mercredi 24 février 2010

Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn


"Les moutons électriques" sont éditeurs d'ouvrages de qualité. L'une de leur collection est intitulée "La bibliothèque rouge". Dirigée par André-François Ruaud et Xavier Mauméjean, elle regroupe des livres qui ont la particularité d'être des études documentaires sur des personnages de fiction traités biographiquement, comme des personnages réels. Sherlock Holmes, Dracula, Conan, entre autres, ont déjà eu les honneurs de la "bibliothèque rouge", en compagnie du véritable et authentique Jack l'Eventreur.
Le numéro qui nous intéresse ici est consacré à Cthulhu. Le grand Cthulhu, le terrible Cthulhu, le dormeur de R'lyeh, le rêveur éternel.
Plus de la moitié du volume est constitué d'une narration qui explique au lecteur comment les informations fragmentaires que nous avons sur Cthulhu et les Anciens nous ont été révélées, essentiellement à partir du début du XXème siècle, grâce aux recherches de quelques érudits passionnés, aux explorations permises par le progrès technique, à la redécouverte de grimoires incunables et périlleux. Suivant l'histoire de la mise au jour des Anciens par une frange éclairée de l'humanité, nous suivons aussi de fait l'histoire de ces créatures extra-dimensionnelles, nous obtenons quelques éclairages sur leur science, leurs guerres, leur conquêtes. Cette longue partie rédigée est complétée par une longue (30 pages) et exhaustive chronologie qui va du début de l'Univers à la fin de la Terre (considérant qu'après nous ne sommes plus concernés).
Le lecteur trouvera ensuite une brève mais passionnante biographie de Lovecraft (l'historiographe des Anciens sur Terre), plutôt plus réaliste que d'habitude. Suit la bibliographie des oeuvres utilisés pour la rédaction des "Nombreuses vies de Cthulhu". Enfin deux nouvelles en forme d'hommage. La première, "Des chats, des rats, et Bertie Wooster" de Peter Cannon, est une relecture de la nouvelle "Les rats dans les murs" de Lovecraft, vu par les yeux d'un personnage stupide et falot. Je n'ai trouvé aucun intérêt à ce pastiche qui vise la drôlerie sans jamais l'atteindre. La seconde nouvelle s'intitule "Le grand éveil", elle est l'oeuvre, cultivée et référentielle, de Kim Newman, et elle est aussi une relecture du mythe, à la mode noir cette fois. Mettant en scène un privé dans le plus pur style imper mastic / chapeau, à l'ironie désabusée digne de Nestor Burma, Kim Newman donne une suite au "Cauchemar d'Innsmouth" dans une Californie corrompue et traumatisée par l'attaque de Pearl Harbor. De la belle ouvrage cette fois.
Très abondamment illustré, "Les nombreuses vies de Cthulhu" est une vraie réussite, pour laquelle il faut saluer Patrick Marcel dont l'érudition cthuluesque impressionne. Souhaitons-lui de ne pas devenir fou comme tous ceux qui ont approché de trop près les secrets indicibles de l'Univers. Il m'a donné envie de me replonger dans les récits de Lovecraft pour une piqure de rappel.
Les nombreuses vies de Cthulhu, Patrick Marcel

vendredi 19 février 2010

Flashforward


Une expérience au LHC tourne mal, et chaque être humain sur Terre perd conscience durant deux minutes. Deux minutes pendant lesquelles chacun a une vision de deux minutes de son avenir, à vingt ans de maintenant. Ceci s'entend, sauf pour ceux qui seront morts et ont seulement deux minutes de black-out. Comment vivre sachant qu'on sera mort à échéance fixée ? Comment l'indice obtenu peut-il changer une vie ? Etre auto-réalisateur ? Combien d'espoirs étouffés dans l'oeuf ? Combien de vies améliorées par un espoir entrevu ?
Et puis, sur le plan théorique, le futur est-il déjà écrit, comme dans un cube de Minkowski ? Est-il seulement probable ? Peut-on alors, nantis de ces informations, le changer ? Et quid des univers parallèles ? La vision cause-t-elle une divergence ?
Ce livre est passionnant pendant les 90 premiers pour cent (ce qui honnêtement n'est pas mal). On s'intéresse théoriquement à la question de l'immutabilité de l'avenir et on s'intéresse concrètement aux différentes quêtes que mènent les personnages pour mieux connaître ou changer leur avenir. Ces 90 pour cent font l'intérêt de "Flashforward". La fin est malheureusement ratée. L'auteur nous gratifie d'abord d'une poursuite digne d'un actioner dans le tunnel du LHC, puis il nous assène sa vision de la post-humanité et de la fin des temps, comme trop d'auteurs de hard-sf le font ces jours-ci. Ces réserves faites, "Flashforward" est un roman qui saisit le lecteur et pose quelques questions intéressantes. C'est déjà beaucoup.
Flashforward, Robert J. Sawyer

lundi 15 février 2010

Fascisme laitier


Vingt ans après "L'amour en plus" qui traitait d'historique et magistrale façon la pseudo-naturalité de l'instinct maternel, Elisabeth Badinter revient sur la question avec un essai/pamphlet intitulé "Le conflit".
L'ouvrage dresse le constat alarmé du retour d'une forme de naturalisme dans la prescription sociale concernant la maternité. Quarante ans après les grandes luttes féministes, et alors qu'elle est encore loin d'être effective, l'égalité des sexes est attaquée par le versant de la maternité. Le rôle de mère entre en conflit avec la réalisation de soi (professionnelle ou autre), et la norme sociale (portée par les pédiatres, les psychologues, les mères et les copines) pose la mère comme prioritaire. Comment ce rôle s'est-il hypertrophié alors qu'il aurait logiquement du décroitre ?
Quand les femmes ont acquis un meilleur contrôle de leur fécondité grâce à la contraception et à l'avortement, on a pu penser que le fondement essentiel de l'inégalité des sexes était passé sous contrôle. On sait aujourd'hui que c'était faux. Le mouvement général, et récent, vers le naturalisme et la précaution, dans les sociétés occidentales, valorise l'image d'une mère idéale, à l'écoute permanente de son enfant, le gardant près d'elle durant les premières années de sa vie et lui donnant le sein à volonté. Difficile dans ces conditions d'avoir une autre activité, professionnelle ou militante. Et ce naturalisme bien pensant rend suspectes les femmes qui ne veulent pas d'enfants ou celles qui, stériles, font d'innombrables démarches médicales pour enfanter. Il rend indicible la déception de certaines mères ou leur absence de pulsion maternante. Pourquoi aller contre les édits de la Nature ? Comment, même, est-ce possible ? Rousseau est de retour.
Porté par une association internationale très active et influente, la Leche League (au discours ultra-conservateur, parfois à la limite du sectarisme), l'allaitement maternel est au coeur de ce retour de la "nature féminine". Présenté comme une panacée, il entre en conflit direct avec les autres modes d'épanouissement féminin. Il prescrit par ses contraintes propres la vie idéale de la mère idéale. Il fait de l'enfant un roi et de sa mère, pour quelques mois ou années, son esclave (je cite ici Edwige Antier, la très nunuche pédiatre de France Info et militante acharnée du naturalisme).
Or, dans la société individualiste et hédoniste qui est la notre, société mue par "la passion de soi" comme l'écrit Jean-Claude Kaufmann dans "L'invention de soi", la liberté individuelle est une valeur centrale. Pourquoi avoir des enfants alors, sachant qu'ils vont forcément limiter fortement la dite liberté ? (d'autant que l'élevage des enfants est encore largement assuré par les femmes en temps comme en effort). C'est que la socialisation lourde et de moins en moins implicite au désir d'enfant a bien fonctionné. De plus, dans notre société démocratique, l'enfant est un grand oeuvre à la portée de tous. On avait des enfants, comme sous-produit involontaire de la sexualité (voir à ce sujet le livre de Jared Diamond "Why is sex fun ?"), aujourd'hui on en "veut", comme on peut vouloir un objet de consommation (de fait une majorité des parents citent le plaisir attendu pour expliquer qu'ils "veuillent" un enfant), et parfois on les "fait" (le terme est explicite), traces de moi que je laisserai à l'humanité, effondrée d'apprendre ma disparition.
Voila pourquoi on en "fait". Mais aujourd'hui de plus en plus de femmes dans les pays occidentaux choisissent de ne pas en "faire" (entre oublieuses et childfree militantes), évitant ainsi une négociation problématique entre vie de femme et vie de mère, et choisissant dans un répertoire élargi les voies de leur épanouissement.
Elisabeth Badinter réaffirme ainsi le caractère largement culturel de "l'instinct maternel", mais surtout elle met en garde les femmes contre un retour à plus d'inégalités justifié par une prétendue nature.

PS : Il n'y a qu'à lire et entendre les cris d'orfraie que suscitent ce livre pour être convaincu qu'Elisabeth Badinter a visé juste en s'attaquant à l'un des totems principaux de notre société.

Le conflit, Elisabeth Badinter

dimanche 14 février 2010

476 AD


"Pump six" est le premier recueil de nouvelles de Paolo Bacigalupi. Il installe sans discussion son auteur comme une voix forte et innovante de la SF contemporaine. Je l'avais, il y a peu, rapidement présenté ici après avoir lu deux nouvelles téléchargées, j'ai découvert dans "Pump six", avec un grand plaisir, de nombreux autres aspects, toujours aussi passionnants, de son oeuvre ; empoisonnement chimique à bas bruit, modification de la fertilité, mutations, dégénérescence du cheptel humain, s'ajoutent aux thèmes précédemment évoqués. L'avenir que décrit Bacigalupi est terriblement sombre, et les hommes y vivent comme dans un Moyen-Age saupoudrés de technologie. Et, contrairement à ce qui advient dans les romans post-apocalyptiques, nul besoin d'un cataclysme pour ça ; l'humanité, minée par son incurie et sa gloutonnerie, s'effondre sous sa propre complexité.
C'est du bon, du très bon, et Bacigalupi est décidément un auteur à suivre et à ne pas lâcher.

Aucune nouvelle n'est mauvaise dans "Pump six", je vais donc les citer toutes :

Pocketful of Dharma, peut-être la plus faible (ennuyeux pour un début), misère, inégalités, constructs, mouais...

The fluted girl, pourrait être une nouvelle de fantasy tant elle est merveilleuse. Mais ici c'est la génétique qui crée le merveilleux et l'inégalité abyssale qui le change en monstruosité. Noir, très noir.

The peuple of sand and slag, que faire d'un chien quand on est un groupe de post-humains se nourrissant de silice sur un monde dévasté ? A quoi peut-il servir et comment peut-il survivre dès lors qu'il est dépourvu d'augmentations génétiques ?

The pasho, belle nouvelle sur la préservation et la circulation du savoir qui évoque "Un cantique pour Leibowitz" dans un style western.

The calorie man, dans un monde où chaque graine est copyrightée par les géants céréaliers, comment se libérer du joug de l'appropriation ?

The tamarisk hunter, comment la guerre de l'eau surviendra, à l'intérieur même des pays riches.

Pop squad, dans un style de roman noir avec flic à chapeau, les conséquences inévitables de l'immortalité et l'étrange survie d'un atavisme incompréhensible.

Yellow card man, noire et dure, grandeur et décadence, réfugiés politiques, vie et mort se succèdent sans rime ni raison (c'est beau comme un haïku ;-)

Softer, un instant de vie dans une vie insupportablement monotone, ses conséquences irréparables, comme il est facile de tuer quelqu'un.

Pump six, terrifiante nouvelle décrivant la chute ushérienne de New-York congestionnée par les déchets, la merde, les toxiques. Plus personne ne sait entretenir le legs du passé et la civilisation s'effondre paisiblement comme un soufflet dans l'indifférence générale. C'est la trajectoire de l'urbs romaine après l'Empire. Peut-être la meilleure nouvelle du recueil.

Small offerings, étonnante et dure nouvelle sur les mutations embryologiques et les bébés médicaments. Un twist inattendu.

Pump six and other stories, Paolo Bacigalupi

L'avis de Cédric Jeanneret

Opération Mains Propres



Petit post pour signaler le démarrage récent d'une bien jolie série de BD. Le Juge Bao est un personnage historique chinois (999-1062), devenu une légende. Nommé et investi des pleins pouvoirs par l'empereur Ren Zong pour lutter contre la corruption, endémique dans l'immense et prospère empire chinois médiéval (ça ne vous rappelle pas la Chine actuelle ?), le Juge Bao symbolise la défense des petits contre les bandits et les puissants. Il sillonne la Chine, accompagné de ses assistants, pour rendre la justice et démêler des affaires souvent complexes, comme le Juge Ti des romans de Van Gulik.
Ses aventures sont narrées dans une belle série de BD à l'italienne petit format, dessinées à l'encre dans un élégant noir et blanc. Patrick Marty est au scénario et Chongrui Nie au dessin, et l'un comme l'autre contribuent à créer un bel et passionnant objet.
Le premier tome "Le phoenix de Jade" est disponible au prix dérisoire de 7,50 € pour 160 pages (et en numérique pour ceux qui voudraient se priver du joli petit ouvrage). Le second paraitra en avril, bientôt. Neuf sortiront en tout.
SI tout ce qui précède ne vous a pas convaincu, je termine par une mauvaise raison d'acheter mais je suis prêt à tout pour vous convaincre : les Editions Fei, éditrices du Juge Bao, ont été créées par Xu Ge Fei, jeune chinoise posée en France après maintes pérégrinations, pour promouvoir les échanges culturels franco-chinois. C'est un projet auquel j'adhère sans difficulté.
Le Juge Bao et le phoenix de jade, Marty, Nie

L'avis d'Anudar

L'avis de Cédric Ferrand

Happy Valentine Day !

Pour fêter dignement cette Saint-Valentin j'offre à tous les passants cette interrogation de Lautréamont :

Qui comprendra pourquoi deux amants qui s’idolâtraient la veille, pour un mot mal interprété, s’écartent, l’un vers l’orient, l’autre vers l’occident, avec les aiguillons de la haine, de la vengeance, de l’amour et du remords, et ne se revoient plus, chacun drapé dans sa fierté solitaire. C’est un miracle qui se renouvelle chaque jour et qui n’en est pas moins miraculeux.

Et cette remarque de Cioran :

Commencer en poète et finir en gynécologue! De toutes les conditions, la moins enviable est celle d'amant.

vendredi 12 février 2010

Bel hommage


Remake du "Wolfman" de 1941 avec Lon Chaney Jr., le film de Joe Johnston sorti cette semaine est un bel hommage à son prédécesseur.
Malgré un cut trop heurté qui donne l'impression justifiée de quelques trous narratifs, ce film est un spectacle particulièrement plaisant. Le scénario est plus surprenant qu'initialement attendu, et, grace à une photo et à des décors somptueux, la magie du film original est dépassée. Gris, nuageux, brumeux, pluvieux, la lande anglaise et la ville de Londres sont d'une grande beauté. Quant aux lieux du drame (château de Sir Talbot, asile de Lambeth), ils évoquent ruine et décadence. Reprenant le style expressionniste de la Hammer, "Wolfman" le transcende par une utilisation judicieuse de la couleur et des éclairages. On pense à Sleepy Hollow, le côté burlesque en moins et le tragique gothique en plus.
"Wolfman" n'est pas parfait mais il est un spectacle très agréable à savourer comme un beau livre d'images.
Wolfman, Joe Johnston

mardi 9 février 2010

Banghaisgidheach


Suite et fin du très satisfaisant diptyque "Le dieu des cendres". Toujours étrangement beau, toujours très écrit. L'histoire se termine ici de belle manière avec une surprise inattendue qui rend le tout cohérent. Pour les amoureux de fantastique et ceux de l'Irlande, "Le dieu des cendres" est un achat judicieux, d'autant que, pour les impatients, la série est terminée et disponible.
Le dieu des cendres, t2, Eineachlan, Debois, Aja, Cordurié

dimanche 7 février 2010

Beware of God !


Premier ouvrage publié de Shalom Auslander, dont j'ai récemment lu "La lamentation du prépuce", "Beware of God" est un hilarant recueil de nouvelles (publié en français chez Belfond sous le titre "Attention, Dieu méchant").
Auslander attaque de plein fouet les absurdités de la religion dans un style plein de nonsense qui n'est pas sans rappeler les Monty Python à leurs meilleurs moments. Dans chacune de ces nouvelles il y a Dieu, ou des croyants, ou les deux. Et nul n'est à son avantage. Auslander pousse les pratiques à l'absurde, et il transpose de manière efficace les rites et les interdits dans des contextes absurdes. C'est drôle, intelligent, particulièrement bien vu. Pour apprécier il faudra aimer le blasphème, et il n'y a qu'à lire certains commentaires outragés sur le site d'Amazon pour savoir qu'Auslander vise juste et fait mouche.

On trouvera donc dans cet ouvrage :

The war of the Bernsteins, ou comment l'observance religieuse peut pourrir la vie d'un couple

Bobo the self-hating chimp, sur la désespérance liée aux affres de la foi

Somebody up there likes you, où un Dieu pulp fictionesque se montre beaucoup moins aimant que sa réputation

Heimish knows all, mon chien me méprise

Holocaust tips for kids, là je n'ai pas su s'il fallait rire

Waiting for Joe, où Joe est Dieu pour ses hamsters qui tentent d'interpréter son absence

Startling revelations from the lost book of Stan, un Da Vinci Code juif

One death to go, sur une fin du monde annoncée

The metamorphosis, un juif se réveille avec un corps de goy. Est-il toujours casher ?

Prophet's dilemma, où nous voyons comme il est difficile d'être un prophète de nos jours

They're all the same, hilarante réunion de travail entre Dieu et une agence de pub

Smite the heathens, Charlie Brown, guerre de religion chez les Peanuts

God is a happy chicken, et oui! Désolé ! Mais est-ce dicible ?

It ain't easy bein' supremey, où deux golems font l'exégèse de tous les ordres de leur créateur et ne font de ce fait rien d'utile. Ils finiront par s'entretuer pour des questions de doctrine

Beware of God, Shalom Auslander

L'avis de Cédric Ferrand

King encore plus digeste


Juste un mot pour signaler la sortie VO des deux premiers tomes (il y en aura six) de l'adaptation comics du "Stand" de Stephen King. J'ai déjà dit ailleurs que j'aimais les scénarios de King mais pas ses digressions. Le comics est le moyen idéal d'avoir l'un sans les autres ; Ajoutant au plaisir de l'histoire (l'adaptation est très fidèle) celui des yeux : les dessins et les couleurs sont superbes.
A noter que la VF commence à être publiée par Delcourt. Trois défauts pour cette version, une parution plus étalée dans le temps puisque chaque tome anglais sera coupé en deux, un prix conséquemment plus élevé aussi, un style BD traditionnel au lieu du format comics d'origine. Si on lit l'anglais, le choix est évident.
PS : Ce que vous pouvez voir au-dessus est la conséquence ultime d'une bonne grippe A.
The stand VO t1 et 2, Captain Trips et American Nightmares, Stephen King, Aguirre-Sacasa, Perkins, Martin

La pensée coloniale


Le dernier numéro de l'excellente revue d'histoire intellectuelle "1900" s'intéresse à ce que fut la pensée coloniale au tournant du XIXème et du XXème siècle.
Indispensable pour comprendre le phénomène sans regarder le passé avec les lunettes du présent, les papiers des chercheurs présentés permettent d'appréhender comment la colonisation fut perçue et pensée au moment même où elle se faisait.
Après une courte introduction, le premier article remet en cause le discours habituel sur anciennes ou nouvelles colonisation en la décrivant comme un jeu d'échec (ou plutôt de go) entre empires européens, aux règles jamais formalisées.
Nous lisons ensuite un article sur la posture de la gauche française face à la colonisation où nous voyons que même l'anticolonialisme n'a jamais la forme que nous imaginerions ici et maintenant.
L'histoire du Comité de défense des indigènes, nonobstant son ambiguïté, signe un intérêt métropolitain réel pour les droits des indigènes. Pour mener son action, ce comité a incidemment produit une partie de la connaissance française, en particulier juridique, sur les colonies.
Suit un entretien guère passionnant.
L'histoire "impériale" des sciences sociales montre des chercheurs, universitaires ou administrateurs, un peu en marge, oscillant sans cesse entre désir de connaissance "pures" et volonté d'aider à la gestion des colonies.
L'article suivant traite du droit au temps des colonies. Imbrication complexe et rarement cohérente du droit français, des droits et coutumes locales, et d'un droit ad hoc, le droit colonial illustre à merveille l'idée marxiste selon laquelle le droit est d'abord un instrument de domination.
La place de l'armée coloniale au sein de l'armée française est l'objet du papier suivant. Armée "différente" à tous points de vue, elle transforme la doctrine militaire, ou tente de le faire. Armée pensée dès l'origine comme celle de toute la nation, elle sera utilisée durant la première guerre mondiale sur le sol européen, à la différence des armées coloniales des autres pays.
L'article suivant étudie brièvement les mots du sionisme et montre le débat vif qui existe entre ceux qui pensent, comme Shlomo Sand par exemple, que le sionisme est une entreprise coloniale et leurs contempteurs.
Le dernier article s'intéresse à l'histoire édifiante du colonialisme sans colonie que fut celui de l'Italie.
Suivent l'"Ecrit sur l'indépendance de l'Egypte" de Sorel et des fiches de lecture.
Au final une passionnante lecture pour qui s'intéresse à l'histoire de la colonisation.
Pensée coloniale 1900, collectif

mercredi 3 février 2010

Micro Frankenstein

On peut télécharger ici une excellente nouvelle de Greg Egan, "Crystal Nights".
Un milliardaire crée l'ordinateur le plus rapide du monde pour y développer une intelligence artificielle par simple pression évolutive. Après maints essais et erreurs, les élèves deviennent intelligents, puis ils dépassent le maître ; et on découvre que les intelligences artificielles ont leur propre agenda, différent de celui de leur créateur. Ce démiurge assistera, impuissant, au départ de sa création pour l'univers de poche qu'elle s'est créé.
"Crystal Nights" est une intéressante réflexion sur l'omnipotence de Dieu, dont Egan pourrait tirer de bien plus longs développements. Croisons les doigts. Après tout, la nouvelle "Poussière", présente dans Océanique, est bien devenue le roman "La cité des permutants".

Achat malin

Sur l'excellent site Websciption on trouve des livres à acheter à petit prix sans DRM, sous divers formats, y compris pour les Kindle (et y compris quand le livre n'est pas disponible sur Amazon du fait d'un refus de l'auteur ou de l'éditeur). On trouve aussi, pour les amoureux des clubs de lecture, des abonnements mensuels pour 4 livres, publiés en 3 fois, avant la sortie de la version papier.
Un bien bon site qui permet de faire jouer la concurrence en se faisant plaisir (on dirait une remarque de AuFeminin.com, désolé).

Auteur à découvrir d'urgence

Paolo Bacigalupi est un jeune auteur américain à mon sens très prometteur. De nouvelles en roman, primés, il décrit un monde effondré qui est peut-être celui dans lequel nous vivrons.
Fin du pétrole, sources d'énergies alternatives forcément malthusiennes, fin de la société suburbaine, ruines, restriction des échanges internationaux, brevetage du vivant et en particulier des semences, police du copyright, génie génétique, virus génétiques comme pendant des virus informatiques, famines, émeutes de la faim, guerres ethniques, réfugiés par millions, inégalités inter et intra nationales. Le monde magnifiquement décrit avec force détails par Bacigalupi n'est pas un monde dans lequel on voudrait vivre (et pourtant n'est ce pas vers lui que nous nous dirigeons à grands pas ?). Il est presque une illustration parfaite des thèses sur l'Effondrement de Jared Diamond. Décidément, plus ça va, plus je me dis que le XXIème siècle sera misérable ou ne sera pas.

Paolo Bacigalupi a publié "Pump Six" (recueil de nouvelles) et très récemment "The windup girl" (roman).
Il donne quelques nouvelles en téléchargement sur son site ainsi que d'autres ici.