mercredi 31 août 2011

La saga de Hrolf Kraki


"La saga de Hrolf Kraki" est l’adaptation par Poul Anderson d’une saga rédigée en Islande au XIVème siècle ; écrite en vieux norrois, elle relate la vie héroïque du roi danois Hrolf Kraki. Poul Anderson a rendu lisible cette saga, en la transcrivant dans une langue plus proche de la notre, et en la faisant foisonner quelque peu.
Pour situer les choses, Hrolf Kraki est contemporain de Béowulf, qui apparaît plusieurs fois dans le récit ; c’est de la Scandinavie du très haut Moyen-Age dont il est question ici. Mais ce Moyen-Age n’a pas grand chose à voir avec celui, enluminé, qui dort dans notre inconscient collectif. Nombreux royaumes en compétition, rois dont le pouvoir n’est pas divinisé et qui doivent donc obtenir le soutien de leurs grands féodaux, voire de leurs hommes libres, qu'ils côtoient sans cesse, esclavage banalisé, intrication des royaumes et des fiefs rendant, avec le climat, la guerre presque indispensable, proximité physique de l’au-delà. La vie d’un souverain danois n’est pas celle d’un roi de droit divin, plutôt celle d’un guerrier heureux et coopté. Et surtout, ces terres ne sont pas encore christianisées. On y affronte des trolls, on y croise des elfes, et on y invoque Odin et ses frères pour gagner la guerre comme pour avoir de bonnes récoltes. On n’y tend pas l’autre joue non plus ; on n’imagine même pas que ce soit possible. On extermine ses ennemis et on venge son honneur ou son sang. Les hommes de ces terres ont des valeurs autres, et pourtant certains de leurs questionnements sont universels.
Développée sur plusieurs générations, "La saga de Hrolf Kraki" entraine le lecteur du règne du bon roi Frodi le paisible jusqu’à la fin brutale de son descendant, le sage Hrolf Kraki. Amitié, amour, traitrise, combats, aristéïa nordique, guerre, mais aussi commerce, "La saga de Hrolf Kraki" est un récit épique qui fait la part belle aux grandes émotions et aux grandes aventures. Ecrit sur le mode mi-narré, mi-dialogué qui est souvent celui des mythes, entre textes sacrés et Mille et Une Nuits, il saute les années dans un cheminement qui ne comprend que les évènements significatifs pour le déroulement de la saga vers sa conclusion tragique. Caractéristique aussi de ce type d’écriture, la résolution des nœuds d’intrigue est presque instantanée quand il n’y a pas guerre (la mère et son fils perdu se rencontrent, ils se reconnaissent, elle l’embrasse et lui dit qu’elle le réinstallera dans ses droits, tout ça en pleurant de joie, tout ça en dix lignes, exemple fictif mais caractéristique). Si on arrive à suspendre son incrédulité ici, on profite alors d’un récit très fluide. Les choses qui doivent arriver arrivent et il n’est pas nécessaire de discourir ; le destin est en marche et les personnages ne font que descendre la pente de moindre résistance.
La saga est intéressante au-delà de l’histoire épique qu’elle raconte car elle touche des questions universelles. Terre et roi sont un ; un bon roi fait prospérer son pays et son peuple, un mauvais roi le plonge dans l'affliction et la misère. Mais même un bon roi peut commettre le pire des crimes, l'inceste. Cette abomination qui sépare le droit des hommes de celui des dieux est au cœur de la saga. Comme dans le mythe d’Œdipe, il est l’événement fondateur et involontaire qui met en mouvement le monde, et conduit à la catastrophe, c’est à dire au renversement de tout. La peur du dehors est aussi omniprésente. Les royaumes non humains sont frontaliers des royaumes humains, mais, plus effrayant car plus quotidien, l’étrange règne dans les vastes et sombres forêts nordiques. Les zones non défrichées sont menaçantes, les monstres y vivent. On retrouve ici la notion médiévale de sauvagerie, le lieu hors les villes où vivent les sauvages, et où s’excluent ce qui veulent ou doivent quitter la communauté des humains. La magie est aussi abordée dans la saga. Toujours maléfique, elle permet de vaincre indument des hommes courageux, elle dissimule et séduit, elle est l’arme des fourbes et des lâches. Nihil novi sub sole, déjà dans l’Exode, le Lévitique ou le Livre des Actes, pour ne prendre que ces exemples, la magie est décrite comme malfaisante et à proscrire. Magie et mauvaise reine sont liées, comme dans Blanche-Neige, dans le personnage de Skuld, archétypal lui aussi. Et la mauvaise reine est un personnage fort de notre inconscient collectif, de Marie-Antoinette à Leïla Ben Ali. Enfin Hrolf Kraki dit l’interdit de la violence au sein de la communauté et la solidarité naturelle des frères. La trahison de Skuld, pourtant parente de Hrolf, ne s’explique que par une ascendance elfique, un serment brisé, et les manigances des dieux. Car, dernier point qui rappelle la Grèce antique, les dieux sont pour ces scandinaves, des puissances étrangères plus que des êtres surnaturels. Les relations qu’on entretient avec eux sont presque de nature diplomatique et comme telles elles peuvent être plus ou moins bonnes suivant les circonstances. Pour les avoir trop négligées, Hrolf Kraki paiera un prix élevé.
Au final, un très bon livre pour les amateurs de grandes sagas historico-mythiques que le Silmarillion n’a pas définitivement dégoutés du genre. Ils y découvriront avec plaisir un morceau des Milles et Unes Nuits nordiques. Ajoutons qu'il pourront admirer dans l'édition du Bélial de superbes illustrations de Guillaume Sorel.
"La saga de Hrolf Kraki, Poul Anderson"

L'avis d'Efelle

L'avis de Nébal

mardi 30 août 2011

Cédric Ferrand : The Wastburg Mystery Tour


"Wastburg", le premier roman de Cédric Ferrand est sorti le 26. C'est un très bon livre. J'attends quelques chroniques positives avant d'en parler plus longuement, pour joindre ma voix informée aux autres sans que ça fasse trop copinage. Mais d'ores et déjà, vous pouvez tenter d'en gagner un exemplaire ici ou .

1) D’abord, bonjour Cédric, merci de répondre à nos questions dans ce moment de grand bouleversement. Wastburg est sorti il y a maintenant 4 jours, tu es donc depuis 4 jours un vrai auteur, publié par un vrai éditeur, et pas n’importe lequel, Les Moutons Electriques. On peut aujourd’hui aller dans une librairie et acheter ton livre, comme on achèterait un ouvrage de Simmons, Martin, ou Moorcock. Alors, heureux ?

Oh que oui. Fier comme Artaban, même. Et sur plusieurs points. Déjà, je suis arrivé à boucler mon roman. Des romans inachevés, il y a en tellement à travers le monde qu'on pourrait sans doute monter une nouvelle tour de Babel rien qu'avec ces projets avortés dans l'oeuf. Des premiers chapitres restés à jamais orphelins. Des chantiers littéraires laissés en plan par lassitude ou par désespoir. Moi qui pourtant sature vite, je suis arrivé à maintenir le cap et à boucler ce projet en solitaire et sans y être contraint par un tiers.
Ensuite, il y a le fait d'avoir été signé par un éditeur comme les Moutons. Sans me comparer à eux, je me rengorge à l'idée que mes voisins d'étagères soient Stephen Fry, Fabrice Colin et Alan Moore. Ce n’est pas comme si j'avais été édité par un vague cousin qui publierait habituellement des livres informatiques et qui s'essayerait tout à coup à la fantasy pour me faire plaisir.
Pourtant, il s'est déjà vendu des livres avec mon nom dedans, mais ils n'étaient disponibles qu'en boutique spécialisée et ne s'adressaient qu'à la petite tribu des rôlistes. Là, j'ai mon nom sur Amazon. Pas besoin de savoir ce qu'est un d20 ou une attaque d'opportunité pour comprendre ce que je raconte. C'est de la littérature de genre, mais même ma grand-mère peut me lire (et elle doit se dire que son petit-fils a quand même de drôles d'idées).

2) Peux-tu décrire un peu le monde de Wastburg , pour les lecteurs potentiels ?

Wastburg est le nom d'une cité franche coincée sur le delta d'un fleuve. Elle est acculée entre deux royaumes autrefois en guerre mais qui ont choisi depuis de se tourner le dos. Elle subit donc les influences culturelles de ces deux nations, mais garde au fond une farouche indépendance. C'est une cité de la fin du Moyen-Âge où la magie a été épuisée il y a vingt ou trente ans. Wastburg apprend donc à la dure comment fonctionner sans les magiciens qui autrefois faisaient tourner la boutique.
Et dans ce décor crapoteux, le lecteur suit la vie quotidienne des gardes de Wastburg. Les patrouilleurs qui battent le pavé, la garde fluviale qui contrôle les échanges commerciaux, les recrues qui viennent de signer, les petits chefs qui font de la politicaillerie... Le roman est à la fois un plan en coupe de la cité et une série de portraits de ces habitants. Le tout avec une intrigue politique en pointillés.

3) Roman à facettes, ton livre promène le lecteur dans les rues crasseuses de Wastburg à la suite de nombreux personnages. De tous ces guides, y en a-t-il un que tu préfères ?

Oui, Polkan, le recruteur au bras estropié. Sa longue carrière à la Garde fait de lui un homme dangereux qui sait trop de choses sur les magouilles des caciques de Wastburg. Il fait ce qu'il pense être bon pour le salut de la cité, même si au final il emploie des méthodes pires que celles qu'il reproche à ses adversaires. C'est un cynique actif. Et la preuve que c'est ma coqueluche : c'est l'un des rares personnages récurrents du roman, c'est donc que je ne voulais pas m'en débarrasser si facilement.

4) Ton style est ironique et goguenard, malgré des enjeux importants allant jusqu’à des questions de vie et de mort. A la lecture j’ai immédiatement pensé à Fritz Leiber. Je crois savoir que tu revendiques la filiation. Y en a-t-il d’autres ?

Leiber, je ne peux le renier. Je suis tombé en amour avec sa plume quand je me suis tardivement immiscé dans Lankhmar la fangeuse. J'aime ces cités corrompues où l'auteur passe du temps à décrire les petites gens et les ruelles crasseuses.
Jack Vance, aussi, car Cugel est un fieffé personnage comme je les aime. Baratineur. Joliment amoral. Un don pour se jeter de lui-même dans les emmerdes.
On ne peut pas raconter des histoires rigolardes de gardes coincés dans une cité boueuse sans en devoir une bonne à Terry Pratchett. Le cycle du Guet d'Ankh-Morpork est pour moi ce qu'il a écrit de mieux dans le Disque-Monde.
Après, les liens de parenté sortent du cadre de la fantasy car je dois beaucoup au polar.
Le gars San-Antonio est un parrain involontaire car j'ai lu certaines de ses enquêtes après avoir terminé Wastburg. Mais il y a quand même un cousinage, et pas seulement stylistique.
Ed McBain et Michael Connelly ont tellement écrit sur la chose policière qu'il serait malhonnête de ne pas leur reconnaître une influence.
Et ça va paraître étrange, mais des séries télévisées comme The Wire, Deadwood et Rome ont eu un gros ascendant sur mon travail.
Alexandre Astier m'a également démontré qu'Audiard s'acclimatait très bien quand il était transposé dans un univers médiéval.

5) Centré sur une ville, ton roman n’est pas pour autant de l’urban fantasy. Il est bien plus proche de la low fantasy. Est-ce le style qui a ta préférence ? Comment le lecteur Ferrand a-t-il influencé l’écrivain Ferrand ?

J'ai beaucoup de mal avec la fantasy à gros déploiement, je préfère de loin le minimalisme. J'ai souvent l'impression qu'on sort la grosse artillerie magique pour cacher la pauvreté du décor, comme quand au Canada on peignait en vert les pelouses trop fadasses sur le parcours de la reine afin de lui faire croire que le pays était aussi vert que l'Angleterre. De nombreux décors de fantasy me donnent l'impression d'être en carton-pâte. On y décrit des architectures étranges, des créatures fantastiques mais pas une seconde on n'arrive à me faire croire que ces mondes peuvent exister au quotidien. Des royaumes entiers sans paysans. Des cités où les ordures disparaissent comme par enchantement. Des peuples sans coutumes ni fêtes. Comme des décors de western où seules les façades des bâtiments sont réelles.
J'ai pris le parti pris inverse en m'attachant à l'ordinaire de la fantasy. Ça semble antinomique au premier abord, mais je pense que ça donne au final une certaine véracité à Wastburg. On peut fermer le livre en ayant l'impression que la cité continue d'exister en dehors de ma narration grâce à sa logique interne.
Ce n'est pas par hasard que j'ai placé une citation de China Miéville en exergue de Wastburg : sa Nouvelle-Crobuzon offre au lecteur une persistance. Il aide réellement le lecteur à suspendre consciemment son incrédulité en lui offrant un univers tangible et cohérent. Pas juste un décor tape-à-l'oeil mais un système consistant.
Comme lecteur, j'ai du mal avec les héros aristocratiques ou nobles. Sans démagogie, j'aime les histoires qui parlent des gens du cru. Je suis plébéien, la vie des soutiers me parlera toujours plus que les coucheries de la maison de Valois. Alors quand j'écris, je raconte des histoires à ma hauteur.

6) Comment as-tu créé le monde de Wastburg ? Jusqu’où le connais-tu ?

Je ne suis pas un architecte. Il n'existe ni plan de Wastburg ni guide de l'univers qui permettrait d'aller plus loin. Tout ça est sorti comme on déroule une pelote de laine à mesure que l'on tricote. Un jour, je me suis posé à mon clavier et j'ai commencé par écrire le prologue afin de situer Wastburg géographiquement et politiquement. Par la suite, j'ai essayé de mettre en application un vieil adage qui dit que pour comprendre quelqu'un, il faut marcher dans ses souliers pendant une journée. Et c'est vraiment ce que j'ai fait dans ma tête : pour chaque personnage, je me suis attaché à imaginer ses tracas quotidiens, son parcours de vie, ses petites espérances... J'ai tissé du vécu en gardant toutefois en tête que j'avais aussi une histoire à raconter. Ça ne devait pas devenir une collection d'entrevues sociologiques façon "La Misère du monde" de Bourdieu, mais la caméra devait être constamment posée à même la rue en se demandant comment vivent ces gens-là.
Je n'ai donc pas de secret en réserve dans ma manche, je ne connais de Wastburg que ce que j'en ai vu par les yeux de mes personnages. Comme le lecteur, je ne sais pas grand-chose sur les Loritains, je n'en connais que les clichés que les Waelmiens cultivent sur eux. Ce n'est pas que mes personnages me parlent, hein, c'est juste que c'est leur perception de Wastburg qui prime. Alors, certes, certains éléments sont le fruit de mes lubies (la magie qui a foutu le camp, les chevaux qui crèvent un par un...), mais les détails ne sont que la conséquence logique de la situation particulière de Wastburg et de ses habitants.

7) Tes personnages font vrais et humains. Sont-ils parfois basés sur des personnes existantes ?

De nombreux personnages sont des déformations de gueules que j'ai croisées lors de mon service militaire (source inépuisable d'inspiration quand il s'agit de décrire des chefaillons et l'ennui du quotidien), de types qui m'effrayaient dans le village de mon arrière-grand-mère ou même des proches. Et je dis ça après-coup, ce n'est pas forcément un processus conscient. Par exemple, Polkan est handicapé par un coude disloqué. C'est un clin d'oeil à mon grand-oncle Anthelme dont le coude a été broyé par une machine agricole et à qui on a greffé un os animal pour lui refaire un semblant d'articulation (ça se passait en noir et blanc, on s'entend). Ce n’est rien, mais son coude était tellement impressionnant pour un petit gars comme moi que ç’a marqué et que c'est ressorti comme ça, par accident.

8) Reviendras-tu dans la ville ? Ou ailleurs dans le monde (chez les Loritains peut-être) ? Y a-t-il des personnages que tu voudrais retrouver pour de nouvelles péripéties ? As-tu des projets en ce sens ?

J'évoquais justement la suite de Wastburg avec Patrice Larcenet cette semaine, et il me demandait si mon manuscrit s'appellerait "Les Gardoches en folie" ou bien "Mon Majeer chez les nudistes".
Wastburg a été écrit avec l'idée ferme que c'était un coup d'un soir. Je déteste bien trop les trilogies forcées et les séries à rallonge pour imaginer écrire une suite directe à Wastburg.
Quand j'ai évoqué à mon éditeur l'idée d'un roman parlant d'une compagnie de mercenaires (pour faire écho à un des chapitres de Wastburg où j'évoque cette ambiance), il a eu tout de suite l'intelligence de me dire "Écris totalement autre chose. Tu pourras y revenir dans un roman ou deux, mais n'y remets pas le nez tout de suite". Et je vais suivre son conseil en explorant un autre genre que la fantasy afin de ne pas avoir l'impression de me parodier.

9) Ton expérience de rôliste et de scénariste pour Casus Belli t’a-t-elle aidé dans l’écriture de Wastburg ?

De rôliste, oui. Les petits films que je me fais dans ma tête pour imaginer la vie ordinaire de mes personnages sont des sortes de scénario en solo. Et l'univers que je décris emprunte beaucoup à notre imaginaire commun de rôlistes. J'y mets ma couleur, mais je jongle quand même avec des classiques du genre que je ne prétends pas avoir inventé.
De scénariste, pas du tout. C'est tout le contraire. Pour écrire un scénario dans Casus, il fallait suivre un plan très structuré : expliquer l'intrigue générale, lancer l'aventure par une scène enlevante, proposer un développement qui tienne compte des actions imprévisibles des joueurs, prévoir un final avec d'éventuelles pistes pour une suite.. Le tout avec les profils chiffrés des figurants et quelques conseils de mise en scène.
Quand j'écrivais pour Casus, je dépassais systématiquement le signage, et mon compère Philippe Fenot devait alors prendre sa tronçonneuse pour couper dans le gras du texte. Il enlevait toutes mes descriptions gourmandes en signes pour ne garder que le strict nécessaire. Et c'était tant mieux car sans lui, certaines scènes auraient ressemblé à des cinématiques de jeu vidéo où le joueur est passif, ce qui est tout ce que le jeu de rôle sur table ne doit pas être.
Pour Wastburg, Philippe n'a pas eu son mot à dire (il n'a même pas lu le manuscrit), j'ai donc pu me laisser aller. Mais je n'en ai pas tant profité que ça car je me suis plus d'une fois autocensuré en me disant "Abrège, Philippe va te dire que c'est trop long".

10) Quand as-tu commencé à travailler sur Wastburg ? Comment et pourquoi écrit-on un roman à facettes ? Y a-t-il certains récits que tu as choisis de ne pas inclure ? Et si oui, pourquoi ?

J'ai commencé à écrire à la toute fin du printemps 2009. Mes projets rôlistiques étaient au point mort, Philippe avait repris des études de sociologie et n'avait plus de temps de clavier disponible, j'ai donc cherché un exutoire. Ça faisait longtemps que je me promettais "de noircir des pages, d'écrire des choses nouvelles" (comme dit Cabrel). Je me suis lancé sans trop savoir dans quoi je mettais les pieds.
La structure à facettes vient du fait que mes expériences littéraires précédentes étaient des nouvelles. J'avais l'impression d'être incapable, pour un premier roman, de me focaliser sur un seul personnage. En fragmentant les points de vue, ça me permettait d'écrire autant de nouvelles que de chapitres. Ça rendait l'approche du roman moins intimidante. Et il y avait la satisfaction de terminer à chaque fois une histoire dans l'histoire, d'avoir un truc qui se suffisait à lui-même mais qui, groupé avec le reste, formait un tout qui le dépassait.
C'est en lisant d'anciennes chroniques policières de Michael Connelly que je me suis dit que juxtaposer les vies de différents gardes pourrait former au final une mosaïque. Martin Winckler m'a également beaucoup inspiré car il écrit souvent ses romans médicaux en changeant constamment le point de vue du lecteur. Je conseille "La Maladie de Sachs" (outre son adaptation avec Albert Dupontel) qui décrit parfaitement un homme à travers les témoignages et les pensées intimes de ses patients, collègues, voisins et amis. On est jamais dans la tête de Bruno Sachs et pourtant on sait tout de lui.
Il existe effectivement un chapitre orphelin qui met en scène la mutation d'un garde à la collecte des impôts. Ce chapitre a été écrit après le jet initial du manuscrit et j'avais l'impression en le rédigeant d'avoir déjà écrit chacune des phrases qui le composaient. Je me pastichais, c'était horrible.

11) Quand et comment as-tu décidé que ton roman était terminé et que tu pouvais le proposer à un éditeur ?

Quand l'histoire a été bouclée, je voulais être lu par un maximum de lecteurs, et tout de suite maintenant, si possible. J'ai donc souhaité mettre le roman en téléchargement gratuit, comme pour mes nouvelles. Des amis m'en ont dissuadé en prétextant qu'il y avait là matière à une vraie publication en papier chez un éditeur traditionnel. J'ai donc écouté ces gens et envoyé mon manuscrit aux éditeurs de la place. Je n'ai jamais reçu ne serait-ce qu'un refus. J'ai continué à demander des retours à des lecteurs (dont un certain Gromovar) et je me suis tourné vers un ancien collaborateur de Casus Belli qui avait lui réussi à publier plusieurs romans : Laurent Kloetzer. Il m'a lu, m'a donné des conseils avisés et a fait circuler mon manuscrit retouché dans son réseau. Au même moment, un de mes premiers lecteurs (Cédric Jeanneret) a contacté les Moutons pour leur dire en substance "Vous devriez lire Wastburg, c'est dans la même veine que ce qu'écrit Jean-Philippe Jaworski". Et fait exprès, Laurent Kloetzer en rajoutait une couche au même moment en parlant de moi aux Moutons. Intrigués, ils ont lu mon roman et m'ont signé dans la foulée car j'étais à la fois proche et très différent de Gagner la guerre.

12) Tu disais récemment que Wastburg contient des éléments de ton expérience biographique sous forme symbolique. Pourquoi ne pas nous avoir régalé d’une autofiction à la française comme celles de Catherine Angot par exemple ?

Il y a dans cette littérature du "je" un narcissisme qui me débecte. Je sais que nous vivons les heures glorieuses de l'individualisme, mais pour moi ces romans faussement biographiques ne sont pas de l'autofiction mais bien de l'autofriction, c'est-à-dire du touche-pipi. Il y a des gens vraiment doués pour raconter leur vie (je pense au débottée à David Sedaris ou Shalom Auslander) mais qui en plus d'avoir un style percutant ont des vies incroyables. J'ai une vie très ordinaire : je suis un jeune papa, j'aime ma femme, je travaille dans un bureau, je sors le recyclage le mardi matin. Même en travaillant mon écriture comme un damné, il n'y a rien dans mon quotidien qui me permettrait de vous raconter intelligemment mon expérience de Français de France devenu Canadien. Ça serait banal, il ne m'arrive rien de romançable (ah si, j'ai croisé Pierre Richard dans ma rue il y a quelques mois. Je pourrais vous pondre une histoire déchirante d'un gamin qui s'imagine orphelin et qui cherche son père métaphorique en regardant "Le Grand blond avec une chaussure noire" en boucle, vous allez adorer). Chez certains auteurs, l'absence de matière n'est pas une excuse pour ne pas écrire. Il faut être présent chaque année à la rentrée littéraire, coûte que coûte. C'est comme si les trompettes de la renommée de Brassens avaient finalement eu gain de cause.
Alors, oui, je raconte les histoires lointaines d'une cité qui n'existe pas vraiment. J'y parle de manière déguisée de biculturalisme ou du droit de grève. C'est à la fois un dépaysement total et un regard décalé sur des questions très contemporaines. L'ailleurs et l'ici en même temps. Je m'y cache, mais je ne suis pas dupe des enjeux de notre réalité. La vraie perte de temps, le vrai gâchis de papier, il est plus à chercher dans l'étalage de la vie sexuelle de Doc Gynéco que dans l'imaginaire. Orson Scott Card, Isaac Asimov et Neil Gaiman me font bien plus réfléchir qu'Amélie Nothomb.

Merci encore à Cédric, et n'oubliez pas, Be in Wastburg or be square !

lundi 29 août 2011

Maëlig, suite et fin


La sortie du tome 1 de "Car l'enfer est ici", la suite immédiate du "Pouvoir des innocents", après celle du premier volume des "Enfants de Jessica" qui se passe dix ans plus tard, me donne l'occasion de renvoyer la balle à Maëlig. Je n'ajouterai rien, quelques jours après, à ce qu'il a fort bien écrit. Qu'on sache seulement que "Le pouvoir des Innocents" est peut-être la meilleure série de BD que j'ai lue sur le plan scénaristique. Un vrai chef d'oeuvre et un must-have pour ceux qui aiment le huitième art.

Le pouvoir des innocents, 5 tomes, Brunschwig, Hirn
Les enfants de Jessica, 1 tome, à suivre
Car l'enfer est ici, 1 tome, à suivre

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Maëlig



Originaire de Mechanus comme tous les modrons, Maëlig a vingt-trois ans, ce qui explique qu'il ait des goûts musicaux contestables. Lorsqu'il ne danse pas comme un drone buggé devant des enceintes de 100000 watts, il rédige le très excellent blog Maison Usher. Il occupe l'emploi le plus stable au monde ce qui laisse le temps d'écrire des fanfics érotiques startrekiennes O_o, dans lesquelles on peut voir, enfin, des Vulcaines faisant l'amour avec des Klingons. Je ne sais pas si Poe et Baudelaire seraient fiers de lui. Heureusement quelqu'un qui aime ”Le pouvoir des innocents" ne peut pas être foncièrement mauvais, même si son avatar fout la trouille.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Salut ! IRL j’ai 23 ans et ayant tout juste terminé des études en sciences éco et politiques, j’exerce actuellement le magnifique métier de chômeur. En ligne je suis actif dans différentes communautés (j’ai mes doigts dans plusieurs tourtes comme on dit en anglais) (quelle délicieuse expression), mais principalement celle de la SFFF francophone.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Oui, et oui. J’ai longtemps été un « lurker », lisant des avis et glanant les informations dont j’avais besoin sans jamais beaucoup prendre part aux vies des communautés. Et puis je me suis mis à participer aux forums, mais je me suis vite senti limité par ce média pour partager mes avis et impressions. D’où le blog.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

C’est très variable selon mon emploi du temps. Je suis assez perfectionniste donc je peux passer pas mal de temps sur un billet, mais en général je l’écris en une fois, et comme je poste rarement plus de deux, trois fois par semaines, je ne consacre pas du temps à mon blog tous les jours.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

J’essaye, sans toujours y arriver. Pour l’instant, je chronique toutes mes lectures, mais pas certains films ou jeux vidéo.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Si j’ai quelque chose à dire sur un truc et le temps pour le faire, j’en parle. C’est aussi simple que ça. Je me limite quand même aux œuvres de fiction, parce que j’ai un peu peur que le jour où je commence à chroniquer les visites chez ma grand-mère et ma recette de lasagne préférée je risque de perdre définitivement mes trois lecteurs.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Pas vraiment non. Par contre le fait de me dire que je vais chroniquer un livre a un peu changé ma façon de lire celui-ci : je suis parfois plus attentif, et je prends soin de noter mes impressions en cours de lecture, et pas seulement à la fin.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Ca dépend ce que l’on entend par SFFF. Depuis que je suis gamin j’adore les histoires qui flirtent avec l’imaginaire. Je suppose que tout a commencé avec les livres illustrés et les contes (Grimm et Perrault en tête). La transition vers la SFFF s’est faite assez naturellement j’ai l’impression. Ado j’étais abonné à Je Bouquine où il y avait parfois des histoires fantastiques. En parallèle j’ai commencé à lire de la fantasy, et un peu plus tard je suis tombé dans la SF.

8) A quel rythme lis-tu ?

Assez lentement. Ca tourne en général à du 50 pages / jour, notamment parce que je lis aussi pas mal de BD et que je joue à des jeux vidéo (sans parler des films et séries), ce qui fait que je ne dispose jamais d’autant de temps que j’aimerais à consacrer à la lecture de bouquins.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Des émotions, et si possible un peu de réflexion.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Assez peu. J’ai quelques amis qui s’y intéressent, mais la plupart sont plus tourné BD/comics/mangas et jeux vidéo.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Arf, question difficile. En fait je suis rentré dans la SFFF à proprement parler à travers la BD, en particulier les Thorgal que j’empruntais à la bibliothèque municipale. Mon premier « vrai » bouquin de SFFF ça devait être le cycle du Secret de Ji de Pierre Grimbert, que j’avais beaucoup aimé (mais auquel je n’ai jamais retouché depuis, de peur d’être déçu).

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Deux livres m’ont marqués plus que tout, pour des raisons très différentes. Le premier, c’est 1984 de George Orwell, qui m’a vraiment ouvert l’esprit au sortir de l’adolescence, notamment sur l’importance du langage comme inséparable de la pensée, et sur la malléabilité de l’histoire. Le second, c’est Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, qui m’a profondément touché. Il y aura toujours une part de Charlie en moi.

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Perdido Street Station, de China Miéville. Je pensais que j’avais à peu près fait le tour de la fantasy et de ce qu’elle avait à offrir, mais ce bouquin m’a démontré le contraire.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Probablement le fantastique, même si je lis de plus en plus de SF dernièrement. Le fantastique me semble plus « libre » dans la mesure où on n’est pas obligé d’y justifier de manière rationnelle la présence de chaque élément, ce qui permet à l’histoire de se concentrer pleinement sur l’exploration de l’humain, jusque dans sa part la plus sombre.

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Comme je l’ai dit j’ai lu beaucoup de fantasy pendant mon adolescence (principalement du Tolkien et du Eddings), et puis un jour j’en ai eu marre, et depuis c’est plutôt fantastique et SF. Ceci dit je ne suis pas fermé à ce genre, et je m’y remets d’ailleurs tout doucement.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Orwell et Keyes dont j’ai parlé plus haut, évidemment. Ensuite j’aime beaucoup la SF onirique de Bradburry, et le peu de Dick que j’ai lu. Dans les auteurs un peu plus anciens, je voue une admiration sans bornes à Poe (d’où le titre de mon blog) et Kafka.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Je commence à me faire à l’idée qu’il vaut mieux arrêter un livre si celui-ci ne me plait pas au bout d’une centaine de pages. C’est quelque chose que je ne faisais jamais avant, et du coup je me retrouvais de temps en temps « coincé » dans une lecture qui m’ennuyait profondément, refusant de passer à autre chose avant de l’avoir terminée (je ne lis jamais plus d’un livre en même temps).

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Pour l’instant, j’ai encore tellement de découvertes à faire que je préfère papillonner que d’explorer de façon exhaustive la bibliographie d’un auteur, même quand il me plait beaucoup. Ceci dit, je finirai surement par lire toutes les œuvres des auteurs dont j’ai parlé plus haut.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Assez peu. Je suis un grand timide (bon, tout le monde dit ça, mais c’est vrai) et comme jusqu’à récemment je lisais surtout des auteurs morts, c’est un peu plus compliqué pour les dédicaces.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Je suis de la « génération HP », j’ai lu chaque livre à sa sortie (en anglais pour les derniers), je me suis évidemment identifié au héros, et j’ai adoré ça. C’est de la très bonne littérature jeunesse àma. La bit-lit, j’y ai trempé un timide doigt il y a quelques années, et je suis arrivé à la conclusion rapide que ça n’était pas pour moi. La popularité actuelle de ce genre ne me fait ni chaud ni froid, du moment que les éditeurs continuent à publier des bouquins qui m’intéressent par ailleurs, je suis content.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

J’essaye d’acheter un maximum chez les libraires (et dans une moindre mesure les bouquinistes), parce que j’aime bien me balader dans leurs rayons et que du coup j’essaye de les soutenir un maximum pour qu’ils puissent continuer à exercer leur métier. Ceci dit, il y a parfois de grosses différences de prix avec les magasins en ligne, particulièrement sur la VO (et surtout en comics, où ça peut aller du simple au double). Comme j’ai un budget assez serré, je compare pas mal les prix et s’il y a des différences significatives je vais vers l’option la moins chère (internet).

22) BD, comics, ou non ?

Oui, beaucoup, même si un peu moins qu’avant. J’ai lu pas mal de BD de la maison d’édition Soleil à un moment (j’étais même abonné à Lanfeust Mag !), puis je me suis tourné vers des trucs un peu plus matures et j’ai élargit mes horizons en découvrant les BD « d’auteur » et les comics. J’ai un peu goûté au manga aussi, mais j’accroche assez peu.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

Si on entend la littérature blanche comme un genre strictement réaliste, alors non. A vrai dire, je ne vois pas trop l’intérêt de se limiter de la sorte. C’est comme pour la peinture àma : on peut faire un tableau parfaitement réaliste, un trompe-l’œil qui ressemblera de façon confondante à la réalité, mais quel ennui comparé à la fantaisie d’un Dali ou la sensibilité d’un Monet ! J’ai l’impression que le fait de s’affranchir des carcans du réalisme pur et dur permet de raconter des histoires bien plus intéressantes.

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Ca fait beaucoup de questions ça. Bon, un seul nom à chaque fois alors, sinon on en a pour la nuit ! Musique : Ninja Tune. Cinéma : Scorsese. Loisir : la lecture (non sans blague ?). Philosophe : Epicure.

25) As-tu un Reader ?

Non, mais je compte bien m’en acheter un prochainement.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Oui, de courtes nouvelles principalement.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

J’attends d’avoir un e-reader pour lire des trucs un peu plus longs et des BD / comics. Je suis convaincu de l’intérêt de la chose, et aussi de son avenir commercial. Par contre, j’attends toujours l’apparition d’un équivalent de Steam pour l’édition numérique. C'est-à-dire une plateforme où on peut non seulement acheter des livres numériques (ça, ça existe déjà), mais aussi « activer » gratuitement des livres en papier qu’on a déjà acheté pour pouvoir les lire également sur un support numérique.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Aussi longtemps que je m’en souviens. Disons que je l’utilise activement depuis le début de l’adolescence. Je reconnais être assez accroc à ce niveau là, je ne pourrais pas imaginer ma vie sans Internet.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Zéro.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Coucou maman, je passe sur internet ! (j’hésitais entre ça et une photo de mes fesses, vous vous en tirez à bon compte)





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

dimanche 28 août 2011

Cute B.AI.bies


"The Lifecycle of Software Objects", de Ted Chiang, vient d'obtenir le Hugo et le Nebula de la meilleure novella. Je n'ai pas lu les autres nominés mais à l'evidence Chiang n'a pas volé ses prix.
Comme il sait très bien le faire à l'occasion, l'auteur surfe avec bonheur sur des concepts novateurs et en tire une histoire passionnante, sublimant la réflexion par le miracle de l'émotion. Dans ce domaine, il bat à plate couture Cory Doctorow ou Greg Egan.
"The Lifecycle of Software Objects" illustre une idée qui commence furieusement à se faire jour parmi les spécialistes d'intelligence artificielle, l'idée suivant laquelle il serait plus réaliste de vouloir élever une IA vers l'intelligence que d'espérer en créer une déjà intelligente, surgissant d'un logiciel cognitif comme Athéna de la cuisse de Zeus. La création d'une IA s'apparenterait alors à une naissance eugénique suivi d'un long apprentissage. Après sélection évolutive et accélérée des ADN numériques les plus aptes au développement de la cognition, les IA bébés prometteuses devraient être stimulées, guidées, amenées à l'intelligence par l'interaction. Ce que la sélection des IA potentielles doit dégager, c'est le système de récompense qui permettra de donner à ces "cerveaux" vierges l'envie d'apprendre, comme chez les bébés humains où c'est la nouveauté qui procure du plaisir, poussant les jeunes à la rechercher sans cesse, et rendant inévitable le développement intellectuel. Ana et Derek, les personnages principaux de la novella, élèveront, dix ans durant, quelques spécimens dans une adversité matérielle grandissante.
Dans sa novella, Chiang montre au lecteur deux voies vers l'intelligence. L'une, proche de l'autisme, crée des systèmes intelligents au sens où ils peuvent prendre des décisions "intelligentes", y compris dans des contextes nouveaux, l'autre développe des intelligences peut-être moins performantes mais plus complètes dans leur humanité. Les bébés IA au centre du récit sont profondément humaines. Ce sont des enfants en demande d'amour, de connaissances, de relations. Ils sont capables d'inspirer un amour véritable chez les humains qui les "élèvent". Les IA que Chiang choisit de décrire en détail sont nos enfants. Il nous revient d'en prendre soin. Même lorsque leur statut d'objet logiciel sera douloureusement rappelé par un changement de système d'exploitation et les problèmes économiques qu'impliquent leur transfert sur le nouveau système. La question économique, et la caractère discrétionnaire du biotope des IA, rejoint ici la préoccupation de Doctorow dans la déchirante nouvelle Epoch. Ces IA ont aussi, comme des enfants qui grandissent, droit à une autonomie véritable, surtout et y compris lorsqu'ils veulent prendre des décisions que leurs parents désapprouvent (il y a d'ailleurs un très joli dialogue sur la question entre une IA et son "père").
Chiang brasse beaucoup d'autres questions dans "The Lifecycle of Software Objects" (durée de vie des mondes virtuels, impossible dignité d'intelligences qui peuvent être ramenées à une sauvegarde antérieure, utilisation malveillante qu'on peut faire d'êtres sans droit, amour et "sexualité" des IA, notion de mort ou tout au moins de stase longue pour un être logiciel, etc...) et il le fait en donnant une telle impression d'évidence que ces questionnements atteignent le lecteur sans même qu'il s'en rende compte. De la belle ouvrage ma foi.
Joliment écrit, doté de personnages attachants, et truffé de pistes de réflexions sans jamais être démonstratif, "The Lifecycle of Software Objects" est un texte émouvant qui parvient à faire oublier l'inhumanité et l'immatérialité de ses héros, et qu'on pourrait placer entre traité d'éducation et récit d'enfant sauvage.
De superbes illustrations de Christian Pearce accompagnent le texte et l'illustrent mieux que des mots. Après celle de la couverture, j'en place une seconde ci-dessous.
"The Lifecycle of Software Objects, Ted Chiang"

L'avis de Cédric Jeanneret est ici.

samedi 27 août 2011

"We are not dead yet", Magneto


X-Phile avertis, écoutez ! Après l'excellent Messiah Complex, et le dispensable Messiah War, voici le dernier volet du triptyque du messie mutant.
Dans "Second Coming", Hope revient ici et maintenant sous la protection de Cable. Les 198 mutants survivants de la Décimation tentent désespérément de survivre dans un mondeoù beaucoup veulent en finir avec leur espèce. Sous la conduite de Bastion, une super-sentinelle, les pires racistes anti mutants de l'Histoire reprennent du service. Lang, Trask, Stryker, Creed, Hodge, et leurs troupes de fanatiques surarmés, entament une guerre totale dont la fin est l'extermination de la race mutante, extermination qui sera définitive si Hope est éliminée aussi.
De leur base californienne d'Utopia, les X-Men et leurs groupes secondaires résistent contre un ennemi plus mobile, mieux informé, et très supérieur en nombre. Cyclope devient par la force des choses un véritable chef militaire. Plus jamais sur le terrain des opérations ou peu s'en faut, il utilise les mutants dont il dispose au mieux du déroulement de la guerre et des besoins tactiques, et n'hésite pas à en sacrifier quand nécessaire. Il est aussi à l'origine de la création et des activités d'un groupe de mutants spécialisés dans les black-ops, X-Force, au grand désarroi de nombre de ses camarades dont Ororo et McCoy ne sont pas les moindres. Les mutants ne luttent plus contre le mal, ils ne luttent plus entre bons et mauvais mutants, ils luttent pour continuer à vivre. Et ils ne font pas plus de quartier qu'il ne leur en est fait. Des mutants tueront mais des mutants mourront aussi, dont un membre historique des X-Men. Il leur faudra trouver la force de se sacrifier pour une enfant qu'ils ne connaissent pas.
Nombreux scénaristes, nombreux dessinateurs pour cette série. Signalons le très beau travail graphique de David Finch, d'Ibraim Roberson, de Mike Choi, de Greg Land, et signalons aussi le graphisme ridiculement marshmallow de Terry Dodson.
Un grand moment de tension, et donc un achat indispensable pour tout X-Phile qui se respecte, à condition de connaître ce qui précède.
X-Men : Second Coming, Collectif

mercredi 24 août 2011

Hic sunt dracones


"Dragons et Chimères", de Pierre Dubois et Camille Renversade, est le récit de deux expéditions à la recherche d’animaux prétendument disparus. Carnet de voyage lointain ramené aux pauvres casaniers que nous sommes, il décrit en détail le voyage d’intrépides explorateurs en Afrique Occidental Française puis aux Indes.

"Dragons et Chimères" est d’abord un très beau livre. Illustrations lumineuses, jeu de caractères élégant, papier de qualité, tout est réussi. Mais ce qui en fait un objet unique, c’est le soin extrême apporté aux détails. Rien ne détonne, et chaque pièce (elles sont très nombreuses) complète ses voisines.
Renversade et ses associés partent donc à la recherche des dragons en AOF et des créatures chimériques (griffon, phénix, dodo, etc…) aux Indes. Cela se passe au tout début du XXème siècle. Epoque magique où les progrès de la science laissent penser que tout devient possible (jusqu’à ce que ce rêve prométhéen se brise sur un iceberg dans l’Atlantique Nord), où existent encore de nombreuses terra incognita (aujourd’hui Lovecraft ne pourrait pas écrire « Les montagnes hallucinées »), où des peuples étranges, aux coutumes qui le sont encore plus, commercent avec les européens, les attaquent parfois, les subissent souvent, où des officiers en short font la cour à des pucelles en capeline. Quelque chose comme la puberté de l’Europe.

Pour raconter ses voyages, à l'instar de Sir Richard Burton peu avant, Renversade ne s’épargne rien. Autour d’un texte écrit dans la langue surannée et précieuse de l’avant 14, on peut admire des croquis au crayon ou à l’encre, des illustrations peintes, des photographies sépia, des planches zoologiques ou botaniques d’époque, des échantillons, des cartes géographiques qui nous replongent dans un monde depuis longtemps disparu, des tickets de vapeur tamponnés, des lettres, des timbres. Tout nous ramène cent ans en arrière, à une époque où le désenchantement du monde n’était pas encore total.
"Dragons et Chimères" est un concept livre comme il y a des concepts album. C’est un bien beau livre qui a touché au plus profond ma fibre nostalgique. J’attends avec impatience Monstres marins et autres créatures des eaux sombres, le prochain récit de voyage du Club des Chasseurs de l'Etrange.
"Dragons et Chimères, Pierre Dubois et Camille Renversade"

mardi 23 août 2011

Le miracle de Finsbury Park


Hier j’ai voulu devenir bon. J’ai donc lu "La bonté, mode d’emploi". "La bonté, mode d’emploi" est un roman de Nick Hornby, déjà auteur, entre autres, du drolatique "Haute Fidélité", donc j’avais confiance.
Kate, médecin anglaise, est mariée avec David, un homme perpétuellement en colère (c’est d’ailleurs son job d’éditorialiste dans le journal local), hargneux, méchant. Elle ne le supporte plus, au point de vouloir divorcer. Confronté à cette nouvelle réalité, David devient bon, très bon, et ce n’est guère plus facile à vivre.
Contrairement aux apparences du pitch, "La bonté, mode d’emploi" n’est pas un roman cherchant la drôlerie en invoquant des situations cocasses ou inattendues. Hornby traite dans son ouvrage d’une grande quantité de questions, et si certains passages sont comiques par leur incongruité, l’humour n’en est pas le but premier. Fine et sensible, racontée à la première personne par Kate, l’histoire de la famille Carr touche à l’universel.
Il est d’abord question de l’usure de la vie. Que deviennent nos idéaux à l’épreuve du temps et de l’embourgeoisement ? Kate fait un métier qu’elle aime, qu’elle a choisi, où elle a l’impression d’être utile à la communauté, et pourtant, elle le fait parfois mal et a le sentiment que c’est souvent. La flamme des débuts a disparu, remplacée par un cynisme routinier qui tient lieu de sens critique. Résolument de gauche, elle ne fait rien de concret pour valider ses convictions si ce n’est voter pour son camp, ou donner parfois à des œuvres. La misère du monde l’affecte sincèrement, autour d’une tasse de thé, mais jamais au point de se mettre en mouvement. Elle n’est guère plus disponible pour la misère de son frère, dépressif et en échec, tant professionnel que sentimental.
Il est aussi question de l’usure du couple. Kate et David ne s’aiment plus. Ils sont habitués l’un à l’autre, comme on est habitué à un élément de mobilier ou au cilice dans son dos. Ils se supportent plus ou moins bien (plutôt moins en général) jusqu’à la crise ouverte du début du livre. Vingt ans de cohabitation les ont amenés au point où il paraît clair que plus rien ne changera chez aucun des deux ni dans la structure de leur relation, insatisfaisante mais rassurante par sa pérennité. Enkystée par l’habitude, truffée de haine recuite, la névrose familiale est installée, et il semble que rien ne pourrait l’en extraire. Même le sexe est devenu une pratique technique, entre deux personnes qui se connaissent parfaitement. Loin de toute passion, il est bien fait, par des amants qui ont appris comment faire l’un avec l’autre. La connaissance des mécanismes sexuels de l’autre est d’ailleurs parallèle à la connaissance des mécanismes qui engendrent la colère ou la frustration chez l’autre. Les deux types de connaissance sont utilisées par Kate et David en fonction des moments et de l’envie. Et même la famille nucléaire ne peut pas grand chose pour embellir ce quotidien. Les enfants ne sont pas aussi adorables qu’ont l’aurait espéré, ils sont parfois le problème plus que la solution.
Epuisée, dans une impasse biographique et émotionnelle, Kate fait alors un terrible vœu : « Je veux que David ne soit plus David ». Et comme dans « Le portrait de Dorian Gray », elle est exaucée, par l’entremise d’un « guérisseur spirituel » qui transforme David avant de s’installer chez eux pour tenter de transformer le monde.
David devient bon, plus que bon, un vrai homme de gauche en action, un vrai chrétien athée. Mais comme l’écrivait Nietzsche il y a plus de cent ans, « il n’y a eu qu’un seul chrétien et il est mort sur la croix ». La générosité et l'activisme de David et de son gourou les font passer pour des fous aux yeux de Kate et de leur fils, devenant rapidement une nouvelle source de conflit. L’équanimité dont les deux illuminés font preuve à tout propos exaspère leur entourage. Et c’est tout l’édifice spirituel de Kate qui est remis en question par cette métamorphose. Qu’est ce qu’être bon ? Est-elle une bonne personne comme elle l’a toujours cru ? A-t-on le droit d’être égoïste ? N’est-ce pas même vital ? Veut-elle vivre avec un homme pour qui les peines de l’humanité passent avant celles de sa famille ? Veut-elle vivre avec un homme si nouveau qu’elle n’a pas eu le temps de s’y habituer ? Aucune réponse facile. Aucune aide à trouver, ni dans l’église instituée (dé)peuplée de vieillards cacochymes et dépressifs et qui refuse de donner des guides de vie, ni dans le conseil d’amies dont la superficialité et l’égocentrisme sont les principales qualités rendant la relation possible.
A l’issue de ses pérégrinations, et comme tant de femmes en couple, Kate réalise un jour qu’elle s’est perdue en cessant toute vie intellectuelle, culturelle, distractive (et Hornby a l’intelligence de faire de David un homme au foyer ce qui évite l’écueil de l’explication par la double journée des femmes), qu’elle a progressivement lâché prise sur tout ce qui faisait d’elle un individu pour se transformer en une cellule indifférenciée du corps familial, qu’elle n’est plus qu’un bouchon balloté sur l’océan du quotidien, sans prise sur ses choix, ses goûts, ses dégoûts. Elle retrouvera une part de sérénité et de bonheur en redevenant un individu, d’une manière qui ne peut que ravir le lecteur compulsif que je suis.
Un excellent roman à recommander aux couples ayant un peu de bouteille. Mais après tout ça, je ne sais toujours pas comment devenir bon ;-)
La bonté, mode d'emploi, Nick Hornby

samedi 20 août 2011

Iron Maiden


"Victimes et Bourreaux", troisième anthologie fantasy des Imaginales d’Epinal après "Rois et Capitaines" et "Magiciennes et Sorciers". Le thème était risqué. Comme le dit Stéphanie Nicot dans sa préface, les auteurs s’en sont tous sortis sans voyeurisme ni complaisance. Bravo.
Qu’est ce qui fait d’un homme un bourreau ? Qu’est ce qu’être une victime ? Que reste-t-il d’humanité dans leur relation ? Arendt, Dumouchel, Foucault, Sofski, Adorno, Jonquet, Gibran, et tant d’autres, incommensurables, ont réfléchi à ces questions. Quelques auteurs français de SFFF proposent, entre les pages de ce recueil, leur réponse, illustrée avec art, plus ou moins captivante et par voie de conséquence convaincante.
Voyons ce que j’ai aimé dans ce recueil, dans l’ordre de lecture, sachant qu’aucune des douze nouvelles n’est rédhibitoire.

La stratégie de l’araignée, de Charlotte Bousquet, est un texte au style descriptif et chatoyant, situé dans le monde dark fantasy d’extrême inégalité qu’elle a déjà mis en scène, et qui est, je crois, celui d’Arachnae. Victime et bourreau se confondent, et le remords n’est pas le moindre des tortionnaires. Encore un texte qui me donne une envie irrépressible de lire Arachnae. Stylistiquement, Bousquet me semble être largement la contrepartie féminine de Jaworski.

Qjörll l’assassin, de Michel Robert, est un beau texte d’héroïc fantasy qui rappelle fortement le western. Tension, peur, course vers la frontière, fuite éperdue pour sauver sa vie, les enjeux sont clairs. Au sein de ce drame qui se joue, Qjörll est un salaud magnifique qu’on ne peut s’empêcher d’admirer si on ne l’aime pas.

Qui sera le bourreau ?, de Pierre Bordage, est un texte qui évoquera au lecteur les procès de dictateurs arabes, un hasard. Bordage montre finement, et avec une économie de moyens admirable, qu’on ne devient pas bourreau par hasard, mais aussi que tout se paie tôt ou tard. Que deviendront les millions d’enfants soldats contemporains ? C’est la question implicite que pose l’auteur.

Ton visage et mon cœur, de Nathalie Dau, est un joli texte sur l’incompréhension qui gâche une vie entière, sur les occasions perdues qui ne se rattrapent pas. En le lisant je pensais aux Vestiges du Jour.

Désolation, de Jean-Philippe Jaworski, est imho un vrai coup de maitre. Jaworski prend un background terriblement cliché, une bande de nains et de gnomes partis sous la montagne du dragon et attaqués par des gobelins ; c’est une Moria de BD que décrit l’auteur dans sa nouvelle. Il transcende la cliché grâce à un style toujours aussi précis, détaillé, riche, et à un fond qui retourne les attentes du cliché. Nains et gnomes sortent de leur rôle et sont, à contre-emploi, des personnages inoubliables.

Au-delà des murs, de Lionel Davoust, est un texte paranoïaque sur les horreurs de la guerre et les pertes psychologiques. Construit de telle sorte que le lecteur ne saura pas quelle est la vérité, ce qui est une véritable torture pour ce malheureux.

Victimes et bourreaux, Anthologie

Qu'en dit IfIsDead ? Et Cédric Jeanneret ? Devrons-nous les torturer pour le savoir ?

vendredi 19 août 2011

Le Eros éternel


Suivant les bons conseils de Pitivier, et après la lecture de l'excellent Grandville, je me suis procuré l'oeuvre culte de Bryan Talbot.
"Les aventures de Luther Arkwright" est un gros (212 pages) album one-shot en noir et blanc. C’est un ouvrage difficile d’accès, mais l’effort du lecteur est payé de retour.
Dans l’album sont entremêlés quatre récits au moins : guerre à mort contre l’annihilation, enfance et éducation de Luther, transformation du héros en messie universel, approche de la fin de tout sur l’ensemble des plans.
Talbot utilise le concept de multivers cher à Moorcock. Mais Arkwright, à la différence du Héros Eternel moorcockien qui possède un avatar dans chaque réalité parallèle, est unique, et se déplace par sa seule volonté d’un plan à l’autre. Travaillant pour le WOTAN, organisation installée dans le plan stable 0.0, le moins affecté par la fin proche, il lutte, à partir de cet œil du cyclone, contre les Disrupteurs, pour éviter l’anéantissement du multivers. Il est secondé, entre autres, par Rose Wylde, télépathe dont chaque incarnation communique avec toutes les autres (et baise avec Arkwright dans une esthétique très seventies, il y a d’ailleurs un dessin à la Emmanuelle au tout début qui est assez drolatique). La combat décisif aura lieu dans un plan où Cromwell a créé une dynastie qui a maintenu l’Angleterre, plusieurs siècles durant, dans une dictature de type fasciste.
Enfer puritain, l’Angleterre d’Arkwright tente d’endiguer la rébellion de ses colonies américaines, fait face à la convoitise de ses voisins russes et prussiens et à une tentative interne de restauration monarchiste. Arkwright doit assurer la chute de Cromwell, la fin de son régime, et la victoire des royalistes, pour défaire définitivement les Disrupteurs. Il n’y parviendra qu’en transcendant son « humanité ».
Scénario complexe, délire mystique et cosmique qui rappelle certaines BD typées Métal Hurlant des années 70, "Les aventures de Luther Arkwright" offre autant qu’il promet. Mais loin d’être une œuvre conceptuelle complètement absconse, "Les aventures de Luther Arkwright" raconte une passionnante histoire. Dans le foutoir foutraque du récit est tissé un fil d’Ariane très solide qui permet au lecteur de s’orienter aussi bien que Thésée dans le Labyrinthe.
Sur le plan graphique, les planches à l’encre de Chine, sont superbes et inventives. Talbot pousse très loin la création. Esthétique fascisante des partisans de Cromwell, pleines pages belles comme des gravures (notamment pour l’East End), champ/contre-champ, travellings arrière, simultanéité « cut » des évènements très proche d’un montage cinématographique, représentation de la répression en une demi page, la plus aboutie que j’ai vue, montages photos, coupures de journaux, Talbot n’a aucune limite, et crée un objet unique.
"Les aventures de Luther Arkwright" ne plaira pas à tous mais c’est assurément l’un des rares cas où la BD rejoint l’art contemporain. Impressionnant.
Les aventures de Luther Arkwright, Bryan Talbot

jeudi 18 août 2011

Faire rejaillir le Fleuve Noir


Il y a peu, je regrettais, en commentaire sur un blog ami, que le blogging soit trop souvent un exercice d'admiration. "Daemone" de Thomas Day me paraît un cas symptomatique.
Petite tournée de la blogosphère. Si je résume ce qui s'écrit il n'y as pas une critique négative. En revanche, pléthore de un bon livre, mais pas un grand livre, Day ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Reste une lecture plaisante, Quoi qu'il en soit, Daemone est quand même un roman intéressant aux qualités certaines entre autres commentaires de la même eau. De mon expérience de blogueur, ça sent le roman très moyen, mais Thomas Day étant l'ami des blogueurs comme Casimir était celui des enfants, on y met les formes. J'aime beaucoup les nouvelles (excellentes) de Thomas Day, ici, , encore là, toujours là. J'aime aussi beaucoup le grand (cette fois) roman qu'il a écrit avec Ugo Bellagamba. Et je ne connais pas personnellement Thomas Day mais je suis sûr que je l'aimerais beaucoup aussi. Mais, "Daemone" n'est pas un bon livre.
Problèmes simples résolus simplement, personnages de faible épaisseur, dialogues souvent empesés ou au contraire artificiellement triviaux, on retrouve ici tous les ingrédients des Fleuve Noir que je lisais avec passion à 12 ans (et dont je parlais il y a peu). Mais entre temps, j'ai grandi. D'un texte je veux toujours autant le dépaysement, mais j'attends aussi qu'il me stimule les neurones. Alors, on objectera que "Daemone" est un hommage à la SF décomplexée et légère de l'âge d'or, telle qu'on la trouvait dans les petits romans de ma jeunesse. Mais, hommage sans ironie, à la différence du Planet Terror de Robert Rodriguez par exemple, il ne lui reste que la simplicité (trop) extrême de son intrigue et de ses personnages.
Je me demande alors à qui est destinée cette réédition. Le Bélial est un éditeur trop confidentiel et trop cher pour de jeunes adolescents, "Daemone" est un roman trop succinct pour le public cultivé qui fréquente la blogosphère. Mon hypothèse est que Thomas Day, auteur maintenant connu et reconnu, nous montre ses dessins d'enfants, et que son public, attendri, les regarde avec mansuétude, voulant croire que "Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte". Ca ne m'a pas crevé les yeux.

Bon, soyons bref et non polémique. "Daemone" n'est pas un bon livre, heureusement il est court.

Daemone, Thomas Day

Il a été lu aussi par Guillaume44, Efelle, Le Palabreur Eclectique.

Lu dans le cadre du Summer Star Wars V

mercredi 17 août 2011

Estouffe gari


"Le sacrifice inutile", du philosophe canadien Paul Dumouchel, est un étrange livre. Présenté comme un essai sur la violence politique, il est plutôt une histoire passionnante et référencée de l’évolution de l’Etat moderne assortie d’une thèse ? deux thèses ? aucune thèse ? difficile à dire. Tout ce qui y est écrit est intéressant, mais présenté – lourdement - dans une confusion structurelle qui étonne.
Relisant Hobbes, commentant Carl Schmitt et Clausewitz, reprenant l’ouvrage d’Alain Corbin sur le Village des cannibales, Dumouchel utilise aussi les travaux en anthropologie de Sahlins et Evans-Pritchard pour tenter de faire une histoire de l’Etat comme détenteur du monopole de la violence légitime. Dans une approche girardienne, Dumouchel insiste sur la fonction sacrificielle de l’ennemi ou du traitre désigné, et postule que ce sacrifice est aujourd’hui devenu inutile car il ne permet plus d’affirmer l’unité du groupe des amis. Et s’il fait une généalogie satisfaisante de sa question, c’est lorsqu’il tente de démontrer qu’il devient bien moins convaincant.
Dumouchel part de la position anthropologique classique qui lie solidarité et hostilité (dans sa forme violente) dans le cadre des trois cercles concentriques de l’identité (solidarité obligatoire et devoir de vengeance), de l’adversité (conflit limités possibles, le domaine du kula ou du potlatch par exemple), et de l’hostilité guerrière (où l’extermination est envisageable, mais aussi l’échange comme relation sans obligation) - dans les sociétés lignagères ces trois cercles représentent autant des distances géographiques que culturelles. Il montre comment l’Etat moderne, né du traité de Westphalie et de la nécessité d’arrêter les guerres de religion, simplifie la distinction en la réduisant en ami/ennemi, ce dont Carl Schmitt fait l’essence du politique. Il montre comment les Etats naissants territorialisent la césure en posant comme principe qu’à l’intérieur des frontières tous sont amis (car la vengeance privée est interdite par le monopole de la violence légitime) et que les ennemis sont à l’extérieur (dans les autres groupements d’amis que sont les autres Etats). L’État territorialisé, reste à créer la nation qui lui est soumise. Pour cela, on choisira certains traits, considérés comme signifiants, dont on affublera tous les individus sous la férule de l’Etat (d’où les ancêtres gaulois). On gèrera aussi du mieux possible l'ennemi intérieur, de classe notamment. Il montre comment cette évolution longue aura plusieurs conséquences. D’une part, la nécessité de supprimer les groupes intermédiaires, toujours possiblement concurrents de l’Etat, amène progressivement à créer le citoyen, générique et isolé dans sa relation face à l’Etat. Cette atomisation, éclairée par Tocqueville qui n’est pas cité ici, est la clef du développement de l’indifférence. Dégagé (par le monopole étatique de la violence légitime) de ses obligations de vengeance, l’individu se libère aussi progressivement de ses obligations de solidarité. Pour Dumouchel, c’est l’indifférence qui rend inutile le sacrifice sacré. En effet, elle rend impossible la convergence de toutes les haines vers une seule victime, et empêche donc que le sacrifice amène l’apaisement des tensions. Même le sacrifice du traitre (réel ou supposé) ne parvient pas à apaiser le groupe. En effet, si le traitre, élément de l’extérieur caché à l’intérieur, est détruit, cela ne change rien à l’existence (et donc à la menace) de l’ennemi extérieur. La victime sacrificielle, ennemi symbolique de tout le groupe, ramenait la paix en mourant, le traitre ne le peut pas. D’autre part, la colonisation est le moyen pour les Etats européens de recréer un espace d’hostilité où la violence extrême, interdite entre adversaires, est possible. Il y viendront vite et transporteront l'horreur hors d'Europe, avant de l'y ramener quand cet "ailleurs" deviendra moins opératoire.
L’indifférence rendant inutile le sacrifice sacré, elle permet aussi à l’Etat de se détourner de sa mission primale qui est la protection des membres du groupe. Les Etats peuvent massacrer leurs citoyens pour tenter de refaire l’unité du groupe d’amis contre un ennemi, intérieur cette fois, plus menaçant car culturellement loin mais physiquement proche. Ils l’ont beaucoup fait au XXème siècle. Ils peuvent aussi abandonner à leur sort les perdants du système d’échange marchand, dans un monde dont les obligations de solidarité ont disparu. Indifférence et exclusion sont des crimes de paix, comme il y a des crimes de guerre.
C’est enfin l’indifférence qui est la source de la banalité du mal décrite par Arendt. Eichmann, les bourreaux hutus, massacrent presque sans haine, comme un travail à faire qui peut amener gratification, sous le regard d’autres qui ont autre chose à faire et qui ne se sentent pas liés. Ni suffisamment intéressés pour participer ni suffisamment intéressés pour s’opposer.
Pour expliquer la montée de l’indifférence dans les sociétés étatiques, Dumouchel montre comment les puissants sortiront les premiers de la réciprocité des obligations, entrainant une réaction qui amènera in fine, et entres autres, la Révolution Française. Noblesse n’obligeait plus. Il montre comment les différences, suspectes, sont niées, remplaçant de fait les groupes par des "publics" que ne lient qu’un intérêt commun à un moment donné (les eaux froides chères à Marx). Il ajoute enfin un troisième étage, bien moins convaincant, à sa démonstration. Charité et pardon, en permettant de s’extraire dignement du système d’obligations, auraient aussi amené les individus vers plus d’indifférence. Ce chapitre m’a paru faible (il critique d’ailleurs son propre texte dans une note de bas de page, ce qui est une preuve d’honnêteté intellectuelle mais dit bien qu’il y a problème).
Il y encore d’autres choses dans cet ouvrage. L’opposition guerre clausewitzienne/guerre morale, la création de l’Etat-Providence comme moyen de réintégrer l’ennemi intérieur (de classe) dans le groupe des amis, la Guerre Froide comme restauration de la distinction ami/ennemi recoupant la distinction ami/ennemi de classe, le traumatisme de la fin de la Guerre Froide, et le surgissement du terrorisme comme nouvel espace d’hostilité, extérieur tant qu’extérieur, transformant l’action d’Etats déjà métamorphosés par la réalité de la mondialisation, etc… Mais je vais arrêter ici, car la difficilement compréhensible construction de l’ouvrage me rend difficile la construction de cette chronique. (Elle est pas bellement construite cette dernière phrase ?)
Le sacrifice inutile, Paul Dumouchel

lundi 15 août 2011

Le ravi et l'inquiet


Tout petit livre de conversation, offert dans les librairies, sur les enjeux de la préservation du monde à venir. Les dites conversations ont eu lieu dans le cadre de séances de travail du Collegium International.

C'est très bref, donc je ne résumerai pas.

Disons juste que Sloterdijk trace quelques pistes intéressantes comme l'impératif d'un catastrophisme éclairé à la Jean-Pierre Dupuy, l'addition d'un principe d'urgence au principe espérance, ainsi que la fin inévitable de l'ère de la frivolité. Pour Sloterdijk, annihiler l'espoir est la seule manière d'obliger l'humanité à entrer dans la responsabilité. Comme Antigone rejetant l'espoir pour accepter son destin, l'humanité doit le rejeter aussi pour refermer l'ère de la gloutonnerie. Il n'y aura pas plus de deuxième chance qu'il n'y a eu de plan B.

Maurin, quand à lui, analyse de manière assez fine les enjeux du monde de la marchandise, mais dès qu'il approfondit ou commence à envisager des solutions, il se met à ressembler à un illuminé (il conclut d'ailleurs en appelant à des prophètes). La réforme des âmes qu'il propose aurait peut-être du sens s'il prêchait sur l'agora pour quelques centaines d'athéniens. Elle n'en a guère dans notre monde.

Rendre la terre habitable, Edgar Maurin, Peter Sloterdijk

La réponse est 42


Blopromptu, qui a un peu l'air qu'aurait eu la princesse Leia si Luke n'était pas venu la libérer de Jabba, posait récemment, citant Sylvie Denis, une question d'importance :

"Pour quelle raison bizarre et irrationnelle des êtres humains adultes, responsables et occidentaux, pourvus pour la plupart de conjoints et de progéniture, de métiers, de positions sociales même, enfin bref, des gens comme vous et moi, lisent-ils des histoires d'empires galactiques, de batailles spatiales, d'aventuriers stellaires et autres fariboles situées dans des futurs aussi lointains qu'improbables ?"

La réponse à cette question est indubitablement 42. Développons un peu. On pourra le faire de deux manières : la belle et bonne, et la véridique.

La belle et bonne : J'aime la SF parce que ça permet d'étudier des hypothèses incroyables sans interférence ni frottement, de faire de la prospective, de tester des systèmes sociaux ou des modes de vie innovants, d'étudier l'effet du temps très long et des distances astronomiques sur la gestion politique, le commerce, la diffusion des connaissances, de se demander ce qui arriverait si l'homme changeait (même jusqu'à disparaitre au profit de ses successeurs), si les IA apparaissaient, si des aliens entraient en contact avec nous ou nous avec eux, si nous approchions de l'heure où notre soleil s'éteindra... Les romans de SF veulent répondre à ces questions et le font en général plutôt bien. En tout cas, ils ouvrent des pistes de réflexion.

La véridique : Le Gromovar qui lit aujourd'hui doit tout à celui qui lisait il y a plus de 30 ans. Et celui-ci ne s'occupait guère de questions intellectuelles. Pour tout dire, il était un peu con. Quand on lit Les psykors de Paal Zuick ou la collection complète des D.A.S. de KH Scheer, on ne peut prétendre à beaucoup de motivation intellectuelle. Je vais donc étendre le questionnement aux autres littératures de l'imaginaire et même aux jeux de rôles. Pourquoi lire et/ou jouer ? Pour s'évader bien sûr, mais surtout pour voir des choses merveilleuses, et, pour ceux qui ont cette faculté de schizophrénie volontaire sans laquelle on ne peut apprécier les jdr, de les vivre. Le monde dans lequel nous vivons n'est guère excitant (et quand on a dix ans, concentré d'impuissance et de dépendance, il l'est encore moins), tout est découvert, l'héroïsme est ridicule, la "victime" est la figure dominante et valorisée du XXIème siècle. Si la réalité n'existe que dans notre esprit, alors autant le peupler d'une réalité aimable et excitante. Lire de la SF c'est embarquer pour l'autre bout de la galaxie dans un vaisseau supra-luminique vs. embarquer dans le tram pour le collège. Lire de la fantasy c'est manipuler des énergies magiques colossales pour condamner une porte démoniaque vs. tourner la clé pour s'enfermer chez soi le soir quand les parents sont sortis. Lire du fantastique c'est découvrir qu'il y a vraiment un monstre dans le placard et pas seulement de vieilles charentaises. Jouer aux jdr, enfin, c'est fracasser des cranes de démons à la hache vs. être assis dans une véranda à boire du coca en bouffant du quatre-quart. Choisis ton camp, camarade. Moi j'ai choisi le mien.

Lhisbei et Anudar ont aussi un avis.
Cédric "Wastburg" Ferrand retourne fort bien la question.

Angle Mort 4

Sortie récente du toujours très bon Angle Mort n°4, achetable ici pour 2,99 €. A ce niveau, ce n'est plus un prix, c'est une p.a.f.

On y trouve d'abord un édito "Comme chacun le sait, les lecteurs de science-fiction sont tous, au pire, des nerds asociaux, des cosplayers aux déguisements puérils, des geeks passionnés, des ados boutonneux à la pomme d’Adam surdimensionnée, au mieux, des scientifiques rêveurs, des intellectuels excentriques qui ont raté la gloire, voire des ufologues à temps partiel. Ils sont aussi mâles, en grande majorité. Et gros, évidemment, nous avons failli l’oublier.", toujours excellent, qui affirme que la SF devrait faire partie de la panoplie de tout honnête homme en formation, et s'interroge sur la nécessaire réforme de l'illustration de couverture en littérature de l'imaginaire. Je ne peux qu'être d'accord. Exemple :




Quand on voit ça, on se dit que c'est le meilleur moyen pour rester célibataire (et puceau) à vie.

Puis 4 nouvelles :

Dieu, vu de l'intérieur, de Jean-Claude Dunyach m'a rappelé l'aphorisme de Coluche "Dieu, c'est comme le sucre dans le lait chaud, il est partout et on ne le voit pas, et plus on le cherche, moins on le trouve". Je ne suis sûrement pas assez astrophysicien pour avoir apprécié à sa juste mesure.

Sale n..., de Ted Kosmatka est un émouvant récit dans lequel s'entremêlent lutte pour les droits civiques, racisme, et passage de témoin. Aussi proche du Malcolm X de Spike Lee que des X-Men de Stan Lee (non, ils ne sont pas frères), sauf qu'ici c'est des N-Men dont il est question, pas l'étape d'après mais celle d'avant.

Dahut, d'Hélène Marchetto est une jolie petite histoire racontant les derniers jours de la princesse Dahut d'Ys. Surranée, donc joliette.

La voix de son maitre, de Hannu Rajaniemi, le prodige finlandais dont le Net dit tant de bien. Il traite de la question des DRM sur le vivant dans un délire cyberpunk dont les héros sont un chien et un chat augmentés. L'homme est visiblement à la hauteur de sa réputation, il faudra que je lise très vite The Quantum Thief, son premier roman.

dimanche 14 août 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Cédric Jeanneret



Cédric Jeanneret est le petit frère rigolo du Death Dealer. Géographe de profession, il vit dans un paradis fiscal pour profiter des revenus publicitaires de son blog, Reflets de mes lectures. Il est aussi l'inventeur du bento saucisson, en attendant le maki rillettes. C'est lorsqu'il fera une fondue dans son bento box qu'il m'impressionnera vraiment.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Cédric Jeanneret, 32 ans, Suisse, marié, un enfant, géographe et historien de formation en reconversion (ne me demandez pas vers quoi je ne sais pas).

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

J'ai créé le blog en 2007 dans le but de garder une trace de mes impressions sur les nombreux livres que je lis. J'en ai eu un autre, privé, durant environs un an sur MSN où je parlais surtout de ma vie mais sans grande conviction. Je tente d'en lancer un autre très doucement sur les bentos. Le principe est de photographie les bentos que je prépare et de les mettre en ligne.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Je ne calcule pas vraiment le temps que j'y passe. Dès que j'ai finis un livre je le chronique. Cela me prend plus ou moins une demi-heure à chaque fois. Je ne fais pas beaucoup de relecture (je devrais d'ailleurs) donc cela reste gérable au niveau temps.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Tous ce que je finis, oui ! Le but est de garder une trace de mes lectures donc pour cela il faut bien que je poste un petit quelque chose sur chacune, non ?

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Je ne fais pas vraiment de choix, je blog ce que je lis. Maintenant comme je lis beaucoup de littératures de l'imaginaire cela se ressent forcément sur le blog.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Non ! Sauf bien sur les quelques ouvrages que j'ai pu recevoir gratuitement en échange d'une critique, mais dans ce cas là je l'indique toujours et ma critique n'est pas spécialement différente dans ma manière de faire.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Urf ! Grande question. Le premier livre qui m'a marqué dans ce domaine est Le Seigneur des Anneaux de Tolkien que j'ai lu vers 12 ans. Mais en même temps j'ai de vague souvenir d'autres livres plus anciens qui étaient de la SFFF et qui m'ont aussi marqué. Mais si on prend Tolkien comme point de départ vraiment conscient et assumé alors cela fait près de 20 ans.

8) A quel rythme lis-tu ?

Cela dépend des moments; j'oscille entre des périodes de lecture boulimique où je peux facilement lire entre deux et trois livres par semaine et des périodes de sevrage où le rythme est plus lent (un ou deux par mois).

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

De l'évasion avant tous. Il y a certes parfois des critiques sociales intéressantes, mais je ne me voile pas la face, le lis de la SFFF avant tous pour m'évader du quotidien. C'est d'ailleurs un peu le même genre d'évasion que je recherche dans les séries télés, le cinéma ou les jeux de rôle.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Avec ma femme : non ! Elle en lit quelqu'un parfois mais ce n'est pas vraiment ce qu'elle préfère. Avec de nombreux amis par contre oui tout à fait. On ne lit peut-être pas tous la même chose, mais clairement c'est une littérature que beaucoup de monde dans mon entourage apprécie.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Comme indiqué plus haut ce fut Le Seigneur des Anneaux de Tolkien aux alentours de mes 12 ans; l'édition en six volumes, chez folio junior il me semble. Puis après cela j'ai lu beaucoup de fantasy : Moorckok, Eddings, Mccaffrey, etc. Puis vers 14-15 ans une connaissance m'a orienté vers de la SF, j'ai donc enchaine avec Asimov, Herbert & Co.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Difficile, mes goûts ont pas mal changé avec le temps, mais clairement il y a des œuvres qui m'ont marqué : Le Seigneur des Anneaux, Dune d'Herbert, et puis plus récemment une grande claque avec Perdido Street Station de China Miéville. La découverte du recueil Kalpa Imperial de écrivaine argentine Angelica Gorodischer : des nouvelles racontant des fragments de l'histoire de L'Empire le Plus Vaste qui n'ai Jamais Existé. Je le relis régulièrement et c'est un vrai bonheur à chaque fois; je ne comprends pas pourquoi personne ne l'a encore traduit en français (tu es éditeur et tu me lis : pense-y !)

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Sans réfléchir, mais je vais surement en oublier. Bon j'essaye mais le récemment est à prendre au sens large. Wastburg de Cédric Ferrand que j'ai eu la chance de lire alors qu'il n'était qu'un manuscrit : une Fantasy terre à terre drôle et vachement bien conçue. The City & The City de Miéville : deux villes improbables et pourtant l'écriture de Miéville m'a permit d'y croire. Under Heaven de Guy Gavriel Kay : j'avais gardé un très mauvais souvenir d'un auteur que je voyais comme un, mauvais, sous-Tolkien, et en fait son dernier roman est une petite merveille. Transparence d'Ayerdhal : un très bon romain d'espionnage. La Horde du Contrevent de Damasio : une chute qui se voit à des kilomètres, mais une écriture très forte. Et Autoportrait de l'auteur en coureur de fond de Haruki Murakami : je n'ai jamais été sportif et avais toujours considéré le sport comme une activité peu digne d'interêt; Murakami m'a montré le contraire : depuis je cours un jour sur deux.

14) Vers quelle genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Je suis plus porté vers la Fantasy. Je trouve cela plus dépaysant tous simplement, mais, par rapport à mon adolescence, je deviens plus exigeant sur la qualité de l'écriture et/ou des idées sortant de l'ordinaire. Ensuite mes préférences vont clairement du côté de la SF puis, enfin du fantastique que je lis moins.

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Mes goûts n'ont pas fondamentalement changé; je recherche toujours de l'évasion dans mes lectures. Ceci étant dit, je lis quand même plus de littérature blanche que lorsque j'étais ado et recherche, de manière générale, des ouvrages de plus grande qualité littéraire. J'apprécie également des idées "fraiches" et pas le xième Tolkien-like.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Cela change avec le temps, mais en ce moment : China Miéville car ce type est un génie : il a des idées juste ce qu'il faut de décaler pour être surprenantes et une écriture recherchée. Jaworski parce que c'est de la très bonne fantasy française. Thimotée Rey pour les idées loufoques qui tiennent en place.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Oui, je regrette d'avoir lu les mauvais. J'ai un peu tendance à me dire que lorsque je commence un livre il faut que je le finisse, mais je me soigne de plus en plus et je n'hésite plus à laisser tomber un livre qui me tombe des mains où que je trouve mauvais. J'aurais regretté de ne pas avoir lus les bons livres. Mais d'expérience je sais qu'il y en a encore plein que je n'ai pas lu que je devrais lire.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Oui, j'achète compulsivement tous ce que Jaworski écrit, je faisais de même avec Léa Silhol avant qu'elle n'arrête de publier. Je fais aussi un peu la même chose avec China Miéville mais je l'ai découvert alors qu'il avait déjà écrit pas mal de chose et je n'ai pas encore rattrapé mon retard. J'achète aussi tous ce qu'écrit l'écrivaine américaine d'origine haïtienne Edwidge Danticat, mais elle elle écrit de la littérature blanche. Je caresse l'idée depuis quelques années de me lire un jour l'intégrale des nouvelles et romans de Charles de Lint se déroulant dans l'univers de Newford, mais cela reste pour le moment un vœu pieu.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Je ne fais pas beaucoup de salon, il m'arrive d'aller chercher une dédicace et de discuter avec des auteurs. Mais dans le cadre des salons c'est souvent un peu artificiel comme discussion. J'ai quelques amis qui connaissent/sont des auteurs cela aide néanmoins à avoir des rapports un peu plus intéressant.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Indispensable je ne sais pas, polémique certainement ;) Alors moi je trouve cela très bien. Harry Potter, je les ai lues : c'est, je trouve, très sympa et parfois un peu trop fleur bleu. Maintenant ce n'est peut-être pas le summum de l'originalité comme beaucoup le prétende, mais c'est certainement très très bien.
La Bit-Lit je trouve aussi cela très bien. J'en ai lu quelques uns et si parfois l'abondance de sexe (ou l'extrême inverse le manque cruel de sexe) est parfois un peu lourd, il y a des trucs très sympa qui paraissent sous ce label (typiquement français d'ailleurs, en anglais c'est souvent labélisé "Urban Fantasy"). Je sais qu'il est souvent de bon ton de critique la Bit-Lit. Je comprend tout à fait que certain n'aime pas, mais la SFFF est souvent critiqué comme étant aussi une sous-littérature. Il existe d'ailleurs de très mauvaise chose dans ces genres là aussi, pleine de clichés et écrit avec les pieds. Donc au final les goûts et les couleurs cela se discutent surement mais avec de l'ouverture d'esprit.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Internet définitivement. Je suis sensible aux arguments des petites librairies, mais je vis en Suisse, alors lorsqu'en combinant les taux de change de l'euro ou du dollar (particulièrement bas en ce moment) et la marge des intervenants suisses j'obtiens des différences de prix entre le livre acheté en librairie et celui acheté sur le net de l'ordre de 70-100%, mon choix est vit fait : c'est mon portemonnaie qui gagne !

22) BD, comics, ou non ?

Les deux mon capitaine ! Bien que depuis quelques années je suis de plus en plus comics : toutes les séries liées aux Mutants de chez Marvell (qui deviennent très compliquées à suivre entre les sorties en paperback et hardback), Fables, Hellboy et quelques autres.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

J'en lis quelque fois. J'aimerai en lire plus mais il y a des gens tellement de chose à lire dans la SFFF que je n'y arrive pas alors…. Mais bon, lorsque je lis de la littérature blanche c'est en général de littérature post-coloniale en anglais et quelques auteurs hispanophone (Perez-Reverte par exemple).

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Uch ! Alors pas de philosophe préféré, en musique je suis très éclectique : variété française, musique du "soleil", changeurs espagnole, musique celtique, musique andine, etc. Au niveau cinéma, j'aime bien les films fantastiques de SF ainsi que les blockbusters américains qui tachent. Loisir, je fais pas mal de jeux de rôle. Je regarde également pas mal de séries télés.

25) As-tu un Reader ?

Oui et non. Je n'ai pas de reader, mais j'ai un Iphone et un Ipad que j'utilise parfois comme reader.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

J'ai déjà lu sur mon Ipad et mon Iphone, mais cela reste des écrans et c'est, je trouve assez fatiguant à la longue. Surtout lorsque tu as déjà passé une journée à bosser devant un écran d'ordinateur. Par contre, j'écoute beaucoup de livre audio (en anglais). Me déplaçant beaucoup en vélo et ayant décidé de prendre soin de mon corps en courant régulièrement, je meuble ces temps de déplacement / mouvement par des romans audios. J'ai ainsi moins l'impression de "perdre du temps".

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Cela fait une petite année que je me demande régulièrement si je vais acheter un Reader. Mais, pour le moment, la fragmentation du marché et des formats de fichier (impossibilité de lire un ebook acheté chez Amazon sur un autre reader que le Kindle et vice et versa), les DRM, la pauvreté de l'offre française (même si cela s'améliore doucement) et les absurdes restrictions de vente géographiques ont un effet rédhibitoire.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

J'utilise beaucoup Internet (trop me dit ma femme qui a sans doute raison) : forum de discussion, lectures de blogs, surfs, etc.). Je suis en ligne depuis la fin des années nonante, pardon quatre-ving-dix, si je ne m'abuse.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Non pas du tout. Je connais quelques auteurs et ai pu discuter avec des éditeurs mais rien d'officiel. Je suis lecteur et c'est déjà pas mal.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Rien de particulier sinon que lire c'est bien, quoique vous aimiez lire et ne laissez personne dire le contraire.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !