lundi 31 mai 2010

Atomic et vieilles dentelles


J'ai reçu il y a quelques jours "Paycheck", de Philip K. Dick, de la part de Nessie.
Impossible de lire de la SF sans connaitre et apprécier K. Dick. Et , comme pour tous les grands auteurs, chaque retour vers son œuvre est un plaisir nouveau. On ne se lasse pas, et l'émerveillement de la première rencontre est toujours présent à la Nième.
Les nouvelles rassemblées ici datent pour la plupart de l'age d'or de la SF, elles sont donc pleines de robots humanoïdes en fer blanc, de voitures fusées, d'ordinateurs omniscients, et de peur nucléaire. Vintage.
Passons donc en revue les 12 nouvelles que compte ce recueil.

La clause de salaire, donne son titre à l'ouvrage. Une histoire bien conduite de paradoxe temporel, dans laquelle mon moi passé prépare un avenir radieux à mon moi futur, au grand étonnement de celui-ci.

Nanny, est une petite histoire étonnante et rusée sur la course à l'obsolescence des produits que se livrent les entreprises capitalistes.

Le monde de Jon, définit le temps comme un système chaotique où de petites causes produisent de grands effets. Classique, mais on retrouve l'idée de l'imprévisibilité des conséquences qui était au centre du film L'effet papillon, par exemple.

Petit déjeuner au crépuscule, une histoire de glissement dimensionnel. Bof.

Une petite ville, décrit une fuite hors du réel tellement réussie que...(pas de spoiler). Ca m'a rappelé Boris Vian écrivant "Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée".

Le père truqué, nouvelle horrifique mettant en vedette un enfant, qui n'est pas sans rappeler "L'invasion des profanateurs de sépulture", pourtant adapté d'un autre roman. Nouvelle preuve que la peur de la Cinquième Colonne était forte à l'époque.

Là où il y a de l'hygiène..., nouvel avatar de la querelle des anciens et des modernes. Pourquoi et comment devient-on un résistant ?

Autofab, après la guerre nucléaire, les hommes ont ouvert une boite de Pandore en donnant tout le pouvoir productif à des systèmes automatiques bornés. Comment se sortir de ce péril ? Une très précoce apparition des machines (nano ?) auto réplicantes pour une panspermie mécanique.

Au temps de Poupée Pat, après la guerre nucléaire. Assez largement absurde.

Le suppléant, face à un ordinateur de gouvernement omniscient et omnipotent, les hommes auront-ils l'envie et la capacité de reprendre en main leur destinée ? Un texte caustique.

Un p'tit quelque chose pour nous, les temponautes, je n'y ai rien compris.

Les pré-personnes, en 1975, la loi Veil autorise l'avortement jusqu'à la 10ème semaine de grossesse, en 2001, la loi Aubry porte ce délai à 12 semaines. Si l'âge auquel un embryon devient considéré comme un humain nanti de droits peut changer, jusqu'où le pourrait-il ? Y a-t-il une limite ? Un texte anti avortement très intelligent, mêlant deux préoccupations du moment de sa rédaction, le droit à l'avortement et la croissance zéro.

Au final, très agréable balade dans la SF Golden Age, je ne peux que conseiller la lecture de "Paycheck". Merci encore à Nessie.

Paycheck, Philip K. Dick

dimanche 30 mai 2010

Born to be wild


RIP Dennis Hopper. Il est mort hier d'un cancer de la prostate. L'un des plus beaux salop de cinéma a été aussi l'un des promoteurs de la beat generation, et l'un des inventeurs du nouveau Hollywood dans les 70's. Les trois étoiles filantes de sa carrière : Easy Rider, Apocalypse Now, et Blue Velvet.
Fare well man !

jeudi 27 mai 2010

Inconfortable divan


Voici le nouvel ouvrage d'Alexandre Delaigue et Philippe Ménia, les animateurs de l'excellent blog Econoclaste, "Nos phobies économiques". J'avais beaucoup apprécié leur premier livre, Sexe, drogue, et économie, qui vulgarisait intelligemment les questions économiques. Je suis moins enthousiaste sur celui-ci.
Le point des auteurs est d'expliquer un certain nombre de questions économiques qui provoquent l'inquiétude des français, (exhaustivement : pouvoir d'achat, décroissance, dépenses de santé, gestion des pandémies, chômage, immigration, gratuité, banques) afin de les démythifier pour qu'elles ne se changent pas en phobies et que l'honnête homme puisse les aborder sereinement. L'intention est indéniablement bonne. Montrer les phénomènes économiques dans leur complexité devrait permettre d'éviter les analyses de bistrot et les affirmations de solutions à l'emporte-pièce (car comme le disait Bruno Etienne en amphi : "Quand quelqu'un vous dit que le problème est simple, il est con ou il vous prend pour un con, mais dans les deux cas c'est grave"). Je trouve malheureusement que la cible n'est pas vraiment atteinte. Pour le professionnel, rien de bien neuf dans ce livre ; ce n'est pas pour eux qu'il est écrit. Le problème vient du fait qu'il ne me semble pas écrit non plus pour le néophyte. J'ai pensé à mon entourage et me suis demandé à qui je pourrais offrir ce livre. N'en déplaise à mon entourage, à pas grand monde. En brossant toutes les explications théoriques sur chaque question traitée, en les confrontant aux faits, en montrant les indécisions et les doutes heuristiques des économistes, les auteurs font certes œuvre de vérité mais ils risquent de provoquer l'effet inverse de celui qu'ils recherchent. Le lecteur peut refermer "Nos phobies économiques" en se disant que, finalement, tout ce qu'il sait c'est qu'il ne sait rien et que les économistes eux-mêmes ne savent pas grand chose, ce qui ne sera guère de nature à calmer ses phobies (excluons de cette critique le chapitre plutôt bien fait sur la crise financière et bancaire). Si on cherche un cadeau pour la fête des pères, La prospérité du vice, de Daniel Cohen, me parait plus adapté à un béotien économique d'intelligence normale. Réserver "Nos phobies économiques" aux lycéens de Terminale SES ou aux étudiants de première année !
Nos phobies économiques, Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia

mercredi 26 mai 2010

Les chinois sont-ils des macrophages ?

Extrait d'un édito trouvé sur le site des Moutons électriques :

Étrange époque que celle où une pénurie de papier met une partie de l'édition en économie de rationnement… La raison d’une telle crise, dont bizarrement les médias ne parlent pas ? Le séisme au Chili, pays producteur de 20% de la pâte à papier utilisée en Europe continentale ; et l’achat massif par les Chinois de notre pâte à papier, dans le but de se mettre aux normes éco-responsables. Dans ces circonstances (pour le moins navrantes) et faute de faire partie des grandes maisons qui ont leurs propres stocks, nous avons été contraints de réaménager notre programme, avec bien des regrets, afin de réduire nos publications à un seul ouvrage par mois au lieu des deux habituels… Entre autres fâcheux reports, le onzième Fiction ne sortira qu'en septembre, faute que soient disponibles actuellement les trois papiers différents qui sont nécessaires à notre livre-revue.

mardi 25 mai 2010

Losers magnifiques


Sacha Gervasi a réalisé un superbe documentaire sur le groupe canadien de Speed Metal "Anvil".
Formé autour des amis d'enfance Robb et Lips, "Anvil" connut son heure de gloire au début des années 80, et créa le genre Speed Metal, caractérisé par la double grosse caisse. Les membres des plus grands groupes, Slayer, Motorhead, Thin Lizzy, Twisted Sisters, disent leur respect et l'inspiration qu'ils ont représentés. Puis le Trash Metal arriva et "Anvil" sortit de la scène mondiale.
Trente ans plus tard, "Anvil" existe toujours. Sans succès, sans argent, ils ont des emplois alimentaires, des femmes, des enfants. Mais ils n'ont jamais perdu la flamme. Sacha Gervasi montre l'enthousiasme et le découragement qui alternent chez eux sans fin. Nous suivons le groupe lors d'une désastreuse tournée européenne, organisée avec plus de bonne volonté que de compétence. Nous assistons à ce spectacle étonnant d'un groupe qui se produit dans de grands festivals à l'heure où tous les spectateurs ne sont pas encore arrivés, et qui est à la fois dedans, en tant qu'artiste, et dehors, en se comportant comme des fans par rapport aux autres groupes, qui leur font la conversation comme on la fait à un vieil oncle qui radote un peu. Nous voyons leur enthousiasme lorsqu'un producteur respecté accepte de les produire, puis les affres de la recherche de l'argent nécessaire à l'enregistrement de l'album, et la désillusion de son rejet par les maisons de disque. Nous voyons l'amitié indéfectible qui lie Robb et Lips, l'affection désabusée et attendrie que leur manifeste leur famille, la joie rayonnante qu'ils affichent après un concert inespéré devant une foule de japonais en délire.
Ces gens donnent envie de courir après ses rêves et de ne jamais lâcher, whatever the cost may be, comme l'avait dit Churchill en 1940. Ces gens donnent envie d'être comme eux, des loups et pas des chiens.
Grâce au documentaire, "Anvil" est invité au festival Hellfest en juin prochain. Je suis content pour eux.
The story of Anvil, Sacha Gervasi

Et si c'était vrai ?


Ne t'inquiète pas, ami lecteur. Je ne suis pas victime d'une crise de démence et je ne vais donc pas chroniquer du Marc Lévy.
L'uchronie est la forme fantastique que j'aime le plus, avec le post-apocalyptique. Et je suis malheureusement aussi souvent déçu par une forme que par l'autre, ceci étant sans doute une conséquence des attentes très élevées que j'ai dans ces domaines. Mais, ne désespérant jamais, j'ai acheté puis lu "The mammoth book of alternate histories". Voici de quoi il retourne.
Comme toujours dans les anthologies, tout n'est pas de qualité ; comme d'habitude je ne parlerai que des textes qui imho méritent l'effort d'une lecture. On pourra aussi reprocher à certains textes de ne pas exploiter le potentiel dramatique de l'uchronie et d'en faire un simple décor. Dans ce cas, elle est inutile, comme le texte qui la véhicule ; je n'en pas dirai donc rien non plus. Le recueil contient néanmoins quelques belles pièces d'écriture, que je vais détailler maintenant dans l'ordre de leur apparition :

James Morrow, The raft of the Titanic, une adaptation du Radeau de la Méduse au XXème siècle mettant en scène des survivants du Titanic qui, au lieu de s'entredévorer (quoique...), vont finir par créer une sorte de république progressiste qu'ils ne voudront plus quitter. Un texte drôle et engageant.

Eugene Byrne et Kim Newman, The wandering Christian, explore un monde où le christianisme n'a pas gagné et conquis la planète, un monde où Constantin ne s'est pas converti et où, dans le temps long, le christianisme, secte dissidente du judaïsme, s'est éteint progressivement.

Harry Harrisson et Tom Shippey, A letter from the Pope, ici c'est dans l'Angleterre pré-chrétienne que se fait la divergence, un roi choisit le paganisme là où nous croyons nous souvenir qu'il opta pour le christianisme.

Esther M. Friesner, Such a deal, où un Christophe Colomb financé par les arabes les aide indirectement à gagner leur guerre pendant la Reconquista.

A. A. Attanasio, Ink from the New Moon, décrit avec tendresse et nostalgie un monde où c'est la Chine qui a découvert et colonisé l'Amérique, puis doit la défendre contre l'invasion des européens.

Pat Cadigan, Dispatches from the Revolution, est une série de témoignages ex-post sur les évènements qui ont conduit à la dictature aux USA, conséquence directe des attentats de 1968 qui ensanglantèrent la tumultueuse convention démocrate de Chicago.

Kim Stanley Robinson, The Lucky Strike, dans lequel le courage d'un seul sauve la vie de centaines de milliers, au prix expiatoire de la sienne. Beau texte.

Judith Tarr, Roncesvalles (ça signifie Roncevaux), où nous voyons Charlemagne hésiter entre Christianisme et Islam, puis choisir, aidé par les évènements. Où nous voyons qu'il ne suffit pas d'être un traitre, il faut aussi être efficace.

Ian R. MacLeod, The english mutiny, joli texte narrant la guerre d'indépendance menée par les anglais afin de se libérer du joug de leur colonisateurs indiens. L'amitié virile, forgée dans la bataille, décrite par MacLeod dans la nouvelle, évoque l'excellent Ile du Soleil, du même auteur.

Chris Roberson, O One, une amusante petite historiette policière dans une Chine steampunk. Pas indispensable mais agréable à lire. Et prix Sidewise 2003 de la meilleure uchronie quand même.

Harry Turtledove, Islands in the Sea, du maitre américain de l'uchronie, un des deux meilleurs textes, où nous voyons comment les envoyés de Rome et ceux de l'Islam tentent de convaincre le Khan de Bulgarie de se convertir. De cette conversion dépendra le développement mondial de l'une ou l'autre religion. La controverse est passionnante, et la décision se fera sur des détails, rappelant une fois encore que lorsque le sage montre la Lune, l'idiot regarde le doigt.

Pierre Gévart, The Einstein Gun, le meilleur texte imho, Prix Infini 2001, qui montre de manière éclatante que le mieux est l'ennemi du bien et qu'il est peu judicieux de modifier le passé quand un système est aussi chaotique que l'est le système historique.

Pamela Sargent, The Sleeping Serpent, une histoire dans laquelle nous voyons les indiens d'Amérique mener une sanglante guerre d'extermination et régénérer de ce fait leurs cousins mongols amollis par leur européanisation. Une belle histoire de passage de témoin et de transformation.

Stephen Baxter, Darwin Anathema, procès posthume de Darwin dans un monde contemporain arriéré gouverné par l'Eglise, où la Sainte Inquisition (dirigée par le Cardinal Ratzinger, amusant clin d'œil) fait encore peser une chape de plomb sur la science. Etouffant.

Bilan pour moi : quatorze textes appréciés sur vingt-cinq, c'est satisfaisant, même si j'aurais voulu plus.

The mammoth book of alternate histories, Anthologie

samedi 22 mai 2010

Miam miam !


Fin officielle aujourd'hui du Swap cinéma du Traqueur Stellaire.
J'ai reçu dans un gros carton, il y a quelques jours, trois sachets, deux paquets cadeau, une carte et une citation de Philippe K. Dick. Carton expédié par la charmante Nessie, que Guillaume44 nous avait soigneusement caché.
Dans l'un des sachets, des bonbons qui "piquent un max" (j'adore littéralement), dans un autre, des bonbons aux "jus de fruits" (je ne connaissais pas mais j'en achèterai dorénavant ; c'est absolument délicieux), et dans le dernier, de merveilleux petits saucissons qui ont survécu moins de 10 minutes à l'ouverture du paquet 'grin'.
Pour la nourriture intellectuelle, importante aussi, "Southland Tales" un film post-ap avec The Rock (sachant que je suis un grand lecteur de post-ap c'était particulièrement approprié), et un K. Dick que je n'avais jamais lu, "Paycheck", qui a déjà filé dans ma pile.
Ce Swap a ainsi été une grande idée qui a permis de goûter et découvrir de nouvelles choses plaisantes.
Guillaume44 regroupe les tous liens concernant le Swap ici.

mercredi 19 mai 2010

Puérile résistance


Fin des années 80. Le SIDA est une maladie à l'issue fatale, d'apparition relativement récente ; aucun vaccin n'existe, ni aucun traitement efficace. Le SIDA inquiète, d'autant que son mode de transmission essentiellement sexuel éveille des fantasmes de pureté et de punition divine. Dieu aurait puni les tenants de la révolution sexuelle, homosexuels en tête, et les drogués. Pour une frange réactionnaire de la population, cette épidémie serait presque une bonne nouvelle. On peut à l'époque lire et entendre assez facilement quantité d'inepties pontifiantes sur le sujet. Et, comme il se doit, Jean-Marie Le Pen en profite pour s'illustrer en affirmant, en 1987, dans une émission politique grand public :
Les sidaïques, en respirant du virus par tous les pores, mettent en cause l'équilibre de la Nation. (...) Le sidaïque, (...) il faut bien le dire, est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C'est une espèce de lépreux, si vous voulez.
Il proposera aussi la création de sidatoriums, dans lesquels regrouper les séropositifs, et sans doute deux ou trois autres imbécillités oubliées depuis.
Deux auteurs, Behe et Toff, s'indignent à juste titre et commencent par sortir un one-shot en 1989 intitulé "Pêché mortel". Quelques années plus tard, 3 autre volumes sortiront qui lui feront suite, et le tout est aujourd'hui réédité sous forme d'intégrale.
220 pages pour 15 euros, "Pêché mortel" est une vraie bonne affaire. L'histoire est prenante, tortueuse à souhait, remplie de vieux secrets enfouis et de personnages troubles comme dans les récits véridiques de la Résistance auxquels il est d'ailleurs fait allusion. Même si je ne trouve pas le dessin superbe, trop brouillon et pisseusement colorisé, la lecture de cet album a été agréable.
Alors pourquoi ce titre de "Puérile résistance" ?
Béhé et Toff, tout à leur indignation vertueuse, commettent imho la faute de goût de produire une œuvre trop ouvertement militante, ce qui l'alourdit de maniérismes et de clichés qui prêtent à sourire. Entre les discours enflammés sur les droits de l'homme, le VIH renommé (œuvre à clé, mais à clé facile pour être sûr de ne pas rater la cible) VRH, l'ami martyr qui est gauchiste, les méchants qui sont bien entendu des fascistes et qu'on appelle des "fachos" parce que ça fait vraiment cool, les "fachos" qui adorent Jeanne d'Arc et qui sont néanmoins des dépravés, l'utopie mondiale qui suit la dictature et qui s'appelle l'Organisation Mondiale pour la Démocratie, j'ai eu l'impression de recevoir une longue perfusion de bien-pensance, et je ne peux m'empêcher de considérer cette implication très émotive comme profondément puérile.
Et pourtant l'album a de vraies qualités. Alors un conseil, Béhé et Toff, pour votre prochaine œuvre, buvez un coup, refroidissez, laissez votre pouls se calmer, et souvenez-vous que l'art pour l'art est décidément la plus belle des choses.
Pêché mortel, L'intégrale, Béhé, Toff

dimanche 16 mai 2010

Le Nebula pour Bacigalupi


The windup girl le superbe premier roman de Paolo Bacigalupi vient de recevoir le prix Nebula 2010 et il est amplement mérité.

samedi 15 mai 2010

Un Wagner pour les inspirer tous


Le tome 4 du "Crépuscule des dieux", intitulé "Brunhilde" est sorti récemment. Il est aussi excellent que les trois premiers. Dans un style réaliste, détaillé, et coloré, Djief illustre la superbe légende de "L'anneau des Nibelungen". Je déplore simplement, une fois encore, des visages trop triangulaires. Pour ce qui est du scénario, Jarry adapte, fort justement et sans ajout de mauvais aloi, le récit de la tétralogie de Wagner. La malédiction attachée à l'anneau des Nibelungen met en branle un cycle d'évènements qui conduiront inéluctablement à Ragnarök, le crépuscule des dieux, début de l'âge des hommes (nous n'y sommes pas encore à l'issue du tome 4) . Amoureux inconditionnel de la tétralogie wagnérienne, je suis émerveillé par la mise en image de cette immense saga. Lecteur et relecteur du "Seigneur des anneaux", je suis de ceux qui pensent que ce monument littéraire a été inspiré, peut-être involontairement, par l'oeuvre de Wagner, même si Tolkien s'en est toujours défendu. Il me semble en effet difficile de ne pas faire le lien entre ces deux anneaux, forgés magiquement, détenteurs de grands pouvoirs, corrompant ceux qui les possèdent, et inspirant chez eux une possessivité maladive et meurtrière qui conduit à la trahison et à la guerre. Rappelons aussi que les deux cycles se concluent par l'avènement de l'âge des hommes après la fin de celui des légendes.
"Le crépuscule des dieux" est beau comme sont beaux les grands mythes humains. Il bouleverse comme bouleverse le destin.
Deux détails :
Ce cycle de BD est à lire en écoutant la tétralogie, et en poussant le volume.
Le tome 4 est en ce moment vendu en pack avec le tome 0, par d'autres auteurs, qui raconte la forge de l'anneau par Alberic et son vol par Wotan. Ces évènements étaient, jusqu'à présent, seulement résumés en quelques planches au début du tome 1 original.
Le crépuscule des dieux, t4 Brunhilde, Jarry, Djief, Héban

vendredi 14 mai 2010

Zone verte


Seconde moitié du XXIème siècle. Un cataclysme a ravagé la Grande Bretagne. Dans une petite ville rurale, les survivants ont reconstruit, et vivent en autarcie dans la superstition et le refus de la culture savante, coupable à leurs yeux du malheur qui les a frappé. Trois jeunes fuguent pour aller voir ce qui reste de Londres, loin de l'ambiance étouffante de la communauté. Un paria se lance à leur poursuite pour les sauver des horreurs qui guettent dans le pays dévasté.
Eric Stalner signe ici le premier volume d'une série post-apocalyptique. Il donne à voir un pays dévasté où la nature a commencé à reprendre ses droits. Aux dangers qu'elle amène, il faut ajouter celui des humains qui tentent de survivre par tous les moyens possibles, même les moins moraux. Mais cette terre hostile n'est pas vierge d'intérêt. Deux institutions vont s'y affronter : un groupe de scientifiques cherchant à préserver le savoir dans un immense complexe fortifié, et une puissante corporation étrangère qui semble avoir de noirs desseins.
Eric Stalner réalise de superbes planches qui immergent le lecteur dans un monde en décomposition. Les effets de l'apocalypse sont visibles sur chaque page. Tout est beau et superbement colorisé. Il manque simplement à mon goût un peu de noirceur et de crauté.
Le scénario est, pour l'instant, captivant, avec des révélations à venir et un rythme haletant, ce qui n'est pas toujours le cas dans les premiers tomes.
Je n'avais pas beaucoup aimé "Voyageur", la série précédente de l'auteur ; il fait bien mieux ici. Le seul défaut qui reste, à mon sens, sur le plan graphique est la forme des visages, trop triangulaires. Mais c'est une question d'opinion personnelle. Et pour ce qui est du scénario, il n'y a, je crois, rien à redire.
La zone, t1 Sentinelles, Stalner

lundi 10 mai 2010

Ante Gothic


Suite et fin (provisoire) de ce qui restera dans l'Histoire comme "L'affaire des graphic novellas de Warren Ellis".
1816, "l'année sans été", à cause, déjà, d'un nuage volcanique : Mary Shelley, Percy Shelley, et Claire Clairmont, sont en route pour Genêve où ils doivent retrouver Lord Byron, dans sa demeure en bord de Lac Léman. C'est lors de ce séjour que Mary Shelley commenca l'écriture du chef d'oeuvre gothique "Frankenstein, le Prométhée moderne". Surgi des cerveaux romantiques de jeunes poètes enfiévrés, le monstre de Frankenstein entra alors pour l'éternité dans l'imaginaire collectif (on pourra voir avec effroi le très mauvais film Gothic de Ken Russel, censé narrer la nuit d'hystérie durant laquelle le monstre fut créé).
Warren Ellis imagine une rencontre entre Mary et sa créature, durant le voyage, avant l'arrivée dans la demeure de Byron. La créature, revenue dans un passé où elle n'existe pas encore pour rencontrer sa créatrice (ouch !), lui montre le passé, l'avenir, l'inspire.
Meilleur que "Aetheric mechanics" en raison d'un ton résolument nostalgique et d'une fin qui, elle, termine l'histoire, "Frankenstein's womb" n'en est pas moins tout aussi largement dispensable.
Frankenstein's womb, Ellis et Oleksicki

Desinit in piscem mulier formosa superne


Warren Ellis s'est récemment mis à écrire des graphic novellas. Sommairement, une graphic novella c'est un comic d'une cinquantaine de pages (dit comme ça, c'est moins sexy). Publiées par Avatar sous couverture souple, et vendues très bon marché par nos distributeurs favoris, ces novellas sont pour le moins attirantes. J'avais d'ailleurs adoré le Crécy d'Ellis et Caceres qui est véritablement excellent. J'avais malheureusement oublié cette règle absolue de la création artistique : "Qui peut le plus, peut le moins".
Disons le brièvement pour épargner mon temps et le tien, frêre lecteur, "Aetheric Mechanics" n'a strictement aucun intêret. Quelques jolies planches d'inspiration steampunk illustrent une histoire absurde faisant coexister sans la moindre tension dramatique Sherlock Holmes, le LHC, le steampunk, la Ruritanie, et j'en oublie sans doute, dans une bouillie bien fade qui se termine en queue de poisson.
Aetheric mechanics, Ellis et Pagliarani

samedi 8 mai 2010

Bonne nouvelle (de JC ?)


Océanique prix du Cafard cosmique 2010.
Un prix bien mérité pour un bien beau recueil. Merci à TiggerLilly pour l'info exclusive (et à El Jc pour me l'avoir offert ;-)

mercredi 5 mai 2010

BOFSKI


J'avais bien aimé Il est difficile d'être un dieu des frêres Strougatski. J'ai donc acheté "Stalker" d'un coeur léger et confiant, d'autant que la webcritique française est dithyrambique.

Juste à titre d'exemple :
Très poétique, lent et inquiétant,"Stalker" est aisément classifiable au rayon des “chefs-d’oeuvre inconnus”, in le Cafard Cosmique
Sa lecture confirmera au lecteur qu'il fait partie des grands classiques voire des chefs-d'oeuvre de la science fiction, in Sci-Fi Universe

Je déduis de ce qui précéde que je suis un vrai bourrin car je me suis ennuyé ferme en lisant "Stalker". Fondamentalement la situation n'évolue pas entre la première et la dernière page. Les aliens sont donc indifférents à l'Humanité. Leurs legs sont les détritus qu'ils ont oubliés au bord du chemin à la fin de leur pique-nique. Les humains n'ont aucunement les moyens de comprendre la technologie alien, ni leur psychologie, ni leur motivation. Ils nous sont totalement étrangers, et de toute façon, nous n'aurons sans doute plus jamais de "visite" de leur part. Il faut 200 pages pour s'en assurer mais on s'en doutait bien un peu dès le début. Je crois l'avoir déjà écrit ailleurs : pour passionner avec un long texte dont la progression dramatique est connue dès l'abord ou inexistante, il faut s'appeler Mishima et avoir écrit "Une soif d'amour", ou Victor Hugo et "L'homme qui rit", ou Dino Buzzati et "Le désert des Tartares". Je ne crois pas que les frêres Strougatski en soient là.
Stalker, Arkadi et Boris Strougatski

L'avis de Lorkhan

Fluide Glamour


Sortie ce mois-ci du premier numéro de "Fluide Glamour" le nouveau hors-série sexy de Fluide Glacial.
On retrouve dans cet opus auquel ont collaboré les éminentes et éminents Monsieur Lâm, Dupuy & Berbérian, Fleur Breto, Margaux Motin, Pacco, Anne Rouqette et Anne Barois, Cristiana, John Jay et Thiriet, Ovidie et John Billette, Krassinsky, Pingoo, Haudiquet, Sibylline et Vince, Emmanuelle Walker, Juan Alvarez et Jorge G., Nihoul et Bodart, Fioretto et Diglee, Di Carpaccio et Monsieur Z, Bertail, Aurélia Auritta, le mix de bd et d'articles humoristiques caractéristique de "Fluide Glacial" en version sexy et paritaire (quel vilain mot). C'est le joyeux bordel caractéristique de "Fluide Glacial" avec un niveau inégal, du très bon au très dispensable.

Qu'on se rassure, je n'ai pas oublié certains, j'ai gardé les meilleurs pour la fin : Maïa Mazaurette et Arthur de Pins dont les "Péchés Mignons" sont craquants, Arthur de Pins tout seul avec son Pussyfart killer, Manual Bartal et son "Sexorama" tellement bien vu dans un style statique qui évoque "Le chat" de Geluck.
Le blog du magazine est aussi bien sympa et vaut le coup d'oeil.

Fluide glamour, numéro 1, mai 2010

lundi 3 mai 2010

Mycopunk


Comme très irrégulièrement, je viens faire un petit aparté pour vous parler d'un livre que Gromovar risque de fuir. Et dans la mesure où je respecte fidèlement la ligne éditoriale du blog, je ne vais certainement pas vous raconter l'histoire. Je peux par contre vous indiquer qu'il s'agit du troisième roman de Jeff Vandermeer qui se passe dans l'univers dystopique d'Ambergris. Une ville-état portuaire qui après avoir péniblement survécu à une guerre civile, est maintenant occupée par une race d'homme-champignons. Habitants historiques des sous-sols, opposants mystérieux des pères fondateurs de la ville, responsables du Silence (un génocide instantané resté inexpliqué) et maitres d'une technologie mycologique surprenante ! Nous sommes donc en quelques pages immergés dans un roman noir mycopunk qui serait entre Dark City, Existenz et Naked Lunch. La société d'Ambergris sous occupation est sordide et crédible. Les occupants "têtes grises" diffusent un malaise et une paranoïa constante dans la population, des maladies fongiques mystérieuses sont propagées, des immeubles entiers sont digérés et remplacés par des structures organiques, des rebelles sont peut être présents mais sans agenda défini...Là où le roman aurait pu virer à la farce (les mémos au poste de police sont envoyés par des spores de la taille d'une orange qu'il faut casser au marteau pour obtenir le message)... tout s'intègre avec rapidité et souplesse. Comparé à la "Cité des Saints et des Fous", le ton est plus noir et mieux maîtrisé. C'est presque aussi bien que "The city & the city" de China Miéville. Que dire de plus ?
Finch, de Jeff Vandermeer

Post absolument pas objectif


J'ai toujours autant de difficultés (désolé Guillaume44) à chroniquer un roman de Pierre Bordage. Si ceux-ci sont clairement mes Madeleines de Proust, la prose qu'ils contiennent me ravit autant qu'elle m'irrite. "Frêre Kalkin" ne fait pas exception à la règle.
Pierre Bordage est un merveilleux conteur et un grand créateur de mondes surréels, il sait mener un récit avec rythme et conduire le lecteur dans une succession d'exotismes sans cesse renouvelés, mais il est hanté par des obsessions récurrentes qui sont en train de devenir névrotiques imho. Les Femmes sont toujours violentées par les hommes ; elles détiennent toujours la Vérité du fait de leur nature de Donneuse de Vie ; les Anciens sont toujours conservateurs voire réactionnaires ; les Gouvernements sont toujours incompétents ou corrompus ; l'Amour abat les montagnes et transforme le pire des hommes en Saint ; le Destin réunit ceux qui doivent l'être ; il y a deux formes de sexe, l'une qui est forcément la merveilleuse union de deux ames, et l'autre qui est forcément sale car vécue sans Amour ; etc...
Pour plus de détails sur la "patte" Bordage (et comme par choix je ne résume jamais les oeuvres) je ne peux que renvoyer sur mes trois posts précédents dont le plus récent est ici. Sachez simplement que "Frêre Kalkin" est aussi plaisant à lire que "Soeur Ynolde". Sachez aussi que j'ai eu en le refermant, comme à chaque fois, cette impression de plaisir un peu honteux qui caractérise la relation que j'entretiens avec les romans du grand Pierre. Et sachez enfin que j'achèterai évidemment le quatrième volume quand il sortira puis que je serai encore bien embêté pour le chroniquer.
Frêre Kalkin, Pierre Bordage

dimanche 2 mai 2010

Déchire grave


Vu "Kick-Ass" hier. Je sais ; je ne suis pas vif.
Tout lecteur de comics devrait prendre du plaisir à voir ce film. C'est rythmé, graphique, amusant, sérieux, réaliste (la description des petites misères des garçons adolescents est hilarante). Les personnages sont attachants (Hit Girl est merveilleuse) ; la complicité assumée avec le spectateur est agréable au lecteur de comics que je suis. J'ai passé deux heures de pur plaisir, régressif et jouissif.
Kick-Ass, Matthew Vaughn