jeudi 3 février 2011

Une interview de Sire Cédric


A quelques semaines seulement de la sortie de son nouveau roman "Le jeu de l'ombre" (en librairie le 17 mars), le talentueux, ténébreux, mais néanmoins chaleureux Sire Cédric a accordé une longue interview à Quoi de Neuf sur ma Pile. Je l'en remercie vivement.


Bonjour Sire Cédric, merci de nous recevoir.

Tout le plaisir est pour moi !


Peux-tu te présenter brièvement pour les lecteurs qui ne te connaitraient pas ? Et décrire le lieu dans lequel tu travailles ?

Je suis auteur de thrillers, qui sont publiés aux éditions Le Pré aux Clercs, en grand format, et ensuite chez Pocket, pour l’édition poche. Mon lieu de travail ? J’écris chez moi, la grande majorité du temps. Mon bureau est installé face à une baie vitrée donnant sur un parc, c’est un cadre très calme.

D’où vient ton pseudonyme ?

Il remonte à… Diable, bien longtemps, maintenant ! Au début, c’était un surnom que me donnaient mes amis, en clin d’œil aux auteurs romantiques, tels que le Comte de Lautréamont ou Lord Byron, et j’aimais beaucoup la sonorité de ce nom. Je l’ai d’abord utilisé dans une émission de radio consacrée au métal, au sein de laquelle je parlais de littérature fantastique, et je l’ai conservé jusqu’à maintenant. J’ai conscience qu’il s’agit d’un pseudonyme improbable mais, que veux-tu, j’aime le second degré, et il semble que ce nom marque les imaginations du premier coup ! (Rires.)

Je suis impressionné par le nombre de photos de toi avec des fans qui sont disponibles et taggées sur Internet. Comment vis-tu cette notoriété ?

Tu veux savoir ce qui me touche le plus ? Aujourd’hui, je fais le métier de mes rêves, et c’est à ces gens-là que je dois cette chance. Je le dois à tous ceux et celles qui me lisent, qui se déplacent pour me rencontrer, et sans qui je ne pourrais pas être auteur professionnel. Mais, de simplement le savoir, cela reste abstrait. Quand je vois leurs photos, je mets des visages sur ces personnes, c’est réel.

Grosse actualité cette année avec la réédition de Déchirures (doté d’une couverture superbe) et la parution de ton nouveau roman, Le jeu de l’ombre…

Oui, et il ne faut pas oublier L’enfant des cimetières en poche chez Pocket ! Je suis vraiment heureux que les éditions Le Pré aux Clercs aient réédité mes deux recueils, Dreamworld et Déchirures, parce que je suis très fétichiste, et que ces livres regroupent mes nouvelles de jeunesse. C’est avec ces histoires-là, très sombres, dégoulinantes de sang, que tout a commencé pour moi, et que j’ai été publié pour la première fois. Il était important pour moi qu’elles restent disponibles en librairie, comme des petits bouts de ma vie…

Quel enseignement tires-tu de l’application pour iPhone de Dreamworld ? Que penses-tu plus globalement de la lecture en version numérique ?

Je suis très fier d’avoir pu bénéficier de cette déclinaison en application Apple, bien sûr ! C’est une nouvelle manière de lire, particulièrement adaptée aux transports en commun, ou quand on est coincé dans une file d’attente à la poste, etc. Tous mes livres font également l’objet d’une édition numérique pour liseuses. C’est une mutation inévitable du marché, mais aussi une richesse culturelle. La diversité de supports permet à chacun de s’y retrouver, en fonction de ses préférences, ses habitudes, et que les histoires vivent. Pour ma part, maintenant, je reste attaché au papier, et aux livres en grand format tout particulièrement, car ils m’offrent un confort de lecture et une prise en main que je préfère.

Peux-tu nous parler de ton prochain roman, Le jeu de l’ombre ? Comment se situe-t-il dans la chronologie ? Quel en sera le style, après l’enquête très posée du L’enfant et le récit plus musclé de Fièvre ?

Un style encore très différent, proche du Giallo, cette fois. Ce roman ne sortant qu’en mars, il est encore un peu tôt pour dévoiler quoi que ce soit, mais, ce que je peux te dire, c’est qu’on y retrouve le commandant de police criminelle Alexandre Vauvert, et que Le jeu de l’ombre mêle deux histoires en une. Du point de vue de la chronologie – et puisque je ne sais pas faire les choses comme tout le monde –, les faits se déroulent entre les événements racontés dans L’enfant et ceux de Fièvre.

En apprendrons-nous un jour plus sur le passé d’Eva ? Ne risque-t-elle pas de basculer du côté obscur ?

Il y a encore bien des choses à raconter au sujet d’Eva Svärta. Cela fera l’objet d’un prochain roman, c’est promis.

Le commandant Vauvert est un policier particulièrement réaliste, comment t’es-tu documenté ?

Ce qui est assez étonnant avec Vauvert, c’est que je n’ai pas à effectuer la moindre recherche. Il s’est imposé à moi, littéralement. Quand j’ai commencé à écrire L’enfant des cimetières, ce policier ne devait être qu’un personnage secondaire. Pourtant au fil des chapitres, je me suis attaché à lui, il prenait le pas sur l’histoire. Je n’écrirai pas ses aventures éternellement, mais on peut imaginer qu’il reviendra dans encore un ou deux romans, car je compte bien dévoiler certaines choses essentielles à son sujet…

Y aura-t-il un jour un petit quelque chose entre Vauvert et Svärta ?

Qui sait… (Sourire.)

Visites-tu les lieux que tu décris ou est-ce un pur travail d’imagination ?

En fait, c’est l’inverse qui se produit. Les lieux que je connais, que je viens de visiter ou qui, pour une raison ou une autre, occupent mes pensées, apparaissent d’eux-mêmes dans mes histoires.

Tes personnages s’inspirent-ils de personnes de ta connaissance ?

Pas entièrement, non. Bien sûr, on retrouve des échos de personnes que je connais dans mes personnages, c’est inévitable. Cela peut-être un détail physique, un trait de caractère, ou même parfois quelques mots de dialogue, entendus ici et là, qui se glissent entre les lignes. Mais, une fois apparus dans l’intrigue, mes personnages existent par eux-mêmes. Comme l’a écrit Stephen King, l’essentiel, c’est l’histoire, pas celui qui la raconte ! (Rires.)

Comment te renseignes-tu sur les légendes que tu utilises ? Cherches-tu une légende pour un roman, ou est-ce une légende qui te donne une idée de roman ?

Ça dépend. Vraiment. Chaque roman que j’ai écrit a constitué une aventure totalement différente pour moi. Par exemple, avant même de penser au scénario de Fièvre, je savais que j’y évoquerais la comtesse Bathory. C’était une très vieille envie, qui tournait dans mon crâne depuis des années, et je me suis lancé sur cette piste. Ensuite, l’écriture a coulé de source, si je puis dire. Pour L’enfant et Le jeu, la situation s’est révélée très différente. J’ai d’abord eu des idées de personnages et d’événements plus ou moins extraordinaires brisant leurs vies, et j’ai commencé l’écriture, avant que je ne me rende compte qu’il existait des légendes urbaines traitant de ces thèmes-là précisément. Pour L’enfant, c’était le mythe de l’Enfant des Cimetières, variation de celui de la Dame Blanche. Et, dans le roman à paraître, Le jeu de l’ombre, il s’agit des légendes attachées aux Ponts du Diable qu’on trouve un peu partout dans le Sud.

Dans quelle mesure crois-tu, ou pas, au surnaturel ? Comment doses-tu les éléments gore dans tes romans ? Et derrière cette question il y a celle du public visé, faut-il avoir le cœur bien accroché pour lire tes romans ? (je ne parle pas ici du prologue de L’enfant des cimetières ;-)

Cela fait beaucoup questions ! (Rires.) Pour répondre sérieusement, je pense que tout le monde peut lire mes histoires sans problème. Bien sûr, je suis fasciné par l’idée que nous puissions côtoyer des forces invisibles, à la lisière de nos existences, c’est une source d’inspiration d’autant plus motivante qu’on s’est tous dit, un jour ou l’autre : « Et si c’était vrai ? Si les légendes avaient un fond de vérité ? » Je me sers de ce type d’émotion, je puise dans mes rêves comme dans mes peurs le plus profondes, et j’essaie d’en faire des histoires. Comme je l’ai souvent expliqué, tout ce qui importe à mes yeux, c’est le plaisir du lecteur. Lui faire passer un bon moment. Même si je reconnais que mon imagination est parfois un peu tordue ! (Rires.) Mais, je le répète, je ne vise pas un public précis. J’écris simplement les histoires que j’ai envie de raconter, sans chercher à me censurer, ce dont je serais bien incapable, mais sans essayer de me conformer à ce qu’on attend de moi non plus, la vie est trop courte pour s’enfermer dans quoi que ce soit !

Aurons-nous droit à d’autres scènes de la qualité d’évocation du prologue de L’enfant des cimetières ?

Il m’est difficile de répondre à cette question, d’une part parce que c’est extrêmement subjectif, et que chacun va percevoir les choses différemment (d’ailleurs, certains lecteurs ont détesté ce prologue, tandis que d’autres l’ont adoré, comme quoi…). Mais je continuerai de travailler sur le mélange de poésie et de bizarre, forcément.

Tu lies particulièrement bien enquête policière et éléments occultes, as-tu des inspirateurs dans ce style ? Et plus généralement, quels sont tes auteurs de prédilection ?

J’ai grandi en lisant Stephen King, Clive Barker et Graham Masterton. À bien des niveaux, leur influence est évidente dans ce que je fais aujourd’hui. Quant au mariage du polar et de l’étrange, je me permets de faire un rappel historique : le genre policier est, historiquement, né avec la nouvelle Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe, un des plus grands auteurs de fantastique. Rien de nouveau, donc !

As-tu déjà l’idée de ton quatrième roman ? (et oui, je ne me lasse pas)

J’en ai, mais ne compte pas sur moi pour t’en parler maintenant ! (Rires.)

Tu dis avoir été inspiré par des auteurs du XIXe tels que Baudelaire ou Poe. As-tu lu les gothiques classiques ? Lautréamont ? Que lisais-tu adolescent ?

Cela fera peut-être grincer les dents des puristes, mais je n’apprécie pas du tout les romans gothiques anglais, qui m’ont toujours profondément ennuyé, et j’inclus le Dracula de Stoker dans cette catégorie. En revanche, j’admire les auteurs romantiques et décadents : Byron, Hugo, Gautier, etc. Le comte de Lautréamont, notamment, a été une vraie claque pour moi, et une inspiration très claire pour mes nouvelles de jeunesse. Quant à Poe et Baudelaire, ils font partie des plus grands écrivains de tous les temps, que veux-tu que je te dise… Sans eux, je ne serais pas auteur aujourd’hui !

Comment s’est fait le passage de la nouvelle au roman ? Quel exercice trouves-tu le plus difficile ? Comptes-tu réécrire des nouvelles ?

Pour moi, la démarche est vraiment la même : dans un cas comme dans l’autre, je suis là pour raconter une histoire au lecteur, et il faut que cette histoire soit passionnante. Ce que j’aime tout particulièrement avec les nouvelles, c’est qu’elles sont vite lues, elles vont à l’essentiel et le plaisir est immédiat, comme un petit fix d’émotions. Je continue d’en écrire pour le plaisir, d’ailleurs il y en a une ou deux à paraître cette année. Mais, avec le temps, je préfère travailler sur des textes longs, qui permettent de plus amples développements.

As-tu écrit de la poésie ou voudrais-tu en écrire ?

J’en écris régulièrement, sous la forme de paroles de chansons.

Tu es aussi le chanteur du groupe de death metal Angelizer, peux-tu nous donner quelques informations sur votre actualité ?

Nous venons d’enregistrer un album intitulé Philosophy with Decibels, qui devrait sortir dans le courant de l’année.

As-tu envie de publier tes paroles de chanson sur papier ?

Sous forme de recueil, tu veux dire ? Non. Je pense que faire figurer les paroles sur un livret d’album est bien suffisant.

Qu’écoutes-tu comme musique en plus du death metal ? Quels sont tes groupes préférés ?

Je suis avant tout un fan de métal, mais j’écoute de tout, avec une préférence pour tout ce qui évoque l’imaginaire et provoque des émotions intenses. Cela peut aller du rock de Nick Cave à la musique païenne d’Omnia. Mes groupes préférés ? Moonspell, Dark Tranquillity, Behemoth…

Écriture, musique, as-tu du temps pour tes loisirs ? Et quels sont-ils ?

Comme tout le monde, je suppose. Je sors avec mes amis, j’essaie de passer quelques jours dans des pays où je ne suis encore jamais allé, ou j’assiste à des concerts ici et là. Certaines nuits d’insomnie, il m’arrive de me lever à l’aube et d’aller faire du jogging pour observer le monde se réveiller, c’est tout simple mais ça m’apporte un bien fou.

Y a-t-il une dernière chose que tu voudrais dire aux lecteurs ?

Je les salue, et je leur donne rendez-vous en mars, pour la parution du Jeu de l’Ombre !

Merci de ta gentillesse et du temps que tu nous as consacré.

Merci à toi !



Note : La très belle photo est de David Anthony Durham.

7 commentaires:

Flo a dit…

Merci pour ce partage et cette interview!!! je me suis permise de faire un liens de mon blog vers la page de l'interview.
http://tousleslivres.canalblog.com/archives/2011/02/03/20291324.html
J'adore Sire Cédric !!!
Encore merci.

Gromovar a dit…

Merci à toi pour le lien :)

Tigger Lilly a dit…

Très sympa ! Comment tu en es venu à l'interviewer ?

Lhisbei a dit…

très belle interview ! merci à toi et à Sire Cédric :)

Gromovar a dit…

Nous avons un peu discuté après un concert et dans un salon littéraire il y a quelques temps, et, comme il est d'un abord facile, ça s'est fait simplement par la suite.

Ankya a dit…

Sire Cédric a également répondu à mes questions, il est vraiment sympathique d'accepter les interviews de blogueurs :)
En tout cas, c'est une belle interview ! Merci !

Gromovar a dit…

Très charmante personne en effet.

Et merci pour le commentaire :)