vendredi 29 avril 2011

Norbert Merjagnan : skalde et hyper platonicien


Aujourd'hui j'ai la grande joie de recevoir Norbert Merjagnan. Il a été un espoir avec Les Tours de Samarante, il confirme avec Treis, altitude zéro.
Styliste hors pair, il crée (rêve ?) un monde complexe et brutal en route pour un changement radical. A découvrir, si ce n'est déjà fait.

1) Bonjour Norbert, merci de nous recevoir. Après « Les tours de Samarante », c’est maintenant « Treis altitude Zéro » qui est sur les rayons. Peux-tu nous raconter ta perception du chemin parcouru entre le jour où tu as posté le manuscrit des Tours et aujourd’hui ?

Bonjour Gromovar, merci à toi.
Le chemin parcouru se résume avant tout par ma rencontre avec Gilles Dumay. Je lui dois la découverte et la publication de mes livres. Il a eu pour mes récits une lecture pertinente et passionnée. C'est un éditeur exceptionnel. Et avec le recul, c'est d'abord lui que je vois.

2) Que faisais-tu dans ta première vie ? Quel est l’emploi du temps d’un auteur ? Est-il difficile de travailler sans la contrainte d’une organisation ?

J'ai travaillé dix ans au siège d'une banque. J'y ai beaucoup appris. La nature volatile, quasiment virtuelle, de l'argent. Le vrai visage de la puissance. Les banques sont autre chose que des entreprises. Elles sont le cœur de ce monde et en même temps un univers discret, un système où l'argent est un code : un code de pensée, un code social et un code informatique. Ce fut une excellente école.
Concernant ta question sur le temps, j'imagine que chaque auteur fait avec, comme il peut. Écrire nécessite pour moi une immersion. C'est un temps séparé. Long. J'ai quelquefois du mal à le conjuguer avec les autres temps de ma vie.

3) Peux-tu décrire brièvement le monde des cités pour ceux qui ne t’auraient pas encore lu ? Quels en sont les enjeux ?

C'est un univers monde. Je crois que le mieux, c'est d'y entrer...
Je ne saurais pas en parler autrement que par mes écrits.

4) Comment as-tu imaginé cet univers ? Es-tu rôliste ?

Je n'ai pas le sentiment de l'avoir imaginé. Il m'est apparu, par touches. Comme s'il s'agissait d'un échange avec un correspondant lointain. Au fil des messages, tu découvres une personnalité, une culture, des anecdotes, des gens que tu n'as jamais vus mais qui te deviennent intimes. Ce monde est là. Ailleurs.
J'ai été rôliste durant une douzaine d'années. J'ai d'ailleurs mené des parties à Samarante, à Treis, avec un petit cercle d'amis, il y a longtemps. Et dans bien d'autres lieux, d'autres époques. Le jeu de rôle était un laboratoire et un vivier, fertile en créations bizarres et toutes sortes de choses réjouissantes !

5) Ton monde est très visuel, presque BD, mais ton style oscille entre de la description très précise (que je nommerais à la française) et des successions impressionnistes et agrégatives de flashes (à l’anglaise). Lis-tu les deux langues ? Si oui, crois-tu que l’anglais s’invite parfois dans ton français ?

J'ai étudié un an dans une université de l'État de Washington. Je lis parfois en anglais. Pourtant… mon affinité profonde va à la langue française. Une langue complexe, minutieuse, parfois à la limite du pointillisme, mais aussi dense et souple. Et on peut la tordre ! Rien ne l'interdit. Notre langue permet tout pour peu qu'on ose la travailler. Elle peut chanter, rouler, rompre, vibrer, couler, (se) répandre. On la présente faussement comme une vieille dame, subtile et délicate, ancienne. Une aristocrate. Moi, je vois une femme puissante et audacieuse. Vive et sauvage. Je ne ressens pas le besoin d'aller chercher des formes innovantes ou percutantes dans un autre idiome.
Peut-être a-t-on pris de mauvaises habitudes à cet égard.

6) Ton style peut ressembler à une femme tellement belle qu’on l’admire sans oser l’approcher. Des lecteurs t’ont-ils dit avoir été tenus à distance de l’histoire par le style ? Comment doses-tu l’équilibre entre l’image et le récit ? Fais-tu beaucoup relire ?

Ce que tu dis sur la beauté de ce style mais aussi de sa mise à distance me donne énormément à réfléchir. Je n'ai pas de réponse. Si ! Des lecteurs m'ont dit avoir été rebuté par mes formes écrites. J'assume. Heureusement, d'autres lecteurs plongent ! Je suis exigeant dans mon travail. Et je bannis les lieux communs. Les lieux communs sont pourtant des véhicules très efficaces. Sincèrement, je les traque. Je les chasse. Un exemple : l'idée qu'il ne faut pas multiplier les adverbes ou adjoindre plus d'un adjectif à un mot. Le truisme de l'écriture dépouillée… Il est là, le lieu commun ! Parce que certaines phrases appellent trois adverbes, d'autres quatre adjectifs ! Certaines vivent mieux sans verbe du tout. Certaines phrases sont un seul mot. Les règles de savoir-écrire, ce sont des conneries ! Le malheur, c'est que l'empire de ces règles instaure des habitudes de lecture. Des routines. De la banalité. Comme en cuisine : à force de fourguer les mêmes sauces en production industrielle, on modèle le goût à la pauvreté sensorielle. Et puis, on fait d'un idiome une marque ! Je ne me reconnais pas dans tout ça.
Un style, c'est une prise de risque. J'écris sans rien de préconçu. Dans le passage où Triple A se prend pour un tambour, j'avais un rythme dans la tête : tatata-ta-tacatac. Toute la scène est venue avec. D'autres fois, je vois des morceaux de film, des scènes entières en mouvement, et là, je cherche la façon d'écrire au plus juste ces visions telles que je les reçois. Avec leur violence s'il y en a… des zooms, des hachés, des arrêts. Je ne réfléchis pas. Je transcris.
Christine, mon épouse, est la première - et longtemps la seule - lectrice de mes manuscrits.

7) Le monde des cités a été ruiné par les « guerres climatiques ». As-tu des craintes environnementales ou technologiques de cet ordre ?

Je mets bout à bout des tendances très simples, mais lourdes.
Le climat est un phénomène complexe. L'apprentissage et la maîtrise de la complexité, sous toutes ses formes, constituent l'un des enjeux de notre temps et des années qui viennent.
Autre tendance lourde, millénaire : les crédits militaires financent une grande partie de la recherche, surtout au cœur de l'économie-monde dont parlait Braudel, c'est-à-dire là où s'accumulent les moyens. Pour être dominant par la guerre, l'avance scientifique et technologique est cruciale. Cela restera.
Conclusion : maîtrise du climat + recherches militaires = armes climatiques.
Ce n'est, au fond, qu'une question de temps.

8) Dans les cités, pas ou peu de religion mais une science qui en tient lieu. C’est notre monde que tu décris ? Crois-tu qu’à terme la science remplira la fonction religieuse ?

À Treis, Samarante, Trézibène, Léonitra, dans le cœur et l'esprit des gens des cités, le Seuil a remplacé l'église.
Le Seuil est une histoire révélée au même titre que les livres des grandes religions. Mais l'histoire du Seuil présente la particularité de s'écrire au futur. Le calendrier se lit à l'envers. L'an zéro ne signe plus le bouleversement passé d'une révélation divine, il marque l'avenir. C'est une histoire à faire, à naître. Pour parvenir à cela, la science s'est dotée d'une fonction prophétique : elle a révélé l'existence du Seuil, ce moment historique où les humains vont collectivement devenir une nouvelle espèce. La science a aussi revêtu une fonction politique : elle éduque la pensée et gère l'organisation des ressources afin d'atteindre cette finalité qui prévaut sur tout, qui est à la dimension de l'entière humanité.
Voilà pour l'univers de Samarante et de Treis.
Quant à la religion dans notre futur, c'est un thème que je souhaite aborder dans un prochain roman.

9) Ta vision de l’élite est très noire. Point de salut hors du peuple représenté par Triple A ?

Les banques viennent de baiser 95 % de l'humanité, d'endetter des États par transfert de signatures pourries en signatures cotées reposant sur l'impôt et des biens publics ! Les puissants sont en train de démolir les classes moyennes. Tout cela se passe dans une ambiance propagandiste que l'Internet libertaire chahute mais ne parvient pas à renverser - il faut dire que cela fait longtemps que le marketing a intégré les messages radicaux et (r)évolutionnaires dans les circuits marchand et publicitaire, procédant par vaccination et créant une immunité aux vecteurs actifs de progrès.
L'élite dirige, profite. Et pourquoi pas ? La vraie question est : pourquoi l'élite se passerait-elle de diriger et de profiter ?
Je n'ai aucune illusion sur l'humain. Pourtant, je crois aux chemins de liberté. Ils sont rares, autant que les individus qui les prennent. Malgré tout, ils existent. Et c'est sûrement le plus étonnant.

10) Dans les cités, la science dominante est la génétique. Si la science proposait de modifier le génome humain, serais-tu du côté des volontaires ou des opposants ?

Volontaire.
Des chercheurs travaillent aujourd'hui sur des modifications génétiques (certaines temporaires, d'autres durables) qui permettraient au corps d'être son propre médecin pour lutter contre le cancer, ce qu'il fait déjà, mais de moins en moins bien à partir de 40 ans du fait de mutations de gènes naturels.
Le véritable sujet de la modification génétique, c'est qui la maîtrise et pour quoi faire. Mais s'opposer en soi à un nouvel outil ? Quelle étrange idée…

11) Finalement, qu’est-ce qui fait un humain pour toi ? L’humanité sous sa forme actuelle devient-elle obsolète comme les codex ou les tablettes d’argile ?

Tout dépend de quel humain on parle. Y a-t-il une seule humanité ? C'est l'un des sujets que j'aborde franchement dans Treis, altitude zéro.
L'humain de la guerre, des viols, des génocides, des tortures, ne me paraît pas obsolète ! Il me paraît indéfendable ! Et je ne l'accepte pas.

12) Une question d’économie un peu vile. Comment un système technologique largement fragmentaire peut-il entretenir le fonctionnement de ses éléments les plus avancés ?

Par une autre maîtrise de la complexité que la nôtre. Aujourd'hui, une ville est un système dépendant de territoires qui lui sont extérieurs, pour son énergie et sa nourriture notamment. C'est un système qui conjugue le réseau et la pyramide. En outre, seule une petite portion des richesses produites est réinvestie dans des activités de recherche.
Dans l'univers des cités mirandiennes, l'économie urbaine s'est autonomisée et la technologie atomisée. Elles s'autogénèrent. Leur forme est beaucoup plus organique. Les lois de leur développement sont proches de celles du vivant.
L'existence d'une culture technologique forte (grâce aux Éducateurs, des modules d'apprentissage de synthèse) rend possible la séparation des sciences en grands corps fondés, non plus, comme aujourd'hui, sur leur champ d'observation, mais sur des paradigmes cognitifs. Ce n'est pas de l'hyperspécialisation - qui caractérise plutôt notre époque - mais une reformulation de la science via ces paradigmes : l'évolution biogénique, la pensée machine, l'économie organique, monopolistique et libérale.
Pour l'autonomisation de l'économie, je te donne un exemple : Cinabre crée une robe, à son goût et à son exacte mesure, à partir d'un matriciel (une boule d'usines nanométriques). Il n'y a plus ni production de matière première, soie ou coton, si usine de filage, ni import-export, ni usine de découpe et façonnage, ni marketing produit, ni marque, ni circuit de vente, ni mode. L'économie de cette robe s'est condensée en deux briques : la création du matriciel ; la capacité technique et culturelle de Cinabre à utiliser ce matriciel selon son choix. Autrement dit : une brique "tension/potentiel" et une brique "libération/formulation". Ces deux briques existent dans le milieu faste des Ordres, mais l'une et l'autre sont absentes des bas-fonds où une économie traditionnelle, archaïque, subsiste. En clair, l'économie-monde de Braudel ne prospère plus à l'échelle de vastes territoires et d'empires marchands, mais à l'échelle de la cité et son cœur est une caste ainsi qu'un mode d'éducation et d'organisation : les Ordres.

13) Guerres climatiques, approche du Seuil, ta vision est très prométhéenne. Que penses-tu de la notion d’anthropocène ?

Je pense que l'homme fait partie de la nature. Et qu'il y a donc une contradiction, dans les termes, à l'en séparer, à l'en distinguer, quelles que soient les réalisations humaines ou leurs effets.
Toute vision anthropocentrique est, en vérité, une conséquence de la pensée religieuse, surtout monothéiste. Séparer l'homme de la nature, c'est lui conférer une nature propre, dont l'essence et l'origine ne peuvent être que divines (l'homme à l'image de dieu). Or, si l'homme appartient à la nature, s'il est un élément de la nature, tout ce qu'il fait, construit, bâtit, détruit, est naturel. Même si cela choque la représentation, là encore religieuse, de la nature dans la pensée d'aujourd'hui.


14) « Chair-homme » chez toi, « Marchandhomme » chez Bordage. Hommage inconscient ou volontaire ? Il m’a semblé deviner une filiation. Est-ce un auteur qui a influencé ton écriture ?

Hommage, sans aucun doute, parce que plusieurs récits de Bordage m'ont profondément marqué. Pierre Bordage a osé une SF très ambitieuse, très personnelle et - c'est mon avis - très européenne. Riche d'histoires et de cultures diverses. Bordage est aussi capable d'affronter la violence nue, sans hésitation. Et avec le courage de ne pas l'utiliser comme un simple catalyseur narratif mais au contraire en la dévisageant, en la dépeignant pour ce qu'elle est.

15) Tu nommes le désert « l’aliène ». C’est foucaldien, ou l’étymologie est à chercher ailleurs ?

La limite que pose la société, au-delà de laquelle on n'est plus dans la société, est très antérieure à Foucault. Dans les sociétés archaïques, la séparation cosmos-chaos était partout, spatiale, temporelle, sociale et intime. Cette limite est au fondement des rites (tabous, sacrifice, etc.) et très certainement, des religions.
L'aliène est le territoire du dehors. Le territoire du chaos, de la mutation. Son existence contraint la ville et la cerne aussi concrètement que l'espace pour une planète.

16) Tu as dit avoir été influencé par Gibson. Or ton monde tangente la fantasy, tant il semble lo-tech par moments, là où Gibson est très hi-tech. Tu peux préciser pour les lecteurs ?

Gibson a mis en scène l'hypertechnologie d'un futur proche, à un moment où elle se dissociait de l'objet : elle entrait dans les corps, devenait marque (donc symbole). Les données prenaient la consistance de mondes en soi, de territoires à explorer - la fameuse matrice via les consoles. Mais en fait, il me semble que Gibson voyait la technologie comme un chaman voit la nature. Et c'est là où je m'en sens très proche.
Dans Treis altitude zéro, la technologie est partout. Mais elle a atteint un certain niveau d'invisibilité. En partie du fait de l'échelle, celle des nanœuvres, des ondes et particules. Par ailleurs, il s'agit d'un futur lointain et les objets, les techniques peuvent paraître très exotiques à un lecteur d'aujourd'hui. D'où ces mots inconnus qui ont fini par former un glossaire.

17) Dans « Fragments de rose en hologramme » Gibson définit, de mémoire, l’hologramme comme un tout morcelé dont chaque morceau contient la totalité. Cette définition peut-elle s’appliquer à ton récit, présenté comme un assemblage de fragments courts ?

Oui, parfaitement ! C'est une définition extrêmement juste de ma manière de voir le monde et de l'écrire.

18) Je n’arrive pas à lire tes romans sans penser à Dune par son ambiance et sa problématique de gestion de la rareté (sans rien dire pour ne pas spoiler, c’est encore plus vrai après Treis). Quel est ton rapport à ce livre ?

Très fort ! Bien que ma lecture soit assez ancienne. Dune, c'est le type même de l'œuvre-monde. D'une œuvre telle qu'il paraît presque inconcevable que le monde qu'elle décrit n'ait pas existé, ou n'existe jamais.
Frank Herbert était obsédé par les potentiels d'évolution, par le possible humain, sous des formes spécialisées, via des artifices (drogues, technologies), par une recherche s'étalant sur de nombreuses générations (le Bene Gesserit). Tout cela m'a toujours profondément passionné et questionné.
Là où je m'en détache, peut-être, c'est dans la dimension christique du cycle, le référent à la tradition prophétique de l'élu. L'élu reste une figure-clé de notre civilisation, mais il s'agit à mes yeux d'une impasse, d'un mirage. D'un mirage particulièrement dangereux.

19) Le machiavélisme et la lutte des cités-États que tu décris doivent-ils quelque chose à René Girard ? Le massacre des nomades est-il utilitaire ou sacrificiel ?

Sacrificiel.
Et oui, ma pensée doit beaucoup aux écrits de René Girard. C'est un auteur fondateur pour moi. Pour son analyse de la religion et du pouvoir - et de la fonction réjuvénatrice du sacrifice - et dans sa critique de l'originalité en littérature (Mensonge romantique et vérité romanesque).

20) J’ai lu une excellente critique sur le blog Systar (et je vous conseille vraiment d'aller voir ce qu'est un vrai travail) qui pose les tours comme représentation d’un hyper platonisme. Tu assumes ?

La critique et l'exégèse de Systar sont tout à fait remarquables !
L'hyper-platonisme (où l'idée devient la matière en soi) est effectivement une caractéristique des Tours (pas le roman, mais les tours "physiques") où se développent les Ordres. Chaque tour synthétise une façon à la fois de penser et de faire le monde. La tour humane "pense" un monde organique et "forme" un monde organique. Ce qui est perçu détermine ce qui est conçu et inversement. Il y a fusion. Cette dimension totalisante explique d'ailleurs l'efficacité de chaque Ordre dans son champ de recherche et d'activité.

21) Sujet libre : que voudrais-tu dire encore ?

Je voudrais te remercier pour tes remarques et tes questions. J'ai été sidéré à plusieurs reprises par leur pertinence, leur justesse sur ce que j’écris, mais aussi sur ce que je porte.
Et c'est pour moi le plus vif des encouragements à écrire.


Je remercie très vivement Norbert Merjagnan pour cette longue et détaillée interview, et je lui donne rendez-vous quelque part dans l'aliène, le plus vite possible.

mercredi 27 avril 2011

No place like home


J’attendais beaucoup de "Narcogenèse", et à l’arrivée je suis déçu.
Sous une belle et inquiétante couverture de Xavier Collette, Anne Fakhouri raconte une histoire de croquemitaine, matinée de secrets de famille. Dans le Chais, austère propriété bourgeoise, vit l’étrange famille Gaucher et son petit personnel. Matriarcat séculaire, la famille protège jalousement son univers, ce qui lui vaut une atroce réputation dans la ville de province où on suppose que l’histoire se passe (on se croirait dans un film de Claude Chabrol, ce qui, dans ma bouche, est flatteur). Quand une vague de somnambulisme et de disparitions d’enfants frappe la ville, l’enquête de police aboutit assez rapidement au Chais.
Le scénario de Narcogenèse est plutôt bon, et le rythme que lui imprime l’auteur plaisant. Je ne me suis jamais ennuyé en lisant ce roman, ce qui arrive bien souvent. Mais, l’impression qui ne m’a jamais quitté en lisant Narcogenèse est que ce livre n’a pas bénéficié d’une relecture attentive. On y trouve beaucoup de défauts qu’un travail d’édition plus conséquent aurait du éviter. Pour donner quelques exemples : à intervalle régulier on ne sait plus qui parle, ou à qui on parle ; la personne à qui on s’adresse n’est pas celle avec laquelle on interagit ; un chapitre tombe comme un cheveu sur la soupe (le laborantin et son bébé) puis ressort de la soupe aussi vite qu’il est venu ; les deux enquêtes ne sont pas assez liées pour que leur coexistence soit justifiée ; les personnages ou les intrigues secondaires ne sont pas assez développés, ce qui fait qu’ils sont souvent inutiles (le médecin chef étant l’exemple type, ou l’adolescente en déni) ; une histoire d’amour/sexe inutile et non développée vient aussi tomber dans la soupe, etc… Beaucoup de grumeaux donc, dans cette soupe qui aurait du être plus légère avec moins de topping ou plus épaisse avec plus de matière. Et je ne parle pas du Deus Ex Machina final…
Une bonne idée et une jolie ambiance, malheureusement mal exploitées.
Narcogenèse, Anne Fakhouri

L'avis de Val

L'avis de Lelf

Presse : La Zone, Retour à Tchernobyl


UN DOCUMENTAIRE TRANSMÉDIA
de Guillaume HERBAUT et Bruno MASI
"Nos premiers voyages dans le nord de l’Ukraine, face au réacteur 4 de la centrale Lénine, datent du début des années 2000. Nous découvrions alors le théâtre de l’une des plus grandes catastrophes nucléaires civiles de l’Histoire. Nous découvrions Pripiat, la ville où logeaient les ouvriers de l’installation nucléaire, ses avenues désertes et ses immeubles décharnés évacués en 48 heures. Nous découvrions les villages abandonnés de la zone interdite, ce territoire vaste comme l’Ile de la Réunion, clos par des fils barbelés et jalonné de cimetières où s’entassent des carcasses de véhicules contaminés. Au fil des ans, nous retournions dans cette région, comme aimantés par ce qui se joue ici : l’incarnation grandeur nature d’un monde qui se délite, privé de repère et naviguant à vue, habité par la peur de l’extermination, rongé par la déliquescence économique et sociale."



UN WEBDOCUMENTAIRE
produit par Agat Films & Cie et lemonde.fr
Une galerie de portraits et d’histoires. Les hommes et femmes qui vivent et gravitent autour du réacteur 4 de Tchernobyl. Ce périmètre reste un des endroits les plus dangereux au monde, un lieu clos rongé par la radioactivité, ce danger invisible, impalpable, inodore et toujours présent, une terre peuplée par les loups, arpentée par les trafiquants et les miliciens qui n’hésitent pas à pointer leurs armes. Un lien fort et complexe se tisse entre la zone et les hommes et les femmes qui la peuplent ou s’y aventurent. Ces histoires sont uniques parce qu’elles se déroulent ici et nulle part ailleurs, dans ces paysages qui placent chacun des personnages sous la lumière crue d’un orage qui gronde. En ligne sur www.lemonde.fr/lazone



UNE INSTALLATION MULTIMÉDIA
L’expérience physique du spectateur au cœur de la zone interdite. Un cube recouvert d’une couleur grise dans lequel on entre en écar- tant des bandes de plastique épais. A l’intérieur, sur quatre faces, la zone apparaît. L’installation mêlant vidéos et photos propose au spectateur une immersion dans la zone de Tchernobyl, ce périmètre de 450 kms qui entoure le réacteur 4. Du 26 avril au 10 mai 2011 à la Gaîté Lyrique (Paris)



UN LIVRE
coédité par Naïve et la Gaîté Lyrique
Le livre, en entrelaçant les photographies de Guillaume Herbaut et les textes de Bruno Masi reviendra sur les cinq voyages qui d’octobre 2009 à novembre 2010 ont permis à ces deux journalistes de réaliser l’ensemble du travail documentaire. Selon deux narrations aux rythmes distincts, le livre est une plongée dans leur quotidien aux confins de la zone. Disponible dès le 26 avril à la Gaîté Lyrique (Paris)

Note aux lecteurs : Je ne relaie que ce qui m'agrée. Nucléaire, post-ap, photos de qualité, ceci m'agrée fortement.

mardi 26 avril 2011

Avant l'apocalypse, on y vendait des fraises





Vu dans le cadre du Challenge Fins du Monde de Tigger Lilly

Every dog has its day


Comment dire Marcel Lehon ? Marcel Lehon est indicible.

Expliquer comment l’un de ses rarissimes CD m’est venu entre les mains, je ne le peux pas non plus. Certaines expériences se vivent et ne se racontent pas.

Qu’on sache seulement que Marcel Lehon est un poète corrézien maudit, un de ces chanteurs à texte que le monde nous envie. Qu’on sache encore qu’un monde de l’édition phonographique, tétanisé, l’a empêché de prendre son envol ; il faisait trop d’ombre aux valeurs établies. Qu’on sache enfin que la loi Hadopi a été adoptée en grande partie pour empêcher la circulation de ses œuvres et la diffusion de son message.

J’ai aujourd’hui décidé de rendre Marcel Lehon au monde. Je livre donc à vos oreilles ébaubies trois chansons de Marcel Lehon. Présentées d’abord dans leur pureté virginale, ces œuvres seront suivies de deux versions remixées (quoi que ça signifie), afin que chacun puisse constater comment l’industrie musicale tente de prostituer le talent.

Résiste Marcel ! Ils passeront, tu restes.

Commençons par les maquettes à capella, dans lesquelles le talent du poète couve sous la cendre.

Dans Le slow, le disco, Marcel Lehon prouve de manière éclatante qu'on peut être de la race des Brel, Brassens, Ferré, sans oublier d'être jeune.
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Dans Lucie, Marcel Lehon explore les affres de l'amour, ses beautés aussi.
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Dans T'en fais pas , mon P'tit Gars, chanson cryptosarkozyste, Marcel essaie de redonner courage aux chômeurs français.
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Voici maintenant ce qu'aurait voulu en faire l'industrie musicale. Je vous laisse juges.
Le slow, le disco Club mix
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Lucie Slow mix
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lundi 25 avril 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Hugin et Munin



Cette semaine, je reçois les deux corbeaux les plus célèbres de la blogosphère, j'ai nommé Hugin et Munin, du blog du même nom. Après avoir sévi à Casus Belli papier, puis hanté le net en créant notamment le personnage de Bob, les deux volatiles vont gagner une nouvelle notoriété grace au film Thor, drolatique adaptation dans laquelle Heimdall, dieu nordique, est joué par Idris Elba, ce qui est à peu près aussi pertinent que lorsque Fernandel jouait Ali Baba.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux… jusqu'au néant)

Hugin : Cédric Ferrand, 35 ans, marié et jeune papa d'une petite Fiona. Je bosse aux Ressources humaines d'une grosse banque québécoise.
Munin : Philippe, 38 ans, marseillais d'adoption exilé en région parisienne. J'ai deux métiers : consultant en organisation et père de 4 enfants (deux garçons de 7 et 5 ans, deux filles de 18 mois). Le plus exigeant est celui qui paie le moins.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Munin : J'ai un blog pro, mais il est tout neuf et ne compte pas vraiment. Mon vrai et seul blog, c'est HuMu, et c'est Cédric qui en a eu l'idée le premier.
Hugin : Oui, j'ai créé un premier blog qui s'appelait "Jamais 203". J'ai à peine publié un billet ou deux que Philippe m'a proposé la colocation.
Munin : C'était un moyen pour nous de continuer l'écriture à deux. On écrit à 4 mains depuis notre collaboration à Casus Belli, et le blog était un moyen de garder ce contact.
Hugin : On a donc ouvert HuMu chez Overblog puis on a migré chez Blogger par la suite. Pour le pourquoi, je me pose encore la question.
Munin : Les plantages à répétition. Tu ne te rappelles pas ? Mais je crois que ça permettait surtout de faire évoluer ce qu'on voulait faire du blog. La migration, c'était comme un déménagement, qui nous permettait de choisir ce qu'on voulait garder des archives, et ce qu'on laissait derrière nous. Quand on l'a créé, le blog devait nous permettre de parler de nos projets communs d'écriture et de discuter de la lecture sur l'exemple de la défunte rubrique Encyclopedia Universalis de Tristan Lhomme, dans Casus. On a eu un moment l'idée saugrenue de critiquer les romans produits dérivés de jeux de rôle. On a aussi fait des critiques de suppléments de JdR. Puis Cédric, moins monotâche que moi, s'est mis à parler d'expos, de séries TV, de BD… Le lien avec le JdR était de plus en plus tenu.
Hugin : Et comme je suis un rôliste cyclothymique, HuMu a été purgé plusieurs fois de son contenu rôlistique quand je pensais en avoir terminé avec ce passe-temps. Il y a quand même des bourgeons qui repoussent quand je repasse en mode passionné. Sinon j'ai un autre blog qui avait pour but de me trouver un éditeur pour mon premier roman. Comme l'objectif a été atteint, ce blog est un peu en stase en attendant que le roman soit dans les librairies.

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Hugin : Pas des masses de temps, en vérité. J'écris d'un trait, sans me relire. J'essaye de ne pas trop peaufiner car je veux que ça garde une certaine fraîcheur.
Munin : Encore moins de temps que Cédric ces derniers mois, car l'arrivée de mes jumelles et la reprise de mes études m'a bouffé pas mal de temps-clavier. Idéalement, je vise deux articles par semaine, qui me demandent environ 1 à 2h de temps. Je suis plus perfectionniste que Cédric, je reviens souvent à plusieurs reprises sur mon travail. Ce qui est publié sur Internet ne s'efface jamais, et je pèse mes mots. Après avoir écrit une critique, je fais souvent des recherches pour voir ce que d'autres ont pu dire, j'ajoute des liens, etc. Et je tourne ma souris 7 fois dans ma bouche avant de cliquer sur "Publier".
Hugin : J'ai effectivement moins conscience que Philippe de la permanence de mes textes. Je monte très vite sur mes grands chevaux et s'il ne me freine pas ça peut très vite débouler sur des commentaires assassins que je regrette très vite. C'est une différence entre lui et moi qui se retrouve de manière constante dans nos collaborations : il cogite, il planifie, il structure. Je pars au quart de tour, je le bombarde de courriels et je ne fais aucun plan.
Munin : J'arrive quand même parfois à mettre mes pulsions de gestionnaire en veilleuse. La première fois que j'ai blogué sous l'identité de Bob, j'ai pondu l'article en 15 mn. Un record pour moi !

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

Hugin : Non, je sens bien que notre lectorat n'est pas toujours intéressé par mes lubies. Par exemple, Philippe m'a conseillé des livres géniaux sur le design et la PAO (je produis beaucoup de présentation PowerPoint et de graphiques Excel au bureau), mais je fais l'impasse sur ce genre de lecture pour mes billets. J'essuie souvent un silence poli quand je ne parle pas de SFFF sur HuMu, alors je ne tends pas le bâton pour me faire battre.
Munin : C'est vrai, on a remarqué que nos billets généraient plus de commentaires quand on parle de Fantasy et qu'on en dit du mal. Le succès de Bob en a été la preuve. La conclusion aurait dû être de n'écrire que des critiques méchantes de bouquins de Fantasy, mais cela nous condamnait à ne lire que des mauvais bouquins.
Hugin : Ce que j'apprécie dans notre partenariat, c'est qu'en plus d'une base de lecture commune, nous sommes intéressés par des univers légèrement différents. Par exemple, Philippe est passionné par la mythologie grecque, domaine dans lequel je suis d'une inculture crasse. Ses billets me permettent de combler mes lacunes. En retour, je regarde beaucoup de séries télévisées, ce qui fait que Philippe suit parfois...
Munin : Presque toujours ! The Tudors, The Wire, Sons of Anarchy, Breaking Bad, Rome...
Hugin : Presque toujours mes conseils. C'est donnant-donnant.
Munin : Et ça nous assure d'avoir toujours au moins un commentaire sous chaque billet.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Hugin : C'est Philippe qui a établi la règle dès le départ : "Si c'est scénarisé, tu peux en faire un billet".
Munin : Ah ouais j'avais dit ça ?
Hugin : Une règle que je ne respecte pas toujours, ceci étant dit.
Munin : Même moi, je ne la respecte pas toujours, cette règle. Quand je parle d'un jeu de plateau familial, il me semble difficile de dire que c'est scénarisé. Il nous faudrait une autre règle…
Hugin : Mais je ne choisis pas mes lectures en fonction du blog. C'est la raison pour laquelle je ne participe à aucun Challenge Relisons tout Tolkien en Sindarin et en 72h.
Munin : En règle générale, je blogue quand il s'agit de divertissement au sens général du terme, et quand l'œuvre n'est pas dans la moyenne – soit au-dessus, soit en-dessous. Il n'y a pas vraiment d'équivalent chez nous à tes "Bof".

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Munin : Oui, je me suis fadé à une époque toute la production de romans Dungeons et Dragons dans l'univers d'Eberron. J'en avais fait deux billets. J'ai encore chez moi 4 trilogies, mais je ne me sens pas vraiment le courage de m'y attaquer…
Hugin : Ton abnégation envers Eberron reste inégalée dans le blogosphère SFFF, d'ailleurs. Les gens mesurent mal les heures que tu as sacrifiées à cet exercice.
Munin : Tous des ingrats. Alors que toi, en tant que correcteur de romans WarHammer et WH40K, tu as pleinement conscience de la souffrance endurée. Le monde ne nous mérite pas, Cédric.
Hugin : Pour ma part, j'avoue qu'il m'est déjà arrivé d'acheter une merdouille fantasy en me disant "Gniark, gniark, gniark, ça sera l'occasion de pondre un billet bien senti, tiens". Mais plus maintenant.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Hugin : Grosso modo, depuis le collège. Ma bibliothèque municipale de province avait un rayon SFFF très anémique, mais j'ai tout de suite été attiré par les anthologies de SF russe et les couvertures racoleuses de Gor.
Munin : Je vais répondre de façon très précise : la SF et le Fantastique, depuis l'âge de 12 ans; la Fantasy, depuis l'âge de 14 ans.

8) A quel rythme lis-tu ?

Hugin : En moyenne, deux bouquins par semaine.
Munin : Moins que Cédric, je n'arrive plus aujourd'hui à avoir cette cadence. Un bouquin par semaine dans les bons jours.
Hugin : Enfin, quand je dis deux bouquins par semaine, c'est des polars de 300 pages, hein. Les gros volumes de fantasy me font la semaine en général.
Munin : Avec Steven Erikson, je crois que je peux tenir jusqu'à début 2012.
Hugin : Erikson, ce ne sont pas des gros volumes, ce sont des briques. Il est pas payé au poids par son éditeur ?
Munin : Et il en sort un par an ! Si GRR Martin écrivait à la même cadence, il aurait plié sa saga en 2-3 ans.

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

Hugin : Oh, comme tout le monde : un peu d'évasion, une réflexion sur notre réalité, des univers qui me font rêver, le frisson de l'inconnu... J'intellectualise très peu mes lectures. Mais il faut que ça soit bien foutu et bien écrit. Et qu'il n'y ait pas d'elfe dedans.
Munin : Je trouve des plaisirs très différents en lisant de la SF, du Fantastique, ou de la Fantasy. Je lis de la SF pour la prospective et la réflexion qu'elle permet; je lis du Fantastique pour le décalage avec la réalité, le sentiment d'étrangeté; enfin, je lis de la Fantasy principalement pour l'immersion dans une construction auto-référentielle - mythes, monde, histoire.
Hugin : C'est juste une façon pédante de dire la même chose que moi, non ?
Munin : Tu me casses ma baraque. Gromovar, tu peux supprimer la question de Cédric de l'entrevue ?

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Hugin : Pas du tout. Ma femme ne lit pratiquement que des romans historiques et ma fille ne sait toujours pas lire à 11 mois. Du coup, je la tiens, la raison de la création du blog : le partage.
Munin : Ma femme ne lit pas non plus de SFFF, mais j'ai bon espoir de transmettre ce goût à mes enfants. Mes garçons sont bien partis, je leur lis Bilbo le Hobbit le soir. Mes filles adorent Petit Ours Brun. Est-ce qu'une histoire d'ours qui parle relève de la SFFF ?

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l'occasion qui t'a amené à cette lecture ?

Munin : Comme je le disais, j'ai découvert la SFFF au collège. C'était pendant une classe verte, en lisant dans le car l'exemplaire du Monde des A de mon voisin pendant qu'il dormait. Quand il s'est réveillé, il m'a repris le livre et m'a prêté Dune. Puis le Monde des A pendant qu'il lisait Fondation. A la fin du séjour, je connaissais Van Vogt, Herbert, et Asimov. J'étais initié. Deux ans plus tard, j'ai déménagé à Marseille, et j'ai rencontré dans ma nouvelle classe des rôlistes (ADetD !), qui m'ont fait découvrir la Fantasy avec Tolkien.
Hugin : Mon vrai premier contact était périphérique : il y avait à la bibliothèque un gros livre qui compilait des cartes imaginaires. Il y avait les Terres du Milieu, l'Atlantide, la Cité idéale de Platon et tout un tas d'autres univers. J'ai passé des heures à feuilleter ce livre (que l'on ne pouvait pas emprunter, il était juste en consultation) sans comprendre qu'il faisait référence à des oeuvres littéraires. C'est par la suite, quand j'ai rejoint le club de jeu de rôles de ma petite ville que les vieux (ils allaient à l'université) m'ont prêté leurs intégrales Elric, Ambre et Tolkien. C'est là que j'ai fait la connection entre les cartes et les livres.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

Hugin : Ça, de Stephen King. Le livre est lourd, je me cache sous la couette avec une lampe de poche pour échapper à la vigilance parentale. Les chapitres défilent, je suis complètement fasciné par cette histoire qui se joue sur deux âges différents. Les héros ont beau être des petits américains, je me reconnais en eux. Je fais mienne leur lutte contre ce clown. Et pour la première fois de ma vie, je suis incapable de résister à l'urgence impérieuse de lire le chapitre suivant.
Munin : C'est marrant, j'ai à peu près le même souvenir de Ça. En plus, je l'avais lu un été, donc l'identification aux personnages était encore plus facile. Mais j'en ai tellement, de souvenirs... Dur de faire un choix. Dans les (relativement) récents, Deadhouse Gates, de Steven Erikson, le 2e tome des Malazan Books of the Fallen. Je n'en attendais pas grand-chose, j'avais été moyennement convaincu par le tome 1 et je n'ai pris le 2 que parce que j'étais vraiment en manque de grosse saga. J'ai été happé par l'intensité du récit, la tension sans cesse croissante, le foisonnement des personnages, et la complexité de l'univers. Dans les (beaucoup) plus anciens, Chroniques Martiennes, de Bradbury. Je le relis régulièrement, et les nouvelles Rencontre nocturne ou Les Villes muettes continuent de m'émouvoir d'une façon inexplicable. Je ne peux pas ne pas mentionner La Forêt des Mythagos, de Robert Holdstock. Et je pourrais continuer longtemps, il y en a tant d'autres... Perdido Street Station, la Maison des Feuilles, Poker d'Ames, le Royaume Blessé, l'Ombre du Bourreau, Le Jardin de Suldrun... Pour ne parler que de SFFF...
Hugin : C'est vrai que les grands moments de lecture sont nombreux, avec le recul. Je me souviens encore de ma première lecture du Nom de la rose, avec ses citations en latin ou hébreu non traduites, son mystère pesant, cette incroyable ambiance oppressante et cette érudition savoureuse.
Munin : le Nom de la Rose comme le Pendule de Foucault ont été des claques pour moi aussi. Il y a tant de romans différents enchâssés les uns dans les autres dans ces deux livres.
Hugin : Dune, aussi, a été une incroyable odyssée qui m'a tenu en haleine pendant tout mon service militaire, m'occupant le cerveau tandis que l'armée faisait tout pour le vider. La Pierre et le sabre dans ma période japonisante où je lisais le Traité des 5 roues et l'Art de la guerre. L'Échiquier du mal, que j'ai lu d'une traite sous la pluie de Caen. Le traité du zen et de l'entretien des motocyclettes, évidemment. Mais mon premier héros, c'était Langelot dans la Bibliothèque Verte (avant de basculer dans les inévitables Club des 5 et Clan des 7).
Munin : On pourrait tous les deux continuer longtemps, mais je ne peux pas ne pas citer un de mes plus grands, plus forts, plus intenses souvenirs, c'est Diadorim, de João Guimarães Rosa. Je... Je... Argh...
Hugin : Bon, je vais avoir le dernier mot avec ma première nouvelle de Jorge Luis Borges (Tlön, Uqbar, Orbis Tertius ), une véritable déculottée. Question suivante ?

13) Quel est le livre qui t'a le plus marqué récemment ?

Hugin : Le journal intime de Michael Palin, qui couvre l'âge d'or des Monthy Pythons de 1969 à 79. Pour comprendre comment a été tourné Sacré Graal et ce que c'était que de faire rire les gens dans les années 70. Et tout savoir sur le dentiste de Michael Palin.
Munin : Facile. Walking Dead, à cause de toi et de Néault. J'ai quasiment fait une nuit blanche sur la série avant d'aller bosser lundi dernier. Cédric en avait une critique mi-figue mi-raisin, mais quand tu as écrit ton billet, j'ai décidé de tenter le coup. Et j'ai pris une claque. Il faudra que je revienne sur le billet de Cédric, comme on le fait sur le blog quand on est pas exactement du même avis tous les deux.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Hugin : La fantasy revient plus souvent qu'à son tour. Peut-être parce que ces univers medfan ont très tôt forgé mon imaginaire à travers le jeu de rôles. Je suis souvent déçu, mais j'y reviens malgré tout. C'est à la fois confortable et surprenant. Je suis toujours en territoire connu sans toutefois trop savoir où je mets les pieds. Un dépaysement très balisé, finalement.
Munin : Je ne saurais pas trop dire. Ta question sur les souvenirs marquants me fait réaliser que la SF me procure une satisfaction plutôt intellectuelle, alors que le Fantastique et la Fantasy me font plus vibrer sur le plan émotionnel. Même si je trouve qu'il y a de très beaux moments dans les livres de SF. Au débotté, je pourrais en citer trois parmi d'autres : la chute de l'ascenseur orbital dans Mars la Rouge; la cérémonie Fremen du partage de l'eau dans Dune; et le tir de missiles contre la barrière céleste dans Spin.
Hugin : Et que dire de la majesté de la scène où Drizzt Do'Urden décapite son premier gobelin, ou bien de la tension sexuelle sous-jacente entre Félix et Gotrek ?
Munin : Ca m'aurait étonné que tu ne parles pas de Félix et Gotrek à un moment ou un autre.
Hugin : Ah, mais je peux aussi en appeler à des choses plus nobles. Il y a des pages de Gormenghast qui valent fastoches deux ou trois cantos d'Hypérion.

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd'hui ?

Hugin : Ce qui est marrant, c'est que ça fait peu de temps que je lis certains auteurs classiques du genre. J'ai tardé à lire Lovecraft, Howard et Leiber. Et je suis bien content car je n'étais sans doute pas armé pour les apprécier quand j'étais adolescent et que je me faisais les dents sur Moorcock, Zelazny et Asimov. Mes goûts n'ont pas tant changé. Je n'aime pas les histoires qui se déroulent dans l'espaaace, Elfquest me fait encore dégobiller, le Silmarilion m'emmerde comme ce n'est pas possible. Ça fait un bail que c'est ainsi.
Munin : Après mon séjour en classe verte, j'ai récupéré la collection de poches de SF d'un de mes oncles, ce qui m'a permis de lire quantité de classiques. A la même époque, je débarrassai ma grand-mère de sa collection, la mythique "Les Chefs d'Oeuvre de la Science-Fiction et du Fantastique". J'ai donc vécu pendant longtemps sur un fond de classiques, fait de OPTA/CLA, de vieux Présence du Futur, et des couvertures toilées noires de la collection sus-nommée. Quand je suis passé à la Fantasy, j'ai commencé par les classiques aussi, les Leiber, Howard, Moorcock.
Hugin : Ah ben oui, forcément, une grand-mère avec des bouquins de SF, ça aide. Moi, l'arrière-grand-mère n'avait que Pèlerin Magazine et l'almanach Vermot, forcément je pars de plus loin. Ceci dit, je me souviens encore du dossier spécial Samouraï d'Okapi avec des photos couleurs d'un film de Kurosawa.
Munin : Ah, Kurosawa, c'est aussi une de mes références. Tu te rappelles, Cédric, notre supplément parodique sur les samurai et ninja pour Post-Mortem ? Nous y avions mis toute notre culture (superficielle, il faut bien l'avouer), du Japon. A l'origine de cela, pour moi, une permission spéciale pour regarder les 7 Samurai jusqu'au bout de la nuit, avec mon père qui somnole à côté de moi... La même semaine, j'avais aussi vu en famille le 7e Sceau de Bergman. Du coup, de manière inexplicable, les deux films sont pour moi liés l'un à l'autre...
Hugin : Moi, c'est Elephant Man vu en secret en me cachant à la mezzanine. C'est le seul film de David Lynch que je me refuse à regarder tellement j'ai eu les chocottes. Dans le même genre, j'ai vu trop jeune un film d'horreur intitulé "La Veuve noire" avec une nana qui se transforme en araignée géante. J'en ai encore des frissons rien que d'en parler.
Munin : Après avoir rattrapé mon retard, j'ai tout simplement suivi les modes éditoriales. Il fut une époque où, quand on était lecteur boulimique, on pouvait lire tout ce qui sortait en français en SFFF. Etudiant, j'ai donc énormément lu de Pocket, toutes ces sagas sans fin avec en couverture des femmes-tronc flottant au-dessus de plages de sable vert que Siudmak peignait à la chaîne. Weis et Hickman, McCaffrey, Robert Jordan, Tad Williams, etc. J'achetais alors les livres au poids, et j'ai délaissé la SF qui virait trop hard science. Je trouvais dans la Fantasy, même médiocre, un substitut aux parties de JdR dont j'étais accro. J'ai dû lire tout ce qui se faisait en Big Commercial Fantasy. Mais la diminution de mon temps de lecture et la raréfaction de mes parties de JdR m'ont progressivement amené à rechercher des ouvrages plus exigeants, mais avec davantage de contenu. Si je devais donner une date, ce serait le mois de mars 2004, quand j'ai découvert China Miéville et son Perdido Street Station. Aujourd'hui, je lis moins, et moins de fiction, donc je choisis avec soin. Pour cela, j'ai trouvé des blogs dont les goûts correspondent de très près aux miens, comme le tien et celui de Nébal pour n'en citer que deux.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Hugin : Umberto Eco, car il sait être à la fois érudit et rigolard. Je relis Le Pendule de Foucault de temps à autre et j'y trouve des choses nouvelles. China Miéville, car il a des univers aussi riches que sa plume. Perdido Street Station et les Scarifiés sont deux bouquins que j'ai lus avec ravissemement. The City and the City est également une construction intellectuelle de talent. Neil Gaiman, car Sandman est à la fois la plus géniale et la plus moche des BD du monde.
Munin : J'en ai déjà cité beaucoup. Mais on peut y ajouter Iain M. Banks, HP Lovecraft, PK Dick, ...
Hugin : Question suivante !

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d'avoir lu (temps perdu) ? D'autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Hugin : Je ne perds plus mon temps avec les mauvais livres, je m'authorise à les abandonner si au bout de quelques chapitres la mayonnaise n'a pas prise. C'est ce que je viens de faire cette semaine avec Under Heaven de Gavriel Kay, de la platitude en brochette, au bout de 150 pages c'était intenable. Mais des fois, ils sont tellement mauvais que je m'accroche pour jouir pleinement de leur imbécilité. Et pour les livres que je n'ai pas encore lus, j'ai encore de beaux jours devant moi pour combler mes lacunes littéraires.
Munin : Je m'efforce de ne pas réfléchir au nombre d'heures que j'ai pu griller à lire de mauvais livres. Aujourd'hui, je n'ai plus de scrupules à abandonner un livre en cours de partie.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Hugin : Umberto Eco. Par contre, ses livres de sémiotique, je galère dessus. Mais je m'y frotte à l'occasion, par fierté mal placée. J'ai très envie de lire Simenon et San-Antonio in extenso, mais c'est un tel défi. Je suis déjà embourbé au beau milieu de l'intégrale d'Ed McBain, il serait contre-productif que je courre après deux autres lièvres littéraires aussi productifs.
Munin : Quand j'aime un auteur, je suis de très près ce qu'il écrit, donc je vais répondre brièvement pour une fois. Oui. Beaucoup. Presque tous, en fait.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Hugin : Jamais. La WorldCon 2009 se déroulait à 100 mètres de chez moi, j'ai vu passer Gaiman sous ma fenêtre, littéralement, mais je ne me sens pas à l'aise dans les salons. Je n'ai rien de très intelligent à dire aux auteurs et surtout, je ne ressens pas l'envie de recontrer fugacement ces gens. Je préfère les lire.
Munin : J'ai fait une ou deux conventions, mais je ne sais pas trop quoi dire aux auteurs. “J'aime ce que vous faites” ? J'ai un rapport avec leur livre, pas avec eux, et eux ont de leur côté un rapport personnel avec leur oeuvre. Copiner avec un auteur, c'est un peu comme de chercher à être copain avec l'ex de son conjoint, non ? Je me sens en fait plus proche des autres lecteurs d'un livre, que de l'auteur. Et puis, j'ai fait quelques salons comme exposant, et j'ai toujours trouvé ça barbant. Mais peut-être qu'un jour j'irai au salon de la SF de Sèvres, j'ai juste à me mettre en boule pour descendre la côte, c'est en-dessous de chez moi...

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Hugin : Pour la bit-lit, j'en ricane souvent, mais qui suis-je pour leur jeter la première pierre ? J'ai bouffé ma ration d'Ann Rice quand c'était à la mode, j'ai lu de mauvais romans tirés du jeu Vampire : la Mascarade... C'était déjà de la bit-lit. Pour Henri le Potier, j'aurai peut-être aimer lire ces romans pendant mon adolescence. Bon, là, à 35 ans, forcément, ce n'est plus ma tasse de thé. Tant mieux si les gamins lisent, c'est tout bénef pour eux.
Munin : C'est sympa, Harry Potter. Le succès du livre est complètement disproportionné et la série ne tient pas la longueur, mais je ne vais pas cracher dessus. Quant à la bit-lit, c'est la littérature fast-food du moment. Il y en a eu d'autres avant, il y en aura d'autres après. J'ai beaucoup pratiqué le fast-food moi aussi, mais maintenant je préfère sortir dans des restaurants avec une chouette carte.

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Hugin : Je suis dans une situation particulière puisque les livres en VF au Québec coûtent vraiment les yeux de la tête (entre 150 et 200 % du prix français). Je surveille donc les bouquinistes et Internet pour ne pas trop me faire tondre la laine sur le dos. Quand j'achète en librairie, c'est de la VO. Mais il y a de moins en moins de livres dans les librairies montréalaises, ce sont devenus des lieux où l'on vend surtout des ustenciles de cuisine et des compilations de recettes.
Munin : une chouette librairie de quartier pas loin du taf pour tout ce qui est VF et Amazon pour la VO. Pour le numérique, ePagine, le KindleStore, l'iBookstore, et pour la BD numérique, izneo et comiXology.

22) BD, comics, ou non ?

Hugin : Là encore, une BD à Montréal, c'est vraiment un objet de luxe. Je n'achète donc jamais au hasard. J'achète les anthologies de Boulet car il le vaut bien, mais sorti de là, je suis très frileux. Je me rattrape avec des comics en VO ou des trucs comme Mouse Guard, mais de plus en plus rarement. Quand j'ai migré à Montréal, j'ai apporté dans mes valises (enfin, dans mes caisses en métal) toutes mes BD. En gros, tout Larcenet, Preacher, ma collec' de Calvin et Hobbes et des albums moins connus.
Munin : Énormément moins de BD qu'avant. La production médiocre et pléthorique fait qu'il est difficile de trouver des ouvrages intéressants – sauf à ne lire que ça, ou à passer son temps sur les forums et en boutique pour repérer la perle rare.
Hugin : Ce qui aussi le cas en SFFF, tu me diras.
Munin : Oui, mais dans ce domaine j'ai plus de repères, la prospection me prend moins de temps. Je suis abonné à pas mal de blogs, alors que je serais incapable de citer un site web de référence en BD. Et je sais mieux critiquer des livres que des BD. Pour un livre, je dispose de quelques outils critiques certes modestes, mais qui me permettent d'en dire un peu plus que “Lol ! J'ai adoré ! Ce livre est trop bien ! Je vous le conseille à tous !”. Pour la BD, je suis moins à l'aise. Quant à la part de comics et de manga, elle est marginale. En dehors de Walking Dead qui est un achat récent, je suis Taniguchi, Alan Moore, et ça s'arrête à peu près là. Il y a des titres que j'ai aimé dans ces genres, mais tout le monde les connaît déjà : en comics 100 Bulletts, Promethea, et Planetary, et en manga Monsters, L'Âme du Kyudo, ou XXth Century Boys. Bon, j'aurais pu citer dans les souvenirs marquants Akira, lu au lycée pendant les cours de bio quand il sortait de façon mensuelle.
Hugin : En manga, je ne suis plus à la page, mais j'avais mangé du Vagabond et du Stratège à l'époque. Akira, je n'ai jamais compris le film et le manga m'est toujours tombé des mains. Par contre, Ghost in the Shell, en manga, en film ou en BO, je suis client.

23) Lis-tu aussi de la littérature "blanche" ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce "genre" ?

Munin : Très peu. Quand je ne lis pas de la SFFF, je lis surtout de la non-fiction, comme on dit. Je ne dois pas lire plus de 2 ou 3 romans de blanche par an. Et le dernier était un Dostoïevski. A une époque, je lisais beaucoup de romans historiques. Dans ce genre, je recommande particulièrement Azteca, de Gary Jennings, ou Le Royaume des Mécréants, d'Anthony Burgess. Par contre, je lis presque autant de "noire" que de SFFF, et mon auteur favori depuis quelques années est George Pelecanos.
Hugin : Je crois que je lis autant de littérature blanche que de genre. Un polar, un Alatriste, une biographie... Ça fait du bien de ne pas se cantonner à la SFFF. Ça rend les incursions dans l'imaginaire encore plus profondes. Et surtout, il y a des histoires passionnantes qui n'ont ni besoin d'un robot, d'une maison hantée ou d'un chevalier pour être géniales. Les monomaniaques m'ont toujours effrayé.

24) Tentative de Weltanschauung : qu'aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Hugin : En musique, c'est autant Dead Can Dance, Brel, Denez Prigent que Daft Punk. Et évidemment, des artistes québécois.
Munin : Principalement du reggae, de la musique latine, pas mal de jazz, et un peu de classique. Mais surtout du reggae. On ne peut pas avoir vécu étudiant à Marseille et être passé à côté de la scène locale. Ah, l'Espace Julien, le Théâtre du Moulin… J'en ai gardé beaucoup de souvenirs et d'acouphènes.
Hugin : Hey, moi aussi je peux lacher des noms, hein. J'ai vu Prodigy et Portishead au Paléo. Même à Chambéry je suis arrivé à voir Massilia Sound System en concert au milieu du Carré Curial. Je crains dégun, je vous prends tous ici, un par un.
Munin : Respect.
Hugin : Pour le cinéma, je fais aussi varier les plaisirs, mais quand je suis tout seul, je regarde souvent des films avec des chinois qui se tapent dessus ou qui marchent sur des bambous.
Munin : En cinéma, je suis éclectique mais très sélectif. Arriver à trouver le temps de voir un film est un exploit, que ce soit pour une sortie ciné ou une location en VOD. J'exclus donc d'emblée tous les machins packagés par le marketing, aux images brillantes et aux scénarios insipides. Voir des trucs comme Invasion Battle Los Angeles ou Tron me donnerait l'impression que je me suis fait racketter de mon temps de vie par des gens qui se seraient empressés d'aller le claquer au bar. J'ai déjà envie de me faire rembourser pour avoir seulement regardé les bandes-annonces ! Mais je suis quand même beaucoup plus mainstream aujourd'hui qu'à l'époque où je hantais les cinés et les vidéoclubs d'art et d'essai (A Marseille, je ne fréquentais que le Breteuil et le César) Il n'y a pas longtemps, j'ai profité d'un voyage en train pour regarder Scott Pilgrim. C'était pas terrible, d'ailleurs.
Hugin : J'ai eu moi aussi ma période intello où j'avais intégré une association universitaire de ciné où l'on crachait sur tous les films qui n'étaient pas moldaves et situationnistes. Heureusement, je suis moins obtus maintenant, je suis capable de savourer un film avec Lucchini mais toujours pas les films potaches façon "Pinapple Express"
Hugin : Mon loisir favori est le jeu de rôles. En ce moment, je maîtrise une campagne de Qin avec des vrais morceaux de combat chorégraphié dedans.
Munin : Je ne joue quasi-plus aux JdR, mais je fais des jeux de société avec mes enfants. C'est à la fois un plaisir, un moyen d'éducation, et un moment d'échange avec eux. On emprunte de nouveaux jeux à la ludothèque du coin toutes les trois semaines.
Hugin : Pour le philosophe, j'avoue que je ne surveille pas le mercato, mais Michel Onfray a su mettre des mots sur mon athéisme et j'aime comme il attaque les freudiens de manière frontale.
Munin : Francis Blanche. Point barre.
Hugin : Ah, si monsieur sort les grands auteurs...

25) As-tu un Reader ?

Hugin : Oui, un Sony Reader. Je lis dessus la fantasy commerciale que je me refuse d'acheter en papier. Mon iPad est en cours de fabrication en Chine.
Munin : Pas un reader à proprement parler, mais une tablette et un smartphone. Je suis loin d'être sous-équipé en électronique, oui...

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Hugin : Oui, j'ai même lu sur une tablette et c'est très agréable.
Munin : Avant, je croyais que lire sur écran tactile était à peu de chose près comme de lire sur un écran d'ordinateur, et je snobais le livre numérique. Aujourd'hui, je lis beaucoup sur iPhone (dans les trajets) et sur iPad (chez moi). La synchro des signets dans iBooks me permet de passer d'un appareil à l'autre sans problème.

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Hugin : J'ai adoré lire sur tablette et je pense que ça va naturellement prendre un place de plus en plus grande dans nos vies. Ça cohabite très bien avec le papier, pour moi ce n'est pas un média exclusif. Pour le moment, mon seul frein est le prix des bouquins numériques. Ce n'est pas en baissant les prix de 2 euros par rapport au livre papier que ça peut fonctionner.
Munin : Je n'ai aucun rapport fétichiste avec le papier. La lecture numérique est une expérience aussi physique que la lecture papier. Le rapport avec la tablette est très sensuel, le contact plus léger qu'avec un livre. Cela procure un plaisir différent. Il faut alterner les deux. Ce serait sinon comme de dire que parce qu'on aime le cinéma, on peut arrêter d'aller au théâtre. J'aimerais pouvoir acheter à la fois livre physique et fichier numérique, pour pouvoir passer d'un support à l'autre au gré de l'humeur.
Hugin : Je viens de déménager. Je constaste deux trucs :
- les livres papier, c'est lourd;
- je n'ai toujours pas défait les cartons qui contiennent mes CD musicaux car j'ai tout en mp3 sur l'ordi.
Donc acte.

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Hugin : J'avais un modem 56k à l'époque de la fac. Chat, forum, ICQ, newsgroup, liste de diffusion... Je suis passé par toute la panoplie. J'ai été rétif devant les médias sociaux, je l'avoue, mais j'ai maintenant un compte Twitter et pourtant je sais encore écrire des phrases de plus de 140 caractères.
Munin : J'ai découvert le web en 1998, lors d'un séjour à l'étranger. Ma première activité sur le net a été de rejoindre des groupes de discussion de SFFF sur eGroups, sous le pseudo de Sévérian… J'ai ensuite fait partie, avec Cédric, de l'équipe d'administration d'un mammouth du web du JdR, et je suis pas passé loin du burn-out. Aujourd'hui, je suis ultra-connecté mais j'ai réduit de beaucoup ma dépendance au web. Malgré deux blogs et une présence sur tous les réseaux sociaux passés, présents et à venir (ou presque), je passe fréquemment par de longues phases sans accès au web, et je ne fais plus du tout de veille sur ce qui va sortir dans les prochains mois en livre/bd/film ou quoi que ce soit d'autre. Fini pour moi, les soirées passées devant un écran d'ordinateur à zapper du webmail à une console d'admin tout en matant les plannings de parution et les dernières bandes-annonces qui claquent de ce qui sera en définitive des navets vite oubliés.
Hugin : Bon, quand on demande "Il est où papa ?" à ma fille, elle regarde tout de suite l'ordinateur, je le confesse.

29) As-tu un lien avec le monde de l'édition ? Ou du livre plus généralement ?

Hugin : Les Moutons électriques éditeront en septembre 2011 mon premier roman qui s'intitule Wastburg. C'est de la fantasy crépusculaire.
Munin : Et tu as bossé comme relecteur, aussi.
Hugin : Oui, j'ai glissé des fotes dans les traductions des romans Warhammer 40'000 pendant quelques mois. Je maîtrise très bien le champ lexical militaire et toutes les subtilités du bolster lourd.
Munin : Sans y être directement lié, c'est un milieu que je connais un petit peu. Mon tout premier job a été au service marketing d'une maison d'édition qui faisait du scolaire et du livre jeunesse. J'ai été publié, avec et sans Cédric - et comme Cédric - pour de petits travaux de JdR par plusieurs micro-éditeurs. Enfin, j'ai bossé un an pour Gallimard, à faire la recherche et la sélection des couvs de certains titres de Folio SF. Cela a valu à la collection quelques-unes de ses couvs les plus moches.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Hugin : Éclectisme.
Munin : Sérendipité.
Hugin : Hein ? Tu veux dire Salma Hayek dans Dogma ?
Munin : Tu peux pas me laisser une fois au moins le dernier mot ?
Hugin : OK, vas-y.
Munin : Merci. Voilà : concision.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

samedi 23 avril 2011

Bloody Mummers


Encore une brève note pour conseiller la lecture du troisième opus de la série historique de Jean d'Aillon. Après Marseille et Paris, Guillem d'Ussel se rend à Londres, en mission secrète pour le roi de France. Il y fréquentera la Tour de Londres, et un London Bridge au tout début de sa construction, dans cette étonnante capitale anglaise où normands et saxons s'observent sans aménité, et dont les rois successifs, tout à leurs guerres, sont le plus souvent absents. Il devra d'abord traverser un pays ravagé par la guerre et par des bandes de routiers qui se paient sur la bête. Massacres, viols, meurtres de masse, tout l'Ouest de la France est en proie à la sauvagerie des mercenaires employés par Philippe-Auguste, Jean sans Terre, et Aliénor d'Aquitaine, dans leur lutte à mort pour la souveraineté sur l'Angleterre et une part importante de ce qui est aujourd'hui la France. Après avoir fait son possible pour laisser croupir Richard Coeur de Lion dans les cachots de l'empereur d'Autriche, Jean sans Terre profite de sa mort à Chalus pour mettre la main sur le royaume d'Angleterre. Les conflits de suzeraineté vont, dès lors, déchirer la France. Les seigneurs trahissent aussi vite qu'ils parlent, les chevaliers ne sont guère que des bandits armés et adoubés, le fin amor n'est pas la règle, même s'il existe, les cathares vivent leurs derniers temps avant leur extermination, le pape, comme à l'accoutumée, complote en coulisse et réaffirme sans fin son pouvoir temporel. C'est un temps de barbarie, bien loin de l'image d'Epinal de la chevalerie hollywoodienne.
Une fois encore, le texte est érudit, les références nombreuses et détaillées, et on apprendra (ou on se remémorera) beaucoup de choses sur cette première guerre de 100 ans, moins connue que l'autre.

vendredi 22 avril 2011

Humain, trop humain


Un petit mot pour dire encore une fois mon admiration devant le travail scénaristique de Christophe Bec. "Carthago Adventures" reprend les personnages principaux de la série Carthago pour des spin-off standalone (je viens de violer deux fois la loi Toubon, glurp !).
Sur fond de chasse au Sasquatch, Bec développe une histoire effrayante, sanglante, bien construite, et pétrie d'humanité. Le dénouement est inattendu, et il est rare qu'un album unique soit aussi complet, avec un récit bouclé de manière très satisfaisante.
Comme toujours, Bec choisit de travailler avec un dessinateur qui lui fournit un graphisme très réaliste, ce qui n'est vraiment pas pour me déplaire.
Les fanatiques des séries complètes devraient se ruer.
Carthago Adventures, Bluff Creek, Bec, Salaün

mercredi 20 avril 2011

Bois bandé


Une tour de banlieue se retrouve noyée, un matin, dans une mystérieuse brume. Plus d’électricité. Peu de nourriture en stock. Impossible de fuir. Que va-t-il advenir des résidents bloqués dans le monolithe de béton ?
"La maison qui glissait" de Jean-Pierre Andrevon est un gros roman qui tache un peu. Pour utiliser son champ lexical : Comme une petite allumeuse, il promet plus qu’il n’offre.

Positif :
"La maison qui glissait" est un real page turner. On est intrigué, on veut comprendre, on tourne frénétiquement page après page. Andrevon utilise même quelques trouvailles qui amplifie cet effet, comme le décompte macabre des victimes.
Le principe de départ selon lequel la brume abrite les secrets et les remords des résidents est une bonne idée. De plus il n’hésite pas à aller toujours plus loin, et les destins de la centaine de personnes coincées dans la tour sont tragiques et terrifiants.
Enfin j’ai trouvé le ton de l’auteur plutôt juste, souvent pince sans rire, pour décrire cette France en miniature qui vit dans le grand bâtiment, et certains personnages sont même moins unidimensionnels qu’il n’y paraît.

Négatif :
Dans sa seconde moitié, le roman change son fusil d’épaule, et l’immeuble se met à glisser à travers les dimensions ou les époques géologiques. Même si ça donne lieu à la scène drolatique du poulet, la tension baisse et on se retrouve dans Les Robinsons suisses meets Jurassic Park.
Il n’y a quasiment pas de dynamique sociale dans l’immeuble, mis à part chez Solange. J’en reparlerai.
L’acceptation des faits par les protagonistes est quasi automatique.
Beaucoup de choses ne s’expliquent pas ou mal, spécialement dans les intrigues secondaires.
Quant à l’explication finale, tant attendue, elle est bâclée et très décevante. Qui plus est, elle est narrée ; comme ça la coupe est pleine. J’ai eu l’impression d’avoir été floué.
Enfin, last but not least, le roman se vautre dans la boue sexuelle, comme la France dénoncée par Minos dans Peur sur la ville. Comme tout amoureux de Silverberg, je ne peux être qualifié de prude, mais il est presque impossible de compter dans le roman les gros lolos, sillon entre les seins, beaux culs, petites raies, etc… Une des seules réactions organisées face à l’inconcevable est d’ailleurs l’organisation d’une partouze géante chez Solange. Partouze qui se termine en fusion, comme dans l’inénarrable Society de Brian Yuzna. Là, deux options : Andrevon a voulu rendre hommage à la nouvelle L’amour est aveugle écrite par Boris Vian en 1949 ou il s’est fait fourguer du Cialis frelaté. Quoi qu’il en soit, cette explosion hormonale qui culmine avec le gros monstre amoureux et éjaculateur donne l’impression que l’auteur à besoin de faire savoir qu’il est un encore vert galant.

Au final, "La maison qui glissait" ressemble à ces films qu’on prend plaisir à regarder au drive-in un paquet de pop-corn à la main, puis qu’on regrette d’avoir vu une fois rentré à la maison.

Spécialement pour vous, petits veinards, une photo de Society :



La maison qui glissait, Jean-Pierre Andrevon

lundi 18 avril 2011

Les blogueurs parlent aux blogueurs : Lhisbei



Cette semaine, je reçois Lhisbei, rédactrice du blog RSF le répertoire de la science-fiction. Lhisbei est un peu Anne, ma soeur Anne : Elle surveille l'Univers, les publications de fanzine, les appels à texte, entre autres, et dans les salons, elle donne l'impression de connaître tout le monde. Je la remercie vivement de ces réponses au pied levé.



1) Bonjour, peux-tu te présenter en deux mots (tu peux être aussi bref que tu veux…jusqu’au néant)

Lhisbei, 34 ans, bientôt 35, une vie normale, un blog.

2) Pourquoi avoir créé un blog ? Est-ce le premier ? Le seul ?

Je ne sais pas pourquoi. Et je ne compte pas appeler le Dr Freud pour le savoir… les communications avec l’au-delà ont un coût exorbitant et n’entrent pas dans le forfait de mon téléphone portable. :)
Le RSFBlog est le 4eme blog que je tiens. Il y a d’abord eu un journal intime sur la plateforme Joueb (en 2003) puis un autre journal intime sur voila.fr. Ensuite j’ai grandi un peu, arrêté de contempler mon nombril et mes petits problèmes insignifiants et j’ai ouvert Les Carnets de lecture de Lhisbei pour parler de mes lectures. Quand j’en ai eu assez j’ai fermé ce blog. Mais comme la dépendance est grande et que l’envie de bloguer me démangeait, j’ai ouvert le RSFblog avec le concours de Mr Lhisbei.
C’est le seul blog que je tiens. Pas le temps ni l’envie d’en tenir un autre en parallèle

3) Combien de temps y consacres-tu ?

Beaucoup de temps même si je ne le quantifie pas vraiment. Trop parfois (des soirées complètes à trier les infos ou rédiger des avis sur un livre). Mais ça varie aussi beaucoup en fonction du temps disponible. Je peux aussi passer un dimanche à préparer des billets et ensuite ne plus écrire une ligne de toute la semaine.

4) Blogues-tu tout ce que tu lis ?

J’essaie en tout cas.

5) Comment choisis-tu ce dont tu parles sur ton blog ?

Choisir implique un processus conscient et réfléchi. Je blogue à l’impulsion : « Tiens cette info a l’air intéressante ». Hop je relaie sur le blog.

6) As-tu déjà lu certains livres simplement parce que tu te disais que ça pourrait faire un article intéressant pour ton blog ?

Non. Ma PAL est suffisamment étoffée pour que je lise ce que j’ai envie de lire sans me poser la question du blog. Et souvent quand l’article sur un livre parait sur le blog, la lecture est terminée depuis 2 ou 3 semaines.

7) Depuis combien de temps lis-tu de la SFFF ?

Mouarf il faudrait déjà définir SFFF … (mais pour ça il existe des forums spécialisés en décorticage des cheveux en 16). Plus sérieusement, je crois que j’en ai toujours lu. Depuis la fac ces genres composent une grande partie de mes lectures et depuis quelques années (4 ans environ) je ne lis « presque » plus que cela.

8) A quel rythme lis-tu ?

Pas assez vite à mon goût ! Je lis un peu tous les jours mais parfois moins d’une demi-heure parfois plusieurs heures d’affilée. Pour le ratio pages lues par heure j’avais fait un test sur internet (pour ce que ça vaut) : je suis dans la moyenne (ni lectrice rapide, ni lectrice lente).

9) Que trouves-tu dans cette littérature de genre ?

De quoi me nourrir les neurones : une dose de réflexion, une pointe d’évasion, une part de rêve et un soupçon d’utopie (un monde meilleur…)

10) Partages-tu cette passion avec ton entourage ?

Seulement avec Mr Lhisbei. C’est même un bouquin qui est à l’origine de notre histoire (Aux ombres d'Abyme de Mathieu Gaborit chez Mnémos si je me souviens bien). Romantique non ?

11) Quel a été ta première lecture SFFF ? Te souviens-tu de l’occasion qui t’a amené à cette lecture ?

La première je ne m’en souviens pas mais un livre m’a profondément et durablement marquée quand j’étais jeune (je ne dois pas être la seule d’ailleurs) : Le Pays où l'on n'arrive jamais de André Dhôtel. Une lecture à l’école. Des relectures plaisir ensuite. Aujourd’hui encore je garde un souvenir attendri de ce roman.

12) Peux-tu nous décrire un (ou plus) grand souvenir de SFFF ?

J’en ai déjà évoqué un plus haut. Plus récemment je peux évoquer ma première visite aux Imaginales : une révélation quasi mystique ! Une ambiance telle que j’en oublie l’espace et le temps. Pendant 4 jours j’ai l’impression de vivre dans un autre monde, une dimension parallèle, le paradis sur Terre. Depuis, impossible de rater ce festival.

13) Quel est le livre qui t’a le plus marqué récemment ? (Répondre sans réfléchir)

Il est parmi nous de Norman Spinrad et CLEER, une fantaisie corporate de L.L. Kloetzer.

14) Vers quel genre SF, F, ou F, va ta préférence ? Et pourquoi ?

Pas de préférence (ouf une question facile)

15) Comment ont évolué tes goûts entre tes débuts en SFFF et aujourd’hui ?

Aucune idée. Enfin une petite tout de même. Quand j’étais à la fac (grande période de lecture SFFF), je lisais beaucoup de Pocket Terreur et des longs cycles de fantasy ou de Science Fantasy (McCaffrey, MZ Bradley…). A l’heure actuelle je ne lis plus de terreur (je suis devenue froussarde en vieillissant) et j’ai du mal rien qu’avec les trilogies … alors les immersions sur une dizaine de tomes dans un univers, ce n’est plus la peine d’y penser. De même la proportion auteurs étrangers / auteurs français s’est inversée : les auteurs français sont plus souvent au menu que les étrangers à présent.

16) Quels sont tes auteurs préférés ? Pourquoi ?

Je n’en ai plus vraiment. Ou alors j’en ai trop. Au choix.

17) Y a-t-il des livres que tu regrettes d’avoir lu (temps perdu) ? D’autres que tu aurais regretté de ne pas voir lus ?

Non et non. Ni remords, ni regrets. On n’a qu’une vie et elle est courte.

18) Y a-t-il des auteurs dont tu lis tout (ou voudrait pouvoir tout lire) ?

Non et oui mais je sais que c’est impossible. J’essaie de suivre certains auteurs comme Mélanie Fazi, Laurent Gidon ou Charlotte Bousquet. J’aimerai pouvoir lire la totalité des œuvres d’Elisabeth Vonarburg aussi.

19) Vas-tu voir les auteurs sur les salons ? Ramènes-tu des interviews, des photos, des dédicaces ?

Oui et j’aime fréquenter les salons et j’aime bien recueillir des dédicaces. Comme je parle anglais comme une vache espagnole ivre et zozotante je ne vois que des auteurs francophones. Je bégaie trois mots (souvent idiots) pendant la dédicace et Mr Lhisbei prend des photos.
L’interview n’est pas un exercice avec lequel je suis à l’aise. Quand j’en fais c’est le plus souvent par mail.

20) Que penses-tu de la bit-lit ? Et de Harry Potter ? (je crois que ces deux questions étaient indispensables ;-)

Harry Potter, je n’ai pas accroché du tout mais je suis contente qu’il soit best-seller. Son succès bénéficie à la SFFF en terme de visibilité. La bit-lit je n’en ai pas lu assez pour m’en faire une idée. Et puis les étiquettes hein…

21) Tes fournisseurs : librairies, bouquinistes, Internet ?

Les 3. En librairie le plus souvent : celles des festivals ou une (et une seule) librairie lilloise (les 4 chemins). Internet aussi pour dénicher des occasions ou des livres soldés et les bouquinistes quand j’en trouve (soit pas souvent).

22) BD, comics, ou non ?

Pas trop BD, pas du tout comics ni mangas. Je ne sais pas pourquoi. Le prix des BD joue probablement.

23) Lis-tu aussi de la littérature « blanche » ? Si oui, qui aimes-tu particulièrement dans ce « genre » ?

Oui. J’aime surtout les auteurs contemporains et anglophones qui parlent des hommes ou de la société : Richard Russo, Tim Winton, Elliot Perlman ou John Irving. J’aime aussi les romans historiques et je ne supporte pas l’auto-fiction.

24) Tentative de Weltanschauung : qu’aimes-tu comme musique ? Comme cinéma ? Quel est ton loisir favori ? Qui est ton philosophe de prédilection ?

Pop / Rock (Red Hot Chili Peppers, The Strokes, The White Stripes, Nirvana et par-dessus tout Indochine et The Doors).
Films qui demandent un minimum de travail au cerveau (souvent des films US indépendants)
Internet ex aequo avec transat/lecture dans le jardin
Kant parce que c’est lui qui m’a permis de dépasser la moyenne en terminale (mouarf)

25) As-tu un Reader ?

Oui. Et, même si ça risque de choquer, j’adore ce nouveau moyen de lecture même si je reste attachée aux livres « papier ».

26) As-tu déjà lu en numérique, même sur moniteur ?

Oui mais pas sur moniteur (c’est horrible de lire sur écran)

27) Quel est ton rapport à la lecture numérique ? Penses-tu lire plus sous cette forme dans un proche avenir ?

Bon (le rapport). A condition que les éditeurs ne polluent pas leurs fichiers avec des DRM et qu’ils les vendent à un prix raisonnable (et pas 2 ou 3 euros moins cher comme j’ai pu le voir en littérature blanche pour des grands formats).
Oui la liseuse va me servir : ce n’est pas donné de pouvoir se balader avec une bibliothèque complète sur soi (et les valises et mon dos seront contents quand je partirai en vacances en laissant trois tonnes de livres à la maison…)

28) Quel est ton rapport à Internet ? Connecté depuis longtemps ?

Connectée depuis 2001. Jamais débranchée depuis. Droguée. Ça résume bien ma situation.

29) As-tu un lien avec le monde de l’édition ? Ou du livre plus généralement ?

Oui et non. Je suis membre du Club Présences d’Esprits, une asso de passionnés qui édite des fanzines et des anthologies. Je fais partie du comité de rédaction d’un de ces fanzines : AOC. AOC édite des nouvelles d’auteurs débutants ou semi-pro (ou professionnels qui proposent leur texte, on n’est pas sectaire). Je participe à la sélection des textes et gère le processus de correction des nouvelles sélectionnées.

30) Une dernière chose à dire au lectorat en délire ?

Non j’ai été bien assez bavarde comme ça.





Merci de votre attention. Et n'oubliez pas ! Duck ! And cover !

dimanche 17 avril 2011

Le dormeur doit se réveiller


"Treis altitude zéro", de Norbert Merjagnan, est la suite des Tours de Samarante. Elle nous emmène à la découverte de Treis, la cité principale du monde humain, siège du pouvoir et nid de corruption ; les Ordres y ont leur siège, ainsi que ce qui se rapproche le plus d’un gouvernement. Le lecteur devra aussi voyager dans un désert taché de génocide et revoir, pour la dernière fois, Samarante. Les nœuds gordiens sont tranchés, les Rubicons franchis, le Seuil approche et rend tout le monde fou ; les désaccords politiques seront lavés dans le sang.
Planet-opéra quasi post-ap, Treis mêle technologie avancée et environnement lo-tech, sur un monde desséché et largement désertique, anéanti il y a si longtemps par les guerres climatiques. Peuplé d’humains naturels, ou modifiés, ou synthétiques, ou clonés, ce monde est dur et cruel, meurtrier sans même le vouloir. S’y combattent des ambitions et des rancœurs, vu d’en l’air comme dans une fourmilière géante. La technologie croise la magie, ou, pour paraphraser la citation la plus reprise de l’histoire, une science suffisamment avancée pour être indiscernable de la magie. La science y tient lieu de religion, avec tous ses attributs, mythes, cosmogonie, hérésie, eschatologie. Le monde de Merjagnan, étrange du fait de ce mélange complexe, largement hermétique à la fin des Tours, prend sens dans ce second volume. Nombre de secrets sont dévoilés, les relations entre protagonistes s’éclairent, le fond institutionnel, scientifique et historique aussi. L’humanité est-elle un média mort, comme l’écrivit, je ne sais plus trop où, Bruce Sterling ? Triple A ou Cinabre semblent l’impliquer, Joti le dément.
Norbert Merjagnan confirme dans ce roman son grand talent de styliste et de conteur. Il met son récit en images (dirai-je en glyphes ?) ; il dépeint longuement les lieux et les émotions, avec une constance telle qu’il est juste de parler de poème en prose pour décrire l’ouvrage. Dans la même logique, Merjagnan néologise sans vergogne, au point de s’offrir le luxe d’un petit lexique à la fin de l’ouvrage. L’écriture est ce qui singularise "Treis altitude zéro", arabesques chatoyantes sur une tapisserie de Bayeux moderne. Ce point fort est aussi le talon d’Achille du roman, car parfois la forme tend à étouffer le fond, et il n’est pas rare de devoir relire un passage dont la beauté plastique avait occulté le sens. La lecture est lente et saccadée, comme la démarche à adopter pour éviter le Shaï-Hulud. D’ailleurs, désert, hi-tech/lo-tech, Ordres, eau, Treis évoque Dune dans ce que ce monde avait d’impitoyable et de syncrétique. L’auteur y ajoute la poésie d’un Bordage ensauvagé, et des personnages de femmes fortes et extra-ordinaires que ne renierait sûrement pas le maître nantais. On peut rêver pire filiation.
Treis altitude zéro, Norbert Merjagnan

L'avis d'Anudar