mercredi 31 mars 2010

Bien mal acquis...


Après le succès public de la série des 7, Delcourt remet le couvert avec une série en 6 albums publiés sur l'année 2010. Chaque volume de la série "Le casse" racontera, comme son nom l'indique, un casse (quoique, dès le second volume c'est d'un enlèvement dont il sera question, ce qui signale que le mot "casse" est entendu très extensivement). Scénaristes et dessinateurs changeront à chaque fois, ce qui permet d'avoir une sortie rapide mais donne des albums de qualité inégale (à ne pas acheter les yeux fermés donc).
Le premier volume ,"Diamonds", est scénarisé par le grand Christophe Bec, dessiné par Dylan Teague, et colorisé par Christophe Araldi et Xavier Basset. Situé dans les mines de diamant de Sibérie, il place le lecteur au coeur d'une machination visant à dérober une cargaison de diamants. Classique, mais de bonne facture, le scénario de Bec insiste sur la dureté de ces lieux perdus, loin du regard des dieux, et des hommes qui y vivent. La longueur de l'ouvrage (64 planches) lui permet de donner un background à ses personnages et de développer une petite intrigue annexe, ce qui est rarement le cas dans la BD. De ce fait, les personnages principaux font vrai. L'emploi de textes assez abondants permet aussi à Bec de donner au lecteur quelques informations utiles sur la réalité sibérienne et son histoire tragique. Enfin, l'album se conclut par un twist désespérément ironique.
Les dessins, proche du photo-réalisme sans en être vraiment, sont de bonne qualité, et ils sont servis par une superbe colorisation qui donne à voir le brouillard, les contrastes entre la nuit sibérienne et l'éclairage artificiel des humains, la blancheur éblouissante de la neige. Les graphismes évoquent immédiatement une ambiance à la Bec. D'ailleurs, ce qui est étonnant dans les albums de Bec, c'est que même lorsqu'il ne dessine pas, on dirait qu'il le fait. Il doit martyriser ses dessinateurs pour avoir ce qu'il veut, par exemple ici ou .
A noter qu'il publie tellement en ce moment, et à un tel niveau de qualité, qu'il est en train de devenir le nouveau Corbeyran, ce qui sous ma plume n'est pas le moindre des compliments.
Ce premier volume ouvre donc avec bonheur la série "Le casse".
Le casse, t1, Diamonds, Bec, Teague, Araldy, Basset

lundi 29 mars 2010

Marseilleland


Dans le cadre d'un partenariat avec le site Ulike, et à l'occasion de la sortie du film qui en est l'adaptation, j'ai eu l'occasion de lire "L'immortel" de Franz-Olivier Giesbert.
Cette histoire de vengeance dans le milieu des truands marseillais, inspirée de faits réels (la rivalité entre Jacky le mat et Gaëtan Zampa), est d'une lecture rapide et plutôt agréable. Rapide, nerveux, le récit fonce sans temps mort (50 chapitres en 300 pages) à la vitesse d'un TGV (Sud-Est j'imagine). On y tue énormément, et de manière pas très propre, on torture pour délier des langues, on enlève, on complote. Les truands cotoient les politiques, les hommes d'affaire, et s'entretuent sous le regard peu intéressé de la police qui enquête sans grande conviction sur la guerre civile du milieu. Cet ouvrage est sincèrement divertissant pourvu qu'on ait le coeur bien accroché.

Mais :

Le cadre du roman n'est pas Marseille. "L'immortel" se déroule dans un Marseilleland rempli de tous les clichés éculés qui circulent sur la ville et qui n'existent que dans le cerveau de l'auteur.
D'abord, le langage employé frise souvent le ridicule, non seulement quand il est mis dans la bouche des locaux, mais bien plus dans les passages descriptifs où FOG se sent obligé d'écrire comme si toute sa famille était originaire de l'Estaque. C'était énervant dans la prose de Jean-Claude Izzo, c'est insupportable chez quelqu'un qui est né aux Etats-Unis et est issu de la bourgeoisie normande. Son vocabulaire sort tout droit du Dictionnaire du parler marseillais (qu'il a d'ailleurs l'honnêteté de citer nommément deux ou trois fois). Qu'on en juge : dans les quelques premières pages, le lecteur va croiser les mots jobastre bader s'encroire rascous pitchoun "tron de l'air" pistachier cafalot charcler zou etc... Je pourrais continuer pendant dix lignes. Ma grand-mère parlait comme ça, mais elle était né à la Capelette en 1905 et avait toujours vécu à Marseille. Je voudrais qu'on me présente les gens qui parlent comme ça aujourd'hui.
Ensuite, tous les passages obligés de la ville sont visités comme des stations du chemin de croix : les Goudes, le Vallon des Auffes, la place Thiars, les calanques, les Deux Garçons à Aix, etc...
Dans ce Marseille-là on lit bien sûr La Provence, mais aussi, histoire de bien faire, La Marseillaise et Marseille Hebdo. On mange des sardines à l'escabèche, et on répond aux policiers et aux juges avec le ton matois de Roland Courbis à son procès.
Le Marseille de "L'immortel" est tellement fantasmé qu'il n'y manque que César et Panisse en train de jouer une partie de cartes pendant que Spirito et Carbone s'acoquinent avec Simon Sabiani. A ma conaissance la mairie n'a guère apprécié la manière dont FOG a enfilé les clichés sur Marseille comme des perles sur un collier. FOG, Pagnol, même combat. Si tu aimes la Provence, lecteur, lis Giono.
L'immortel, Franz-Olivier Giesbert

dimanche 28 mars 2010

The boys are back


J'ai déjà parlé de l'excellente série de comics The boys.
A mon grand désappointement le 5ème volume de la série, titré fort justement "Herogasm", s'est révélé très ennuyeux et pas du tout orgastique. Intégralement situé pendant le Sping break des super-héros, ce volume n'a guère fait avancer l'histoire, et n'a sans doute amusé que les lecteurs ayant déjà participé à l'une de ces immenses orgies alcoolisées organisées à la fin d'une année scolaire pour les étudiants américains.
Avec le tome 6, les choses sérieuses reprennent. Les super-héros, toujours managés comme des sportifs par la multinationale Vought-American et toujours aussi peu héroïques, attaquent directement l'équipe des Boys. La réponse est, comme on peut l'imaginer, sanglante.
On découvre aussi dans ce volume le passé de Mother's Milk, celui de La Femme, et celui de Frenchie (dans une France fantasmée totalement désopilante).
Parodiant plus que jamais les publications Marvel, ce volume de "The boys" est, comme les précédents, violent, dur, sexuel, déjanté. Le super-héroïsme revisité par le punk, un must.
The boys, vol. 6, The self-preservation society, Garth Ennis, Darick Robertson

BOF


Après avoir lu l'excellent Nombreuses vies de Cthulhu, j'ai été pris d'une grande envie de relire Lovecraft. Mais j'ai beaucoup de mal à relire. Tant de nouveaux livres sortent ; un livre relu, c'est un nouveau livre lu en moins. En fouinant je suis donc tombé sur "Shadows over Baker Street", la rencontre alléchante entre Sherlock Holmes et les Grands Anciens. J'adore Lovecraft, j'adore Sherlock Holmes, ce n'est pas une relecture. A priori que du bon, j'avais trouvé la solution idéale.
Erreur grave. Les nombreuses et courtes nouvelles qui composent ce recueil ne peuvent jamais prendre assez d'ampleur pour apporter la moindre plaisir et elles sont incroyablement cookie-cutter pour des récits écrits par des auteurs différents.
Dans ce recueil on trouve du mauvais Lovecraft. Holmes résoud les problèmes, il trouve toujours la solution (d'ailleurs il connait souvent les mythes grace à de précédentes recherches), il n'est jamais vaincu, jamais écrasé par ses découvertes, jamais au bord de la folie. Il ne ressemble en rien à un personnage lovecraftien.
On trouve aussi du mauvais Sherlock Holmes. De fait il n'y a quasiment pas d'enquête, la plupart des "affaires" se résument à une présentation puis un déplacement unique pendant lequel Holmes trouve une solution définitive à une menace planétaire (rien de moins) sous les yeux éberlués et souvent incrédules de Watson, qui joue dans toutes ces nouvelles le rôle de l'idiot du village, qui ne sait pas, ne comprend pas, oublie ce qui s'est passé, ou croit avoir été victime d'un cauchemar.
Les deux seules nouvelles sauvables dans ce naufrage sont, ironie du sort, celles où Holmes n'apparait pas : il s'agit de "Tiger ! Tiger !" d'Elizabeth Bear et de "The weeping masks" de James Lowder. Grâce leur soit rendu, et toi, ami lecteur, passe ton chemin !
Shadows over Baker Street, Anthologie

jeudi 18 mars 2010

Chaque obstacle est une opportunité


Le monde de "Jennifer Government" est proche du nôtre dans le temps, et peut-être pas si loin dans l'organisation. Cauchemar des keynésiens, meilleure approximation de l'enfer pour les marxistes, ce monde est le paradis des ultra libéraux. Utopie von hayekienne réalisée, il est constitué de deux grands blocs, d'une part l'Union Européenne où il y a des taxes et "où les gens qui travaillent doivent donner une part de leur argent à ceux qui ne travaillent pas", d'autre part les pays US, où se situe l'action, où tout a été privatisé, où il n'y a plus de taxes et où tous les services sont payants, y compris la police, les secours, ou l'intervention gouvernementale. Dans ces pays, la régulation étatique a été presque complètement remplacée par une régulation contractuelle et judiciaire, et le "Gouvernement" n'est qu'un joueur parmi d'autres, en vague position d'arbitre. Dans ce monde, la publicité et la consommation sont la vie même, la loyauté d'entreprise s'est totalement substituée à toute loyauté nationale ou communautaire (le nom des salarymen est constitué d'un prénom suivi du nom de leur firme), les seuls achèvements qui vaillent sont entrepreneuriaux. L'homme y est unidimensionnel comme Herbert Marcuse prévoyait ici, dès les années 60, qu'il le deviendrait. Et les quelques "résistants" ne font objectivement pas le poids.
L'histoire commence quand John Nike a une brillante idée de guerilla marketing. La mise en oeuvre de cette stratégie aura pour conséquences ultimes un conflit armé, des actes terroristes, des meurtres et enlèvements. Personnage amoral, qui évoque l'archétype du capitaliste motivé par la seule recherche de la maximisation du profit, John Nike franchit progressivement toutes les étapes conduisant à une guerre économique totale et à une tentative d'éradication du "Gouvernement". Possédé par l'hubris, cet homme connaitra l'ascension, emportant avec lui, dans le bruit et la fureur, tous ceux qui l'approchent. "Jennifer Government", sa nemesis, transfuge écoeurée du monde de la publicité passée au "Gouvernement", n'aura de cesse de le traquer pour l'amener devant ce qui reste de justice, pour une chute qu'il vivra seul, quand le système capitaliste auquel il appartenait et qu'il a servi jusqu'à la déraison jugera qu'il est devenu trop dangereux.
Fortement ironique et caustique, le roman peut être lu comme un divertissement, une démonstration par l'absurde (il parait que les fans de Dilbert adorent cet auteur), ou plus sérieusement comme une mise en garde contre la folie d'une société dépouillée de toute rationalité en valeurs au profit d'une simple rationalité en finalité.
Constitué de chapitre courts, doté d'une écrituture très rythmée, "Jennifer Government" est une lecture agréable et addictive.
Jennifer Government, Max Barry

samedi 13 mars 2010

Projet Renaissance


"Block 109" est la dernière production de la jeune maison Akiléos. Cette imposante (200 pages) bande dessinée, réalisée par les deux auteurs français Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, est appelée à devenir un must have.
Le scénario de "Block 109" plonge le lecteur au coeur d'une uchronie dans laquelle Hitler a été assassiné en 1941 sans que le régime qu'il avait créé disparaisse. Ses successeurs continuent la guerre, rasent nucléairement leurs adversaires américains et anglais, puis, ne craignant plus rien à l'Ouest, se lancent dans une opération Barbarossa en retard dont l'issue est toujours incertaine en 1953, date du récit. Tout ceci est raconté en quelques planches "voix-off" au début de l'ouvrage. On entre ensuite dans le vif du sujet.
En 1953 donc, une nouvelle arme ultime, un virus biologique, est mise au point. Selon son mode d'utilisation, elle change des combattants ennemis en zombies cannibales ou des amis en super-soldats. Dans les deux cas, l'issue est fatale à court terme pour le porteur. L'éventualité d'une utilisation opérationnelle de cette arme entretient les rivalités, meurtrières (tant nous sommes entre gens que la morale n'étouffe pas), à la tête du pouvoir nazi, entre les diverses factions qui veulent contrôler le régime. Et sur le terrain, les derniers soldats allemands souffrent et meurent pour la plus grande gloire du Reich. Je n'en dis pas plus pour ne pas déflorer le suspense mais qu'on sache que le scénario est une merveille d'ingéniosité ; il y a bien plus de vérités cachées dans "Block 109" que le peu que j'ai dévoilé ci-dessus.
Au fil de nombreux rebondissements, il pose, intelligemment, de passionnantes questions sur le devoir, la responsabilité, la morale. Jusqu'où peut-on aller par conviction ? Tous les moyens sont-ils bons s'ils sont efficaces ? Y a-t-il des génocides justes ? La lecture de "Block 109" amène alors d'innombrables réminiscences. Le prince de Machiavel, Le savant et le politique de Max Weber, Par delà le bien et le mal de Nietzsche, ainsi que l'excellente série de BD Le pouvoir des innocents ; toutes ces oeuvres viennent à l'esprit en lisant ce beau récit de guerre, de fureur, de trahison, de complot, et de rédemption.
Les graphismes, crayonnés et colorisés dans des tons ocres pastels qui rappellent l'aquarelle, sont beaux et singuliers. Ils expriment fluidité, vitesse, et incertitude, collant ainsi parfaitement au récit.
Difficile d'être déçu par cet album, épuisé dès sa sortie et maintenant réimprimé, alors autant se le procurer.
Block 109, Brugeas, Toulhoat

L'avis de Néault

L'avis de Pitivier

L'avis d'Efelle

vendredi 12 mars 2010

Feeblepunk


Des personnages de la myhtologie juive utilisés dans des aventures modernes, le thême de ce recueil de nouvelles me séduisait à priori ; j'aime les crossover, on ne se refait pas. Grosse déception à l'arrivée.
"Hebrewpunk" est une tentative de mettre les légendes juives à la sauce urban fantasy. Composé de quatres histoires courtes, l'ouvrage est globalement faible. Alors, allons-y !

The heist, cette ridicule histoire, la plus typée urban fantasy, nous fait assister au cambriolage d'une banque du sang par un trio composé d'un golem, d'un vampire juif immunisé aux croix, et d'un tzaddick (sorte d'immortel mage de la tradition juive). Grumf !

Transylvania mission, la seule qui trouve grâce à mes yeux, a un parfum plaisant de Inglorious basterds avec son vampire juif traquant les loups-garous nazis en Roumanie. Le style écrit et l'histoire racontée sont ici au niveau d'une publication, contrairement à The heist.

Uganda, succession de carnets et de fragments narrant la tentative de créer un Etat juif en Afrique de l'Est au début du XXème siècle. Un juif prendra peut-être un plaisir référentiel à voir Theodor Herzl intriguer mystiquement ; je me sens peu concerné.

The dope fiend, tentative d'adopter un style noir dans un récit aux accents par moment lovecraftiens mais malheureusement bien trop confus.

Au final, un recueil qui ne vaut peut-être que pour des lecteurs qui verront avec amusement les personnages dont leur parlait leur grand-mêre dans d'autres rôles. Que les autres passent leur chemin.

Hebrewpunk, Lavie Tidhar

mercredi 10 mars 2010

Bacigalupi TM


Avec "The windup girl" Paolo Bacigalupi a remporté le prix Nébula 2009. Et ça me parait n'être que justice tant son premier roman est une réussite.
"The windup girl" se passe à quelques siècles (peu) de nous, à Bangkok. Il est dans la suite immédiate de la nouvelle "Yellow card man" dont il reprend, sous un autre nom, le personnage principal qui passe devient ici l'un des seconds rôles.
Foisonnant, chatoyant, le style de l'auteur lui permet de décrire avec moult détails la Bangkok future. Bacigalupi décrit sans jamais lasser, tant ce qu'il décrit est merveilleux. Nous partons donc à la découverte de Bangkok, ville tentaculaire entre palais royal, hermétiquement clos dans lequel vit (?) et règne (?) la Reine Enfant, clubs de débauche où quantité de fantasmes peuvent être assouvis, bidonvilles sordides où la vie ne dure guère, marchés de rue aux mille couleurs, immeubles en ruine, habitables ou non, vestiges de l'ère du pétrole. Cette ville étonnante, où s'entremêlent hitek et lotek, méga-éléphants OGM et pousse-pousses humains, ne survit que derrière d'immenses digues qui la protègent, aidées de gigantesques pompes, de la montée des eaux. Bangkok, peuplée de millions d'habitants, thaïs ou réfugiés chinois, plus quelques étrangers en quête de la richesse génétique de la Thaïlande, est une sorte de Saint-Jean d'Acre de l'avenir, carrefour du monde et des mondes, dangereuse et magnifique.
Bangkok est aussi la capitale de la Thaïlande, l'une des seules nations au monde qui a pu résister simultanément à la famine et au contrôle des multinationales, grâce à sa banque de semence et au travail de ses généticiens. Dans le monde, peu de pays ont réussi cet exploit ; et l'échec des autres a eu pour conséquence la famine, l'émeute, le massacre, l'anéantissement de l'Etat, le retour à la barbarie.
Le monde de "Windup girl", qu'est-il ? Plus de pétrole. L'energie est fournie, un peu, par du fuel de charbon, rare et rationné, et beaucoup par la transformation et le stockage de l'effort animal ou humain. Comme sous l'Antiquité, le moulin à bras est redevenu un générateur de choix, à cette différence que des ressorts en matériaux exotiques permettent de stocker et de transporter l'énergie obtenue. D'énormes progrès ont été faits en génétique et les hackers du monde de "Windup girl" sont des genehackers, qui modifient le patrimoine génétique des êtres vivants à des fins diverses et pas toujours avouables. Humains augmentés et programmés pour être obéissants, Cheshire cats dont la supériorité évolutionnaire a causé la disparition de la race féline originale, entre autres, pestes végétales qui détruisent les cultures et conduisent des nations entières à la famine à moins que celles-ci n'acceptent "l'aide" des multinationales du grain qui leur vendront des semences OGM stériles, maladies nouvelles, contagieuses et mortelles, élaborées par on ne sait trop qui sur le mode des virus informatiques, et j'en passe.
Dans ce décor absolument dépaysant, agissent des personnages complexes, dont les motivations publiques ne concordent que rarement avec les motivations privées, et qui tous luttent désespérément pour obtenir quelque chose qui leur parait indispensable. Survie, retour dans l'élite, enrichissement, pouvoir politique, honneur, tout les acteurs de "Windup girl" misent gros, jusqu'à leur vie, dans la lutte qui oppose la Thaïlande au reste du monde, le ministère de l'environnement à celui du commerce, la sécurité à la rentabilité, le peuple thaïlandais aux institutions thaïlandaises. Il y a chez les héros du roman une telle opiniâtreté qu'aucun ne laisse indifférent, qu'il soit héroïque, pathétique, répugnant, ou attendrissant. Bangkok est un personnage à part entière du livre, peut-être le plus important, mais les héros humains, et même les non-humains, ne sont pas en reste.
La lutte pour préserver la Thaïlande de l'influence des compagnies étrangères est passionnante de bout en bout, celle pour survivre dans un monde hostile ne l'est pas moins, et on pose le livre enchanté d'avoir visité cette Bangkok et d'en avoir vu tous les secrets dévoilés, et espérant secrètement un nouveau voyage dans ce pays, ou du moins dans ce monde, le plus rapidement possible.
The windup girl, Paolo Bacigalupi


L'avis du Traqueur Stellaire, et celui de Tigger Lilly

lundi 8 mars 2010

Nocturne


Début récent d'une bien jolie série au Lombard : "Les carnets de Darwin".
"L'oeil des celtes", premier tome de cette série signée Ocana et Runberg, introduit le lecteur au personnage de Charles Darwin, un homme bien plus mystérieux qu'il n'y parait. Chargé par le premier ministre d'enquêter sur des meurtres étranges commis sur un chantier de chemin de fer, il se lance à la recherche d'une créature légendaire dans l'Angleterre de la seconde moitié du XIXème siècle.
Le scénario de "L'oeil des celtes" parvient à amener à la connaissance du lecteur de nombreux sujets d'interrogation, sans en dévoiler trop, ni être hermétiquement cryptique. La trame narrative est agréablement conduite, elle permet de suffisamment progresser dans ce premier volume pour avoir le sentiment d'avoir compris quelques points tout en laissant assez de questions sans réponse pour donner envie d'en savoir plus avec le tome suivant.
L'Angleterre de 1860, en pleine croissance au prix d'une grande dureté sociale, est subtilement évoquée. Le personnage de Darwin évoque un inquiétant héros de Stevenson (trouvez lequel). Le graphisme, superbe, donne à voir une Angleterre sombre, de la nuit des forêts à celle des villes noyées dans le brouillard. Divers procédés cinématographiques sont utilisés, en particulier la vision subjective, et un flou, suggérant la vitesse, qui cache plus qu'il ne montre.
J'attends avec impatience le tome 2 pour avoir quelques réponses aux questions soulevées par ce premier opus.
L'oeil des celtes, Les carnets de Darwin t.1, Ocana, Runberg