jeudi 25 avril 2013

Boxing Helena


Chew continue avec ce tome 6, intitulé "Space Cakes". Tout un programme.

Alors que Tony Chu est à l’hôpital dans un état grave, le volume se concentre sur les aventures de sa sœur jumelle Toni. Tony lisait le passé des choses ingérées, le pouvoir de Toni consiste à prédire l’avenir de ce qu’elle absorbe, à condition que ce soit vivant. Moins utile pour résoudre des enquêtes, ce talent a surtout pour effet de pourrir sa vie sentimentale, car elle ne peut s’empêcher de mordre ses amants pour savoir de quoi demain avec eux serait fait.

Le service de ce numéro est constitué de nouveaux pouvoirs métapsychiques alimentaires, d’hybrides poulets/grenouilles, de « simples » grenouilles hallucinogènes, d’agents de la NASA guère plus sérieux que les chevaliers de Camelot dans Sacré Graal ! On y voit Tony être utilisé de la manière la plus éhontée, on y retrouve la Némésis vampire, on est témoin de morts atroces qui mettent pourtant le sourire aux lèvres du lecteur. On y assiste à une conclusion dure qui rappelle que la série n’est pas qu’humoristique et que les enjeux y sont très élevés.

Je ne reviens pas sur les qualités de la série. Progression narrative régulière, personnages nombreux, jamais straight, et toujours drôles, délire presque sans cesse hors de contrôle et finalement toujours maitrisé, histoire « fil rouge » et quêtes annexes, il est impossible de s’ennuyer en lisant Chew, sauf à être un véritable pisse-vinaigre. Les dessins, décalés et imaginatifs (les scènes de lit en plongée sont impressionnantes), fourmillent de détails et participent au plaisir de lecture.

Je regrette juste ici une densité plus faible qu’à l’habitude du fait de l’intégration des aventures de Poyo, le poulet bionique, dont j’aurais pu me passer. Je propose, Layman dispose.

Chew t6, Space Cakes, Layman, Guillory

En quête des dieux humains


"Les Fables de l’Humpur" est l’un des meilleurs romans de Pierre Bordage. Il vient d’être adapté par lui-même en BD et c’est une belle réussite.

Dans un Périgord futur revenu à la féodalité ne vivent plus que des animaux humanisés. Carnivores au sommet de la hiérarchie sociale comme ils le sont de la chaine alimentaire, herbivores à sa base. Dans ce comté de Luprat où débute l’histoire, les loups gouvernent un peuple de gueux porcins (les grognes) qui doivent régulièrement donner certains des leurs en holocauste à leurs maitres lupins (les hurles). Cet impôt du sang est le prix de la sécurité pour les autres.

Devancé par un grogne plus fort et agressif que lui lors de la copulation collective, alors qu’il faisait naïvement des rêves romantiques, Véhir, jeune grogne puceau et bien trop sensible pour son monde, fuit sa communauté. Il rencontre dans les bois un très vieux grogne banni qui l’incite à devenir meilleur et à se mettre en quête des dieux humains disparus. Il se trouve alors plongé dans une aventure bien plus grande que tout ce qu’il aurait pu imaginer, dans un monde de fureur et de mort, aidé par le plus inattendu des compagnons et opposé à des ennemis terribles.

Le roman de Bordage est une petite merveille d’invention. Personnages attachants, société féodale complexe, religion intrusive, prophétie, lutte fondamentale bien/mal, sexe et pouvoir, mort et vengeance, mariages politiques, entre autres, les éléments de l’univers de Pierre Bordage sont là, moins assénés que souvent ce qui les rend bien plus agréables. Ils ont pour écrin un monde passionnant dans lequel chaque espèce animale humanisée combine atavisme et intelligence. Ils ornent une aventure passionnante, résolument adulte malgré son caractère animalier. Et puis il y a la langue, et c'est un feu d’artifice. Français déformé, simplifié, abâtardi, la langue des « fables » a dégénéré autant que le monde lui-même. Toujours compréhensible, elle dégage une poésie véritable qui vient de son caractère « primaire », résolument non conceptuel. Elle participe au plaisir de la lecture, crédibilise le monde, et assure au texte son caractère de fable.

La BD reprend à merveille ces éléments. Adapté par Bordage lui-même (ce qui est un avantage), elle reproduit sans défaut le rythme, le merveilleux, le mystère du roman. Le dessin y est pour beaucoup, tant il montre un néo moyen-âge convaincant et y immerge le lecteur. Réalistes (!) et détaillées, les planches superbes de Roman sont servies par une colorisation de qualité, lumineuse, contrastée, qui donne vie aux lieux en y injectant une lumière réaliste (les sous-bois sont magnifiques).

Une très belle réussite donc et sans doute une des meilleures adaptations de roman en BD que j’ai lue.

Les Fables de l’Humpur t1, Les clans de la Dorgne, Bordage, Roman, Vincent

mercredi 24 avril 2013

Fétide panier de crabes


"Ferals", sorti ces jours-ci chez Panini, est violent, gore, sexuel. Ce qu’on attend d’une histoire de loup-garou après tout.

Dans une très petite ville du Minnesota, un homme est atrocement tué et démembré. L’enquête est menée par le guère brillant shérif Dale Chestnutt. D’autres meurtres suivront ; Chestnutt comprendra rapidement qu’il s’est mis dans la ligne de mire du tueur, et que celui-ci n’est pas humain.

"Ferals" est clairement un comics pour public averti. Scénarisé par ce David Lapham qui avait écrit la seconde saison du « Crossed » de Ennis, Ferals va dans la même direction que le cinéma gore le plus explicite. A Cypres, l’une de ces petites communautés villageoises typiques de la part rurale et reculée des Etats-Unis, une humanité peu ragoutante vit, boit de la Bud et copule, dans un eternel présent entre boulot lo-tek, chasse en forêt, billard au saloon, et un peu de sexe quand c’est possible. L’intrusion de l’Extérieur, d’un monstre issu d’une communauté encore plus fermée et aux règles bien plus strictes, détruit la tranquillité endormie de la petite ville et oblige Chestnutt à aller au devant de son destin.
C’est régressif, guère intellectuel, mais c’est stressant, ça prend aux tripes, et c’est l’effet recherché. D’autant qu’il y a plus à cette histoire que la simple divagation solitaire d’un loup-garou et que communautés secrètes et services très secrets se mêlent à la danse.

Le dessin est réaliste, explicite comme il faut pour ce genre de récit, tout à fait satisfaisant. Il fait le boulot.

A la fin de ce premier tome, le lecteur a été convenablement distrait (de manière assez instinctive, j’en conviens), il est intrigué par un certain nombre de questions restées sans réponse sur l’identité et les secrets des groupes en conflit. Il a envie de lire la suite pour savoir ce qu’il ignore et connaître le fin mot de l’histoire.

Ferals t1, Instinct animal, Lapham, Andrade

mardi 23 avril 2013

Les autres


Une fin d’après-midi de semaine, Robert Maitland, architecte talentueux doté d’une entreprise qui marche, d’une femme accommodante, d’un jeune fils, et d’une maitresse distrayante, roule trop vite sur une bretelle d’autoroute. Sa Jaguar dérape et s’écrase sous l’énorme réseau d’échangeurs et de passerelles sur lequel il roulait, dans une sorte de no man’s land envahi d’herbes et de déchets. Blessé, il comprend rapidement qu’il sera difficile de sortir de ces limbes en contrebas du monde, de ce lieu oublié et borné par un remblai bien raide pour une jambe invalide et des grilles métalliques irrémédiablement fermées.

Naturellement, Maitland tente d’escalader pour rejoindre la route, mais c’est si difficile. Et quand il y parvient, aucune voiture ne peut s’arrêter (la vitesse est grande et les distances courtes) si tant est qu’un conducteur voudrait avoir à s’entremettre avec ce qui ressemble plus à un clochard qu’à un libéral blessé.
Tel un Sisyphe débile, Maitland grimpe en vain, avant d’être renvoyé violemment au bas de la pente, plus blessé encore qu’au début de son odyssée. Malade, il sombre dans le fièvre et s’achemine vers une mort certaine lorsqu’il est « sauvé » par les deux étranges habitants du lieu.

Ce court roman de JG Ballard, au centre de la « Trilogie de Béton », reprend le thème de la métamorphose destructrice qui est au cœur de la trilogie.

Métamorphose d’un lieu où vécurent des hommes, et qui se retrouve écrasé par la modernité automobile bétonnière. Dans « l’île » de Maitland, au milieu des herbes folles, il y a un ancien cimetière, des jardins ouvriers, les restes des fondations de petites maisons, un vieux cinéma en ruine. Sous l’échangeur il y eut de la vie, des vies, avant que bulldozers et rouleaux compresseurs n’écrasent tout pour faire place aux déjections concrètes des Trente Glorieuses.

Métamorphose de Maitland, obligé pour la première fois de ralentir (jusqu’à l’arrêt), et de faire le point sur sa vie, son entourage, ses relations, les traumatismes de son passé. Et de réaliser à quel point il est, en fait, loin de presque tout ce qui constitue sa vie ; à quel point tout s’éloigne facilement, sans déchirement aucun.

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est le caractère hiérarchique et destructeur de l’organisation sociale. Le monde moderne a relégué sous les herbes les traces de l’ancien monde, il y a aussi expédié, même (et surtout, ce qui est plus grave) involontairement, deux rebuts de la société de la performance. Hors du temps réglé de la production, vivant littéralement des déchets de la « civilisation », ces exclus, qu’on n’appelait pas encore ainsi, survivent, cachés à la vue d’une société qui n’a que faire d’eux et à qui ils sont inutiles. Maitland, incursion de l’extérieur, leur apporte une forme contrôlée « d’abondance » grâce aux « trésors » stockés dans le coffre de sa Jaguar. Usant de son pouvoir transitoire d’améliorer l’ordinaire et des compétences qui en font un dominant dans le monde de la compétition, Maitland prend partiellement le contrôle du petit groupe et l’utilise à ses fins, raisonnant comme un habitant des étages supérieurs descendu par inadvertance au bas de la pyramide sociale. Tous n’en sortiront pas vivants.

Tenant autant du conte ou de la fable que du roman, "L’île de béton" est un texte convaincant, bâti en crescendo, qui mêle habilement visions réelles et effets du délire fiévreux pour imposer au lecteur l’image de l’épreuve d’un homme qui découvre combien il est facile pour quiconque de chuter hors de l’organisation sociale, à quel point il n’y a plus rien a attendre de celle-ci une fois dehors, et comment il est impossible d’échapper aux relations de pouvoir et de domination.
On y croise des personnages intrigants, torturés et brisés, qui, tels des fantômes ou des rats, vivent juste au-delà de la perception, si proches et pourtant invisibles, dissimulés derrière le voile d’ignorance que le monde moderne pose sur tout ce qui ne s’y adapte pas.
On s'y interroge sur le risque, non anecdotique, de les rejoindre.

L’île de béton, JG Ballard

lundi 22 avril 2013

Tir au pigeon


"Traqueur stellaire" est une nouvelle de Guillaume Stellaire, tenancier du blog Traqueur Stellaire justement et membre fondateur du Prix Planète-SF des blogueurs, lisible dans le numéro 20 de l'excellente revue Géante Rouge.

Dans une forme skirmish de SF militariste, Stellaire emmène le lecteur à la suite d’un ex humain modifié pour le combat, un exterminateur d’aliens efficace et totalement amoral, ce que le sergent Hartman aurait nommé « un prêtre de la mort priant pour la guerre ».

Dans un univers humain dominé par la mégacorporation UGIT, qui assure transport et logistique spatiale, guerre, extermination, et colonisation, sont les trois sources de la croissance économique (une idée pour notre PR ?).

De combat en combat, mais surtout de massacre en massacre, le Traqueur Stellaire se déplace comme dans un rêve éveillé et sanglant, jusqu’à la découverte de l’inimaginable vérité.

Le récit humano-centré, le contact uniquement guerrier avec des aliens dont on ne connaît jamais la réalité essentielle rappellent, en version très courte, l’ambiance de « La guerre éternelle » d’Haldeman.

Traqueur stellaire, Guilaume Stellaire

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

dimanche 21 avril 2013

Non ignoravi me mortalem genuisse


Madrid, 2109. Bruna Husky, détective privée réplicante, est attaquée chez elle, un matin de gueule de bois, par une voisine, réplicante aussi, qui tente de l’étrangler avant de se suicider en s’arrachant un œil. Pourquoi un tel acte d’une femme inconnue, seulement entrevue une ou deux fois ? Pourquoi les paroles démentes qu’elle a prononcées en commettant son geste désespéré ?

Quand un auteur de blanche s’essaie à la SFFF, le résultat est, le plus souvent, anodin ou pompeux. Ce n’est pas le cas ici et, avec "Des larmes sous la pluie", Rosa Montero passe plutôt bien la frontière du genre.

2109 donc. La Terre est la nôtre, juste moins hospitalière et plus désespérée. Le siècle à venir a connu la montée des eaux, une pollution mortifère de l’air, la disparition des dernies ours polaires, les « Plaies », les « Guerres Rep. », les « Guerres Robotiques » - rien que nous ne puissions réellement connaître. Epuisée, ce qui restait de l’humanité a créé les Etats-Unis de la Terre, démocratie balbutiante qui cherche à promouvoir un intérêt général mondial dans un monde où les nations n’existent plus et où des inégalités inimaginables encore aujourd’hui existent. Face à cette entité politique globale, deux Etats fanatiques, l’un religieux, l’autre platonicien, constitués dans d’immenses stations orbitales. Entre les trois géants, une nouvelle guerre froide qui se réchauffe de temps en temps.

Et bien sûr (d’où le titre du roman, tiré du dernier monologue de Roy Batty), des « réplicants », terme dépréciatif pour désigner les techno-humains, organismes synthétiques humanoïdes créés en laboratoire et construit en usines pour servir de combattants, entre autres. Dotés d’une durée de vie de 10 ans, ils succombent ensuite très vite à une maladie mortelle et incurable connue sous le nom de Tumeur Totale Techno ; comme les humains, les technos savent qu’ils sont mortels, mais ils connaissent à quelques jours près la date de leur mort ce qui en fait des êtres vivant sans cesse au bord du désespoir, solitaires, excessifs, souvent alcooliques. Après maints troubles passés, les membres cette nouvelle espèce synthétique ont acquis une citoyenneté pleine avec la Constitution de 2098, et, après un temps de service obligatoire, sont libres de mener leur vie comme quiconque. Mais la méfiance demeure, l’hostilité de certains humains est vive, et les spécistes militent pour la suprématie humaine et demandent l’extinction de l’espèce techno par l’arrêt de leur fabrication et l’enfermement de ceux existant déjà. Face aux suprématistes, un mouvement radical réplicant pas plus ouvert ni tolérant.

S’inspirant du film « Blade Runner » (explicitement cité) plus que du « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » de PK Dick, Montero crée un monde très réaliste qui rappelle immanquablement celui du film de Ridley Scott. Ce monde est sans doute la plus belle réussite de Montero. Il fait vrai. Il fait dense. A moins de cent ans de nous, la Madrid du roman est technologiquement avancée, et les différences sautent aux yeux, mais les innovations techniques reposent sur une ville qui a une profondeur historique. L’empilement des strates temporelles et techniques successives, qui était la marque du film, est perceptible ici. La coexistence de zones urbaines vétustes et dégradées et de quartiers flambant neufs est manifeste ici, marquant les inégalités et les frontières sociales.

Et dans ce monde, il y a toute une vie, proche de nous et lointaine à la fois. Il y a des vieux quartiers, des bars, des tramways, un métro parfois en grève, etc. Il n’y a pas de voitures volantes, mais des taxis robots, des livreurs robots, des armes à énergie. La ville est truffée d’écrans publics sur lesquels chacun peut poster messages personnels ou vidéos. Il y a aussi des journalistes guère plus éthiques que les nôtres, des flics guère plus compétents, des politiciens guère plus honnêtes.

Madrid et le monde vivent, bougent, grouillent, respirent, dans un réalisme futuriste très réussi.

Dans ce contexte, Montero développe une histoire de conspiration et de détective assez classique mais bien menée. Les pelures d’oignons du récit se dévoilent les unes après les autres ; faux-semblant et double jeux abondent. Difficile de dire à qui se fier, et d’accorder sa confiance sans faire une erreur fatale. Efficace et rythmé, le récit emporte le lecteur, d’autant que les personnages ont une épaisseur suffisante pour être crédibles et intéressants. On regrettera juste une fin trop rapide qui donne l’impression que l’auteur voulait clore vite son histoire et expliquer ce qu’il en était aux lecteurs les moins perspicaces, ainsi que quelques rebondissements un peu trop spectaculaires. Mais ce sont là des défauts mineurs qui ne nuisent que peu au plaisir de l’histoire.

Clairement SF mais assez documenté et abordable pour pouvoir toucher un public plus large qui y entrera par le biais de l’enquête, "Des larmes sous la pluie" est un roman plaisant et prenant, tant pour les lecteurs de SFFF que pour les amateurs de polars plus conventionnels. Un pont entre deux mondes.

Des larmes sous la pluie, Rosa Montero

lundi 15 avril 2013

Crépuscule


Fin de la très belle adaptation du Do androïds dream of electric sheep de PK Dick par Parker.
L’ensemble forme une œuvre de grande qualité qui respecte l’originale (au mot près) en lui donnant une nouvelle forme très plaisante à l’œil. Ce que Ridley Scott avait fait pour les lecteurs (permettre de voir) en oubliant le plus gros du texte, Parker le fait ici en ne s’en éloignant jamais d’une virgule.

Après la fin du t5, le 6 ne pouvait être que sinistre, il l'est.
Deckard doit terminer sa mission et éliminer les derniers réplicants ( bien moins charismatiques que les héros de Blade Runner). L’empathie n’est décidément pas leur caractéristique principale, Pris le prouve sur une araignée, Rachel sur (ne spoilons pas) ; celle de Deckard se développe au-delà de ce qui serait sain pour un chasseur comme lui.
Le monde apprend la vérité dissimulée sur l’illusion du mercérisme mais qu’importe ? Inutile qu’une parole soit vraie pour qu’elle soit crue, l’expérience sensible le montre quotidiennement. Un changement sortira-t-il de cette révélation ? Peu probable. Les humains doivent être supérieurs.

Dans un monde qui ne se préoccupe pas d’eux tant il a d’autres problèmes vitaux, restent Deckard, bien fatigué, et Rachel Rosen, bien plus réplicante que dans le film.

Do androïds dream of electric sheep, t6, Parker, Blond

dimanche 14 avril 2013

Anamnèse de Lady Star, L.L. Kloetzer


"Anamnèse de Lady Star", le nouveau roman des L.L. Kloetzer qui sort ces jours-ci, c'est bien, c'est très bien, vraiment bien (rappelons que les Kloetzer avait obtenu le premier Prix Planète-SF des blogueurs pour Cleer, leur précédent ouvrage).

Mais je ne peux pas dire pourquoi c'est bien, ni comment c'est bien, juste répéter encore une fois que c'est bien. Car ma chronique sera dans le Bifrost n° 71, et elle ne reviendra ici qu'un an après la sortie de la revue (c'est à dire, pfff...).

Je peux au moins donner le résumé de couv' car celui-ci est disponible partout :

Le Satori a balayé l’humanité.
Le plus grand crime jamais commis sur Terre. Un attentat. Une pandémie terrifiante, laissant un monde exsangue, transformé. L’arme utilisée : la bombe iconique. Les coupables en ont été retrouvés, jugés et exécutés. Mais certains se sont échappés.
Parmi eux, une femme, leur inspiratrice, leur muse. Sa simple existence est un risque : tant qu’elle vit, la connaissance menant à la bombe vit aussi. Elle a disparu, ne laissant aucune trace, pas l’ombre d’une ombre. Des hommes disent pourtant l’avoir rencontrée : savants, soldats, terroristes, ermites… Ont-ils rêvé ?
Voici le récit d’une enquête, d’un jeu de pistes, de l’Asie à l’Europe, des terres dévastées jusqu’aux sociétés hyper-technologiques de l’après-catastrophe, mais aussi dans les archives digitales de notre futur. Avec le plus fou des enjeux : refermer la boîte de Pandore.

Voila. Rien de plus. Sinon voici ce qui m'attend :

vendredi 12 avril 2013

Du pain sur la planche


Lausanne, 2035. Un tueur en série assassine les membres les plus éminents de Grown Assurances, géant du secteur et promoteur des implants cérébraux IMProve. Ces implants accélèrent de manière importante capacités cognitives et computationnelles. Ce faisant, ils creusent une fracture s’élargissant entre implantés et « indigènes », et même entre possesseurs de générations successives. Qui assassine les pères de la puce IMProve ? Comment fait-il pour déjouer tous les moyens de surveillance ? Et pourquoi ces meurtres ? Sur la trace du tueur, un couple de flics au bout du rouleau, et deux agents privés de la compagnie.

Dans "33ème itération", le premier roman vraiment publié d’Yvan Bidiville, il y a une bonne idée. Très bonne même. Une idée qui, bien que différente, n’est pas sans rappeler celle de Gevulot développée dans le Voleur quantique. C’est donc une vraie belle idée de polar SF qu’a eu l’auteur.

Malheureusement, elle n’est pas mise en valeur par le roman.

D’une part, elle n’est pas assez utilisée, ni durant l’enquête, ni une fois que l’inspecteur a compris ce qu’il en était (ne pas spoiler signifie rester cryptique). L’auteur aurait pu imbriquer les poupées gigognes des indices incohérents jusqu’à la folie, il ne l’a pas fait.

D’autre part, elle se présente sur un background qui n’est guère plus qu’un décor alors qu’il y aurait eu matière à l’utiliser pour enrichir l’histoire (ne serait-ce que dans le cas des mercenaires musulmans par exemple et des intrications que ce cas pouvait présenter).

Enfin, et surtout, le style écrit a élevé un véritable mur entre l'histoire et moi. Le début est terriblement décevant sur le plan de l’écriture, presque rédhibitoire. Maladroit, convenu, on sent la volonté d’utiliser tout le vocabulaire du dégout, mais il manque le haut-le cœur stylistique de la révulsion. On est très loin du Lovecraft de « Horreur à Red Hook ». Le problème est identique lors des descriptions des hallucinations : volonté de bien faire, mais résultat décevant. Lausanne n’est visiblement pas l’Interzone. Par la suite, ça s’améliore un peu mais le style reste très appliqué, grammaticalement correct, et n’approche jamais la nervosité requise par ce type de récit. De plus, l’accumulation des métaphores, la plupart malheureuses, et certaines presque puériles, joue aussi contre un texte qui aurait mérité beaucoup de corrections.

Je ne doute pas que le contexte décrit (Suisse fasciste, islamophobie, corporation ordurière, flics anti-émeute abrutis et shootés, enquêteur noir au grand dam des racistes, gentils indignés pacifistes, il y a même un couple de lesbiennes, ne manque que le raton laveur) ait participé à l’accueil plutôt favorable qu’a reçu le roman, tant toutes les stations du calvaire vigilantiste ont été parcourues. Il m’en faudra plus.

Stylistiquement très imparfait, "33ème itération" a pour lui une idée originale. Ce n’est pas le cas de tous les romans publiés. A suivre donc. Mais avec grande prudence.

33ème itération, Yvan Bidiville

L'avis (plus positif) du Traqueur Stellaire

jeudi 11 avril 2013

Cacarinettes


"The Tale of Raw Head and Bloody Bones", le premier roman de Jack Wolf, vient de sortir en France sous le titre Misericordia (si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi, je suis preneur). C’est un beau roman mais je m’y suis finalement ennuyé, comme on s’ennuie face à un beau visage qui ne raconte rien.

Misericordia est un pastiche finement réalisé de littérature du XVIIIème siècle. De ce point de vue, le roman est une réussite stylistique. Joliment écrit dans le style précieux de l’époque, historié de termes surannés, doté même d’une graphie qui fait la part belle aux majuscules sur les noms communs, Misericordia pourrait, sans trop de difficulté, passer pour écrit à l’époque. D’autant que le fond est à l’avenant.

Misericordia évoque immanquablement le classique anglais « Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme » par son côté dilettante (si le héros de Misericordia se prénomme Tristan, ce n’est sûrement pas un hasard). On y assiste aux tribulations d’un gentilhomme anglais, membre de cette gentry oisive et souvent piquée de science qui fit les enclosures et amena le Révolution Industrielle. Caractéristique d’une époque qui vit le monde basculer de l’obscurité aux Lumières, Tristan cherche à comprendre le monde, se passionne pour les débats des philosophes (Locke et Descartes en tête) sur la nature de la conscience et l’existence de l’âme, devient un anatomiste compétent, tente de devenir médecin, et cherche causes et traitements possibles de l’attaque cérébrale. Il vit une excessive histoire d’amour qui rappelle, comme l’affirma Paracelse, que « c’est la dose qui fait le poison ».

Portant blanc de céruse et perruques, les protagonistes de l’histoire assistent au passage du calendrier julien au grégorien, tentent d’améliorer les lois du pays en donnant notamment des droits aux juifs, guerroient et s’inquiètent de la France, vont au bordel et mangent des tourtes dégueulasses (pas forcément dans cet ordre). On commence à transformer la Nature d’une manière qui préfigure les temps à venir. On s’y soucie beaucoup de manières, de respect des conventions, de hiérarchie sociale, de virginité, de mariage et donc de mésalliance.

Un seul problème, mais de taille, Tristan est un schizophrène dangereux. Brillant certes, brulé d’une passion pour la connaissance, mais souvent délirant (au sens psychiatrique), fasciné par la douleur, manipulateur et peu compatissant (même si sur ce point il y a des contre exemples).

Tout ceci, vu ou entrevu, m’a ravi pendant le premier tiers du roman, puis j’ai commencé à me lasser. D’une part, le récit devient de plus en plus étrange au fur et à mesure de la perte de contact avec la réalité que subit son narrateur. Ca, ce n’est pas grave, ça pourrait être le point, et ça semble en être une partie. Mais ce qui m’a véritablement conduit à un ennui de plus en plus excédé, c’est l’absence de direction donnée par Wolf au roman. Misericordia ne fait que suivre, brillamment peut-être, la dérive de son « héros » sans grand crescendo dans la tension ou en y mettant tant de longueurs que ça l’aplanit, et en n’utilisant tout le background historique et philosophique jamais autrement que comme un background, à mon grand regret. Après avoir cru plusieurs fois que j’avais saisi le point du roman et où voulait en venir Wolf, j’ai fini par admettre qu’il n’avait pas d’autre bût que de me faire assister au grand désarroi du malheureux Tristan Hart dans un monde en transformation.

Certains romans racontent l’histoire d’un homme qui fait, d’autres celle d’un homme qui est. Clairement Misericordia est de ce second type qui, ici, ne me convient guère, tant j’aurais aimé qu’il fasse et tant j’ai attendu en vain.

The Tale of Raw Head and Bloody Bones, VF Misericordia, Jack Wolf

mercredi 10 avril 2013

Hey ho hey ho From home to Mars I go


Chacun sait bien que le premier voyage vers la Lune a été réalisé par un groupe d’aventuriers déterminés et audacieux à bord d’un obus de canon creux tiré par la bouche à feu la plus énorme de l’Histoire de l’Humanité. Le canon utilisé par les explorateurs, construit pour des raisons pratiques en Floride, s’inspire des Columbiad américains, canons de défense côtière de gros calibre, d’où le titre de la nouvelle de Baxter.

Car ce que nous raconte le grand Stephen ici, c’est la suite méconnue de cette histoire, le voyage vers Mars en solitaire de Impey Barbicane, toute déception bue après son voyage lunaire.
Baxter profite de l’occasion pour rendre un hommage moqueur aux erreurs scientifiques les plus flagrantes de Verne, et pour asséner un ultime coup sur la tête du pauvre Barbicane qui rêvait encore de Nature et de vie martiennes. Barbicane et Curiosity, même combat !

Un texte amusant et référentiel, guère indispensable mais pas à éviter pour autant. Et pour le prix modique de 0 € jusqu'au 30 avril, pourquoi passer au large ?

Columbiad, Stephen Baxter

Cette nouvelle participe au Challenge JLNN

mardi 9 avril 2013

Rape culture


La deuxième installation de la série « L’homme de l’année » est un bon cran en dessous de la première. Il faut dire que celle-ci avait mis la barre très haut, mais je regrette d’être encore une fois déçu par un Corbeyran qui, de plus en plus souvent, se banalise atrocement.

1431 décrit la quête de deux capitaines de Charles VII , devenus écorcheurs après la guerre, sur les traces du traitre qui livra Jeanne d’Arc à l’ost godon, en empêchant son retour dans la place-forte de Compiègne. Enquête (trop) simple, passage en revue des différents proches de la pucelle, interventions récurrentes d’un Gorge Profonde médiéval, jusqu’à un twist final capillotracté. Il manque un personnage à cette histoire qui, pourtant, est sensée nous raconter la vie de « L’homme de l’année ». Ici, celui-ci est caché, on le cherche, et il nous manque bien, comme au récit.

Néanmoins, on peut trouver une vraie qualité à cet album, c’est le dessin de Horne. Epuré, très peu encré, les planches sont une succession de très belles aquarelles, si peu polychromatiques qu’on pourrait presque les qualifier de lavis. L’architecture médiévale est superbement rendue ; châteaux, maisons à colombage, églises, s’offrent, plus vraies que nature, à l’observation. Parallèlement, la plupart du temps, les décors se fondent à l’arrière pour laisser au premier plan les personnages. Du background, et souvent de l’obscurité, surgissent en pleine vue les acteurs de l’époque. Du bien beau travail.

L’homme de l’année, t2 1431, Corbeyran, Horne, Froissard

jeudi 4 avril 2013

Le voleur quantique


Sous une couverture assez ignoble, Bragelonne a sorti récemment en français "Le voleur quantique", premier roman brillant imho de Hannu Rajaniemi.

Je l'avais chroniqué ici, puis sa suite non encore traduite là.

J'avais aussi interviewé l'auteur.

Guillaume Stellaire n'a guère aimé, schisme en vue au sein du jury du prix Planète-SF des blogueurs :)

Le voleur quantique, Hannu Rajaniemi

Cloud Atlas (le livre)


Alors que beaucoup ont vu et apprécié l'excellent film qu'est l'adaptation du Cloud Atlas de David Mitchell par les Wachowski, je rappelle que c'est aussi et d'abord un excellent roman chroniqué ici. A lire enVO si posible imho, sinon en français, sous cette couverture que les filles du marketing ont décidé d'affubler de personnages du film comme si le roman était une novellisation.

Et j'avais tort de craindre le pire. L'adaptation est brillante.

mercredi 3 avril 2013

King of the Hill


Pour la règlementation française, un I.G.H. est un immeuble de plus de 50 mètres s’il est à usage d’habitation. Il est soumis à des règles de sécurité spécifiques. "I.G.H.", c’est aussi le titre français du roman de JG Ballard, High Rise, roman qui « conclut » la Trilogie de Béton de l’auteur (Crash !, L’île de béton, I.G.H.).

Dans la banlieue de Londres, un immeuble de 40 étages, partie d’un grand ensemble récemment terminé, abrite 2000 occupants (dont tous font partie de la fraction aisée de la population, upper middle class, et lower upper class) dans un espace luxueux, moderne, fonctionnel, et quelque peu aseptisé. L’immeuble comprend bien sûr des appartements, mais aussi des piscines, un toit terrasse, un centre commercial, un restaurant, une école. Ce type d’habitat collectif, et le type de population qu’il attire, évoque les créations de Le Corbusier, qui, à Marseille et sur moins d’étages, créa la Cité Radieuse en 1952. Il illustre l’utopie de l’unité d’habitation comme lieu de vie total où « tout » pourrait se faire hormis travailler. Mais ici tout dérape.

 Très vite, à cause des incivilités des uns et des autres et des défauts techniques du bâtiment, les tensions se cristallisent entre les trois « classes sociales » qui se partagent l’immeuble : les « petits » dans les étages inférieurs, les « grands » au sommet, et les « moyens » entre les deux. Ces tensions sont attisées par les nuisances que représentent inévitablement, pour ceux qui n’en ont pas, les enfants du « bas » ou les chiens du « haut ». De petits incidents de voisinage en conflits de plus en plus graves et ouverts, les habitants semblent régresser vers un état de barbarie. La violence s’installe dans l’immeuble, des groupes quasi tribaux se forment, des « zones » sont conquises, contrôlées, défendues, perdues. Progressivement, même l’organisation tribale s’étiole, et ne subsistent que de très petits groupes, presque familiaux, qui s’installent dans une économie famélique de chasseur-cueilleur en pillant les appartements désertés par des propriétaire en fuite ou morts. Certains perdent jusqu’à la parole, d’autres la vie, et tous la plus grande part de leur vernis civilisationnel.

Le lecteur suit cet effondrement à travers les pérégrinations d’un représentant de chaque milieu, Royal pour le « haut », Laing pour le « milieu » et Wilder pour le « bas ». A la toute fin, on comprend que le problème commence dans l’immeuble voisin. Comme souvent chez Ballard (on notera que le néfaste Docteur Pangbourne du dernier étage est le nom que Ballard donnera à la Gated Community de Sauvagerie), la vie moderne brouille la pensée humaine et ramène l’homme vers une folie barbare qu’il croyait avoir vaincue. Soit. Ca paraît sensé.

J’ai néanmoins toujours eu un problème avec ce roman que je lis pour la seconde fois. La dégénération me paraît trop rapide (un an environ). Elle me paraît impossible à croire dans un milieu d’où chacun peut partir quand il le souhaite. Que des hommes revenus à la bestialité se battent pour des cages d’ascenseurs, pourquoi pas ? Mais pourquoi ne quittent-ils pas les lieux ou ne préviennent-ils pas les autorités avant d’en arriver là, lorsqu’ils sont encore des gens à peu près normaux, et alors que beaucoup sortent pour aller travailler (même si ça cesse à la fin), et que l’anormalité de leur situation leur saute donc au visage tous les jours à l’extérieur, d'autant qu’il serait facile de s’y confier ?
Dans Sauvagerie, les « sauvages » sont, d’une certaine manière, « enfermés ». Dans « Les monades urbaines » de Silverberg, il n’y a nulle part où aller hors de l’immeuble et le champ de lutte est donc entre les murs. Dans Sa majesté des mouches, l’espace de l’île est clos de fait ; c’est donc là que s’affrontent les groupes en conflit. Même dans le raté La maison qui glissait, d’Andrevon, la fugue de l’immeuble dans une autre dimension explique la dynamique qui s’y instaure. Ici, j’ai beau essayer, je ne comprends pas pourquoi le champ de lutte est circonscrit à l’immeuble, pourquoi la fuite, l’exil n’est pas possible, pourquoi le monde (sous la forme des autorités) n’est pas convoqué dans l’immeuble. On dira que Ballard écrit une allégorie à valeur symbolique et théorique. Certes. Mais le cadre dans lequel il la place rend la suspension d’incrédulité presque impossible.

Disons pour finir que j’ai des amis qui vivent à la Cité Radieuse et d’autres au Grand Pavois, et qu’il ne m’a jamais semblé que ce que décrit Ballard avait la moindre chance d’advenir dans le réel. Ca n’aide pas ma crédulité.

I.G.H., JG Ballard

mardi 2 avril 2013

Pas mort, pas ressuscité


Dans le recueil "Dernière visite avant le Christ", de l’écrivain espagnol Juan Miguel Aguilera, il y a quatre nouvelles dont une.

Dernière visite avant le Christ est un récit de voyage temporel payant. Quand de trop nombreux groupes de badauds temporels vont assister à la crucifixion simultanément (au point qu’il y a plus de touristes que de romains et d’hébreux dans la foule), il ne faut pas s’étonner de voir le service se dégrader et des catastrophes survenir. Comment le capitalisme ploutocratique, après avoir pollué les espaces terrestres, pollue les évènements historiques. Loin du sérieux du « Ecce Homo » de Moorcock ou, dans un genre différent, du « Jesus Video » d’Eschbach, Aguilera livre ici une nouvelle légère et amusante que n’aurait pas reniée Silverberg.

Puis il y a les trois autre récits. Pompeux, bavards, scientifiquement douteux dans une version phlogiston, écrits de manière trop basique et jamais sauvés par l'humour décapant de Dernière visite avant le Christ, ils déçoivent d'autant plus que le premier texte avait fait très bonne impression.
Dommage. A lire pour la première nouvelle.

Dernière visite avant le Christ, Juan Miguel Aguilera

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lundi 1 avril 2013

Une lecture urgente

POISSON D'AVRIL


En ce 1er avril, et parce qu’il n’y a pas que la SFFF dans la vie, je veux vous parler d’un livre qui a changé ma vie et celles de tant d’autres, « Ma médecine naturelle », le manuel de longue vie saine de la célèbre praticienne Rika Zaraï.

La vulgate a souvent résumé la pensée de Zaraï à ce « bain de siège à l’eau froide » dont les vertus relaxantes ne sont plus à démontrer. Erreur grave. Il y a bien plus dans la pensée de madame Zaraï. Il y a les bases d’un changement radical de paradigme sur la santé et la maladie. Il n’y a qu’à lire la fulgurance suivante pour comprendre que Zaraï a apporté bien plus que le bain de siège à la connaissance humaine : « Contrairement à une opinion largement répandue, la vie ne réside pas dans le monde animal mais dans celui des végétaux. Les bêtes n’ont que leur chair morte à nous offrir. Certes, elle contient des protides, mais des protides usés, sans compter les poisons engendrés lors de sa digestion. Les plantes, elles, sont dépourvues de matières toxiques ». Socrate sera heureux de l’apprendre.

Voilà donc comment vivre vieux et heureux en mangeant des plantes (dommage pour elles, il faut toujours que quelqu’un paie la note, there’s no such thing as a free lunch) : « L’acide urique prend ses jambes à son cou à l’approche de l’oignon et du raisin... L’asthme s’évanouit devant la grenade... Le diabète détale à la vue des oignons, artichauts, betteraves, olives, huile d’olive, noisettes, noix et amandes... Les faiblesses du pancréas ne résistent pas à l’attaque de l’aubergine... La chute des cheveux s’arrête net devant le cresson... etc. ». On notera le ton martial qu'impose une vraie attaque de la maladie.

Mais il n’y a pas que les problèmes chroniques, les douleurs aigues aussi peuvent bénéficier de la pharmacopée du Docteur Zaraï. Guérir les séquelles d’un dramatique accident de voiture grâce à l’argile, aux tisanes, et à l’huile de pépins de courge… Zaraï l'a fait. Si Ballard y avait songé, Cronenberg nous aurait-il épargné Crash ?

Disons pour terminer que les vertus de l’argile ( « [l’argile] est une force intelligente, bienfaisante... Traitée par l’argile une plaie purulente guérit à un rythme étonnant... L’argile va où est le mal ! Utilisée en usage interne, aussi bien par voie buccale, anale ou vaginale, l’argile se dirige vers le foyer morbide et s’y fixe parfois pendant plusieurs jours pour finalement entraîner pus et sang noir dans son évacuation ») sont injustement ignorées par l’impérialiste médecine allopathique, et que rien ne vaut la posture « en chandelle » de yoga qui stimule l’activité cérébrale et embellit la chevelure (mens sana in… ?) car « la surface de la planète est chargée de courants négatifs que nous recevons durant toute notre existence par l’intermédiaire de nos pieds, et que l’espace est porteur de courants positifs qui nous parviennent par la tête. En position inversée, et ceci pour le plus grand bien, la tête recueille les courants négatifs et les pieds les courants positifs ». QED.

Je ne dévoile pas plus. A chacun de suivre son chemin.

Je remercie vivement Michel Rouzé dont l’article m’a évité de longues recherches et qui a su me guider dans la compréhension intime de ce qu'il convient de nommmer la Révolution Zaraï.