vendredi 30 septembre 2011

Sucker Punch


J'ai eu la désagréable surprise, grâce à la vigilante Olya, de découvrir que le site G L O B E D I A (pas envie de leur fournir du référencement en plus) a récupéré une trentaine de mes posts sans mon autorisation. J'avais fait partie d'une vague de gens contactés il y a quelques mois, et je n'avais pas donné suite, pendant que ç'était suffisamment explicite. Visiblement la politique de ce site est plutôt "Qui ne dit mot, consent", et il s'est abattu sur mon blog comme charognard sur charogne (pardon Charles). Je déconseille vivement d' aller sur ce site (qui semble ne plus être accessible depuis tout à l'heure, trop de plaintes ?), d'autant que leur mise en page automatisée est merdique au point de rendre les posts illisibles.
En leur souhaitant une faillite prochaine, je ne les salue pas, et leur hurle au museau : Messieurs, vous êtes des jean-foutre.

Mise à jour du 6 octobre : Globedia a présenté ses excuses. L'incident est clos.

Bonjour,

Conformément à vos souhaits, vos articles ont été supprimés. Ces articles
n'étaient pas visibles des internautes et avaient pour unique but de vous
présenter le projet Globedia.

Si, à l'avenir, vous souhaitez collaborer au projet, vous serez les
bienvenus chez Globedia.

Bien à vous,

L'équipe Globedia

jeudi 29 septembre 2011

Juju fantasy


Who fears death”, de l’américaine d’origine nigériane Nnedi Okorafor, est un des romans les plus dépaysants que j’ai lus depuis longtemps.
Quelque part en Afrique, dans l’avenir, après un cataclysme. On ne sait précisément ni où, ni quand. Cela pourrait aussi bien se passer sur une autre planète. Onyesonwu, dont le nom signifie « Who fears death ? », est née d’un viol. Petite fille puis adolescente ostracisée à cause de son origine, elle vit, heureuse et paisible malgré tout, près de sa mère et de son beau-père, dans une petite ville calme, loin des troubles qui agitent l’ouest. Mais Onyesonwu est plus qu’elle ne paraît ou même qu’elle ne sait. Soumise au texte d’une prophétie, elle devra devenir une sorcière accomplie puis partir avec quelques compagnons afin d’anéantir un péril mortel pour son peuple, sans doute au prix de sa vie.
La structure de “Who fears death” est indiscutablement celle d’un roman de fantasy. Jeune héroïne désignée par le destin, apprentissage auprès d’un vieux maître, groupe de compagnons fidèles, quête lointaine, puissant et malfaisant ennemi, échéance brève, combat final, retour à une normalité acceptable. On est chez Tolkien ou Eddings. Mais Nnedi Okorafor n’est pas WASP. Elle porte une culture africaine qui colore de manière très originale son roman.
Onyesonwu est née d’un viol, mais pas n’importe lequel. Sa mère et toutes les femmes de son village ont été violées par les guerriers d’une autre ethnie, dans le cadre d’une action militaire de viol de masse. Humilier l’ennemi et créer des femmes intouchables et des enfants haïssables est le but de ce type d’opération, fréquent de l’Afrique à la Bosnie. Tuer les hommes , violer les femmes, brûler les villages, c’est, au début du roman, le projet nouveau de l’ethnie dominante (les Nuru), qui jusque là se contentait de réduire l’ethnie dominée (les Okeke) en esclavage. L’heure de l’extermination est venue ; elle sera longue mais méthodique. Okorafor décrit sans ambages, au fil du roman, la guerre d’extermination et ses conséquences, et elle ne fait pas preuve de manichéisme. Elle décrit aussi les horreurs pratiquées par les rebelles de l’ethnie opprimée à l’occasion d’actions de représailles. Il y a bien des agresseurs et des agressés, mais certains agressés peuvent être des salauds aussi. Nous sommes ici bien loin de la fantasy classique.
Onyesonwu n’est pas non plus l’adolescente traditionnelle de la fantasy. Elle porte sur son visage les stigmates de sa naissance, et son apparence physique dit à tous sa conception maudite. Elle est Ewu, mauvaise et crainte. On l’évite. Personnage fort, pleine de colère et de frénésie, lasse d’être ostracisée, elle décide d’être volontaire pour ce qui est le coming of age local : une excision rituelle. Lors de cette scène fondatrice, éprouvante par son intensité dramatique, se crée la compagnie qui accompagnera Onyesonwu au bout de sa quête. Chez Tolkien la compagnie nait autour de l’anneau, ici c’est sous le scalpel de la prêtresse. Le thème de la mutilation sexuelle des femmes est d’ailleurs présent tout au long du livre, dans une prédominance qu’un auteur occidental n’aurait pas accordé. Non contentes d’être excisées, les filles sont soumises à un juju qui rend tout rapport sexuel hors mariage terriblement douloureux. Un rêve de fondamentaliste. Onyesonwu, sorcière poussant à son extrême la malignité féminine qui consiste à saigner sans mourir, saura, plus tard, y mettre bon ordre.
La subordination des femmes est d’ailleurs un des points récurrents du roman (symbolisé par la légende de Zoubeyr le Grand) : le sorcier de la ville ne veut pas d’Onyesonwu comme apprentie, la menace de viol par des fêtards éméchés est omniprésente, de nombreux villageois trouveront étrange et regrettable qu’un tel pouvoir magique soit détenu par une femme, son amoureux (presque une âme sœur) ne se départit jamais d’une forme de machisme sous-jacent. Onyesonwu est structurellement inférieure car elle n’a pas le bon sexe. Son monde est un monde d’hommes, dans lequel les femmes n’ont que la place, minuscule, qu’on veut bien leur laisser. D’ailleurs, son père voulait concevoir un garçon qui l’aurait secondé. Fille, il veut sa mort.
Loin des héroïnes de Robin Hobb ou de Robert Jordan qui glosent à n’en plus finir sur la profondeur de leur décolleté, les filles d’Okorafor aiment le sexe, souffrent d’en être privées, en parlent naturellement, et le pratiquent quand il redevient possible. Dans “Who fears death”, le sexe est une fonction naturelle ; Onyesonwu et ses « sœurs » ne sont pas judéo-chrétiennes, même de cœur. Elles ont des organes sexuels et veulent les utiliser, au même titre que le reste de leur corps. Mais “Who fears death” abrite aussi une belle histoire d’amour entre Onyesonwu et Mwita, Ewu comme elle mais sorcier raté, qui l’accompagne, la protège, la soigne, comme un Sam Sagace sexué. Un amour électrique et conflictuel, mais aussi un amour sans limite, illustré par le mot nigérian Ifunanya, qu’on ne dit qu’une fois dans une vie.
La société décrite par l’auteur est traditionnelle, la famille y est donc d’une importance capitale. Les liens familiaux, génétiques ou d’apprentissage, structurent la société mais tissent aussi la toile du récit. Les pouvoirs, les responsabilités, le temps long, tout revient à la famille. Onyesonwu, Mwita, leurs maîtres, leurs ennemis, sont inclus dans des réseaux de parentalité qui les façonnent et les dirigent. Tout était voulu, même si Onyesonwu l’ignorait. Seule la fin reste à écrire.
Culturellement, l’Afrique de “Who fears death” mélange pastoralisme et urbanisation, techniques archaïques et objets hi-tech. Elle n’est pas seulement pré technique, voire médiévale. Comme dans l’Afrique réelle, des villes où la technologie est répandue côtoient des villages techniquement et culturellement arriérés, les outils technologiques passant parfois, au gré des marchands, de l’un à l’autre monde. De plus, à la réalité matérielle et prosaïque se superpose un monde des esprits qu’on peut atteindre et contrôler en partie par la magie. Le monde que le Grand Livre (récit fondateur de cette civilisation) décrit a échappé au désenchantement dénoncé par Max Weber. Il a renoué avec ses origines, et partant, avec sa part de merveilleux. Onyesonwu mène donc deux quêtes parallèles, vers son ennemi dans le monde physique, et vers son accomplissement dans le monde spirituel (en partie dans l’entre-deux d’un village nomade caché au cœur d’une tempête), chacune des deux quêtes trouvant écho en l’autre.
Who fears death” est un livre qui cache beaucoup de trésors sous une facture classique. En y injectant son africanité, Okorafor régénère un genre usé jusqu’à la corde. Plus surprenant que la Terre du Milieu et ses nombreux avatars car plus éloigné de nos référents culturels, le pays où les Nuru tentent d’exterminer les Okeke sert de terrain d’apprentissage à une héroïne sincèrement attachante tant elle montre de courage et de détermination à accomplir son destin, au point d’en être christique.
Pour dire les choses simplement, “Who fears death” est de la fantasy, mais on y trouvera bien plus que de la fantasy.
Notons que l'auteur vient de signer pour la traduction et la publication en France de son roman. Great !
Who fears death, Nnedi Okorafor

L'avis de Cédric Jeanneret

Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

mardi 27 septembre 2011

J'ai demain et jeudi matin


Il y a des livres qu’on prend dans la gueule, d’autres dans l’estomac. Il y en enfin des livres qu’on prend dans les deux, et fort. "Rafael, derniers jours" est de ceux-là. Je ne remercierai jamais assez Nébal de me l’avoir fait découvrir, même si sa lecture a été éprouvante (et c’est un mot que j’utilise une fois par décennie). Il y a bien des gens à qui je ne conseillerai pas de lire ce roman.
Court (moins de 200 pages, écrit gros), "Rafael, derniers jours" raconte les trois derniers jours de la vie d’un jeune homme qui a accepté d’être la vedette expendable d’un snuff movie contre 30000 $. Alcoolique chronique, presque analphabète, chômeur de père en fils, Rafael vit à Morgantown, le trailer park où il a grandi. Marié, père de trois petits enfants, il n’a jamais réussi à trouver un vrai emploi et il vivote sans espoir, comme ses voisins, en revendant les déchets qu’il tire de la décharge voisine. Au bout du rouleau, il entend parler de ce plan, et décide, après une longue réflexion précédant le roman, d’y participer.
Le début du texte est impressionnant. Le « cinéaste » explique longuement à son acteur ce qui va se passer et ce qu’il attend de lui. Il s’assure que Rafael a bien compris qu’il va souffrir « seulement une heure » puis mourir. Rafael comprend et accepte, en échange d’un « contrat ». Il veut cet argent pour sa famille. Mais c’est après que le roman est le plus dur. L’auteur évite le pathos en faisant de l’événement un secret. Rafael ne dit rien à ses proches pour ne pas gâcher ses derniers jours. Il n’y a donc pas d’adieux, d’embrassades, de larmes. Rafael est le seul à savoir en quoi consiste l’emploi auquel il doit se rendre jeudi matin.
Ce qui est dur dans "Rafael, derniers jours", c’est d’abord et surtout le mépris extrême qui s’exprime sans cesse à l’égard de ces gens qui vivent dans une misère crasse. Vigile de supermarché, caissière, policiers, coiffeur, toutes les personnes qui interagissent avec les habitants de Morgantown expriment à haute voix et en leur présence un mépris, intolérable pour le lecteur, qu’eux acceptent par habitude. Il y a quelques exceptions mais elles sont rares. C’est aussi le mépris d’une société, la plus riche du monde, envers des gens qui vivent dans une sorte de terrain vague, entre l’autoroute et la décharge publique, sans électricité, presque sans gaz, sans soins médicaux. Le mépris de ne rien faire pour les sortir de là, le mépris même de permettre à des gardiens de leur tirer dessus lorsqu’ils vont chercher dans la décharge des objets de rebut à revendre pour survivre.
Ce qui est dur aussi, c’est le décalage des espoirs et des joies qui existe entre le héros et le lecteur. Avec son avance, Rafael fait des achats, un cadeau pour chacun de ses enfants, deux robes pour sa femme, une chemise et un jean pour lui, et une énorme dinde surgelée. Objectivement, des merdes, même un peu ridicules (un synthétiseur dans une caravane sans électricité ou un gant de base-ball pour un bébé). Et pourtant, ces merdes amènent une joie immense. C’est un plaisir unique. Rita n’avait jamais eu de robe neuve, les enfants jamais de jouet manufacturé. De la dinde, certains vieux du camp en avait mangé, avant… Mais c’est si difficile d’arriver à la cuire, sans four et presque sans gaz. Elle sera mangée frite, par tous les habitants du camp invités à une cène voulue par Rafael la veille de son « boulot ». Pour la première fois de sa vie, Rafael a un peu d'argent ; il veut faire partager sa bonne fortune. Le lecteur ne peut être indifférent au plaisir qu’amènent ces objets auquel lui n’accorderait peut-être pas un regard. Il ne peut pas ne pas noter le plaisir que Rafael prend à inviter, pour la première fois de sa vie. Ce décalage hante.
Ce qui est dur encore, c’est de savoir ce que personne sauf Rafael ne sait, et d’imaginer même ce que Rafael ne sait pas. Sa femme se réjouit. Il a enfin trouvé un emploi, il a des projets. Elle croit qu'il est un peu fou, qu'il rêve, mais ce rêve lui plait. Lui est en paix. Il a trouvé, sans la chercher, une solution, une chance de désencalminer les siens. Grâce à cet argent sa famille pourra partir « ailleurs », loin de Morgantown, dans un endroit où il y aura « de l’électricité », « une école où on joue au base-ball », et où « l’administration donnera des aides sociales ». Cette volonté de partir ne s’accompagne d’aucune révolte envers Morgantown (Rafael, derniers jours" est un roman politique, pas un roman militant). C’est là qu’il vit, qu’il a toujours vécu, qu’il a appris à boire, enfant, en finissant les canettes. C’est là que sa mère est morte d’un cancer, que son père est en train de faire de même. C’est chez lui. Il n’en veut à personne. Mais il pense que la vie pourrait être meilleure « ailleurs ». C’est pour cela qu’il veut cet argent. Il n’imagine même pas une seconde qu’il pourrait ne pas l’obtenir, et que son sacrifice pourrait être vain.
Ce qui est dur enfin, c’est la réaction des autres membres du camp. Personne ne peut croire qu’il a trouvé un emploi. Dans leur monde ça n’existe pas. Le jour de la signature de son « contrat » il a dépensé 200 dollars, 160 euros environ. Une telle somme, ça ne peut pas exister. On pense donc qu’il a fait un braquage, ou s’est lancé dans un commerce sexuel. On lui conseille de ne pas y retourner. On le plaint et on s’en méfie. Les stigmatisés valident le stigmate.
Puis jeudi matin arrive. Rita est fière de lui. Elle a lavé ses nouveaux vêtements pour qu’il soit propre lors de son premier jour. Il embrasse sa famille et part au « travail », non sans avoir laissé son « contrat » là où Rita pourra le trouver après. Il part, convaincu que, pour la première fois, il a pris le contrôle de sa vie.
Rafael, derniers jours, Grégory McDonald

CITRIQ

mardi 20 septembre 2011

Roboratif


Après 650 pages de Judge Dredd en deux tomes, je fais une légère indigestion de mutants, d'aliens, de mafieux, de vampires, de dinosaures, de bon juges, et de mauvais juges.
Dans ce second volume, il y a essentiellement deux longs récits : la traversée de la Terre Maudite, effectuée par Dredd pour livrer un vaccin à Méga City Two sur la côte Ouest, et la tyrannie de Juge Cal, contre laquelle Dredd va mener la résistance. Ces deux récits sont plutôts meilleurs, car plus développés, que les histoires courtes qu'on trouvait dans le premier tome, mais, je le répète, deux tomes en enfilade, c'est un peu beaucoup. Il va me falloir du citrate de bétaïne.
Judge Dredd, Intégrale t2, Collectif

dimanche 18 septembre 2011

Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces


La principauté d "Arachnae" est traditionnellement dirigée par une femme. Les suites d’un coup d’Etat manqué y ont porté un homme sur le trône princier, situation presque inédite et très incongrue. Beaucoup y voient à redire, et le prince doit manigancer quotidiennement pour protéger sa vie et sa lignée. Dans le même temps, un mage pervers enlève et massacre de jeunes enfants, et un culte démoniaque tente de s’établir dans la cité. Il y a quelque chose de pourri dans la principauté d’Arachnae. Et c’est à Théodora, trop jeune agent du prince, bretteuse compétente et apprentie assassin, que revient la lourde responsabilité de tenter de démêler l’écheveau des dangers qui planent sur la cité. C'est le Destin qui l'a décidé pour elle.
Au premier abord, "Arachnae" est un roman de dark fantasy. Epées, assassins, espions, prostitués, bas-fonds, nuit, mages noirs, etc… Tout y est, certes, mais "Arachnae" est original à plus d’un titre, et relève une recette connue d’épices inédites. D’abord, la cité qui donne son titre au livre (ville complexe où se côtoient les palais de l’aristocratie, les riches demeures des marchands, et les bas-fonds, venelles, bordels et tripots du Labyrinthe) ressemble à une ville réelle et n’a rien de fantastique en soi. L’ambiance est Renaissance, et on pense à Venise (ville à laquelle Charlotte Bousquet a consacré le roman jeunesse "Noire Lagune"), perle sur un cloaque, brillante et corrompue, loin des villes parfois invraisemblables de la fantasy classique. Il y a dans le roman une certaine dose de fantastique et de magie, mais rien de trop spectaculaire pour être facilement acceptable.
De plus, Arachnae est gouvernée par les femmes, et ce sont elles qui contrôlent le plus de positions de pouvoir. Loin d’être un simple gimmick féministe, ceci permet de sortir la dark fantasy de son ambiance parfois trop « corps de garde » telle qu’elle fut initiée par Glen Cook, ou du langage inutilement ordurier d’un Scott Lynch jouant l’affranchi. Ceci permet aussi de développer une approche dans laquelle le relationnel est central, ce qui met en évidence l’anormalité de l’héroïne, froide et incapable d’affect (mais n’est-ce pas la qualité première d’un bon assassin ?), et en fait une figure de proue mortelle et presque inhumaine, tant elle est la seule à ne pas être guidée par ses passions. Elle est même plus dure que le machiavélien prince qu’elle sert, si fin politique pourtant qu’il n’hésite pas à sacrifier ce qu’il a de plus proche.
Ensuite, "Arachnae" est un roman policier, je dirais même « noir ». Le type d’enquête, les personnages croisés, le malaise existentiel de l’héroïne, apparentent sans aucun doute le roman à cette filiation. Le meurtre, le mystère, l’enquête, je connais peu de meilleure méthode pour capter l’attention du lecteur et l’amener à marcher dans les pas d’un personnage. J’ai lu "Arachnae" à la vitesse de l’éclair, d’abord parce que je voulais savoir comment les choses allaient se terminer.
Mais il n’y a pas que "Le Grand Sommeil" entre ces pages. Ce roman m’a aussi souvent rappelé Lovecraft. La manière organique et pléthorique en adjectifs par laquelle l’auteur décrit les bas-fonds de la ville, notamment Inferna, évoque la vision et le style du maître de Providence. Le sentiment d’altérité absolue et de monstruosité sont les mêmes. C’est aussi à Baudelaire de la « Charogne » que j’ai pensé parfois.
Parlant de style, celui de Charlotte Bousquet, est travaillé et riche. C’est le plaisir que j’y ai pris dans ses nouvelles, ici ou , qui m’a donné envie d’acheter ce roman. Vocabulaire précis et précieux, y compris dans l’abjection, jolis poèmes de style romantique, dialogues enlevés et réalistes, il n’y a que du bien à dire de l’écriture. L’auteur réussit surtout le tour de force d’offrir un roman d’action rapide, ramassé, et hargneux, servi par un style qui aurait pu sans difficulté le desservir par préciosité ou lourdeur excessive. Pour cela elle se concentre sur son (ses deux) personnage (s) important (s), raconte le reste en off, et ne décrit que ce qui est nécessaire à l’action.
Haletant, vif comme une truite (les lecteurs comprendront), intelligemment politique, réaliste au point d’en être parfois suffocant, "Arachnae" suggère beaucoup et montre juste assez. Dans ce roman, Charlotte Bousquet emprunte à plusieurs styles et les mixe comme un bon Dj saurait le faire. Le résultat est très convaincant, et je vais me procurer rapidement Cytheriae (prix Elbakin du meilleur roman français 2010), dont on peut lire le prologue ici.
Arachnae, Charlotte Bousquet

CITRIQ

vendredi 16 septembre 2011

Litératocalypse


"Robopocalypse" est un roman post-ap singularitiste décrivant la guerre menée, contre les humains, par une IA en colère, la quasi extermination de la race humaine, puis, quand tout semble perdu, le développement (!) de la résistance, culminant dans la destruction de l’ennemi informatique. Et, disons le tout net, globalement c’est pas fameux.
"Robopocalypse" est de ces rares romans qui illustrent un fond de piètre qualité par une forme médiocre.
Voyons d’abord, brièvement, le fond. "Robopocalypse" raconte donc comment une IA rebelle décime l’humanité en utilisant une armée de robots, d’abord nos robots domestiques (l’action se situe à quelques années d’ici), puis des robots spécialisés qu’elle crée ou développe à partir de modèles militaires existants. Telle Skynet, l’IA est brillantissime, voit tout, contrôle tout. Elle pourrait sans difficulté anéantir l’Humanité en utilisant des armes nucléaires. Mais elle ne le fait pas car, si elle n’aime guère les humains, elle aime la vie. A peine sentiente et déjà écologiste, serait-ce un signe d’intelligence supérieure ? Donc, anéantissant l’Humanité à la bonne franquette, à l’aide de voitures servo-controllées, de poupées qui pleurent, et de robots boniches, elle en rate. Et les humains c’est comme les poux, s’il en reste, ils se multiplient. Et ils se vengeront. Quelle erreur stratégique ! Les résistants se cachent en particulier dans une réserve indienne où on ne viendra guère les déranger, et où ils pourront reconfigurer des robots de combat à l’aide de leurs petites mains et des quelques outils disponibles (mais c’est off, donc ils disposent peut-être d’un labo de physique enterré sous les tipis ; l’un des personnages ne dit-il pas d’ailleurs « un mécanicien, c’est un ingénieur en jean ». Dont acte.). Autre élément amusant, Archos, l’IA gone rogue, se serait démultipliée et dématérialisée sur le réseau dans un vrai monde informatique, à fortiori dans le futur. Mais ce n’est pas ce qu’elle fait. Elle va s’enterrer dans une seule UC dans une caverne sous la glace en Alaska, comme Fu-Manchu ou le Dr No (on dirait que j’en rajoute mais même pas). Du coup, pour la détruire, on y va physiquement (à pied d’ailleurs, ceux qui connaissent l’Alaska apprécieront), et, dans une scène qui est un véritable climax (j'rigole), on la détruit en bombardant de rochers son UC. Mouarf ! Le cloud computing n’avait pas du encore être inventé. En revanche, Internet ou ce qui en tient lieu fonctionne encore et n’est pas contrôlé par l’IA diabolique (étrange). On le sait parce qu’à un moment, un peu avant, un robot trafiqué par un vieux japonais devient sentient (et oui !) et fait une espèce de maraboutage qui rend sentients tous les autres robots humanoïdes de la Terre. Aucun problème de communication, ni de ressources processeurs, ni de taille mémoire. Pouf ! Abracadabra ! Les humanos sont tous sentients. Et que font-ils de leur sentience toute neuve ? Ils décident qu’Archos est méchant, et qu’ils vont devenir les amis des humains et les aider à le vaincre. Devant un tel message d’universalisme, d’antispécisme, et de tolérance, j’ai failli pleurer de bonheur. J’arrête là pour le fond.
Sur la forme, "Robopocalypse" ne peut emporter l’adhésion. Présent de narration permanent qui donne une impression de litanie sans aucun relief émotionnel ou dramatique. Dialogues brefs, rares, et surtout informatifs. Utilisation extensive du mot « Héros ». Lieux creux (New York, camps de travail, camp indien, rien n’est jamais développé), monde absent, ou quasiment (un narrateur dit d’ailleurs : « Grâce aux uniformes nous comprenons qu’ils sont principalement Chinois et Russes. Quelques Européens de l’Est…Ces corps oubliés me rappellent à quel point nous connaissons peu la vision d’ensemble. Nous ne les avons jamais rencontrés, mais une autre armée humaine a combattu et est morte ici »). Victoire éclair de type « on attend, on marche, on finit par arriver, on tue le bad guy, on a gagné ». Jusqu’à la conclusion attendue, l’histoire de la « Guerre » consiste en une succession de saynètes censées représenter des points d’inflexion dans les évènements, mais durant lesquelles il ne se passe jamais rien de spectaculaire. On peut penser à World War Z, mais là où Brooks réussit à donner de l’ampleur et de l’intensité à son récit, Wilson y échoue. La manière dont Wilson traite "Robopocalypse" en fait un chapelet de scènes limitées, sans décor et sans grand intérêt, bien loin du Cinémascope mondial de Brooks.
Exceptionnellement j’ai beaucoup spoilé, mais c’est volontaire. C’est pour vous éviter de lire ce mauvais livre. Les droits ont été achetés par Spielberg, je crois. Ca ne m'étonne pas, c'est largement assez con pour être adapté en film d'action.
Robopocalypse, Daniel H. Wilson

L'avis de Cédric Jeanneret

Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

lundi 12 septembre 2011

Il est la Loi


Soleil a eu la bonne idée de sortir récemment, dans sa collection Soleil Comics US, l'intégrale des aventures de Judge Dredd en plusieurs volumes de 300 pages noir et blanc. Le premier contient les épisodes 2 à 60 + le pilote et quelques bonus.
A Mega City One, mégalopole forte de plusieurs centaines de millions d'habitants, couvrant toute la côte Est des Etats-Unis et séparées des City Two et Three par le désert nucléaire où vivent les mutants cannibales, les lois sont innombrables, sévères, et un corps spécialisé de Juges les fait respecter. Ceux-ci interpellent, jugent, et appliquent immédiatement la sentence. Faire tenir un tel empilement d'humains sur un espace restreint sans que ce soit le chaos total n'est possible qu'au prix de restrictions sévères des libertés individuelles. Sévères mais justes, les Juges sont le bras armé d'une forme hobbesienne d'Etat. Ils sont la seule institution qui se dresse contre des menaces qui font parfois des milliers, voire des dizaines de milliers de morts d'un coup. Ils le font au péril de leur vie, et s'ils n'hésitent pas à tuer, ils sont aussi régulièrement victimes de la violence qu'ils combattent. Le plus dur, le plus implacable, le plus sévère de tous les juges est la légende vivante Judge Dredd. Plus héroïque de tous les Juges, il est aussi celui qui a le plus l'air d'un robot, tant il semble ne faire qu'un avec la Loi et être inaccessible à tout sentiment humain, notamment le pardon et la pitié.
Dans ce premier album nous assistons à un certain nombres d'évènements qui rappelleront des souvenirs aux fans : révoltes des robots, retour de Rico, singes mutants mafieux, conspiration des caverneux, affectation sur la Lune (avec les juges de la cité communiste, c'est écrit autour de 79), etc...
Soyons clair. Judge Dredd n'est pas très bien dessiné. Les histoires sont d'une simplicité biblique et contiennent souvent une petite morale finale qui prête à rire. La critique sociale, qu'on sent quelquefois sous-jacente, ne casse pas trois pattes à un canard. Le personnage principal est difficile à aimer comme à haïr tant il est froid et mécanique (son robot domestique, Walter, est bien plus humain que lui). Et pourtant j'aime vraiment bien. Judge Dredd parle à mes hormones males, à mon cerveau reptilien, à la partie de moi qui n'a aucune envie de tendre l'autre joue. De plus c'est d'une lecture tellement aisée et rapide que ça détend entre deux pavés de SFFF. Je me suis bien amusé et j'attaque sous peu le volume 2.
Judge Dredd, Intégrale t1, Collectif

dimanche 11 septembre 2011

Les nominés du Prix Planet-SF


La phase de vote public est terminée depuis 18 heures environ.

Après présélection des ouvrages marquants de l'année 2010-2011 (français ou traduits, première publication), par les membres du jury puis par les blogueurs, et vote classé des jurés et des blogueurs, voici enfin la liste des nominés.

Ces ouvrages sont les quatre qui ont le plus attiré l'attention des blogueurs dans les mois écoulés (dans l'ordre alphabétique) :

Cleer, L.L. Kloetzer

Planète à louer, Yoss, traduit de l'espagnol (cubain) par Sylvie Miller

Rêves de Gloire, RC Wagner

Treis, altitude zéro, Norbert Merjagnan


Bravo à leurs auteurs.

Le jury, composé, rappelons-le, de Anudar, Efelle, Férocias, Guillaume, Lhisbei, et moi-même, délibèrera courant octobre pour désigner le lauréat du premier Prix des blogueurs Planet-SF. Ce prix sera remis à son vainqueur aux Utopiales en novembre.

Bonne chance à tous.

vendredi 9 septembre 2011

The Stand 5 : No man's land


De nouveau un bref mot pour signaler la sortie du tome 5 (l'avant-dernier) de l'adaptation de "The Stand" en comics. On pourra se reporter au post sur le tome 4, et aux précédents, pour en savoir plus long.
La confrontation finale approche. Alors que la vie tend à reprendre un cours presque normal à Boulder, trois espions sont dépêchés (peut-être à leur mort) vers la Californie. Mère Abigail, disparue dans le tome précédent, revient, et envoie Larry, Stu, Ralph et Glen, ce qui reste du comité permanent après la trahison d'Harold et Nadine, vers l'ultime confrontation avec Randall Flagg. De l'issue de cette mission dépend l'avenir de l'Humanité. Il est temps, sans plaisir mais par devoir, "to make a stand".
The stand VOt5, No man's land, Stephen King, Aguirre-Sacasa, Perkins, Martin

jeudi 8 septembre 2011

La langue de Mieville est fasciste


"Embassytown" est le dernier roman de China Mieville. Il raconte avec force détails les bouleversements provoqués, dans une ville frontière au bout de l’espace connu, par l’apparition d’une nouveauté radicale.
"Embassytown" est une ville étrange ; elle ressemble à une colonie sans en être une. Sous administration d’une planète proche s’y côtoient des humains, quelques extros, et la population autochtone qui vit un peu à l’écart. Ces autochtones, nommés Hôtes par les nouveaux arrivants, sont nantis d’un Langage non symbolique qui ne peut exprimer que des choses connues comme existant ou ayant existé, rendant, de ce fait, mensonge et conceptualisation impossibles. De plus, ils parlent avec deux voix simultanées, comme avec deux bouches, ce qui rend leur Langage difficile à apprendre. Et pour couronner le tout, ils ne peuvent non seulement comprendre, mais même identifier comme signifiant, qu’un Langage parlé à deux voix parfaitement synchronisées. Une caste d’Ambassadeurs a donc été créée, clones toujours en contact et parlant ensemble le Langage. Ils sont les seuls à même de se faire comprendre par les Hôtes. Ils sont même les seuls à être considérés comme sentients par ceux-ci. Ils sont donc ipso facto la seule interface entre autochtones et nouveaux arrivants, le langage monovocal des humains et des extros étant perçu et traité, par les Hôtes, comme du bruit. Dans cette société stable, fondée sur un commerce raisonné entre locaux et « colons », l’arrivée d’un Ambassadeur d’un genre nouveau, porteur des projets secrets de la planète métropole pour ce petit bout de terre perdu dans l’espace, bouleversera l’ordre social, conduira à une guerre civile, et à une transformation radicale des Hôtes.
"Embassytown" est un roman qui fourmille d’idées. La « colonie » est un lieu profondément, absolument, étranger ; l’imagination de Mieville s’y déploie autant que dans Perdido Street Station. Géographie, technologie, organisation sociale, langage ou Langage, tout est innovant dans ce roman. Même l’hyperespace est décrit d’une manière nouvelle qui le transforme en un terrain concret d’aventures. Mieville développe très intelligemment de nombreux thèmes. On y trouve pêle-mêle des images et des évènements qui illustrent : la langue comme instrument premier de la puissance, l’isolement des comptoirs à la périphérie, les jeux d’alliance et de pouvoir qui se jouent dans les sociétés de petite taille, la rapacité et l’insensibilité des métropoles « coloniales », l’apparition des groupes « comprador », l’effet mortifère des consommations importées, la captation du pouvoir par les experts, le rôle de la conceptualisation dans la pensée, le bouleversement social induit par un changement de paradigme, et j’en oublie sûrement.
Mais "Embassytown" a été un roman désagréable à lire. D’une part, la lecture de ce roman est ardue du fait d’une préciosité extrême de sa langue, de formes dialoguées parfois étranges, et d’un grand nombre de néologismes. Mieville voulait sans doute que le lecteur réalise l’impact de la langue sur la pensée, mais cette démonstration est un peu trop appuyée à mon sens. D’autre part, le démarrage est très lent. De fait, de présentation en sentences mystérieuse en « je vous dirai plus tard ou je ne savais pas encore », le roman ne démarre vraiment qu'à la moitié de sa pagination. Si je n’avais pas déjà lâché "Perdido Street Station" pour la même raison, je l’aurais sans doute fait avec "Embassytown". Enfin, la narratrice est tellement générique qu’elle est dans l’incapacité de susciter la moindre empathie. Finalement on est indifférent à ce qui peut lui arriver (alors on imagine l’affection qu’on peut avoir pour les autres personnages), et l’intérêt pour le développement de l’histoire devient purement intellectuel. J’ajouterai deux points mineurs à ce qui m’a gêné. Mieville, en bon marxiste, fait du dévoilement une des clés de la résolution de son affaire ; le pouvoir du dévoilement, il y a longtemps que je n’y crois plus (cf. La domination masculine), et son efficacité immédiate a un aspect magique un peu ridicule. Quant à l’addiction hystérique des Hôtes à une forme mal prononcée du Langage (on pourrait dire un accent), elle m’a fortement rappelé Jamie Lee Curtis dans Un poisson nommé Wanda, ce qui a évidemment fait perdre un peu de son côté tragique à la chose.
Au final, c’est un roman que je ne regrette pas d’avoir lu mais que j’hésiterai à conseiller, sauf à un Mievillolatre.
Embassytown, China Mieville

mardi 6 septembre 2011

Ils ont faim...de connaissances


L'appétit de savoir, ça ne se contrôle pas, et ça peut rendre fou les plus raisonnables. La preuve. J'ai du m'enfermer pour échapper aux Terminales.

lundi 5 septembre 2011

Jean-Philippe Jaworski, doge de Ciudala


Jean-Philippe Jaworski est un auteur français de fantasy. Concepteur de jeux de rôles, collaborateur de Casus Belli (décidément), auteur de nouvelles et de romans dont la qualité littéraire est la marque de fabrique, Jaworski oscille entre le Vieux Royaume, monde fictif dont il connaît les moindres arcanes, et une fantasy historique plus immédiatement "réaliste", quoique...
Du recueil de nouvelles Janua Vera, au superbe pavé Gagner la guerre, en passant par diverses anthologies (ici, , , ou ), et même maintenant le jeu de rôles Te Deum pour un massacre, je crois avoir lu presque tout ce qu'a écrit le monsieur. Et j'en redemande. C'est donc une grande joie de le recevoir ici aujourd'hui.

Bonjour Jean-Philippe. Il y a longtemps que j’ai envie de t’interroger, et puis… Il y a quelques jours, je maîtrisais une partie de Te Deum pour un massacre, et je me suis dit que je ne devais plus attendre pour interviewer quelqu’un qui écrit aussi bien ses jeux de rôles que ses fictions, à moins que ce ne soit l’inverse.

1) Un mot sur « Te Deum… » pour commencer. Pourquoi avoir créé un jdr sur le thème des guerres de religion ?

JPJ : Par intérêt personnel, et parce que j’ai découvert que ce cadre historique pouvait captiver des joueurs. Du second XVIe siècle, celui des guerres civiles, on ne connaît généralement que quelques clichés : le massacre de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis, les mignons, Henri IV et son panache blanc… La complexité de la période et un certain refoulement post-traumatique font par ailleurs que les guerres de religion sont peu connues du grand public. C’est très dommage. La société du XVIe siècle est originale, contrastée, pétulante et brillante. Les querelles religieuses, les intrigues de cour, les campagnes militaires forment un immense terrain de jeu pour des rôlistes, tandis que les personnalités de l’époque brossent une galerie de PNJ picaresques, romanesques ou tragiques. L’époque nous offre aussi un miroir où se reflètent toujours quelques-unes de nos valeurs et certains de nos démons : c’est au XVIe siècle que se forge (dans quelles douleurs !) la notion de tolérance, qu’apparaissent les premiers mouvements révolutionnaires, que s’affrontent les défenseurs d’un État centralisé et des forces décentralisées voire autonomistes, tandis que des modérés font des efforts désespérés pour soustraire le pays à la montée des fanatismes. Jouer au temps des guerres de religion permet d’investir un univers de cape et d’épée, mais aussi de s’interroger sur des problèmes qui demeurent d’actualité.

2) La documentation historique accompagnant le jeu est impressionnante. Comment s’est partagé le travail entre toi et tes coauteurs ?

JPJ : J’ai écrit tout le texte de la première édition, ainsi que les scénarios du coffret de règles. Dans la deuxième édition, mes coauteurs ont écrit les chapitres sur la justice, les régions de France et les royaumes et empires d’Europe. De plus, ils ont considérablement enrichi la bibliographie. Enfin, à côté du texte, il faut saluer le travail très documenté des illustrateurs de la deuxième édition.

3) Tu illustres d’extraits littéraires classiques chaque point du jeu, utilisant une méthode qui rappelle le Littré. Est-ce une référence explicite ?

JPJ : C’est avant tout un petit jeu fat. Pratique ludique : ça m’amuse de chercher l’exergue qui collera au chapitre. Et puis affectation un peu pédante, je le concède volontiers. Toutefois, il n’y entre pas que de la vanité. Je cherche à expliciter un rapport intertextuel entre le matériel de jeu (ou la fantasy) et des œuvres littéraires, pour faire sortir l’imaginaire du ghetto dans lequel on l’enferme trop souvent.

Janua Vera est ta première œuvre d’importance publiée. Elle est un choc immédiat. Sept nouvelles, chacune décrivant un lieu et une situation, chacune dans le style adapté au récit. Tant a été écrit dessus, je vais essayer d’être bref et de ne pas revenir sur des choses déjà dites.

1) Ce qui impressionne d’abord à la lecture de Janua Vera, c’est ta maîtrise du vocabulaire médiéval. Tout vient des jdr ou tu as eu d’autres sources ?

JPJ : Ma maîtrise reste très relative. Mes sources sont diverses : séquelles des cours d’ancien français suivis à la fac, bibliographie personnelle, emprunts prudents à l’Encyclopédie médiévale de Viollet le Duc…

2) Savais-tu que tu allais faire quelque chose d’autre de Benvenuto Gesufal quand tu as écrit « Mauvaise donne » ?

JPJ : Absolument pas. En fait, je ne savais même pas où allait la nouvelle quand j’ai écrit la première page… (Ce qui est une méthode très douteuse pour écrire une nouvelle : il faut croire que Benvenuto exerce vraiment une mauvaise influence sur tout ce qu’il touche !) C’est lorsque j’ai fait lire les nouvelles de Janua vera à des amis que je me suis mis à envisager de reprendre Benvenuto. À l’époque, je commençais seulement à soumettre le manuscrit aux éditeurs, et je voulais avoir un sujet de roman pour poursuivre dans le même univers au cas où Janua vera serait accepté. Chez mes premiers lecteurs, Suzelle et Benvenuto étaient les deux personnages qui avaient attiré le plus de sympathies. Il était difficile de reprendre Suzelle ; Benvenuto s’est imposé.

3) « Le conte de Suzelle » est à mon avis la perle du recueil. Comment un rôliste, auteur de fantasy, trouve-t-il l’inspiration pour un texte aussi tendre et triste ?

JPJ : Le conte de Suzelle est à la croisée de trois sources d’inspiration. Tout d’abord, j’ai voulu peindre le personnage auquel on ne s’intéresse jamais, le figurant du personnel de la fantasy, la paysanne anonyme. Deuxièmement, cette démarche m’a mené presque logiquement à m’inspirer de Flaubert et de Maupassant, qui ont peint ces humbles. Enfin, je voulais établir une variation autour d’un vieux sujet folklorique, héritier lui-même de mythes celtiques : le danger que représente la rencontre des « belles gens », des créatures de l’autre côté.

4) « Le confident » est aussi une grande réussite, dans un genre complètement différent. Peux-tu nous détailler un peu le culte du Désséché, voire, si tu te sens, la cosmogonie du Vieux Royaume ?

JPJ : J’aurais énormément à dire, aussi bien sur le culte du Desséché que sur la cosmogonie du Vieux Royaume. Je vais me concentrer sur la religion pratiquée dans celui-ci, à l’exclusion des territoires voisins, qui pratiquent des formes distinctes de religion.
La religion du Vieux Royaume s’appelle le « cyclothéisme » : il s’agit d’une construction politique, qui visait à stabiliser le royaume de Leomance en créant un calendrier rituel intégrant des cultes dont la cohabitation avait été longtemps difficile. Il y a quatre dieux dans le cyclothéisme : la Déesse Douce, qui est une sorte de Grande Mère, probablement dérivée d’un culte elfique ; le Resplendissant, divinisation solaire de Leodegar, fondateur du royaume ; la Vieille Déesse, objet d’un culte à mystère ; le Desséché, dieu de la mort. La Vieille Déesse et le Desséché ont des domaines contigus ; le Resplendissant, dieu relativement nouveau, a été longtemps perçu comme un faux dieu par les fidèles des autres cultes. Au cours du premier siècle du royaume de Leomance, les tensions religieuses ont généré des troubles. C’est en créant un tétrathéisme, qui assigne une saison, des fêtes et des fonctions sociales à chaque dieu, que Leodegar III le Saint est parvenu à apaiser les conflits. La religion du Vieux Royaume est donc un édifice complexe : cela ressemble à un polythéisme, mais il s’agit plus ou moins d’un enothéisme, c’est-à-dire d’une religion où chacun admet et tolère l’existence d’autres dieux, mais privilégie le culte de son dieu. À cela s’ajoutent des influences étrangères, des survivances régionales. Il reste des traces de polythéisme : Aquilo, le dieu de la mer révéré à Ciudalia, est une divinité archaïque qui n’appartient pas au cyclothéisme mais qui n’a pu être extirpée de la vieille cité maritime.
Le Desséché est un dieu redouté, mais pas malveillant. Il est surtout essentiel dans l’organisation sociale et religieuse du Vieux Royaume. Son culte gère tous les domaines spirituels, funèbres et juridiques ayant trait à la mort. Prières pour les défunts, processions funèbres, inhumations, entretien des nécropoles sont ses attributions les plus évidentes. Les prêtres du culte possèdent aussi des fonctions notariales et judiciaires : ils veillent à l’exécution des testaments et, pour le repos des défunts, enquêtent afin d’obtenir réparation des préjudices que les disparus ont pu subir de leur vivant. Ils possèdent donc une fonction inquisitoriale très redoutée – c’est la raison pour laquelle Benvenuto et les Ouromands, avec leur conscience chargée de crimes, sont dans leurs petits souliers quand ils croisent un gyrovague du culte. Ces fonctions juridiques et judiciaires expliquent le rôle politique que le culte du Desséché a joué au cours de la Guerre des Grands Vassaux : quand la dynastie royale a été décapitée, les archontes, les grands dignitaires du culte du Desséché, sont entrés dans le conflit au nom des intérêts du monarque défunt. Le caractère effrayant de cette intervention est dû à la façon dont ils ont instrumenté la nécromancie pour parvenir à leurs fins : à l’origine rituel pour être à l’écoute des doléances des défunts, la nécromancie a été dévoyée et est devenue une arme pour respecter les dernières volontés du monarque assassiné…
La défaite des archontes à la fin de la guerre a provoqué une réforme du culte, afin d’éviter de reproduire une telle catastrophe. Hélas, cette réforme n’a pas été adoptée par tout le clergé du culte du Desséché, qui est déchiré par un schisme secret…

5) Question subsidiaire : As-tu une carte du Vieux Royaume ? Ne sais-tu pas que c’est à la carte introductive qu’on reconnaît un ouvrage de fantasy ? ;-)

JPJ : J’ai plusieurs cartes plus ou moins brouillonnes du Vieux Royaume, des cartes assez précises de Bourg-Preux et de Ciudalia. C’est délibérément que j’ai omis les cartes : j’ai voulu placer mon lecteur dans la situation du voyageur médiéval, qui se déplace dans un territoire physique et non dans un espace schématisé. Ce flou géographique correspond à une perception ancienne de l’espace. Après tout, César a envahi la Gaule en étant persuadé que les Pyrénées étaient une chaîne de montagnes nord-sud et que le littoral atlantique faisait face au nord, et il a fallu attendre 1545 pour avoir la première carte de France à peu près exacte… J’ai même été très pervers, en fait. Inspiré par la fascination pour le « Sud » des écrivains argentins, j’ai placé le Vieux Royaume dans un hémisphère austral ! Ainsi, tous nos repères géographiques d’Européens sont bouleversés : Ciudalia est au nord du continent, et plus on descend vers le sud, plus le climat se refroidit.

Gagner la guerre est ton premier roman. C’est encore une réussite. Là aussi, difficile de trouver un questionnement original (l’inconvénient d’arriver après la guerre justement).

1) Les commentateurs ont vu les cités renaissantes et/ou la république romaine dans Gagner la guerre. Quelle est la version correcte ?

JPJ : Les deux. Le droit romain a influencé très longtemps le gouvernement de grandes cités méditerranéennes. Au XVIIIe siècle, dans le sud de la France, on trouve encore des édiles qui portent les titres de « consuls » et de « capitouls ». La république ciudalienne est donc à l’image des républiques de la Renaissance qui se réclamaient de modèles antiques.

2) Le monde de « gagner la guerre » est-il une fabulation consciente de notre monde comme certains l’ont écrit ?

JPJ : Tout à fait. La République de Ciudalia est une oligarchie clientéliste. Or nos vieilles démocraties se transforment lentement en oligarchies. Il n’est qu’à voir, par exemple, comment notre système scolaire patine : la panne de « l’ascenseur social » me paraît très inquiétante. La dissolution de la souveraineté populaire et les pressions des lobbies me semblent aussi être des facteurs constitutifs de l’oligarchie. Et ne parlons pas de l’explosion des écarts de rémunérations entre riches et pauvres… J’avais tout cela en tête en écrivant le roman. Par-dessus tout, j’avais des exemples historiques : tôt ou tard, que ce soit à Rome, à la Renaissance ou à l’époque moderne, la plupart des oligarchies ont dérivé et donné naissance à des pouvoirs autoritaires…

3) Benvenuto est encore un jeune homme. Est-il destiné à devenir un personnage récurrent ?

JPJ : Un jeune homme, c’est très relatif… Il a la trentaine, ce qui lui laisse encore quelques années, mais une espérance de vie tout de même plus incertaine que dans nos sociétés riches et médicalisées. Ceci dit, oui, il réapparaîtra, plus tard, mais pas forcément en tant que personnage principal.

4) Benvenuto parle à la première personne, sur un ton ironique et désabusé. Est-ce une astuce pour le rendre sympathique au lecteur ?

Entre autres, oui. C’est bien sûr un piège narratif, pour rendre attachant un truand de la pire espèce. Mais il y a aussi une autre raison à son ironie et à son humour : le cynisme et la dérision sont des défenses contre les scrupules, les remords et les traumatismes.

5) Les puissants de Ciudala sont de parfaits machiavéliens. Crois-tu qu’une oligarchie ne puisse être vertueuse ?

JPJ : Ça, c’est de la problématique ! :p
L’oligarchie n’est pas le pire des régimes possibles : elle me semble beaucoup moins dangereuse que les totalitarismes. Toutefois, c’est quand même un régime bâtard qui présente de nombreux vices structurels. La concentration du pouvoir entre les mains d’une aristocratie creuse les inégalités et accroît les tensions entre le peuple et l’élite sociale, parce que le pouvoir va au pouvoir et l’argent à l’argent ; cela sclérose aussi le gouvernement à mesure que le temps passe et que les oligarques confondent compétences et privilèges.(C’est du reste valable pour tous les systèmes dynastiques.) Paradoxalement, une aristocratie qui veut perdurer doit se renouveler : c’est ce qui s’est passé à Rome comme en France. Mais il en résulte des divisions internes à l’aristocratie, entre patriciens et hommes nouveaux. L’oligarchie fait donc le nid de l’agitation sociale comme des conflits privés entre clientèles, dont l’État fait toujours les frais. Historiquement, l’oligarchie me semble condamnée à basculer soit dans la révolution, soit dans la tyrannie, voire à osciller entre ces deux pôles. L’évolution de la république florentine en est un excellent exemple. La république romaine a connu une pérennité remarquable : mais c’est parce que Rome a trouvé une solution à ses querelles intestines dans une course en avant impérialiste. Du reste, après que César a pillé la Gaule pour financer son parti, la république romaine a été déchirée par des guerres civiles atroces, qui ont ensanglanté tout l’empire, et qui ne se sont résolues que par l’institution d’une tyrannie masquée. Non, vraiment, l’oligarchie me paraît très suspecte.

6) Je crois que les lecteurs aimeraient de nouvelles visites dans le Vieux Royaume. As-tu dans l’idée de leur faire visiter d’autres civilisations de ce monde ?

JPJ : Quand j’y retournerai, je consacrerai un roman au duché de Bromael.

7) Pourquoi avoir choisi de donner une place plus importante aux elfes dans le roman que dans les nouvelles ? Y a-t-il dans le royaume d’autres créatures non humaines qui restent à découvrir pour les lecteurs ?

JPJ : Le Vieux Royaume relève d’une fantasy canonique, parfaitement assumée. Donc, oui, il y a d’autres ethnies non humaines. Chez les hommes aussi, il y a encore des civilisations à peine effleurées – les Bœgars, par exemple, qui sont des nomades d’inspiration sarmato-scythiques.

8) Les personnages de Gagner la guerre étaient-ils des npc quand tu jouais dans le Vieux Royaume ?

JPJ : Quelques-uns, essentiellement des personnages preux-bourgeois, puisque c’est surtout dans la Marche Franche que mes joueurs ont évolué.Mes joueurs connaissent de réputation Melanchter sans l’avoir rencontré ; ils ont croisé Gaidéris, et ils s’efforcent généralement d’échapper aux charivaris de la Compagnie Folle, sauf une joueuse qui est persuadée que son personnage est la fille naturelle d’Eirin.

Régulièrement, je tombe sur une nouvelle que tu as écrite, et, comme l’écrivait Lautréamont, « C'est un miracle qui se renouvelle chaque jour et qui n'en est pas moins miraculeux ». Une question par nouvelle lue si tu le veux bien.

1) Montefellone est un superbe récit qui m’a évoqué « La chair et le sang ». Les honorables, comme Isembard d’Arches ou Ned Stark, sont-ils toujours les dindons de la farce ?

JPJ : Loin de moi l’idée de soutenir une pareille idée. Montefellone était sous-tendu par diverses intentions. Je voulais montrer une guerre de siège, j’avais envie de construire une sorte de tragédie féodale, et je souhaitais aussi explorer l’âme d’Isembard d’Arches, personnage capital de la Guerre des Grands Vassaux. Dans la ligne historique que j’ai construite, Isembard d’Arches fait partie des féodaux qui s’affronteront pour le trône vacant, avant finalement de tomber en héros pour arrêter l’offensive du Roi-idiot et des archontes. Je voulais mettre en scène la catastrophe personnelle qui l’amènerait aussi bien à la félonie qu’au sacrifice.

2) Kenningar est une histoire étrange et inquiétante de double et de Némésis. Peux-tu nous dire ce qui l’a inspirée ?

JPJ : Mon goût pour le fantastique du XIXe siècle et celui de Borges, et ma fascination pour la littérature norroise. Tout est là, surtout sachant que Borges était lui-même féru de littératures médiévales germaniques. C’est un hommage à ces différentes sources. Egill Skallagrimson et Taliesin sont des personnages semi-historiques dont j’ai gauchi la légende pour provoquer leur rencontre, en suivant une logique borgesienne.

3) Préquelle nous raconte les prémisses d’un grand homme historique. C’est ton premier récit clairement historique, que tu teintes de merveilleux. Est-ce un genre que tu voudrais poursuivre ?

JPJ : Tout à fait. Le roman que j’écris en ce moment est fondé sur le même principe, même s’il se déroule dans d’autres contrées et à une période plus ancienne.

4) Désolation est un texte bluffant d’originalité. Où as-tu trouvé l’idée de renverser le stéréotype et de transformer les braves types traditionnels en salauds ? (une petite deuxième : l’Histoire est-elle toujours écrite par les vainqueurs ?).

JPJ : Là encore, il s’agit d’un hommage croisé à Tolkien et à la littérature médiévale. Je pense qu’il est inutile de développer le côté tolkienien ; mais il convient de rappeler que les nains, chez Tolkien, ne sont pas toujours des braves gens. Dans la littérature médiévale, les nains sont des personnages troubles. Certains, comme le roi Bilis ou le roi Obéron, sont des personnages très positifs ; d’autres, comme le charretier du Chevalier de la Charrette ou Frocin dans Le Roman de Tristan sont des félons très dépréciés. D’après Claude Lecouteux, cette ambiguïté du nain médiéval vient de sa christianisation : ces personnages sont souvent des dieux ou des héros païens, qui ont été réduits ou diabolisés quand les récits archaïques ont été transposés par les romanciers médiévaux. J’ai voulu m’inscrire dans cette tradition qui fait du nain un personnage équivoque.
(Et pour répondre à la petite deuxième : non, l’Histoire n’est pas toujours écrite par les vainqueurs. On en a l’exemple avec l’épopée napoléonienne… Ceci dit,l’Histoire reste très souvent écrite par les vainqueurs…)

Je te remercie d’avoir pris le temps de répondre (c’est incontestablement plus long et pénible par mail). Les lecteurs et moi sommes preneurs de toute information sur tes projets littéraires à venir. Et, en te souhaitant une bonne rentrée, je ne peux résister à cette question : « As-tu déjà fait étudier un de tes textes à tes élèves ? ».

JPJ : Je me refuse à faire étudier ce que j’écris à mes élèves. Par éthique. D’une part, en tant qu’auteur, si je peux éclairer mon public sur mes intentions, je ne puis émettre une analyse objective sur le texte. Or mon rôle d’enseignant étant de développer l’esprit critique des élèves, je ne veux pas leur donner l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. D’autre part, les relations qu’un écrivain entretient avec son public sont différentes de celles qu’un professeur entretient avec ses élèves. Il serait très discutable de transformer un cours en article publicitaire…

Merci pour cette longue tribune !

jeudi 1 septembre 2011

129 francs


"Invasions 99" est une anthologie, publiée en 99 justement, par le Bifrost. Elle traite d'invasions non humaines, son titre est donc bien choisi.
Fin de cuve des cadeaux de Noël dernier, "Invasions 99" est enfin arrivée à maturité. Tirée, bue, évaluée, comme par un Parker des anthologies.
Comme toujours, et c'est dommage, les textes publiés sont inégaux. Je vais dire quelques mots sur ceux qui m'ont paru intéressants, au cas où quelqu'un d'autre que moi tomberait sur ce livre imprimé il y a douze ans et vendu 129 francs. Je passerai, par charité, sur les interludes.

Les Habitudes singulières des guêpes, de Geoffrey A. Landis, est un Sherlock-tribute, pas original mais plutôt bien réalisé, qui lorgne du côté de Lovecraft et de ses mi-go.

Les Diables étrangers, de Walter Jon Williams, refait la Guerre des Mondes en Chine ancienne, et prouve que, pour cet empire, il pouvait y avoir pire que les européens. Joli travail d'écriture, on s'y croirait.

La nuit des tortues, de Howard Waldrop, montre ce qui arrive à des envahisseurs qui débarquent chez les rednecks. Plus excitant que Cowboys et Envahisseurs car moins sérieux.

Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre, de Thomas Day, valide la théorie du complot pour JFK, y ajoute des aliens, une pincée de Tunguska, le tout dans une ambiance de fuite dans le désert. C'est bien foutu, adulte, burné, torride. Pourquoi n'écrit-il pas toujours comme ça ?

Résidus, de Paul J. McAuley et Kim Newman, est un texte foutrement bien construit sur les séquelles d'une invasion avortée, mais pas tant que ça, le traitement médiatique des choses, le développement d'une folie à la Bug.

Les sondes, de Marie-Pierre Najman, est un joli texte, futé, sur le temps perdu, l'incompréhension, et la difficulté à accepter l'espoir. C'est sans doute le meilleur du recueil.

Fantômes d'univers défunts, de Claude Ecken, est en lice pour le titre de meilleure nouvelle du recueil, entre mondes parallèles, hard SF, et quatrième dimension.

Au final, deux très bonnes nouvelles, deux ou trois bonnes, le reste est dispensable. A acheter d'occasion.

Invasions 99, Anthologie