dimanche 31 janvier 2010

Cassandre


"Dissolution" est un énorme pavé de Jared Diamond, déjà auteur, entre autres, de De l'inégalité entre les sociétés.
Biologiste, géographe, environnementaliste, l'honnête homme Diamond s'intéresse depuis toujours aux facteurs qui expliquent que toutes les sociétés évoluent différemment. Dans "Effondrement" il cherche les points communs existants entre des sociétés qui se sont effondrées dans le passé, afin d'en tirer des guides peut-être utiles pour la notre. Qu'on adhère ou pas aux thèses développées, ce livre est passionnant et enrichissant pour tout lecteur attentif.
L'auteur décrit en longs et passionnants détails la grandeur et la décadence de quelques peuples anciens : les Pascuans, les vikings du Groenland, les Anasazis d'Amérique du Nord, les habitants des Pitcairn et Henderson, les Mayas. Par le biais de la synthèse (très) érudite des multiples études les concernant, Diamond dégage les variables clés de l'Effondrement. Elles sont, dit-il, au nombre de 5. Conduisent au désastre (relativement vite après une apogée) : la dégradation de l'environnement, les changements climatiques, l'hostilité des sociétés voisines, l'assèchement des relations commerciales, des réponses politiques et sociales inappropriées à ces évènements. Aucune variable n'est déterminante seule, mais leur accumulation dans une société amène sur la voie de l'effondrement par augmentation de sa probabilité de survenue. Le raisonnement ici est presque médical ; on recense et comptabilise les facteurs de risque.
Pour valider sa thèse, Diamond étudie ensuite l'exemple de trois sociétés qui ont réussi à surmonter leurs problèmes et à perdurer : la Nouvelle-Guinée, Tikopia, le Japon de l'ère Tokugawa. Il y montre que des réactions adaptées peuvent éviter le pire, et que ces réactions peuvent venir du bas comme du haut de la société, suivant la taille et le type d'organisation sociale. Diamond ne privilégie ni le bottom-up ni le top-down. Chaque cas appelle une réponse spécifique, mais dans les grandes sociétés le rôle du pouvoir central et de la contrainte est très important (autant pour la citoyennolatrie et l'incitolatrie).
Enfin Diamond étudie quelques effondrements contemporains (Rwanda, Haïti) ainsi que quelques sociétés en péril aujourd'hui (Chine, Australie, certaines parties des USA). Il montre enfin dans une récapitulation comment les problèmes identifiés dans le passé se posent à notre civilisation occidentale.
Le travail de Jared Diamond est absolument impressionnant. Ses monographies sont complètes, détaillées, et il utilise toutes les ressources de l'étude historique et archéologique pour reconstituer des chaines d'évènements. On apprend beaucoup sur l'archéologie en lisant "Effondrement". J'y ai découvert quantité de méthodes dont j'ignorais la simple existence. Tout le monde connait la datation au Carbone14, pas toujours fiable ou utilisable. Je sais maintenant qu'on peut aussi étudier le climat en analysant les pollens ou les alluvions, le couvert végétal (et sa nature) par la même méthode, le climat par la composition isotopique des carottes de glace, le climat par l'étude des cercles de croissance des arbres, la répartition alimentaire entre produits de la terre et produits de la mer par l'étude des déchets, mais aussi de manière plus précise par des techniques d'analyse osseuse, les déplacements de population par la génétique, etc. "Effondrement" est une superbe initiation à l'archéologie doublée d'un voyage réaliste dans le temps.
Sur le plan politique, car l'analyse conduit à des préconisations implicites, certains ont reproché à Diamond d'être malthusien, car il affirme que la dégradation environnementale est le résultat d'une croissance démographique trop importante autant que d'une mauvaise allocation des ressources. Cette équation parait tellement évidente que je ne sais même pas si ça vaut la peine d'en discuter, à moins d'être de ces optimistes béats qui considèrent que plus on est de fous, plus on rit. Diamond assume alors le rôle de l'épouvantail recyclant les idées du Club de Rome. Dans le même ordre d'idées, Diamond préconise la contrainte dans un monde qui ne peut entendre ce mot. Ce n'est certes pas un discours populaire, sauf dans les milieux les plus conscientisés, d'autant qu'il montre que la matérialisation de l'effondrement c'est d'abord la baisse du niveau de vie, la guerre, les tensions économiques et sociales, tant il est facile de s'entendre quand la société est prospère. Or ce que veut montrer Diamond c'est que, naturellement, nous n'allons pas disparaitre de la surface de la Terre, mais que notre mode de vie ne peut être pérenne, que le changement soit décidé ou subi. Economiser les ressources, ça signifie consommer moins, ce que les occidentaux ne veulent pas entendre.
"Effondrement" est un livre politiquement important. C'est aussi un livre scientifiquement important. C'est un livre que tout honnête homme devrait avoir lu pour participer au débat environnementaliste.
Effondrement, Jared Diamond

mercredi 27 janvier 2010

Corbeyrancore


Corbeyran termine avec "Le carnet" la série "Le Malvoulant". Décidément le bon Corbeyran rend ses devoirs ces jours-ci (voir ci-dessous). Tant mieux.
L'histoire du "Malvoulant" se situe fin XIXème, début XXème, dans l'Ouest de la France, dans cet Ouest mystérieux et forcément un peu magique, superbement illustré par Paul Marcel. Il suffit de feuilleter les premières planches du premier tome pour avoir envie de lire la série. Et cette impression de grande beauté graphique ne se dément jamais tout au long de la série. Le style de Paul Marcel rappelle les films de la Hammer, ou pour les plus jeunes l'excellent "Sleepy Hollow" de Tim Burton. Son dessin est expressionniste et c'est magnifique.
Le scénario est plus "classique" et plus straight que dans d'autres ouvrages de Corbeyran, bien que le mot soit mal choisi pour résumer une histoire qui commence par une cérémonie noire et un meurtre sur la lande. "Le Malvoulant" raconte une histoire fantastique de complot et de malédiction qui traverse les générations. De secrets en découvertes, le héros progresse vers la révélation de son identité puis de son destin, planifié avant sa naissance même par ceux qui constituent sa "famille".
Certains scénarios de Corbeyran sont sans doute plus élaborés mais une BD est une histoire dessinée et le dessin ici est un motif d'achat à lui-seul.
Le Malvoulant t3, Le Carnet, Corbeyran, Marcel

mardi 26 janvier 2010

Superbe


Sortie récente du tome 4 de la superbe série "Le régulateur" de Corbeyran / Moréno.
Dans un univers steampunk art-déco superbement mis en image et en couleurs par Eric et Marc Moreno, le très prolifique Corbeyran installe un système politique dictatorial (issu du chaos provoqué par une grande catastrophe écologique) qui pratique le meurtre légal et contrôle la société en se dissimulant sous le masque d'une démocratie élective. Dans ce monde attirant et repoussant à la fois, comme une fleur vénéneuse, un complot visant à installer une dictature authentique révèle d'anciens secrets et bouleverse l'équilibre précaire des pouvoirs dans la Cité.
La société décrite par Corbeyran emprunte à l'Angleterre victorienne, non seulement dans son esthétique, mais également dans quantité de petits éléments politiques qui rappellent l'âge d'or d'une démocratie à laquelle le peuple croyait encore, et montrent l'intérêt que l'auteur porte à ces questions. Sur ces (infra/super)structures surannées, rouillées, parasitées par des insectes, des rongeurs, des ambitions indicibles, Corbeyran greffe une technologie très avancée dans ses possibilités et archaïque dans son design. Mise au service de l'ambition de quelques-uns et développée dans une amoralité absolue, la technologie est le moyen du contrôle social. Le monstre de Frankenstein croise la société ouvrière de Jack London et la domine. Et comme chez Mary Shelley, certaines des créatures finiront par se retourner contre leurs créateurs.
Intelligent, tortueux, fouillé, le scénario (et le contexte dans lequel il se déploie) illustre une fois encore la maestria du grand Corbeyran, soutenu ici par l'excellent travail graphique des Moreno. La réalisation de cette belle série a été longue (8 ans depuis le tome 1), alors quand 4 volumes sont enfin disponibles simultanément il faut sauter sur l'occasion.
Le régulateur t4, 666 I.A., Corbeyran, Eric Moréno, Marc Moréno

Yummy !


Pas grand chose à ajouter à l'excellent (comme toujours) billet de Néault sur Chew.
Disons juste que la série est de grande qualité, parfaitement déjantée, quelque part entre X-Files, Les Incorruptibles, et Dexter, avec un look à la David Lynch cartooné (Burtonien peut-être ?).
Le graphisme soutient l'ambiance glauque à merveille, et il y a ce qu'il faut de rebondissements, d'action, de bons flics / sales flics, et de fil rouge (le secret des séries réussies) pour que la recette soit succulente. Il serait dommage de rater un OVNI pareil, d'autant que, comme le signale Néault, il est dispo et pas cher.
Vivement la suite.
Chew t1, Taster's choice, Layman, Guillory

jeudi 21 janvier 2010

Treif


Sur les conseils avisés de Cédric Ferrand je me suis récemment procuré "La lamentation du prépuce" de Shalom Auslander. Bien m'en a pris.
Shalom est un juif new-yorkais élevé dans une famille yiddish ultra-orthodoxe. On lui a enseigné à craindre Dieu plus que tout, à organiser sa vie dans le seul but de Lui plaire, à Le remercier à tout propos, y compris pour les pires horreurs. Son premier fils va bientôt naître. Doit-il le faire circoncire ?
Dans ce milieu communautaire, que ne renierait pas Emile Durkheim, le contrôle social est extrême, les règles innombrables, la culpabilisation permanente. C'est dans ce type de milieu qu'on peut observer les formes de suicide fataliste dus à des excès de régulation que décrit le père de la sociologie dans son ouvrage dédié "Le suicide" ; la seule liberté qui reste étant celle d'user, voire d'abuser, de son propre corps. C'est l'option que choisit l'auteur, un long suicide par procuration, par Dieu interposé. Violant toutes les règles de la cacherout, il passe sa vie à provoquer Dieu et le met au défi de répondre. Dieu étant singulièrement silencieux, Auslander vit dans un délire paranoïaque permanent, dans l'attente de la punition divine à venir. Car, il en est sûr, celle-ci viendra forcément, Dieu attend son heure, pour ajouter à la souffrance l'espoir brisé d'y avoir échappé.
L'art d'Auslander est de présenter sa biographie sur un ton ironique, mordant, drôle à mourir de rire. Il entremêle présent et passé, ses interrogations (forcément angoissées) sur l'accouchement de sa femme et la meilleure manière de traiter le prépuce de son fils (il voit d'ailleurs comme une preuve de l'ironie divine le sexe de son enfant ; une fille lui aurait évité tout dilemme), ses souvenirs d'enfant puis d'adolescent en révolte contre l'oppression d'une famille névrosée et d'une communauté authentiquement totalitaire. Sa guerre personnelle et permanente contre Dieu est l'occasion de multiples éclats de rire pour le lecteur. Sa capacité à blasphémer et à lutter contre sa socialisation primaire est revigorante. Même si, capable de lutter contre sa culture, il est incapable de s'en extraire et d'oublier Dieu une fois pour toute. Mais il est si difficile d'échapper à son histoire. Même Shalom a failli y succomber durant un (long) moment de faiblesse que je vous livre : "Au cours des mois suivants, je suis devenu un juif d'une piété extraordinaire, pour la raison la plus extraordinairement ordinaire : je me sentais aimé. Mes rabbins m'accueillaient dans leur famille. Il y avait des règles, bien sûr, mais je les comprenais, et quand elles m'échappaient il y avait toujours un livre de règlements que je pouvais consulter...Il a même été suggéré que la main de Malkie, la belle et chaste fille du principal rabbin de l'école, pourrait m'être accordée. En échange, il me suffisait de porter une yarmoulka, et un feutre noir par-dessus, et les phylactères, et les tsitsit, de me laisser pousser la barbe et les papillotes, de garder le reste de mes cheveux très courts, d'étudier le Talmud, la Torah, les Prophètes et les Psaumes, d'observer le Shabbat et la cacherout, d'éviter les gros mots, d'arrêter de lire des livres profanes, de ne plus fréquenter mes anciens amis, de ne pas parler aux filles et de promettre d'aller m'installer à Jérusalem. Sur le moment, cela m'a paru un marché honnête."
Un vrai bon livre à lire, un livre rassurant. Si le pendant musulman existe, je suis preneur.
La lamentation du prépuce, Shalom Auslander

L'avis de Cédric Ferrand
L'avis d'Efelle

mercredi 20 janvier 2010

Intrication


PRIX DU CAFARD COSMIQUE 2010

Troisième volume de l'intégrale raisonnée de Greg Egan éditée par Le Bélial, "Océanique" est une nouvelle réussite.
13 nouvelles composent ce recueil, doté s'une superbe couverture de Nicolas Fructus. Elles sont toutes de grande qualité, même si ma préférence va toujours à celles qui utilisent le plus les notions de fonction d'onde réduite et de multivers (chacun son pathos). Si ces dernières peuvent paraître difficiles d'accès ou rebutantes pour une personne dépourvue d'un bagage minimum en physique, Egan parvient IMHO à les rendre lisibles par tout un chacun. Et elles sont clairement les plus créatives, la marque de fabrique de Greg Egan ; avec les simulations de virtualités totales peuplées par des IA. Passons tout ceci brièvement en revue :

Gardes-frontières, belle histoire de temps qui passe chez les immortels (et de football quantique ; comme Greg Egan ne fait pas les chose à moitié on peut y jouer ici). On retrouve la thématique du vampire gardien de la mémoire ancienne qui était celle des romans d'Ann Rice.

Les Entiers sombres, est la suite d'une nouvelle précédente dans laquelle les mathématiques servent d'arme de guerre. Peut-être la moins convaincante, à moins que mon niveau en physique quantique ne soit pas suffisant pour en saisir les subtilités.

Mortelles ritournelles, superbe et drôle texte (ça c'est plutôt nouveau chez l'auteur) sur les méfaits de la publicité et des techniques de programmation neuro-linguistique et autres vaudous comportementalistes.

Le réserviste, sur le thème du clonage, le rêve d'immortalité de riches désoeuvrés prend forme au prix d'un sacrifice du (d'un) soi. Une réflexion désabusée sur la notion d'humanité, et définitivement quelque chose du "Prestige" de Christopher Priest dans ce texte cruel et ironique.

Poussière, que devient une IA entre deux cycles d'horloge ? C'est pour le savoir que le héros de cette nouvelle crée des copies numériques de lui-même sur lesquelles il expérimente. De la difficulté d'être un double numérique prisonnier à perpétuité d'un système, et une réflexion sur la conscience du soi.

Les tapis de Wang, déjà lue ici, sur le solipsisme (vous en connaissez beaucoup d'auteur de SF qui écrivent des nouvelles sur le solipsisme ?).

Océanique, très beau texte sur la foi et sa perte progressive. A noter une biologie toute particulière pour les protagonistes de ce récit.

Fidélité, contrôle de l'esprit et protection des sentiments. Est-il judicieux de faire chimiquement durer un amour pour toujours ? Sans risque, que vaut la vie ?

Lama, sans doute le meilleur texte. Enquête policière aux intrications politiques, il interroge la nécessité d'illusion consensuelle indispensable à l'existence d'un lien social (je sais, c'est vague, mais j'en écris volontairement le moins possible pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte).

Yeyuka, encore un texte politique qui aborde cette fois la question du copyright sur les médicaments opposé aux pays pauvres. Une vraie réflexion sur l'engagement de l'homme occidental face à la misère.

Singleton, j'ai compris ce que ça voulait dire mais l'intérêt m'a un peu échappé.

Oracle, qu'aurait été la vie d'Alan Turing s'il ne s'était pas suicidé ? comment notre vie aurait-elle pu s'orienter autrement ? je sais que ce thème est à la mode en ce moment mais le texte présenté ici date de 2001 alors on accordera la primeur à Egan.

Le Continent perdu, un texte très politique sur le problème des réfugiés. Le traitement aurait pu être non science-fictif.

Au final un troisième volume de grande qualité, plus militant que les deux premiers et de ce fait moins froid. A lire.

Océanique, Greg Egan

L'avis d'Efelle

jeudi 14 janvier 2010

Arrêtez-moi quand vous en aurez assez


Je vais encore parler de Cory Doctorow et encore en dire du bien.
A l'opposé exact de la misérable opération commerciale décrite dans mon post du 13, Cory Doctorow poursuit son opération de création libre de droits.
"Cory Doctorow's futuristic tales of the here and now" est l'adaptation en BD de 4 nouvelles qui se trouvaient dans le recueil Overclocked à savoir "Anda's game", "When sysadmins ruled the Earth", "I, Robot", "After the siege" + deux qui n'y étaient pas "Craphound" et "Nimby and the D-Hoppers". L'ouvrage est en vente en ligne, assorti d'une jolie signature manuscrite de Cory himself (le genre de chose auquel je ne résiste pas), mais il est aussi disponible en téléchargement gratuit ici.
Chaque nouvelle est traitée dans un style graphique différent (tous agréables et appropriés) et comporte en postface une interview de Cory Docotorow sur l'histoire elle-même. Cet album est une belle réussite de IDW Publishing qui m'a donné envie d'aller voir leur autres publications.
Cory Doctorow's futuristic tales of the here and now, (très) collectif

mercredi 13 janvier 2010

Record du monde de putasserie


La drolatique collection de romans sentimentaux Arlequin vient de créer une nouvelle sous-collection pour surfer sur la vague des créatures de la nuit sensuelles, initiée par le dramatique roman "Twilight", de Stéphanie Meyer, qui narre les aventures d'un vampire puceau.

Je ne résiste pas à l'envie de vous livrer in extenso "l'intrigue" de L'amant de la pleine lune :
Jamais cette femme ne sera à lui...Frustré, Michael Lindsay regarde Jane, si douce, si sensuelle. Sans doute, la plus belle de ses conquêtes ou de ses victimes. Derrière son look d'ange déchu, Michael Lindsay, rock star adulée des foules, cache, en effet, une créature avide de sang. Un vampire qui dans chacun de ses baisers tente désespérément d'étancher son inextinguible soif. Et voilà que pour la première fois de son existence, une femme lui est interdite. Car Michael a découvert le secret de Jane : elle est fille de sorcière et, en raison d'un sort jeté par ses ancêtres, une seule goutte de son sang peut le tuer. Ce qu'il ignore en revanche, c'est que pour continuer à vivre éternellement, Jane doit sacrifier un vampire, un soir de pleine lune...

Et celle de L'empreinte du loup :
Torrance a l'impression de vivre un cauchemar éveillé. Mason, l'homme qui vient de la sauver des êtres effrayants qui la traquent sans relâche, est lui aussi un loup-garou, une des créatures qui hantent ses nuits depuis toujours. Pourtant, afin d'échapper à la terrifiante menace qui pèse sur elle, elle accepte de le suivre, fascinée malgré elle par la force et le magnétisme qu'l dégage. Bientôt, dans la forêt où il l'a conduite pour la protéger, Mason lui révèle qu'elle est son « âme soeur » et que c'est ce lien qui a attiré sur elle la vengeance des loups rebelles. Troublée par cet aveu, captivée par la beauté sauvage de l'homme-loup, Torrance se laisse peu à peu séduire. Mais tandis que son amour grandit, Mason semble se détourner d'elle. Comme si le lien entre eux était trop fort, comme s'il craignait de la mettre en danger, en succombant à ses propres sentiments...

J'hésite entre exploser de rire et vomir de la bile.

lundi 11 janvier 2010

Makers en vrai, c'est au CES 2010

Que ceux parmi vous qui n'ont pas encore lu Makers de Cory Doctorow se couvrent la tête de cendres et confessent : "Je suis un chien lubrique contre-révolutionnaire".
Pour les autres (et même pour les premiers), voici une démonstration de ce qu'est une imprimante 3D. Je rappelle que ça sert à fabriquer des objets réels à partir de designs numériques, et que c'est au coeur de l'intrigue de Makers.

Si avec ça les designs de sextoys exotiques à fabriquer chez soi ne se multiplient pas exponentiellement, c'est que je ne n'ai rien compris à l'économie d'Internet.

dimanche 10 janvier 2010

Homo homini lupus


Sur la Grande Guerre je ne suis jamais objectif. Et j'ai tendance à tout lire, tout aimer.
Je crois qu'ici c'est justifié.
"Notre mère la guerre" emmène le lecteur au coeur de l'apocalyptique conflagration sur les pas d'un gendarme enquêtant sur des meurtres de femme.
Cruauté de la hiérarchie, boucherie absurde, ahurissement des soldats confrontés à l'inimaginable, tout a déjà était dit, dessiné, écrit. Pourquoi ouvrir "Notre mère la guerre" alors ? Parce que c'est bien écrit, avec de longs dialogues qui sonnent juste et qui montrent qu'on connait Henri Barbusse, et que le graphisme, tout fait d'aquarelles, est superbe, reflétant par son imprécision celle de la situation et des sentiments, dans lesquels s'expriment toutes les misères humaines. Plongez avec moi au coeur de la grande Guerre vous ne le regretterez pas.
Notre mère la guerre, t1, Maël, Kris

Effrayant


Nouvelle série fantastique de Christophe Bec. L'auteur dont j'avais beaucoup apprécié la série "Sanctuaire" et dont je savoure "Prométhée" se lance dans une série typée "angoisse". Et c'est une réussite absolue.
L'angoissante histoire de secret redneck auquel est confronté un couple de nouveaux venus dans une région rurale des Etats-Unis captive et inquiète, servie en cela par une illustration idéale de Stefano Raffaele. Sombre, étrange, angoissante, cinématographique dans sa découpe, la mise en image potentialise le récit.
To make a long story short, c'est la première fois que je ressens une vraie tension en lisant une BD d'angoisse. Si vous aimez le style, il ne faut pas passer à côté de ce premier tome de "Sarah", et que les impatients sachent que le tome 2 sort à la fin du mois.
Sarah, t1, Bec, Raffaele

Féerique noir


Court billet, je ne suis pas chroniqueur de BD.
"Encyclomerveille d'un tueur" est, comme son titre semble l'indiquer, une petite merveille.
A partir d'un récit de vengeance et d'initiation, oeuvre du grand écrivain antillais Patrick Chamoiseau, se déploie un monde merveilleux à la frontière entre la vie, la mort, les mythes. Thierry Ségur l'illustre en une succession de planches très colorées et dynamiques, qui sont aussi, par moment, douces et comme pastélisées, dans un style rococco qui sied parfaitement à l'histoire. Ségur nous donne à voir l'entre-monde dans lequel combattent les entités mythiques. Il sera difficile après de se le représenter autrement.
On termine ce récit, lovecraftien dans ses implicites, avec le plaisir d'avoir joui d'un bel objet et l'impatience de découvrir la suite.
Encyclomerveille d'un tueur, t1, Chamoiseau, Ségur

Désolé pour la couv'


"Way of the wolf" de E. E. Knight est un crossover plutôt réussi entre roman post-ap, roman fantastique, actionner et histoire d'initiation militaire.
Sur une Terre mise en coupe réglée par des "vampires" extra-terrestres, les hommes s'adaptent pour survivre ou regagner leur liberté. Certains résistent de manière organisée ou aident les résistants comme des fourmis anonymes, d'autres essaient seulement de recréer de petites communautés d'entraide pour augmenter leurs chances de survie, d'autres enfin collaborent de manière plus ou moins active. Ces façons de s'adapter à l'invasion sont celles qu'on retrouve dans toute société colonisée, et la manière dont E. E. Knight les décrit est convaincante, y compris quand il montre qu'existent des résistants au sein des envahisseurs. Pour les lecteurs fâchés avec l'Histoire de France, pensez à la série télé "V" ; pour les résistants internes, revoyez "Walkyrie" avec Tom Cruise.
Dans "Way of the wolf", le lecteur suit l'initiation dans la résistance d'un jeune homme aux talents exceptionnels. Devoir, courage, amour, famille assassinée, rien ne manque. Et c'est ce qui fait la faiblesse de ce roman. Même si elle est plutôt agréable à lire (à tel point que je vais peut-être lire le tome 2 "Choice of the cat") cette histoire bien rythmée (sauf à la fin, bâclée), et suffisamment mystérieuse pour être intrigante, est tellement cookie cutter qu'elle ne surprend jamais, et que l'accumulation des passages obligés de l'initiation militaire, aussi formels que les stations du Chemin de croix, amène parfois un sourire, comme lorsqu'on voit qu'un élève appliqué a bien respecté l'ensemble des consignes dans sa rédaction.
Way of the wolf, E. E. Knight

jeudi 7 janvier 2010

On steampunk

Parfois, je suis en parfait accord avec une interview. C'est le cas ici, et comme cela concerne des sujets qui nous intéressent tous, je viens lui donner le plus grand écho possible.

L'auteur s'appelle Lavie Tidhar et il est l'un des next big thing in steampunk. L'interview qu'il a donné à propos de son dernier roman "The bookman" est , et en voici un extrait, courtesy of ActuSF :

"Technology has always been a kind of magic. And our lives today are suffused with a magic we can rarely fully comprehend. The Internet, mobile phones, reusable launch vehicles (RLVs), jet planes and stealth bombers, GPS and smart bombs, Google and Twitter and Facebook, PCs, satellites and a forty-year old flag on the moon... technological advances expand exponentially, and Victorian London represents the moment when technology exploded beyond a single person’s ability to understand the mechanisms underlying it. The lone scientist of Victorian romance has been replaced with a multinational corporation’s research centre. Dr. Frankenstein has given way to Xerox PARC.

Steampunk allows us to revisit the magic of technology and again to take ownership of it. When we view our world through the lens of the Victorian era we can better understand it - and our place in it. The politics, the technology, the turbulent forces of colonialism and nationalism of the Victorian era are still present in our own - as are the fiction and the magic and excitement of the period."


Signalons que Lavie Tidhar est aussi l'auteur d'un recueil de nouvelles fantastiques mélant traditions hébraïques et pulp action intitulé "Hebrewpunk". Un titre pareil, je dois me le procurer. So, more on the way.