jeudi 29 décembre 2011

Ecorcheurs de Provence



"L’archiprêtre et la cité des Tours" est un roman de Jean d’Aillon qui se passe dans ce qui deviendra la ville d’Aix en Provence, pendant la Guerre de Cent Ans.
Basée sur une importante documentation historique, complétée par l’imagination de l’auteur, l’histoire, située en 1357, met en scène les ravages que les grandes compagnies d’écorcheurs ont fait subir à la Provence au XIVème siècle. Elle permet aussi d’assister à la naissance de la ville d’Aix à partir des éléments épars de son agglomération médiévale.
Comme dans ses autres ouvrages, d’Aillon décrit longuement les conflits de suzeraineté qui sont caractéristiques de cette époque. L’agglomération aixoise est au centre d’une lutte d’influence qui met au prise l’empereur d’Allemagne, Charles IV, le dauphin de France (de manière indirecte), Charles (futur Charles V), le seigneur des Baux (famille revendiquant le pouvoir en Provence), Raymond des Baux, le pape Innocent IV, la comtesse de Provence, Jeanne Ière de Naples, et les bourgeois de la ville d’Aix qui veulent la plus grande autonomie possible et le respect de leurs franchises et exemptions, à l’instar d’un Etienne Marcel à Paris. C’est l’âge où les villes, parfois dans la difficulté, s’émancipent des pouvoirs seigneuriaux. C’est la cas pour Aix, comme ce le fut pour Paris.
Aix finira par devenir la capitale de la Provence et prospèrera peu après sous le règne du Roi René. Mais en 1357, c’est la désolation qui prévaut. La peste de 1348 a dépeuplé les campagnes et vidé les villes de leurs artisans ainsi que les fiefs de leurs paysans ; la Guerre de Cent Ans s’éternise et amène dans le pays des bandes de routiers, mercenaires désœuvrés qui, non content de se payer sur la bête, massacrent et détruisent pour le plaisir ; les droits seigneuriaux s’interpénètrent, et il est tentant pour un seigneur déçu de ruiner le fief de son adversaire plutôt que de le laisser en profiter (les paysans surtout sont considérés presque comme une ressource naturelle dont il faut priver son adversaire pour l’affaiblir).
Quand l’histoire commence, la ville d’Aix, menacée à la fois par les routiers d’Arnaud de Cervole (surnommé l’archiprêtre), les troupes de la famille des Baux, et celles du comte d’Armagnac (appelé à la rescousse et qui pille autant que les autres), qui pillent, tuent, et violent dans les campagnes en attendant de converger sur elle, a négocié un prêt avec la riche ville de Florence, dans le bût de payer du secours ou, au pire, de verser rançon pour inciter les mercenaires à partir. Pietro da Sangallo, ancien condottière, émissaire florentin qui a eu à louvoyer entre les guelfes et lesgibelins, convoie les fonds à Aix. Il sera pris dans les luttes intestines de la ville et devra résoudre une obscure affaire d’assassinats multiples.
Comme toujours chez d’Aillon, l’affaire criminelle n’est qu’un prétexte pour s’enfoncer profondément dans une époque et un conflit. Suivant da Sangallo, le lecteur sera instruit en grands détails de la situation politique en Provence en cette fin de XIVème siècle, il croisera les acteurs de ces politiques, nombre d’individus pour lesquels la vie humaine n’avait aucune valeur, des seigneurs à leur affidés, des bourgeois ou des moines pratiquant l’esclavage (rappelons que l’esclavage existera dans l’Europe médiévale jusqu’au XIVème siècle au moins) jusqu’aux illuminés religieux qui martyrisaient leurs prochains à l’instigation de Dieu. Il plongera dans un texte au vocabulaire médiéval très riche , au point qu’il pourra aisément visualiser les pièces d’armement ou les éléments d’architecture, entre autres. Le Moyen-Âge de d’Aillon est réaliste dans sa complexité, dans sa cruauté, dans sa crudité extrême (les historiens qui veulent « réhabiliter » cette époque en montrant, ce qui est vrai, qu’il y avait aussi de la culture et des arts, oublient que la caractéristique en est sans doute l’insensibilité à la mort et à la souffrance qu’entrainait chez les contemporains une vie courte et le plus souvent misérable) . Ce roman est donc hautement recommandable car il est simultanément distrayant et instructif.
L'archiprêtre et la cité des Tours, Jean d'Aillon

5 commentaires:

La Mettrie a dit…

Passionnant.
Mais une question trotte dans ma petite tête : Comment te vient l'idée de telles lectures ?

Gromovar a dit…

Si c'est médiéval je jette un coup d'oeil. Après, peu de livres parviennent à passer à travers tous mes filtres à merde, et même certains auteurs qui ont passé frauduleusement les filtres sont rejetés après lecture d'un ou deux volumes. D'Aillon c'est définitivement du bon (en plus d'être un homme charmant en dédicace).

imrryran a dit…

Les bons romans médiévaux sont rares, je note celui-ci, merci !

Eliana a dit…

Jean D'Aillon c'est grand et ce livre m'a beaucoup plu.Il merite des lectures de plus.Et votre texte l'a décrit trop bien.
Maintenant je suis Conn Inggulden et Gengis Khan(en français,aussi) pendant que la biographie attend.Bien,reel,fiction,j'aime bien lire!
Merci e jusq'un un prochain commentaire

PS:je suis brésilienne et pas très sure de mon écriture en français,pardonnez-moi.

Gromovar a dit…

Aucun problème avec ton écriture, et merci.