vendredi 31 janvier 2014

Reborn - Ken Liu


Tor.com offre généreusement aux lecteurs un ou deux textes gratuits chaque semaine.
Je ne les lis pas tous, je ne les apprécie pas tous. Mais je signalerai ici ceux que pour lesquels ça a été le cas.

"Reborn" est une nouvelle de Ken Liu, l'étoile montante de la SF américaine.

Sur une Terre occupée par des aliens au paternalisme totalitaire et sincèrement bienveillant à la fois, les derniers résistants Xénophobes luttent pour la mémoire et la vengeance. Une force de police spéciale les traque pour les "rééduquer".

Entre born again, V, et Billy Milligan, "Reborn" pose des questions intéressantes sur la mémoire, la personnalité, l'identité, la personnalité. Il est d'autant plus dommage que l'intrigue soit si téléphonée.

The intelligence director - Jessica Brody


Tor.com offre généreusement aux lecteurs un ou deux textes gratuits chaque semaine.
Je ne les lis pas tous, je ne les apprécie pas tous. Mais je signalerai ici ceux que pour lesquels ça a été le cas.

Commençons aujourd'hui par The intelligence director.

"The intelligence director" de Jessica Brody est une courte nouvelle de SF dans laquelle on découvre un complexe scientifique où se déroulent de bien sinistres expériences. Une faute professionnelle y conduira à des conséquences regrettables. Ce texte vaut surtout par le parfait salaud qu'il met en scène. Une lecture rapide et agréable à emporter dans vos liseuses.

jeudi 30 janvier 2014

La révolte d'Albi, Claude Mamier


"La révolte d'Albi" est un roman d'anticipation à l'engagement anarchiste affirmé. Hélas, sincérité dans l'engagement n'est pas gage de talent. Autant aller directement à la source et lire Bakounine.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 74, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

XIXe siècle : Méhémet Ali Pacha, alors vice-roi d’Égypte, érige un mur gigantesque à Aboukir, près d’Alexandrie, qui lui permet de gagner 700 km2 de terres sur la Méditerranée.
2029 : En France, des émeutes en passe de tourner à la guerre civile conduisent à l’instauration du revenu universel.
2055 : Le mur d’Aboukir, que les Égyptiens pensaient invincible, cède à la pression d’une mer de plus en plus haute. La Méditerranée déferle sur Alexandrie, bâtie en grande partie sous le niveau de la mer; la catastrophe fait plus d’un million de victimes.
2056 : En échange du colossal marché de reconstruction de la ville – et de son phare hautement symbolique -, la France accepte d’héberger sur son sol 200000 réfugiés climatiques alexandrins pour une période allant de trois à cinq ans. Albi est la première ville à accueillir des Égyptiens; la cité tarnaise, marquée par la violence religieuse au XIIIe siècle lors de l’écrasement de l’hérésie cathare, devient un symbole fort de la solidarité face à ce nouvel enjeu mondial.
2059 : Les entreprises françaises ont fini de rebâtir le phare mythique, mais sont très en retard sur la livraison des quartiers d’habitation. Malgré cela, un premier tiers des réfugiés climatiques est invité à quitter le territoire français, à Albi comme ailleurs… Des deux côtés de la Méditerranée, trois ans d’espoirs déçus macèrent dans une chaleur toujours plus oppressante, jusqu’au point de non-retour.
La Révolte d’Albi suit le destin de quatre hommes ballottés au gré d’enjeux qui les dépassent. Ahmed, le conteur alexandrin, quitte sa ville ravagée sans savoir ce qu’il va trouver en France. À Albi, Renaud gère seul une radio militante basée dans son salon ; son fils, Robinson, est parti travailler à Alexandrie sur le chantier de reconstruction. Le jeune Fathi, lui, étouffe dans son oasis berbère perdue au cœur du désert égyptien et rêve d’une Alexandrie certes meurtrie, mais qui lui permettrait d’être enfin libre. Au bout de la révolte, personne n’en sortira indemne.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :



mercredi 29 janvier 2014

Vibrionnant


Nouvel opus de la série « L’homme de l’année » qui peut faire penser, par son personnage principal, à l’excellent 1917. Penser seulement. Malheureusement.

Abdullah est un enfant esclave offert à l’explorateur Antoine d’Abbadie par un chef de tribu. A son retour en France, et alors que l’esclavage a été aboli, Antoine et Abdullah se sont attachés l’un à l’autre au point qu’Antoine ramène avec lui Abdullah et en fait son fils adoptif. Il l’élève dans son château et l’éduque de la meilleure façon. Mais, saisi par la volonté traditionnelle ( ? ) de prouver sa valeur guerrière, Abdullah fugue pour aller trouver et tuer son lion ( ? ). Dépouillé par des malfaiteurs, sans le sou, il s’engage dans les troupes coloniales et ira de combats en combats, se couvrant de gloire militaire, sous le regard souvent dépréciatif d’officiers racistes. Puis, après avoir rencontré un émir algérien qui lui ouvre une autre vision du monde, il fraie par désœuvrement avec la branche algérienne de l’Internationale, avant de rentrer en France, de participer à la débâcle de 1870, de déserter et d’aller combattre jusqu’à la mort pour la Commune. Dans tout cela, guère d’engagement politique, surtout une soif de guerre que le Temps permet d’assouvir.

En racontant une histoire qui s’étend sur plusieurs décennies, Pécau survole tout sans rien développer. Abdu vole de guerre en guerre comme un pois sauteur sans que jamais le contexte ou les enjeux ne soient traités. Le personnage lui-même n’est guère attachant, sauf à considérer que, africain lettré perdu dans des guerres qui ne le concernent pas, il l’est par nature. Pour moi, ses caractéristiques de guerrier d’exception doublé d’un homme instruit sentent plus le personnage de jeu de rôle (guerrier doté d’un trait particulier) que la création littéraire.

Et de la Commune on ne voit pas grand chose, ni déroulement, ni symbole, si ce n’est quelque figures incontournables (Jules Vallès, Louise Michel) qui semblent être là car elles se devaient d’être dans l’album. Il est impossible à quelqu’un qui ne connaitrait pas l’histoire de la Commune de comprendre ce qui se passe, à quoi s’activent les uns et les autres, et même qui sont les uns et les autres.
Il serait temps qu’en France les idolâtres encore nombreux de la Commune comprennent que la majorité des gens qui vivent dans ce pays aujourd’hui ne connaissent pas l’histoire de la Commune, sans compter que souvent ils n’en ont, de surcroit, rien à foutre. Ce n'est pas ce genre d'ouvrage, si allusif qu'il ne semble destiné qu'à des happy few à qui leur pépé aura chanté, des trémolos dans la voix, Le temps des cerises qui leur donnera l'envie de s'intéresser à cette page d'Histoire.

Graphiquement, et en dépit d'une superbe couverture, le dessin est inégal, quelques belles images, des visages trop ressemblants, et une Afrique globalement ratée.

L’homme de l’année, t5, 1871, Pécau, Dellac, Thorn

dimanche 26 janvier 2014

Un monde sans croix de bois


"Metropolis" est le premier tome d’une série uchronique de Serge Lehman qui en comptera quatre. Après la brillante Brigade chimérique et L’Homme truqué, Lehman revient encore une fois à ces mondes parallèles qu’il affectionne, et, pour les 100 ans du déclenchement de la Grande Guerre, il s’offre le luxe de raconter l’histoire d’un monde dans lequel celle-ci n’a pas eu lieu. La classe !

1935 à Metropolis, première ville née, entre Berlin et Paris, de la nouvelle Europe, l’Interland, qu’engendra la Réconciliation, union politique européenne devenue effective peu de temps avant 1914. Le lieutenant Gabriel Faune y est un membre éminent de la police. Il porte de surcroit le titre honorifique de « Premier citoyen de la ville » car il fut trouvé, bébé sans identité, près du chantier de la Réconciliation. Mais le lieutenant va mal. Il voit la ville changer sous ses yeux, prendre des formes anciennes que nul autre que lui ne peut voir. Hallucinations, perception incompréhensible d’une réalité parallèle, ou traumatisme lié aux évènements terribles de l’année précédente, c’est au Docteur Freud, l’analyste de Fauve de tenter de comprendre. Le lecteur, lui, devra se contenter d’attendre, mais il pressent qu’un bien grand Mal est à venir.

Car sous la Place de la Réconciliation, lieu emblématique de l’abandon de l’idée de guerre, se dissimulent de sombres et vieux secrets mis à jour par l’attentat aussi brutal qu’inexpliqué du 13 mai 34. Alors Metropolis est-elle une utopie concrète ? Le rêve réalisé d’une fraternité construite entre des peuples européens qui se déchirèrent des siècles durant ? Ou un projet politique comme un autre, avec tout ce que ça comporte de compromissions, de raison d’Etat, de mains sales ?
Et quels effets pourraient avoir les secrets enfouis s’ils venaient à être révélés ? Alors que presses allemandes et françaises grommellent et s'agitent, l’unité européenne péniblement acquise peut-elle être menacée ?

C’est pour cette raison que Briand et Streseman, les deux dirigeants du Directoire franco-allemand chargent Faune d’enquêter dans la diligence et la discrétion, réactivant même, urgence oblige, le commissaire déchu Lohman, l’homme qui devint fou après avoir arrête Peter Kurten, le diabolique vampire de Düsseldorf. Le lecteur plonge donc, à la suite de cet étrange équipage, dans le marigot des vieilles turpitudes, pour un voyage qui associe uchronie, enquête policière, mondes parallèles et utopie politique.

Comme dans ses œuvres précédentes, Lehman se fait le plaisir de brouiller réalité et imaginaire pour dérouter son lectorat, avant de lui révéler, lentement mais sûrement, les tenants et aboutissants d’une intrigue toujours plus complexe que ce que ses prémisses laissaient imaginer. Intellectuels, politiques, artistes, les grands hommes du temps sont convoqués par l’auteur dans les pages de "Metropolis" ; ce sont les vrais, les nôtres, même s’ils y jouent les rôles, uchroniques, que Lehman a écrit pour eux, montrant ainsi combien le voile est fragile qui sépare leur monde du nôtre, et comme il serait facile de le déchirer, replongeant par là même l’Europe dans l’horreur de notre XXème siècle. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui est en train d’arriver et que Faure serait seul à percevoir ?

Servi par un dessin froid et incisif, parfaitement adapté au contexte, devenant très dynamique chaque fois que l’action le nécessite, "Metropolis" est un album qui présage bien de la série à venir. On lui reprochera simplement la frustration qu’il engendre tant il promet de révélations et laisse, pour l’instant, d’angoissantes questions en suspens.

Metropolis, Lehman, De Caneva, Martinos

mercredi 22 janvier 2014

Loving the alien


"Great North Road" (La grande route du nord en VF) est le dernier roman de Peter F. Hamilton.

Newcastle on Tyne, 2143. Un meurtre étrange est commis. Etrange d’abord car il vise une personnalité, l’un des nombreux clones de la puissante famille North, mais qu’il est impossible de déterminer duquel il s’agit. Etrange ensuite car la méthode utilisée est extraordinaire au sens strict du terme. Etrange enfin et surtout car un meurtre de masse de signature similaire avait été commis vingt ans auparavant sur d’autres membres de la famille North, sur une autre planète, meurtre de masse pour lequel une femme, toujours emprisonnée, avait été condamnée à la prison à vie sans jamais avoir cessé d’accuser un mystérieux « alien » dont personne n’a jamais trouvé la moindre trace.

Une enquête longue et très difficile commence alors pour l’inspecteur Hurst, sous pressions politiques lourdes et avec obligation impérative de résultats.

Parallèlement, l’affaire sert de prétexte à l’Alliance pour la Défense de l’Humanité - soutenue comme la corde soutient le pendu par une UE devenue Grande Europe – à l’envoi sur Saint-Libra, la planète des premiers meurtres, d’une forte expédition armée, cherchant l’hypothétique alien sous couvert d’étudier la variabilité génétique d’une planète sans vie animale et à la flore bien singulière. D’autant que Saint-Libra, planète géante contrôlée par les North et largement inexplorée, fournit une grande partie du pétrole synthétique dont la Terre a désespérément besoin pour fonctionner. Deux mille ans après les légions romaines, l’armée monte cette Grande Route du Nord – l’A1 à Aldgate pour ceux qui connaissent Londres - qui conduisait au mur d’Hadrien, l’ultime rempart de la « civilisation » contre les « barbares » pictes ; l’histoire se répète.

Le tout sur fond de menace Zanth, agresseurs surpuissants et incompréhensibles des planètes colonisées par les humains.

Spécialiste des space-opera fleuves et très détaillés, l’auteur livre ici un stand-alone qui fait quand même environ 1000 pages.

Du Hamilton sur le volume donc, mais aussi clairement du Hamilton sur le fond. L’afficonado retrouvera ici un univers qui n’est pas celui du Commonwealth mais le rappelle beaucoup, notamment par l’utilisation de portails permettant de passer en véhicule d’un monde à un autre, dans une version légèrement plus lo-tek. Dans ce cadre, l’auteur place ses figures récurrentes : des capitaines d’industrie très innovants et encore plus excentriques, une ploutocratie obscène dans son mode de vie exorbitant du sens commun, une imbrication forte entre institutions politiques et potentats économiques, des confrontations pour la domination politique, un passé activiste qui ressurgit et se rappelle à des protagonistes qui croyaient l’avoir laissé derrière eux, des secrets à n’en plus finir qui reviennent progressivement à la lumière, l’utilisation intensive d’augmentations informatiques ou génétiques pour dépasser les limites humaines, des tentatives plus ou moins efficaces d’allonger la vie humaine par réjuvénation, des planètes de colonisation humaine pures sur le plan ethnique, religieux, ou politique (à l’exception de Saint Libra), sur lesquels la Terre « expédie », plus ou moins volontairement, ses indésirables, qui y fraieront avec de « vrais » colons – chômeurs de longue durée, jeunes entrepreneurs, ou chercheurs de pureté communautaire -  en quête d’un nouveau départ. Ces élément et d’autres (sinon nous serons trop long) trahissent sans aucun doute la patte classique d’Hamilton.

Mais il ajoute aussi, dans "La grande route du nord", beaucoup de considérations qui sentent le vécu anglais des années 2000, et la perception de ces années qui existe en Albion. Les politiciens européens brassent de l’air et passent plus de temps à se couvrir et à communiquer qu’à décider, les services publics anglais et singulièrement les forces de police sont appauvris par des années de libéralisation, au point que la plupart des services opérationnels sont externalisés à des agences extérieures auxquelles la police peut faire appel à condition d’obtenir un budget ad hoc, la spectre de la récession plane et la menace en guette toujours une économie très dépendante du pétrole synthétique, les financiers perturbent des marchés de matières premières que des cartels s’assurent de réguler à leur profit, les inégalités sont abyssales, la fraude fiscale est généralisée par la pratique des comptes secondaires que possèdent presque tous les citoyens européens, les caméras, dans une version microscopique et connectée, couvrent, en théorie, tous les lieux de la ville, plaçant les citoyens sous surveillance potentielle permanente des forces de l’ordre. Hamilton offre une SF foisonnante et imaginative qui a néanmoins, en dépit des 150 ans d’écart, les pieds profondément plantés dans la glaise britannique contemporaine, au point qu’il rappelle par moment ces auteurs de l’âge d’or de la SF qui décrivaient inconsciemment la middle class américaine dans l’espace.

L’histoire se développe sur deux fils entrelacés, l’enquête sur Terre et l’expédition sur Saint-Libra. Elle verra toutes les questions trouver une réponse et tous les contentieux se régler.

Disons le tout net, le livre est trop long. Les 250 premières pages sont très (trop) lentes. L’enquête ne progresse pas – aspect fascinant néanmoins de toutes les contre-mesures qui peuvent être opposées à la surveillance électronique omniprésente – et l’expédition se met très lentement en place. Passée la découverte initiale, et privé de progression significative, le lecteur commence à lire en diagonale les très nombreuses et trop détaillées descriptions topographiques ou techniques dont Hamilton truffe son roman. Cet aspect très descriptif a toujours été la marque d’Hamilton, et je crois qu’elle fait sens dans un roman de SF où, par définition, rien ne va de soi, mais je crois aussi qu’ici il a franchi la limite qui sépare le beaucoup du trop.

Puis le roman accélère, par le biais d’une action qui démarre enfin vraiment et de nombreux flashbacks, toujours en situation, qui présentent les backgrounds occultes des personnages ou leur donne simplement chair et réalité par l’angle biographie. Hamilton retrouve alors tout ce qui en fait un grand auteur de SF. Les personnages, nombreux, sont détaillés, réels, vivants. Leurs rapports, complexes évoluent au fil de l’histoire. L’histoire, foisonnante, se développe avec fluidité dans le temps comme dans l’espace. Les innovations scientifiques sont au centre de la progression du récit, sans jamais servir de solution facile à un nœud de l’intrigue. Le sense of wonder est omniprésent, et de plus en plus, au fil de la compréhension des tenants et aboutissants des actes des personnages, toujours justifiés rationnellement par la situation « tactique » et les éléments biographiques des acteurs. Sans oublier qu’on vit en direct un calvaire qui rappelle la Retraite de Russie. Hamilton ne perd jamais son fil, jamais son lecteur, les explications arrivent progressivement, claires, non ambiguës, satisfaisantes donc.
Tout est logique, tout se tient, la lumière se fait progressivement sur une réalité qui dépasse de beaucoup ce que le début laissait entrevoir.

On peut regretter (moi qui ne suit pas aimable), une fin qui fait un peu happy end conclusif, mais c’est vraiment pour parler. Car même la fin fait sens et découle logiquement des attitudes éthiques des acteurs impliqués.

Il serait donc dommage de laisser tomber le livre au cours d’un début trop laborieux. Ma confiance dans le travail d’Hamilton, dont j’ai presque tout lu, m’a retenu de le faire. J’exhorte les nouveaux venus à garder la foi tant que le tire-fesse monte, en se disant le sommet approche, que la descente tout schuss va bientôt commencer et qu'elle sera longue et grisante.

La grande route du nord, Great North Road VO, Peter F. Hamilton

L'avis d'Anudar

mardi 21 janvier 2014

Trop con pour choquer


Crossed est une franchise créée par Garth Ennis, le Garth Ennis des comics les plus violents, les plus barrés, les plus sexuels et les plus déjantés, tels que The Boys ou The Pro.

Un virus y transforme les humains qu’il infecte en monstres sanguinaires obsédés par la violence et le sexe brutal qu’ils pratiquent de toutes les manières possibles, de préférence les plus transgressives et écœurantes. Survivalisme extrême post-apocalyptique sans zombie, le point de Crossed est de montrer à quelles bassesses des humains que ne protègeraient plus de leurs instincts primaires les liens de la civilisation s’adonneraient. On peut penser que le point est manqué. Ce n’est pas à un état de nature neutre, dans lequel toutes les options comportementales seraient envisageables, que reviennent les infectés de Crossed, mais bien à un état de violence sadique frénétique et permanente qui ne saurait s’apparenter à un comportement naturel ; dans la nature, la chasse a un sens, la violence gratuite et obsessionnelle n’en a pas, ne serait-ce que du point de vue de la dépense énergétique qu’elle implique.

Après une première série écrite par Ennis et qui posait l’univers et le style, d’autres auteurs prirent la suite dans le cadre de séries-filles à l’intérêt limité qui ne faisait que monter dans l’abjection sans apporter quoi que ce soit.

Retour d’Ennis (et du dessinateur Jacen Burrows) dans ce "Crossed Terres Maudites" composé de deux récits. Tout au moins pour le premier des deux.

Le premier donc, Terres Maudites, classiquement mais bien dessiné, peut se voir comme une réflexion sur l’insensibilité tangentant l’inhumanité qu’il faut développer pour survivre aux situations de chaos extrême. Ce n’est pas mal fait dans le développement, même si de nombreuses séries de BD de zombies (dont le très bon Zombies, de Peru) avait déjà labouré ce sillon, et ça se lit plutôt agréablement. Ennis veut nous dire quelque chose et il le fait de manière satisfaisante, même si c'est sans grande originalité.

Le second et le plus long, Homo Superior, écrit par Delano et mal dessiné par Rizzo, est confus, ce qui est, déjà, un problème. Mais surtout il est grotesque dans sa narration et son texte, au point de ne même pas parvenir à être malsain, ce qui est un comble pour cette série. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, mais le ridicule de l’histoire, des situations, des relations entre « personnages », des narratifs, et des répliques l’emporte sur tout autre sentiment.

A moins d’être un très grand fan d’Ennis, ce volume est donc clairement dispensable.

Crossed Terres Maudites, Ennis, Burrows, et al.

samedi 11 janvier 2014

Sortie de janvier : Cthulhu chez Wallander



Sortie récente des "Furies de Boras" d'Anders Fagers, qui avait été chroniqué sur ce blog il y a peu.



L'homme de goût notera aussi, avec satisfaction, que le très bon "Je suis la reine" d'Anna Starobinets est toujours disponible.

lundi 6 janvier 2014

Ascenceur social par l'échafaud


"The Faithful Executioner : Life and Death, Honor and Shame in the Turbulent Sixteenth Century" (ouf !) est une biographie historique du spécialiste américain de l’Histoire allemande Joel F. Harrington. Dans une démarche proche de celle d’Alain Corbin avec Louis-François Pinagot, Harrington tente d’écrire la vie d’un homme à partir d’un minimum d’informations. Comme Corbin, il tire tout ce qu’il peut de son matériel, croise avec des sources plus générales, et quand il ne sait pas, il le dit clairement. Ressort de son texte un intérêt bien plus grand qu’à la lecture de celui de Corbin, tant la personne de Frantz Schmidt, bourreau de la ville de Nuremberg à la fin du XVIème siècle, nous donne l’occasion d’apprendre sur la peine capitale, le pouvoir de l’Etat naissant, et la vision du monde d’hommes antérieurs à la Déclaration des Droits de l’Homme et à la généralisation de l’enfermement comme peine.

A partir du journal personnel, de plus en plus disert au fil des années, des exécutions et des punitions corporelles de Schmidt, et de la pétition qu’il envoya à l’empereur Ferdinand II dans le but de recouvrer l’honneur de son nom, Harrington reconstitue une image vivante des actes de Schmidt dans son époque, et de l’homme lui-même, par déduction.

Qu’en ressort-il ?

Tout d’abord une illustration éclairante de la distinction que fera Max Weber, trois siècles plus tard, entre classe économique et groupe de prestige. Dans le monde de Schmidt, le bourreau peut être un homme aisé économiquement, il n’en est pas moins partie d’une profession honteuse, soumis à stigmate et socialement discriminé. Impossible d’avoir de relations sociales avec à peu près tout ce qui n’est pas la lie de la société, interdiction de participer aux fêtes, processions, rassemblement communaux, interdiction de presque tout service religieux, impossibilité pour ses enfants d’entrer en apprentissage où que ce soit, quasi impossibilité pour ses enfants de se marier hors d’une profession déshonorée – avec pour conséquence l’apparition de « dynasties » de bourreaux.

Le bourreau n’est là, socialement parlant, que pour assurer ce que Richard Van Dülmen appela « le théâtre de l’horreur » : condamnation, marche à la mort, exécution. Et il doit l’assurer convenablement. Car si tous acceptent la peine capitale et ses formes, très cruelles à nos yeux, une exécution ratée, durant laquelle le condamné souffre au-delà de ce qui était prévu par la Cour, peut conduire à des émeutes graves. Pour préserver tant sa vie que l’ordre public, le bourreau doit donc être un professionnel compétent qui réussit son geste, au même titre que n’importe quel artisan. Il doit produire ce qu’on nommait « une bonne mort », c’est à dire une mort qui, sans cruauté superflue, assurait l’effroi des spectateurs et affirmait l’autorité fragile d’Etats encore jeunes.

On y constate ensuite que Frantz Schmidt vécut au bon moment, celui qu’on appela « l’âge d’or des bourreaux ». Cet âge, durant lequel apparurent les bourreaux employés à temps plein des cités, doit autant aux tentatives des Etats naissants d’affirmer leur pouvoir et leur souveraineté en contrôlant ce qui pouvait l’être dans un monde violent où la vie ne durait guère, qu’à la Lex Carolina qui formalisa les procédures criminelles en un temps où les moyens d’investigation étaient très limités.

Pour être employé à temps plein et généreusement payé par la ville de Nuremberg, Schmidt dut prouver ses qualités personnelles et professionnelles. Il acquit sa compétence, comme tout enfant d’artisan de l’époque, par apprentissage auprès de son père puis tournée de « professionnalisation » dans des villes qui n’avait pas les moyens de payer un bourreau à l’année et n’en engageait, à la tâche, qu’en cas de besoin. Sa compétence reconnue et régulièrement démontrée, Schmidt choisit, au contraire de la plupart de ses condisciples, une éthique professionnelle stricte, une vie pieuse, sobre, et en tout point respectable, évitant même absolument tout contact avec les franges sociales du demi-monde habituellement réservées aux bourreaux. Cela lui permit, vers la fin de ses jours et après avoir obtenu la parcimonieuse citoyenneté de Nuremberg, de recueillir le fruit de l’effort de toute sa vie, faire réhabiliter son nom par décret impérial et ouvrir à ses enfants d’autres voies que les siennes. Car si Frantz Schmidt devint bourreau et le regretta toute sa vie, c’est à la suite de son père qui fut forcé dans cette condition qui n’était pas la sienne par l’application d’une vieille tradition germanique. Frantz n’aura de cesse d’œuvrer pour corriger cet accident biographique et ramener sa famille dans l’honorabilité. Existentialiste avant l’heure, Schmidt passa toute sa vie à prouver par ses actes qu’il valait mieux que la honte de sa famille.

On y entre enfin dans la tête du bourreau. Schmidt l’écrit, il aurait voulu être médecin – il sera d’ailleurs pendant cinquante ans un soigneur qui traitera, selon ses dires, environ quinze mille patients – et seul un destin contraire l’obligea à devenir bourreau.
Et dans cette fonction, Schmidt est un homme qui accepte et valide l’ordre social de son temps, ainsi que ses pratiques en matière de châtiment.
C’est un homme aussi qui fait preuve d’un profonde empathie pour les victimes des condamnés, à fortiori quand les forces étaient disproportionnées, que les victimes étaient sans défense, ou que le condamné avait fait preuve de cruauté ou de préméditation. L’agression signifie une trahison de l’ordre social et de la civilité ; elle est encore plus grave s’il y avait confiance personnelle entre l’agresseur et sa victime. Elle doit donc être sévèrement punie ; il n’y a pas de doute dans l’esprit de Schmidt.
Homme équilibré, il ne tire jamais de plaisir sadique des traitements qu’il fait subir aux criminels – il conseille même souvent aux juges des mesures de clémence, se traduisant par des formes d’exécution moins douloureuses ou humiliantes - mais dans un monde où des bandes de routards, souvent anciens lansquenets, écument routes et fermes, tuant, violant, et mutilant, dans un monde où même un petit vol peut signifier de grands malheurs pour une population pauvre dépourvue tant d’assurance que d’aide sociale, il réserve sa compassion à la victime. Ceci d’autant plus qu’il croit profondément que le repentir sincère, et toujours recherché, du condamné ouvrira à celui-ci, après son exécution, la porte des cieux.

Schmidt a donc tenté, sa vie durant, de vivre en honnête homme, et de placer intégrité et vertu au centre de ses actes, bien loin de l’image romantique du bourreau taré, obscène et priapique, dissimulé derrière une cagoule noire et dénudant des femmes pour se rincer l’œil en cherchant des marques de sorcière.

Cette vie nous ouvre un monde qui nous est étranger mais dont la cohérence est certaine, et où des hommes, qui comprennent le bien et le mal, vivent en accord avec leurs valeurs, c'est à dire exactement comme nous le faisons.

The Faithful Executioner : Life and Death, Honor and Shame in the Turbulent Sixteenth Century, Joel F. Harrington

samedi 4 janvier 2014

Masques


Troisième volume de "l’Intégrale Sandman" chez Urban Comics. Je renvoie à mes posts précédents pour les informations générales sur l’œuvre.

Dans l’imposant tome 3 on trouve quelques histoires indépendantes de niveau inégal, suivies d’un cycle de six épisodes, puis, de nouveau, trois histoires indépendantes pour conclure. A la fin, les bonus sont toujours aussi riches, incluant même une historiette graphique intitulée « Les fleurs de l’amour ».

« Thermidor » est une amusante histoire située au beau milieu de la Terreur. On y retrouve Lady Constantine dans un rôle d’agent trouble, et de bien peu aimables Saint-Just et Robespierre. Mais la roue tourne…

« Auguste » transporte son lecteur dans la Rome d’Auguste. Il y sera témoin des interrogations de premier empereur romain, découvrira son funeste secret, et comprendra combien il est délicat de devenir un dieu de son vivant.

« Trois septembres et un janvier » est l’émouvante et véridique histoire de Joshua Norton, un homme simple et bon qui fut le premier et seul « Empereur des Etats-Unis » sous le nom de Norton Ier. 30000 personnes environ suivirent, en 1880, le cortège funèbre de cet empereur sans pouvoir ni fortune qui inspira RL Stevenson et Mark Twain.

Puis vient l’arc « Le jeu de soi ». Brillante histoire dans laquelle les lecteurs des premiers volumes retrouveront de nombreux personnages déjà rencontrés, Gaiman y joue avec les questions d’identité, notamment sexuelle, et les difficultés du passage à l’âge adulte. On y visite un monde d’Oz réinventé que parcourent une Dorothy/Barbie et ses trois compagnons sur une route qui n’est certes pas de brique jaune. On y découvre une très ancienne sorcière. Dans cette histoire conduite par des femmes, Gaiman semble conclure que, même si les puissances anciennes ne valident pas la théorie des genres, chacun peut être qui il veut, même à l’encontre de conservateurs bornés, et même si le prix à payer pour y parvenir est parfois (trop ?) élevé.

Retour aux histoires indépendantes avec « La chasse ». Un grand-père très particulier tenter d’y transmettre la culture de son peuple à sa petite-fille. La tâche est une gageure tant la jeune fille veut vivre dans la modernité américaine, loin des racines slaves qui sont les siennes. On y croise la seule et unique Baba Yaga et surtout sa très spectaculaire cabane.

« Zones floues ». Il y a Marco Polo. Bof !

« Le théâtre de minuit » est une longue histoire située durant l’emprisonnement anglais du Rêve. Très sombre, à tous les sens du terme, entre film noir et récit d'espionnage, elle montre comment une coterie de snobs jouant aux mystiques est piégée par un margoulin qui les menace de divulguer des photos compromettantes prises durant les orgies accompagnant leur « quête mystique ». Dans cette ambiance à la Eyes Wide Shut, où se frottent nobles, vedettes, artistes, et manipulateurs nazis ou britanniques pronazis, on voit le Sandman humain dans un rôle de détective privé. Il retrouve sa douce amie, mais ne parvient pas à libérer Le Rêve. A l’impossible, nul n’est tenu.

Sandman, L’Intégrale tome 3, Neil Gaiman

jeudi 2 janvier 2014

De la Terre à la Lune ?


Je peux comprendre qu’on déteste "The clockwork rocket", le roman de Greg Egan qui ouvre la trilogie Orthogonal. Je peux le comprendre, mais je le regrette. Pour le roman, qui ne mérite pas cette indignité, mais aussi pour le lecteur négativement critique, qui est passé à côté du point.
Qu’est donc le controversé "The clockwork rocket" ? Pour le déterminer, commençons pas décrire un peu ce qui s’y passe.

"The clockwork rocket" prend place sur un monde différent du nôtre, dans un Univers différent du nôtre. Et pour une fois, l’expression n’est pas figurée. L’Univers du roman, celui dans lequel vit Yalda, son héroïne, est régi par une physique riemannienne qui diffère assez largement de celle que nous connaissons dans le notre. Sans rentrer dans les détails que donne Egan, il suffit de savoir l’important, d’une part la vitesse de la lumière n’y est pas une constante universelle mais dépend de la longueur d’onde, d’autre part il est possible d’envoyer un vaisseau dans l’espace sur une trajectoire orthogonale à l’axe du temps, renversant ainsi l’effet Tau Zero (c’est à dire qu'ici à un temps long dans un vaisseau sa déplaçant à grande vitesse – précisément à la vitesse de la couleur bleue – correspondrait un temps court sur la monde de départ). Ajoutons que la création de lumière génère de l’énergie, ce qui conduit à une chimie sensiblement différente de la notre, et à une biologie qui doit bien tenir compte de ces réalités.

Si on arrête ici la lecture de cette chronique, on en aura perdu l’essentiel, comme on perd l’essentiel du roman si on s’arrête au premier graphique (car Egan fournit les graphiques). Le point n’est pas là. Le point, ou plutôt les points, c’est la vie de Yalda, c’est un monde menacé de cataclysme, c’est un monde qui résiste aux transformations sociales, c’est enfin la découverte, par d’audacieux enthousiastes, des lois qui gouvernent l’univers.

Le monde de Yalda est une sorte de ploutocratie agraire décentralisée, à la science balbutiante - plaçons-la, selon les domaines, au niveau du XVIIIème ou de XIXème siècle. Beaucoup de fermiers, une « industrie » encore largement artisanale, des universités qui passent au moins autant de temps à transmettre la « sagesse » contestable des anciens qu’à chercher les vrais lois de l’univers, des Conseils qui gouvernent de manière assez peu démocratique en s’appuyant sur un appareil répressif peu présent mais sévère. Pas d’électricité, donc ni électronique ni informatique, voilà pourquoi la fusée dont parle le titre sera mécanique.

Le peuple de Yalda, jamais vraiment décrit, est métamorphe. Capable dans certaines limites de réorganiser le corps en générant des membres supplémentaires ou en les rétractant, ils écrivent en « imprimant » sur leur propre peau les textes qu’ils veulent donner à voir. Mais ce n’est pas le plus important. La différence majeure réside dans le mode de reproduction, dont je dirai, pour ne pas spoiler plus avant, qu’il ne donne pas une place enviable aux femmes.

Il semble donc que nous ayons là un bel essai de physique riemannienne et d’exobiologie et qu’Egan, sans doute le plus Hard-SF des auteurs Hard-SF, succombe à ses démons en livrant un texte abscons qui ne peut satisfaire que les physiciens. Mais ce n’est pas le cas. Au contraire, "The clockwork rocket" est rempli de personnages développés, de chaleur « humaine », d’enjeux intellectuels et politiques.

J’écrivais il y longtemps, dans « La régulation politique de la sexualité », que l’hétérodoxie dans les utopies littéraires est le fait d’individus différents qui peuvent constater dans leur propre chair que la norme légitime n’est pas la seule réalité possible. C’est encore le cas ici. Dans un monde où presque tout le monde a un jumeau, Yalda est une « solo », solitaire et bien plus grosse que la normale. Et c’est elle qui va quitter la ferme familiale, aller à l’université et révolutionner la physique de son temps. Contre la tradition, contre les pesanteurs et les croyances, c’est à une aventure intellectuelle que Yalda convie le lecteur. C’est elle aussi qui va lutter, avec d’autres, pour donner aux femmes le droit de contrôler leur reproduction afin de vivre une vie plus pleine. C’est elle enfin, assistée d’un de ses riches étudiants, qui va avertir le monde de la catastrophe vers lequel il se dirige et mettre au point un plan de sauvetage fou mais porteur d'espoir.

Le monde ne possédant pas les techniques nécessaires à le sauver de pluies de météorites de plus en plus fréquentes et menaçantes, le groupe mené par Yalda décide d’envoyer une fusée sur une trajectoire orthogonale au temps. Un voyage circulaire aller-retour qui durera des générations pour les habitants du vaisseau ne représentera que quatre ans pour la planète dont il est parti. L’espoir du projet est que le temps long du voyage permette de développer les techniques qui donneront, une fois de retour, une chance sérieuse de sauver la planète de la destruction annoncée.

Mais pas d’électricité, une aéronautique balbutiante, c’est un astronef mécanique à propulsion chimique qui partira dans l’espace, fait d’une montagne entière creusée et aménagée (difficile de ne pas penser à Jules Verne et à son canon). A l’intérieur, et passés les premiers moments de satisfaction, les volontaires, partis pour un voyage sans retour, devront trouver les moyens de leur organisation sociale, de leur prise de décision, et affronter les nombreux périls techniques imprévus sans aucune aide extérieure. Innover ou périr, c’est l’alternative permanente de l’équipage de Yalda. Sur le plan technique évidemment, mais aussi sur le plan sociétal ou normatif.

Le roman s’arrête sur une note poignante, alors que le vaisseau s’enfonce dans l’orthogonalité. Le lecteur y aura croisé des situations inédites et parfois stupéfiantes. Il y aura été le spectateur d’une révolution scientifique en marche, du frottement des cerveaux les uns contre les autres. Il y aura vu la folie admirables de pionnier qui partent alors qu’il suffirait d’attendre le retour d’autres qu’eux-mêmes. Il y aura rencontré des personnages, plein de qualités et de doutes, profondément attachants. Il y aura assisté à des moments de grande noblesse et de grand courage, mais aussi à des tranches de mesquineries bien humaines. Il y aura vu plus de séparations que de réunions, plus de pincements au cœur que de réjouissances, et ces dernières ont toujours une origine scientifique quand le regret puise dans les relations humaines.

Au final, "The clockwork rocket" est un superbe roman. Superbe parce qu’il offre de beaux personnages dans de grandes situations, pas par ce qu’il explique la physique riemannienne au lecteur. Tome 2, The eternal flame, à lire rapidement donc.

Et, pour qu’on ne se trompe pas, j’avoue sans honte que parfois je ne comprends pas toutes les explications (notamment en ondulatoire), mais ce n’est pas grave. L’important n’est pas ce que les personnages découvrent sur le plan scientifique, l’important est ce qu’ils en font ou en déduisent ; Egan n’oublie jamais de faire la transition entre les deux.

The clockwork rocket, Greg Egan

mercredi 1 janvier 2014

Happy New Year's Day

Bonne année 2014 à tous les visiteurs de ce blog.




Sans oublier que, presque cent ans après l'indépendance, l'Irlande du Nord reste occupée par la soldatesque anglaise.

Stay tuned !