jeudi 30 juin 2011

La Soft Apocalypse de Will McIntosh


Vu comme ça, il n'a pas l'air dangereux. Ne pas s'y fier. Will McIntosh enfile les prix littéraires comme d'autres les perles, et son premier roman "Soft Apocalypse" fixe le genre, comme le "Neuromancer" de Gibson a fixé le cyberpunk en son temps. Réservé pour l'instant aux anglophones, Soft Apocalypse, arrive bientôt en France chez un éditeur dont le nom évoque un large cours d'eau sombre. Will McIntosh travaille à son prochain roman "Deadland" et a vu adapter sa nouvelle "Followed". Il a aussi un vrai métier, prof de psychologie sociale à South Georgia University, et a été l'élève de l'atelier littéraire de Walter Jon Williams.
Sa nouvelle "Bridesicle", prix des lecteurs d'Asimov's 2009 et Hugo 2010, est disponible en PDF ici.
Je le remercie de nous recevoir.

1) Bonjour Will. Je te remercie d’avoir accepté cette interview. Peux-tu te présenter pour les lecteurs français qui ne te connaitraient pas bien ?

J’ai gagné un prix Hugo et j’ai été finaliste Nébula. Mes nouvelles ont été publiées dans Asimov’s (où j’ai gagné le prix 2010 des lecteurs pour une nouvelle), Strange Horizons, Science Fiction and Fantasy, Best of the Year, et d’autres encore. Mon premier roman, Soft Apocalypse, est basé sur une nouvelle de 2005 qui a été nominé pour le prix British Science Fiction Association et le prix British Fantasy Society. Ma nouvelle « Followed », publiée dans l’anthologie The Living Dead, vient d’être adaptée en court métrage (http://www.imdb.com/title/tt1803157).
Je suis originaire de New York, mais j’ai vécu dans la Géorgie rurale pendant la plus grande partie de ma vie d’adulte. J’enseigne la psychologie à Southern Georgia University, où j’étudie les rencontres (dating) par Internet, et, dans un genre différent, la manière dont les choix TV, cinéma, musique, des gens sont affectés par la récession et la menace terroriste. Dans un genre encore différent, je suis devenu le père de jumeaux en 2008.

2) « Soft Apocalypse » est ton premier roman mais tu as un long et satisfaisant passé d’écrivains de nouvelles. Pourquoi as-tu décidé de transformer la nouvelle originale en roman ?

En fait, j’ai écrit trois nouvelles dans le monde de « Soft Apocalypse » avant de décider à en faire un roman (elles ont toutes été publiées dans Interzone). Comme les personnages se développaient, j’ai réalisé qu’il serait intéressant d’élargir ces nouvelles pour en faire un roman, et j’ai pensé aussi que le thème était dans l’air du temps.

3) Dans « Soft Apocalypse » le monde s’écroule progressivement. As-tu lu « The Great Stagnation » de Tyler Cowen ? Dirais-tu, comme lui, que l’Occident a mangé tous les fruits bas de la nature et de la civilisation, et doit maintenant lutter pour atteindre les fruits hauts ?

Je n’ai pas lu le livre de Cowen, mais oui, je pense que le monde industrialisé, et spécialement l’Occident, (et, soyons honnêtes, spécialement les USA) a épuisé les ressources terrestres à un rythme insoutenable. D’après ce que disent les scientifiques, nous allons le payer pendant des décennies.

4) Plus de guerre nucléaire ni d’invasion extra-terrestre dans la littérature apocalyptique. Dirais-tu que les romans apocalyptiques contemporains sont plus crédibles, et par là même plus effrayants ? Te sens-tu appartenir au mouvement soft-apo, avec des gens comme Andréas Eschbach ou Steven Amsterdam ?

Je pense que les romans contemporains sont de bons reflets de notre réalité. Pour la génération de la Guerre Froide, la guerre nucléaire était une menace réelle, sérieuse, et terrifiante. Ca l’est toujours d’une certaine manière, mais je pense qu’en regardant le passé nous pouvons nous dire que, si nous n’avons pas été assez fous jusqu’ici pour nous annihiler nous-mêmes à l’aide d’armes nucléaires, peut-être que nous ne le ferons jamais. Mais nous pourrions bien être assez fous pour ignorer une menace qui grandit plus lentement mais est aussi terrifiante que l’apocalypse nucléaire (même si elle est moins « tout ou rien ». En fait, si les scientifiques du monde entier ont raison (et c’est en général le cas), la question concernant cette menace n’est pas tant de savoir si un désastre se produira, mais seulement quelle sera sa gravité. C’est terrifiant.

5) Avec Fukushima, le changement climatique, le pic pétrolier, etc., penses-tu que nous approchons d’une « apocalypse douce » ?

Je pense que nous allons vers un déclin. En fait, il a déjà commencé. La seule question qui reste est : quelle sera son ampleur ? Dans « Soft Apocalypse » j’ai développé un scénario extrême, une vraie apocalypse. Les choses n’iront vraisemblablement pas aussi mal dans la réalité (espérons), mais, de tout ce que j’ai lu, la combinaison du pic pétrolier, de la surpopulation, et de l’épuisement des ressources nous garantit des temps difficiles – et des souffrances – dans l’avenir.

6) Dans « Soft Apocalypse », la tribu est le moyen de survivre. Penses-tu qu’il soit nécessaire pour l’homme moderne de recréer des communautés de petites tailles ? Comment cela devrait-il être accompli ?

Je me demande si nous sommes capable de revenir à des communautés de petite taille. Il ne semble pas que ça intéresse beaucoup de monde, au moins aux USA, de mettre en œuvre des changements drastiques en réponse aux problèmes auxquels nous faisons face. De telles communautés de développeront peut-être par nécessité si les choses deviennent très difficiles. La communauté décrite dans « Soft Apocalypse » l’a été en réponse à un problème économique sérieux et imminent, pas pour anticiper ce problème.

7) Tes personnages sont bien écrits, réalistes et profonds. Comment les décrirais-tu à un lecteur potentiel ? Ils essaient de rester décents mais font ce qui est nécessaire. Où trouvent-ils la force et la volonté d’être impitoyables mais aussi compatissants ?

Merci. J’ai essayé d’aborder cette histoire en me demandant comment des personnes réelles réagiraient dans ce genre de situation. En fait, les quatre principaux personnages du livre sont fortement inspirés de gens que je connais vraiment. Ils m’ont donné la permission de les inclure comme personnages, et mon travail a été, autant que possible, de mettre mes amis dans cette situation et de me demander comment ils pourraient y répondre. Je pense que j’ai décrit la plupart des personnages comme disposés à faire des choses peu ragoutantes pour survivre, sans perdre tous leurs principes, parce que je pense que c’est de cette manière que réagiraient la plupart des gens confrontés à l’apocalypse. Personne ne veut mourir, mais peu sont prêts à sacrifier leur humanité pour survivre.

8) As-tu peur du genehacking ? Penses-tu que c’est la prochaine menace auquel le monde aura à faire face ?

Je pense que les prochaines menaces à laquelle nous serons confrontés seront l’épuisement des ressources, la surpopulation, et les conflits qui surgiront quand les ressources seront de plus en plus rares et que la demande continuera d’augmenter. Ceci dit, l’idée que les manipulations biologiques deviennent suffisamment communes pour que des gens puissent en faire sans beaucoup d’argent ni de matériel est alarmante. Mais honnêtement, j’ai ajouté les virus désignés et les bambous voraces pour faire un effet dramatique – je pense que ces choses sont un peu plus loin dans l’avenir.

9) Le mouvement nihiliste Jumpy-Jump (dans le livre) a-t-il un rapport avec la partie violente des Yippies ? Penses-tu qu’un effondrement amènera la naissance de groupes terroristes aveugles ? Le nihilisme est-il inévitable dans un monde à l’agonie ?

Une des choses que j’ai réalisé en écrivant « Soft Apocalypse » est que la plus grande partie de ce que j’ai imaginé n’est pas de la science-fiction. Ce n’est de la science-fiction que parce que ce que je décris se passe dans un pays riche. Je pense que ce qui est arrivé au Darfour est aussi terrible, voire pire, que ce qui arrive dans « Soft Apocalypse ». Alors, oui, je pense qu’une part de nihilisme est inévitable dans un monde à l’agonie. Les preuves sont tout autour de nous, à travers l’Histoire, dans de plus petits systèmes sociaux.

10) Penses-tu, comme tes personnages, qu’il est important de se souvenir du passé, et qu’il est aussi important que nos futurs enfants soient gardés dans l’ignorance de ce qu’ils auraient pu avoir ?

Il est évidemment important de se souvenir du passé. Je ne crois pas qu’il sera possible de garder nos enfants ignorants de ce qu’ils ont perdu, étant donné la montagne de documents visuels qui existent de notre époque.

11) A la fin du livre, il est nécessaire de transformer biologiquement l’Homme pour le sauver. Ne crois-tu pas que l’humanité puisse s’amender ?

J’ai choisi cette fin car je ne voulais pas une conclusion totalement pessimiste, mais il me paraissait malhonnête de suggérer que les personnages pouvaient trouver un moyen de « vivre heureux jusqu’à la fin de leurs jours » sans en payer le prix. Un lecteur chinois a dit que les personnages étaient forcés de « trouver un compromis avec l’apocalypse », et j’aime bien cette manière de le dire. Je n’essaie pas de suggérer qu’une transformation biologique est nécessaire, seulement que si la « Soft Apocalypse » se produit, le sauvetage de l’humanité nécessitera de profonds sacrifices, de profonds compromis avec les vies auxquelles nous sommes habitués.

12) Jasper, ton « héros », est un diplômé de sociologie. Il est l’un des premiers à perdre son travail puis sa maison. Aucun espoir pour nous, pratiquants de sciences sociales ? ☺

Nous devrions vraisemblablement retourner à l’école et apprendre un métier utile…

13) Comment tes travaux académiques t’ont-ils aidé à concevoir « Soft Apocalypse » ?

En tant que psychologue social je m’intéresse depuis longtemps à la manière dont les gens réagissent aux menaces sociales et économiques. « Soft Apocalypse » est un développement de cet intérêt (bien que mon département ne le compte pas comme une publication académique…).

14) Peux-tu nous parler de ton expérience « d’étudiant » de Walter Jon « Hardwired » Williams ?

Walter est un professeur sage et généreux. Il m’a guidé, non seulement dans l’écriture de romans mais aussi dans la gestion de l’équilibre entre l’écriture et une autre carrière. Je recommande chaudement son atelier d’écriture, Taos Toolbox, à tous ceux qui veulent améliorer leur talent d’écrivain.

15) Merci beaucoup Will. Avant de nous quitter, peux-tu nous donner quelques informations sur ton prochain roman, Deadland ?

Deadland est un roman de fantasy urbaine qui parle d’un dessinateur possédé par son grand-père mort. Il a beaucoup de compagnie, car un demi-million d’autres personnes dans sa ville sont aussi possédés par des morts. Malgré que ce soit un roman sur la possession de masse, c’est un peu moins glauque que « Soft Apocalypse ».

Interview traduite par l'aimable Gromovar

mercredi 29 juin 2011

Déliquescence


"In the house of the Worm" est une longue nouvelle écrite en 1975 par George R.R. Martin et disponible en numérique.
Sur un monde agonisant, sous terre, vivent les Enfants du Ver. "Guidés" par l'Homme-Ver, divin monstre chirurgical, ils ne font que paraître et se distraire. En lutte perpétuelle contre les grouns qu'ils mangent et qui les mangent, ils observent l'extinction progressive de leur soleil lors de fêtes orgiaques où s'exprime toute leur fatuité. La vengeance du jeune Annelyn, armé de sa dague, de son orgueil, et de trop peu de lumière, l'amènera au-delà du plus lointain et lui apprendra beaucoup sur l'histoire de son monde.
En quelques pages inaugurales, George R.R. Martin crée un monde en déliquescence dans lequel des humains vivent dans des "terriers" sous un soleil mourant. Il suggère une Histoire mêlée de légende, une religion, une culture, des pratiques sociales et une hiérarchie des hommes et des races. Belle ouvrage.
Annelyn vit, comme un courtisan, dans un lieu labyrinthique, rouillé, décrépit, et crépusculaire, à mi-chemin entre Versailles et la Maison Usher. Inculte et infatué, il va faire, à son corps défendant, ce que Ballandier nommait le "détour anthropologique". Il en reviendra transformé.
"In the house of the Worm" est une nouvelle agréable à lire, dans laquelle l'auteur démontre une grande capacité de création de monde.
In the house of the Worm, George R.R. Martin

lundi 27 juin 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Patrice



Patrice a beaucoup d'activités. Il anime le blog Russkaya Fantastika, traduit, avec Viktoryia, des auteurs russes à n'en plus finir (je précise pour ceux qui n'aura pas compris que Russkaya Fantastika, c'est du russe), édite la revue Géante Rouge, écrit des articles sur Quirinus, a sûrement lu Mircéa Eliade, et j'en passe. Il vit à Lisieux, près de Sainte-Thérèse, ce qui lui permet d'acheter sans difficulté des images pieuses pour sa petite fille ;-)



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Patrice. Bientôt 36 ans. Marié, une petite fille. Est né à Lisieux, a étudié à Caen, habite Lisieux, et ne peux pas encadrer saint Thérèse. Gros lecteur. A longtemps fréquenté les milieux de l’archéologie, pour avoir fait des fouilles chaque été pendant dix ans, à raison de plusieurs mois par an et de façon plus ou moins professionnelle. Docteur en Histoire des religions comparées. Travaille au CNRS. Fin du CV.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Régulièrement je postais des avis de lecture sur le forum d’ActuSF, mais j’avais envie de pouvoir plus m’étaler, que ce soit en musique ou en littérature, ou n’importe quoi. Sans pour autant conserver le ton sérieux de Russkaya Fantastika, le blog que je tiens avec Viktoriya, ma femme : mon blog est plus libre dans son expression. Finalement, très vite la littérature l’a emporté, mais je me réserve le droit de continuer à placer des coups de coeur musicaux sur ce blog.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Je ne sais pas, je ne compte pas.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Presque, oui. En dehors des livres scientifiques dont je place les comptes rendus ailleurs le plus souvent.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Au hasard, selon l’envie et le courage.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Non.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Probablement depuis mes dix ans, je pense.

8) A quel rythme lis-tu ?

Deux à trois livres par semaines, mais ce n’est pas toujours de la littérature.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

C’est difficile à dire. A la fois de l’évasion – je n’ai pas envie de lire ce que je vois au quotidien, la littérature à la Angot, c’est du journal pour emballer les poissons – et en même temps, paradoxalement, une réflexion sur notre monde à nous. On va dire que j’envisage l’Imaginaire comme une littérature propre à la parabole.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

J’ai réussi à contaminer Viktoriya, ce qui est déjà pas mal. Autrement, non, les discussions sont plutôt rares.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Je ne sais plus exactement. Sans doute un roman de Philippe Ebly. Mais le premier roman clairement identifié SF que j’ai lu est Les Rois des étoiles, d’Edmond Hamilton.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

La lecture des Seigneurs de l’Instrumentalité de Cordwainer Smith. Tout le cycle, mais spécialement La Ballade de C’mell et les deux romans. Une magnifique lecture. Ensuite, Desolation Road, d’Ian McDonald, qui fut une révélation. Les liens entre les deux sont d’ailleurs à mon avis pertinents, avec une bonne part de poésie et d’irréalisme. Ou plus de réalisme fantastique.

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Le Fleuve des Dieux, du même McDonald. C’est le plus récent en date.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

La SF, assurément. Puis le fantastique. La fantasy vient en dernier, car pour moi, elle est le genre le plus restreint, le plus limité et le moins créatif. C’est malheureux, mais du fait de mon à-côté d’historien, et spécialement d’historien des religions, notamment païennes, j’ai régulièrement l’impression que peu de récits de fantasy n’ont pas déjà été écrits. C’est un réflexe professionnel : je ne peux m’empêcher, en lisant de la fantasy, de reconnaître les thèmes et motifs des classifications internationales comme celle d’Anti Aarne et Stith Thompson...

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Je ne saurais dire s’ils ont évolué. Je n’en ai pas l’impression. Je suis arrivé à une époque où la plupart des sous-genres de la SF étaient déjà créés, et donc dès le départ je les ai abordés. J’ai peut-être plus d’ouverture vers les choses transfictionnelles qui sont souvent les plus satisfaisantes actuellement, du moins les plus créatrices. En revanche je suis franchement étanche envers des courants que j’espère être des effets de mode comme le steampunk ou la « bit lit ». Le steampunk ne m’apporte rien. C’est de la SF qui tourne en rond.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Cordwainer Smith, mais parce que tout son oeuvre tient dans Les Seigneurs de l’instrumentalité.
Les frères Strougatski, qui ont su créer en 30 ans une oeuvre d’une grande cohérence, à la fois vivante et philosophique.
Michel Demuth, un immense nouvelliste. La nouvelle est une forme que j’apprécie beaucoup. D’une manière générale, je fuis les trucs à rallonge et les pavés dopés aux hormones de croissance.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas avoir lus ?

Non. Pas vraiment. Je me dis qu’un mauvais livre, j’ai quand même eu envie de le lire, au départ. Il doit donc y avoir une raison à ça, et du coup je ne peux m’empêcher de réfléchir aux causes de l’échec. C’est un enseignement comme un autre.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Cela m’est impossible : il y a trop de choses à lire. Les seuls pour lesquels j’y suis arrivé, ce sont les Strougatski, mais parce qu’il y a une part de travail là-dedans. Et encore une fois Cordwainer Smith, pour la raison citée ci-dessus.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

J’aimerais le faire plus souvent, mais je n’ai ni le temps ni l’argent. Sinon, oui, c’est toujours un plaisir de rencontrer des auteurs dont on a aimé le travail.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Cf ci-dessus. On ne peut pas dire que j’y sois allergique. C’est juste que cela m’indiffère totalement.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Internet pour l’ancien. Pour le neuf, ma petite librairie, « Joie de Connaître » (si si, c’est son nom), à Lisieux. Le feuilletage reste important.

22) BD, comics, ou non ?

Très peu de comics, un courant pour moi trop formaté. Des BD oui, même si moins qu’il y a quelques années. Mon dernier coup de coeur est la série Orbital.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

Je ne sais pas ce que c’est, tout simplement. Mais les choses qui se rapportent strictement à l’ « ici et maintenant » ne m’intéressent pas. Il faut au minimum que ce soit ici et « un autre temps » ou ailleurs et maintenant. Et évidemment l’ailleurs et demain me convient très bien.

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

En musique, je vais juste donner quelques références : la musique européenne du XVe-XVe siècle, Berlioz, Puccini, Pink Floyd, le Vangelis des années 70, Tangerine Dream période 1969-1978, The Cure, Depeche Mode, Recoil, le groupe ukrainien Dakha Brakha (une révélation pour moi), Neil Young, David Bowie.
Je vais peu au cinéma, et regarde plutôt des DVD. Question de coût et de disponibilité. On ne peut pas me qualifier de cinéphile et j’ai un mal de chien à retenir les noms tant des acteurs que des réalisateurs. Mes références : Stalker de Tarkovski, les deux Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, Blade Runner de Ridley Scott, voilà les films que je peux regarder jusqu’à plus soif.
La lecture est mon loisir préféré.
Aucun philosophe n’a ma préférence. J’en ai lu. Des anciens (surtout), des modernes (peu), aucun n’a de réelle connaissance du monde. Leur niveau scientifique est trop bas pour cela (cf. Sokal et Bricmont, Impostures intellectuelles).

25) As-tu un Reader ?

Oui, un Sony PRS 600. Un engin pratique pour le travail grâce à son stylet.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Oui, mais que pour le travail. Des ouvrages scientifiques ou bien les nouvelles que je reçois pour Géante Rouge. Car je ne ressens aucun plaisir à la lecture sur liseuse. Il me manque le contact.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

On verra, selon l’évolution des liseuses. Et surtout à condition que tous les fabricants ne se mettent pas à en faire qui fassent aussi téléphone, télévision, console de jeu, etc. Je veux juste un truc pour lire et pour prendre des notes.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Internet ? Je ne pourrais plus m’en passer. L’essentiel de mon activité se fait grâce à cet outil. Je suis connecté depuis 1997 ou 1998.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Plus d’un en fait. Mon métier est assistant d’édition, au CNRS, pour une revue d’histoire. Je suis chargé d’en faire le travail éditorial (lecture et correction des textes), la maquette et une part de l’iconographie (cartographie essentiellement). Depuis peu, je suis en charge du fanzine Géante Rouge, même si à la fin des années 90, j’avais déjà créé deux fanzines à Caen (Palinods, généraliste, et L’Oeil dans le ciel, plus spécifiquement SF).
Enfin, il y a, avec Viktoriya, notre activité de traduction.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Juste une question : est-il encore possible de s’ennuyer de nos jours ? Moi, je n’y arrive pas.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

dimanche 26 juin 2011

Dead Skin Mask


"Druide" est le premier roman adulte d'Olivier Peru, mais c'est loin d'être sa première création. Scénariste et dessinateur de BD, auteur de la très appréciée (entre autres par mon fils de douze ans) trilogie "Les Hauts Conteurs", Peru est si prolifique qu'il a même fait un peu de télé. Et nul doute qu'il sait écrire une histoire (dessiner aussi, la superbe couverture est de lui).
Lorsqu'un meurtre de masse aussi atroce qu'incompréhensible est perpétré au sein d'une des forteresses les mieux gardées du royaume, un druide et ses deux disciples sont envoyés pour enquêter et éviter une guerre. Leurs investigations les mèneront au-delà de ce que leur imagination aurait pu concevoir. "Druide" fait partie d'un genre dans lequel il est (presque) seul : le thriller horrifique de fantasy. Rien que pour ça, il vaut le détour.
Peru ne se prive de rien dans ce roman, qui a gagné le Prix Révélations des Futuriales 2011, et avec l'insolence de la jeunesse il mêle une intrigue presque policière, avec trois personnages qui rappellent un peu "Le nom de la Rose", une civilisation ésotérique aux rites ancestraux, un Mal Ancien et Terrifiant, de la nécromancie, de la télépathie, des rois et des batailles (j'y reviendrai), et tout ceci en stand-alone. Loin de ses ouvrages Jeunesse, l'auteur n'hésite pas à être violent, gore par moments, et il a raison de le faire. On ne peut pas décrire les actions du mal incommensurable en étant mièvre. De plus, et c'est sûrement la qualité principale du roman, son Mal est dynamique. Contrairement aux croquemitaines habituels de la fantasy qui attendent le plus souvent dans leur repaire secret qu'on viennent les annihiler comme des boss des fins de niveaux, le Mal Ancien de Peru sort de son territoire et attaque des hommes qui avaient oublié jusqu'à son existence. Il y a de ce fait une urgence dans le roman qui fait moins artificielle que ce qu'on lit d'habitude (où il faut détruire le cristal noir avant l'alignement des trois lunes qui comme par hasard est pour demain). Ce sentiment est renforcé par l'existence de secrets qui ne se révèlent que progressivement (et de quelle manière !!!) aux protagonistes, sous les yeux du lecteur. Une Histoire officielle tronquée empêche longtemps les héros de "Druide" de comprendre ce qui est en jeu et d'en prendre la pleine mesure. Le lecteur aussi veut comprendre, il tourne alors frénétiquement les pages dans l'espoir des nouvelles révélations qui arrivent à un rythme régulier. La quête d'Obrigan est d'abord une quête de la connaissance.
"Druide" est aussi un roman qui réfléchit sur l'Histoire, le mensonge, la trahison, la responsabilité des puissants, l'amour filial des maitres envers leurs disciples, l'amour fraternel, le courage et l'abnégation. Portés par les différents personnages, ces interrogations sont au coeur du récit et elles conditionnent ce qui est. Le personnage d'Obrigan, noble et torturé, suscite une sympathie forte ; il en est de même pour ses deux disciples. Les personnages secondaires, plus ou moins développés, jouent leur rôle. L'ambiance crépusculaire et noire, évidente dès les premières pages, prend le lecteur, et c'est à de grands bouleversements que celui-ci doit s'attendre. Le monde des druides finit et une nouvelle ère commence.
Premier roman, "Druide" n'est pas exempt de défauts. Les sentiments y sont décrits d'une manière un peu trop Jeunesse à coups de grandes affirmations définitives et un peu naïves. Le grand nombre d'éléments distincts, qui fait la richesse du récit, donne parfois une impression de confusion dans les enchainements qu'une narration plus maitrisée aurait évitée. Et enfin, et ici ce n'est qu'une référence à mes goûts personnels, le siège final et les divers corps à corps sont beaucoup trop longs pour moi et, malgré de nombreuses et choquantes révélations, j'ai trouvé que le dernier tiers du livre était le moins agréable à lire et le moins original. "Druide" est néanmoins un bon roman, un très bon premier roman, une lecture originale et plaisante.
Du même, on pourra voir Nosferatu et Zombies.
Druide, Olivier Peru
L'avis de Xapur

vendredi 24 juin 2011

Essai d'exploration de l'inconscient


Sortie de la VF du tome 2 de la très bonne série "Locke & Key". Moins intense que le premier (mais était-il possible de l'être autant ?), ce second volume développe les manigances du mystérieux nouvel ami des enfants Locke, et fournit de nombreuses explications sur les tragiques évènements passés qui ont conduit aux malheurs présents. Joe Hill aborde le thème de la psychanalyse (potentialité de soin mais aussi de manipulation) et en fait le coeur de son récit, ce qui est plutôt bien vu, mais malheureusement le traitement graphique de la chose est un peu ridicule. Dommage que Rodriguez n'ait pas trouvé un autre moyen de rendre cet aspect essentiel de l'histoire. Néanmoins, en mixant de manière très équilibrée un grand mystère progressivement dévoilé, de la tension, des violences (physiques et psychologiques), et un personnage dont l'abjection ne semble avoir que la limite de son pouvoir grandissant, Hill continue à raconter une histoire passionnante et inquiétante, toujours aussi bien mise en image, et nantie de personnages (trisomique, couple homosexuel) assez rares dans les comics non militants, et d'un vieux professeur de littérature anglaise dont l'histoire d'amour émeut sincèrement. Vivement le tome 3.
Locke & Key, t2 Casse Tête, Hill, Rodriguez

L'avis de Pitivier

Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé

J'ai reçu, il y a peu, un colis, apporté par la mer, de la fascinante Loula. A l'intérieur, il y avait de nombreux objets propres à ravir le corps et l'esprit, ainsi qu'une missive et une photo.



En partance pour la vallée de Gwangi, où elle espérait chasser le dinosaure en compagnie d'autres cowboys O_o, la jeune mais brave Loula m'envoyait ce qui serait peut-être son dernier cadeau. Il y avait le récit de ses précédentes aventures dans Le monde perdu sous la mer, et en Atlantide, du café du Guatémala (ramené, je l'imagine, d'un voyage), un fabuleux champignon magique de l'espèce de celui que croqua Alice, ainsi qu'une photo que je chérirai jusqu'à mon dernier souffle. On y voit bien que la jeune Loula n'est pas seulement courageuse mais aussi d'une très grande beauté.



Je prie pour la réussite de son expédition cynégétique au Gwangi, et espère qu'elle me reviendra couverte de gloire afin que nous puissions de nouveau siroter un café guatémaltèque dans mon patio face à la mer.

jeudi 23 juin 2011

Interview : James Powell, 2084, et le réchauffement climatique


James Powell est un homme sympathique et abordable. Mais il est d'abord docteur en géochimie du MIT, et passionné par le réchauffement climatique. Il a enseigné, présidé, conseillé dans de nombreuses institutions prestigieuses. Il a mis en forme ses craintes pour l'avenir dans l'inquiétant 2084. Il accepte aujourd'hui de répondre à nos questions. Je l'en remercie.

1) Bonjour James. Merci de nous recevoir. Peux-tu te présenter pour les lecteurs français qui ne te connaissent peut-être pas bien ?

Je suis un géochimiste avec un doctorat du MIT. J’ai aussi été président de musée et d’instituts universitaires. En semi retraite, j’écris des livres de science grand public. Vous pouvez voir mes ouvrages sur mon site web, JamesPowell.org

2) Ton dernier livre « 2084 » est une dystopie sur les effets du réchauffement climatique. Je l’ai trouvé militant et effrayant. Aimes-tu la fiction, et c’est tout, ou penses-tu qu’elle est un meilleur moyen de toucher l’esprit des gens ?

Le problème que j’ai rencontré dans tout ce qui a été écrit au sujet du réchauffement climatique est que les livres et les articles nous donnent tous un moyen de nous en sortir. Le GIEC dit que le réchauffement peut causer une hausse de la température moyenne allant jusqu’à 6°C, mais d’un autre côté elle peut n’être que de 1°C, niveau que nous pourrions supporter. Le réchauffement peut avoir de graves conséquences, mais il peut aussi n’être pas si terrible que ça. Un livre est même intitulé « Ca tourne bien ». Je crois sincèrement que, si nous ne changeons pas notre façon de faire dans les quelques années qui viennent, le réchauffement sera le pire désastre auquel l’humanité aura eu à faire face.

3) As-tu été influencé par « World War Z » de Max Brooks pour l’écriture de « 2084 » ?

J’ai cherché pendant des mois le bon angle pour expliquer ce que le réchauffement serait sur toute la planète. J’ai lu des dystopies et je suis finalement tombé sur « World War Z ». j’ai alors pensé que l’approche consistant à interviewer des habitants de plusieurs pays, chacun avec son point de vue sur la catastrophe, fonctionnerait bien. Les lecteurs jugeront.

4) Dans « 2084 » les guerres de l’eau sont les guerres du 21ème siècle, et ça semble logique. Ne penses-tu pas que la pénurie de pétrole causera aussi des guerres ?

Oui, absolument. Rétrospectivement je me dis que j’aurais du inclure deux chapitres sur les répercussions du pic pétrolier, mais j’ai du couper le livre pour qu’il tienne sous la limite des 30000 mots qui est celle du format Kindle Single, aussi j’ai laissé tomber l’idée. La plupart des gens ne réalisent pas que le pic pétrolier et le pic climatique seront concomitants.

5) Tu pointes le risque de pénurie d’électricité liée à la rareté d’eau courante, mais tu ne dis rien sur l’énergie nucléaire. Ne penses-tu pas que des réacteurs nucléaires pourront compenser, en particulier dans les pays riches ?

Nous devrons nous tourner vers l’énergie nucléaire à mesure que nous abandonnerons les carburants fossiles. Mais l’énergie nucléaire ne fera pas rouler des trains de marchandise ou voler des avions.

6) Les parties les plus pathétiques de « 2084 » sont les interviews des représentants des peuples premiers. Que pouvons/devons nous faire pour essayer de les protéger ?

Ceux qui souffriront le plus du réchauffement, au moins au début, seront ceux qui en sont le moins responsables. Leur destin est entre nos mains et particulièrement entre celles de nos politiciens. Je crains que nous nous réveillions seulement quand il sera trop tard pour de nombreuses personnes des pays en développement et pour de nombreux peuples indigènes.

7) Tu as clairement choisi le pire scénario, et même plus. Les Anglais disent « Espère le meilleur mais prépare-toi pour le pire ». Es-tu vraiment aussi pessimiste sur l’issue de cet événement ? En quelle année serait le point de non-retour pour toi ?

J’ai essayé de montrer à quoi pourrait ressembler le monde en 2080 si nous attendons jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour stopper le réchauffement, ce qui est le chemin sur lequel nous sommes en ce moment. Personne ne sait exactement quand serait le point de non-retour, mais si je disais et ressentais toujours les mêmes choses en 2025, à supposer que je sois toujours vivant, alors je crois qu’il serait trop tard.

8) Ton dernier interviewé prédit la naissance d’une société nouvelle, plus humble (presque amish). Ca m’a rappelé le « Soft Apocalypse » de Will McIntosh ou « En panne sèche » d’Andréas Eschbach. Ne crois-tu pas en la possibilité d’une nouvelle (et bon marché) source d’énergie ? Ou en des choses comme le géoengineering ? Ces espoirs sont-ils seulement illusoires ?

Je suis sceptique sur le géoengineering, ainsi que sur la possibilité d’une nouvelle technologie ou d’une source d’énergie bon marché qui apparaîtraient et nous sauveraient de nous-mêmes. Si nous sommes capable de géoengineerer la planète et d’empêcher les carburants fossiles de causer du réchauffement, tout ce que nous ferons alors c’est en bruler plus, puis quand nous devrons arrêter le géoengineering, ce qu’il faudra faire tôt ou tard, notre situation sera pire qu’avant. De plus, le géonengineering est sans retour.

9) Dans mon panthéon personnel, tu fais partie du mouvement « Soft Apocalypse » avec des gens comme Will McIntosh, Andreas Eschbach, Steven Amsterdam, mais aussi l’économiste Tyler Cowen. Acceptes-tu ces proximités ?

Je suis désolé de dire que je devrais ajouter ces auteurs dans ma liste de lecture. Quand j’ai commencé à travailler sur « 2084 », j’ai arrêté de lire des dystopies ou de l’Histoire future pour garder mon esprit vierge des idées des autres.

10) Tu as travaillé pendant des années avec plusieurs agences officielles. Peux-tu nous donner la vision d’un insider pour comprendre l’inertie politique sur le réchauffement ?

Il est très difficile pour quiconque de comprendre comment, alors que l’Académie des Sciences des USA venait d’affirmer que le réchauffement était avéré, causé par les activités humaines, et dangereux, la Chambre des Représentants a pu rejeter une motion qui disait strictement la même chose. C’est sans doute la première fois qu’un corps législatif entier a pris une position aussi évidemment anti scientifique. Dans ce pays, au moins, les climatosceptiques gagnent et ils ont converti un parti entier. Le seul espoir réside dans la certitude que l’anti science finira par perdre.

11) A ton avis, qu’est ce qui pourrait donner aux sociétés la volonté de combattre vraiment le réchauffement ? La civilisation occidentale, et le monde humain par extension, sont-ils déjà condamnés ?

Il est encore temps, mais ça n’arrivera que si les gens ici en Amérique et en France et tout autour du monde votent pour des politiciens qui acceptent d’écouter ce que disent les scientifiques. Si la science continue d’être soumise aux jeux politiques, alors la vie de mes petits-enfants sera bien pire que la mienne, pire que tout ce que j’aurais pu imaginer.

12) Je te remercie pour ta gentillesse. Si tu veux dire quelque chose d’autre aux lecteurs français, c’est le moment.

N’écoutez pas Claude Allègre. Il a été un grand scientifique mais aujourd’hui c’est un barjo.

Traduit par Gromovar. Chapeau bas à Fazi, Brèque, et aux autres ; rendre en français les images et concepts que le texte anglais fait naitre dans le cerveau n'est pas chose aisée.

mardi 21 juin 2011

Car nous sommes nombreux...


Les Humanoïdes Associés sortent l'intégrale de la série de Fabien Nury "Je suis Légion", sous le titre "I am legion", au format comic et pour le prix très modeste de 13€95. Grande idée.
Loin des tartes à la crème récurrentes des méchants nazis cherchant une méchante arme magique pour gagner la guerre (qu'a popularisées en son temps Indiana Jones), Nury crée une histoire de guerre riche, violente, et tortueuse. Dans "I am legion", le marais des services secrets est agité de violents courants. En 1942 l'issue de la guerre est encore incertaine, et de grandes manœuvres opposent services anglais et allemands, mais aussi, au sein même du IIIème Reich, renseignements militaires (l'Abwehr, dirigée par l'Amiral Canaris, personnage courageux exécuté pour avoir tenté d'assassiner Hitler) et le SD SS (représenté dans la BD par un personnage rappelant furieusement Reinhard Heydrich). Nury promène le lecteur dans ce marigot sous le couvert d'une enquête des services secrets britanniques qui cherchent à comprendre pourquoi et comment l'un des hommes les plus riches de l'empire s'est suicidé. Pendant que l'enquête se déroule, les acteurs cachés, en Angleterre, en Roumanie, et au Portugal, avancent leurs propres agendas et la prise du vulgus pecum sur les évènements est mince. Les agents seront confrontés à des évènements de nature fantastique, mettront à jour un complot international, et en apprendront beaucoup sur le dessous des cartes. Il seront spectateurs plus qu'acteurs d'une lutte séculaire dans laquelle ils ne pourront faire mieux qu'être les grains de sable qui enraient un peu la machine.
Ce n'est pas de l'uchronie, comme dans le très bon Block 109, mais de l'Histoire Secrète à son meilleur, Nury mélangeant habilement faits historiques et oeuvre d'imagination. D'où l'intérêt d'avoir les deux albums pour multiplier les plaisirs.
Le graphisme de John Cassaday illustre à merveille le scénario, avec une approche cinématographique dynamique et vive qui rappelle Inglorious Bastards (mais la BD a précédé le film). Tortures, combats, explosions, mais aussi rues pluvieuses de Londres ou boueuses de Roumanie, le dessin, toujours entre calme des actions secrètes et fureur des combats, sert le texte, comme il est servi par la colorisation parfaite de Laura Martin (qui ne se fourvoie donc pas toujours avec Warren Ellis).
A noter qu'existe maitenant une préquelle, "Les chroniques de Légion", du même Nury, mais dont les dessins, partagés entre quatre dessinateurs, ne m'ont vraiment pas convaincus.
I am legion, Nury, Cassaday, Martin

lundi 20 juin 2011

Vroum !


Fin de la seconde guerre mondiale. C'est l'Angleterre qui récupère les savants allemands du projet V2. Mené par un visionnaire ambitieux, le ministère de l'espace permettra au royaume de se tailler un empire spatial.
So what ? Ben, rien. L'uchronie est centrée sur la conquête spatiale, le monde en est absent (même si quelques flashes en donnent une idée), l'Angleterre aussi. On voit voler des vaisseaux vers la Lune, puis Mars, porteurs de l'Union Jack. Un vague secret, godwinesque au possible, entache les origines de ces succès. La lecture de "Royal Space Force"a induit chez moi une douce somnolence.
Royal Space Force, Ellis, Weston, Martin

A SAISIR !!!


Il vous reste seulement dix jours pour profiter de l'offre des éditions ActuSF. Pour l'achat d'un livre du catalogue, l'éditeur vous offrira une novelette de Robert Silverberg, inédite en France, "Hanosz Prime s'en va sur Terre".
Texte clin d'oeil, pour amateurs éclairés, "Hanosz Prime" est un hommage ironique aux romans de l'âge d'or de la SF. N'est-il pas dit dès la première page "Prime disposait d'un bon entregent dans plus d'une galaxie" ? On sait où on met les pieds, à savoir dans un vaisseau spatial de famille, nanti d'une galerie de portraits et de tentures de velours, en route vers la Terre des ancêtres. Mais comme Silverberg est un vieux renard, il n'oublie pas de piéger le lecteur, et ses représentations, en invoquant les merveilles de la post-humanité.
A plus de soixante-dix ans, le grand Bob est toujours aussi roué et doué. Il faut voir ça.
Hanosz Prime s'en va sur Terre, Robert Silverberg

samedi 18 juin 2011

Literate rock

Le Traqueur Stellaire nous parlait il y a peu de l'inspiration mythologique des groupes de metal.

L'idée m'est alors venue de lister quelques chansons inspirées d'oeuvres littéraires, et les citant plus ou moins explicitement. Je puise évidemment dans mon panthéon personnel, et dans ce hall of fame Iron Maiden et The Cure représentent la majorité du temps d'écoute total.

Pour commencer To Tame a Land d'Iron Maiden, hommage au Dune de Frank Herbert. Paroles et musique font bien plus que l'évoquer.



L'émouvantissime How beautiful you are des Cure adapte de brillante manière le poème en prose Les yeux des pauvres de Baudelaire (rien qu'à l'écouter en tapant ça j'ai des frissons).



L'énormissime et longuissime Rime of the Ancient Mariner d'Iron Maiden adapte et cite en deux fois le The Rime of the Ancyent Marinere de Samuel Taylor Coleridge



Inspiré de L'étranger de Camus, The Cure débutait sa carrière par Killing an Arab. Confrontés aux incultes qui l'accusaient de racisme, Robert Smith a souvent chanté Killing an Englishman à la place des paroles originales.



Still Life, où Iron Maiden met en musique le Genius Loci du très lovecraftien Clark Ashton Smith.



Nouvelle séance de goosebumps en écoutant le Disintegration des Cure. On y trouve, vers la fin, un cadavre exquis qui contient une jolie référence déguisée aux Ecritures. Superbe chanson sur la fin d'un amour.



Encore Maiden pour un hommage à Gaston Leroux et à son Fantôme de l'Opéra.



Enfin, le groupe français Jack the Ripper échantillonne Jean Marais disant Jean Cocteau dans La belle et la Bête. On trouve cet échantillon à la presque fin de A Portrait's gallery, magnifique chanson aux sonorités est-européennes.



PLAY IT LOUD !

vendredi 17 juin 2011

Burp !


Warren Ellis, célèbre auteur de comics, alterne sans cesse le meilleur et le pire imho. Le meilleur ici et , le pire et encore .
"Supergod" rejoint sans conteste le pire.
Histoire de dieux de création humaine provoquant l'apocalypse, "Supergod" est verbeux, pédant, prétentieux, boursouflé comme un noyé gonflé de gaz. Dénué de personnages, absurde et délirant, ce navrant ouvrage est, de plus, nanti d'une collection d'aphorismes censés exprimer des révélations post-humaines, et qui prouvent surtout que n'est pas Cioran ou Nietzsche qui veut. Quand je vois le praise de la couverture, je me dis qu'il y a des baffes qui se perdent.
Supergod, Ellis, Gastonny

Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

jeudi 16 juin 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Anudar



Anudar Bruseis est le plus ardéchois des blogueurs. Il tient avec brio le blog La Grande Bibliothèque d'Anudar sur lequel il fait partager sa passion des livres, de la BD, mais aussi de ce qui sommeille au fond des microscopes (prends garde, Anudar, Herbert West et Victor Frankenstein aussi ont commencé comme ça). Grand fan de Dune devant l'Eternel, Anudar ne craint pas de lancer des débats sur le "sense of wonder" en commentaires sur son propre blog, ce qui semble prouver que son courage le rend digne de chevaucher le Shaï-Hulud.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Alors, mon pseudo sur le Net c'est Anudar. Je divulgue sur mon blog mon identité véritable donc je laisserai aux personnes intéressées le soin de chercher un peu. Dans la vraie vie, j'ai trente et un ans, je suis professeur de SVT depuis quelques années, à huit cents bornes de chez moi.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Pourquoi ? Cela fait des années que je lis de la SF sans trop trouver d'interlocuteurs dans mon entourage. Après avoir vu qu'un collègue tenait un blog de cinéma (« Rob Gordon a toujours raison » si ça vous intéresse, et je vous recommande d'aller y faire un tour), je me suis dit que c'était une bonne façon de partager mon goût pour la SF. En fait, peut-être que ça s'est fait un peu dans l'autre sens. Après avoir vu qu'il avait un blog archiplein, j'ai voulu faire pareil, mais dans ma spécialité à moi... Quelle explication est la bonne ? Sans doute un peu des deux.
J'avais déjà eu avant une envie de blog. J'avais commencé un blog avec quelques photos des coins que j'aime. Mais n'étant pas un très bon photographe, je n'étais moi-même pas très convaincu par ce que je faisais : façon de dire que j'ai très vite arrêté...
Depuis que je tiens mon blog de lecteur (Février 2010), j'ai ouvert un deuxième blog, « l'Atelier des travaux d'écriture », où je poste des textes d'imagination écrits de ma main. Je ne mets pas souvent ce blog à jour et je n'ai fait aucun effort pour le faire référencer. Je le vois plus comme une façon de mettre mes textes à la disposition de personnes qui seraient intéressées. On trouve entre autres dessus les chapitres de ma fanfic dunienne « Dune Apocryphe », des épigraphes de « Sunekeia », le roman de SF que j'écris quand j'ai le temps et d'autres écrits plus anciens.
Je suis aussi l'administrateur technique d'un blog syndical mais je ne participe pas à son contenu et je ne vois donc pas l'intérêt de m'étendre dessus.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Environ la moitié de mon temps de présence sur le Net, de près (en rédaction) ou de loin (en exploration de la blogosphère, des fora auxquels je participe, et des réseaux sociaux où traînent les amateurs de SFFF). C'est à dire beaucoup de temps. Si l'on ajoute en plus le temps passé à lire, alors là, ça fait une part énorme de mon temps libre.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Presque tout. Il m'arrive de décider de ne plus chroniquer quelque chose quand c'est une série qui tourne un peu au procédé. J'ai chroniqué plusieurs « CHERUB » mais je ne pense pas chroniquer les suivants même si je les lis. Les livres, en général, échappent plus à cette tendance que les BD/mangas.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Dans la mesure où je ne parle que des livres que j'ai lus, je dirais que le choix, au départ, est celui du livre que je vais vouloir lire. Donc ça devient très vite difficile à expliquer...

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Pas tout à fait. Je veux dire par là qu'il m'est arrivé, parfois, de m'intéresser à un livre plus vite que prévu afin de faire quelque chose d'intéressant sur le blog. Mais je pense que, de toute façon, j'aurais lu les livres en question, tôt ou tard.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Depuis... toujours ? Toutes les fois que je me dis « c'est avec ce livre que j'ai commencé », je me dis quelques temps plus tard que j'en avais lu un autre avant...
Avant de lire de la SFFF, c'est-à-dire avant de savoir lire, j'avais déjà un goût très prononcé pour les histoires de vaisseaux spatiaux, d'extraterrestres, d'autres planètes et tout ça... Imaginaire nourri aux dessins animés qui passaient à l'époque, mais aussi aux images d'actualité spatiale (c'était avant Challenger en 1986). Je me souviens qu'au CP, dans la collection des livres à notre disposition, il y avait un petit bouquin de SF qui m'avait beaucoup plu. C'était une histoire de conflit entre deux planètes, l'une dirigée par un triumvirat militariste et l'autre par une reine paisible. J'ai tout oublié du reste, y compris le titre, chose que je regrette beaucoup. Plus tard, dans la collection de l'Ecole des Loisirs, j'avais lu « La Tour de Xrom », un roman de SF jeune public bien foutu et très plaisant. A peu près à la même époque j'ai lu un autre bouquin de SF que j'ai d'ailleurs chroniqué sur mon blog il y a très peu de temps, « Galamax appelle la Terre ». Après je me suis mis à lire des choses un peu en avance par rapport à mon âge, en CM1 j'ai lu « La grande Dérive » de Ben Bova, plutôt destiné à un public adolescent, livre qui m'avait fait une forte impression, aussi forte que celle éprouvée, à la même époque, à la lecture de la « Trilogie des Tripodes » de John Christopher. J'ai réussi à digérer « le Seigneur des Anneaux » puis « le Silmarillion » entre les âges de dix et douze ans, à l'époque, je pense que j'aurais sans nul doute pu basculer vers la Fantasy... Et puis j'ai rencontré « la Reine de l'Eté » de Joan D. Vinge et « Dune », un an plus tard. Là, mes goûts se sont cristallisés. J'avais quatorze ans.

8) A quel rythme lis-tu ?

Cela dépend de ma motivation. Si le livre me plaît, je peux descendre cinquante pages en une heure. Sinon, ça peut traîner un peu plus.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

La part du rêve. Je crois que le sous-titre de mon blog, « à quoi ressemble la bibliothèque d'un inculte assumé ? », doit être pris au pied de la lettre. La littérature est avant tout, pour moi, une façon de me distraire, et c'est la SFFF qui me distrait le mieux.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Mon père est lui aussi amateur de SFFF. Quelques-uns de mes livres proviennent d'ailleurs, en fait, de sa collection. Ceci étant dit, ses goûts personnels vont plutôt vers le Fantastique. Il a fait une thèse, il y a quelques années, sur la fiction borgésienne. Auteur auquel il m'a initié depuis l'adolescence.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Je crois que j'ai déjà répondu à cette question un peu plus haut, en fait...

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

S'il n'y en avait qu'un seul, ce serait « Dune ». Quand j'ai lu le récit de la bataille finale, j'étais dedans. Je chevauchais les vers des sables, moi aussi !

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Là, c'est le genre de question sadique à laquelle je suis incapable de répondre. Il suffit en plus de préciser qu'il faut répondre sans réfléchir pour que j'en sois encore plus incapable. Pour que tu te représentes la chose, ça fait depuis ce matin que j'y réfléchis et je n'ai pas encore trouvé...

14) Vers quelle genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

La SF, bien sûr. Et c'est sans doute à cause de l'ambiance dans laquelle j'ai grandi. Mon père m'avait emmené voir « 2010 : Odyssée deux » quand ce film était sorti au cinéma. Je n'y avais rien compris mais j'avais été fasciné...

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Ils n'ont pas évolué. En termes de lecture, je suis toujours l'adolescent, voire le gamin, qui aimerait se trouver sur une autre planète.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Je vais peut-être surprendre, mais l'auteur que je préfère n'est pas Frank Herbert bien que « Dune » soit mon roman de SF préféré... Mon auteur favori, je pense que ça serait Isaac Asimov. Le « Bon Docteur » est quelqu'un dont l'optimisme est agréable. J'ai aussi été plutôt admiratif devant l'effort qui se cache derrière son « Histoire des Temps à venir »...
J'aime aussi beaucoup Joan D. Vinge, qui est à mon sens trop peu connue en France.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

D'une façon récente, quelques-uns. « Sens interdit » par exemple. Et des livres que j'aurais regretté de ne pas avoir lus, c'est facile : « Dune », « Fondation »...

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Des auteurs vivants ? Je ne crois pas...
J'ai tenté de lire tout Asimov. Tout Frank Herbert, aussi...

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Depuis que je tiens mon blog, oui. Avant, non. Cela dit, j'ai quelques dédicaces de Joan D. Vinge sur des livres d'occasion.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

La bit-lit, je n'en ai jamais lu en dehors du numéro de Bifrost d'il y a quelques mois. J'ai déjà dû lancer ici ou là ma boutade favorite : pour moi, c'est de la littérature pour adolescentes. Je ne suis pas un adolescent et je ne suis pas une femme : déjà, je ne suis pas dans le « coeur de cible ». Ensuite, les histoires de guimauve sentimentale m'emmerdent voire m'écoeurent au plus haut point. La bit-lit, ce n'est pas pour moi.
« Harry Potter », par contre, ça j'aime bien. Mais c'est toujours la même chose : on accepte sans doute mieux ces histoires de « monde caché » plus beau et plus dangereux que le « vrai » parce qu'on a tous eu tendance, quand on était gosses, à fantasmer qu'en réalité nos parents étaient des magiciens (ou des gens venus de l'espace) et que sous le lit (ou dans le placard) se cachaient d'abominables créatures...

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Tout à la fois. Je fréquente beaucoup l'excellente librairie lyonnaise Decitre pour tout ce qui est récent. Les bouquinistes, c'est pour ce qui n'est plus édité. Internet, c'est surtout pour les livres en anglais. Sachant que je pratique aussi les bouquinistes sur Internet.

22) BD, comics, ou non ?

Bien sûr. BD depuis toujours là encore (mon père, encore lui, faisait très bien la voix du capitaine Haddock, ma mère, quant à elle, était championne pour me faire voir certains détails dans « Tintin »). Mangas depuis huit ans, à peu près. Comics depuis très peu.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

J'en lis très peu. Après avoir dû m'appuyer du Balzac pendant deux ans au Lycée, contraint et forcé (because BAC de Français en préparation), je dois dire que j'ai été fort content de laisser ça de côté...
Quant à parler d'auteurs « blancs » que j'apprécie en particulier, euh... Vu que je relis très peu... Très difficile à dire !

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

En musique j'ai des goûts très peu fixés. Si bien que je n'ai pas une connaissance très approfondie des genres que j'écoute. Pour résumer, ce que j'aime en musique s'organise autour de deux pôles, les musiques anciennes et les musiques électroniques. Eh oui. Le point commun entre ces deux pôles, parce qu'il y en a un, c'est que pour moi ces musiques « débloquent » certaines émotions et en particulier créatrices. J'imagine mieux quand j'écoute ce genre de choses...
Au cinéma, je suis là encore assez peu difficile. Hormis les films « glauques » (comprenez : sinistres, de ceux qui donnent envie de vous tirer une balle), je suis assez bon public. Le monde est assez moche en vrai pour qu'en plus on ait envie de payer pour s'en remettre une dose.
Mon loisir favori, tu veux dire, en dehors de la lecture ? J'aimerais pouvoir dire que je suis sportif. En réalité, à part un goût certain pour la marche et pour la natation (deux kilomètres par semaine en deux séances, depuis des mois), j'ai horreur du sport. Sinon, ce que j'aime faire pour de vrai, c'est rêver, ne penser à rien, de préférence installé quelque part devant les magnifiques paysages d'Ardèche...
Quant à mon philosophe de prédilection, je n'en ai pas. Depuis le BAC, j'ai toujours dit que j'attendrai d'avoir quarante ans pour me (re)mettre à la philosophie. Et je ne suis pas pressé.

25) As-tu un Reader ? (ndlr : une liseuse)

Si tu veux dire, un lecteur de flux RSS, oui. Et je m'en sers beaucoup. Sinon, vu que je ne sais pas ce que c'est, je ne dois pas en avoir.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Oui, j'ai lu quelques nouvelles sur mon écran d'ordinateur.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Je n'ai pas de répugnance particulière à lire en dehors du papier. Donc je n'ai pas d'a priori négatif à l'égard de la lecture numérique. Et je pense, oui, lire plus sous cette forme dans un proche avenir.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

En peu de mots, je dirais qu'en tant qu'inadapté social une part importante de mon temps libre est passée sur le Net. C'est très mal et j'en suis conscient. Je me déconnecte donc deux après-midis par semaine pour faire autre chose.
J'ai découvert le Net en 1999, à l'Université. Cela m'attirait depuis quelques années car on commençait à beaucoup en parler, à l'époque. Mes parents ont eu leur abonnement à la même époque. J'ai le mien depuis 2002.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Mis à part celui d'être un boulimique de lecture, pas du tout.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Si après avoir lu tout ça vous parvenez encore à me considérer comme quelqu'un de normal, vous êtes plus indulgents que mes élèves.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

mercredi 15 juin 2011

Sky is the limit


"The strange affair of Spring-Heeled Jack" c'est le Rocky Horror Picture Show en livre. Mark Hodder a pris l'énormissime Sir Richard Francis Burton, le mystérieux Spring-Heeled Jack, et en a fait les héros d'un roman steampunk et uchronique complètement déjanté.
Sans dévoiler trop de l'intrigue, je dirai seulement que Spring-Heeled Jack est un croquemitaine réel de l'ère victorienne, connu en Angleterre mais ignoré en France, car n'ayant pas, comme l'autre Jack, spécialisé dans l'éventration celui-là, tué des prostituées, mais seulement agressé sexuellement des jeunes filles du peuple (dont certaines étaient sûrement femmes de ménage), sa notoriété n'a pas franchi la Manche. Sa petite histoire personnelle entre en collision avec la grande Histoire quand il croise les routes de la reine Victoria, du 1er ministre Palmerston, et de Richard Burton. Mais dans "The strange affair of Spring-Heeled Jack" il y a aussi, Darwin, Galton, Brunel, Swinburne, Nightingale, les pré-raphaëlites, etc... Tous sont utilisés dans le récit, tous sont dans des situations et des postures assez incroyables, tous mettent à rude épreuve la suspension d'incrédulité du lecteur. Mais quel plaisir s'il y parvient. Le roman est un roller-coaster qui saisit le lecteur et l'emmène toujours plus loin dans la folie.
Uchronie, steampunk, paradoxes temporels, Hodder mêle habilement les genres au service d'une enquête qui n'est pas sans rappeler Sherlock Holmes (le petit rôle tenu par Oscar Wilde est significatif). Dans un Londres de 1861, bien plus avancé techniquement que celui que nous avons connu, mais aussi atroce socialement (misère sociale, pollution, et statut inférieur de la femme sont longuement décrits), Burton et son ami Swinburne, étrange et amusant équipage s'il en est, et vraiment très différent du couple Holmes/Watson, traquent un Spring-Heeled Jack dont les méfaits s'étalent sur presque trente ans. Mais il y a aussi, dans ce Londres alternatif, des loups-garous, des cyborgs, du mesmérisme, des petits ramoneurs, de l'amour (euh, non, au contraire en fait). On y trouve aussi des considérations sur le poids des conventions et l'amour de la liberté. Hodder ne se donne aucune limite, et son roman va dans l'excessive imagination là où peu sont allés avant lui, ce qui lui a sans doute valu le Philip K. Dick Award 2010.
"The strange affair of Spring-Heeled Jack" prouve par l'absurde qu'il est très dangereux de tripatouiller la trame du temps, et s'il en était encore besoin, que le mieux est l'ennemi du bien.
Les seuls bémols que je mettrais sont l'existence d'une longue partie dans laquelle l'histoire est revue à travers les yeux du croquemitaine et qui aurait gagné à être plus courte et off, un personnage de Spring-Heeled Jack qui ne suscite jamais l'empathie alors que son sort est tragique, et une "bataille finale" peut-être un peu trop longue aussi et stylistiquement différente de ce qui précède. Malgré ces défauts, le roman est d'une lecture très agréable.
The strange affair of Spring-Heeled Jack, Mark Hoddder

Lu dans le cadre du défi steampunk

mardi 14 juin 2011

Ne dites pas "Je ne savais pas"


"2084 : An Oral History of the Great Warming" est un petit livre de 91 pages. Il parvient pourtant à bouleverser, terrifier, ébahir, comme peu.
Le docteur James Powell, membre de l'Académie américaine des sciences, est un spécialiste du réchauffement climatique. Il réalise ici un bien beau travail de vulgarisation. Dans "2084", deux projets : donner des informations précises sur le réchauffement en cours et montrer toutes les conséquences d'un mécanisme qui est en train de devenir hors de contrôle du fait des nombreuses boucles de rétroaction qu'il intègre (par exemple, la glace arctique fond à cause du réchauffement, or elle renvoyait beaucoup de lumière solaire dans l'espace, donc la fonte de la glace arctique amplifie le réchauffement dont elle est une conséquence). En vulgarisateur subtil, Powell a supposé, à juste titre et fort malheureusement, que peu de lecteurs se lanceraient dans des dizaines de pages de données, ou dans la lecture des nombreux rapports déjà disponibles sur la question. Aussi a-t-il imaginé de passer par le récit pour transmettre son message et son cri d'alarme. Grande idée. Elle a déjà fonctionné, au moins sur moi.
Sur le modèle de World War Z, Powell se livre à une recension ex-post du l'histoire de la Terre et de l'Humanité sur le siècle à venir. L'ouvrage se compose donc d'une succession d'interviews réalisées en 2084 dans le but de témoigner de ce qui a été, mais aussi de dénoncer la non prise en compte, par une civilisation ivre de sa puissance, de tous les signes avant-coureurs du désastre à venir. Le lecteur apprend au fil des articles comment New-York (comme quantité d'autres cités côtières) disparut, abandonnée, ainsi que la plus grande partie de l'Arizona ou de la Floride, comment le Bangladesh devint encore plus misérable (et, oui, c'était possible), comment la forêt amazonienne succomba à la rapacité pyromane des brésiliens, comment le Pérou dut se relocaliser à l'est des Andes, comment la plus grande partie de la Hollande fut recouverte par le eaux malgré les efforts et le génie des ingénieurs hollandais qui avaient su garder la mer au loin pendant des siècles, pendant que la Suisse récupérait le climat du Maroc et l'Angleterre celui du Bordelais. Le lecteur voit aussi comment toutes les frontières devinrent des zones de contrôle et de combat, car les réfugiés voisins furent toujours indésirables. Il se remémore les guerres de l'eau ou des céréales qui opposèrent Israël et les pays arabes pour le contrôle du Golan, l'Inde et le Pakistan (nucléaire celle-là) pour celui de l'Indus, les USA et le Canada pour les terres agricoles utilisables, les USA et le Mexique pour l'eau du Colorado. Il voit les USA, comme d'autres pays, élire un président néo-fasciste qui promulga des lois raciales très strictes. Toutes ces choses et d'autres, le lecteur les lira et s'en souviendra. Les témoins convoqués par l'auteur sont des politiques ou des responsables d'ONG. Tous décrivent, du mieux qu'ils le peuvent, les changements rapides qu'a connu la planète à partir de 2020. Ils ont toutes les informations utiles et expliquent comment la réalité a dépassé même les estimations les plus pessimistes du GIEC (en raison de l'insuffisante connaissance des boucles de rétroaction présentes dans le mécanisme) et l'enchainement inévitable des dramatiques conséquences humaines de ces transformations "naturelles".
L'élévation importante des températures a entrainé de nombreuses et terribles conséquences. Un effet direct pour commencer, un air plus chaud entraîna plus de décès par hyperthermie. Mais aussi et surtout de nombreux effets induits. Plus de chaleur ce fut la fonte des glaciers et des neiges permanentes d'altitude, ce furent des tempêtes plus fréquentes et violentes, ce fut l'élévation du niveau de la mer avec inondations récurrentes et salinisation des nappes phréatiques, ce fut aussi l'assèchement des cours d'eau par manque d'eau de fonte, ce furent des changements drastiques des biotopes végétaux et par voie de conséquence des extinctions massives d'espèces, ce fut enfin la disparition de tout ce qui vivait sur le permafrost ou les glaces de mer (des ours blancs aux inuits), etc...
Sur les sociétés humaines, les conséquences de ces changements furent désastreux. L'agriculture pâtit en premier de l'élévation des températures et de la raréfaction de l'eau. Les cultures, plus maigres que par le passé, migrèrent vers le nord ou le sud, suivant les hémisphères, dans un contexte ou la quasi disparition des carburants fossiles rendait, de plus, le transport problématique, entrainant famine, recompositions géopolitiques, guerres de la faim. Les guerres pour l'eau se multiplièrent aussi, tant il est, d'abord tentant puis vite indispensable pour un pays amont de conserver le peu d'eau que transporte encore le grand fleuve, au détriment du pays aval. La production électrique hydraulique, capitale pour de nombreux pays, fut la victime suivante de la raréfaction de l'eau courante, et on se rendit compte alors du fait que nous vivions dans la civilisation de l'électricité. Cette pénurie ajouta au marasme agricole une récession économique de très grande ampleur. Sur ce terreau, nationalisme et néo-fascisme se développèrent, car il est difficile d'être généreux lorsque les ressources deviennent rares. Les politiques d'expulsion d'étrangers qui en découlèrent ajoutèrent aux millions de réfugiés climatiques d'autres millions de déplacés, ceux-ci sur des bases ethniques. La plupart de ces réfugiés finirent par mourir de malnutrition, maladie, violence, ou toute autre occurrence qui peut survenir lorsqu'on vit sans médicament ni eau potable dans un camp surpeuplé.
Le réchauffement global a transformé la planète ; ce faisant il a transformé en profondeur des sociétés qui étaient toutes peu ou prou adaptées à leur environnement. Causé par les pays riches, il a frappé, suprême injustice, le plus durement les pays pauvres. Il a couté plusieurs milliards de vie et ramené la Terre aux niveaux de production et de consommation qui était ceux des année 1800. En 2084, la vie humaine est redevenue ce que décrivait Hobbes, au XVIIème siècle, parlant de l'état de Nature, une vie "pauvre, mauvaise, brutale, et courte".
Le livre finit néanmoins sur une note légèrement optimiste. Le dernier témoin estime que, la civilisation n'étant pas morte, elle repartira, moins nombreuse, moins folle (par nécessité plus que par raison, les combustibles fossiles ayant disparu), plus limitée et locale. Pour ce qui est de la Terre, elle s'en remettra, elle a les temps géologiques pour elle. Elle s'est seulement débarrassé d'une partie des parasites qui l'infestaient, trop bêtes pour éviter de la mettre en colère.
2084 : An Oral History of the Great Warming, James Powell

PS malheureux : Ce livre, non traduit, n'existe pas non plus en version papier. Il n'est disponible que sur amazon.com mais est lisible sans Kindle sur l'appli gratuite pour PC et Mac. Je le trouve tellement important que je fais ici une chose que je ne fais jamais, voici un lien direct vers le lieu d'achat.

L'avis de Cédric Jeanneret

Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

samedi 11 juin 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Férocias



L'ex-citoyen Férocias portait un bonnet péruvien. Cet accoutrement non-règlementaire a permis au clarificateur Gromovar de l'identifier. Doté du niveau d'accréditation ultraviolet (le plus élevé) en raison de ses nombreux mérites, Férocias animait le blog Les Peuples du Soleil, mais aussi le blog ArchéoSF. Il tenait de plus la rubrique RétroSF sur le site ActuSF. Il lisait des livres tellement anciens qu'il les disait écrits avant l'Ordinateur. C'est la propagation de cette hérésie qui l'a perdu. Avant d'être désintégré, horrifié par ses propres agissements contre l'Ordinateur, il a fait, en pleurant, son autocritique. Parce qu'il est là pour éduquer, élever et aimer, l'Ordinateur livre à tous les citoyens du Complexe Alpha les derniers mots de l'ex-citoyen Férocias afin qu'ils servent à leur édification.

1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Amateur de littérature populaire ancienne, du roman policier archaïque (Fantômas, Rouletabille, Arsène Lupin,...) à l'aventure au sens large (voyages extraordinaires et proto-science fiction), collectionneur de fictions mettant en scène des peuples précolombiens (avec une prédilection pour les Lost Race Novels comme on écrit en bon français – je ne sais jamais où l'on doit mettre les majuscules en anglais alors j'en mets partout)

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Au départ j'ai créé Les Peuples du Soleil pour recenser les fictions mettant en scène des peuples précolombiens. C'était dans une démarche personnelle afin de mettre de l'ordre dans ma collection et de faire partager des informations sur un thème bien trop négligé sur le net. Maintenant ça va mieux, même Wikipedia propose une page sur le sujet mais il y a encore du travail.
J'ai ouvert des blogs un peu sur tout (et surtout sur rien) pour tester différentes plate-formes d'hébergement. Un projet qui me tenait à coeur a vu le jour récemment: ArchéoSF qui propose des textes (fiction, sience et technique, essai) souvent oubliés.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Quand on aime, on ne compte pas.! C'est très variable. Il m'arrivait de publier plusieurs billets dans une journée (je me suis un peu calmé) puis de laisser de longues pauses (ce qui repose aussi le lecteur... et même la lectrice ;-) ).

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Non. A la fois par manque de temps et parce que ces deux blogs ont des lignes éditoriales définies.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Pour moi c'est assez simple: Les Peuples du Soleil pour les Précolombiens et ArchéoSF pour les Pré-SF. Je m'autorise des écarts sur Les Peuples du Soleil pour répondre à des challenges par exemple.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Pour les Peuples du Soleil oui mais de toute manière, je les aurais lu quand même.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Enfant déjà... (bon, il faut retirer un F à SFFF ;-) )

8) A quel rythme lis-tu ?

Le plus possible (mais ce n'est pas une réponse). Je suis monté à plus de 300 livres par an, je dois être dans les 200 pour les 12 derniers mois.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Le merveilleux scientifique... L'expression résume bien ce que je ressens, y compris pour des textes contemporains de SF.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Oui mais lui (mon entourage) moins...

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Je ne sais pas qu'elle fut ma première lecture SFFF. Je me souviens de Jules Verne bien sûr et de textes de Michel Grimaud (une couverture particulièrement s'est imprimée à vie dans mon cerveau)

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Mon grand souvenir est assez idiot en fait. J'avais commandé l'Encyclopédie de Pierre Versins et quand il m'a été remis en main propre par le facteur, que j'ai soupesé la bête, ouvert le paquet, tenu avec émotion l'ouvrage,... (vous voyez ce que je veux dire non?)

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Deux livres: Eric Holstein, D'or et d'émeraude, Xavier Mauméjean, Rosée de feu.

14) Vers quelle genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Indéniablement SF. Lançons une polémique sur ton blog, les commentaires c'est bon pour le classement Blogonet même s'il est tout cassé alors que Les Peuples du Soleil sont bloqués premiers depuis des mois. La Fantasy donc: « franchement, l'omniprésence de la pensée magique, le recroquevillement sur une enfance fantasmée et sur un passé mythifié, la place de l'Elu-e, le recours aux monstres de nos jeunes années, la dimension éminemment consolatoire du genre (il suffit de lire ce qu'en a écrit l'un de ses plus importants auteurs, Tolkien),... ce n'est pas un peu réac' tout ça? » (reprise d'un billet des Peuples du Soleil).
J'aime bien le fantastique classique du XIXe siècle et de Jean Ray ainsi que les textes relevant de l'utopie. Pour le reste... SF encore et toujours!

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Je me suis peu à peu orienté vers une approche thématique des textes de SF sans renoncer à goûter la saveur de certains styles (Jimmy Guieu, si tu m'entends!).

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Gustave Le Rouge, Paul d'Ivoi, Jules Verne quand il se laisse aller, Octave Béliard, HG Wells, Philip K. Dick (je ne cite que des morts pour ne pas faire de jaloux :) )

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Je ne regrette jamais une lecture. Je lis tellement de bouses... Tout texte a un intérêt à mon sens. Il n'y a pas que le style, l'histoire, la « littérarité » ou le thème. Il y a aussi le pont culturel que le livre construit entre un auteur, des lecteurs, et , dans le cas de ce que je lis, les générations.
Je pense que si je n'avais pas découvert Philip K. Dick, il me manquerait quelque chose.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Je me suis toujours dit qu'un jour je lirai tout Jules Verne dans l'ordre.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Je fréquente les salons, surtout celui de Sèvres. C'est un plaisir et j'ai un côté midinette: j'aime bien les livres dédicacés. J'ai parfois fait des photos mais pas des auteurs, plutôt des drôles de gens qui errent dans ces lieux mal famés!

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

On va se dispenser de répondre...

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Bouquinistes et Internet (de l'occase, toujours de l'occase!) pour la SF. Sinon je privilégie les librairies à Internet. Amazon semble vraiment avoir des méthodes de management peu appropriées pour assurer le bien-être de ses salariés...

22) BD, comics, ou non ?

Plutôt BD: en rapport avec Les Peuples du Soleil et les adaptations d'anticipation ancienne. La BD est une récréation pour moi (il y a des images et c'est souvent écrit gros – juste pour avoir un petit commentaire sympa ;) )

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

Oui je lis de la littérature « blanche » (et noire aussi, j'ai eu une grosse période polar avec une prédilection pour André Héléna), surtout des classiques, assez peu de contemporains même si j'ai lu des Houellebecq, Angot, Despentes,... et des trucs qui paraissent aux Editions de Minuit, de la littérature expérimentale toussa...

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Dans l'ordre: un peu de tout, des chants profanes du Moyen Age au rap-musette engagé du Ministère des Affaires Populaires // euh de la SF des années 1930 à 1960 ;) // la lecture // Joe Dassin et Albert Camus

25) As-tu un Reader ?

Non

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Oui tous les jours.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Je lis sur écran parce que certains textes sont difficilement accesibles: inconnus de la plupart des bibliothèques, trop onéreux chez les libraires d'anciens, jamais édités en format poche. Avec ArchéoSF, je me condamne à lire encore plus sur écran. Je pense aussi que je vais bien finir par faire l'acquisition d'une liseuse, ce qui allégera singulièrement la valise lors des départs en vacances.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Connecté depuis plusieurs années mais je ne pourrai pas dire quand exactement. Ca a été addictif mais maintenant je gère.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Oui. Oui aussi (mais tout le monde le sait, non?)
D'ailleurs c'est pour cela que cette interview est publiée en retard, pris par un nouveau projet éditorial qui est très sympa!

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

L'avenir du futur c'était peut-être déjà hier!





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !