vendredi 31 mai 2013

L'étrange affaire de Spring Heeled Jack, Mark Hodder


Qu'on sache que Bragelonne vient de traduire et de publier "L'étrange affaire de Spring Heeled Jack" de Mark Hodder.
On peut donc maintenant embarquer en français à la suite de l'immense Richard Francis Burton sur les traces du mystérieux (et historique) criminel à ressorts.

Ce roman à grand spectacle steampunk où se retrouvent beaucoup des grandes figures du XIXème siècle britannique fut chroniqué là.

L'étrange affaire de Spring Heeled Jack, Mark Hodder

jeudi 30 mai 2013

Novellas aux cinq délices


Continuons ici la petite virée, entamée le 25 mai dernier, dans l’œuvre de Liu Cixin, le plus populaire, en Chine, des auteurs SF chinois.

Je chronique ici trois novellas primées : "Sun of China", "Devourer", "The wandering Earth".
On retrouve dans ces trois textes le mélange étonnant, et pas toujours homogène, entre des éléments de Hard-SF à l’occidental contemporain et du merveilleux peu plausible à la Golden Age.

On y assiste à des tentatives prométhéennes de jouer à Dieu, en changeant l’ordre de l’univers, qui rappellent irrésistiblement  les délires avérés du type « utilisation de bombes nucléaires pour des travaux de terrassement ».
On y constate que les sociétés et les gouvernements que décrit Liu acceptent implicitement la destruction à grande échelle de l’écosphère et de la biosphère, et qu’ils placent leur confiance dans la science et son pouvoir de remodelage de la réalité pour le mieux, quel que soit le prix humain et global ; et néanmoins, des traces de sentimentalisme étonnant surnagent parfois.
On y voit des personnages principaux, trop peu décrits pour être attachants, souvent génériques mais toujours membres d’une famille.
On y trouve aussi l’omniprésence de la Chine comme puissance dominante, voire unique, du monde. Il est amusant de voir qu’après que les occidentaux aient battus leur coulpe pendant des décennies sur leur européocentrisme, un auteur chinois vient leur enseigner le sinocentrisme, démontrant ainsi de manière éclatante que chacun voit bien midi à sa porte et qu’il n’y a guère que les occidentaux pour mettre une énergie constante à tenter de ne pas voir la leur en se mettant à la porte des autres.

Etrange mélange de nombreuses carpes et de nombreux lapins dans les textes d’un auteur qui a visiblement lu et digéré une bonne partie de l’Histoire de la SF mondiale sans cesser d’être éminemment chinois, et qui offre aux lecteurs une SF visiblement jeune et en recherche d’identité mais dont on peut dire que les « débuts » sont prometteurs. Il faudra pour progresser apprendre vite à écrire des personnages.

"Sun of China", Galaxy Award 2002, raconte, à travers le destin d’un jeune paysan chinois, le trajet de la Chine d’une agriculture traditionnelle à l’industrie spatiale. Il montre la réalisation de projets grandioses et la banalisation de l’espace comme lieu de travail. Il montre enfin comment quelques aventuriers tentent de réenchanter le rêve spatial en partant vers l’infini et au delà sur une embarcation de fortune. Stephen Baxter ?

"Devourer", Galaxy Award 2002 (?), est un étrange mix entre Le jour où la Terre s’arrêta et la saga de Galactus. On y voit l’ingéniosité et la combativité de l’humanité, on y entend un discours darwinien naturalisant et généralisant à l'univers entier le struggle for life, on y assiste à un twist assez inattendu jouant sur l’éternel retour, et on y découvre que la condition d’esclave élevé pour sa viande n’est pas si inconfortable que ça pourvu que le « bétail » soit bien traité.

Dans "The wandering Earth", Galaxy Award 2000, la Terre (entière), propulsée par des réacteurs gigantesques alimentés en brulant des quantités titanesques de minerais, tente de fuir la transformation du soleil en géante rouge. Sauver une part de l’humanité en sacrifiant largement la Terre ; c’est le deal ici. Les épreuves vécues, les pertes subies, et l’inquiétude ressentie, amèneront à une révolte « bien sotte » contre les savants et le gouvernement car, au final, il s’avèrera qu’ils avaient raison d’agir comme ils l’ont fait et que tous les sacrifices étaient justifiés. Force aurait du rester à la Loi, à l'Ordre, et aux Anciens.

Sun of China, Devourer, The wandering Earth, Liu Cixin


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Du sang et des âmes pour mon Seigneur Arioch


Comme beaucoup des lecteurs qui fréquentent ce blog (j’ose l’espérer), j’ai lu il y a des années le Cycle d’Elric de Michaël Moorcok, partie sans doute la plus réussie et assurément la plus épique du Cycle du Champion Eternel, dans lequel l’auteur britannique décrivait la lutte éternelle, au cœur d’innombrables dimensions parallèles de la réalité, entre les forces antagonistes et complémentaires du Chaos et de la Loi. Comme certains, j’ai beaucoup aimé ce cycle, au point d’y entrer pleinement en jouant longtemps au jeu de rôle Stormbringer.

Premier (et le plus abouti ?) véritable antihéros de la fantasy, Elric, dernier empereur de Melniboné, est le fossoyeur de son empire et le meurtrier de sa maitresse, Cymoril, qui est aussi sa cousine. Rejeton ultime d’un empire cruel et allié aux démons (empire qui fut grand, corrompu, dépravé, et qui n’est plus que corrompu, dépravé, et déliquescent), albinos, physiquement débile, écrasé par le poids d’une Histoire et d’une Tradition dont il ne veut pas, Elric ne peut survivre et combattre que grâce à l’usage intensif de potions magiques ou de sacrifices humains. La possession de l’épée démoniaque Stormbringer lui permettra de recouvrer ses forces sans plus recourir aux artifices précédents, car celle-ci lui transmet une partie de la force qu’elle gagne en « buvant » les âmes des combattants tués, parfois les compagnons même d’Elric ; mais si Stormbringer sert souvent Elric, il ne la commande pas et l’épée noire a ses propres objectifs. Errant entre conflits, morts, et trahisons, dans les Jeunes Royaumes où prospère la jeune race des Humains, le cynique albinos aura pour mission involontaire d’initier une nouvelle phase d’équilibre entre Loi et Chaos.

Adapter un tel monument en BD et présenter son travail aux hordes de fans en délire  est audacieux, voire inconscient. La pari est ici réussi et Moorcock lui-même dit la qualité de l’adaptation.

Suivant au plus près la trame des romans mais ne se privant pas d’ajouter une élément quand il peut servir le récit, le scénariste Julien Blondel fait un beau travail d’hommage créatif. Ce n’est qu’un premier tome, donc avec le problème habituel de « lenteur » des volumes d’exposition mais il s’y passe quand même deux ou trois choses (invasion et guerre, tentative de meurtre et de coup d’Etat, invocations de démons, torture, enlèvement), et le meilleur est à venir. Il faut bien commencer quelque part.

Sur le plan graphique, l’album est une vraie réussite. On voit la minéralité et l’antiquité de l’empire melnibonéen. On est témoin de la corruption de son peuple en décadence. On comprend par maints détails qu’on est dans un lieu où rien n’est trop dur, trop cruel, trop sadique, trop extrême, et on comprend sans peine ce qu'entendent les melnibonéens quand ils nous désignent comme « bétail humain ». Le dessinateur dit s’être inspiré du travail de Clive Barker sur les Cénobites. C’est très clair à la lecture de l’album et parfaitement approprié.

Une belle réussite ; on aimerait qu'existe l’équivalent pour Le Seigneur des Anneaux ou Dune.

Elric, t1 Le Trône de Rubis, Blondel, Poli, Recht, Bastide

mercredi 29 mai 2013

Shock the monkey


"Les Assassins d’Oz" est un comics écrit par Angelo Tirotto, dessiné et colorisé par Richard Jordan. Il a été récemment traduit par et publié par Atlantic BD.

Retour pour moi dans l’entourage du Magicien d’Oz.

Ici et maintenant. Le Kansas, une tornade, un couple de fermiers tué pendant l’événement. Pendant, c’est sûr, mais par la tornade ? Ou par autre chose de bien plus sinistre ?

Meurtres atroces et mystérieux, liens du sang occultés, écho d’une nuit d’été 59 durant laquelle germèrent les ferments d’une vengeance à venir, vieux secrets enfouis sous la mauvaise conscience d’une communauté villageoise, "Les Assassins d’Oz" sont une série B tout à fait intéressante sur le plan de l’histoire. On est ici dans une ambiance de film d’horreur ou dans un roman de Stephen King (penser à Simetierre) ; je vous épargnerai la référence à « I know what you did last summer ».

Nanti d’une histoire rythmée, cruelle, dure, sans concession sur le plan de la violence, mais sans grande surprise, ainsi que de personnages un peu « cookie cutter », "Les Assassins d’Oz" est d’une lecture agréable sans être le moins du monde indispensable. Le comics m’a rappelé ces innombrables DVD vus avec plaisir mais dont le souvenir s’estompe rapidement, sans qualité ni défaut mémorable. On prendra plaisir néanmoins à trouver les easter eggs disséminés dans le comics ; petit plaisir futile mais qui m’amuse toujours, et je ne suis pas le seul (je ne les donnerai qu’en mp).

Quelques points méritent néanmoins d’être pointés comme regrettables. D’une part certaines scènes ne sont pas totalement crédibles ou cohérentes (mais c’est, pour le meilleur ou pour le pire, la loi du genre). D’autre part, la caractérisation du shérif comme fan inconditionnel d’Elvis (et qui le cite à tout propos comme s’il citait Dieu) fait un peu artificielle, comme ces traits qu’on donne aux personnages dans les jeux de rôles. Ensuite, quelques lignes de texte prêtent à rire dans leur contexte (par exemple : « Pitié, ne nous violez pas » ou « Je te promets de tout te raconter quand je ne saignerai plus »). Enfin, et c’est le plus grave, les dessins sont souvent de mauvaise qualité. Corps et visages imprécis et irréguliers, décors et bâtiments réduits au plus faible niveau de détail, colorisation fade ; parfois il s’agit d’un style, ici ça sent juste le bâclé. Le magicien d’Oz de Fleming fut un émerveillement technicolor lors de sa sortie en 1939, Le monde fantastique d’Oz de Sam Raimi est un émerveillement 3D, difficile de dire de "Les Assassins d’Oz" qu’il est un émerveillement graphique.

Les Assassins d’Oz, Tirotto, Jordan

samedi 25 mai 2013

Novellas aux deux bonheurs


Liu Cixin (pour nous Cixin Liu, en Chine les noms de famille précèdent les prénoms, société qui n’a pas encore perdu le sens de la lignée) est le plus connu des auteurs de SF chinois. Il a obtenu rien moins que huit Galaxy Award en Chine pour ses novellas, ainsi qu’un Xingyun (Nebula Chine). Il commence à être traduit en anglais.

Je vais chroniquer ici deux de ses novellas et je reviendrai sous peu avec d’autres (toutes disponibles sur le site d’Amazon US).

"The Wages of Humanity" et "The Longest Fall" sont deux textes très différents dans le fond comme dans la forme. Ils partagent néanmoins un certain nombre de points que je voudrais signaler ici.

Les textes de Liu sont un mélange étonnant et plutôt réussi de SF à l’ancienne (rappelant parfois l’Age d’or par le côté prosaïque et presque banal des situations), de spéculations sociales et politiques, de développements scientifiquement justes combinés à des passages très peu réalistes, voire un peu délirants, comme on pouvait en trouver dans l’Archéo-SF ou les récits fantastiques. Enfin, la Chine y est toujours une (la ?) grande puissance mondiale.

De fait, les deux novellas de Liu s’apparentent à des contes philosophiques. Chacune traite d’un problème politique, économique ou social concret, par le biais de longs dialogues entre des personnages bien choisis pour leur capacité à expliquer les tenants et aboutissants du problème et à montrer les solutions qui ont pu lui être apportées. Aucune n’essaie d’être parfaitement réaliste ou crédible. Chacune est porteuse d’une morale implicite qui servira à l’édification du lecteur. On est bien ici dans le monde du conte ou de la fable, même si l’ambiance est résolument SF.

"The Wages of Humanity" (Galaxy Award 2005) traite d’une invasion extraterrestre menaçant notre monde et conduite par les plus pauvres d’une autre Terre. Prenant comme point de départ un mystérieux contrat donné à un tueur à gage, évoquant le cinéma violent hongkongais autant que les récits d’initiation secrète à la Dr Strange ou Iron Fist, elle pointe très crument le risque d’un monde d’inégalités croissantes, a fortiori quand les écarts de fortune ouvrent la voie à des inégalités biologiques. Très critique envers un capitalisme fondé sur la sacralisation du droit de propriété, The Wages of Humanity est un Micromegas chinois dans lequel la rencontre entre les représentants de deux mondes éclaire sur les dangers qui guettent le notre. Excessif et pathétique, le récit est marquant moins par son réalisme que par son outrance, ainsi que par les idées fortes qu’il véhicule.

"The Longest Fall" (Galaxy Award 2003) montre comment une (trop) grande idée d’ingénierie peut être un désastre écologique ou économique. Difficile de ne pas penser au Barrage d’Assouan, à celui des Trois Gorges, ou plus modestement au Tunnel sous la Manche. C’est ici à l’hubris humain que s’attaque Liu. Ironiquement, le texte, très noir dans ses trois premiers quarts, se termine de manière très optimiste, car, pourvu qu’on lui laisse le temps, l’ingéniosité humaine finit par triompher des déboires initiaux. Grâce à une innovation qui lui permet de convoquer les mânes de Jules Verne d’une manière inédite, la catastrophe initiale donne naissance à l’une des réalisations les plus grandioses de l’humanité, un prodige qui la sortira du puits de gravité.

Au final, ces deux novellas sont agréables, charmantes, reposantes à lire, comme célébrant un retour à une simplicité oubliée en Occident. Elle donnent à penser en peu de pages, tout en excitant la partie du cerveau qui veut du merveilleux quand il se frotte à un texte de SF. Le Sense of Wonder à la chinoise, entre Verne, Voltaire, et Rod Serling a sans doute quelque chose à nous apprendre ou à nous réapprendre.

The Wages of Humanity et The Longest Fall, Cixin Liu

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jeudi 23 mai 2013

La remagification du monde


Pour "The Paper Menagerie", Ken Liu a obtenu le prix Nebula 2011, le Hugo 2012, et le World Fantasy Award 2012. Aucune nouvelle n’avait jamais gagné ces trois prix. Sachant cela,  j’y suis allé voir, un peu comme on va voir la femme à barbe. Le risque est grand dans ce genre de situation d’être déçu, et que le phénomène ne soit pas à la hauteur des attentes qu’il a suscité.

Dans "The Paper Menagerie", Liu raconte l’histoire du fils d’un couple mixte américano-chinois, son amour premier pour sa mère puis son éloignement progressif. Dans le texte de Liu il y a  la magie d’origamis merveilleux, c’est vrai, mais il y a surtout la réalité des épouses sur catalogue, des esclaves domestiques, du racisme ordinaire des « braves gens », du conformisme forcené des enfants, de la honte et de l’insensibilité qui peut s’installer entre membres d’une même famille. On y voit aussi la tragique histoire chinoise autour de la Révolution Culturelle (et il y a quelque chose du Vivre de Zhang Yimou dans une partie de cette nouvelle). Et tout ça en quelques pages.

Mais surtout, il y a une histoire qui n’aurait pas besoin d’être magique et qui est terriblement émouvante. Comme dans Good Bye Lenin qui, par delà la Chute du Mur, racontait l’histoire de l’amour énorme d’un fils pour sa mère, "The Paper Menagerie" raconte l’amour bouleversant d’une mère pour son fils.
Ca prend à la gorge puis ça serre très fort; et si c’est Gromovar, bien connu comme heartless bastard, qui le dit, vous pouvez le croire. Pour percer ma couenne, il en faut.

En conclusion, s’il y a une nouvelle que vous devez lire cette année, c’est "The Paper Menagerie" du sino-américain Ken Liu. Elle mérite sans le moindre doute ses trois prix. Le reste est fade à côté.

Notons que la nouvelle est lisible en français dans Fictions n°16.

The Paper Menagerie, Ken Liu

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Ken Liu free


Grâce au Traqueur Stellaire, j’ai fait hier la connaissance de Ken Liu. Américain d’origine chinoise, Liu est avocat, programmeur, écrivain et poète. C’est aussi un traducteur primé pour son travail. Il a enfin obtenu les prix Nebula, Hugo, et World Fantasy Award pour sa nouvelle « The Paper Menagerie ».

Sur le site de la revue Nature, dans le cadre de sa rubrique Future, on peut trouver en téléchargement gratuit quatre nouvelles de Liu. Courtes (deux pages Word), gratuites, plaisantes, pourquoi s’en priver, d’autant que le jeune homme a le vent en poupe.

On lira donc avec profit :

Celestial Bodies, joli texte poétique décrivant l’histoire d’amour entre deux corps célestes et le déchirement causé l’apparition de la vie, synonyme de « maternité ».

To the Stars, dans lequel une tentative d’outsourcing dont le but est de déterminer quoi emmener pour un premier contact avec la vie extraterrestre se heurte à la bêtise, à l’agressivité, et à la vénalité de l’humanité. Pourquoi cela sonne-t-il aussi juste ?

The Plague, beau texte qui n’est pas sans m’évoquer Utopia. Après la dissémination folle et incontrôlée de grey goo, une part de l’humanité a muté sous l’effet des nanobots. Les « purs », nos semblables, vivent sous dôme, les autres, hideux et chuintant, à l’extérieur. Sont-ils une nouvelle forme de vie à respecter comme les autres ? Faut-il les aider ? La communication entre les deux groupes est-elle possible ? Et souhaitable ?

Monkeys reprend à son compte la fameuse idée selon laquelle des singes dotés d’une machine à écrire et de l’éternité finiraient par taper les œuvres de Shakespeare. L’histoire illustre l’idée de Duchamp selon laquelle c’est l’artiste qui définit l’art, et la croyance populaire qui affirme que la beauté est dans les yeux de celui qui regarde.

Celestial Bodies, To the Stars, The Plague, Monkeys, Ken Liu


Ces nouvelles participent au Challenge JLNN

Utopia, Ahmed Khaled Towfik


"Utopia", premier roman publié en français de l'égyptien Ahmed Khaled Towfik, c'est bien, c'est très bien, vraiment bien.

Mais je ne peux pas dire pourquoi c'est bien, ni comment c'est bien, juste répéter encore une fois que c'est bien. Car ma chronique sera dans le Bifrost n° 72, et elle ne reviendra ici qu'un an après la sortie de la revue (c'est à dire, pfff...).

Je peux au moins donner le résumé de couv' car celui-ci est disponible partout :

Le Caire, 2023. À l’abri de hauts murs barbelés, la jeunesse oisive de la colonie d’Utopia s’ennuie. Seule la « Chasse » procure le grand frisson et a valeur de rite initiatique. Le but: s’introduire dans les bidonvilles du Caire, tuer un pauvre et ramener un trophée. Un jeune homme et sa petite amie ont décidé de goûter à la poussée d’adrénaline. mais leur immersion dans les bas-fonds du Caire, véritable cour des miracles post-apocalyptique, se révèle plus dangereuse que prévu. Démasqués, traqués par une population haineuse, ils vont à leur tour devenir la proie des chasseurs. Parviendront-ils à sauver leur peau?

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

mercredi 22 mai 2013

Fear of the dark


"Celui qui venait du froid" est une nouvelle de Jean-Michel Calvez, publiée en numérique par ActuSF. Quand la visite au musée d’un groupe d’enfants aveugles tourne vraiment très mal…

Malheureusement cette nouvelle n’est guère convaincante. Trop lente dans son déroulé, elle ne propose pas vraiment de progression dramatique et n’inspire aucune montée d’angoisse. La cécité des enfants n’est guère utilisée au service du récit ; elle ne sert pas à faire partager au lecteur l’effroi que doivent ressentir des aveugles environnés d’une menace qu’ils ne peuvent pas voir. Quelques films existent qui font ça à merveille (Seule dans la nuit de Terence Young, Terreur aveugle de Richard Fleischer, ou encore le Blink de Michael Apted) ce n’est pas le cas ici. Il y avait beaucoup à faire avec ce groupe d’enfants ; ce n’est pas fait. Dommage.

Celui qui venait du froid, Jean-Michel Calvez

L'avis (positif) d'Anudar

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

Oui mais non


Dans le petit livre numérique intitulé "Truc" par les éditions ActuSF, il y a deux novellas d’Anne Duguël (on peut dire aussi roman court, ou roman français de blanche ce qui, en taille, revient au même). Mieux eût valu qu’il n’y en eût qu’un.

"Truc" est un texte drôle, enlevé, dans lequel Gudule fait montre de son talent bien connu pour la causticité et l’outrance sous contrôle. Comme dans nombre de ses autres œuvres, elle y met en scène une enfance à la fois martyre et bourreau, elle n’hésite pas s'autoriser ce que peu osent : pointer l’atrocité que peuvent engendrer des liens familiaux corrompus par tout l’affect et toute la névrose enkystée du monde. Elle montre des enfants victimes (faisant saigner les yeux de bien des « mamans » par ce simple fait) et aussi des enfants bourreaux, d’autant plus monstrueux qu’ils font le mal avec une sorte d’ingénuité.
Dardant quelques vérités bien senties sur le fonctionnement de la société du spectacle, sur une pédophilie devenue en peu d’année l’alpha et l’oméga du crime (une sorte d’équivalent contemporain de la sorcellerie médiévale), et sur le besoin de croquemitaines qu’a toute société, Gudule fait montre d’une belle gouaille et d’une ironie complètement déjantée, tout en réussissant l’exploit de ne jamais tomber dans une grosse rigolade pour laquelle on sait que j’ai peu de goût.
Un texte sans surprise, mais drôle, malin, et très agréable à lire.

Dans "Les chiens ne nous méritent pas", la funambule Gudule glisse et tombe d’un fil trop chargé de rires gras. Evoquant la solitude d’une veille femme dans l’une de ces institutions où on enferme les vieux (pour leur bien évidemment) ainsi que la maltraitance à enfant (les deux extrémités de la vie), elle le fait sous forme d’une pochade énorme qui n’aurait pu m’amuser qu’après une ingestion massive de champignons hallucinogènes. De fait j’ai halluciné, mais sans champignon ; la novella m’a suffit. Elle m’a remis en mémoire l’inénarrable chanson « Mon vieux Pataud ».

Truc, Anne Duguël 

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

samedi 18 mai 2013

Se couvrir la tête de cendres


"Celles qui marchent dans l’ombre" est une nouvelle de Jean-Philippe Jaworski, publiée en numérique par ActuSF.

Superbe narration de la cavale, une vie durant, d’un meurtrier et de son complice, coupables d’un tel crime qu’ils furent pris en abomination par les dieux et les hommes, le texte de Jaworski enchante par la richesse de son vocabulaire, la beauté de ses images, une évocation si réaliste du maquis méditerranéen que le lecteur a l’impression de s’y trouver au côté du fugitif.

L’auteur parvient à suggérer les rythmes effrénés et parallèles de la fuite et de la poursuite. Il évoque l’horreur de la traque éternelle. Il dit l’anéantissement d’un guerrier dont les armes ne servent plus qu’à chasser des animaux et qui ne vit plus qu’en dissimulant ses traces. Il se paie même le luxe de réunir les deux héros que la symbolique mythologique oppose d’habitude. Bien joué. (Impossible de spoiler, sauf sur demande).

Celles qui marchent dans l’ombre, Jean-Philippe Jaworski

vendredi 17 mai 2013

The book that Jack wrote


Avec "American Gothic", son dernier roman, Xavier Mauméjean propose la biographie de Daryl Leyland, auteur trop méconnu d’une version américaine culte des Contes de la Mère l’Oye. Seul problème : Leyland n’existe pas, pas plus que sa version des Contes (quoi qu’en dise un Wikipedia devenu complice involontaire de la mystification littéraire de l’auteur). C’est donc à Mauméjean de l’inventer et de le rendre crédible. Pari tenu.

Suivant Parisot, le biographe français, qui suit Sawyer, le biographe américain, le roman promène le lecteur le long des traces laissées par la vie de Leyland dans un décor qui est celui de l’Amérique du début du XXème siècle. Construit comme un patchwork de témoignages, notes, souvenirs, reculant puis avançant dans le temps comme dans un assemblage de poupées gigognes, "American Gothic" raconte Daryl Leyland, son seul ami Max Van Doren (l’illustrateur des contes), mais aussi les contes eux-mêmes (du moins certains d’entre eux). Il raconte une histoire de l’Amérique, réelle et fantasmée, dans laquelle se mêlent le maccarthysme, la prohibition, Al Capone, les immigrés, italiens, irlandais, allemands, qui ont fait l’Amérique, les fermiers américains dans les grandes étendues tempétueuses, les maires corrompus,  les orphelinats d’une époque où on se débarrassait facilement des enfants qui gênaient quand on ne leur tapait pas dessus à domicile, les camps de redressement pour "petites vermines", les violences, physiques, sexuelles aussi. On y croise bien sûr la Guerre, les guerres, 14-18, 39-45, la Corée. On y voit l’âge d’or de la radio, les débuts de la télévision et de son travail de sape du cinéma, les frères Warner et leurs affidés, on y entrevoit Orson Welles et sa Guerre des Mondes, des conventions de fan, Alice au Pays des Merveilles, le Magicien d’Oz, et même le peu aimable Cotton Mather.

"American Gothic" est un beau travail d’invention, très documenté, mêlant habilement vrai et faux dans un complexe qu’il me paraît vain de tenter de démêler. Et pourtant je m’y suis pas mal ennuyé. A la moitié du roman, j’ai du admettre que la vie de Daryl Leyland ne m’intéressait pas.

"American Gothic" n’est ni Gatsby le Magnifique, ni Citizen Kane. Daryl Leyland est un gars qui a compilé un recueil de contes populaires et écrit des blagues Carambar. Son histoire, souvent émouvante, et symptomatique d’une certaine misère américaine que connurent ceux qu’on ne qualifiait pas encore de white trash (dans un pays qui avait l’excuse de n’être pas encore le plus riche du monde), n’est pas celle d’un héros plus grand que la vie. Les enjeux de son existence sont modestes, et l’effet qu’il a sur la culture américaine est involontaire et indirect ; c’est trop peu pour un personnage inventé de toutes pièces (même à partir d’un modèle réel). Quand à l’Amérique qu’il nous invite à parcourir, elle est trop pointilliste pour être autre chose qu’un décor érudit (l’amplitude temporelle étant trop grande eu égard au nombre de pages). Elle n’apporte pas d’enjeu strictement historique ni d’éclairage véritable sur une période donnée.

Un écrivain invente un écrivain et raconte son histoire par l’entremise d’un écrivain fictif s’intéressant à un scénariste inventé s’intéressant à l’écrivain imaginaire, un écrivain en et hors genre à la fois raconte l’histoire d’un écrivain à la marge devenu très célèbre et disparu avant de le devenir encore plus ; le monde des lettres apprécie (la presse est sous le charme), le miroir dans lequel il se mire l’enjolive, un monde se parle agréablement de lui-même (et la saillie sur « les services de presse » vient confirmer mon impression ; ma mère et sa crémière n’ont aucune idée de ce qu’est un « service de presse »).
J’assiste, de l’extérieur. Je suis sûrement de « ces esprits chagrins » qui « achetaient leurs exemplaires avant de les détruire ».

American Gothic, Xavier Mauméjean

Les avis (positifs) de Lhisbei et d'Efelle

lundi 13 mai 2013

Les lauréats du GPI 2013

Le GPI 2013 vient de désigner ses lauréats (les sélections sont ici)


Il y a du bon dedans. Qu'on en juge. Pour ce qui nous concerne.


Meilleur roman francophone




Meilleur roman étranger 

La fille automate, Paolo Bacigalupi


Meilleure nouvelle étrangère

La petite déesse, Ian McDonald


Prix Jacques Chambon de la meilleure traduction

Sara Doke pour La fille automate (Gratz Sara, you deserve it)

Les eaux glacées du calcul égoïste


« Si l’apparence coïncidait avec l’essence, toute science serait superflue. »

Cette phrase tirée du Capital est au cœur de la thématique de "Freedom and Necessity", le roman historico mystique de Steven Brust et Emma Bull. Mais c’est le Freedom and Necessity d’Engels, le balancement dialectique hégélien entre volontarisme et déterminisme qui lui a donné son titre.

Au milieu du XIXème siècle, alors que la Révolution Industrielle transforme l’Angleterre de fond en comble, bouleversant les hiérarchies anciennes et créant de nouveaux rapports entre de nouvelles classes sociales, James Cobham, un aristocrate flamboyant que tous croyaient mort noyé, se rappelle au souvenir de son cousin en lui expédiant une lettre depuis une auberge dans la campagne anglaise.

L’a-t-on poussé à l’eau ? Si oui, qui ? Pourquoi ? Et où a-t-il passé les deux mois séparant sa disparition de son retour dans le monde des vivants ? Confronté à un péril inconnu, James choisit de commencer par rester caché et, assisté d’une partie de sa famille et de quelques contemporains, il se lance alors à la recherche de ceux qui ont voulu sa mort. Sa quête, épistolaire pour le lecteur, le mènera sur les traces d’une société secrète de magiciens traditionnels et dans les méandres de la politique d’un siècle en ébullition entre nationalisme, socialisme, et contre-révolution.

Lors d’une (trop) longue aventure, le roman ballade le lecteur dans un XIXème anglais tiraillé par des forces sociales, politiques et culturelles contradictoires.

Les lois sur le blé ont été abolies quelques années auparavant (Ricardo, militant fervent pour leur suppression n’aura pas vécu assez longtemps pour voir sa victoire), signant l’arrêt de mort de l’aristocratie terrienne, et la montée en puissance de la bourgeoisie industrielle à qui la réforme des lois sur les pauvres va offrir la main d’œuvre exploitée, sinon servile, dont elle aura besoin pour réaliser son rêve d’accumulation du capital. Les premiers mouvements féministes militent sans grand succès encore, à tel point que la réforme électorale de 1832, qui augmente le nombre des électeurs censitaires sans instaurer le suffrage universel, ferme formellement la porte à un suffrage féminin. Le chartisme anglais, qui exigeait des droits politiques plus étendus, est moribond après trois pétitions sans suite et quelques graves émeutes. Pendants politiques des romantiques, nationalistes et révolutionnaires font florès en Europe, renversant les régimes, brisant les équilibres géopolitiques, et menaçant les dynasties. Le socialisme commence à prospérer sur le continent et en Angleterre même, dans le secret, car les socialistes sont susceptibles partout d’être arrêtés, déportés, voire exécutés pour sédition. Un monde meurt, un autre peine à naitre.

Au nexus de ces convulsions, la famille Cobham synthétise l’époque. Elle répondra involontairement à toutes les questions du moment par l’entremise de ses différents membres. Quelle place pour les femmes dans ce nouveau monde (entre indépendance à conquérir et mariage traditionnel) ? Est-on déterminé par sa naissance ou peut-on choisir sa classe ou sa nation ? Comment dévoiler la domination cachée ? Quel est le prix de la clandestinité pour soi et pour les autres ? L’action clandestine corrompt-elle autant que le pouvoir exercé ? Peut-on former des leaders révolutionnaires ou existe-t-il des leaders naturels ? Est-il raisonnable de retarder un mouvement révolutionnaire pour lui donner plus de chance d’aboutir ? Peut-on faire la révolution sans le peuple (comme le pensent les blanquistes) ou ne faut-il créer qu’une avant-garde éclairée (comme l’affirment les communistes) ? Et plus intimement : Quel est le prix du mensonge ? Qu’implique la confiance ? A qui confier sa vie ?

Tout ceci est intéressant, et les conversations entre les Cobham (mais aussi Friedriech Engels) abordent également des questions de philosophie, d’art, de culture.

Malheureusement le tout est bien trop long. Trop de bavardages, de conversations annexes, à tel point qu’on se croirait chez Stephen King lorsqu’il tire à la ligne. Ca n'en finit pas. Et, cerise sur le gâteau, on obtient finalement moins de détails concrets sur le monde que dans un roman historique classique car les lettre s’échangent entre gens qui savent de quoi ils parlent et ne ressentent donc jamais le besoin de décrire ce qui est évident pour eux. Restent quelques jolies phrases.

Freedom and Necessity, Steven Brust, Emma Bull

samedi 11 mai 2013

Even death may die


"Zorn et Dirna" est une série BD de fantasy en six albums que Soleil vient de ressortir en Intégrale. Superbe occasion pour quelqu’un qui avait snobé la première édition en raison de dessins jugés trop enfantins ; grave erreur que des conseil avisés ont permis de corriger. Car "Zorn et Dirna" n’est absolument pas à mettre entre des mains d’enfant, et c’est tant mieux pour moi.

Un royaume gouverné par un roi si terrifié par la mort qu’il parvint à l’emprisonner magiquement. Plus personne n’y meurt depuis quelques siècles, mais on y vieillit quand même, jusqu’à pourrir « vivant » (comme le Mr Valdemar de Poe). Aucune blessure n’y est assez atroce pour provoquer la délivrance, la souffrance peut donc y être éternelle. Et même la décapitation, seul moyen de « tuer » définitivement un corps, ne fait que transférer l’âme de celui-ci dans le corps du tueur. L’immortalité est une malédiction dont tout un peuple souffre, jusqu’à ce que deux jumeaux au pouvoir surnaturel apportent l’espoir d’un possible repos éternel.

Le scénario de Morvan est une vraie réussite. Doté d’une action trépidante, il met en scène des personnages qui parviennent sans peine à se rendre attachants ou odieux, agrippant le lecteur pour ne le lâcher, à bout de souffle, qu’à la toute fin du récit. Jouant brillamment sur les codes de la fantasy, il met en scène une mère méconnaissable, un père qui finit par le devenir aussi, et des enfants au visages angéliques dont le pouvoir singulier est de donner la mort. Il leur oppose des tueurs sanguinaires et bestiaux, une cour corrompue (au propre comme au figuré) autant qu’il soit possible de l’être (voire un peu plus) sans oublier quelques personnages secondaires fous ou revanchards qui apportent avec eux leur lot d’épreuves pour les héros de l’aventure.

Morvan utilise à merveille les possibilités que lui donnent ses deux postulats de départ : l’impossibilité de mourir et le transfert d’âme. Ces éléments sont au cœur de la dynamique du récit et ils en commandent les nombreux rebondissements. La base magique du monde est autre chose qu’un décor, source de dépaysement, elle sert une histoire qui ne pourrait exister telle quelle dans un monde prosaïque, même truffé de zombies.

Pour ce qui est du ton, soufflant le chaud et le froid, l’histoire promène le lecteur entre effroi et amusement ; au milieu des batailles, des tueries, des tortures insoutenables, surviennent régulièrement des moments très drôles par leur décalage, leur incongruité (il faut avoir vu le barbare trouvant les enfants).

Il y a peu de BD qui réussissent à être vraiment drôles et cocasses (parfois à la limite de l’absurde) sans oublier de contenir un fil narratif cohérent, passionnant et endiablé. C’est le cas ici, comme dans le comic Chew, proximité renforcée par l’accumulation des détails amusants (les taupes messagères par exemple, ou une découpe des animaux qui rappelle Douglas Adams). Mélange rare et de grande qualité.

Les dessins ne sont pas en reste. Le contraste permanent entre éléments de conte de fées et scènes d’abjection enfonce le clou du récit gémellaire. On notera aussi quelques pleines pages vraiment réussies et spectaculaires. C’est très bien fait ; ça sert le point visé.

Zorn et Dirna, Intégrale, Morvan, Bessadi, Lerolle

mercredi 8 mai 2013

RIP Ray Harryhausen


Ray Harryhausen, brillant créateur d'effets spéciaux quand rien n'était numérique, est mort hier à 93 ans. Il apporta au cinéma un merveilleux qui rappelle à tous qu'avant d'être le 7ème art, celui-ci naquit comme "Lanterne magique".

Je suis venu très jeune à la SFFF par la lecture des "Conquérants de l'Impossible" de Philippe Ebly ; grâce aussi aux films truqués par Ray Harryhausen que mes parents m'amenaient voir au cinéma. Je crois qu'après avoir vu la scène d'où la photo ci-dessus est extraite, mon destin était scellé.

Fare well Ray. Say Hi to the Gods !

vendredi 3 mai 2013

Martyrs de Peru : Blockbuster


Après le prometteur Druide, et à coté des nombreuses BD qu’il scénarise et/ou dessine (Zombies et Nosferatu entre autres), le très prolifique Olivier Peru sort ces jours-ci le premier volume d’une nouvelle trilogie de fantasy, "Martyrs".

Un royaume impérialiste, conquis par la force, un peuple ancien, les Arsekers, presque totalement anéanti par le conquérant, un roi manipulateur et cynique, petit-fils du précédent, une rébellion qui couvait et qui éclate, ramenant la guerre là où l’autoritarisme royal imposait la paix par la corruption et l’assassinat. Et deux frères, assassins de profession, Arsekers de naissance, survivants d’un peuple anéanti dans un monde qui leur reste hostile. Et aussi une princesse embastillée, condamnée à vivre dans la forteresse de ses ancêtres par le traité de paix inique qui leur fut extorqué.

Tournois, vengeance, prophétie, nouvelle religion, fantômes, rébellion, guerre, complots, morts violentes, tortures, mystère, amour, Peru n’épargne rien au lecteur. Avec ce premier tome, il livre un roman efficace et prenant, une grande aventure qui se déroule toujours plus loin et toujours plus haut sous les yeux du spectateur. Les personnages sont complexes. Le monde est vaste et largement décrit ; la ville tentaculaire d’Alerssen où se situe l’essentiel de l’action est peuplée, vivante, et réaliste. Les enjeux sont très élevés car il s’agit de vie, de mort, et de pouvoir. La vilénie, comme l’héroïsme, n’ont pas de limite.

Frères orphelins fusionnels inscrits dans une relation parent/enfant qui se meurt car le plus jeune devient un homme, roi machiavélien, aussi seul qu’il est monstrueux, jeune princesse forcée par le monde de grandir en accéléré, nobles corrompus et vénaux, chevaliers chevaleresques et chevaliers qui le sont moins, conseillers loyaux et compétents, gardes usés par la vie, rebelles prêts à mourir pour leur cause, ami caché dans l’ombre, et ennemi suprême sur qui concentrer son dégout.
Les personnages, détaillés, riches, souvent torturés, sont le point fort du roman, même si le world building et le rythme du récit ne sont pas en reste. "Martyrs" est un page turner qui emmène le lecteur dans une histoire larger than life. J’ai pris un vrai plaisir à le lire. Et les quelques dizaines de pages finales ne gâchent rien, au contraire ; Peru sait poser un cliffhanger.

Néanmoins, deux choses m’ont gêné.

D’une part, la manière dont Peru décrit les sentiment amoureux (quand une histoire d’amour impossible est l’un des ressorts du récit) m’a paru bien trop romantique, au sens presque mièvre du terme. On peut aimer ; la manière dont les états d’âme s’exprimaient m’a souvent agacé.

D’autre part, il y a quelque chose de formaté dans le roman. Rebondissements en cascade (et parfois la cascade est haute), timing toujours trop parfait des évènements et tribulations, reprise de l’efficace connu (de William Wallace à Roméo et Juliette en passant par Barbe Bleue) j’ai souvent eu l’impression que Peru mettait dans son livre tout ce qu’il fallait, exactement où et quand il fallait. A un tel point que j’ai fini par le voir. De ce fait, "Martyrs" est l’équivalent littéraire d’un blockbuster auquel j’ai pris un vrai plaisir teinté d’un peu de culpabilité tant j’ai eu conscience d’avoir accepté d’être manipulé pour ce faire.

Mais ça c’est moi ; on peut aussi ne pas bouder son plaisir et simplement apprécier le tourbillon "Martyrs".

Martyrs, livre I, Olivier Peru

jeudi 2 mai 2013

Classons nos 15 meilleurs films de SF


Taggé par Guillaume, je dois établir la liste de mes 15 films préférés de SF. Exercice extraordinairement périlleux pour moi.

Je ne sais pas classer sans noter à l’aide d’un barème. D’abord à cause du biais de perception banal qui conduit à se souvenir mieux des évènements récents (le classement aurait donc forcément été différent il y a un mois ou dans un mois). De plus, si je sais précisément et sans grand doute ce que je n’aime pas, donner un ordre dans ce que j’aime dépend de critères de classement inconscients dont la pondération fluctue (non parce que je suis inconstant, que je ne prenne personne à le suggérer, mais parce que, banalement, ce qui m’importe beaucoup à un moment donné m’influence plus que ce qui m’importe moins et que, de surcroit, l’utilité marginale de chaque type de sensation est décroissante pour moi comme il l’est pour tous. Tout passe, tout lasse).

Conséquences :

Je ne grave pas dans le marbre cette liste qui aurait été différente à un mois de distance
Je l’organise par ordre alphabétique, tant je ne peux dire que l’anticipation politique de tel film vaut plus pour moi que les rushes d’adrénaline de tel autre ou l’angoisse instillée par un troisième.

1984
Alien
Bienvenue à Gattaca
Blade Runner
Brazil
Cloud Atlas
L'armée des 12 singes
L'empire contre-attaque
La route
Matrix
Minority Report
Terminator
Total Recall
Watchmen
X-Men Le Commencement

Disons seulement que si je ne devais en garder qu’un et bruler les autres, je crois que ce serait Brazil.

Après, si vous voulez vraiment savoir quel est le film que j’ai le plus vu et revu, c’est le Conan de John Milius (et oui, désolé pour les permanents de l'indignation progressiste, il y a une femme aux pieds de Conan).