lundi 30 mai 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Isil



Cette semaine, je reçois Isil, lectrice de classiques, rédactrice du blog Les Chroniques d'Isil. Isil organise des rencontres de blogueurs, adore Shakespeare (et dépense des sommes irrationnelles pour aller voir ses pièces à Londres), parle danois, finnois, norois, suédois, mais aussi anglais, vieil anglais, très vieil anglais, et italien, entre autres.




1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Bonjour Gromovar, merci de m'accueillir chez toi et bonjour aux blogueurs que ce moment de narcissisme ne va pas chasser trop vite (bonjour aussi à ceux qui vont s'enfuir, d'ailleurs, et au revoir).
Je suis blogueuse depuis presque 4 ans. Enfin, depuis 2 ans, je suis devenue une blogueuse sporadique, j'aime me faire désirer (enfin je crois que seulement deux personnes se sont rendues compte de mon quasi silence radio, on est peu de choses). Dans mon cas, je ne parle pas de blog consacré aux lectures de l'imaginaire car mon blog n'y est pas dédié exclusivement mais, depuis son ouverture, la SFFF représente presque la moitié de mes billets lectures. Sinon, je parle de séries télé parce que c'est mon autre passion ainsi que de cinéma, de théâtre, d'expositions et de voyages.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

J'avais envie de garder une trace de mes lectures (et plus largement de toutes mes activités culturelles) et de pouvoir expliquer à mes quelques amis lecteurs pourquoi j’avais aimé ou pas tel ou tel livre. L'idée d'échanger avec des gens qui partageaient mes goûts a aussi joué. Je me suis fait la main sur un blog consacré à des livres d'illustration. Mais ça n'a pas duré.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Je suis lente et par nature décousue, écrire est très compliqué pour moi. Il me faut beaucoup de temps pour écrire un billet mais je ne calcule pas. Si je devais encore perdre du temps à faire des maths en plus du français, je ne m'en sortirais pas.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

En théorie, oui. Je ne suis pas sûre d'arriver à rattraper mon léger retard de billets, hélas. Depuis 2 ans, je ne chronique qu'un livre sur dix.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Je ne choisis pas. Si je lis, je fais un billet (ou en tout cas, j'en ai l'intention). Et mes lectures se font un peu au hasard, sauf quand je participe à des défis.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Non, jamais. Au contraire, il m'est arrivé de me demander si ça valait le coup de faire un billet sur certains livres. Mon billet sur "La razzia des vaches de Cooley" n'a pas été un grand succès éditorial mais finalement, j'aime bien l'idée de pouvoir lire et chroniquer à peu près n'importe quel livre, même le plus improbable. C'est dans ce but que j'ai créé mon blog, je m'y tiens.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Depuis que je sais lire bien sûr. Le premier livre que j'ai lu et relu s'appelait "Le Pays des 36000 volontés", une histoire de pays magique où les mauvais élèves étaient seuls à pouvoir entrer, ça prouve bien que j'ai toujours aimé le merveilleux et la SFFF. Plus sérieusement, j'ai pris conscience d'aimer ce genre à l'adolescence et j'en ai lu beaucoup entre 15 et 25 ans. Je remercie d'ailleurs ma prof de français de première qui aimait ça et qui nous a fait lire du Philip K. Dick et du John Brunner en classe, ce qui a contribué à m'encourager dans ce penchant.

8) A quel rythme lis-tu ?

Je n'ai pas un moment où j'ai l'occasion de lire (j'utilise peu les transports en communs) donc je lis quand ça se présente. Donc, mon rythme de lecture est très variable. En moyenne, je lis une cinquantaine de livres par an, soit un par semaine environ. Ca peut aller de deux livres par semaine à un par mois.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Des choses variées en fonction du sous-genre. Globalement, la SFFF est une forme de littérature qui s'intéresse autant aux grandes idées et à l'humanité qu'à l'individu, ce qui devient très rare dans le roman moderne.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Assez peu avant les blogs. Ma famille ne lit pas ou très peu et pas de romans. J'ai des amies lectrices qui ne détestent pas mais qui lisent peu de SFFF. J'ai beaucoup plus l'occasion d'en discuter depuis que j'ai noué des relations d'amitié avec des blogueurs.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

"Dune" de Frank Herbert. Je me souviens parfaitement des circonstances parce que ça a été le premier roman "adulte" qui m'a marqué. J'avais 14 ou 15 ans. Je l'ai emprunté à mon grand frère (qui a lu 3 livres dans sa vie, dont "Dune") pour m'occuper à l'internat du lycée. J'ai tellement aimé que ça ne m'a pas occupé bien longtemps. Je ne sais plus comment j'ai réussi à obtenir la suite mais j'ai lu toute la série en un temps record.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Le "Seigneur des Anneaux" a été mon deuxième et mon plus grand amour dans le genre. Je fréquentais bien sûr beaucoup la bibliothèque du lycée. Je choisissais des livres au hasard. J'ai sorti le premier tome, j'ai trouvé le nom de cet auteur, dont je n'avais jamais entendu parler, follement exotique, j'ai trouvé le titre appétissant. J'ai commencé à lire le prologue, et là, j'ai décidé en plein accord avec moi-même qu'un homme qui était capable de commencer un roman en expliquant tout sur les différents Hobbits et sur l'herbe-à-pipe ne pouvait être qu'un génie. Je suis devenue une prosélyte de mon nouveau dieu. Il fallait bien que le monde entier découvre enfin ce roman inconnu. J'ai vite découvert que le monde ne m'avait pas attendu au-delà de mon petit univers provincial. Après avoir péniblement réussi à trouvé une autre disciple, je me suis contentée de les relire dans mon coin.

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

"Hypérion" de Dan Simmons que je viens de relire (un jour, mon billet viendra). Dans la SF des années 1990-2000, c'est vraiment le seul roman qui m'ait vraiment marqué. En général, je lis surtout les classiques du genre.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

La SF. C'est vraiment là que je retrouve le plus ce que j'aime, une réflexion sur l'homme face à son environnement, technologique ou autre. La fantasy, hors Tolkien qui est pour moi hors normes, j'en lis pour le plaisir et ça me plait mais ça me laisse rarement un souvenir impérissable.

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Ils n'ont pas vraiment évolué, il me semble. J'ai commencé avec les classiques de la SF et c'est toujours eux qui me marquent le plus aujourd'hui. Peut-être que pour la fantasy, il y a eu quand même un cheminement. Au début, je comparais toujours à Tolkien, et tout m'ennuyait, même les auteurs réputés comme Moorcock. Maintenant, je me laisse porter et j'apprécie plus. C'est d'ailleurs pour ça que ces dix dernières années, j'ai lu plus de fantasy que de SF.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Tolkien bien sûr, parce qu'il a écrit exactement ce que je rêvais de lire, il a créé un livre-monde. Asimov pour son inventivité et les trois lois de la robotique. Philip K. Dick, j'ai tout aimé de ce que j'ai lu de lui jusqu'à présent. J'aime ses interrogations sur les concepts de réalité, sur la dualité et en plus, il a un vrai style. Herbert est un cas un peu à part. Le cycle de "Dune" est une de mes œuvres préférées mais je n'ai jamais autant accroché avec les autres romans que j'ai lu de lui. Je continue à avoir envie de découvrir le reste de son œuvre pourtant.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Je ne regrette pas souvent mes lectures. Même si je n'ai pas aimé, je me dis que, si c'est bon et que ce n'est pas à mon goût, il fallait quand même que je découvre et si c'est mauvais... eh bien je sais quel auteur éviter. Des livres que j'aurais regretté de ne pas avoir lu? Tous ceux qui m'ont fait aimer le genre, "Fondation", "Dracula", "Gormenghast" et bien d'autres encore.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

J'aimerais lire tout Dick (j'en ai lu peu, bizarrement) et tout Asimov (il m'en reste beaucoup) et Tolkien (pour qui c'est en bonne voie)

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Dans la mesure où, dans mon monde littéraire, le fait d'être en vie est un petit handicap pour un auteur, je ne vais pas particulièrement voir les auteurs. En plus, je suis d'une timidité maladive (j'en vois qui rigolent au fond de la salle) et aller parler à un auteur de mon plein gré, me fait le même effet que l'idée de grimper l'Everest en tongs (on ne sait jamais, je pourrais perdre un orteil en parlant à un auteur, même si je ne sais pas encore comment). Il m'est arrivé d'oser demander un autographe mais c'est tout.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

La bit-lit, je n'aime pas. Un vampire qui parle avec des humains, j'ai toujours trouvé ça louche. C'est comme si je me mettais à parler à mon steak. Au-delà de ça, l'héroïne capable de tout mais qui passe cent pages pour savoir si elle va se coucher avec Marcel le loup-garou ou Jean-Luc le vampire tricentenaire, ça me laisse froide.
Harry Potter, j'adore. J'avais acheté le premier il y a très longtemps pour mes nièces. Elles ont mis dix ans à se décider à les lire mais elles m'ont rendu service. Les premiers tomes me semblaient être exactement ce que j'aurais aimé lire enfant et ensuite, j'ai de plus en plus aimé l'univers créé par Rowling. Snape est un personnage tragique, rien que pour lui, j'aime HP.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

J'ai une copine libraire qui m'engueule quand j'essaie de lui acheter trop, je conseille, c'est pratique. La relation avec un libraire qui connait vos goûts, il n'y a rien de mieux. Internet, c'est surtout pour les livres d'occasion et pour les livres étrangers.

22) BD, comics, ou non ?

Un peu de BD de temps en temps. Je suis très fan de Corto Maltese. En SFFF, j'aime Enki Bilal et La Quête de l'Oiseau du Temps. Le comics, je n'en lis pas car je n'ai jamais été attirée par le dessin.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

J'en lis beaucoup. J'aime surtout la littérature anglaise classique, que ce soit les auteurs de théâtre ou les romanciers. Mes préférés: William Shakespeare, Jane Austen, Charles Dickens, Elizabeth Gaskell (il faut lire "Nord et Sud") mais il y en a très peu de l'époque que je n'aime vraiment pas. Il y a quand même quelques contemporains que j'aime comme Umberto Eco, Jean-Christophe Rufin, Henning Mankell et Arturo Pérez-Reverte.

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Il y a peu de choses que j'aime en musique. Mes préférés, les Smiths, Dire Straits, U2.
Au cinéma, je suis assez bon public mais je n'y vais presque plus. J'ai eu ma période snobe où je n'allais voir que des films sud coréens en noir et blanc et sous titrés en bas normand et puis, je suis devenue superficielle, maintenant, je vais voir Expendables et Thor. Je n'ai pas de genre de prédilection, je peux aussi bien aller voir un film de Woody Allen que Pirates des Caraïbes.
Pour mon loisir préféré, entre le théâtre et les voyages, mon cœur balance (j'ai réglé le problème en voyageant pour aller au théâtre d'ailleurs). Et la philosophie et moi ne sommes guère amies depuis le lycée, même si Bergson m'avait bien plu. J'ai écouté mais pas encore lu Jacques Bouveresse qui est LE philosophe selon mon cœur (ou plutôt selon mon esprit) et j'aimerais bien lire Bertrand Russell parce qu'un homme qui philosophe en parlant de théière de l'espace est forcément un génie.

25) As-tu un Reader ?

Oui, depuis quelques mois.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Sur ordinateur, je suis incapable de lire de longs textes, je trouve ça trop désagréable. Sur mon e-book, j'en ai déjà lu 4 ou 5.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Le même que mon rapport à mon four. C'est pratique mais je ne m'interroge pas plus sur l'objet lui-même. Je regrette juste le prix des livres numériques mais comme je lis surtout des classiques du domaine public, je ne me sens pas vraiment concernée.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Pendant très longtemps, j'ai eu une connexion très mauvaise et donc je ne suis vraiment connectée que depuis 5 ans. Avant, je réservais ça à de l'utilitaire. Maintenant, j'y passe beaucoup de temps, surtout pour discuter. Mais bon, pour moi, internet ne remplace pas la vie sociale, elle me sert plutôt à l'organiser.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

A part ma copine libraire, je n'ai aucun lien avec la littérature.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Bravo si vous avez eu le courage de lire mes propos ineptes jusqu'au bout. Il est temps de vous déconnecter et de retrouver une vie normale.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

dimanche 29 mai 2011

Onirismes, c'est bon, mangez-en

Juste un mot pour signaler la disponibilité du premier numéro de l'excellente webrevue Onirismes.

Bilingue, gratuite (mais on peut participer), elle comporte trois nouvelles, dont la très réussie Cendres de l'une de Claude Mamier. Chaque nouvelle est suivie d'une interview de l'auteur. Le fichier est lisible sur place ou transportable dans les deux formats les plus répandus, ePub et Mobi. Onirismes mérite le coup d'oeil.

samedi 28 mai 2011

Dragon before Dragons


Publication d'un nouveau recueil dans la collection "Perles d'épice" d'ActuSF. Consacrée aux auteurs étrangers classiques, c'est George RR Martin qui en a aujourd'hui les honneurs.
On ne présente plus l'énorme George RR Martin. Pour patienter en attendant la sortie prochaine (enfin) de "A Dance with Dragons", on pourra se plonger dans les quatre nouvelles de "Dragon de glace". on y trouvera :

Dragon de glace. Je n'ai pas accroché à cette nouvelle de fantasy qui tire trop sur le conte à mon goût. La petite fille étrange, sur son ami dragon, qui sauve son petit monde. BOF ! Même si c'est joliment imaginé.

Dans les contrées perdues est typiquement une nouvelle howardienne. Sorcière mystérieuse, contrée perdue et désolée, hommes-bêtes, ne manquait que Conan. Une petite nouvelle d'heroïc fantasy très agréable à lire.

L'homme en forme de poire, prix Bram Stoker, est du fantastique contemporain, inquiétant à souhait. L'étrangeté perçue d'une situation apparemment banale crée le même genre de malaise qu'au visionnage de Rosemary's Baby. On imagine bien cette nouvelle en épisode de Twilight Zone.

Portrait de famille, prix Nébula, est une superbe variation sur le thème (que je n'aime pas d'habitude) de l'écrivain et de ses personnages. George RR Martin en donne une lecture fantastique, y ajoute du drame et des comportements obsessionnels. Il fabrique, avec tout ça, une nouvelle passionnante et émouvante, prouvant par là même qu'on peut faire les meilleures soupes dans les vieux pots si on a les bons ingrédients.

George RR Martin sait écrire, dans quelque genre que ce soit. Il le prouve encore ici. vivement juillet et A Dance with Dragons.

Dragon de glace, George RR Martin

vendredi 27 mai 2011

Shadowplay


Malko Swann (clin d'oeil à Phantom of the Paradise ?), rock star dépravée, est victime d'un terrible accident de la route en passant le pont du Diable de St-Lazare d'Aude. Il en sort miraculeusement vivant mais amputé de toute capacité d'entendre la musique. Menacé, sa vie va basculer dans le cauchemar. Dans le même temps, le commandant Vauvert et ses hommes enquêtent sur le meurtre d'une jeune fille retrouvée emballée dans du film plastique. Ces deux affaires finiront par se rejoindre.
"Le jeu de l'ombre" est le troisième roman de Sire Cédric mettant en scène le commandant Vauvert, après L'enfant des cimetières et De fièvre et de sang. On retrouve dans ce volume le mélange de fantastique et de thriller qui caractérise la série. La sauce prend toujours aussi bien, sans raccord visible. Néanmoins, dans "Le jeu de l'ombre", la balance penche moins vers le fantastique et plus vers le thriller classique (nous sommes dans du giallo). Cela pourra déconcerter les amateurs des deux premiers livres, mais rend celui-ci plus accessible imho à un public non spécialisé. Le style de Sire Cédric est toujours aussi alerte. Simple, rapide, nerveux, il tire le lecteur vers la dernière page sans échappatoire possible. Les chapitres ultra-courts rappellent le Jean-Christophe Grangé des Rivières Pourpres. On aime ou pas, mais c'est un piège irrésistible. Un court chapitre après l'autre, on lit des dizaines puis des centaines de pages sans réussir à reposer l'ouvrage. L'efficacité du "Jeu de l'ombre" est extrème. De révélations en twists, l'intérêt pour les tenants et aboutissants des affaires ne se dément jamais, et les amateurs de thrillers devraient passer un moment très agréable à tenter de démêler l'écheveau complexe de l'histoire.
Il y a néanmoins une critique négative que j'ai envie de faire avant de terminer et de conseiller le livre aux amateurs. Comme elle est très liée à qui je suis et à qui est Sire Cédric, elle n'est pas rédhibitoire en soi. J'ai trouvé le personnage du rocker torturé raté. L'auteur nous le décrit comme une diva égocentrique et corrompue qui abuse du sexe, de la drogue, de l'alcool, de son entourage. Pour connaitre le milieu, et sire Cédric le connait encore mieux que moi, son Swann est bien pusillanime. Il a d'anciennes maitresses, il tente de se saouler au Bordeaux classé (!?!), il prend une petite ligne de coke à la toute fin, et il s'est envoyé des groupies. Honnêtement je n'ai pas eu l'impression d'avoir affaire à Johnny Rotten, et pour avoir feuilleté récemment la biographie de Keith Richards, je peux dire que le pauvre Swann est loin du compte. Dans le même ordre d'idée, il parle plusieurs fois de la foule gigantesque de 4000 personnes qui assistait au concert de Swann. Foule gigantesque c'est 4 fois 50000 personnes au Long Beach Arena pour voir Iron Maiden, pas 4000. Ce personnage ne m'aurait pas choqué s'il avait été créé par une vieille écrivaine de romans policiers amatrice de thé, de chats, et de plaids. Il me choque parce qu'il a été créé par le chanteur d'Angelizer. Nous aurons peut-être l'occasion d'en parler à un salon.
Le jeu de l'ombre, Sire Cédric

PS : Au moment de l'accident, Swann écoute l'une de ses compositions intitulée Shadowplay. N'ayant pas la version de Swann, je vous offre celle-ci qui est certainement meilleure. Shadowplay, par Joy Division. Une vibration d'outre-tombe.

mercredi 25 mai 2011

Femmes au bord de la crise de nerfs


"Ainsi naissent les fantômes" est un recueil de nouvelles de Lisa Tuttle, composé et traduit par Mélanie Fazi qui est peut-être sa plus grande admiratrice française. Publié par Dystopia, l'objet est beau, nanti d'une couverture superbe qui met le lecteur immédiatement dans l'ambiance. Mais on ne juge pas un livre à sa couverture. Qu'y a-t-il à l'intérieur ?

Rêves captifs est une nouvelle d'horreur très efficace, presque un modèle pour ce genre. Courte, intense, elle effraie en jouant sur enfermement, obscurité, ineluctabilité, avant de surprendre d'une bien belle manière.

L'heure en plus parlera bien aux mères ou aux hommes en couple avec des mères. C'est la maternité qui en est le centre. Dévouement permanent, effacement de soi, rêve de pouvoir mettre entre parenthèse cette servitude volontaire, l'héroïne croit pouvoir réaliser magiquement ce rêve, puis est rattrapée par les rets invincibles de la maternité.

Le remède est une belle histoire d'amour qui brode sur une thématique de Noam Chomsky. J'ai eu un peu de mal avec cette nouvelle. Quand des pratiquants de science humaine se lancent dans des extrapolations de sciences dures, ça donne souvent le flottement caractéristique de Deleuze ou Kristeva, comme l'a brillamment montré Alan Sokal.

Ma pathologie est une histoire de maternité (encore) et d'amour fou, à l'arrière-goût lovecraftien. Jusqu'où l'amour nous change-t-il en monstre ? Quel degré d'horreur acceptons-nous par amour ? Bien conduite, elle souffre d'une fin trop rapide à mon goût.

Mezzo-tinto est classique comme un récit de Weird Tales. Efficace, réussie, une bonne nouvelle à chute.

La fiancée du dragon lorgne vers la novella. Secrets de famille, maison héritée, ancienne "malédiction", bête magique, lande, voisins trop au courant, ce texte rondement mené m'a furieusement fait penser au Chien des Baskerville. Je l'aime autant.

Au final, une jolie petite anthologie, à lire la nuit pour frissonner quand crient les engoulevents.

Ainsi naissent les fantômes, Lisa Tuttle

L'avis de Lhisbei

Up the Irons !

Il y a quelques jours j'évoquais le rapport charnel que j'ai au Pornography des Cure.
Mais avant les Cure, un peu plus jeune, j'avais découvert le hard-rock puis le metal. Et le metal, quand on a douze ans, c'est un peu comme World of Warcraft. Une chose qui te sort de l'impuissance chronique et du statut de dernier de la chaine alimentaire qui caractérise ta vie, et te fait tangenter la puissance.
Alors un petit hommage aux quatre seuls groupes pour lesquels j'ai donné de l'argent (et oui, à l'époque, avant le p2p, c'était un moyen de savoir à quel point on aimait quelque chose) parce que j'avais envie de posséder les vinyls et pas de vulgaires cassettes.

A tout seigneur tout honneur, AC/DC, version Bon Scott seulement. Je sais que ça fait horriblement pédant, mais écoutez Dirty deeds done dirt cheap chanté par Bon Scott sur l'album éponyme et vous saurez ce qu'est une voix salace (étude complète téléchargeable ici). Le pauvre Brian en est à des années-lumière. Comme il est impossible d'en trouver une bonne version sur Youtube, je vous offre Let there be rock, qui est au moins aussi bien.



Puis, Iron Maiden. Découvert sur un walkman pendant que l'assistant d'allemand projetait des films, la passion ne s'est jamais éteinte, même si le virage progressif de Maiden m'a un peu éloigné. Vus souvent sur scène, toujours en communion avec le public. Et c'est le seul groupe de cette envergure, à ma connaissance, qui a joué derrière le rideau de fer, et a récemment fait une tournée en avion privé dans de nombreux pays où personne ne va jamais. Restons à la même époque avec Run to the hills, une chanson qui rappelle à ceux, nombreux, qui l'oublient que ce n'est pas le XXème siècle qui a inventé le génocide.



Puis, le taux d'hormone augmentant et les possibilités de le faire baisser étant toujours rares, on monte d'un cran avec le thrash metal et la black metal, dans lesquels s'évacue le trop-plein d'énergie sexuelle non libérée (et c'est toujours ennuyeux à terme de ne pas le libérer ce trop plein, voir Wilhelm Reich et DprésuméK). Cela m'a conduit vers Slayer, dont l'album Show no mercy est incontestablement le meilleur (et non, pas Rain in blood), et Venom, plus pour le grand-guignol que pour la musique.





PLAY IT LOUD !

lundi 23 mai 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Lael



Cette semaine, je reçois Lael, jeune blogueuse insomniaque et geek, curieuse et bavarde, et surtout rédactrice du blog Chez l'Aventurier des Rêves. Elle aime les Fourmis, Tad Williams et son Autremonde, Ann Mc Caffrey, Dick, et Damasio.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Lael, 24 ans, geek insomniaque à tendance serievore et livrovore. Je peins, je dessine, j’écris… en fait je suis animée d’un esprit artistique et créateur, tout ce que je peux expérimenter qui fait bouger mes dix doigts et quelques neurones, je tente. Une vrai touche-à-tout quoi. Je suis une amoureuse de la nature et des animaux (j’ai une chienne et deux poules). Enfin, je suis exigeante, profondément curieuse, et très bavarde aussi (mais ça, vous allez vite le constater !)

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

J’ai toujours eu un grand besoin de partager mes passions, mes opinions (ce qui je pense est commun à tout bloggeurs). Mais je n’ai jamais eu trop la chance d’avoir une oreille attentive à qui parler (fille unique toussa). Alors quand j’ai découvert internet, c’était le paradis. Je me suis bien vite mise à poster des critiques, sur forums au départ, sur un blog communautaire ensuite… et puis maintenant sur mon blog. C’est mon deuxième en fait, le premier était plus un journal intime qu’autre chose. Même si ça fait moins d’un an que j’ai mon « espace perso » j’ai le sentiment d’avoir toujours blogué, ou presque.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Pas assez ou trop suivant mon humeur du moment lol Ce qui est sûr c’est que je mets longtemps à écrire un billet (1 à 2h), sans parler de la réflexion et des prises de notes éventuelles pré-billet. Je suis souvent frustrée de ne pas écrire tout ce que je voudrais quand je le voudrais. Parce qu’il y a rien de mieux que d’écrire la critique lorsque tout est frais dans sa tête, que l’on est encore « dedans ». Ce pourquoi j’essaye au maximum d’écrire sur le moment ou pas trop longtemps après (et globalement je m’en sors mieux sur les films que le reste). Rajouté à cela mes rythmes de sommeil, j’écris donc surtout le soir et la nuit (ça c’était le détail super important lol).

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Oui. Je ne supporte pas de ne pas écrire de critique. C’est comme une démangeaison, ça m’obsède lol Après plus le temps passe et plus j’oublie, et certains passent à la trappe. C’est comme ça que j’ai des livres en attente, notamment des lectures de l’été dernier ! Mais je n’abandonne pas pour autant lol Les brouillons sont là et attendent qu’un créneau espace-temps se libère... Mais je commence à me sevrer, ma critic-mania est en voie de guérison. Je crois XD

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Mon blog me reflète : c’est foisonnant et varié, ça part un peu dans toutes les directions ! C’est sûrement complexe parfois pour mes visiteurs de se repérer dans cette jungle mais c’est moi, et en entier. J’ai réfléchis fût un temps à séparer la partie « littéraire » du reste, mais j’ai vite écarté l’idée. Je suis une plateforme multi-tâches lol Et j’aime cette diversité, cela crée des mélanges encore plus riche que chaque élément seul. Donc pour répondre à ta question je parle de tout ce que j’ai envie de partager : du film que j’ai vu, au livre que j’ai lu, en passant par une actu qui me révolte, une recette de cuisine, mon amour pour les animaux… tout XD

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Il est vrai que ma démarche de lecteur a changé depuis que j’ai un blog. Je ne peux m’empêcher d’y penser, à la fois dans le choix du livre (puisque je vais tester des « perles » de la blogosphère que je n’aurais pas été chercher de moi-même), et pendant ma lecture (J’analyse en lisant en fait, j’écris mon article dans ma tête au fur et à mesure, et parfois je note). Mais de là à choisir un livre qui ne m’intéresse pas non, il faut quand même qu’il y ai l’envie derrière.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

A temps plein depuis 5 ans « seulement ». Mais c’est un genre que j’ai finalement découvert assez tôt, et qui m’a vite plu. Simplement je ne savais pas que c’était de la SFF lol Et puis ensuite j’ai eu une longue période où je n’ai lu que des romans et beaux livres sur l’Egypte Ancienne. Mais maintenant je ne lis que de la SFF, à quelques rarissimes exceptions près.


8) A quel rythme lis-tu ?

Quand j’arrive à me plonger dans un bouquin, je peux lire facilement des heures sans m’en rendre compte. J’ai comme ça le souvenir des après midis passés à lire les sagas de Christian Jacq, j’étais totalement fascinée je n’arrivais pas à décrocher. Aujourd’hui ça me fait ça la nuit, difficile de lâcher le livre, même à 6 heures du mat !
Sinon comme toute passion qui m’habite j’vais avoir des périodes d’orgies livresques, et d’autres de diète sévère pour cause d’excès lol Mais en moyenne je tourne autour de 2/3 livres par mois.


9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Bon j’vais pas faire original hein, on l’a tous dit : le dépaysement, l’aventure, associé à une réflexion profonde et pertinente sur l’homme et le monde dans lequel il vit. En fait je trouve que la SFF (la SF principalement) est un terrain extrêmement fertile pour la maturité des consciences, bien plus que dans le reste de la littérature « blanche ».


10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

J’en discute parfois avec ma mère avec qui je partage un même intérêt « reflexo-philosophique », mais elle ne lis presque pas (1 livre par an peut être lol). Malgré tout je suis fière d’avoir réussis à lui faire lire un Pratchett, et elle a adoré XD

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

Le tout premier c’est je crois « Mon prof est un extraterrestre », qui se rapproche beaucoup des « fais-moi peur », vous vous souvenez ? J’en lisais un peu de temps en temps, même si j’ai vite abandonné parce que le frisson n’a jamais été à mon goût. J’ai relu cette saga il y a peu et j’ai été très surprise d’y voir une SF jeunesse mine de rien très intéressante (notamment dans un space op’ déluré avec pleins d’ET bizarre, mais aussi avec un regard sans concession sur la violence des hommes).

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Le deuxième livre « SFF » que j’ai pu lire, c’est la Trilogie des Fourmis de Werber. J’avais été sidérée par la richesse de l’univers des fourmis, mais aussi par les réflexions très pertinentes du « dictionnaire du savoir relatif et absolu » qui émaille le récit. Et j’ai tout simplement trippé sur l’ambiance utopiste et profondément SF des deux derniers tomes, une première incursion là dedans pour un vrai plaisir (avec des questions type, les personnages d’un city-builder game peuvent ils avoir une « conscience » ? Vous riez mais je suis sûr que vous vous êtes déjà posé la question en jouant à Dieu avec eux XD).

A part ça je dirais les frissons et l’angoisse avec Dick, et l’incursion dans Autremonde de Tad Williams qui m’a beaucoup plû. Les dragons d’Anne mac Caffrey, et ses Doués aussi… Des sensations difficiles à expliquer parfois… mais un sentiment profond que « eh zut, ça paraît tellement vrai ! ».

Par contre j’ai bien plus souvent pleuré devant une série ou un film qu’un livre, et à ce niveau là, la SFF me donne aussi beaucoup de souvenirs !

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Aïe la question piège. Les livres que j’ai pu lire dernièrement ne m’ont pas particulièrement marqués, je ne saurais donc donner un titre. En réfléchissant bien… j’ai fortement appréciée la relecture de la Horde de Damasio, même si elle a été difficile. Y’a quelque chose de profondément viscéral dans ses récits.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

SF sans aucun doute. Déjà, je n’aime pas le fantastique parce que je déteste le doute et l’angoisse (j’en ai assez comme ça dans ma vie pour en rajouter) (c’était la page mélo du jour) (à ça y’es la cachou-mania me reprend XD). Ensuite la fantasy… disons que j’ai pas encore trouvé botte à mon pied. J’aime me projeter dans un univers fantasy (dragons, magiciens, elfes et tout), mais je n’ai jamais accroché à 100% à ce que j’ai pu lire (ce pourquoi j’ai navigué de longues années, avec l’écriture, dans un univers Fantasy de mon crû).
Il faut dire aussi que si la Fantasy répond à mon désir d’aventure et de quota d’héroïsme, mon cerveau prend son pied avec la SF ; décortiquant, analysant, mélangeant…. tout ce qu’il peut y trouver jusqu’à en faire des théories fumeuses sur la Vie l’Univers et le Reste. J’ai passé de longues nuits à imaginer ce que pouvais être la vie sur d’autres planètes, comment nous pourrions communiquer avec eux, comment sera la Terre du futur… pas vous ?


15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Hum… Je crois que j’ai d’emblée préféré la SF. J’ai tâtonné, essayant de voir si après tout je ne pouvais pas trouver mon bonheur ailleurs, mais j’y reviens toujours.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Le premier qui me vient à l’esprit est Terry Pratchett, sa plume est une merveille d’écriture, tellement drôle, poétique et intelligente aussi. Eh puis il est régulier ce qui fait que j’aime tout de lui. Sinon j’ai exploré à droite et à gauche, je n’ai pas vraiment de chouchou. Même si j’ai particulièrement flashé sur Alain Damasio, Anne Mac Caffrey, Bradbury, Dick, Brown…

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

En principe, aucun regret, si ce n’est de ne pas avoir assez d’une vie ! Même certains livres que j’abandonne se révèlent intéressants à la deuxième tentative. D’autant que je lis aussi avec le regard de celle-qui-écrit, alors même les navets m’apprennent en me montrant ce qu’il faut éviter XD Mais je suis quand même tenté de répondre « Le monde vert » d’Aldriss qui a été un vrai calvaire.
En livre que j’aurais regretté, la Horde ou le disque-monde. Cela aurait été trop triste !

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

A dire vrai j’ai plutôt eu des mauvaises surprises en voulant lire plusieurs livres de tel ou tel auteur. Par exemple j’avais adoré Heinlein dans « double étoile », et j’ai lu ensuite « en route vers la gloire » que je n’ai pas aimé du tout. J’ai re-testé cette année avec ‘l’histoire du futur’ mais le résultat est mitigé.
Donc je préfère piocher de ci de là, aussi pour satisfaire ma curiosité insatiable qui veut tout voir et tout lire, connaître les grands classiques et les différents sous-genres. Son diktat m’empêche d’ailleurs de relire certaines œuvres, et nom de Zeus, j’en ai envie ! Le seul auteur dont j’ai –presque- tout lu, c’est Pratchett, cf plus haut (même si ça a aussi des inconvénients, je deviens si exigeante que je suis toujours déçue arf).

Sinon j’aimerais pouvoir lire Dick (à défaut de pouvoir tout lire de lui), mais pour l’instant je suis déjà trop angoissée de moi-même pour me plonger dans ses récits paranoïaques. J’attends d’aller mieux, mais c’est un peu comme une sucrerie que je ne peux pas déguster maintenant, cela m’appelle XD De temps en temps je craque, je retente, eh puis je vois que non, la carie menace XD

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Je suis un animal farouche, effrayé par la foule, sans parler de problèmes de santé toussa. Donc non. Mais les programmes sont diablement alléchants, et j’espère bien pouvoir participer à certains évènements dans un futur pas trop lointain. Disons avant la création de Starfleet XD

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

En théorie, je m’abstiens de parler de ce que je ne connais pas. En pratique… XD La bit-lit me paraît quand même une étiquette ultra-commerciale pour vendre de la SFF tout aussi alimentaire. Mais y’a sûrement du bon aussi dans le lot. Après, je n’en ai jamais lu, n’étant pas fan de tout ce qui fait peur, vampire et loup-garou compris.

Quant à HP j’ai vu quelques films, bon voilà j’ai pas accroché, j’ai trouvé ça tellement pessimiste et sombre (sans rien comprendre de qui est le méchant). Rajoutez à ça le fait que je n’aime pas l’héroïc fantasy jeunesse, voyez où le héros est toujours un ado avec, logique, ses crises existentielles de l’adolescent moyen, plutôt naïf et lourdaud en général… ben ça me file de l’urticaire.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

J’aime flâner dans la librairie de ma ptite ville, rien que pour le plaisir d’être au milieu des livres (ça fait comme une sorte de petit réduit, très peu d’espace et bcp de livres), mais pas pour leur rayon SF (même si j’y ai déniché des perles, notamment la Horde du Contrevent). J’y commande souvent, pour faire marcher les commerces locaux avant tout. Après j’achète en occaz sur le net (priceminister), et parfois je vais faire un excès dans une grande enseigne sur Lyon. Quand à la biblio, c’est le parcours du combattant à chaque fois, mais quand je peux j’essaye.

22) BD, comics, ou non ?

Non à moins que tu comptes Tintin et Asterix comme de la SFF lol (remarque, Asterix c’est de l’uchronie quelque part XD) (Pour ceux qui se posent des questions je les lisais y’a dix ans hein, ça a vieillit maintenant)

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

Hum non je n’en lis pas. Si cela m’arrive, c’est plus pour compléter les sujets évoqués en SFF. Le phénomène de révolte sociale et de résistance par exemple, la mythologie… Donc plutôt des essais ou des biographies. Mais c’est extrêmement rare. J’aimerais d’ailleurs bien me replonger dans les sciences sociales, si vous connaissez un essai global ça m’intéresse merci ;)


24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

-J’écoute du pop-rock, rock alternatif, et BO de films. Les deux groupes qui tournent en boucle sur ma playlist étant Muse et The Servant. En BO, l’OST du Dernier Samouraï. Grandiose.
-En cinéma de la SF principalement, un chouya d’action et de comédie, cf mon blog XD
-Mon loisir favori ? écrire, et dessiner. Caresser ma poule aussi XD
-Heu je n’ai d’autre philosophe que moi-même et ça me suffit lol

25) As-tu un Reader ?

Non.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Si la lecture de pdf ou de longs billets de blogs sur l’ordi compte alors oui. Et je n’aime pas, dès que c’est trop long ça me fait mal aux yeux.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Ma fibre écolo tremble à l’utilisation énorme de papier pour faire des livres, mais j’aime l’objet en lui-même, et le confort de lecture sur support virtuel n’est pas encore assez correct pour que je m’y intéresse de près. Malgré tout c’est évident que ça sera notre futur. Alors j’attends de voir que les supports deviennent assez agréables pour les yeux, et en attendant j’essaye d’acheter en occaz XD

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Oulà, mais je suis une cyborg moi monsieur lol Je suis totalement droguée, je ne peux me passer de connexion plus d’un jour sans déprimer. Pourtant j’y suis venue un peu plus tard que d’hab, pour des raisons économiques. Dingue d’ailleurs comment tu ne peux pas être à la fac sans ordi personnel. Bref. Donc depuis la fac il me faut ma piquouse quotidienne, ça doit faire six ans. C’est vite vu sans ça je n’aurais pas de vie sociale XD

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Un jour proche j’espère bien, puisque je compte bien arriver à me faire publier lol Mais sinon non, à part un Service Presse de temps en temps grâce à des opérations comme Masse Critique de Babelio.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Eh bien j’en profite pour pré-annoncer la sortie de mon Défi des Etoiles, un challenge série TV (principalement) basés sur les univers de Stargate et Star Trek. Ce sera un défi organisé autant pour les novices qui sont curieux de découvrir ces univers, que pour les connaisseurs aguerris qui souhaiteraient se replonger là dedans. J’espère aussi le rendre le plus interactif possible avec des jeux, des concours et peut être un swap. (sortie je-sais-pas-quand, cette année en tout cas lol).
Je remercie aussi ceux qui ont lu mon pavé jusqu’au bout, les courageux explorateurs qui arrivent jusqu’aux limbes de mon blog, et m’sieu Gromovar de faire tout ces interviews ;)
Et j’aurais une question, à mon tour XD : et vous, vous êtes vous déjà demandé ce que vous feriez si un extraterrestre débarquais là, devant vous ? (au cas où vous douteriez encore de ma santé mentale, je vais bien merci lol)





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

dimanche 22 mai 2011

Zoon politikon ou Homini Lupus ?


Ce qui caractérise le post-ap', c'est qu'il est profondément lié au ap', autrement dit à la manière dont un monde imagine comment il va finir (c'est pourquoi la rapture annoncée d'hier n'a inquiété que quelques illuminés). A la terreur religieuse de l'An Mil (dont on sait qu'elle n'a jamais existé) a succédé l'éradication matérielle de la quasi-totalité de l'humanité. Météore géant, invasion extra-terrestre, virus militaire et surtout guerre atomique, le post-ap nous dit toujours d'abord comment va se terminer le monde que nous connaissons. Il reflète les inquiétudes du moment et les probabilités maximum. Rien d'étonnant donc à ce qu'après la fin de la Guerre Froide, et dans une période de pénurie structurelle de ressources naturelles et énergétiques (en économie on dirait que l'offre est le côté court du marché), de sous-emploi massif au Nord, et de violences terroristes pointless, on imagine le monde finissant, non dans un ultime orgasme, mais décharné et perclus de rhumatismes, comme une vieille pute à qui ses clients ont tout pris. Le genre soft-apo est donc né, qui décrit un monde s'écroulant doucement sous le poids de ses dettes environnementales et humaines. Après la tentative ratée de Things we didn't see coming, j'ai trouvé du doubleplusgood dans "Soft Apocalypse" de Will McIntosh.
"Soft Apocalypse" commence en 2023. Une terrible récession a frappé les USA (et on l'imagine le reste du monde), à cause (on le comprend) de pénuries énergétiques et des effets du réchauffement climatiques. 40% de chômeurs, autant de homeless, et la situation qui s'aggrave au lieu de s'arranger. Sur environ dix ans, le lecteur suit la lutte pour la survie de Jasper, un jeune diplômé de sociologie, dans un monde qui s'écroule. Et ce roman-ci est une vraie réussite.
McIntosh, docteur en psychologie sociale et c'est sûrement une raison de la qualité de son roman, montre comment les sociétés complexes s'effondrent dès qu'elles ne peuvent plus payer les coûts exorbitants de leur entretien, comme le montrait déjà Andréas Eschbach dans l'excellent En panne sèche. Il montre comment la survie et l'adversité changent les hommes. Il montre aussi comment la décence reste un idéal, mais si difficile à atteindre, et comment il peut être nécessaire de violer la morale et d'aller au-delà de ce qu'ont aurait cru possible de faire ou de supporter (au prix de remords incurables ou de cauchemars récurrents) pour assurer la survie de sa tribu. Car pour McIntosh, la survie individuelle est impossible. Ce n'est qu'en recréant des communautés, si petites soient-elles, que les humains ont une chance de vaincre l'adversité naturelle et de résister à l'agression d'autres humains moins moraux ou plus désespérés. La "tribu" de Jasper, une dizaine de personnes, est une communauté construite mais pourvue de tous les attributs de solidarité communautaire ; elle parviendra à sauver la plupart de ses membres. Rester humain ça signifie aussi s'accrocher à des totems qui rappellent la normalité d'avant. Album photo ou gadgets sont trimballés par des gens qui n'ont rien d'autre pour se souvenir qu'il y a eu un "avant", qu'ils n'ont pas toujours été des animaux en quête de nourriture. Le passé est douloureux mais l'oublier est impossible. On y était tellement heureux et on ne le savait pas.
Mais au-delà de la tribu de Jasper, il y a un monde qui continue d'exister. Luttant pour les dernières ressources, les Etats, loin, si loin, échangent quelques bombes nucléaires, et des gouvernements autoproclamés plus ou moins fantoches et corrompus se mettent en place pour tenter d'endiguer l'entropie. Les mécontentes, radicaux, et nihilistes de tout poil, se lancent dans des actions terroristes aveugles pour libérer leur rage, attiser le chaos, jouir d'un pouvoir sans limite depuis l'effondrement institutionnels (il m'ont fait penser aux plus durs des Yippies). Violence urbaine, virus génétiquement créés par des genehackers, à la misère économique s'ajoute une dévastation d'origine humaine. De ce fait, les petits groupes se méfient les uns des autres et la solidarité générique des sociétés riches n'est plus d'actualité. Les grandes villes se vident, ou sont vidées par la force, incapables de soutenir leur population. La survie dans la nature est très difficile. Le monde se vide d'humains, comme un chien crevé sur lequel les tiques ne trouvent plus de nourriture.
La fin, plus optimiste qu'à l'accoutumée dans ce genre d'ouvrage, peut aussi être lue comme un constat désabusé du caractère irréformable de ce loup pour l'Homme qu'est l'Homme.
Sur le plan de l'écriture, "Soft Apocalypse" est réussi. Les personnages sont travaillés, ils capturent l'intérêt du lecteur. Les situations décrites sont vraisemblables, les sentiments nuancés, les dilemmes réfléchis. McIntosh n'hésite pas à décrire des situations très dures, à placer ses personnages à la limite de ce qu'ils peuvent supporter, à montrer la progressive transformation qu'ils subissent, vers une placidité face à l'horreur qui est la marque des sociétés où vivre un jour de plus est une victoire en soi. Il réussit aussi à écrire un certain nombre de moments très intenses durant lesquels on sent physiquement le stress monter. Dans ces moments, le lecteur décharge autant d'adrénaline que les personnages. Peu d'auteur savent réussir cela ; Will McIntosh commence bien, comme l'écrit Walter Jon Williams qui le connait. Et l'effroi est encore plus grand lorsqu'on pense que l'apocalypse douce que raconte l'auteur est vécue aujourd'hui même par quantités de réfugiés dans le monde, sans travail, sans nourriture, sans soins médicaux, menacés par des bandes armées, et repoussés par les semblants d'Etats qui restent dans les zones de crise. Dans beaucoup de coins du monde la "Soft Apocalypse" a lieu en ce moment, comment réagirons-nous quand elle sera chez nous ?
Soft Apocalypse, Will McIntosh

L'avis de Cédric Jeanneret


Lu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

samedi 21 mai 2011

Defi Steampunk


Le steampunk. Sur le fond, l'idée me plait, sur la forme, je n'ai pas toujours été convaincu, loin s'en faut. Si ce n'est par l'excellent The Difference Engine de Sterling et Gibson, mais il faut dire que c'est Sterling et Gibson.
Je retente (un peu) le coup à l'occasion du défi initié par Lord Orkan von Deck dans la catégorie Aéronaute novice, et je prévois de lire "Les grandes profondeurs" de René Réouven et "The strange affair of Spring-Heeled Jack" de Mark Hodder (celui-là je le sens bien parce que dedans il y a l'énorme Sir Richard Francis Burton, sorte d'Hémingway steampunk qui fut l'un des premiers occidentaux à entrer, déguisé, à la Mecque).

J'ai déjà chroniqué dans ce style :

Sentinelles 3 et 1/2

Léviathan

Boneshaker

L'âge des lumières

Extraordinary engines

Tanatos 1

mercredi 18 mai 2011

Mélanie Fazi on tour


Mélanie Fazi est une jeune écrivaine et traductrice française. Romans, recueils de nouvelles, guide de cité onirique, traductions, elle touche à tout. Et avec quel talent ; elle collectionne les prix littéraires, comme d'autres les perles. Elle intervient aussi régulièrement au fanzine musical Le Cargo.
Régulièrement présente sur ce blog par l'intermédiaire de ses oeuvres (par exemple pour Serpentine, Notre Dame aux Ecailles, Angle Mort 3, Kadath, et sans doute d'autres occurrences plus discrètes dans des ouvrages collectifs), elle y vient enfin en chair et en os, et je l'en remercie vivement.

Avant-propos : Je trouve cette interview difficile à faire. Mélanie Fazi écrit si souvent à la première personne, ses personnages sont si souvent de jeunes femmes, qu’il est inévitable de lier l’auteur et ses créations. L’exercice est donc d’en savoir le plus possible sur l’œuvre et son inspiration sans forcer l’intimité de la femme. Croisons les doigts.



1) D’abord, bravo pour le prix spécial des Imaginales attribué à Kadath. Un mot sur le sujet ?

Je suis ravie de l’accueil réservé à Kadath. Et puis je trouve assez approprié de donner un prix spécial à un livre qui a été une expérience assez spéciale aussi. Jusqu’à ce que je tienne le livre entre mes mains, j’ai eu du mal à me rendre compte de ce que serait le résultat. On était cinq à posséder chacun une pièce du puzzle sans nécessairement avoir une vision précise de l’ensemble, et ça a été une belle surprise. Je suis vraiment heureuse et fière d’avoir participé au projet.

2) Commençons légèrement. Je croyais être le seul à dire que Venise est putride. Tu as eu une mauvaise expérience avec la ville ?

Pas du tout, enfin je ne crois pas. Le problème, c’est que je ne m’en souviens quasiment pas… J’ai visité la ville vers huit ou neuf ans avec ma famille et mes souvenirs sont très flous. Mais j’avais écrit « La Cité travestie » pour un appel à texte des éditions de l’Oxymore sur le thème « Venise noire », et les consignes étaient claires : il fallait du noir et du glauque. Je me suis bien amusée à en rajouter sur le thème. Mais je décris une Venise imaginaire qui n’a rien à voir avec mes souvenirs de la ville.

3) « Matilda » est peut-être la plus belle nouvelle que j’ai lue sur la musique rock. Tu peux nous parler de ton rapport à la musique ?

Il change un peu avec le temps, j’ai des phases avec et des phases sans, mais j’ai longtemps eu un rapport quasi boulimique à la musique. Je suis moins avide qu’avant de tout connaître et de tout écouter, mais ça reste quelque chose de viscéral pour moi. Au point qu’il y a des albums ou des chansons que j’évite d’écouter parce qu’ils me remuent trop. Je peux fonctionner de manière assez obsessionnelle quand je découvre un album ou un artiste qui me parle vraiment. Depuis quelques années, j’ai un rapport un peu plus détendu à tout ça, et j’ai notamment moins tendance à considérer certains artistes comme des icônes, mais j’adore continuer à suivre de près le parcours de certains que j’admire de longue date, comme PJ Harvey qui ne cesse jamais de me stupéfier.

4) « Rêves de cendre », magnifique texte sur le mal-être. Tu as connu ce mal-être, adolescente ?

Comme beaucoup de gens, je crois, même si je n’en ai vraiment pris la mesure qu’avec le recul. Tant qu’on est plongé dedans, on se construit des défenses pour ne pas se laisser écraser par tout ça. J’étais une ado solitaire qui n’avait pas beaucoup d’amis et ne savait pas trop ce qu’elle voulait faire de sa vie. La lecture, la musique ou le cinéma étaient des refuges à cette époque. Devenir adulte, m’installer à Paris et découvrir que je pouvais me construire une vie qui me plaisait a été une sacrée délivrance. Cela dit, je tiens à préciser que même si « Rêves de cendre » contient pas mal d’éléments personnels, je n’ai jamais été jusqu’à me mutiler comme le fait Bérénice dans la nouvelle.

5) Une ligne de métro, une aire d’autoroute, des jardins secrets. Le merveilleux réside-t-il dans les interstices ?

Je ne sais pas pourquoi les lieux de transit sont aussi fascinants. Peut-être parce qu’on ne s’y arrête jamais vraiment, et qu’on peut imaginer qu’il s’y passe beaucoup de choses qui nous échappent ? Ou parce qu’ils n’ont pas d’histoire réelle pour nous et qu’on peut y projeter tout ce qu’on veut ? Je me rends compte par exemple que j’ai une fascination pour les chambres d’hôtel, et envie d’y situer un texte, mais ce décor ne me fascinait pas du tout lors des trois années où j’ai travaillé en hôtellerie : c’était le décor de mon quotidien, lié à une routine pas franchement passionnante. C’est redevenu un décor intéressant pour moi quand j’ai tourné cette page-là en changeant de métier.

6) « En forme de dragon » donne une image très sonore de la création artistique. Qu’y a-t-il de toi dans le personnage du père qui crée en retranscrivant la musique qu’il écoute ?

Je lui ai donné un rapport à la musique qui est très semblable au mien. Cette manière de s’imprégner de l’atmosphère d’une chanson pour créer quelque chose à son tour, c’est un peu mon propre processus d’écriture. Beaucoup de mes textes sont associés à une chanson, à des paroles, une atmosphère musicale… Mais on m’a aussi fait remarquer que ce personnage incarnait ma propre peur de ne plus être capable d’écrire, quelque chose dont je n’ai jamais réussi à me débarrasser.

7) Impossible de lire « Noces d’écume » sans penser à Innsmouth. Est-ce une inspiration consciente ? Qu’y a-t-il entre toi et Lovecraft ?

Je trouve ça assez drôle avec le recul, mais le texte est effectivement parti de l’envie de « faire du Lovecraft », et c’est devenir finalement du fantastique intimiste qui n’a pas grand-chose à voir… Stéphane Marsan, qui a édité le recueil chez Bragelonne, m’avait décrit ce texte comme « un mélange de Lovecraft et de Bergman ». Au-delà de la blague, je crois que c’est plutôt bien vu. J’ai découvert Lovecraft à l’adolescence et j’ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main en l’espace de quelques mois. « Le cauchemar d’Innsmouth » était une de mes nouvelles préférées, je crois qu’on y pense forcément dès qu’on écrit un texte de fantastique marin. Il reste un auteur qui m’a énormément marquée. J’ai relu quelques nouvelles l’an dernier pendant la préparation de Kadath, je m’attendais à ne plus être capable d’entrer dedans, tellement j’ai lu et vu de parodies lovecraftiennes, mais j’ai été soufflée. « L’Abomination de Dunwich » notamment reste un très grand texte qui ne perd rien de son impact.

8) Restons sur Lovecraft. Peux-tu nous expliquer comment tu es entrée dans le projet Kadath, et d’où t’est venue l’inspiration pour le personnage de Dame Aliénor ?

J’ai été la dernière à rejoindre le projet. Je connaissais Raphaël Granier de Cassagnac depuis quelques années, et il m’a recontactée pour me proposer d’y participer. Il fallait quatre auteurs différents pour incarner chacun un personnage/narrateur, et le quatrième devait être « une religieuse du XIIème siècle ». On m’a laissée libre de proposer autre chose si je le souhaitais, mais j’ai eu envie de jouer le jeu. Le premier élément que j’ai suggéré, c’était qu’elle soit enceinte d’un dieu – lequel, pourquoi, je n’en savais rien, mais je sentais que c’était une piste intéressante. Ça me renvoyait aussi forcément à Lovecraft et à « L’Abomination de Dunwich ». Je savais que mon rôle consisterait essentiellement à parler des dieux de Kadath. À partir de là, on a élaboré des bases communes, rebondi sur les idées des uns et des autres, écrit chacun de son côté, harmonisé le tout… Et on a été soufflés en découvrant la maquette et les illustrations, puis l’objet fini.

Pour écrire l’Évangile selon Aliénor, je me suis aussi un peu replongée dans la Bible. On avait parlé de la rédiger dans une imitation de style biblique, je ne m’y suis pas forcément tenue mais ça a guidé en partie la voix d’Aliénor. Un autre élément intéressant, c’était de savoir que l’Innommé, le personnage de Raphaël, la décrirait comme étant folle. C’était amusant de garder ça en tête tout en adoptant le point de vue d’Aliénor persuadée de la véracité de ce qu’elle raconte.

9) « Fantômes d’épingles » place une jeune femme face au deuil et à la mort. Comment juges-tu le rapport qu’entretient notre société avec ces réalités ?

Je n’ai pas énormément de recul là-dessus, mais ce qui me frappe en y réfléchissant, c’est le besoin de rituels autour de la mort, qui persiste dans une société qui se veut plutôt rationaliste. Mais je comprends parfaitement la nécessité de ces rituels, pour en avoir ressenti le besoin face à la mort. C’est peut-être le seul moyen de réussir à faire son deuil. Moi qui ne suis pas religieuse, je me suis rendu compte que c’était le genre de situation qui me le faisait presque regretter : face au désarroi que peut provoquer la disparition des gens, ou la perspective de leur disparition, il y a un vrai réconfort à croire à un au-delà ou à la possibilité d’agir à travers la prière. Ça aide à se sentir moins impuissant, même si c’est une illusion. On a beau porter sur le monde un regard plutôt rationnel, c’est difficile de le rester face à quelque chose d’aussi terrifiant que la mort.

10) Les textes de « Notre Dame aux Ecailles » sont beaucoup plus sensuels que ceux de « Serpentine ». Est-ce l’assurance de la maturité ?

Les textes les plus sensuels du recueil ont chaque fois été écrits dans le cadre d’une commande dont les consignes m’ont poussée dans ce sens. Je n’y serais peut-être pas allée aussi spontanément dans un autre contexte. Pour moi, la sexualité est un des sujets les plus difficiles et les plus délicats sur lesquels écrire. Très clairement, je n’aurais jamais pu écrire « Langage de la peau » ou « La danse au bord du fleuve » il y a dix ou quinze ans. Question d’évolution et d’expérience personnelles, bien sûr, mais aussi de progression dans l’écriture. C’est le genre de thème qui supporte très mal la maladresse et l’approximation.

11) Il y a quelque chose d’élémentaire ou de primordial dans tes personnages. Ils marchent pieds nus, se baignent nus, ressentent les éléments, existent en communion avec la Nature. La petite Mélanie Fazi était-elle une sauvageonne qui courait pieds nus dans la nature ? Lui est-il pénible de vivre à Paris ?

Je n’ai vécu à Paris qu’adulte ; avant mes vingt ans, j’habitais à Grande-Synthe, près de Dunkerque. Et j’ai toujours été une citadine qui rêvait plutôt de l’activité des grandes villes que de la proximité de la nature. Quand j’étais petite, ça me contrariait qu’on m’oblige à sortir jouer au jardin alors que j’aurais pu rester tranquillement dessiner dans ma chambre… C’est une fois adulte que j’ai découvert, même si j’adore vivre à Paris, que j’ai besoin d’un peu de nature de temps en temps pour me ressourcer. Même à Paris, j’aime aller lire assise dans l’herbe au parc quand il fait beau, ou me balader au bord de la Seine, ça me fait l’effet d’une respiration. J’ai grandi près de la mer mais je n’ai commencé à apprécier la plage qu’à l’approche de la trentaine, par exemple. Ce rapport qu’ont mes personnages à la nature, c’est en partie quelque chose que je ressens, et en partie une sorte de vague désir d’avoir ce fonctionnement-là. Dans « La danse au bord du fleuve », je me sens plus proche du personnage d’Anne, pas vraiment à l’aise avec tout ça, que de celui d’Alma qui embrasse pleinement la nature.

12) Les personnages de « Notre Dame aux Ecailles » sont souvent à la croisée de beaucoup de chemins, dans l’incertitude, là où ceux de « Serpentine » regorgeaient d’énergie. J’ai pensé au Génération X de Coupland ou au High Fidelity de Hornby. Est-ce cela devenir adulte ? Perdre ses certitudes et ne plus savoir ?

Je n’ai pas encore assez de recul pour formuler d’opinion définitive sur le sujet. À l’heure actuelle, j’ai 34 ans et je suis passée par différentes phases. Vers 23/24 ans, l’époque de mes premières publications, j’ai eu soudain l’impression de découvrir que tout ce que je pouvais désirer m’était accessible à condition de m’en donner la peine. Des textes comme « Serpentine » ou « Matilda » ont été écrits dans ce contexte. Ça été une des périodes les plus grisantes de mon existence. Et puis on réalise les désirs en question et on s’aperçoit que ça ne nous rend pas aussi heureux qu’on ne le croyait. J’ai traversé une grosse phase de désenchantement, avec l’impression de ne plus avoir de but dans l’existence, et ça se ressent peut-être dans les textes écrits à cette époque. Depuis quelques années, je vois les choses sous un angle encore différent. Je découvre qu’apprendre à laisser les choses venir d’elles-mêmes, et à profiter simplement de ce qu’offre le quotidien, est une manière de vivre aussi valable que le fait de courir tout le temps après quelque chose. Ça semble peut-être moins « glamour » que la frénésie adolescente, mais je trouve que c’est une démarche moins banale qu’il n’y paraît. Mon impression actuelle, c’est qu’on passe par des phases assez imprévisibles, d’autant que la vie nous conduit sur des chemins surprenants, et que certaines périodes de crise et de doute sont nécessaires pour avancer. « Être adulte », ce n’est pas une expérience d’un seul bloc, c’est quelque chose qui évolue constamment. Ça passe par la perte de quelques certitudes, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose en soi.

13) Peu d’amours heureux dans tes textes. Les histoires d’amour finissent-elles mal en général ?

Pas forcément, bien sûr, mais les histoires qui se terminent bien sont peut-être moins riches en termes de fiction. Surtout quand on écrit du fantastique, qui joue beaucoup sur les angoisses et les failles des personnages, les désirs contrariés… Mais il me semble qu’un texte comme « Langage de la peau » se termine sur une note positive, même si c’est une fin ouverte.

14) J’ai eu l’impression que tu faisais souvent un éloge de la lenteur contre la frénésie du monde. Parviens-tu à te ménager des plages de lenteur ? Que fais-tu quand tu ne fais rien ?

C’est effectivement mon état d’esprit actuel. J’ai l’impression d’évoluer dans un contexte qui nous pousse à courir en permanence, et où il est difficile d’aller à contre-courant. Je le vois aussi dans mon entourage, et je sais ne pas être la seule à le ressentir. À titre plus personnel, après avoir passé pas mal d’années à courir, j’ai traversé deux grosses phases de surmenage dont la dernière m’a fait beaucoup réfléchir. Je n’ai plus ni l’envie ni l’énergie de fonctionner dans cette frénésie permanente et je cherche des moyens de l’éviter. J’ai la chance de travailler à domicile et d’habiter un quartier tranquille, ce qui aide beaucoup. Notamment, ça me permet d’éviter le stress des allers-retours en métro pour aller travailler. J’ai effectivement du mal à ménager des « plages de lenteur », mais ça tient en partie au fait de travailler comme indépendante et d’habiter dans mon bureau, en quelque sorte : il n’y a jamais vraiment de coupure entre le travail et les loisirs. Quand j’arrive à ménager de moments de calme, j’aime par exemple prendre le temps de faire la cuisine en écoutant de la musique, ou bien aller lire au soleil, dans un parc ou à une terrasse de café. Ou simplement rêvasser en regardant le paysage quand je prends le train. Ou encore me promener sans but dans Paris, ce que je fais beaucoup trop rarement.

15) Beaucoup de maisons de famille dans tes textes. Y a-t-il une maison Fazi, et si oui, que représente-t-elle pour toi ?

La plupart des maisons et appartements de mes souvenirs d’enfance ont été vendus. Même la maison où habitent mes parents à l’heure actuelle n’est pas celle où j’ai grandi. Cela dit, il y a une part autobiographique assez importante dans la nouvelle « Le Faiseur de pluie ». La maison que j’y décris est un mélange de plusieurs endroits que j’ai connus en Italie, où j’ai passé presque toutes les vacances de mon enfance. De manière plus symbolique, je crois qu’elle représente un appartement où vivaient mes grands-parents paternels, toujours en Italie, et qui a été vendu après leur mort, quand je devais avoir dix ou onze ans.

16) Pour finir, tes lecteurs louent assez unanimement ton style, et c’est pleinement justifié. As-tu puisé des inspirations formelles parmi les auteurs que tu as lus ou traduits ? Quelle lectrice es-tu ?

Si je reconnais des inspirations, elles sont plutôt au niveau des thèmes ou des décors que du style. Des auteurs comme Stephen King, Lisa Tuttle, peut-être aussi Lovecraft, Carson McCullers pour certains textes, et beaucoup d’autres… Le style, c’est peut-être la partie que je contrôle moins. Même quand j’essaie d’écrire « à la Lovecraft » par exemple, ça finit par ressembler à mon style habituel. Ça a ses avantages et ses inconvénients (le risque de se répéter notamment). Je suis en admiration béate devant le style de Stephen King ou de Nancy Huston, je me dis que j’adorerais savoir écrire comme eux, mais c’est assez vain finalement. Il me semble quand même que le travail sur le rythme et la concision que j’ai effectué en traduisant Lignes de vie de Graham Joyce a eu une influence directe sur la nouvelle que j’ai écrite ensuite, « Langage de la peau », mais c’est le seul exemple flagrant pour moi.

Quant à savoir quelle lectrice je suis… Moins boulimique qu’avant, et je le regrette. J’ai de plus en plus de mal à m’immerger dans un livre, et je n’arrive plus à insister si la rencontre ne se fait pas immédiatement. À l’heure actuelle, j’ai un peu de mal à lire de la SF ou de la fantasy, je n’arrive pas à fournir l’effort nécessaire pour visualiser d’autres mondes et d’autres sociétés. Mais je garde un gros faible pour le fantastique, dont la démarche est différente. En ce moment, je suis dans une phase « littérature anglaise », je viens de découvrir Daphne du Maurier et Virginia Woolf et de tomber en admiration devant les poèmes de T.S. Eliot. Depuis que je travaille dans l’édition, mes coups de foudre littéraires sont plus rares mais ça reste un vrai bonheur quand ça se produit.

Je remercie encore une fois Mélanie Fazi pour la gentillesse de sa participation.

lundi 16 mai 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Lelf



Cette semaine, je reçois Lelf, jeune blogueuse "très lente", rédactrice du blog Imaginelf. "Old man's war", "Bone", "Neverwhere" sont quelques-unes des références de Lelf. Elle aime beaucoup aussi Lionel Davoust, et traine à L'Atalante à Nantes.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Lelf, 26 ans, fille (je précise parce que la confusion est fréquente). Et euh… Pas grand-chose de plus à dire qui soit intéressant.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Imaginelf est mon deuxième blog. Pendant deux ans j’en ai eu un très classique où je racontais ma vie et où je commençais à chroniquer des livres. Un vrai bordel, mort depuis longtemps.
J’ai eu envie de créer quelque chose de plus cohérent. A l’époque j’étais chroniqueuse BD sur le net et je voulais étendre ça aux romans, pour faire partager mes découvertes, mon ressenti de lecture, mes visites en festival. Du coup, création d’un blog centré sur la culture. Et spécialisé en imaginaire et BD, tout simplement parce que ce sont mes lectures principales. C’est mon seul blog aujourd’hui et tant mieux.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Trop ? Je suis une blogueuse très lente. J’y passe environ 2h par jour, mais je dilue ce temps car je suis toujours en train de faire 50 choses à la fois, donc j’ai du mal à l’évaluer précisément. Les chroniques me prennent du temps car je les réfléchis beaucoup, les news et comptes-rendus me prennent du temps pour l’ajout d’images… au final je ne suis pas très efficace.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Houlà non. Déjà, je suis une grande bédéphile. Vu qu’une chronique me demande un certain temps, je ne peux me permettre de chroniquer toutes ces lectures qui sont plus vite terminées que commentées. Pour les romans j’essaye de tout chroniquer mais certains passent à la trappe pour diverses raisons (pas du tout d’inspiration, délai trop long entre lecture et chronique…)

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Je choisis les BD à chroniquer en fonction de l’inspiration du moment quand je me dis qu’il est temps d’en commenter une, pour les romans j’ai toujours quelques chroniques de retard et je fais selon ce qui m’inspire le plus le jour où je décide de chroniquer. Les événements représentent (festival, swaps, challenges et autres échanges) sont écrits immédiatement après l’événement en question. Quant aux news, je fais là aussi à l’inspiration, les articles de sorties et les prix étant les principaux représentés, c’est pratique pour combler un jour où j’ai la flemme de réfléchir à une chronique (ou pas le temps).
Dans la semaine j’essaye de ne pas faire de chroniques de romans deux jours d’affilée et j’essaye de faire une chronique BD, sinon j’improvise au jour le jour.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Ca m’est arrivé une fois en BD. Et au final je ne l’ai même pas chroniquée. Heureusement, j’avais vraiment envie de la lire à la base. Finalement l’inspiration n’est pas venue et je n’ai pas recommencé ce genre d’approche.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Difficile à dire. Ado je lisais de la SFFF très connue comme Stephen King et depuis l’enfance j’avais l’habitude de piquer les bonnes BD (Bilal, Buzzelli, Le Vagabond des limes et autres…).
Mais je me suis vraiment mise à la SFFF il y a environ 5 ans, année où plein d’amis m’ont prêté plein de bouquins et où j’ai découvert Robin Hobb, Neil Gaiman, Diana Wynne Jones, mais aussi la SF française et ses nouvellistes ; je suis devenue fan immédiatement de ces derniers.

8) A quel rythme lis-tu ?

C’est très inégal et pas énooorme. Entre 5 et 9 romans par mois (en comptant quelques jeunesse), une bonne dizaine de BD (hyper variable cette moyenne). Je lis surtout le soir et il m’arrive régulièrement de ne pas prendre le temps. J’ai du mal à me poser avec un livre, je culpabilise de ne pas faire des choses plus « importantes ».

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Un dépaysement total, de la réflexion souvent, beaucoup de surprises (on ne sait déjà pas dans quel univers on va tomber). J’aime les potentialités infinies de ces genres. Ils peuvent parler de tout, sous toutes les formes possibles.

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Oui. Mes parents sont des bons lecteurs et mon père particulièrement est grand amateur d’imaginaire. C’est super de pouvoir échanger avec lui, commenter, analyser. Mes amis aussi sont tous très bons lecteurs, avec une prédilection pour l’imaginaire souvent. Et aujourd’hui il y a aussi les autres blogueurs ; avec certains on finit par développer des liens privilégiés et on parle au quotidien. Que nos lectures soient identiques ou non, c’est enrichissant.

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

La toute première c’est dur à dire. Mais celle qui m’a fait basculé il y a quelques années c’est surement Neverwhere de Neil Gaiman. Découverte faite sur les conseils d’une amie et un peu au hasard un jour où j’ai voulu découvrir la SFFF. Je me baladais dans un magasin de grande chaîne, j’ai passé des heures dans le rayon à tout regarder, prendre en main, reposer. Puis je suis repartie avec ce roman finalement. Et ça a été un grand coup de cœur. Le talent de conteur de Gaiman et son univers m’ont soufflée.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Houlà, dur aussi. Ma lecture de Old Man’s War de John Scalzi l’an dernier m’a marquée. C’est la première fois que j’ai ri aux éclats en lisant un roman. Et que quelques chapitres plus loin les larmes me sont montées aux yeux. Une sacrée expérience cette lecture.
Il y a aussi ma première anthologie française : (Pro)Créations, dirigée par Lucie Chenu. Je commençais vraiment à lire de la SFFF et j’ai adoré voir comment un thème pouvait être interprété, déformé, sublimé, par tous les auteurs. C’est ce jour que j’ai découvert la richesse de la SFFF française et que je m’y suis intéressée de près.
Et si je peux ajouter une BD : Bone, de Jeff Smith. Qui commence par une fantasy mignonne et légère, mais qui noircit inexorablement. Là aussi j’ai ri aux éclats (le genre de fou rire qui revient rien qu’à repenser au dessin qui l’avait provoqué…) et été émue à la fois. Un comics intelligent que je recommande. J’ai envie de le relire, tiens.

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Hem. Rien ne m’a marqué particulièrement dans mes dernières lectures malheureusement. Et en remontant plus loin je ne sais déjà plus ce que j’ai lu (poisson rouge…). Et après avoir repensé à Old Man’s War ça devient dur de tenir la comparaison. Je réfléchis donc (oui, je triche) et je dis Planète à louer ! de Yoss, qui m’a bien secouée. C’est un sacré auteur qui a le don de faire passer ses messages sous une forme percutante.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Science fiction. Sans hésitation. Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais c’est un genre que je trouve bien plus merveilleux que la fantasy, bien plus tourné vers l’Humain. J’aime la capacité de ce genre à émerveiller et faire réfléchir à la fois. Tellement proche et tellement loin de ce que nous sommes aujourd’hui, réellement. Ca me fascine.
J’ai un faible pour la fantasy urbaine aussi, sans doute encore ce parallèle entre extraordinaire et ordinaire, d’une manière très différente.

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Ils n’ont pas tellement évolué depuis quelques années. J’ai toujours été à la fois curieuse de tout et un peu exigeante (sur le style, l’originalité, la capacité à emporter…). Je lis toujours des nouvelles francophones, je lis toujours Neil Gaiman, je lis toujours Diana Wynne Jones. Je préfère toujours la SF (même si, évidemment, je cite deux auteurs majoritairement fantasy…).

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Je fais monomaniaque si je dis Neil Gaiman ? Ses histoires sont intelligentes, il y glisse toujours ses ambiances de conte, du merveilleux dans un univers réaliste. Comics, jeunesse, adulte… il ne m’a jamais déçue.
Si je suis fan de SF, je n’ai en revanche pas d’auteur particulièrement préféré. Je change souvent de lectures et du coup approfondis trop peu chaque auteur pour en distinguer des préférés. Ca viendra sans doute avec le temps.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Non, chaque lecture apporte quelque chose, même si c’est un ennui profond. Il n’y a pas à regretter. Si je déteste je n’ai pas de scrupules à laisser tomber. Des fois je vais au bout et je n’en retire pas grand-chose, alors je passe au suivant c’est tout. Pas de regret.
Et je suis très contente d’avoir lu certains titres, mais en même temps, si je ne les avais pas lu, il me resterait à les découvrir et ça serait super aussi.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

J’aime changer de lecture, découvrir avant tout : nouveaux auteurs, nouveaux univers, nouvelles plumes. Mais j’aimerais lire un maximum de Neil Gaiman, de Diana Wynne Jones par exemple. Ensuite je lis un maximum de ce que Lionel Davoust sort et ça m’arrive de suivre d’autres auteurs francophones de près comme ça (Jean Millemann, Mélanie Fazi…). Je lis toutes les anthologies dirigées par Lucie Chenu qui paraissent également.
J’ai plus facilement des auteurs BD dont je lis tout, mais ils ne font pas dans l’imaginaire.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Oh que oui je vais sur les salons. Les rencontres font partie de mon plaisir de lectrice, j’aime confronter mon ressenti aux intentions de l’auteur, approfondir mes lectures par ce biais et simplement découvrir des personnes.
Je ne ramène pas spécialement d’interviews, je préfère faire ça au calme et un salon ne s’y prête pas trop à moins d’avoir rendez-vous. Photos et dédicaces oui, toujours. Et compte rendu sur le blog, pour partager un peu avec les autres ce que j’ai vu et vécu.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Je ne pense pas grand-chose de la bit-lit. Chaque époque a sa mode, sa littérature populaire, un créneau dans lequel les éditeurs (et auteurs) s’engouffrent. Le terme étant franco-français je ne lui trouve pas beaucoup de sens. Mais sinon j’imagine que c’est comme dans n’importe genre : il doit y avoir du très bon dans toute cette masse. A titre perso ce genre de récit ne m’attire pas spécialement. Il n’y a que Sans Âme de Gail Carriger qui a l’air d’entrer dans cette catégorie et qui suscite réellement mon intérêt.
Pour Harry Potter, je suis assez bluffée par l’univers que Rowling a réussi à créer (même si certains disent qu’elle a piqué des éléments, elle a quand même réussi à en faire quelque chose). Par contre j’ai trouvé les derniers romans moins bien équilibrés, les personnages un peu creux. Et je ne parle pas de cet épilogue mielleux qui m’a laissée de marbre… Ceci dit elle m’aura quand même bien embarquée dans l’ensemble.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Pour la VO anglaise : internet (Book Depository).
Pour la majeure partie de l’imaginaire : librairie L’Atalante (je préfère toujours une librairie indépendante pour le cadre et la disponibilité des libraires, et puis ça serait dommage de ne pas profiter de celle-ci). Et forcément un peu les salons.

22) BD, comics, ou non ?

Oui. Beaucoup. Depuis toujours. BD, comics, manga, je touche à tout. Et je ne me restreins pas à l’imaginaire. A titre d’exemple en quantité, j’ai déjà lu 52 titres cette année. J’aime la narration graphique, qui offre de nouvelles possibilités de raconter une histoire, de détourner des codes pour créer quelque chose d'original.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

En BD oui, des histoires humaines toutes simples, du quotidien… J’aime ces histoires là. En romans non. J’ai du mal à trouver des titres qui m’attirent tout simplement, sinon je ne suis absolument pas contre. Je prévois quelques tentatives un de ces jours.

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Je n’ai pas de goûts musicaux précis, je me cherche toujours de ce côté-là. J’aime beaucoup le métal, mais suis aussi capable d’apprécier un peu de « soupe » pop, de la country, du rock classique… Du moment que ça me parle un peu.
Le cinéma je n’y vais jamais. Mais si on parle film je n’ai, comme en musique, pas de préférence, à part une affection particulière pour les nanars, notamment SF.
Loisir favori : la lecture (scoop), sinon je ne désespère pas de reprendre le théâtre (classique ou impro) et le chant (j’étais dans une chorale de bras cassés c’était fun).
Philosophe de prédilection : J’ai toujours bien aimé la philo et eu une affection particulière pour Platon. Mais ça fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion d’y toucher.

25) As-tu un Reader ?

Non.

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Je n’arrive pas à lire sur ordi, concentration zéro. J’ai sans doute déjà lu un texte court un jour ou l’autre, mais je n’en retiens rien et ce n’est pas confortable.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Oui, sans aucun doute je pense lire sous cette forme. Je n’ai pas spécialement l’utilité d’un reader aujourd’hui mais avec la diversification l’évolution de l’offre il y a des chances que je m’y mette.
C’est pour moi seulement une autre manière de lire, qui suit logiquement les innovations technologiques, pratique pour certains usages (voyages, gain de place et poids en général…). Maintenant j’attends de voir comment les éditeurs vont gérer l’offre de nouveautés notamment, leurs choix de publications, les prix…

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Je suis souvent en retard sur ce plan là. J’avais 19 ans quand j’ai découvert l’usage régulier d’internet, un de plus pour msn. Les forums ça date seulement deux ou trois ans.
Internet c’est un peu « je t’aime moi non plus », je me lance à fond pendant une période puis un jour je lève le nez et je me demande ce que je suis en train de faire et pourquoi je me prends la tête avec ce truc. C’est un peu le cas en ce moment, je réduis mes activités de cette nature, besoin d’un break régulièrement. Même si je ne pourrais jamais débrancher totalement, je suis droguée au dernier degré.
Je trouve que c’est une formidable fenêtre sur le monde sinon, en général je me fais de très bons amis que je rencontre irl et avec qui je noue des relations durables au-delà du cadre internet. C’est un usage intéressant.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Oui. Non. Peut être. Je ne sais guère. Ca m’arrive occasionnellement d’être libraire, surtout BD. J’ai d’excellents amis qui se trouvent être libraires, auteurs ou éditeurs et j’aime beaucoup discuter de leur métier avec eux. C’est tout. Et ce n’est déjà pas si mal.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Wake up ! Bravo si vous êtes arrivé là sans décrocher, merci. Et merci aux autres quand même, pas de jaloux.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !