dimanche 31 octobre 2010

La Madelon vient nous servir à boire


Suite de l'excellente série Notre mère la Guerre avec cette "Seconde Complainte".
C'est toujours superbement illustré en lavis et lignes brouillées. Le scénario montre encore la folie et les contradictions d'une conflagration dans laquelle les certitudes et les repères sont brisés par la violence d'une boucherie dépourvue de sens.
On croise dans cette "Seconde Complainte" un échantillon important du monde bigarré qui hante le purgatoire boueux : des femmes assassinées, un gendarme découvrant l'horreur de la guerre, un général confis dans l'huile de ses certitudes, un pacifiste exhortant ses hommes, jeunes repris de justice, au combat, un officier, admirateur de Péguy, devenu impuissant et s'amourachant d'une jeune prostituée, des tirailleurs sénégalais perdus dans la neige de Champagne, un blessé qui agonise dans le no man's land, soutenu dans ses longs derniers instants par ses camarades qui lui chantent des chansons à boire depuis la tranchée.
L'enquête progresse, des témoignages commencent à arriver, on saura peut-être qui a tué ces femmes. Dans le même temps les morts s'égrènent au fil des assauts menés ou repoussés. L'absurdité d'une enquête criminelle sur les lieux d'un crime de masse ne semble gêner personne, pas plus que celle qui consiste à conquérir des trous de terre pour les voir reconquis peu de temps après.
Notre mère la guerre, t2, Seconde Complainte, Maël, Kris

Vous pourrez dire, j'y étais


Eric Nieudan écrit des premiers romans depuis aussi longtemps que je l'ai découvert sur le Net ;-)
Il vient de se lancer un défi original : écrire un roman pulp en un mois sous forme de feuilleton, comme Eugène Sue par exemple. Je vous encourage vivement à profiter de ce happening et à venir lire Gaia, planète du prince perdu.

Son beau site est là : Quenouille.com

Je reproduis son post original ci-dessous :

A l’occasion de NaNoWriMo, j’ai décidé de tenter un pari quelque peu inconscient.
Mesdames et messieurs, sous vos yeux ébahis, je vais… écrire un roman. En un mois. Comme la centaine de milliers d’autre participants au défi. Jusqu’ici, je vois bien que vous n’êtes pas hyper impressionnés. Mais ce n’est pas tout : le roman sera publié ici-même, en quatre parties, chaque dimanche du mois. L’ensemble fera entre 20 et 25 chapitres, soit un petit livre de 300,000 signes ou 50,000 mots. Bonus non négligeable : le Grümph a fort gentiment accepté de produire une couverture pour chacun des épisodes.
Gaia, planète du prince perdu, sera bourré d’action, pas forcément très porté sur la réflexion métaphysique, mais fun à lire. Et aussi à écrire, espérons-le. Comme d’habitude, je posterai pendant la semaine mes impressions sur cette expérience feuilletonesque. Alors à lundi !

vendredi 29 octobre 2010

Deuil pour tous les peuples


C'est par ces mots que l'Humanité annonça la mort de Joseph Staline. Quelques jours plus tard, Les lettres françaises publiaient en première page un portrait-hommage de Staline par Picasso. Aragon le lui reprochera en ces termes : « on peut inventer des fleurs, des chèvres, des taureaux, et même des hommes, des femmes - mais notre Staline, on ne peut pas l’inventer. Parce que, pour Staline, l’invention – même si Picasso est l’inventeur – est forcément inférieure à la réalité. Incomplète et par conséquent infidèle. ». Ca donne une idée, je crois, de l'ambiance de l'époque.
"La mort de Staline, Agonie" du duo Nury, Robin, sera un diptyque dont le premier volet vient de sortir. Il raconte en mêlant faits avérés et fiction les sept jours qui se sont écoulés entre le malaise de Staline et l'annonce de sa mort. Durant cette semaine, la succession s'organise, et les couteux s'aiguisent.
Le scénario de Nury met en exergue la folie qui sévit au coeur du pouvoir soviétique en ce début des années 50. Un pouvoir absolu s'exerce à Moscou, au sein duquel les pires turpitudes prospèrent. Lâcheté, trahison, alcoolisme, perversion sexuelle, que font les hommes quand ils peuvent tout faire ? La réponse est : Tout.
Nury montre aussi parfaitement comment le système stalinien ne fonctionnait plus que pour assurer les privilèges de ceux qui le contrôlaient, et à quel niveau d'absurdité il était capable de se projeter.
Les dessins de Robin, détaillés et ternes, rendent à merveille l'ambiance glauque du moment. Les visages sont épiées pour tenter d'y déceler les intentions cachées (le visage de Béria demandant au téléphone si c'est grave est une merveille de jubilation). La mise en page dynamique illustre la frénésie de l'instant.
"La mort de Staline, Agonie" est un bon complément à la lecture d'Enfant 44.
La mort de Staline t1, Agonie, Nury, Robin

jeudi 28 octobre 2010

Théorie du chaos


Il y a une dizaine d’année, j’enquêtais, pour un mémoire de science politique, sur les mobilisations de sans-papiers. J’interviewais quantité de personnes, d’origine étrangère, vivant dans le Val d’Oise. Parmi ces gens avec qui je parlais, il y avait beaucoup d’africains noirs et beaucoup de maghrébins. En parlant avec les noirs, j’ai eu plusieurs fois connaissance du renvoi au "pays" (ou au moins d’une tentative) de jeunes considérés comme impossible à contrôler en France. Cette pratique s’appelle le fosterage. Elle est décrite et expliquée dans le livre d’Hugues Lagrange. Et, comme le montre Lagrange, en dépit de conditions socio-économiques proches je n’ai jamais rien entendu de tel dans la bouche de maghrébins. Il semble bien qu’il y avait là un hiatus culturel.
"Le déni des cultures" est LE livre qui fait polémique en cette rentrée : il y est écrit que la réussite scolaire et la délinquance sont corrélées, entre autres, à l’origine culturelle des personnes. Je ne crois pas que cet ouvrage mérite ces excès d’indignation. Son projet politique (puisque Lagrange en a visiblement un) est totalement compatible avec la démocratie et nos valeurs (quoi que ce mot puisse recouvrir dans une société dont les valeurs centrales de cohésion se réduisent à une peau de chagrin dissimulée derrière une vulgate).
Sur le fond, Lagrange pointe une réalité oubliée, me semble-t-il, par la sociologie, française en particulier. Les individus sont les réceptacles d’une culture familiale qui, même réinterprétée, est prégnante dans leurs comportements. La socialisation primaire modèle fortement l’individu, d’une manière que les socialisations subséquentes auront du mal à contrer. Pour prouver ses dires, il commence par une généalogie des crispations, en Occident et dans le Sud, qui aurait peut-être pu être placée en annexe. L’Occident et le Sud se rencontrant parfois dans les villes françaises, il montre, nombreuses statistiques à l’appui, que les familles migrantes d’origine sahélienne sont plus victimes que les autres d’échec scolaire et de méconduites délinquantes, toutes choses égales par ailleurs. Pour tenter de valider les causes de cette surreprésentation, Lagrange se livre à de nombreuses recherches de corrélations autres ainsi qu’à de longues comparaisons historiques ou sociétales. Il retombe toujours sur le même constat : par delà les différences liées à des facteurs économiques ou sociaux (qui interviennent évidemment et que Lagrange ne nie pas) existe un résidu (au sens où Malinvaud utilisait le terme pour désigner le progrès technique) qui ne peut s’expliquer que par des différences culturelles.
Lagrange tente alors de montrer en quoi la culture de (certains) immigrés sahéliens est un facteur facilitant de l’échec scolaire et de la délinquance. Il décrit longuement les diverses formes de famille au Sahel, les modes d’éducation (qui y impliquent la quasi totalité des adultes de la communauté), les relations entre les sexes (rarement égalitaires), la structure du prestige (déformée et déviante dans le cas des immigrés, déclassés en France et prestigieux, car riches, dans leur communauté d’origine). Il montre ensuite comment cette culture, adaptée à l’organisation sociale du pays d’origine, ne permet pas de fonctionner de manière satisfaisante dans une société individualiste et compétitive comme l’est la notre. Mère trop jeunes, soumises et disqualifiées par les pères, pères déclassés et autoritaristes, parfois polygames, absence de la famille élargie et de la communauté villageoise, fratrie pléthorique, focalisation sur la santé physique du petit enfant au détriment de son éducation explicite, tout ceci crée une situation dans laquelle les enfants (particulièrement les garçons) ne reçoivent pas les prérequis culturels et motivationnels qui leur permettraient d’envisager massivement une scolarité satisfaisante (et il est difficile d’expliquer cette carence autrement que culturellement). Dès le primaire beaucoup sont en difficulté, avec comme conséquence décrochages précoces et surdélinquance. L’échec dans la compétition scolaire, que leurs familles ne les ont pas préparés à affronter, est en effet un facteur important d’entrée dans la délinquance, car il faut bien pouvoir se renvoyer une image de réussite, quelle qu’elle soit (de plus, en l’absence symbolique de père respectable, c’est aux plus vieux frères de protéger la fratrie et de faire respecter son honneur). Fonctionnelle au Sahel, le système culturel des migrants africains n’est pas adapté à l’organisation sociale occidentale ; Durkheim déjà pointait l’anomie induite par une transformation trop rapide des structures sociales (et quelle transformation plus rapide que celle que vit une population transplantée). Même hors contexte délinquant, on assiste à des mouvements de re-traditionalisation (non spécifique des africains) très similaires à ceux qui ont touché l’Islam en terre d’Islam, et qui ont les mêmes origines : une réaction, oserais-je dire puérile, face à une modernité qui a déçu. Cet état de fait n’aide évidemment pas l’intégration, si l’on considère, comme moi et les interactionnistes, que c’est un processus qui nécessite des efforts réciproques.
Les quartiers d’immigration sont aujourd’hui le creuset de sous-cultures fonctionnelles en interne et dysfonctionnelles en externe, résultant de la confrontation des cultures d’origine et d’accueil. Ces sous-cultures ne doivent pas perdurer sous peine de renoncer à faire nation. Pour cela Lagrange propose, entre autres choses, la réalisation de statistiques ethniques pour mesurer les inégalités réelles et l’effet des politiques publiques d’égalisation, la mise en œuvre de capabilités au sens où Sen les entendait (il cite par exemple le busing pratiqué aux USA, idée reprise il y a quelques jours par Patrick Gaubert, président du Haut Conseil à l’Intégration), la mise en œuvre de mixité sociale même sans mixité ethnique, et l’empowerment des femmes.
(Trop) gorgée de postulats marxistes, et adhérant aveuglément à la fantasmagorie républicaine du citoyen générique sans attaches culturelles, la sociologie française ne veut pas connaître les cultures et ne voit que des déterminations socio-économiques. Elle oublie que l’homme n’est pas seulement un être social mais qu’il est aussi un être situé et un être historique. Du passé on peut faire table rase dans les institutions, pas dans les individus (ceux-ci sont chaotiques, très sensibles aux conditions initiales). Lagrange, sans nier les déterminants sociaux, veut en ajouter d’autres, c’est à dire enrichir la réflexion. Que des sociologues en discutent (Mucchielli en tête), même si je ne partage pas leurs analyses, fait partie de la bonne pratique universitaire. En revanche, quand la société civile commente un travail de recherche sur la base de postulats non scientifiques voire idéologiques comme c’est la cas en ce moment, je suis profondément ennuyé et je pense à Lyssenko.
Le déni des cultures, Hugues Lagrange

mercredi 27 octobre 2010

Piece of shit


Bragelonne vient de traduire une belle...merde (c'est le mot juste, je crois). Comme je ne suis jamais en retard d'un nanard, je l'ai lu il y a quelques mois en VO. Je sais que ma chronique est (très) brève, mais je crois que l'essentiel y est.
Faites attention à la couverture française, elle est attirante dans un style RembrandtPunk. Mais faites-moi confiance. Economisez votre argent. Gardez-le pour acheter...n'importe quoi ; tout vaut mieux que ça.
Eglise électrique, Jeff Somers

No one is innocent


No one is innocent. Pourquoi ce titre ? Qu'on s'en souvienne ou pas, c'est celui d'une chanson enregistrée par Ronnie Biggs, le cerveau de l'attaque du train Glasgow-Londres, avec les Sex Pistols. Et c'est bien d'un train attaqué dont je vais parler maintenant.

"Gold Rush" est le dernier volet sorti de la serie "Le casse", dont j'avais apprécié le premier volume, pas les autres. Il est le meilleur, et de loin.
L'attaque du train d'or est un classique du western. Il est superbement réalisé ici. Dans une ville frontière du Yukon, privative et sans loi (il y a même une guillotine active sur la place centrale), pendant la ruée vers l'or, un groupe de desperados se constitue pour voler la plus grosse pépite du monde. Le casse est organisé, préparé, puis exécuté par cette bande de vrais pros. Rien ne tournera comme prévu ; le métier de bandit est décidément difficile et décevant. Qu'on se rassure, la dernière page est un hommage bien vu à ces hors la loi insouciants qui peuplaient les western spaghettis. The show will go on.
On trouve dans "Gold Rush" tout ce qui fait les bons westerns. Il y a des bandits, un métis, un vrai salop, une vengeance, une fille belle et vénale, un chasseur de prime (courtesy of Pinkerton), un shérif pourri, une épouse indienne, de l'or, un train à vapeur. Le scénario est finement tissé, et la narration rythmée et nerveuse, ce qui fait que même la phase de recrutement de l'équipe est agréable. Les personnages sont riches (pour une BD de 64 pages) et pas monolithiques. L'ensemble forme un vrai beau récit d'aventure.
Mais c'est surtout graphiquement que "Gold Rush" est une réussite. Ce mot, souvent galvaudé prend tout son sens ici. Les personnages ont de vrais gueules (on les croirait sortis d'un film de Sergio Léone), les décors sont réalistes et travaillés, les couleurs (souvent traitées en lavis) sont belles, lumineuses, adaptées. Même les traitements informatiques ne font pas tache et ajoutent à la qualité des images (je pense à la neige tombant ou au brouillard dans la forêt par exemple) ; graphiste et coloriste apportent ici la preuve qu'on peut vraiment utiliser Photoshop ou Illustrator comme des outils de dessin et pas comme des gadgets. "Gold Rush" est sans conteste l'un des (le ?) plus beaux albums que j'ai lu cette année.
Si vous avez aimé Deadwood, vous ne pouvez pas passer à côté de "Gold Rush". C'est la même ambiance ; vous y croiserez même le double d'Al Swearengen.

L'avis d'Efelle

That's enough now, I'm tired of singing !

Le dernier mot à Ronnie Biggs et aux Sex Pistols, No one is innocent




Le casse t5, Gold Rush, Blengino, Sarchione, Pieri

mardi 26 octobre 2010

Quête du Graal hard-boiled


Sortie récente du second volume de l'excellente série "Rex Mundi", la quête du Graal hard-boiled, dans une France des années 30 uchronique dominée par l'Inquisition.
C'est toujours d'aussi bonne qualité et toujours aussi bien édité. Bravo à Milady Graphics pour ce travail.
Comme la fois précédente, je vous renvoie chez Néault qui en parle avec son talent habituel.
PS : Je remercie Néault pour cette collaboration sur les comics que j'ai décidé un peu tout seul ;-) Mais, comme je le citerais de toute façon, je ne vois pas l'intérêt de dire moins bien ce qu'il a déjà mieux dit.
Rex Mundi 2, Le fleuve souterrain, Nelson, Johnson, Cox

dimanche 24 octobre 2010

Il leur faudrait une bonne grève


Il fut un temps où, lorsqu'un livre me déplaisait, je n'en parlais pas ici. Puis il m'a semblé utile de prévenir les lecteurs d'un "Bof". Rien de plus car je ne voulais pas ajouter au temps perdu de la lecture le temps perdu d'une chronique. Le temps passant, je me suis mis à expliquer avec plus de détails pourquoi tel ou tel ouvrage m'avait déplu, et à chroniquer mes déceptions. Je vais aujourd'hui reprendre une ancienne habitude et faire bref ; après plus de 600 pages d'ennui et d'incrédulité, je n'ai plus la force de développer beaucoup.
"Metro 2033" est un roman lancé à grand renfort de buzz. Après avoir beaucoup hésité, j'ai décidé de l'acheter, et j'en étais devenu impatient. Grave erreur !
"Metro 2033" est un post-apo proche (2033 c.a.d. dans 23 ans) truffé de fantastique et de mysticisme. Je veux bien croire que l'ame slave est sombre et mystérieuse comme la grande forêt d'Oural, mais transformer mes contemporains en shamans en 23 ans me parait rapide, et le pire est qu'il ne s'agit pas que d'élucubrations. Le fantastique est réellement présent et actif dans le roman (voix des tunnels, âmes des morts, morts inexplicables, j'en passe et des meilleures). Ridicule et incroyable.
"Metro 2033" est un roman d'une mollesse invraisemblable dans lequel un jeune homme (qui ne parvient jamais à inspirer le moindre affect) parcourt à pied le métro de Moscou devenu le refuge de l'Humanité (au moins la fraction moscovite de celle-ci), entend raconter des horreurs sur des choses terribles qui se passeraient ou se seraient passées ailleurs dans le métro, traverse des stations (au propre comme au figuré), et surmonte chaque épreuve en trois coups de cuillères à pot (d'ailleurs souvent donnés par un autre que lui). Il en profite pour visiter, en les longeant comme dans une rue du quartier rouge d'Amsterdam, les différentes idéologies du XXème siècle (réactivant involontairement le sens originel du mot péripatéticien, marcheur et philosophe).
Après ce long calvaire littéraire une révélation d'une mièvrerie peu commune est censée récompenser le lecteur de sa patience (je ne spoile pas, mais c'est pas l'envie qui me manque ; le Contactez-moi est en haut à droite).
Ce roman peut, peut-être, faire un bon roman Jeunesse (notamment par l'accumulation des considérations pseudo-philosophiques, assénées comme des vérités premières par certains protagonistes, et dont les jeunes sont parfois friands), absolument pas un bon roman Adulte, à moins de viser le prix des lectrices Biba. On en a tiré un jeu vidéo ; honnêtement je n'aurais pas été étonné si on m'avait dit que l'adaptation s'était faite dans l'autre sens.
Tiens, j'ai fait plus long que prévu finalement.
Metro 2033, Dmitri Glukhovsky

jeudi 21 octobre 2010

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans


Planète SF, le site francophone des oeuvres de l'imaginaire vient de fêter son millième article. Fantastique, Science-fiction, Fantasy, Uchronie, Dystopie, tout y est.

Venez lire les chroniques passionnantes et passionnées des éminents blogueurs Anudar, Arutha, BiblioMan(u), Cracklou, Efelle, Génération sf, Giraud Larcher, Gizeus, Isil, Lael, Les singes de l'espace, Lhisbei, Naufragés Volontaires, Papa Fredo, Quadrant Alpha, Russkaya Fantastika, Tigger Lilly, Traqueur Stellaire, et Valunivers, sur leur blog respectif, ou sur le beau site Planète SF.

Venez participer à l'aventure en rejoignant le Planet avec votre blog. Vous n'avez pas de blog, créez-en un.

Venez discuter sur le forum du Planet et devenez y un Space Ork, un Futurologue, ou un Sardaukar (mon titre préféré), entre autres.

Merci encore aux deux admins, nozof et Guillaume44 (aka Traqueur Stellaire), pour leur travail invisible qui permet au vaisseau de voguer sans heurt vers l'infini, et au-delà.

Murnau réarrangé par Sepultura : Angelizer

Les lecteurs qui ne connaissent de Sire Cedric que l'auteur à succès de romans policiers horrifiques, lus et approuvés par votre serviteur Gromovar ici et , ignorent qu'il a, comme le docteur Jekyll, un double maléfique. Hier soir, à la salle du Jas' Rod, dans la jolie (?) ville des Pennes-Mirabeau, le démon était libéré en compagnie de ses potes d'Angelizer. La preuve, acquise au péril de ma vie, sur les photos ci-dessous.















Après le concert, la bête est retournée aux enfers, et le chaleureux Sire Cedric a fait un tour dans la salle pour discuter avec le public (enfin, chaleureux, ça ne crève pas les yeux sur la photo qui suit, et pourtant, croyez-moi, il l'est).



Précisons que les spectateurs étaient 40 selon la police et 14000 selon la CGT.

mardi 19 octobre 2010

Sarko, si tu savais, ta réforme...ta réfooorme


Quand "Les réformes ratées du président Sarkozy" est sorti en 2009, je ne l'ai pas acheté, craignant un des innombrables pamphlets anti-sarkozystes qui font les choux gras de l'édition française, et dont l'apport culturel est très limité. Les récents troubles autour de la réforme des retraites ont ranimé mon intérêt pour cet ouvrage, d'autant que j'ai déjà eu l'occasion d'apprécier les travaux de Pierre Cahuc dans La société de défiance. Et tant mieux.

"Les réformes ratées..." n'est pas un pamphlet. C'est un ouvrage très documenté qui réalise la dernière étape de la réalisation des politiques publiques, l'évaluation ; précisément celle qui est systématiquement oubliée. Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme et un discours qui voulaient réhabiliter le volontarisme en politique. A contrario de Lionel Jospin confessant "L'Etat ne peut pas tout" ou de François Mitterrand avouant "Contre le chômage, on a tout essayé", sans parler de Jacques Chirac somnolant à l'Elysée en regardant du sumo, Nicolas Sarkozy a cru et a fait croire que la volonté politique pouvait, comme la foi, déplacer les montagnes. Et les premiers mois de sa présidence ont donné l'impression que c'était vrai. Dans le cadre de ce qu'on a nommé l'hyperprésidence, les réformes, certaines bloquées depuis longtemps, s'enchainaient sans discontinuer. Sarkozy semblait en train de réussir où ses prédécesseurs avaient échoué. Pierre Cahuc et André Zylberberg montrent qu'il n'en est rien.

Les deux chercheurs étudient de manière systématique quelques réformes emblématiques du début du quinquennat. Pour chacune ils établissent une genèse, parfois sur des décennies, de la situation précédant la réforme. Puis ils présentent l'objectif de celle-ci, tel qu'annoncé par le gouvernement. Ils étudient ensuite en détail la procédure de fabrication législative mise en oeuvre, l'implémentation des textes votés, et évaluent les résultats de l'opération. Le constat est alors accablant. Derrière l'annonce, la plupart des réformes annoncées comme faites ont été vidées de leur signification au cours du processus législatif, et il arrive même que la nouvelle architecture soit plus couteuse que la précédente qu'elle était censée rationaliser.

Cahuc et Zilberberg illustrent leur propos avec :

la réforme de la formation professionnelle, complexifiée au lieu d'être simplifiée
la taxe carbone, censurée car inégalitaire et inefficace, et renvoyée aux calendes grecques
la réforme de la Carte Familles Nombreuses de la SNCF, plus lourde pour les finances publiques après réforme qu'avant
la réforme des régimes spéciaux de retraite, non évaluée financièrement, et vraisemblablement très couteuse
la modernisation du marché du travail, qui a créé une manière pour les entreprises de se séparer de leurs salariés au frais des organismes sociaux sans le fluidifier
la réforme de la représentation syndicale, qui a surtout conforté les deux syndicats majoritaires que sont la CGT et la CFDT
la libéralisation des professions règlementées, à partir de l'exemple des taxis, qui a abouti à renforcer leur position
la réforme des règles concernant la grande distribution, censée intensifier la concurrence pour augmenter le pouvoir d'achat et qui a accouché d'une souris
la défiscalisation des heures supplémentaires dont l'impact majeur a été de déclarer en franchise d'impôt des hs faites auparavant sous le manteau
le rSa, complexe, sous financé, inefficace en tant qu'incitation à la reprise d'emploi

Pour les auteurs, la stratégie sarkozyste qu'ils nomment étouffement / conciliation n'a pas fonctionné. L'étouffement, ouverture simultanée de très nombreux chantiers pour saturer les partenaires sociaux et en faire aboutir un maximum, rendait possible la conciliation, concessions faites dans les cas difficiles (et camouflées au milieu du grand nombre de fers au feu) pour éviter de bloquer l'ensemble du processus. Mais les nombreuses réformes présentées en un très court laps de temps ont souffert d'impréparation et de délais de négociation trop courts, du fait de la volonté d'afficher des résultats rapides. Ceci a permis aux lobbys, experts, élus locaux de se mobiliser pour contrer ce qui, dans ces projets, heurtait leurs intérêts, et d'utiliser leurs compétences spécialisées dans les négociations. Et de ce fait, pour passer quand même, le gouvernement a du, la plupart du temps, concéder des avantages nouveaux au groupes qui détenaient déjà des rentes de situation. L'efficacité économique n'y a pas gagné.

Pour sortir de cet immobilisme français, Cahuc et Zilberberg proposent en conclusion une réforme de la représentation syndicale pour la rendre vraiment représentative du monde du travail ainsi qu'une vaste rénovation de la vie politique commençant par l'interdiction du cumul des mandats, seule à même de professionnaliser les parlementaires.

Je crois que ce livre peut être lu avec autant de plaisir et de gain par un sarkozyste, un anti-sarkozyste, un indifférent. C'est, je pense, la marque des grands livres.

Signalons que l'article économique (donc plus complexe que le chapitre du livre, n'ayez pas peur) se trouve en téléchargement ici (courtesy of Le Figaro qui est fait-play sur le coup).

Les réformes ratées du président Sarkozy, Pierre Cahuc, André Zilberberg

samedi 16 octobre 2010

Evitez de manger, trop gras, trop sucré, trop salé


"Corpus delicti" est un roman qui avait tout pour me plaire et dont je sors déçu. Dommage.
Ecrit par Juli Zeh, une jeune auteure (j’ai une sainte horreur des mots féminisés) allemande, "Corpus delicti" est récemment sorti chez Actes Sud. Dans cet ouvrage, Zeh s’attaque à l’hygiénisme contemporain et en fait l’idéologie politique dominante d’une dystopie proche de nous. Face à l'injonction de santé, une femme résiste, un peu par accident. Le système la broiera.
Thème politique, société totalitaire, critique de l’hygiénisme (que je considère comme l'alliance incestueuse entre la forme la plus abjecte de l’idéologie contemporaine de la précaution et l'amour immodéré de soi), "Corpus delicti" aurait, a priori, du me ravir. Il n'en est malheureusement rien.
Pourtant, le début s'annonce sous de très bons auspices. Le texte de Zeh amène rapidement de nombreuses références, pertinentes et plutôt intelligemment illustrées : Adam Smith et la théorie de la somme des biens individuels conduisant au bien collectif ; des immeubles communautaires où le contrôle social est permanent (on pense aux chefs d'immeubles des totalitarismes du XXème siècle) ; un système politique, contrôlant même l'intérieur du corps, que n'aurait pas renié l'Hannah Arendt des critères du totalitarisme, mais un totalitarisme soft qui rappelle celui prophétisé par Tocqueville, dans lequel un Etat omnipotent "immense et tutélaire" joue le père dévoyé en empêchant ses "enfants" de grandir ; la récupération des "martyrs" par les groupes terroristes ; le rôle des terroristes comme facteurs de cohésion sociale, rappelant le Goldstein de 1984 par exemple ; le cynisme de ceux qui contrôlent la propagande et qui peuvent se permettre d'expliquer à leurs victimes comment le procès stalinien se déroulera et quel rôle ils devront involontairement y jouer. Défendant son frère mort face à la société, jusqu'à la sienne propre, Mia, l'héroïne du livre, est une Antigone dystopique. Et tout ceci m'agréait. Il y a même des traces d'humour : on se salue en disant "santé" (mais pas au sens de "prost"), on boit des tasses d'eau chaude car le café est nocif. Alors, quel fut donc le problème ? C'est que, rapidement, la forme m'est devenue insupportable. "Corpus delicti" est moins un roman qu'une pièce de théâtre déguisée. 7 personnages, dont un mort et un imaginaire, 4 lieux, 3 voisines servant de choeur antique et 3 policiers comme les gardes de Créon. Aucune transition, aucun extérieur. Chaque chapitre est un acte situé dans un lieu fini et mettant en scène un ou plusieurs des personnages. Je n'ai rien contre le théatre mais j'espérais ici lire un roman. De plus, les personnages (esquissés à la truelle) ne sont pas attachants, ni même vraiment incarnés (paradoxalement l'un des plus vrais est la fille imaginaire avec laquelle converse Mia). On n'éprouve rien pour eux, ni peur, ni joie, ni peine. Enfin, les dialogues et les situations sont rapides, hachés, parfois grandiloquents voire proche du ridicule. Ils semblent être déclamés à la vitesse de l'éclair, comme si Zeh avait hérité de ce qui n'est pas le meilleur dans le style de Dostoïevsky.
Juli Zeh, auteure (beurk !) de blanche, s'essaie à la dystopie avec beaucoup de bonnes idées mais une faible maitrise du genre. "Corpus delicti" est une preuve par l'absurde que la SFFF est un style à part entière, aussi difficile à maitriser que tous les autres.
Corpus delicti, Julie Zeh

jeudi 14 octobre 2010

Who watches the Watchmen ?


"Masked" est le dernière anthologie de Lou Anders, et elle est entièrement consacrée aux super-héros. Composée de quinze nouvelles de longueurs différentes (jusqu’à la novella), elle brosse un panorama de mythe super-héroïques contemporains, loin de l’unidimensionnalité des personnages des premières années du genre. Parmi ces super-humains, certains choisissent la voie, toujours coûteuse, de l’héroïsme, quand d’autres préfèrent utiliser leur supériorité dans des poursuites moralement et légalement condamnables. Pour aucun le choix n’est simple ou gratuit.
Dans la ligne initiée par le Watchmen d’Allan Moore et Dave Gibbons, "Masked" offre des histoires d’individus avec leur force, leur faiblesse, leur part d’ombre et de lumière. Les super-héros de cette anthologie sont des personnes humaines (du moins presque tous) qui ont une épaisseur, une histoire, des dilemmes, et leur part d’humanité en fait des freaks qui doivent faire au mieux avec leur différence dans un monde dont leur nature même les extrait. De ce fait, ces récits sont lisibles par toute personne intéressée par des histoires d’hommes, et pas uniquement par des lecteurs assidus de comics.

Qu’y a-t-il de bon dans cette longue anthologie ? Dans l’ordre d’apparition :

Matthew Sturges, Cleansed and Set in Gold, où l’on voit que l’héroïsme a un prix, le sacrifice, et que c’est un prix que l’on peut payer de quantité de manières différentes, jusqu’au dégoût de soi. Une belle histoire. L’auteur de Jack of Fables livre ici une superbe production.

James Maxey, Where their worm dieth not, la veille super-héroïque comme mythe de Sisyphe. Désespérément sans fin.

Paul Cornell, Secret Identity, une histoire plutôt amusante dans laquelle le concept d’identité secrète est poussé à son extrême limite.

Mike Carey, The Non-Event, où l’on voit comment un grain de sable peut enrayer une belle mécanique, et comment l’apparition des super-pouvoirs dans le monde a causé plus de dégâts qu’elle n’a résolu de problèmes.

Daryl Gregory, Message from the bubblegum factory, où l’on se demande si un monde sans super-pouvoir serait une meilleure chose, et où certains pensent qu’il faudrait renvoyer les capés dans leur dimension d’origine afin qu’ils y emportent le chaos avec eux.

Gail Simone, Thug, superbe histoire écrite sur le ton de l’Algernon de Daniel Keyes, dans laquelle un idiot surpuissant tente de bien faire, fait le mal, puis découvre la trahison. Et maintenant je me demande si Sabretooth ne serait pas qu’un demeuré colossalement fort.

Stephen Baxter, Vacuum Lad, des manipulations génétiques dans un futur proche, sur une Terre en voie de dévastation écologique, conduisent à l’apparition d’une race de héros qui seront peut-être les premiers extros quand ils cesseront de faire les pitres.

Joseph Malozzi, Downfall, enquête hard-boiled dans le monde des capés. Une novella riche et développée sur le temps et le rapport au passé, doublée d’une bonne histoire policière.

Ian McDonald, Tonight we fly, super-héros, vieillesse, retraite. Que deviennent-ils? Un beau récit nostalgique qui aurait pu être écrit par Clint Eastwood.

Bill Willingham, A to Z in the Ultimate Big Company Superhero Universe (and Villains Too), une longue et délicieuse histoire de super-héros à l’ancienne, remplie de références aux comics et à la mythologie. Les capés comme mythe moderne, Gaiman l’avait déjà fait dans American Gods, mais l’auteur du comics Fables apporte une vision dynamique, pleine de cris, de fureur, et de passion, de cette théorie.

Le reste (cinq nouvelles seulement) est dispensable, car inutilement complexe ou bien trop prosaïque.

Au final donc, une lecture plaisante pour tous et un must-have pour les lecteurs de comics. On remarquera que deux des meilleures nouvelles ont été écrites par les auteurs de Fables et de son spin-off. Bon sang ne saurait mentir.

Masked, Anthologie

mercredi 13 octobre 2010

CLEER



Critique de TiberiX

Il y a quelque temps je vous donnais un avis enthousiaste de ma lecture de "The City and The City" de China Miéville. Depuis la critique internationale m'a donné raison (oui, à moi spécifiquement) en lui attribuant les prix Hugo, Clarke et British SF. Rien de moins. L'origine de cet enthousiasme partagé est je crois largement due à la découverte d'un univers dégagé des habituels poncifs, et aussi cohérent qu'une horloge fabriquée par un maître horloger suisse paranoïaque. Miam donc.

Dans le même veine d'enthousiasme je propose à vos papilles littéraires : CLEER.

Pour être parfaitement honnête je me suis demandé longuement comment vous présenter cet objet. Les auteurs parlent eux-mêmes de fantaisie corporate. Que dire ? C'est parfaitement exact, mais aussi très trompeur sur la qualité essentielle de ce roman. Le côté corporate est a priori peu engageant : CLEER décrit en six tableaux au format de nouvelles, l'ascension de deux cadres redoutablement aiguisés, dans l'univers d'une grande multinationale à la culture vaguement sectaire. Le côté fantaisie quant à lui, est peu marqué : on découvre rapidement que l'un des deux cadres suit un programme de formation interne, qui a pour but de développer ses capacités de perception holistique. Mais ce n'est que le moteur d'allumage de ce dispositif littéraire complexe et élégant.

Prenons donc une autre approche pour essayer de vous faire percevoir l'objet. Une citation :

"Personne ne vient travailler chez nous par hasard. Nous devons calculer chaque rencontre, établir un chemin de signes. Des indications invisibles, aux frontières de la psyché, des indications discrètes pour ceux qui s'attirent, s'agrègent. La lumière attire la lumière. Vous êtes parmi nous parce que votre regard a su trancher, séparer le lourd du léger, ce qui est en haut de ce qui est en bas. Vous savez distinguer les traits, les visages, même dissimulés par la matière."

Je pourrais faire plus long, car la langue est belle, concise et remarquablement engageante. Et justement le ressort de ce roman est contenu sous des apparences lisses et très cadrées (le côté corporate). Au fur et à mesure de l'initiation de nos deux cadres, les apparences vont pas à pas se dissoudre et nous aspirer dans un ailleurs qui est celui des Anges. Un ailleurs terrible et ambiguë.

CLEER m'a beaucoup fait penser à ce qu'aurait pu écrire un Jean Ray contemporain de l'iPad. Au départ une chronique assez banale d'un quotidien que nous connaissons ou imaginons tous. Et puis, sans que l'on sache réellement définir quand cela est arrivé, on réalise que l’on a débouché depuis plusieurs chapitres dans un étrange radical. Quelque chose de tout aussi passionnant qu'Ubik, mais de beaucoup plus fin (et c'est un fanboy absolu de P.K. Dick qui écrit).

En résumé, ce roman est beau, subtil et progresse comme un boléro de Ravel assez dérangeant. Bref, à savourer de toute urgence.

Cleer, L.L. Kloetzer

L'avis d'Efelle

L'avis de Cédric Jeanneret

jeudi 7 octobre 2010

Le propre de l'Homme


Wolfgang Sofsky est un professeur de sociologie allemand à l'Université de Munich. Son "Traité de la violence" rassemble huit cours, légèrement remaniés. De ce fait, il n'y a pas d'unité structurelle à l'ouvrage. Huit chapitres, largement indépendants, se succèdent, et c'est le thème abordé, la violence, qui sert de fil conducteur.
Sociologue sans donnée, Sofsky écrit un peu comme un philosophe et c'est à une anthropologie de la violence qu'il nous convie. Chaque chapitre constitue une causerie sur un point précis, proche de ce que ferait un universitaire en petit comité. De ce fait, l'ouvrage est assez inhabituel, ni vraiment un texte académique, ni vraiment un essai. Le style de l'auteur rappelle fortement le Norbert Elias de "La civilisation des moeurs" ou de "La dynamique de l'Occident". Sofsky débute chaque partie par une fable ou un exemple historique pour introduire le propos qu'il va développer dans les pages suivantes, reprenant en cela une méthode utilisée par certains philosophes du passé, notamment Hobbes auquel Sofsky fait implicitement référence.
L'absence de but affiché de l'ouvrage, son aspect fragmenté, déroutent au début. Puis, les pages défilant, on se retrouve happé par la clarté de sa pensée, passionné par son sujet et la maitrise qu'il en étale sous les yeux du lecteur. En huit textes courts il analyse les rapports entre violence, ordre, révolution, arme et violence, violence et passion. Il décrit et distingue les mécanismes de torture, d'exécution, de massacre de masse. Il montre comment ceux qui sont victimes sont changés à jamais (on pense à La jeune fille et la mort de Roman Polansky), et quels sont les processus qui président aux actes violents. Enfin, dans un final lumineux, Sofsky pose se thèse : Culture et Violence ne sont pas antinomiques, au contraire la Culture fournit outils et justification idéologique à ce qui est le propre de l'Homme.
Profondément pessimiste, hobbesien dans l'esprit, le travail de Sofsky remplit une fonction de dévoilement. Après Turner, il n'était plus possible d'ignorer le fog londonien et ses multiples aspects ; après Sofsky, la violence devient une réalité perceptible et compréhensible.
Traité de la violence, Wolfgang Sofsky

Revue de presse (kind of)


J'avais dit le bien que je pensais du premier numéro de cette revue. Le second confirme. Dossier de fond sur la France, uchronie palestinienne, bd, prospective. C'est de l'intéressant et du bien écrit. 15€ c'est un peu cher mais c'est un trimestriel, donc ça coute moins qu'un paquet de cigarette par mois pour un plaisir bien plus intense.
Et Tigger Lilly est d'accord.
Usbek & Rica, n° 2

samedi 2 octobre 2010

La bonne action du 2 octobre


Peut-être un bon recueil de nouvelles (détails à venir), et en tout cas une bonne action.

Sur le site Unicornpegasuskitten, on peut télécharger gratuitement un recueil narrant neuf visions des aventures de John Scalzi, de Will Wheaton, et du pégase-chaton.

Oui ! Vous avez bien lu ! For free !

Mais, on peut aussi (et ça serait une grande idée) y faire un don à l'association partenaire, investie dans la lutte contre le lupus, qui est une maladie dont je ne sais rien mais qui n'est surement pas cool.

Clash of the geeks, Scalzi et al.

Rapport qualité-prix infini


Les êtres divins qui animent des blogs de SFFF ont reçu ce recueil par la poste, courtesy of Folio-SF et preuve tangible de l'amour des fidèles. Pour les autres, il est facile à obtenir au prix d'un petit effort. Il suffit d'acheter deux Folio-SF chez son libraire préféré (de préférence un libraire de quartier si vous voulez m'être agréable) pour recevoir en cadeau "L'o10ssée", recueil Folio-SF de 10 nouvelles dont 8 inédites en France. L'effort est modeste, qu'en est-il du prix ?

Sans thème unificateur, "L'O10ssée" est, c'est la loi du genre, inégal. Il contient néanmoins plus de bon que de mauvais. Voyons ça de plus près.

Mary Gentle, La route de Jérusalem, un monde uchronique très intéressant abritant une histoire trop banale.

Jean-Philippe Jaworski, Kenningar, une histoire de double et de nemesis dans un Moyen-Age décrit par Jowarski comme s'il en était natif. Toujours sans hésitation la plus belle plume française. Jaworski saurait rendre belle une liste de courses.

Philip K. Dick, le constructeur, excellente nouvelle à chute, typique de l'âge d'or, un bijou qui prouve que Dick n'est pas une icone pour rien.

Maïa Mazaurette, Chronos, une histoire bien écrite de rajeunissement à laquelle manque ce qui fait le sel des nouvelles de Mazaurette habituellement, à savoir l'ironie. Dommage, très dommage !

Christopher Priest, Vestige, jolie petite nouvelle bien écrite sur l'amour au-delà de la mort. Sans doute inutilement mystérieuse. Unité de temps, de lieu, et d'action auraient sûrement permis d'en faire un magnifique poème. Penses-y Christopher !

Thomas Day, Ethologie du tigre, sans aucun doute la meilleure nouvelle du recueil. Un texte qui mêle habilement humanisme et deep ecology. Beau, cohérent, fantastique sans trop l'être, il contient de tout un peu en proportions idéales.

Robert Silverberg, Passagers, ironique, mordant, efficace, le texte SF de Silverberg a toutes les qualités qu'on trouvait aussi dans celui de Dick. On se dit que ces deux gars seront encore dans les recueils publiés au XXXème siècle.

Ray Bradbury, La bétonnière à mafiosi, Dois-je en dire quelques chose ?

Stéphane Beauverger, Okw-, une nouvelle grolandesque, plutôt futée mais vraiment trop café du commerce dans son affirmation du "Tous pourris".

RC Wilson, Utriusque Cosmi, je ne l'avais pas aimée , je ne l'aime pas plus ici.

Ne serait-ce que pour le texte de Thomas Day, vous devez vous procurer ce recueil. J'ai dis.

L'O10ssée, Anthologie

L'avis du Traqueur Stellaire

L'avis d'Efelle

L'avis de Papa Fredo