dimanche 29 septembre 2013

Love and Hate


"Le livre des derniers jours" est le premier tome d’une série de BD en trois, intitulée Promise, et cosignée Lamy et Mickaël. Promise, comme la terre du même nom, mais surtout comme une pauvre femme destinée, à son insu, à connaître une union contre nature.

Car dans la petite ville de Promise, au milieu des neiges de l’Idaho, bien loin d’une Guerre de Sécession approchant de sa fin, arrive un étrange pasteur accompagné d’un terrifiant molosse. Celui qui dit se nommer Amos Laughton profite d’un drame qu’il a provoqué pour s’insérer rapidement, par mensonge, manipulation, et meurtre, au sein de la naïve communauté de Promise. Il fait planer sur celle-ci une menace que nul ne perçoit à l’exception d’une petite fille, Rachel. Aidée d’un shaman shoshone, elle tente, avec ses minuscules moyens, de lutter contre le démon.

Mêlant western et fantastique, "Le livre des derniers jours" est d’une lecture rapide et agréable. Scénario simple mais efficace, dénué des trous logiques que s’autorisent certains auteurs dès qu’il s’agit de fantastique, inquiétant personnage du révérend noir pénétrant dans Promise aussi facilement qu’un ver dans un fruit – car qui inspire plus confiance qu’un homme de Dieu -, promesse d’atrocités futures - car le plan avoué du « révérend » est loin d’être achevé -, sensation d’isolement, il est clair pour le lecteur que personne ne pourra aider la petite ville, si faible et si loin de tout, et que seule la clairvoyance d’une enfant pourra peut-être éviter une issue insupportable. A l’issue de ce premier tome, on n’en est pas là, les plans du Mal se déroulent sans accroc, et, pour Promise comme pour la mère de Rachel, le pire est à venir.

S’inspirant d’un poème (fictif ?) d’Edgar A. Perry (plus connu sous le nom d’Edgar Allan Poe) intitulé « Le chant de l’incube », Promise rappelle aussi « La nuit du chasseur » que l’auteur cite nommément dans ses remerciements, et dont le réalisateur donne son nom au héros noir de la série.
Le dessin soutient joliment l'histoire à mi-chemin entre réalisme et allégorie, entre western et fantastique donc.

Le livre des derniers jours, Promise t1, Lamy, Mickaël

La peau froide, Albert Sanchez Pinol



"La peau froide", fantastique glacial dans l'Atlantique Sud, c'est 66% de très bon mélangé à 33% de pas bon. J'ai vraiment aimé le début avant de ne vraiment pas aimer la fin. Not my cup of tea.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 73, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Sur un îlot perdu de l'Atlantique sud, deux hommes barricadés dans un phare repoussent les assauts de créatures à la peau froide. Ils sont frères par la seule force de la mitraille, tant l'extravagante culture humaniste de l'un le dispute au pragmatisme obtus de l'autre. Mais une sirène aux yeux d'opale ébranle leur solidarité belliqueuse.
Comme les grands romanciers du XIXe siècle dont il est nourri, l'auteur de La Peau froide mêle aventure, suspense et fantastique pour éclairer les contradictions humaines. Opposant civilisation et barbarie, raison et passion, lumière et obscurité, ce roman rappelle que, depuis la nuit des temps, c'est la peur de l'autre - plutôt que l'autre lui-même - qui constitue la plus dangereuse des menaces, le plus monstrueux des ennemis.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :


jeudi 26 septembre 2013

Ceux de l'autre rive, Christopher Buehlman



"Ceux de l'autre rive" est un premier roman qui réjouira les amateurs de mystère, d'ambiance lourde, et tous ceux qui se souviennent que Stephen King n'a pas toujours écrit des pavés de 1000 pages..

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 73, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

1935. Suite à un héritage, Frank et Eudora s'installent à Whitbrow, en Géorgie, ou le grand-père de Frank possédait une plantation. Le village, entouré d'une forêt obscure, se révèle accueillant, et le couple s'intègre vite à la communauté. Pourtant, en cherchant à retracer l'histoire de son aïeul, un général de l'armée confédérée esclavagiste, Frank va réveiller des forces qui le dépassent. D'ou vient l'étrange coutume des habitants d'envoyer des animaux de ferme vivants dans la forêt ? Qui vit de l'autre côté de la rivière ?

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :



Sept secondes pour devenir un aigle, Thomas Day


"Sept secondes pour devenir un aigle" est le dernier recueil de nouvelles de Thomas Day. Il y parle très bien de sujets très importants.

Je ne peux en dire plus car ma chronique sera dans le Bifrost n° 73, et elle ne reviendra ici qu’un an après la sortie de la revue (c’est à dire, pfff…).

Je peux au moins donner le résumé de la couv’ car celui-ci est disponible partout :

Lumière Noire a dit : « J’ai mes croisés, mes anges, et maintenant ma papesse... »
Une île du Pacifique à la fois tombeau de Magellan et unique territoire d'un arbre à papillons endémique...
Un homme au visage arraché par un tigre mais qui continue de protéger « la plus belle créature sur Terre », coûte que coûte...
Un Sioux oglala sur le chemin du terrorisme écologique...
Un trio de jeunes Japonais qui gagne sa vie en pillant la zone d'exclusion totale de Fukushima...
Des Aborigènes désœuvrés cherchant dans la réalité virtuelle un songe aussi puissant que le Temps du Rêve de leur mythologie...
Une Terre future, post-Singularité, inlassablement survolée par les drones de Dieu...
Science-fiction, fantastique et uchronie... Thomas Day explore ici le rapport de l’homme à la nature à travers six plongées dans les marges du monde, de l’Asie à l’Amérique en passant par l’Australie. Sept secondes pour devenir un aigle est le troisième de ses recueils à paraître aux éditions du Bélial’.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :



dimanche 22 septembre 2013

Tenir debout - Théâtre des optimistes


« Tenir Debout », c'est l'histoire d'une jeune femme, Ophélie, que sa passion pour la littérature a rendue inapte à l'existence. S'enfouissant sous les mots, elle sombre sous le regard inquiet des deux seuls êtres encore capables de l'aimer, Arthur son compagnon et Elsa son amie d'enfance.

Ça, c’est ce que dit le dossier de presse ; et ce n’est pas faux. Mais cette pièce, je l’ai vue il y déjà quelques mois à Marseille dans une salle de parents et d’amis. J’y ai été soufflé par la maturité et la noirceur d’un texte écrit par une très jeune fille et joué par une bande d’amis qui ont choisi, ironiquement, de se baptiser Théâtre des Optimistes.

« Tenir debout », c’est donc la première pièce jouée par le Théâtre des Optimistes, une jeune troupe dont j’ai eu le plaisir de côtoyer longtemps les comédiens.

« Tenir Debout », c’est aussi la première pièce écrite par la complexe et passionnée Laura Léoni qui retrouve sur scène ses deux vieux complices Ana Perez, troublante femme-enfant, et Laurent Djioev, amant perdu et malmené.

Allez voir « Tenir debout » c’est entrer dans l’errance d’Ophélie qui sait tant sur les livres et si peu sur la vie. Ophélie, seule et toujours plus seule, parlant comme un livre avec les mots des livres. Ophélie qui s’ennuie à mourir, en amour comme en amitié, et qui se détache du monde pour ne plus voir combien il la déçoit, cherchant refuge dans le monde parfait des livres où rien n’est petit et tout bien ouvragé. Ophélie que sa lucidité, son incapacité à se payer de mots, empêchent d’apprécier l’instant. Ophélie qui brule tous ses ponts pour s’assurer de ne pouvoir faire demi-tour.

Il serait dommage de se priver de ce texte fort, servi par une mise en scène épurée qui le met en valeur.
« Tenir debout » vous attend au Guichet Montparnasse, les jeudis à 20h45. Venez, les gens !


mardi 17 septembre 2013

A bleeding fault line


"The Imago Sequence" est le premier recueil de nouvelles et de novellas de l’auteur américain Laird Barron, publié en 2007 et lauréat du Shirley Jackson Award pour la même année.
Auteur de fantastique peu connu en France, Barron, même s’il ne fait pas que ça, modernise le genre lovecraftien au point d’avoir été au sommaire de l’anthologie New Cthulhu, the recent Weird avec sa nouvelle Old Virginia, présente aussi dans "The Imago Sequence".

Barron, pourtant imprégné de culture religieuse chrétienne, livre une vision cosmique souvent proche de celle du maitre de Providence. Dans une approche d’un nihilisme absolu, Barron livre au lecteur le spectacle, je devrais dire la révélation, d’horreurs cosmiques hors du Temps. Il ramène l’Humanité à son insignifiance et le « héros » à son statut de fourmi (comme les Strougaski ?). L’Univers est tellement immense, les dimensions si nombreuses, le Temps (écoulé comme à venir) si long que les faits et gestes de l’Humanité (et à fortiori d’un humain particulier) ne sont guère plus que des oscillations quantiques, imperceptibles et insignifiantes. De supérieures entités se rit de l’Homme. Il est pour elles source d’amusement, de nourriture ou vecteur de progression du cycle. Il ne les comprend jamais vraiment, les subit jusqu’à l’anéantissement ou l’intégration complète ce qui, pour des occidentaux individualistes, revient finalement au même.

Barron aurait donc pu écrire à la place de Lovecraft les premières lignes de L’appel de Cthulhu, celles qui résument leur philosophie commune :

Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c'est l'incapacité de l'esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu'il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l'infini, et nous n'avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu'à présent; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons: alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d'un nouvel âge de ténèbres.
Certains théosophes ont deviné la majestueuse ampleur du cycle cosmique dont notre globe et notre race ne sont que de fugitifs incidents. Ils ont mentionné d'étranges survivances en des termes qui glaceraient le sang s'ils n'étaient masqués par un optimisme béat.

Proche du genre Weird par le style, Barron écrit des textes dérangeants, bien plus que n’ont pu l’être ceux de Lovecraft, même pour les lecteurs de son temps. Car, dans un langage riche qui réussit le tour de force d’être contemporain et ampoulé à la fois, ce n’est pas à la réalité que s’attaque Barron mais à notre perception de celle-ci. Les héros lovecraftiens découvraient, comprenaient que d’autres réalités se cachaient sous l’illusion consensuelle. Ils pouvaient même parfois y jeter un coup d’œil, souvent le dernier. Les personnages de Barron perçoivent la vérité, elle interfère avec ce que nous, naïfs que nous sommes, nommons la réalité, au point de la rendre progressivement imperceptible. Les personnages de Barron cauchemardent, puis rêvent éveillés, ont des hallucinations, accèdent aux horreurs dissimulées en surimpressions de plus en plus fortes, comme un auditeur ne parvenant pas à discriminer définitivement deux stations de radio proches en fréquence, et oscillant sans cesse des crachotements brouillés de l’une à ceux de l’autre au gré du mouvement de ses doigts sur le potentiomètre. Il faut accepter de se laisser emporter dans une histoire fragmentaire, imprécise, peut-être en partie mal comprise, car ayant transitée à travers le filtre de perceptions déformées par le contact avec l’Indescriptible bien plus que par l’effet de l’alcool ou des médicaments (Barron moquant ouvertement Huxley et ses « Portes de la Perception »).

De ce fait, les personnages principaux de Barron, décrit plus par leur troubles de perception - signe de leur transformation - que par leur identité « propre », évidemment éphémère, sont peu décrits, peu détaillés, à l’exception du héros malheureux de l’excellente novella Hallucigenia. Rarement on aura lu une telle déchéance, une déliquescence aussi complète et rapide que dans cette novella qui est sans doute la plus lovecraftienne, l’auteur y offrant au lecteur un long témoignage de péquenot rappelant celui de La couleur tombée du Ciel, utilisant comme pour s’amuser le nom de Carter, et expliquant en termes modernes ce que sont les Mystères du Ver.

Les deux autres novellas, The procession of the Black Sloth et The Imago Sequence sont aussi de belle facture.
Dans la première, Barron décrit le voyage initiatique involontaire d’un détective occidental envoyé dans une filiale asiatique sur les traces d’un espion industriel. Il y trouvera, à son corps défendant, un destin qu’il ne souhaitait pas, et provoquera la perte de sa proie, bien au-delà de ce qu’il imaginait.
Dans The Imago Sequence, la recherche des tableaux manquants d’une série amène un enquêteur à découvrir des réalités sombres et dissimulées à l’Homme, puis à contempler la nature cyclique du Temps. Dans ces deux textes, weird, inquiétants, déstabilisants, plus encore que ne l’est Hallucigenia, le talent de Barron s’exprime dans sa description des lieux, des groupes, et des seconds rôles. En quelques lignes chargées de sens, en quelques répliques, l’auteur campe des personnages, des situations, qui se détachent par leur clarté au sein des perceptions altérées du personnage. Ils sont des points d’ancrage pour le lecteur au milieu de la mer déchainée de représentations ayant perdu pour toujours leur placidité.

Passé les novellas, les nouvelles, dans le même genre, sont bien moins réussies, même si Old Virginia est agréable à lire, et Bulldozer un très bon pastiche de western avec un Pinkerton pour héros et des références aux Molly Maguires.
Dans ces textes courts, et spécialement ceux que je n’ai pas cités ci-dessus, apparaît la limite de la méthode Barron. La présentation en recueil donne l’impression de resservir jusqu’à l’écœurement le même gimmick, et la brièveté des nouvelles met en évidence la difficulté de raconter une histoire qui fasse sens en faussant toutes les perceptions du narrateur comme du lecteur. L’impression que quelque chose ne va pas est bien là, mais la technique narrative (trous narratifs, vision incertaine, sauts temporels, etc…) se laisse voir pour ce qu’elle est : une technique ; ce n’est pas le cas pour les trois novellas à qui Barron laisse le temps de s'épanouir.

Parfois inutilement complexe, la narration de Barron laisse une impression mitigée, celle d’un homme qui sait ce qu’écrire veut dire mais qui est ignore que souvent le mieux est l’ennemi du bien.

A lire pour les novellas et pour Bulldozer.

The Imago Sequence, Laird Barron

mercredi 11 septembre 2013

Indigestion


Après le drame de l’épisode précédent, Tony Chu a de la monnaie à rendre. Revenu au FDA, il tente de se relever des épreuves qu'il a vécues. Il y gagne une vraie agressivité et une affirmation de soi nouvelles et surprenantes pour ses anciens collègues. A la recherche du « vampire » russe, Chu doit aussi lutter contre un culte de l’œuf terroriste et illuminé.

"Bad Apples", septième tome de la série Chew, est globalement décevant.

L’histoire n’avance guère par rapport à l’installation précédente. Peu de choses nouvelles sont dites en pourtant beaucoup de pages. Et, ce qui est sans doute plus dommage, elle est en train de passer la limite entre délirant et portnawak. L’équilibre très subtil tenu jusque là par Layman est en train de s’effondrer. Trop de délire tue le délire ; ce qui est excessif est dérisoire.

Même les dessins semblent aussi plus basiques, moins riches en easter eggs, mais je ne peux pas garantir que ce n’est pas mon agacement qui parle ici.

L’impression générale est celle d’un manque d’inspiration ou d’une lassitude. La série a-t-elle fini par lasser ses  créateurs ? J’espère que non ! Le prochain essaie sera décisif en ce qui me concerne.

Chew t7, Bad Apples, Layman, Guillory

dimanche 8 septembre 2013

As idle as a painted ship upon a painted ocean


Naufragés. Irrémédiablement.

Attendre au milieu de rien.

Attendre jusqu’à n’être plus rien.

C’est le sort promis aux survivants (Mais est-ce le mot ? Y a-t-il eu des morts ?) du vaisseau, encalminés dans le subespace.

Richard Paul Russo les fait s’étioler, sans pitié aucune, dans la courte nouvelle intitulée "Le Canot".

Ni Odyssée de Pi, ni Lifeboat, cette dépressive expérience dont je regrette la brièveté m’a remis en mémoire un excellent roman, jamais chroniqué ici pour d'évidentes raisons de calendrier : « Les gardiens d’Aleph-Deux », de Colin Marchika, publié par Mnémos en 2004, puis au Livre de poche en 2006.

Qui m’aime me croit et lise, si ce n’est déjà fait, ce très inventif roman, avant ou après la nouvelle de Russo.

Le Canot, Richard Paul Russo
Et, répétons-le, Les gardiens d'Aleph-Deux, Colin Marchika

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN


Ce livre participe au Challenge Summer Star Wars Ep I

Mort pour son prèche


Une chose est parfaitement réussie dans "Punk Rock Jesus", c’est l’esthétique punk du début. Les premières pages crades « coloriées » au marqueur mettent dans l’ambiance de ce que voulait faire Sean Murphy en rappelant les fanzines punk tel le célèbre et éphémère Sniffin’ Glue. Par la suite, reste un dessin parfois bordélique dans la mise en scène, mais on ne saura jamais si c’est totalement volontaire.

2019, la société de téléréalité Ophis clone Jésus à partir du Saint Suaire et livre sa vie recluse en pâture à trois milliards de téléspectateurs surexcités par l’événement. Chris est-il vraiment un clone de Jesus Christ ? A qui « appartient-il » ? Quel peut être l’impact d’une tel événement sur les croyants ? Et sur les autres ? Comme on le voit, il y a matière à poser des questions et à en poser au lecteur. « Jesus » s’en posera lui-même après un évènement dramatique. Sa réponse créera le chaos.

Disons-le clairement, "Punk Rock Jesus" est un comics agréable à lire, plutôt malin, et pourtant il n’est pas parfait.

Les personnages sont rapidement attachants car leur destin est tragique. Chris, clone potentiel du Christ, né sur une ile forteresse, élevé à la Bible et ignorant du vrai monde comme le Truman du Truman Show, vit sous la férule d’un producteur de télévision violent, ordurier et manipulateur, bien moins amène que celui qui gérait la vie de Truman dans le film éponyme ; Thomas, le meilleur personnage sans doute, fils d’un couple assassiné de membres de l’IRA, tueur efficient, croyant véritable, protecteur de Chris, soumis par la « Vierge Marie » à un double bind terrifiant, est sans doute le plus humain de tous ; Gwen, la mère vierge du Christ, broyée par le système de la téléréalité, ne réalisera que trop tard que rien n’est gratuit dans la vie ; Sarah, chercheuse en génétique obnubilée par la recherche d’une solution à l’augmentation du CO2, vendra son âme pour poursuivre sa mission : et le « vrai méchant  de l'histoire », Mr Slate, producteur de l’émission et organisateur de tout le bordel. Plus quelques autres.

L’histoire, rapide, parfois trop, entraine sans peine. Les questions traitées sont de vraies questions, les personnages accrochent le lecteur. Le problème, si problème il y a, est que Murphy traite trop de sujets en trop peu de pages. Du coup le focus change sans cesse, certaines situations sont résolues trop vite ou restent à l’état de background non développé. Certains retournements paraissent trop soudains, peu crédibles à ce rythme. L’action prime, elle avance sans répit. Il y a dans "Punk Rock Jesus" quelque chose de l’excès, de la rapidité, et de la caricature qu’on trouvait dans les Judge Dredd.

Murphy dénonce les excès de la téléréalité et le voyeurisme des spectateurs. Il livre une charge violente, d’autant plus qu’elle est finalement portée par Chris, contre les conséquences obscurantistes des religions. Il aborde en filigrane la question du réchauffement climatique. Il raconte au lecteur de l’histoire tragique de l’Irlande (toujours occupée aujourd’hui par l’ Angleterre), de la naissance de l’IRA, de son action, de ses ombres. Il montre l’union sacrée des trois monothéismes contre la « menace athée ». Tout ça est bel et bon ; et aussi tout ça va trop vite. Il y aurait fallu le double de pages. Tant pis.

On notera que "Punk Rock Jesus" sortira bientôt en français chez Urban Comics.

Punk Rock Jesus, Sean Murphy

mercredi 4 septembre 2013

Vers la terre des dinosaures


Sortie récente du premier volume de l’adaptation du "Monde Perdu" d’Arthur Conan Doyle (publié en 1912), par le très prolifique Christophe Bec. Maintes fois adapté, notamment à la télévision et au cinéma, ce roman a aussi inspiré Jurassic Park ou King Kong. C’est au tour de Bec d’y venir.

Il faut dire que l’idée qu’existeraient encore des dinosaures vivants, quelque part sur Terre dans une vallée cachée ou en son cœur creux, n’a cessé de faire rêver les contemporains de Conan Doyle (ou ses prédécesseurs tels Jules Verne avec son « Voyage au Centre de la Terre »). La puissance presque inimaginable des anciens reptiles, leur extinction incompréhensible, les traces de leur présence retrouvées en grand nombre par des paléontologues partis tout autour du globe à la chasse au trésor, tous les ingrédients étaient réunis pour que les défunts lézards géants fascinent ce monde de la fin du XIXème qui partait à la découverte de ses limes, tant géographiques que temporels.

La volonté d’explorer, de connaître, et de maîtriser de l’Occident bénéficie alors des avancées technologiques de la Révolution Industrielle ainsi que de la richesse qu’elle génère. Les nouveaux moyens de transport, de plus en plus rapides et fiables, comme les nouveaux outils de communication, rétrécissent le monde, d’autant que l’opulence nouvelle permet de divertir une partie des ressources humaines et capitalistiques à l’exploration du monde.
Et si le monde devient plus petit, plus ramassé, il est encore largement inexploré. De vastes pans des cartes mondiales sont vierges. On n’y écrit plus « Here be dragons », mais c’est tout comme. Le cœur de l’Afrique est mal connu, ceux de l’Amérique du Sud ou de l’Asie aussi ; quand à l’Antarctique…
C’est sur ce grand Inconnu que fleuriront les romans d’exploration fantastique, tant il était impossible à quiconque d’affirmer qu’il ne pouvait y avoir de « Monde Perdu », sous une forme ou sous une autre, faute d’y être allé voir. Lovecraft est l’un de ceux qui fermeront le bal, avec ses « Montagnes Hallucinées » incompréhensibles pour un lecteur actuel qui aurait oublié que, dans les années 30, on ne savait pas ce qu’il pouvait bien y avoir au cœur de l’Antarctique.

Reprenant assez fidèlement l’histoire de Conan Doyle, l’album présente les personnages, les rivalités qui les opposent, et leur long périple vers la terre des dinosaures. Si ce premier tome, qui se termine à l’instant où l’expédition du professeur Challenger voit ses premiers spécimens vivants, fait figure d’exposition, il n’en est pas moins utile et, dirais-je, nécessaire. La longueur du voyage fait ressentir au lecteur combien il faut partir loin des routes balisées et des terres cartographiées, loin de la civilisation, pour espérer trouver du nouveau et de l’inconnu.

Dessin et couleurs soutiennent convenablement l’action dans le style de l’époque. Disons simplement qu’ils font bien le boulot.
A noter que la première édition contient un très beau cahier graphique.

Le monde perdu, tome 1, Bec, Salvatori, Faina