dimanche 23 janvier 2011

Sunset Bld



"En approchant de la fin" d'Andrew Wiener est un roman dont des parties ont été publiées sous forme de nouvelles, du début des années 80 à la fin des années 90. C'est aussi et surtout un beau roman.
Dans "Tous à Zanzibar", John Brunner décrivait un monde où les troubles mentaux augmentaient exponentiellement à cause de la tension de plus en plus forte exercée sur les psychismes par un monde en complexification ; Andrew Wiener nous convie dans un monde qui à atteint le stade ultime de la dépression nerveuse. Emeutes, délinquance violente, terrorisme, guerres larvées ou ouvertes, parfois partiellement nucléaires, le monde des humains convulse. Aux Etats-Unis, seul Etat décrit dans le livre, la réponse politique est autoritaire, avec couvre-feu et Bureau de la Santé Mentale aux pouvoir exorbitants. Dans ce contexte d'effondrement Martha Nova chante la fin des temps ; on pense qu'elle voit le futur et que ce qu'elle chante adviendra.
Construit sur plusieurs points de vue, et largement en flashback, "En approchant de la fin" est un roman qu'il est difficile de reposer. On sait, dès la première page, que le monde est à sa dernière nuit, mais rien de plus. Comme Victor Hugo au début de "L'homme qui rit", Andrew Wiener pose l'issue fatale comme irréversible. Le lecteur veut alors savoir ce qui va advenir, quel est le secret de Martha Nova, quels roles jouent les divers protagonistes. Pour réussir à passionner avec une histoire dont l'issue est connue, il faut une belle qualité d'écriture et des personnages attachants. Ecriture et construction sont là, mais ce sont surtout les personnages, et singulièrement le principal, qui attachent au récit. Cassandre qui voit le futur et tente de le révéler dans ses chansons, obscure et ambigue comme une sybille, Martha Nova est une héroïne tragique en qui même ses plus proches ne croient qu'avec peine. Hiératique et diaphane sur scène (la description que Wiener fait des concerts m'a rappelée le frisson ressenti à ceux de Lisa Gerrard), elle est la grande prêtresse involontaire d'un mouvement apocalyptique qui touche même ceux qui la combattent. Totalement fataliste par nécessité, elle vit les évènements avec détachement et une forme unique de tristesse antérospective. Autour d'elle, des hommes l'aiment sans jamais avoir de prise, et un mystérieux homme noir, visible seulement à l'extrème du champ de vision, orchestre les évènements. L'apocalypse viendra et Martha Nova aura servi de catalyseur, comme les stèles de Kuin (petite remarque : j'avais intitulé la chronique sur Les chronilithes "Que sera sera" car il me semblait que le titre de cette chanson résumait le point du roman ; deux ans après je lis "En approchant de la fin" dans lequel le leit-motiv de la chanteuse est "Que sera sera". Reprenant aujourd'hui ma chronique de l'époque, je m'aperçois du titre que je lui avais donné, rien ne saurait plus me convaincre de la proximité entre les fonds des deux romans).
Pour un lecteur arrivant dix ans après la version définitive et trente après les premières esquisses, le roman de Wiener semble étrangement prophétique. Comme son héroïne, il a décrit un monde qui ressemble beaucoup au notre et qui lui ressemble de plus en plus au fil du temps. Comme celui de Martha, le notre (au moins en Occident) finit dans une implosion lente et il est difficile de ne pas voir une parenté entre la loi sur la Santé Mentale du roman et le Patriot Act US. Comme Brunner avec "Tous à Zanzibar", Wiener donne l'impression de voir les lignes de force qui sous-tendent l'avenir, rejoignant ainsi les rares Hari Sheldon de notre temps. Ne serait-ce que pour ça, "En approchant de la fin" est un roman hautement recommandable.
Note: Beaucoup de fote d'ortograf sont passées à la relecture, si tant est qu'il y en ait eu une.
En approchant de la fin, Andrew Wiener

Lu dans le cadre du Challenge Fins du monde de Tigger Lilly

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