mardi 24 décembre 2013

Baku et Mara in utero


Dans "La mort en tête", Sire Cédric remet en scène ses deux personnages fétiches, Alexandre Vauvert et Eva Svarta. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, et ils auraient eu tort, Vauvert et Svarta sont deux enquêteurs de la police que les hasards des affaires traitées, et semble-t-il quelques dons personnels, ont progressivement amené à découvrir la face mystérieuse, ésotérique, et souvent hideuse, de la réalité. Mais Vauvert et Svarta ne sont pas que cela. Ils sont aussi un homme et une femme, que leurs particularités et leurs épreuves ont rapprochés au fil du temps. Tellement rapprochés que l’amour a frappé à leur porte et qu’Eva Svarta est aujourd’hui enceinte des œuvres d’Alexandre. Grumf !

Là, j’ai commencé à m’inquiéter. Comment éviter le syndrome Clair de Lune ? Qu’allait devenir le style assez gore de Sire Cédric ? Comment allait-il gérer ce changement dans la vie de ses personnages récurrents qui va de pair avec l’accroissement irrépressible de sa popularité ? Amour, gloire et beauté, le risque de dérapage était grand. Sire Cédric allait-il devenir pour moi le nouveau Franck Thilliez ?

Je sors aujourd’hui de "La mort en tête" en partie rassuré, en partie seulement.

Le début du roman m’a terrifié. Eva et Alexandre s’aiment, elle est enceinte, ils sont ensemble pour un week-end à Paris chez elle, car lui vit toujours à Toulouse. Et que je t’aime, et que tu m’aimes, et que nous nous aimons, et que je suis enfin heureux, et que je porte le vie, et…  La relation fusionnelle d’Eva et Alexandre, plus ou moins justifiée à la fin du roman, est infiniment trop romantique, et surtout trop explicite voire didactique, à mon goût et je commençais à craindre de devoir la supporter sur ce ton pendant 500 pages. Heureusement arriva le tueur pour mettre un peu d’ordre dans tout ça et calmer les ardeurs amoureuses des deux tourtereaux.

Car dans ce roman, Svarta et Vauvert, alors qu’ils enquêtent sur deux affaires distinctes, deviennent les proies d’un tueur en série, machiavélique et brillant, qui, comme diraient les profilers d’Esprits Criminels, est « en train de perdre le contrôle ». C’est donc cette fois pour tenter de survivre que les enquêteurs doivent traquer une proie qui a commencé par se rêver dans le rôle d’un chasseur.

Et là, le roman raccroche avec ce que j’aime bien chez cet auteur, l’urgence, le stress et l’accumulation. Svarta et Vauvert doivent en effet lutter contre un fou qui veut leur mort, mais aussi tenter de se sortir d’une machination, liée à leur activité policière, qui pourrait les envoyer en prison pour très longtemps. Des chapitres très courts, une action rapide et progressivement de plus en plus intense, une vraie tension. Cédric s’éloigne ici de Masterton pour approcher du style d’un Jean-Christophe Grangé par exemple. C’est simple, rapide, efficace, diabolique. Alternant les points de vue des deux flics avec celui de leur chasseur, il donne au lecteur une insider view qui amplifie son stress car il le place aux premières loges pour voir l’acharnement de l’ennemi et la construction minutieuse du piège dans lequel il pousse ses victimes.

Même si ce nouveau roman est moins gore que les précédents, un poil moins graphique, et certainement moins fantastique (il aurait même pu ne l’être pas du tout sur ses fils principaux), on y retrouve le mix d’enquête policière et de progression fantastique que Sire Cédric arrive à lier de manière satisfaisante, et qui, pour la partie fantastique au moins, laisse entrevoir des développements à venir.

"La mort en tête" se transforme, avec l’entrée en action du tueur, en roller coaster qu’on ne peut plus lâcher jusqu’à son dénouement. Cela rachète une histoire d’amour bien trop sucrée et un fantastique qui, cette fois, est interne et non pas extérieur aux personnages.
Mais, à l'avenir, je veux revoir du gore et du malheur. Please. Show me show me show me how you do that trick, the one that makes me scream, I said.

La mort en tête, Sire Cédric

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