dimanche 2 janvier 2011

A witch !?! Burn ! (Monty Python)


"The hangman's daughter" est le premier roman du scénariste de TV allemand Oliver Pötzsch. Il se démarque dans la production pléthorique de policiers historiques par son cadre spatio-temporel. "The hangman's daughter" se passe en Bavière vers 1650, c'est à dire peu après la fin de la Guerre de Trente Ans. Impliquant la plupart des nations européennes, la Guerre de Trente Ans fut une boucherie innommable menée par des mercenaires, au service des princes, qui se payaient sur le pays de toutes les manières possibles. Anéantissant une part non négligeable de la population d'Europe centrale, elle eut pour conséquence l'avènement de la primauté des Etats et les premières ébauches du droit international des civils en temps de guerre, entre autres. Elle resta aussi pour longtemps un traumatisme ouvert pour les populations qui avaient eu à la subir.
Vers 1650 dans la petite ville libre de Schongau, on a donc connu la guerre, les maladies, la famine, et, la paix retrouvée, un semblant de prospérité revient lentement. C'est alors qu'un enfant est retrouvé assassiné avec une étrange marque sur l'omoplate. Sorcellerie ? La ville devient hystérique.
"The hangman's daughter" décrit avec une grande précision un milieu peu connu des français, les villes provinciales allemandes du XVIIème siècle. Alors que le Versailles de Louis XIV est en gestation, les terreurs du Moyen-Age sont encore fortes dans les campagnes. Bouc émissaire tout désigné, la sage-femme du village. Accusée de sorcellerie, emprisonnée, elle entre dans le processus de torture qui doit conduire à ses aveux, seul moyen légal de la condamner au bucher. Convaincu de son innocence le bourreau essaie de comprendre ce qui s'est réellement passé.
Par delà l'enquête, whodunit classique, original seulement par le fait qu'il n'est pas basé sur des témoignages, comme c'est en général le cas, c'est le cadre culturel qui attire l'attention.
Premier point : la femme est maléfique (dans beaucoup de religion elle doit être purifiée avant le mariage), et la plus maléfique de toute est celle qui prétend avoir la connaissance des femmes. Non contente de toucher et de voir les parties du corps féminin où se love le péché comme un serpent venimeux, elle a une connaissance des herbes (y compris celles réputées diaboliques), elle fabrique des potions, elle ne craint pas les hommes. Elle est la sorcière parfaite dans l'imaginaire de l'époque. N'oublions pas que c'est la doctrine augustinienne du péché originel venu des femmes et transmis par le sexe (comme une MST) qui fait foi à l'époque.
Second point : le rasoir d'Ockham est inconnu du bon peuple. Aucune explication prosaïque n'est nécessaire puisqu'on a une sorcière, et que ça suffit à expliquer tous les malheurs qui frappent la ville. Même après son emprisonnement elle continue d'être responsable des nouveaux méfaits qui se produisent, car elle a appelé le diable pour terroriser la ville. Puis elle devient responsable des méfaits passés, des veaux morts, etc...
Troisième point : la raison d'Etat, où ce qui en tient lieu dans la petite ville, peut broyer quiconque. Le seul officiel des lieux sait à peu près ce qui s'est réellement passé. Mais il faut apaiser la ville, empêcher le seigneur local de venir remuer la boue et de lancer une grande chasse aux sorcières, telle que l'a ville en avait connu soixante-dix ans auparavant et qui mettrait toutes les femmes en danger, trouver vite un coupable pour que la visite du seigneur, seul habilité à prononcer une sentence, dure le moins longtemps possible afin d'avoir le coût le plus faible possible pour les bourgeois. Il faut que la sage-femme avoue pour régler par sa mort tous ces problèmes. La vie d'une personne du peuple ne pèse pas. Après tout, ce que les pauvres savent le mieux faire, c'est mourir.
Quatrième point : il ne fait pas bon être un bourreau ou en avoir un dans sa famille. Remplissant une fonction essentielle mais honteuse, il est considéré comme impur et sa souillure touche aussi sa famille, à tel point que les bourreaux ne peuvent se marier qu'entre eux, ce qui mène à l'apparition de dynasties.
Cinquième point : les médecins sont en grande majorité des charlatans qui ne savent à peu près rien sur le corps humain. Ils sont prêts (comme aujourd'hui ?) à défendre vigoureusement leur pré carré et leurs revenus, y compris en éliminant la concurrence. Peu respectés des bourgeois, ils dissimulent leur incompétence derrière la théorie absurde des humeurs. Les travaux d'Ambroise Paré ne sont pas encore connus, la circulation sanguine est un mythe. On peut leur survivre, si on n'est pas tué par le traitement qui la plupart du temps est une saignée.
"The hangman's daughter" mêle avec brio ces thèmes, tout en décrivant avec forces détails ce qu'est la vie dans une petite ville allemande du XVIIème siècle entre apparition d'une nouvelle génération plus éclairée et survivance des anciennes superstitions. J'ai pris plaisir à cette lecture. J'ai seulement regretté une seconde partie, plus active et moins spéculative, nantie d'une longue course-poursuite dont je me serais volontiers passé, et une histoire d'amour un peu inutile, et surtout je pense destinée à capter un public de clubs de lecture. L'impression d'ensemble est néanmoins positive.
The hangman's daughter, Oliver Pötzsch

Je ne résiste pas au plaisir. Certains personnages du roman ont l'air largement aussi abrutis.


4 commentaires:

Guillaume44 a dit…

Ca a l'air pas mal du tout. Bon choix la vidéo ^^

Gromovar a dit…

J'adore :-)

FG a dit…

quel bon pédagogue ce Gromovar, j'ai été convaincu par la petite illustration Monthypythonesque.
Et puis, ça m'a l'air d'être le genre d'ouvrage dont les leçons sont toujours d'actualité (la superstition, le besoin de boucs émissaires, etc).
Merci de cette bonne suggestion.

Gromovar a dit…

La démonstration de Bedevere le sage est imparable.