mercredi 29 décembre 2010

Un très bon téléfilm


Après Munin il y a quelques mois, et Hugin hier (les grands esprits se rencontrent), je viens de terminer "Warbreaker". Et je suis impressionnné de voir à quel point tout ce que j'écrivais sur Elantris, son premier roman, s'applique aussi à son dernier.
Mêmes défauts : une écriture et un vocabulaire trop contemporains, des retournements de situation en cascade, des situations parfois un peu molièresques.
Mais les mêmes qualités sont là aussi : un système de magie intéressant et utile au déroulement de l'histoire, beaucoup de dialogues enlevés (comme dirait Claude Ecken), un focus sur la connaissance qui apporte la réussite, des personnages originaux (notamment le Dieu Roi, ainsi que le Dieu qui ne croit pas à sa propre divinité), des trahisons, des batailles, un peu de géopolitique, et un système théocratique inquiétant.

Hugin et Munin ayant beaucoup écrit tous les deux sur ce livre, et mon post sur Elantris pouvant être repris presque intégralement, je ne vais pas m'étendre trop longuement ici. Qu'on sache seulement que, sans être en désaccord avec aucun des deux, mon opinion est plus proche de celle de Munin. Je trouve que "Warbreaker" est un roman d'aventure, certes imparfait mais intelligent et enlevé, qui ferait un très bon téléfilm et qui est me semble-t-il largement au niveau des films de cape et d'épées qui ont bercé notre enfance.
Warbreaker, Brandon Sanderson

Merci Santa


Le Père Noël a bien travaillé cette année. Voici ce que j'ai trouvé sous mon sapin (je vous laisse apprécier les titres sur la photo). Il y a même de quoi travailler sur les divers challenges auxquels je vais participer. Ainsi "Cygnis" et "En approchant de la fin" iront sur le post-ap et "Orages en terre de France" sur l'uchronie.
Avec le pilomètre tel qu'il est aujourd'hui (le zouave du pilomètre ayant les pieds dans l'eau), je devrais être tranquille quelques semaines en terme d'achat, jusqu'à la décrue.

samedi 25 décembre 2010

Last night a Santa saved my life


JOYEUX NOEL A TOUS !!!

ET RESTEZ SUR VOS GARDES !

mercredi 22 décembre 2010

(Chaine) Commande de dernière minute au Père Noël

Férocias (serial tagger) pense que nous devrions faire une dernière lettre au Père Noël qui serait certaine d'être exaucée. Ne voulant pas laisser passer l'occasion (si ça marche pas j'irai casser la gueule de Férocias), voici la mienne.



Cher Père Noël,

J'ai bien réfléchi à ce que je pourrais vouloir en plus cette année, au cas où tu n'aurais vraiment rien d'autre à faire.



Je ne veux ni ça (quoique...) :



Ni ça (trop risqué) :



Ni ça (trop voyant et difficile à garer) :



Ni ça (quoique s'il en sortait, au lieu des fruits et des légumes, du whisky single malt double cask, des spécialités de canards gras et d'oies grasses, des huitres Gillardeau, de succulents crustacés, des truffes, du filet de boeuf, entre autres, je pourrais me laisser convaincre) :



Non, ce que je veux vraiment, c'est plus de temps pour lire :

mardi 21 décembre 2010

Commencer un livre par le milieu, est-ce une hérésie ?


Taggé par Férocias pour répondre à cette étrange question, ma réponse va être brève et catégorique : OUI.

Commencer un livre par le milieu, comme passer des scènes sur un DVD (ou ne regarder qu'un oeil de La Joconde), est un manque de respect flagrant pour le travail de l'artiste qui a voulu un certain ordre, qui a tenté de donner un certain rythme, de créer des crescendos et décrescendos, de ménager des respirations. Ne pas respecter l'ordre voulu par l'artiste, c'est nier son travail. Et toute les conneries sur l'appropriation ou la réinterprétation par le spectateur ne sont que ça : des conneries dont la finalité est de rationaliser ex-post une incroyable goujaterie.

lundi 20 décembre 2010

Trop n'est pas assez


En 1984, Ulli et Edi, deux punkettes autrichiennes de 16 ans, fuient leur pays pour aller visiter l'Italie. "Trop n'est pas assez" raconte leur périple.

Cette autobiographie en BD, écrite par Ulli Lust vingt ans après, alors qu'elle est revenue à la banalité, est d'une franchise stupéfiante. Le voyage en Italie, fantasmé à Vienne, donne lieu à bien plus de galères que de plaisirs. Imaginez deux filles seules, peu farouches, sans argent, au look punk, dans un pays où les hommes sont des males frustrés en rut, et où cette attitude de liberté extrême est presque inconnue. D'autant que les deux filles, n'hésitant jamais à aller plus loin, poussent jusqu'à aller en Sicile, au contact de la mafia. Aux duretés de la vie de routarde s'ajoutent celles qu'imposent les étalons italiens, puis celles, plus dangereuses, qu'amène l'honorable société.


Dessiné dans le style punk caractéristique du "Do it yourself", c'est à dire griffonné sans prétention esthétique et colorisé essentiellement en vert, gris, noir, "Trop n'est pas assez" au titre français tellement réussi qu'il m'a attiré comme une lampe attire un papillon de nuit (alors que l'original allemand est plus banal), ne cache rien de ces mois si particuliers dans la vie d'Ulli.

Faire la route implique de mentir, de mendier, de voler, de se cacher, de ramper dans des endroits improbables, de dormir dans des squats ou dans la rue, d'être sale, d'avoir faim souvent, d'avoir peur parfois. C'est rencontrer quelques personnes de qualité et bien plus de déceptions. C'est découvrir qu'on n'est que ce qu'on parait pour la plupart des gens. Il y a aussi un aspect important de la route au féminin qu'Ulli ne cache pas, c'est l'échange implicite sexe contre hébergement, ou sexe contre nourriture. Si fréquent qu'il finit par devenir parfaitement explicite dans l'esprit des filles qui choisissent des mecs en boite en disant "Nous choisissons notre hébergement". Alors que la peur du SIDA n'existe pas encore, Ulli et Edi usent et abusent de leur sexualité comme d'une monnaie d'échange.

Faire la route en Italie quand on est une fille implique d'être harcelée toute la journée par des jeunes hommes qui n'arrivent pas à croire ce qu'ils voient. A l'opposé de leurs femmes si pures, les deux punkettes autrichiennes représentent le mal, la tentation, une liberté qu'ils n'ont aucun espoir de connaitre un jour, si ce n'est par procuration. Ulli et Edi sont deux Lilith teutonnes arpentant les rues de la péninsule pour corrompre des jeune garçons qui ne demandent pas mieux, voire qui exigent souvent d'être corrompus. Harcèlement continuel, viol, absence totale de respect pour des filles qui se "donnent" facilement mais qui doivent se donner sous peine d'attouchements permanents, les hommes italiens sont abjects, à un point tel qu'Ulli en vient à regretter de ne pas être un garçon.

Faie la route en Sicile c'est rencontrer la mafia. Dans la rue, elle contrôle tout. S'en faire une amie c'est, au début, être plus en sécurité que jamais avant. Mais deux nouvelles filles, blondes aux yeux bleus et un peu girondes, ça attire l'oeil d'un apprenti proxénète qui veut monter en grade dans la famille. Edi se prostituera un peu, plus par imbécillité que par contrainte, Ulli réussira à grand peine à l'éviter. Et comme il se doit, avec la prostitution arrive l'héroïne, cause, conséquence, adjuvant. La réticence d'Ulli à embrasser une carrière de prostituée finira pas les rendre persona non grata en Sicile et les filles se tourneront, séparément, vers leur consulat pour rentrer en Autriche. Elles ne se reverront pas.

Dur, émouvant, effroyablement sincère, "Trop n'est pas assez" est l'un des plus beaux témoignages que je connaisse sur cette époque. Quant à la trajectoire d'Ulli Lust, elle montre qu'il est possible de sortir son corps de la punkitude en y laissant, heureusement, sa tête.

Trop n'est pas assez, Ulli Lust

dimanche 19 décembre 2010

Challenge Winter Time Travel


Avant de commencer le challenge Winter Time Travel de Lhisbei je vais procéder à une petite récapitulation des déjà chroniquées.

Dans l'ordre où j'ai retrouvé les chroniques :

Rex Mundi

H.P.L.

Ordre noir

The mammoth book of alternate histories

Pêché mortel

Boneshaker

Projet Renaissance

Jennifer Government (je pense que c'est une uchronie)

Les sentinelles

Le club des policiers yiddish

Chroniques des années noires

Le grand jeu

Tanatos

Les îles du soleil

En conclusion, plus de BD que de romans, et moins d'uchronies que de post-ap. Certaines oeuvres tangentent le genre et regardent aussi du côté du steampunk, mais j'ai jugé que le steampunk était par définition uchronique.

Pas chroniqué sur le blog "Fatherland" de Robert Harris est sûrement l'une des meilleures uchronies que j'ai lues. "Le maitre du Haut Chateau" de K. Dick est LE classique absolu ; je n'en suis pas très fan. Je me souviens aussi que "Pavane" de Keith Roberts avait été pénible à lire.

vendredi 17 décembre 2010

Challenge Fins du monde


Avant de commencer le challenge Fins du Monde de TiggerLilly je vais procéder à une petite récapitulation de tout le post-ap déjà chroniqué. J'ai inclus les histoires de zombies car elle me paraissent relever du post-ap.

Dans l'ordre où j'ai retrouvé les chroniques (il en manque peut-être) :

Walking Dead

Métro 2033

Une seconde après

Zombie Haïku

Le livre de Dave

Lucifer's Hammer

On the beach

Zombies

Royaume désuni

Earth abides

Attaques répertoriées

Way of the wolf

The road

Un cantique pour Leibowitz

Julian Comstock

Wastelands

Le fléau

Just a pilgrim

World War Z

Dies the fire

Un horizon de cendres

Génocides

Chroniques des jours à venir

Y, the last man

Le goût de l'immortalité

Le jour des triffides

J'ai gagné là, non ?

Néault, sors de mon corps (1)

Néault ayant fermé récemment sa petite boutique, je vais proposer ici une brève revue de comics. N'ayant pas les compétences de Néault, je vais écrire 4 lignes par comic là où il en aurait proposé 80, prouvant ainsi que si on sait toujours ce qu'on perd, on a du mal à imaginer ce qu'on gagne avant d'y être confronté.
Spécial dédicace à Néault qui m'a remis aux comics après des années d'interruption.



Sortie en anglais de "Chew 3". Après un épisode 2 que j'avais trouvé décevant, retour au très bon avec ce troisième opus. Les enquêtes policières reviennent, l'ancien personnage disparu du 1 (le méchant ? Savoy) fait son retour, une relation improbable se développe entre deux membres du FDA. C'est de nouveau très décalé, de nouveau très caustique, les qualités du premier volume sont présentes ici. Entre super riches répugnants, théorie du complot, ex psychotiques, et famille névrotique, Tony Chu poursuit sa quête de la vérité et de la justice, y compris dans un épisode hommage à Tarentino.
Chew 3, Just desserts, Layman, Guillory



Parution en anglais du tome 7 de "The boys". Toujours excellent, violent, sexuel, dérangeant, "The boys" c'est la quintessence du talent de Garth Ennis. Présentant pour la première fois un groupe de vrais héros, innocents comme des enfants et mêlant habilement vie publique et vie privée de ses "héros", il entraine le lecteur dans une histoire complexe où trahison, déception, faux-semblants sont la règle. Le groupe des "Boys" est au bord de l'implosion. Survivra-t-il ?
The boys 7, The innocents, Ennis, Robertson

jeudi 16 décembre 2010

Heinlein est-il un affreux libéral ?

C'est la question que pose implicitement Le Traqueur Stellaire dans cet article sur "L'homme qui vendit la Lune."

Connaissant depuis peu le Traqueur, et sachant de ce fait que son intelligence va bien au-delà de la vulgate politiquement correcte, je ne peux m'empêcher de lui donner ce conseil en commentaire, et de la placer ici dans l'espoir d'initier une discussion.

Je trouve que tu devrais arrêter de justifier politiquement Heinlein.
En tant qu’auteur il a écrit des choses intéressantes. Si certains lecteurs ne savent pas faire la part des choses entre l’homme et l’écrivain, ou pire, si pour certains lecteurs les auteurs doivent être de gauche pour être lisibles, laisse-les dans leur certitude confite et fais-toi plaisir en lisant du Heinlein si c’est ton truc.
J’ai déjà du mal à ne pas aller incendier le Cafard pour ce dossier grotesque sur Lovecraft etait-il raciste ?
Question : Lovecraft était-il raciste ?
Réponse : Oui. Et alors ?
A ce propos, je vais devoir me désengager du challenge élisabéthain car Shakespeare a créé le personnage du marchand juif Shylock, du challenge Baudelaire (whatever that may be) car il a écrit « Une nuit que j’étais près d’une affreuse juive », du challenge Dickens car il a créé le personnage de Fagin l’exploiteur juif, de tous les challenges dans lesquels une buse risque de déceler une atteinte au politiquement correct.
Reste la challenge Oui-Oui, mais je me demande si les deux lutins qui jouent sans cesse des tours pendables ne sont pas une allusion discrète et fine à l’autre ou à l’étranger comme porteur d’altérité effrayante.


Sur ce, il faut que j'aille un peu travailler, pour une administration d'Etat donc pas du tout ultra-libérale.

mercredi 15 décembre 2010

Facebook c'est le mal !!!


Donc, Gromovar y est !

Je vous attends sur ma page : Gromovar sur Facebook

Et vous annonce avec joie que Quoi de neuf sur ma pile ? est aussi disponible sur Facebook

Venez nombreux. Amenez vos amis.

mardi 14 décembre 2010

Au delà du désert glacé


En 1927, Lovecraft rédigeait “La quête onirique de Kadath l’inconnue”. Dans cette longue novella jamais publiée de son vivant, il narrait les aventures du rêveur Randolph Carter à la recherche de la cité mythique. Traversant les Contrées du rêve, Carter vécut maintes péripéties, dangereuses et merveilleuses, avant de finir par l’atteindre. Prétexte à une visite détaillée des territoires oniriques, la quête de Kadath nous en apprend finalement assez peu sur la cité mythique où les dieux vivent dans le Chateau d’Onyx. Des rumeurs, quelques coups d’oeil, quelques lieux, c’est tout ; à la fin de la novella, Kadath est toujours largement cachée aux yeux du lecteur. Par chance, l’être mystérieux connu seulement comme l’Innomé a compilé récits, faits, lore, sur la cité des dieux. Il en a tiré un guide qui est aujourd’hui à la disposition des aspirants rêveurs.
Le guide de la cité inconnue” est un beau livre. Sous une couverture glacée présentant une vue aérienne de la ville surplombée (écrasée ?) par le Chateau d’Onyx, se dissimulent les nombreux feuillets du guide. Non-euclidien, cet ouvrage peut être lu de deux manières. Il est possible de lire les récits entremélés des quatre visiteurs de la ville, come un patchwork d’impressions, ou de lire chaque récit indépendamment, comme une succession de nouvelles ; le choix est laissé au lecteur.
J'ai choisi de suivre la voie indiquée par l'Innomé et de m'approcher du centre de Kadath à la suite simultanée des quatre rêveurs. Ces rêveurs, ces guides du lecteur effaré par tant d'étrangeté, qui sont-ils ? Tout d'abord l'Innomé, archiviste chargé de la rédaction du guide, qui s'enfonce de plus en plus profondément dans le rêve jusqu'à perdre son assise dans la réalité. Vient ensuite Soeur Aliénor, la Mère Eternelle, La Toujours Féconde, prise par un dieu et qui portera un enfant divin pendant des siècles dans son ventre. Abd Al Azrad, le Saigneur, est le troisième rêveur. Compagnon du Kitab vivant, il arrive en Kadath aux prix d'énormes efforts en y apportant le chaos. Enfin, HP Lovecraft lui-même, visitant en personne la cité qu'il a créé et s'y rencontrant dans un effet de ruban de Moebius tout à fait réussi. Il ne faut évidemment pas oublier Auguste Philistin, peintre et voyageur de passage dans la ville, qui pare le guide de nombreuses et magnifiques illustrations, tentant de faire appréhender au lecteur la complexité merveilleuse de Kadath.
Etant du nombre de ceux qui ont rêvé très fort à la lecture des aventures de Randolph Carter, j'ai retrouvé dans "Le guide de la cité inconnue" le merveilleux, l'étrangeté absolue de l'oeuvre onirique de Lovecraft. Le guide m'a ramené des années en arrière quand j'arpentais les Contrées du rêve en compagnie de Randolph Carter. Le plateau de Leng, les bateaux volants, les bêtes de Lune, les Shantaks, les Maigres Bêtes de la Nuit, le mont Ngranek (surtout le mont Ngranek, peut-être la plus belle invention d'HPL), Inquanok, Kuranes, etc... Tout m'est revenu. Je me suis senti...bien. Comme rentré chez moi.
Puis, grâce à l'Innomé, j'ai visité Kadath ; Carter ne m'y avait pas convié. Grâce à Soeur Aliénor, à Al Azrad, à HPL, j'ai parcouru ses diverses éminences, ses lieux emblématiques, ses tavernes et ses temples ; j'ai rencontré certains de ses habitants, parcouru carrières et souterrains, arpenté son port, cotoyé les hiérophantes. J'ai vu Kadath. Et Kadath seule est plus belle, mystérieuse, et étrange que toutes la contrée environnante. Kadath est une ville pour laquelle il est raisonnable de mourir, plusieurs fois, comme le fait Al Azrad.
Les éminences des rêveurs encadrent la ville. Le Chateau d'Onyx lui sert d'axe. Les temples sont innombrables. Des dieux amnésiques peuplent la ville, oublieux de leur puissance. Tout ce qui existe dans l'univers arrive à Kadath, dons aux dieux, distribués à la ville. Eternellement changeante, éthérée et incertaine, la cité est modelée par les rêves. Elle est superbe et terrifiante, comme le sont les rêves.
Je ne regrette pas mon voyage, et j'attends avec impatience de pouvoir rejoindre les autres rêveurs, et de "créer" ma propre éminence pour m'y installer. J'invite aussi tous les rêveurs de la Terre à m'y rejoindre le plus rapidement possible.
Le guide de la cité inconnue, Kadath, Nicolas Fructus, Raphaël Granier de Cassagnac, Mélanie Fazi, Laurent Poujois, David Camus

dimanche 12 décembre 2010

Gromovar est con et les auteurs sympas

Samedi avait lieu les 7ème Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, agrémentés de la 2ème Rencontre des Blogueurs de l'Imaginaire. Agréable, conviviale, et gastronomique, cette 2ème rencontre m'a permis de voir enfin en chair et en os de nombreux blogueurs dont Ferocias, Guillaume44, Isil, Tigger Lilly, Efelle, Lhisbei, Emma, Calenwen, Brize, Martlet, Spocky, Dr Mabuse, Proton, Elysio. J'oublie sûrement du monde et je les prie de m'en excuser. J'attends avec impatience la prochaine Rencontre pour reprendre et approfondir nos conversations.

Mais, direz-vous, pourquoi Gromovar est-il un con ? Regardez bien l'homme ci-dessous.


Il s'agit de l'auteur, du conteur, Pierre Bordage, auteurs de très nombreux romans et nouvelles, et grand animateur de tous les salons de l'Imaginaire français.

Après trois heures de TGV et une heure quinze de RATP (o_O), j'arrivai peu avant midi au SEL de Sèvres où se déroulait la manifestation. Pénétrant dans le bâtiment, il fut le premier que je vis, au milieu des amoncellements de livres, de revues, d'illustrations, de petites tables auxquelles s'assoient les auteurs, bref de toutes ces choses magiques et exaltantes qu'on voit dans les salons. Louant ma bonne fortune, je l'approchai avec l'air détaché de l'ours qui vient de voir du miel et l'abordai sur un ton enjoué et sûr de moi en lui disant "Bonjour Mr Bordage, puis-je avoir une signature ? J'aime beaucoup ce que vous écrivez, et vous m'avez déjà signé plusieurs fois des livres sur d'autres salons". A ces mots on voyait que je n'étais pas un amateur et qu'il devrait en tenir compte et soigner la dédicace. Ceci dit, je lui tendis le Pierre Bordage (en l'occurrence Frère Ewen) que j'avais rapidement glissé dans mon sac à dos la matin même, après l'avoir saisi, au hasard et nuitamment, dans les rayonnages. Il l'ouvrit puis me dit avec un air désolé (pour moi) en me montrant la dédicace qui s'y trouvait déjà "Ah, celui-ci je l'ai déjà signé, c'était même pour votre anniversaire". Je devins rouge pivoine, hurlai "Oh ! Quel con", et effectuai un repli stratégique qui ressemblait à une déroute en bredouillant quelques mots d'excuse. La journée commençait bien. J'aurais du m'accrocher un badge Bernard Werber.

Heureusement tout s'est amélioré au moment du déjeuner des blogueurs. A table, je n'ai parlé à personne, ça m'a évité de dire des conneries.

L'après-midi m'a permis de constater que les auteurs étaient des gens sympas.

D'abord, les étoiles étant alignées, les rédacteurs fous et surhumains du Guide de Kadath l'inconnue (qui sera chroniqué ici dès que j'aurais l'espoir que Pierre Bordage aura oublié l'incident) ont gentiment accepté de poser pour moi (tout au moins ceux qui étaient présents, David "Carter" Camus ayant été emporté au loin par des Maigres Bêtes de la Nuit, qui en profitèrent pour le pincer cruellement).

Qu'on sache que se dévoilent ci-dessous aux yeux des incrédules, et de gauche à droite, Nicolas "Philistin" Fructus, Mélanie "Soeur Aliénor" Fazi, Laurent "Abd Al Azrad" Poujois, et Raphaël "Innomé" Granier de Cassagnac.



Mais surtout, j'ai eu l'occasion de discuter très civilement avec deux auteurs dont j'avais dit publiquement ne pas aimer des textes. Discussions courtoises conclues par un serrage de main, preuve qu'entre gens civilisés il n'y a pas de divergence que la parole ne puisse régler.

Spécial dédicace donc à RC Wagner qui a poussé le fair-play jusqu'à poser avec son H.P.L. dont j'avais médit sur le forum du traqueur Stellaire, et à Jeanne-A Debats avec qui j'ai discuté du concept de nouvelle à chute et de son absence d'envie d'en écrire.





Enfin la visite s'est conclue par un tour dans le superbe cabinet de curiosité de Camille Renversade dont trois échantillons suivent, ainsi que par l'instructive et drôle conférence de Jérome Vincent sur les 10 ans d'ActuSF (j'ai flouté le visage de son partenaire de beuverie pour protéger la vie privée de Thierry Di Rollo).







Mon royaume pour un cheval



La charmante Isil, ne s'étant vraisemblablement jamais remise du visionnage du magistral Richard III de Laurence Olivier (ce que je comprends aisément), a décidé de rendre hommage au genre en co-organisant un challenge elisabéthain. Elle donne moult détails sur son blog, et je vous invite à y aller voir.
Gromovar y participera en lisant "Richard III" en anglais, et en faisant des efforts surhumains pour retrouver le film de 1955. Rappelons que Richard III, arrivé au pouvoir pendant la Guerre des Deux Roses (dont il parait qu'elle a inspiré George RR Martin pour le Trone de Fer) au prix de viles manœuvres, est soupçonné d'avoir commandité le meurtre à la Tour de Londres des deux princes Edouard et Richard. Un bien brave homme.

Je vous laisse en compagnie de ce brave homme, dans ses derniers instants.

Cedric Ferrand online and free


Djeunz’
Tu veux partagé de l’exotisme, du cynisme, de l’aventure, du fantastique (comme Jessica Alba). Gratui. Nik Hadopi.
Alor toi zossi viens piraté, oups ! non, téléchargé gratuitement les nouvelles de Cédric Ferrand sur le beau site Feedbooks.
Tu pourra les imprimé à ton collège avec le papier du CDI et les découpé chez toi pour fère tes exposés sur le bagne, le cycle de l’o, et le viéllissemant de la population.
Vien. Amène tes zamis, mé le sur ton mur fb, textote le a ta classe. Les filles t’aimeron autant que Justin Bieber et tu pourra kisser Lady Gaga.

vendredi 10 décembre 2010

Tag séries

A la demande générale d'Efelle je reprends volontiers au vol le tag sur les séries.


1. A quelle série dois-tu ton premier souvenir de télévision ?

J'aime toujours aussi peu ces questions où il faut extraire UNE chose. J'hésite entre Chapeau Melon et Bottes de Cuir, Amicalement vôtre, Au coeur du temps, Les mystères de l'Ouest (à tout ça on devine que je n'ai pas 25 ans).

2. Quel est le chef-d’œuvre « officiel » qui te gonfle ?

Friends, sans la moindre hésitation.

3. Quel classique absolu que tu n’as jamais vu et d’ailleurs pas eu l’envie de ?

Kaamelot

4. Quelle est la série, unanimement jugée mauvaise, que tu as « honte » d’aimer ?

Faudrait que je sache quelles sont les séries unanimement jugées mauvaises. Peut-être Buffy ? J'adore Buffy (et je vous em...).

5. Quel est la série que tu as le sentiment d’être le seul à aimer ?

Va savoir.

6. Quelle série aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?

Walking Dead, même si l'adaptation n'est pas parfaite, ça reste une excellente série, tirée d'une encore plus excellente BD.

7. Quelle série ferais-tu regarder à ton pire ennemi pour le torturer ?

Plus belle la vie. Mais honnêtement, là, je parle sans savoir.

8. Quelle série pourrais-tu voir et revoir ?

Dexter, Rome, Deadwood. Mais c'est très contingent, j'aurais pu donner une autre réponse la semaine dernière.

9. Quelle série faut-il voir pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?

Sherlock Holmes avec Jérémy Brett, pour le côté analytique.

10. Quelle série t’a fait verser tes plus grosses larmes ?

Mouarf ! Aucune. Ou alors, de rage.

11. Quelle série t’a procuré ta plus forte émotion érotique ?

J'aimais bien la sensualité du personnage de Brenda dans Six feet under, mais de là à parler d'émotion érotique.

12. Quelle série emporterais-tu sur une île déserte (en plus d’un générateur et de la télévision) ?

Voir question 8

13. De quelle série attends-tu la sortie en DVD avec la plus grande impatience ?

Walking Dead et surtout Le trone de fer.

14. Quel est selon toi le film adapté d’une série le plus réussi ?

Sans hésitation Drôles de dames avec Cameron Diaz, Drew Barrymore, et Lucy Liu

Et je tagge qui accepte de l'être.

Challenge Fins du monde


Sachez qu'à l'initiative du superbe et terrifiant Dragon Galactique un challenge Fins du Monde est organisé.
Les informations se trouvent ici, et naturellement j'y participerai.
Fan de post-ap ou simple curieux, venez essayer de découvrir comment survivre à la fin du monde, et ceci sans aller se réfugier dans des arches géantes au sommet de l'Himalaya.

jeudi 9 décembre 2010

BOF


Graphiquement contestable (trop flashy, et contrasté en dépit du bon sens), doté d'une histoire rapidement ennuyeuse, "RIP M.D.", qui raconte les aventures d'un jeune garçon qui se fait ami avec des monstres, les aide à régler leurs problèmes, et doit combattre deux enfants jaloux qui lui veulent du mal, est un épisode de Scoubidou raté sur papier.
Il manque de la profondeur aux personnages, une logique à l'histoire, et simplement une aventure intéressante.
A éviter. Sauf peut-être pour des adolescents qui joueraient à s'identifier à ce jeune ami des créatures de la nuit. Moi, j'ai passé l'âge.
RIP M.D. Schauer, Lessa

mercredi 8 décembre 2010

Le ver dans le fruit


"Too far gone", le treizième volume de "Walking Dead" vient d'arriver en France. Je ne vais pas dire beaucoup plus que ce que je disais ici et dans le billet précédent (le jour où je trouverai que la série n'est plus de bonne qualité, vous serez les premiers informés). C'est toujours la meilleure série comics sur le marché, et de loin. Rappelons que l'essentiel, dans "Walking Dead", ce sont les humains et les effets qu'a sur eux la crise extrême qu'ils vivent. La sécurité et le semblant de normalité qu'ils retrouvent dans ce tome leur remet en mémoire les mauvais souvenirs qu'ils transportent tous et qu'ils avaient, par nécessité, occultés ; le réveil est douloureux. Mais l'illusion de la paix retrouvée est vite brisée par l'intrusion de deux menaces, une de l'extérieur mais aussi une de l'intérieur, qui mettent en péril le groupe de survivants. Le caractère sinistrement banal et humain de ces menaces rappelle à tous que la tranquillité est encore loin et que le drame est toujours prêt à resurgir. Ces évènements ont aussi, et surtout, pour conséquence de redistribuer le pouvoir au sein du petit groupe d'humains retranchés dans ce qui pourrait être le premier havre qu'ils connaissent depuis le début des évènements tragiques qu'ils vivent.
Comme toujours, on lit "Walking Dead" habité par une grande tension, car tout est menace, la mort omniprésente, et il est impossible de ne pas se sentir empathiquement lié aux héros tragiques de cette série.
Walking Dead 13, Too far gone, Kirkman, Adlard

dimanche 5 décembre 2010

2ème rencontre des Blogueurs de l'Imaginaire à Sèvres

A l"initiative de Ferocias et avec l'aide précieuse d'Isil est organisée la 2ème rencontre des blogueurs de l'Imaginaire, à Sèvres.

Citons Férocias :

Dans moins d'une semaine aura lieu la deuxième rencontre des blogueurs de l'imaginaire dans le cadre des rencontres de l'imaginaire à Sèvres (région parisienne).

Se sont inscrits: Lhisbei, Guillaume44, Dr Mabuse, Isil, Efelle, Emma, Proton, Gromovar, Tigger Lilly, Flo (j'espère n'avoir oublié personne) (et bien sûr Férocias).

Le rendez-vous est fixé à 12h00, après la conférence sur les 10 ans de Folio SF, sur les marches du SEL. Comme l'an dernier, je porterai un bonnet péruvien (signe de ralliement ;) ). Le nombre d'inscrits ne reflète pas encore le nombre de présents (l'an dernier nous étions deux fois plus nombreux que prévu ce qui ne manque pas d'inquiéter Isil qui est la grande ordonnatrice du repas du midi ^__^

Isil a retenu des tables dans une brasserie à 5 mn de ce point de rendez-vous. Merci donc de préciser si vous êtes seul-e ou accompagné-e.

Il n'est pas encore trop tard pour s'inscrire mais l'horloge tourne ;)

7èmes rencontres de l'Imaginaire de Sèvres



Citons Lhisbei :


La 7eme édition des Rencontres de l'Imaginaire se tiendra le samedi 11 décembre 2010 à Sèvres. L'invité d'honneur est Michel Jeury et l'affiche est réalisée par Eric Scala.

Plus de cinquante auteurs et illustrateurs, une vingtaine d'associations de passionnés et des éditeurs sont présents au Sel pour des séances de dédicaces et pour discuter avec les lecteurs et amateurs.

Au cours de cette journée sont proposés :
- des rencontres exceptionnelles
- des contacts, acquisitions et échanges pour les amateurs
- des dédicaces
- une librairie spécialisée avec les derniers titres des auteurs et illustrateurs invités et des trésors oubliés ou recherchés en occasion : la Librairie « OMerveilles »

Voici le programme complet des conférences à L'esc@le :

11 h - 12 h : Les 10 ans de Folio SF, Par Pascal Godbillon
14 h - 15 h : L'héritage de Lovecraft, Table ronde avec Joseph Altairac, Christophe Thill et Raphaël Granier de Cassagnac.
15 h 30 - 16 h 30 : Michel Jeury, invité d'honneur présenté par Jean-Marc Lofficier
17 h - 18 h : Les 10 ans d'ActuSF par Jérôme Vincent
Expositions et contes
- Bibliothèque-Médiathèque / du 2 novembre au 11 décembre 2010 :
Monstres et Métamorphoses
Ce projet est né de l'étude des Métamorphoses d'Ovide et des Contes de Perrault avec les élèves de terminale Littéraire du lycée Jean-Pierre Vernant. Ces textes invitent à découvrir avec ces personnages mythiques, l'incarnation de nos propres monstres intérieurs.
Contes avec les Conteurs de Sèvres
Samedi 20 novembre à 16 h - tout public à partir de 6 ans

Ateliers Création de monstres avec Fawzia Zeddam
sur inscription au 01 41 14 12 08
• mercredi 24 novembre de 14 h 30 à 16 h 30
• samedi 27 novembre de 14 h 30 à 16 h 30

Un monde architectural - exposition à L’Esc@le / du 9 novembre au 11 décembre 2010
Robin Besson, 15 ans, dessine des perspectives depuis la maternelle, essentiellement en noir et blanc. Il invente villes, mondes imaginaires détaillés, personnages, machines... Il s'inspire de l'architecture asiatique, gréco-romaine, classique française, indonésienne, sud-américaine... Sa passion, évidente, est incroyablement construite et nourrie pour son âge.
Un talent à découvrir de toute urgence.

Découvrez les œuvres de 2 artistes et 2 rétrospectives au Sel - Espace galerie / du 19 novembre au 11 décembre 2010
- Le cabinet des curiosités de Camille Renversade
- Nicolas Fructus : illustrations de son livre Kadath (éditions Mnémos)
- Rétrospective Collection Folio SF
- Rétrospective 10 ans d’ActuSF

Les auteurs et illustrateurs invités:

Samantha Bailly
Nico Bally
Eric Boissau
Pierre Bordage
Fabrice Bourland
Jean-michel Calvez
Krystal Camprubi
David Camus
Fabien Clavel
Nathalie Dau
Jeanne-A. Débats
Chris Debien
Frédéric Delmeulle
Sylvie Denis
Victor Dixen
Patrick Eris
Mélanie Fazi
Gabriel Féraud
Georges Foveau,
Nicolas Fructus
Laurent Genefort
Raphaël Granier de Cassagnac
Johan Héliot
P. J. Hérault
Eric Hosltein
Michel Jeury, invité d'honneur
David Khara
Sylvie Laîné
Serge Lehman
Jean-Marc Lofficier
Manchu
Xavier Mauméjean
Sylvie Miller
Jean-Michel Nicollet
Stéphane Mouret
Jérôme Noirez
Richard Nolane
Claire Panier-Alix
Laurent Poujois
Camille Renversade
Michel Robert
Dominique Rocher
Rodolphe
Sellig
Eric Scala
Jérôme Sorre
Alain Sprauel
Brice Tarvel
Roland Vartogue
Roland Wagner
Philippe Ward
Laurent Whale
Associations et maisons d'éditions

ActuSF
Association Les Amis de Régis Messac
Association « Basis » (Perry Rhodan)
Association Transition
Bernard Queruel, modeleur de figurines
Colexia
Collection « Polars & Grimoires »
Eclats de rêve
Editions Argemmios
Editions Le Carnoplaste
Editions Griffe d'encre
Editions Malpertuis
Editions Mille Saisons
Editions Rivière Blanche
Editions Temps impossible
Editions Le Visage vert
Galaxies
Oeil Du Sphinx
Papiers nickelés
Présences d'Esprits, club d'amateurs de SF
USS-Saga Star Trek
Tribune des Amis d'Edgar Rice Burroughs

samedi 4 décembre 2010

Le menteur c'est l'éditeur


"La compagnie des menteurs", de Karen Maitland est un bon livre qui risque pourtant de décevoir un bon nombre de ses acheteurs. Dommage.
Vendu par Sonatine en France comme une sorte de polar médiéval, et par ses éditeurs américains comme, en plus, une réinterprétation des "Contes de Canterbury" de Chaucer, "La compagnie des menteurs" n'est pourtant ni l'un ni l'autre. Roman lent et long, il décrit les pérégrinations d'une petite compagnie de fuyards au travers de l'Angleterre de la Peste en 1348. Un camelot, un magicien, un jeune couple, une étrange petite fille albinos et sa protectrice, un ménestrel et son apprenti, un conteur, sont réunis par la peur, et tentent d'échapper à la "mort bleue" en se dirigeant vers le nord du royaume. Chacun de ces pauvres hères est porteur d'un secret qui va progressivement se dévoiler. Beaucoup d'entre eux mourront sur le chemin. Tués par qui ? Pourquoi ?
Malgré les questions qui précèdent, l'essentiel n'est pas là ; le mystère "policier" n'est qu'un aspect secondaire de l'histoire, réglé très (trop ?) vite vers la fin du livre. Non, ce qui fait l'intérêt de "La compagnie des menteurs", ce sont les voyages. Voyage à travers un pays dévasté, et voyage intérieur vers la mise au jour des secrets enfouis. Des personnages profondément humains, dans leur grandeur véritable, comme dans leur faiblesse et leur petitesse réelles, tentent de survivre en échappant à la peste et à la famine, poussés par un instinct de survie qui les abandonnera parfois. Nous les suivons par les yeux du camelot qui a formé, par hasard et sans le vouloir, la compagnie, et nous visitons un pays ravagé, vidé de ses habitants, où la religion catholique vacille pour la première fois en terre anglaise, futur berceau de l'anglicanisme. Ces personnages ne peuvent nous être indifférents car ils sont réalistes, tourmentés, solidaires et en conflit, en un mot profondément vivants. Leur peur est la notre, leurs espoirs et leur souffrance aussi. Malgré la lenteur de l'action, je ne me suis pas ennuyé une minute, car les personnages étaient toujours présents, en train de vivre, de lutter, de se frotter les uns aux autres.
Descriptif, précis, détaillé, le roman transporte le lecteur dans la malheureuse Angleterre du XIVème siècle. Son pouvoir d'évocation est sa grande force. L'Angleterre médiévale du petit peuple est décrite au ras du sol. Les lieux sont misérables et sales, les gens crédules et étriqués. Le voyage est lent et long, à pied sur de mauvaises routes en partie inondées. On mange peu et mal, ce qu'on trouve. La loi est impitoyable, la tolérance minime ; l'Eglise contrôle tout avant de ne plus rien contrôler du tout, faute de prêtres vivants. Les jours sont tous signifiants, les saints omniprésents, les fêtes, du moins au début, rassemblent le peuple pour ses rares moments de bonheur. Superstitieux, celui-ci croit à la magie, au pouvoir des reliques, aux créatures de la nuit. Il y a, pour tout, une explication magique possible. Les juifs sont des boucs émissaires faciles, et dans un monde où, pourtant, les individus circulent de pays en pays, l'étranger est suspect et le paie de sa vie. On ne voie jamais la peste, seulement ses conséquences et l'effroi qu'elle suscite, ce qui permet de centrer le récit sur le petit groupe d'errants et ses mystères intimes.
Il faut lire "La compagnie des menteurs" en sachant qu'il n'y aura pas de révélation fracassante ou de longue enquête menant à la découverte du coupable (celle-ci est presque fortuite). Si c'est ce qu'on y cherche, on ne le trouvera pas. Mais, si on aime le Moyen-Age, on pourra prendre un plaisir énorme à mettre ses pas dans ceux de cette compagnie, et à vivre quelques mois au plus près de ceux que l'historien Robert Fossier appelait "Ces gens du Moyen-Age" dans son magistral ouvrage éponyme.
La compagnie des menteurs, Karen Maitland

L'avis de Cédric Ferrand

Challenge Winter Time Travel


Ecoute, passant, et réjouis-toi.

A l'initiative de la charmante Lhisbei est lancé un challenge hivernal. Le Winter Time Travel est consacré à l'uchronie. Si tu ne sais pas ce que c'est, sors de mon blog ! Sinon, tu peux participer, tu es le bienvenu. Tous les détails se trouvent sur le beau billet de Dame Lhisbei, en son échoppe (je sors un peu de Company of Liars là).

Sache aussi que le sombre Gromovar participera au challenge, mais qu'il ne sait pas encore ce qu'il va lire car il a déjà lu beaucoup d'uchronies. Mais il trouvera.

Viens voyageur, rejoins-nous, et échappe au froid en lisant près de l'âtre.

vendredi 26 novembre 2010

To Hell and, please, not back


William Gibson m'aura décidément tout fait. Non content d'être un peu moins pertinent à chaque nouveau livre, il se lance maintenant dans les conseils de mauvais aloi.
Sur la couverture de "Sandman Slim" on peut lire : "An addictively satisfying, deeply amusing, dirty-ass masterpiece...Sweet", William Gibson. Et bien, c'est faux.
Passons vite sur le propos. Stark est un magicien, un vrai, qui vit ici et maintenant. Enfin, pour être précis, il revient ici (L.A.) et maintenant après avoir passé onze ans en Enfer (oui, le vrai), vendu par ses mauvais collègues en échange de puissance et de gloire. Il est en colère et il va se venger. On voit bien Schwarzenegger ou Stallone dans le rôle, en tout cas quelqu'un qui sait froncer les sourcils.
"Sandman Slim" est un livre pour feignants de l'imaginaire. On y mélange le monde contemporain (facile à visualiser) et un fantastique rance tant il est usé (Enfer, Paradis, démons, Lucifer and Co, Dieu et tutti quanti). Ajoutons à ça des vampires et des loups-garous (dont on parle mais qu'on ne voit pas), des cosplay ninja, Vidocq (le vrai, alchimiste et immortel), et deux ou trois autres banalités. Et tout ça vivant sans problème, caché dans le monde réel, où ça a même des petits commerces ou des boites à partouze. Au moins ça ne demande pas de gros effort d'immersion (si je voulais me faire encore plein d'amis je dirais que c'est le même genre de fantastique pour les nuls que Harry Potter, mais je ne le dirai pas). On est loin de l'émerveillement. Il y a quelque chose de Neuromancien dans le style (notamment la nervosité), mais Gibson innovait alors qu'ici on recycle du vieux, voire du très vieux.
Pour ce qui est de Stark, le "héros", il en fait tellement dans le genre "Je mets toujours mon nez où il ne faudrait pas et après ça fout la merde et il faut trouver une solution, et pourtant on m'avait prévenu" qu'il y a presque un effet comique de répétition (c'est peut-être ce que voulait dire Gibson dans son compliment) ; on n'accroche pas à son personnage taillé à la hache. Il est, de plus, aussi mal embouché que moi, ce qui fait sûrement frémir d'aise son lectorat américain, d'autant qu'il blasphème par moment, touchant là vraisemblablement le summum de l'extrème pour un lecteur yankee. Pour un français normal, pas de quoi fouetter un chat (à neuf queues ?).
Quant aux autres personnages, ils ne sont là que pour remplir une fonction, sans développement véritable, quant ils ne sont pas tellement caricaturaux qu'ils en deviennent ridicules.
Concession au lectorat le plus primaire, Stark, plus encore que lui-même, veut surtout venger sa femme (prononcez Fâmeuh), assassinée par les méchants pendant son exil en Enfer (où il a été gladiateur puis assassin pour les princes démons, après avoir été torturé, sodomisé, et j'en passe). Les filles adoreront la preuve d'amour infini, les garçons se rêveront aussi couillu que lui, d'autant que Stark se déplace en voitures de luxe volées car il est un magicien stylé.
J'aurais peut-être aimé "Sandman Slim" si j'avais 17 ans et les veines charriant des fleuves de testostérone. J'aurais peut-être aimé si j'étais un fan des "Dresden Files". N'étant ni l'un ni l'autre, je me suis profondément ennuyé au spectacle navrant de cette imbécillité.
Sandman Slim, Richard Kadrey

jeudi 25 novembre 2010

Journée de la jupe 2010


Aujourd'hui c'est la Journée de la Jupe 2010, à l'initiative de Ni putes, ni soumises.

Féministe expérimentée et avisée, Jane Fonda sait que si les intégristes ne succombent pas à une crise cardiaque en voyant des jambes de femmes, le fusil laser est indispensable pour mettre un terme à leur néfaste existence.

Alors, les filles, comme Jane Fonda, toutes en jupe et Fuck the talibans !

mercredi 24 novembre 2010

To the rainbow


"Dragon Haven" est le tome final de la nouvelle saga de Robin Hobb, dont je chroniquais le début ici.
Le voyage, l'exploration, l'épreuve continue vers la mythique Kelsingra. Entre dragons, entre humains, entre humains et dragons, les rapports de force évoluent, ainsi que les positions respectives des uns et des autres. Humains et dragons sont transformés par leur contact respectif prolongé, et pas seulement de manière métaphorique.
Les intrigues se dénouent, et chacun rencontre son destin, même fatal, jusqu'à la conclusion, attendue.
Toujours lent, le roman n'est jamais ennuyeux. Il faut simplement savoir, avant d'éventuellement s'y lancer, que ce n'est pas une grande aventure épique qui est racontée ici, mais une aventure humaine durant laquelle beaucoup vont briser leurs chaines, se découvrir mieux, trouver en eux des forces insoupçonnées. Transgresser les conventions sociales mais respecter les règles de survie, dépasser ses limites sans trahir ses convictions, c'est ce que vont devoir faire tous les membres de l'expédition vers Kelsingra.
On pourra reprocher à Robin Hobb une conclusion un peu rapide et une résolution finalement très morale des différentes contradictions. Malgré ce, "Dragon Haven" est un bon roman qui plonge ses personnages dans des conditons extrêmes d'où ils ressortent transformés. Beaucoup sont améliorés, comme des armes retrempées ; certains sont dégradés, voire brisés par les épreuves inédites qu'ils affrontent. Assister à ces transformations est le grand intérêt du livre.
Enfin, notons pour terminer que Hobb fait un traitement tout en finesse de l'homosexualité dans un contexte aussi peu libéral qu'un monde de fantasy, traitement qui est l'un des meilleurs de ceux que j'ai pu lire jusqu'à présent, loin de l'outrance fréquemment employée.
Dragon Haven, Robin Hobb

samedi 20 novembre 2010

Cthulhu pour les Nuls

Découvert et posté par le Cultiste fou de la Bibliothèque d'Innsmouth, ce court documentaire, destiné aux enfants, est une parfaite initiation à l'adoration de Cthulhu. Il n'est pas sans rappeler, dans sa forme, L'imitation de Jésus-Christ qu'ont étudié, pour leur plus grand profit, nos grands-mères.
Voila qui serait plus utile à montrer en classe que la lettre de Guy Moquet.

mardi 16 novembre 2010

Le tag des quinze



Isil m'a taggé. La vile !

Je dois citer quinze écrivains en quinze minutes. Les voici. Mon panthéon personnel.

Dans l'ordre alphabétique, car je ne veux pas classer.

1. Paolo Bacigalupi
L'un des jeunes auteurs les plus prometteurs. Auteur du monumental "The windup girl", il révolutionne la SF.

2. Pierre Bourdieu
Immense sociologue. J'ai beau avoir lu presque tout ce qu'il a écrit, je suis toujours impressionné, à chaque relecture, par la puissance de sa pensée.

3. John Brunner
Pas jeune du tout. Il a écrit "Tous à Zanzibar", entre autres, qui était d'une audace formelle et d'une intelligence prospective rarement égalée.

4. William Gibson
Le metteur en forme du style Cyberpunk. Auteur du fondateur "Neuromancien". L'auteur a mal vieilli.

5. Peter F. Hamilton
Parce qu'il écrit des space opera colossaux, larger than universe. Une imagination à couper le souffle.

6. Frank Herbert
"Dune", l'un des meilleurs romans de politique fiction. Une création magistrale.

7. Robin Hobb
Parce que peu d'auteurs savent comme elle créer des personnages et les rendre vivants et attachants.

8. Michel Houellebecq
Provocateur et brillant. Misanthrope à souhait et délicieusement cruel.

9. HP Lovecraft
Auteur majeur du XXème siècle. Voyager vers Kadath au son de la flute folle des Autres Dieux. Que ne le faisons-nous tous ?

10. George R.R. Martin
"Le trone de fer" sera, même inachevée, la plus grande saga de fantasy du siècle. Et de très loin.

11. Yukio Mishima
Une plume superbe, une nostalgie respectable, une vie grandiose et folle.

12. Friedrich Nietzsche
Inactuel, tant il est important de l'être. Pertinent, et bouleversant au sens propre du terme. "L'antéchrist" est un de mes plus beaux souvenirs de lecture.

13. Dan Simmons
Pour "Hypérion", pour "Terreur", deux monuments littéraires.

14. JRR Tolkien
Dois-je expliquer ? Sans lui, rien n'existe.

15. Boris Vian
Elégant, insolent, brillant. Tout ce que j'aime.

Et un seizième car je ne respecte jamais les règles : Oscar Wilde
Une des plus belles plumes du XIXème. Chaque phrase est un bijou. L'ensemble est un enchantement.

15 blogueurs, je n'en ai pas autant, d'autant qu'Isil a déjà taggé les miens. J'appelle donc Guillaume, Arutha, Les corbeaux, Lhisbei, Manu, et voila (c'est déja pas mal, pourquoi pas trente tant qu'on y est).

vendredi 12 novembre 2010

Mou, si mou


Très bonnes critiques aux US pour ce premier roman d'un auteur de nouvelles. Et comme souvent, malheureusement, il aurait mieux fait de continuer à écrire des nouvelles. "Pandemonium" est incroyablement mou. Daryl Gregory tire à la ligne comme un nouveau Stephen King, décrit , comme lui, quantité de détails quotidiens sans intérêt, mais comme son intrigue principale est moins prenante que celles du maitre de l'horreur, l'ennui est plus intense et survient plus vite.
Sur la forme on est donc chez King en pire. Sur le fond, on est proche d'American Gods de Neil Gaiman (que je n'avais pas aimé non plus, décidément...) avec une pop culture et un name dropping envahissants, des archétypes jungiens, PK Dick himself, un culte étrange, une organisation secrète, des possédés, des faux possédés, des vrais faux possédés, des faux vrais possédés, bref, un joyeux bordel pas toujours cohérent qui cesse rapidement d'être crédible (l'épisode de l'hélicoptère a eu raison de ma bienveillance). D'aucuns ont voulu voir, dans ce roman sur la possession, une métaphore sur la maladie mentale et son impact sur les individus. Peut-être. Quoi qu'il en soit, et si c'en est une, c'est une métaphore molle et pénible, soporifique comme le Nembutal du héros.
Pandemonium, Daryl Gregory

jeudi 11 novembre 2010

Sors de ce corps, mémé !


"Le syndrome (E)", dernier roman publié de Franck Thilliez est un vrai page turner. Toute la presse le dit, je confirme. Saisi par l'intrigue, et bien aidé en cela par une succession de chapitres ultra courts, on tourne les pages à grande vitesse pour savoir. Savoir le fin mot de l'histoire à la fin du roman bien sûr, mais surtout avoir, toujours dans peu de pages, la réponse à la question qui se pose sur celle-ci. La récompense suit toujours de très peu l'effort de lecture. Le procédé fonctionne, il n'en est pas moins artificiel et plus proche de la prestidigitation que de la vraie magie.
J'ai pourtant pris plaisir à la lecture du "Syndrome (E)". C'est un policier efficace pour les raisons que j'ai dites au-dessus, et j'ai une bonne opinion de Fanck Thilliez depuis la lecture de ses deux premiers romans "Train d'enfer pour ange rouge" (sic !) et "Deuils de miel", gores et tortueux, j'ai donc lu son dernier livre avec un a priori positif.
Alors quoi ?
Comment dire ? Le plaisir ressenti en lisant "Le syndrome (E)" a été pour moi un plaisir coupable et un peu honteux. En effet l'auteur utilise quantité de grosses ficelles, et j'ai été navré de m'y laisser consciemment prendre.
J'ai déjà parlé des chapitres courts, n'y revenons pas.
Second point, le roman est un crossover. En BD ou dans les séries TV on nomme ainsi un épisode dans lequel se rencontrent les protagonistes de deux séries différentes. Ici Franck Sharko et Lucie Hennebelle (héros des précédents romans de Thilliez) se rencontrent, travaillent ensemble, et bien plus car affinités. Je peux imaginer sans peine la masse du courrier des lecteurs ayant suggéré à l'auteur d'unir ces "deux anti-héros brisés par la vie et qui méritent bien un peu de bonheur" (re-sic !).
Troisième point, le roman est basé sur des faits réels autour duquel l'auteur brode. Outre le fait regrettable d'ajouter une pierre supplémentaire à l'édifice conspirationniste, je n'ai jamais compris ce qu'apportait ce procédé. Une histoire n'est ni meilleure ni plus efficace parce qu'elle s'inspire de faits réels. En revanche elle peut alors donner lieu chez le lecteur à un ahurissement sur le thème de "Mon Dieu quelle horreur, dans quel monde on vit" ou "on nous dit rien, on nous cache tout". A fortiori dans ce cas précis, le récit est écrit au point d'exclamation. Je m'explique. Les enquêteurs découvrent au fur et à mesure les agissements pas très nets de diverses officines. Et ils sont, bien sûr (comment pourrait-il en être autrement n'est ce pas ?) choqués, bouleversés, horrifiés, j'en passe et des meilleures. Et ils le sont de manière très démonstratives. On a l'impression d'un sous-titrage.
Quatrième point, sur le plan narratif on oscille entre les chapitres très courts dont j'ai parlé et de longues phases d'explication et de récapitulation qui laisse penser que l'auteur n'est pas convaincu de la capacité de ses lecteurs à rassembler les morceaux.
Cinquième point, un peu d'exotisme. L'Egypte, le Québec, le Novotel de Marseille (pourquoi ?). L'Egypte bien sûr où les enfants sont beaux sous leur crasse et où la vérité, faute d'être ailleurs, se cache près des tas d'ordures.
Sixième point, le langage de Franck Thilliez est vieux. Je ne sais pas si c'est volontaire, pour cibler un public, ou si c'est naturel mais, à intervalles réguliers, on lit des choses aussi drolatiques que "Dire Straits, ça déménage". Penser que Dire Straits "déménage" n'est déjà pas un signe d'avant-gardisme, mais employer le mot "déménage" est un signe très clair d'arrière-gardisme.
Le roman de Thilliez est construit, comme tout roman. Mais l'auteur a ici oublié d'enlever les échafaudages. On les voit, et l'effet n'est pas particulièrement esthétique. Et comme si ça ne suffisait pas, j'ai vraiment eu l'impression qu'il écrivait pour ma grand-mère. Entre le langage, les mots croisés du héros, le personnage de la mère de l'héroïne qui essaie de lui mettre un peu de "plomb dans la tête", l'histoire d'amour, la virée en Egypte, le dévoilement d'un complot historique qui va permettre de briller par son érudition au club de bridge ou du troisième age, l'affadissement du gore, etc., j'ai sans cesse eu l'impression qu'il me manquait quarante ans pour être dans le coeur de cible (car clairement ce roman a été écrit avec Le Souci du lecteur final) .
Impression très mitigée donc, et je pense que j'en resterai là pour le moment.
Le syndrome (E), Franck Thilliez

dimanche 7 novembre 2010

Ecran noir

Pour des raisons qui lui appartiennent, et qu'il ne m'appartient pas de juger, Néault a décidé d'arrêter son blog Univers Marvel.

Cette nouvelle m'afflige, comme une bonne partie de la blogosphère. Le blog de Néault était sans conteste le meilleur blog de comics en français, et sa disparition est une grande perte. Il est le seul rédacteur de blog sur lequel je renvoyais en lien direct sans rien ajouter moi-même si ce n'est une présentation, tant je trouvais que ses chroniques étaient complètes et excellentes.

Ce matin j'ai repris mon propre blog par curiosité en cherchant toutes les fois où ce que j'ai écrit signifiait "Allez voir sur le blog de Néault". Il y a treize occurrences. C'est énorme. J'ai créé Quoi de neuf sur ma pile pour donner MON opinion sur mes lectures et pas pour faire la revue de presse du web. Mais comme je l'ai écrit plusieurs fois "Je ne veux pas dire moins bien ce que Néault a déjà dit mieux".

Mon hommage à son travail est ici de renvoyer sur les 13 articles que Néault m'a involontairement prétés en espérant que beaucoup iront les (re)lire :

Chew

Astonishing X-Men en Marvel Deluxe

Daredevil : sous l'aile du Diable

No Hero

Walking Dead

Et encore Walking Dead

Rex Mundi : Le gardien du Temple

Rex Mundi : le fleuve souterrain

Ruse

Super Philo

The boys

Just a pilgrim

Magneto : Testament

La tentation de transmettre


"La sociologie sur le vif" est un recueil des chroniques du sociologue Cyril Lemieux. Il intervenait dans l'émission "La suite dans les idées" sur France Culture, et chaque jour, déguisé en commentateur, essayait d'éclairer un fait d'actualité à l'aide des concepts de la sociologie.
On peut s'étonner d'une telle promiscuité, tant la sociologie a besoin du temps de l'enquête et de la réflexion, tant les temps sociologiques et journalistiques sont non seulement disjoints mais presque antinomiques. On peut se demander ce qu'en aurait dit un Pierre Bourdieu qui écrivait "Le fait est conquis contre l'illusion du savoir immédiat", un Bruno Etienne qui répondait aux journalistes TV qu'il était rigoureusement impossible d'expliquer la situation libanaise en deux minutes, un Max Weber enjoignant les professeurs à ne jamais céder à la tentation du prophétisme. On peut, en d'autres termes, critiquer cette démarche et la prendre comme preuve supplémentaire de l'hétéronomisation du champ scientifique en général et sociologique en particulier.
On aurait tort.
Par le biais d'une multitude (presque 100) de petites chroniques (de 2 à 3 pages), chacune prenant pour objet le fait d'actualité important du moment (on pourrait discuter aussi ad nauseam de l'effet d'imposition lié au choix unilatéral de l'objet, ce serait là aussi confondre conversation érudite et communication scientifique), Cyril Lemieux a tenté de montrer ce que la sociologie, voire d'autres sciences humaines pouvait apporter à la comprehension d'un problème. Invoquant les manes des grands anciens Durkheim, Weber, Lazersfeld, Elias, Bourdieu, Malinowsky, Tarde, Mauss, etc. il montre comment, à la vision première qui est celle de l'émotion ou de l'instantanéité, caractéristique de l'approche journalistique, on peut opposer une vision construite par les sciences humaines, plus féconde en terme de compréhension, donc grosse de potentialités d'intervention.
Si le professionnel des sciences humaines n'apprendra rien de nouveau en lisant ce livre (mais y prendra sûrement autant de plaisir que moi), l'amateur, éclairé ou non, en sortira grandi. En participant à une émission de radio (puis en la couchant sur papier), le sociologue a voulu transmettre ce que les sciences sociales permettaient de savoir sur le monde. Il a tenté de montrer en quoi elle peuvent aider à la décision publique, même si c'est, malheureusement, rarement le cas dans le réel (la dernière partie, dans laquelle les sciences sociales analysent les sciences sociales est particulièrement éclairante). Il réussit, je crois, à rendre ses lecteurs (ou auditeurs) plus cultivés, plus sages peut-être, pas des rois philosophes mais des citoyens philosophes. Il leur donne, j'espère, l'envie d'aller voir toujours au-delà de l'immédiateté journalistique pour chercher le sens caché des choses, qui attend toujours, tapi au fond de la caverne, qu'un chercheur le découvre.
La sociologie sur le vif, Cyril Lemieux

mercredi 3 novembre 2010

Un livre ISO 9001


Après l'avis dithyrambique de TiberiX, le mien qui ne l'est guère moins.
Il est difficile d’écrire une chronique de "Cleer". Le dernier (premier) ouvrage de la paire L. L. Kloetzer est un objet étrange et déroutant. Ni vraiment roman, ni vraiment recueil de nouvelles, il combine les qualités des deux formes.
Cleer est une firme contemporaine, dans ce qu’elles ont de pire, mais bien plus encore. Richissime, apatride, omnipotente ou presque, Cleer façonne la réalité en vendant du design et de l’image, mais aussi en transformant le monde entier en lieu de production, modifiant celui-ci quand nécessaire. Cleer reprend, prolonge la création divine pour la rendre plus conforme à ses besoins.
Loin du monde d’un De Gaulle, dans lequel les nations étaient grandes et l’intendance suivait, le monde de Cleer (comme déjà le notre ?) est dominé par des firmes qui veulent faire culture, et qui fonctionnent en interne, non comme des entreprises (c’est à dire des ensembles stabilisés de relations contractuelles) mais comme des communautés, soudées par un ciment religieux. Ce que propose Cleer, avec sa tour sans fin qui monte dans les nuages, mais aussi les soubassements du métro, du parking souterrain, de l’asile de nuit, c’est une représentation dantesque, une carte de la réalité. Entrer dans Cleer (comme on entre en religion) c’est quitter le Purgatoire et commencer l’ascension délibérée du Paradis.
Objet religieux, voire cosmogonique, Cleer, incréée, dépourvue de fondateur charismatique, est celle qui est.
Comme un Etat, Cleer a un service de renseignement, qui est en même temps un service d’action directe : Cohésion Interne. CI intervient chaque fois que l’image de Cleer est menacée. Le livre raconte l’ascension et la fuite de deux nouveaux membres de ce service central et redouté, l'Inquisition du Groupe. Charlotte et Vinh sont jeunes, ambitieux, très compétents. Au service de Cohésion Interne, ils règlent les problèmes, notamment d’image, qui pourraient souiller le superbe blanc déposé de Cleer. Et leurs interventions se déploient dans toutes les dimensions pertinentes. Ils sont ceux qui voient et comprennent, ceux qui interviennent. Le prince machiavélien et l’empathe sont les yeux et les mains de Cleer. Charlotte se remplit de la situation, l’avale, l’absorbe, s’en donne la nausée, menace d’exploser comme l’obèse de Seven, finit par vomir du sens. Vinh recueille, comme un calice, le sens de Charlotte et l’utilise pour accomplir les œuvres de Cleer. Dans leur relation déséquilibrée, Charlotte et Vinh sont la victime et le sacrificateur, l’ours et le montreur, le monstre et le forain.
Bien vite, la réalité, comme leur ancienne vie, s’estompe autour de Charlotte et Vinh. Car tel Moloch dévorant les enfants de Carthage, Cleer exige une soumission totale. Passé les quelques premiers moments de normalité, Cleer détruit les allégeances antérieures, considérées comme secondaires. Plus de famille, plus d’amis, plus de loisirs. Seulement le monde comme perturbation, la politique interne, l’évaluation permanente, le charabia conceptuel de la méthode Karenberg et de son gourou Göding (Dieu ?), le vocabulaire spécifique de la firme qui rappelle qu’Orwell déjà écrivait que contrôler la langue c’est contrôler l’Homme. Le monde se déréalise pendant que Vinh, efficace, politique, et impitoyable, fuse vers les niveaux supérieurs, tournant définitivement le dos à la glaise, et que Charlotte, empathe hypertrophiée, choisit d’y retourner. Cleer demeure. Pont jeté entre le Ciel et la Terre, ne poursuivant que ses incompréhensibles fins.
Cleer, L. L. Kloetzer

L'avis des Singes de l'Espace (Zira et Zaïus peut-être)

L'avis d'Efelle

L'avis de Cédric Jeanneret

dimanche 31 octobre 2010

La Madelon vient nous servir à boire


Suite de l'excellente série Notre mère la Guerre avec cette "Seconde Complainte".
C'est toujours superbement illustré en lavis et lignes brouillées. Le scénario montre encore la folie et les contradictions d'une conflagration dans laquelle les certitudes et les repères sont brisés par la violence d'une boucherie dépourvue de sens.
On croise dans cette "Seconde Complainte" un échantillon important du monde bigarré qui hante le purgatoire boueux : des femmes assassinées, un gendarme découvrant l'horreur de la guerre, un général confis dans l'huile de ses certitudes, un pacifiste exhortant ses hommes, jeunes repris de justice, au combat, un officier, admirateur de Péguy, devenu impuissant et s'amourachant d'une jeune prostituée, des tirailleurs sénégalais perdus dans la neige de Champagne, un blessé qui agonise dans le no man's land, soutenu dans ses longs derniers instants par ses camarades qui lui chantent des chansons à boire depuis la tranchée.
L'enquête progresse, des témoignages commencent à arriver, on saura peut-être qui a tué ces femmes. Dans le même temps les morts s'égrènent au fil des assauts menés ou repoussés. L'absurdité d'une enquête criminelle sur les lieux d'un crime de masse ne semble gêner personne, pas plus que celle qui consiste à conquérir des trous de terre pour les voir reconquis peu de temps après.
Notre mère la guerre, t2, Seconde Complainte, Maël, Kris

Vous pourrez dire, j'y étais


Eric Nieudan écrit des premiers romans depuis aussi longtemps que je l'ai découvert sur le Net ;-)
Il vient de se lancer un défi original : écrire un roman pulp en un mois sous forme de feuilleton, comme Eugène Sue par exemple. Je vous encourage vivement à profiter de ce happening et à venir lire Gaia, planète du prince perdu.

Son beau site est là : Quenouille.com

Je reproduis son post original ci-dessous :

A l’occasion de NaNoWriMo, j’ai décidé de tenter un pari quelque peu inconscient.
Mesdames et messieurs, sous vos yeux ébahis, je vais… écrire un roman. En un mois. Comme la centaine de milliers d’autre participants au défi. Jusqu’ici, je vois bien que vous n’êtes pas hyper impressionnés. Mais ce n’est pas tout : le roman sera publié ici-même, en quatre parties, chaque dimanche du mois. L’ensemble fera entre 20 et 25 chapitres, soit un petit livre de 300,000 signes ou 50,000 mots. Bonus non négligeable : le Grümph a fort gentiment accepté de produire une couverture pour chacun des épisodes.
Gaia, planète du prince perdu, sera bourré d’action, pas forcément très porté sur la réflexion métaphysique, mais fun à lire. Et aussi à écrire, espérons-le. Comme d’habitude, je posterai pendant la semaine mes impressions sur cette expérience feuilletonesque. Alors à lundi !