée qui les conduira jusqu’au Chili, sur les traces de Werner, le seul homme qui pense savoir comment détruire l’Hypercolonie. Il y retrouveront non seulement celui qui se présente comme le seul espoir de l’Humanité mais aussi ses compagnons de route, l’oncle et la tante de Cassie, lui venu pour aider Beck, elle pour récupérer ses neveux et les mettre à l’abri.
C’est dans le désert de l’Atacama qu’aura lieu le rendez-vous décisif entre humanité et entité cosmique.

Disons-le ici clairement. "Les derniers jours du Paradis", même si ce n’est jamais dit, appartient au sous-genre New Adult ( !?! ). Je ne suis donc pas la cible. J’y regrette les explications maintes fois répétées comme si l’auteur craignait que ses lecteurs rookies perdent le fil. J’y assiste aux scènes attendues d’émancipation de la nouvelle génération. J’y suis bien plus agacé que sensible aux émois et développements sentimentaux, tout en incertitude, de (très) jeunes adultes en découverte de leur cœur et de leur corps. Heureusement, on y échappe globalement à la mièvrerie. Mais ce n’est pas ma came.

Ceci posé, j’ai lu le roman vite et avec plaisir. Le complot, le secret, interrogent et entrainent dans le plaisir du dévoilement. L’intrigue, au développement simple, tire le lecteur sans temps mort d’un danger au suivant. Pour ce faire, elle alterne deux fils, les « jeunes » et les « adultes », dans une succession de chapitre courts. Les explications arrivent à intervalle régulier - même si elles sont trop appuyées à mon goût - mais elles donnent au lecteur le sentiment d’avancer dans la compréhension du tableau global. Wilson montre ici qu’on peut faire une SF lisible par tout un chacun, à contrepied des accusations récurrentes d’élitisme scientifique adressées au genre. Scories NA mises à part, "Les derniers jours du Paradis" rappelle la SF d’envahisseurs des années 50, celle de la Twilight Zone, de L’invasion des profanateurs, de Finney, auquel il fait beaucoup penser, ou du Village des damnés de Wyndham - ce n’est pas un hasard si l’un des personnages secondaires du roman s’appelle Wyndham. Il en retrouve la simplicité des mécanismes de résolution et la proximité au lecteur qu’amène des personnages principaux presque normaux. Même la brièveté relative du roman – un peu plus de 300 pages – rappelle cette SF plus simple, presque naïve, qui fut celle de l’après-guerre. "Les derniers jours du Paradis", c’est une série B à la Mr Eddy.

Mais c’est aussi, en version plus simple que chez Wyndham - NA oblige - une réflexion sur le choix à faire entre liberté et sécurité, liberté et prospérité. Le loup et le chien.
On s’y demande aussi s’il est juste pour un seul de s’arroger le droit de décider au nom de tous.
On y réalise encore que le sang est le prix de la liberté.
On y approche enfin les mécanismes d’émergence qui assemblent en collectifs intelligents des individualités stupides.
Ce n’est pas si mal pour un roman rapide à lire et principalement distractif qui est une propédeutique évidente au magistral Spin. En revanche, ne pas venir pour l’uchronie, elle n’est vraiment que la lointaine toile de fond sur laquelle se déroule l’histoire.

"Les derniers jours du Paradis" laissera sans doute sur leur faim les vieux briscards. C’est, en revanche, un livre à offrir à des jeunes, ou à des amis qu’on veut initier en douceur à la SF.

Les derniers jours du Paradis, RC Wilson

vendredi 8 août 2014

Arme par destination


Retour à la Culture, épisode 2. Je renvoie à la première chronique pour le contexte.

"L’usage des armes", moins qu’une histoire de la Culture, c’est l’histoire d’un homme, Cheradenine Zakalwe. Né dans la Périphérie, Zakalwe, qui n’est pas un citoyen de la Culture, fut recruté il y a longtemps par Circonstances Spéciales. Depuis, le Service Action de la Culture a utilisé les talents de Zakalwe pour la guerre, l’espionnage, l’organisation, sur quantité de mondes. Zakalwe, c’est l’agent secret, le conseiller militaire qu’envoie la Culture dans les mondes dont la politique doit changer. On retrouve ici le paradoxe banksien d’une société libertaire qui n’hésite pas à intervenir, violant donc la liberté de ses voisins – y compris de faire des erreurs ou de commettre des horreurs - pour orienter leur développement dans la direction qui lui paraît la bonne. Qui définit le Bon ? Circonstances spéciales évidemment, au nom de principes sur lesquels elle n’a jamais à se justifier.

"L’usage des armes", c’est la realpolitik à l’œuvre. Aider une faction, puis l’abandonner pour obtenir un meilleur ( ? ) accord. Corrompre des potentats locaux. Fournir armes et matériel sophistiqués pour bouleverser un équilibre militaire. Utiliser les hommes comme des armes, Zakalwe singulièrement, des armes par destination. On se remet en tête les innombrables fois où les services spéciaux, voire les forces militaires conventionnelles, d’un pays du Centre sont intervenus dans la Périphérie sur notre Terre. Circonstances spéciales ou l’impérialisme politique à l’œuvre.

"L’usage des armes", c’est aussi et surtout, l’histoire de la vie de Zakalwe. Construit sur deux fils entrecroisés, "L’usage des armes" suit une mission du « maitre conseiller ». On y voit les intrigues, les manigances, sur un mode dépassionné qui fait de l’intervention une action banale, un artisanat. Sortir un reclus de sa retraite, l’instrumentaliser, se mettre au service du camp qui doit gagner pour l’y aider, autant d’actions envisagées uniquement comme des problèmes techniques à résoudre. Zakalwe est un professionnel, un des meilleurs, il est à son affaire comme un bon artisan.
Quant au second fil, on y découvre, dans une succession de vignettes significatives présentées en sens chronologique inverse, les épreuves que traversa Zakalwe durant sa longue vie. Essayant de faire le juste, tentant au moins de s’en convaincre, Zakalwe fut blessé, tué, meurtri, torturé sur quantité de théâtres d’intervention. Constante : sans cesse en recherche de paix, de retrait, de compréhension, le mercenaire, qui ne peut jamais échapper à sa condition d’homme de guerre, est hanté par un souvenir confus et atroce. Le lecteur remonte avec lui le temps vers la révélation qui leur échappe à tous deux. Que sont cette femme, ce vaisseau de pierre, cette chaise qui occupent sans cesse ses pensées et horrifient cet homme qui a vécu toutes les horreurs ? Il faudra tout lire pour le savoir et comprendre le personnage.

Difficile d’en dire plus sans spoiler. Tenons-nous en donc là.

On ne peut faire la guerre sans utiliser les hommes comme des armes. C’est, en miroir, ce que disent les deux fils. Et c’est plus facile pour les IA de la Culture, guidées par une froide rationalité, que pour un homme ordinaire, fut-il un guerrier hors de pair ; le nécessaire et l’efficace ne sont ni l’agréable ni le supportable.

D’une lecture rendue ardue par l’entrecroisement de deux sens chronologiques opposés et l’absence de lien narratif entre les vignettes du passé de Zakalwe, "L’usage des armes" est stimulant par ce qu’il laisse envisager d’une vérité à découvrir. On y retrouve l’ironie de Banks dans le fil « normal », l’absurdité des pratiques humaines, ainsi que quelques moments d’action rapide dignes des récits d’espionnage. Le second fil oscille entre tragique et contemplatif, livrant scènes superbes et réflexions désabusées. Il montre qu’on n’échappe pas, même par la mort, à ce qu’on est. Il montre que l’issue d’une guerre est toujours dans un état d’indétermination quantique (superbe scène de la princesse assiégée aux deux destins équiprobables), que seule la répétition sans fin des guerres est une certitude. Il est aussi, comme la mémoire de Zakalwe, plein de femmes. Femmes victimes, femmes tueuses, femmes abandonnées ou laissées à leur sort. Aucune n’est son « frère d’arme », comme la forte Sma qui l’assiste dans sa mission principale, aucune n’est cette Livueta qu’il cherche à travers l’univers et qu'il finira par retrouver, se retrouvant par là même.

Moins éclairant sur la Culture que ne l’était L’homme des jeux, "L’usage des armes" est à lire pour sa construction et son sens du tragique.

L’usage des armes, Iain Banks

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jeudi 7 août 2014

Le lycanthrope est un loup pour l'homme


Comics, noir et blanc, invasion des USA par une race de monstres mythiques, effondrement civilisationnel, post-ap ou presque. Ca ne vous rappelle rien ? A moi, si.

World War Wolves, dont le tome 1 est sobrement intitulé "Dieu a de l’humour", raconte comment les loups-garous envahissent le territoire américain, provoquant l’effondrement de l’Etat fédéral et la fin de notre modèle de civilisation. Et, effroi, c’est en 2015 que ça commence (je pense d’ailleurs qu’il y a une erreur d’année dans le premier article de presse).

S’attachant aux destins de plusieurs personnages vivant la catastrophe en des lieux différents, Istin donne le ton dès la première scène, cruelle, ironique, dure. La conclusion confirme.

Comme dans le Zombies de Peru, des communautés se forment, préservent ce qu’elles peuvent d’un mode de vie et d’une sécurité qu’on prenait jusque là pour acquis. Seuls les mieux organisés et les plus dégourdis survivent, les plus salauds aussi.
Suivant plusieurs groupes éparpillés sur le territoire, Istin peut donner un genre de vision d’ensemble de la situation, d’autant que, contrairement à la norme Walking Dead, ici toute civilisation n’a pas encore complètement disparu. Les fronts sont peu ou prou stabilisés, entre les villes ou à l’intérieur même de celles-ci, et les humains peuvent encore rêver à une victoire qui éradiquerait les lycanthropes. Jusqu’à quand ?

Le scénariste a la bonne idée de mettre en lumière, entre autres, une famille dysfonctionnelle, montrant plutôt bien que ce sont des gens normaux que le désastre a frappé et que celui-ci ne les a pas transfiguré, que le banal doit faire face à l’extraordinaire.
Autres trouvailles intéressantes : « l’élevage » de Ryker’s Island, le contrôle de leur transformation par les loups – d’où l’existence probable d’une cinquième colonne  dans les communautés humaines, l’utilisation d’un héros romancier – donc inapte à la survie ;) – contraint à aller contre sa nature pour espérer protéger sa famille.
Et il y a quelques beaux personnages : Driss ou Lester notamment qui conservent leur part d’humanité dans le chaos.

Sur la plan de la forme, l’utilisation d’articles de journaux, de notes de blogs, de carnets intimes, donne un supplément d’âme aux personnages et au monde qu’ils habitent.

Les dessins sont plutôt beaux, et le noir et blanc colorisé en dégradés donne un cachet incontestable à la série.

World War Wolves n’aura pas la palme de l’originalité. Mais ce qu’il fait, il le fait plutôt bien. Après tout, ma grand-mère non plus n’était pas originale quand elle faisait la daube. Et pourtant elle la faisait bonne.

World War Wolves t1, Dieu a le sens de l'humour, Istin, Duane, Ellem