vendredi 23 juillet 2010

Straight to New Belsen

NON. C'est l'été mais je n'irai pas à la plage.





'Cos despite being Pretty vacant, I don't want Holidays in the Sun.





I'll be back, soon.

mercredi 21 juillet 2010

Randolph "Néo" Carter


Novateur, intelligemment construit, visuellement époustouflant. Je joins ma voix au concert de louanges.
Inception, Christopher Nolan

mardi 20 juillet 2010

BOF


Prévisible, répétitif, invraisemblable parfois jusqu'à l'absurde.
James Rollins, l'auteur de "Map of Bones" (quoi que ce puisse être), compare Jeff Somers à William Gibson. En d'autres temps on l'aurait lapidé pour ce blasphème.
Give it a wide berth !
The electric church, Jeff Somers

lundi 19 juillet 2010

Run, Forrest, run !


"Accélération", du philosophe et sociologue allemand Hartmut Rosa, fait partie de ces tentatives assez rares de ce qu'on nomme des sociologies de la société. Dans ce groupe prestigieux d'ouvrages totalisants, on trouve entre autres, "Le capital" de Marx, "De la démocratie en Amérique" de Tocqueville, "De la division du travail social" de Durkheim, ou encore "La civilisation des moeurs" de Norbert Elias. Avec "Accélération", Hartmut Rosa réussit plutôt bien à s'intégrer dans ce panthéon. Comme ses illustres prédécesseurs, Rosa cherche à déterminer l'un des quelques facteurs centraux du passage à la modernité. Pour lui, l'accélération est l'un de ces facteurs, comme l'égalitarisme pour Tocqueville ou la division du travail pour Durkheim, pour ne citer qu'eux.
Synthétisant les travaux d'historiens, de sociologues, de juristes, ainsi que des écrits de philosophes, Rosa les utilise pour les dépasser et élaborer une théorie de l'accélération. Pour lui, celle-ci, définie comme une "augmentation quantitative par unité de temps" (peu importe ce qui augmente), est à la source des transformations causales premières de la modernité, pointées par les pères fondateurs de la sociologie, à savoir différenciation (Durkheim), rationalisation (Weber), domestication (Marx), et individualisation (Tocqueville), chacune de ces transformations étant cause et conséquence de l'accélération. L'auteur distingue trois types d'accélération : accélération technique, accélération des changements sociaux et culturels, et accélération du rythme de vie.
L'accélération technique est le fruit du progrès. Elle transforme les rapports entre temps et espace, en tendant à abolir l'espace. Elle devrait libérer du temps pour les individus, or ce n'est pas le cas. En effet le rythme de la croissance des envies et des potentialités est supérieur à celui de l'accélération technique, rendant caduque la croyance des économistes du début du XXème siècle qui pensaient, avec Veblen ou Keynes par exemple, que les gains de productivité libèreraient l'homme du travail et que le problème principal serait d'occuper le temps libre. Comme le montre ailleurs Marcuse, ça l'a plutôt enchainé à la marchandise, le rendant unidimensionnel.
L'accélération des transformations sociales et culturelles raccourcit la durée de ce qu'on peut nommer présent au sens de stable et en tension entre un passé dont l'expérience peut servir et un futur assez prévisible pour pouvoir être pensé. Les transformations étaient historiquement intergénérationnelles, la modernité les a rendues générationnelles, dans la post-modernité elles sont intragénérationnelles, oblitérant par là-même toute possibilité de projet de vie structuré et planifié (acquis de la modernité) au profit d'une tentative d'adaptation permanente à un contexte mouvant (Rosa parle assez joliment de l'homme post-moderne comme debout sur une pente qui s'écroule).
L'accélération du rythme de vie est liée à deux phénomènes : intensification des activités par la diminution des temps morts et des pauses, et multitasking. L'homme post-moderne ne peut se permettre de "perdre" du temps car le monde est en transformation rapide tout autour de lui et le temps perdu, en terme de contacts et d'opportunités, ne sera peut-être jamais rattrapable. Ceci explique largement les sensations de stress, d'urgence, qui sont caractéristiques de notre société. Alors que nous n'avons jamais travaillé de manière aussi efficace et rapide, nous avons le sentiment de n'avoir jamais autant manqué de temps. Rosa l'explique brillamment par la sécularisation fondamentale de nos sociétés. Libérées de toute perspective eschatologique, elles plongent l'homme dans un effroi métaphysique, conséquence de la certitude de sa finitude. La réponse à cet effroi est de considérer qu'une vie bonne (au sens antique du terme) est une vie remplie. Il faut donc la remplir avec le maximum de choses, d'activités (mot tellement banal aujourd'hui), d'autant que l'accélération technique permet de faire plus dans le même temps. Mais cette course de rat ne peut être gagnée par l'individu car avec la vitesse augmentent les activités réalisées mais aussi les activités potentiellement réalisables, toujours plus nombreuses. L'homme post-moderne court à perdre haleine vers un horizon qui se dérobe sans cesse à lui.
Ces trois formes d'accélération sont cause et conséquence les unes des autres. L'accélération technique permet le changement social et fait naitre une société où plus d'accélération technique encore est nécessaire ; elle permet aussi d'accélérer le rythme de vie, sans jamais atteindre un point d'équilibre où la vitesse serait considérée comme suffisante. Le changement social permet le progrès technique, comme Weber par exemple l'a montré, et en multipliant les groupes d'appartenance oblige les individus à accélérer le rythme de leus transactions. L'accélération du rythme de vie demande plus d'accélération technique, et rend les institutions, au sens de structures stables, obsolètes car trop lentes. Elle transforme aussi la culture en stigmatisant perte de temps et oisiveté, comme dans le meilleur puritanisme. Ce mécanisme d'action-réaction, une fois lancé, s'autoentretient parfaitement vers toujours plus d'accélération.
Fortement favorisée par les Etats au début de la modernité, les conséquences fondamentales de l'accélération sont innombrables pour Rosa, dans la mesure où c'est le soubassement social, le rapport des hommes aux institutions par l'entremise du temps, qui est bouleversé. Il en développe néanmoins deux : la perte de pouvoir de l'Etat au profit des entités plus rapides que sont les FMN et les marchés (ironie faustienne du sort), et la disparition de la possibilité de faire de sa vie un projet un tant soit peu organisé. Reste alors l'impression d'une fulgurante immobilité ou d'une pente qui s'écroule, pointée par les théories de fin de l'Histoire, au sens de transformation sociale pourvue d'un sens, les eschatologies laïques de type marxiste n'ayant pas survécu aux eschatologies religieuses qu'elles avaient remplacées.
L'existence, réelle, de quelques ilots de décélération, volontaires ou non, ne suffit pas à ralentir l'ensemble. Ils doivent au moins être préservés par l'Etat. C'est peut-être sa dernière fonction.
Dans son ouvrage, Rosa convoque de très nombreux auteurs, et de très nombreux travaux, à l'appui de sa thèse. J'en cite ici quelques-uns que j'apprécie ; Nietzsche, Weber, Durkheim, Marx, Giddens, Habermas, Bourdieu, Benjamin, etc... Que du beau monde donc.
Il y a encore beaucoup de choses dans "Accélération", et surtout une écriture intelligemment fluide, comme du Bourdieu en moins hermétique.
Accélération, Hartmut Rosa

mardi 13 juillet 2010

Marseille avant l'OM


1198. Philippe Auguste règne sur la France (une partie tout au moins) ; Richard Coeur de Lion est roi d'Angleterre et de quelques morceaux de France ; ils se battent évidemment bien un peu entre deux réconciliations. Innocent III devient pape. C'est un homme autoritaire qui interdira la lecture de la Bible au peuple, créera le concept de croisade politique, ordonnera la 4ème croisade qui mènera à la prise de Constantinople, ainsi que la croisade des Albigeois de sinistre mémoire. Un bien brave homme.
Marseille est un grand port par lequel transite beaucoup des hommes partant ou revenant des croisades. C'est une ville largement autonome, divisée entre juridiction civile et juridiction ecclésiastique, qui entretient des liens laches avec les grands comtés du Sud. Beaucoup de forces voudraient prendre le contrôle de cette ville. Une affaire de meurtre et d'enlèvement s'y épanouira en complot politique. Hugues de Fer, viguier de la ville, plus tard excommunié, tente de retrouver l'important disparu.
Jean d'Aillon, universitaire reconverti dans l'écriture de romans historiques, fait ici un impressionnant travail de reconstitution. Une grande érudition et de longues recherches lui permettent de présenter tous les enjeux de la possession de Marseille à la fin du XIIème siècle. Il convie aussi le lecteur à une visite de la ville et de ses environs, reprenant les noms originaux, et utilisant au mieux les véritables localisations. Le cosmopolitisme de la cité phocéenne, ainsi que sa passion de l'indépendance (Marseille "possède" deux forts, construits sous Louis XIV dans le but explicite de menacer la ville) sont visibles à chaque page. L'esclavage, encore présent dans la chrétienté à cette époque, est montré dans sa réalité, ce qui est très rare dans les romans historiques. L'écriture de Jean d'Aillon est très classique, d'aucuns pourraient dire pépère, mais elle est parfaitement efficace dans le cadre d'un whodunit politique. Les célébrités convoquées (Richard Coeur de Lion, Averroès) n'ajoutent rien, mais n'enlèvent rien non plus. Elles témoignent simplement du statut de carrefour du monde qui est celui de la ville à cette époque.
L'auteur offre une agréable promenade dans la Provence médiévale, à poursuivre dans "Paris, 1199", qui se passe autour du siège de Châlus, où Richard mourra de la gangrène, ce qui amènera Jean Sans Terre au pouvoir.
Marseille, 1198, Jean d'Aillon

lundi 12 juillet 2010

Rosalie, Rosalie, oh ! Rosalie, Rosalie, ah !


Fond géopolitique et forme rock, que demande le peuple ?
Carlos, Olivier Assayas

samedi 10 juillet 2010

X And (Not X) = 0


Ce très long roman graphique (plus de 300 pages) nous fait découvrir la quête de la logique formelle, au début du XXème siècle, vers des principes mathématiques exempts de tout axiome. A travers la vie de Bertrand Russel, philosophe et mathématicien célèbre pour avoir énoncé le paradoxe du barbier qui remettait en cause la théorie des ensembles de Cantor, et de sa passion dévorante pour une vérité dépourvue de toute interprétation et hypothèse axiomatique, nous découvrons les controverses qui agitent le monde très fermé de la logique. Les interactions entre Russel, Hilbert, Wittgenstein, Frege, Whitehead, Gödel, etc. (tous d'authentiques génies) nourrissent la réflexion des héros du roman, ainsi que celles du lecteur. Jamais ardu, ni abscons, "Logicomix" choisit, par le biais du récit biographique, de rendre son propos accessible à tous. Les dessins à la ligne claire sont très classiques, et ont le bon gout de se faire oublier pour laisser la primauté au discours. Cette aventure intellectuelle est passionnante, et elle pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses. Tant mieux.
A la fin, un long addendum, développe quantité de biographies et de concepts. "Logicomix" est sans conteste un libre d'honnête homme.
Logicomix, Doxiadis, Papadimitriou, Papadatos, Di Donna

L'avis de Néault

vendredi 9 juillet 2010

BOF


Une guerre nucléaire a ravagé le monde. Elle a duré 37 jours puis a cessé, faute de munitions et de combattants. A cause des retombées radioactives, tout est mort dans l'hémisphère nord. Les particules empoisonnées arriveront dans 9 mois en Australie, portées par les vents. Dans cette dernière terre habitée, il n'y a plus qu'à attendre une mort inéluctable.
Pitch intéressant pour ce roman, très connu des anglo-saxons, publié pendant la guerre froide. La réalisation est misérable.
D'abord, nous respectons les règles parce que nous sommes des gens décents. Situations ridicules où certains veulent payer des factures quelques jours avant la fin, où le protocole militaire est respecté jusqu'au bout (par exemple on coule un sous-marin nucléaire pour ne pas le laisser sans surveillance avec du matériel classifié à l'intérieur), où on fait une réunion pour décider d'avancer l'ouverture de la pêche, etc.
Ensuite nous sommes dans le déni total. Nous faisons du fourrage pour l'an prochain, nous nous lançons dans des aménagements paysagers au long cours, nous apprenons la sténo dactylo (c'était sûrement ça le plus drôle, évidemment ça concerne une femme), nous achetons des cadeaux pour rapporter à ceux que nous retrouverons quand nous rentrerons dans l'hémisphère nord, etc.
Enfin, c'est dramatiquement petit bourgeois. Pas de sexe entre les deux héros amoureux du livre (il est toujours marié à sa femme morte aux USA), on fait des parties durant lesquelles on danse sans se coucher trop tard, on convainc la direction de son club de sortir des caves les bouteilles de vieux sherry qui seront perdus sinon, etc.
Ce désastreux roman a été adapté au cinéma avec Grégory Peck et Ava Gardner, et je peux sans problème imaginer les longs plans fixes, les yeux mouillés, et les violons.
On the beach, Nevil Shute

mercredi 7 juillet 2010

Driving on the moon


Comment réaliser un sacrément bon petit film avec trois francs six sous ?
Avec un réalisateur créatif, Duncan Jones, et un acteur inspiré, Sam Rockwell. Ca ne vous rappelle pas Sam Raimi et Bruce Campbell ? Moi, si.
Sinon, pour le type de récit et l'esthétique, ça m'a évoqué "Bienvenue à Gattaca".
Moon, Duncan Jones

mardi 6 juillet 2010

Burp !


J'avais beaucoup aimé le volume 1 de Chew, tellement original et décalé. Le volume 2 est décevant. Le scénario est un peu confus, et ne présente guère d'intérêt, cherchant simplement, semble-t-il, le bizarre pour le bizarre. Le pouvoir, tellement spécial, du héros n'est plus utilisé que comme un gimmick, permettant de faire avancer les enquêtes sans qu'il soit besoin d'enquêter. Aucun personnage n'est attachant, ni même intéressant, et le chef tyrannique fait terriblement cliché aussi. "Chew" vol. 2 n'est pas déplaisant à lire, mais il est clairement dispensable.
Chew vol. 2, International flavor, Layman, Guillory

Deviens ce que tu es !


"No hero", comic du duo Ellis, Ryp, vient d'être publié en français par l'excellent éditeur Milady Graphics.
Violent, gore, intelligent, rusé, "No hero" est une vraie réussite, bien supérieure au "Black Summer" des mêmes.
Néault en parle tellement bien que je lui laisse l'exclusivité de la critique. Je sais, c'est bref, mais les comics c'est pas ma spécialité. Et je me rattraperai sous peu avec "Logicomix" et le tome 2 de Chew (même si je m'aperçois que pour le tome 1 j'avais déjà laissé la parole à Néault, bad me !).
No Hero, Ellis, Ryp

dimanche 4 juillet 2010

RIP 20,100

Vincent Moirin - aka 20,100 - est mort hier. Tric Trac est en deuil, et moi aussi.

Détails ici.

Fare well Vincent !

Cya !

If the Kids are United


Rousseau écrivit dans le "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" :
Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : "Ceci est à moi" et trouva assez de gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères, que d'horreurs n'eût point épargné au genre humain celui qui arrachant les pieux ou comblant les fossés, eût crié à ses semblables : "Gardez-vous d'écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne."

Environ un siècle plus tard, Proudhon écrivait plus sobrement :
La propriété, c'est le vol

Cory Doctorow a fait sienne ces deux idées. Militant très actif de l'Open Internet et du Creative Commons, il a écrit de nombreux textes, déjà chroniqués sur ce blog. Son dernier roman, "For the win", poursuit son travail de conviction.
Dans un futur très proche, les jeux online ont généré des activités parasitaires à une échelle inconnue aujourd'hui. Les chinese farmers, marginaux aujourd'hui, sont devenus, dans le monde décrit par Doctorow, les tenants d'une véritable activité économique et financière (j'insiste sur les deux termes, j'y reviendrai). Sur le modèle du développement de la zone indo-chinoise (bas salaires, conditions de travail inhumaines, exploitation, distorsion du taux de change) se greffe une activité de production de biens virtuels destinés à des clients occidentaux. Doctorow part d'une activité existante et la grossit jusqu'à l'absurde, faisant de ses jeunes héros les ouvriers d'usine des biens de la réalité virtuelle, comme leurs parents le sont pour les biens matériels. Les plus débrouillards de ces ouvriers vont s'organiser, en dépit de leur éloignement géographique, créer un syndicat virtuel, et lutter pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.
Dans une approche résolument marxiste, Doctorow dépeint des jeunes gens qui découvrent progressivement que le statut d'exploités n'est pas inscrit dans leurs gènes, qu'il n'y a pas de justification rationnelle aux super-profits, que seule la lutte organisée peut avoir un effet sur le système, et qu'il faut accepter des sacrifices importants en vies humaines pour espérer le faire changer (à fortiori quand une partie du système se trouve dans la République Populaire de Chine, pays peu réputé pour son approche démocratique et sociale).
Toujours didactique, Docotorow décrit avec forces détails les sociétés asiatiques, inégalitaires, brutales, et quasi mafieuses, dans lesquelles prospère ce qu'on appelle pudiquement, en économie internationale, la sous-traitance internationale liée à la Division Internationale du Travail. Il interlace son récit d'explications érudites et pourtant très compréhensibles sur les inégalités économiques qui sous-tendant ce marché, ainsi que sur les mécanismes financiers qu'il y imagine. Et cet aspect est l'illustration superbe de la créativité de l'auteur. En effet, Doctorow postule que l'or et les biens virtuels vont faire l'objet d'une spéculation financière internationale. Et très objectivement il n'y a aucune raison que ça n'arrive pas, la valeur d'une chose sur le marché n'étant soutenue que par la croyance qu'a le marché dans la valeur de la chose. Il explique donc les mécanismes d'arbitrage financiers, les notions de valeur fondamentale, la création et la valorisation de produits dérivés de plus en plus complexes, les fluctuations courtes et longues du marché, etc... Il explique les chaines de Ponzi (Hello, Bernie !). Il explique comment on peut frauder dans un jeu informatique où tout devrait être sous contrôle des serveurs. Il explique enfin la théorie des coûts de transaction de Coase et l'utilise comme argument pour affirmer qu'Internet, en permettant à tous les humains et à tous les travailleurs de se coordonner instantanément et sans coût, est un outil de rééquilibrage du rapport de force entre les prolétaires et les firmes dans le monde entier. C'est à cette échelle, planétaire, que doivent se produire les luttes, tant il est vrai que dans une approche marxiste la révolution ne peut être que mondiale car le capital est mobile. Et tout ceci dans un langage très compréhensible, je le répète. Doctorow rend le lecteur intelligent et lui donne le sentiment qu'il est intelligent.
La lutte des farmers se déploiera dans trois mondes, aucun plus important que l'autre : piquets de grève dans la réalité, blocage du gold farming dans la virtualité, attaque financière pour provoquer un krach des produits dérivés. Virtuel, réel, économie matérielle, et économie virtuelle, forment un tout consubstantiel et seuls les vieux syndicalistes de la vieille économie ne le voient pas, au début du moins.
Après ce concert de louanges, justifiées sans exception, une petite critique. "For the win" est moins excitant que Little Brother, la faute à des chapitres trop courts, à des allers-retours narratifs parfois un peu pénibles, à une accumulation de détails qui oublie parfois d'aller à l'essentiel. On aimerait plus de rythme. Néanmoins, même si je n'ai pas fusé dans les pages comme pour son précédent opus, "For the win" est un roman de grande qualité, intelligent, sensible, et instructif.
For the win, Cory Doctorow (gratuit en dl sur son site)

L'avis de Un lecteur

L'avis d'Alias

vendredi 2 juillet 2010

Toujours excellent


Bon. Pour le tome 2 a la fin du mois de janvier que j'annonçais il y a quelques mois, je dois admettre un excès d'enthousiasme. Mais l'attente n'a pas été vaine.
Le tome 2 de "Sarah" conserve toutes les qualités du premier, et poursuit enquêtes et révélations à un rythme soutenu.
Le style est toujours angoissant comme rarement une BD parvient à l'être. On navigue entre survival, serial killer story, et affaires non-classées. Le découpage distille le suspense, et les nombreuses images sans texte servent le récit, ce qui est loin d'être toujours le cas avec ce type de cases.
C'est excellent. Ca se conclura dans un tome 3 dont je vais prudemment ne rien dire. A lire le soir, seul, à la faible lumière.
Sarah, t2, Bec, Raffaele

All we ever got was cold


"La divine comédie" est l'opus 1 d'une nouvelle série intitulée "Zombies" et publiée chez Soleil.
Là, je veux vous entendre hurler ! Ras le bol des zombies ! Qu'ont-ils tous avec les zombies ? Ce n'est quand même pas une métaphore sur l'Equipe de France !?!
On aurait à priori raison de hurler, mais on aurait tort a posteriori.
"La divine comédie" est d'abord un très bel album. Des dessins réalistes, soutenus par un beau travail de colorisation, dans les tons ocres et les nuits pluvieuses, immergent le lecteur dans la réalité d'un monde au bord de l'anéantissement. Cholet et Champelovier sont largement responsables du plaisir qu'on prend à lire cet album.
Premier tome d'une série, "La divine comédie" peut pourtant se lire comme un one-shot. Il est donc facile de se lancer dans cet ouvrage, pour un essai, ou de l'offrir à un ami. Néanmoins, de nombreux fils sont lancés qui serviront à alimenter les épisodes suivants et j'attends avec impatience les révélations à venir. L'histoire est classique (la zombie story a ses passages obligés), sans l'être trop ; elle alterne avec bonheur des phases d'action (la survie) et des moments d'introspection (le retour à la vie), elle est vraiment émouvante, ce qui n'est pas évident à réaliser sur un récit de 48 planches seulement (nous ne sommes pas encore ici dans Walking Dead et ses bientôt 12 épisodes, mais souhaitons-lui le même succès). Bravo donc à Olivier Peru, le scénariste, pour la trame qu'il a mise en place, pour son dénouement, tragique, et pour son introduction, tragiquement drôle. Et vivement la suite.
Zombies, t1 La divine comédie, Peru, Cholet, Champelovier

L'avis du toujours excellent Néault