mardi 25 août 2009

Pulp action


Un bref passage devant un ordinateur pendant ces longues et épuisantes vacances pour dire que Quentin Tarantino prouve, dans cette remarquable uchronie, qu'on peut tourner un film qui a tout d'un comics lorgnant sur le pulp sans la moindre image de synthèse. Du grand art. Et 2h30 qui passent comme une brise.
Je précise, pour information, que je ne suis pas un Tarantinolâtre.
Inglorious basterds, Quentin Tarantino

mercredi 19 août 2009

Pour les novellas


"Le monde, tous droits réservés", de Claude Ecken, est un recueil regroupant 2 novellas, primées Rosny Ayné en 2001 et 2004, et 10 nouvelles publiées pour la plupart dans Bifrost.
Les deux novellas sont de très bonnes factures.
"Eclats lumineux du disque d'accrétion" fait un amusant parallèle entre la vie d'un trou noir et le trou noir social dans laquelle une société avancée et solidaire plonge ses assistés. Dans les années 30 le grand économiste anglais JM Keynes, observant les progrès fulgurants de la productivité, rêvait d'un monde où chacun ne travaillerait que très peu et aurait pour souci principal l'occupation de son temps libre. Ecken décrit un monde, plus semblable au notre, où la hausse continue de la productivité à pour effet principal de sortir quantité d'actifs du monde du travail, réservant celui-ci à un petit nombre qui travaille autant voire plus qu'avant. Et comme nous ne sommes pas des sauvages, les autres, les inactifs, sont secourus par la société au prix de prélèvements obligatoires importants. Si le parallèle avec le trou noir n'est qu'amusant et pourrait passer pour un effet de style, la description d'une société de chômage assisté généralisé est pertinente dans ses effets délétères. Oisiveté, petits trafics, rage (voir la description de la vrai rage que donne le sociologue François Dubet), tous les ingrédients d'une explosion sociale sont réunis dans les "Cités", ces lieux de vie attribués par le système social, avec budget mensuel consommation, énergie, média, à la masse majoritaire des inactifs. On trouve aussi en ces lieux de la créativité, étouffée par les déterminismes sociaux, et que seule une intervention extérieure peut libérer. Ce texte est futé, plutôt bien vu, et le personnage du jeune garçon qui en est le héros est vraiment attachant.
"La fin du Big Bang" répond à l'interrogation qu'a eu, un jour, tout enfant. Et si j'avais eu d'autres parents ? Le, puis les, héros de cette novella connaissent la réponse à cette question. Ils sont dotés d'une mémoire qui se souvient des univers parallèles et des différentes manières dont auraient pu s'effondrer la fonction d'onde quantique. Ils se souviennent de tout ce qu'ils ont été, de toutes les sociétés distinctes dans lesquelles ils ont vécus, et cela les coupent du reste de l'humanité pour qui la dernière réalité a l'apparence d'avoir toujours été la seule. Torturés par l'angoisse du changement de réalité à venir qui remodèlera leur vie (pas forcément en mieux) et la difficulté de conserver la mémoire de toutes leurs existences, ils parviennent progressivement à amener la réalité à une voie unique en forçant, par la conscience, le réel à correspondre aux attentes de l'observateur. On retrouve ici la théorie suivant laquelle c'est la conscience qui force l'effondrement de la fonction d'onde qui sinon resterait indéterminée. Le texte est intéressant, compréhensible sans avoir fait une thèse de physique théorique, et les personnages principaux y sont, là aussi, attachants. Le seul regret que j'ai est arrivé à la dernière page. L'accomplissement final de ces voyageurs mémoriels, la fin de leur errance est un confort petit bourgeois avec femme, enfants, adolescents pénibles. On aurait pu espérer plus sexy. Tant pis.
Les 10 nouvelles, à l'inverse, n'ont guère d'intérêt. Courtes, peu développées, elles sont d'une grande platitude stylistique.
Si vous l'achetez, c'est pour les novellas.
Le monde, tous droits réservés, Claude Ecken

L'avis de Papa Fredo


L'avis de Lhisbei

mercredi 12 août 2009

A mon grand regret

"Little Brother" de Cory Doctorow a gagné le prix Prometheus, le prix Campbell, et est en finale d'un ou deux autres. Néanmoins il n'a gagné ni le Hugo, ni le Nebula. De ce fait, et comme promis dans le post linké au dessus, je m'en suis coupé une. Ci-joint l'IRM colorisé qui le prouve.


Gromovar, le blogueur qui tient ses promesses, si inconscientes soient-elles :-(

Stephen King Digest


Je me débattais depuis des années dans une contradiction pénible. J'aimais vraiment les films tirés d'œuvres de Stephen King, mais ses romans me tombaient des mains à la vitesse de l'éclair. Etais-je condamné à ne connaître du King que ses ouvrages adaptés ? C'était à craindre.
Et puis, j'ai fini par trouver une solution. Quel est le problème avec Stephen King ? Ses interminables, et en général parfaitement inutiles, digressions récurrentes. Chaque personnage passe son temps à se souvenir extensivement de son copain Jack qui lui avait donné un briquet en 57, de la chanson (paroles incluses) que lui chantait sa mère pour l'endormir, de la victoire des Spurs et du hot-dog divin qui l'avait accompagnée. Et c'est long, c'est long, c'est long, ça n'en finit pas (d'autant qu'une pulsion masochiste incontrôlée m'a fait acheter la version Uncut, encore plus longue que la normale). Dans les jeux de rôles aussi nous utilisons ces digressions pour donner de la substance aux personnages, mais, étant gens de goût, nous en usons en quantité homéopathique. King, lui, nous en fournit à grands coups de louche. Bon ! La tumeur localisée, restait à l'exciser.
J'ai lu "The Stand" ("le Fléau" en France) très rapidement car l'histoire et les personnages m'ont passionnés. Pour y parvenir j'ai systématiquement zappé toutes les digressions, faciles à repérer. Ainsi le roman cesse d'être indigeste. Voila une bien vilaine chose, que je ne fais jamais, mais dans ce cas précis c'était sine qua non, d'autant que King n'est pas Flaubert et qu'on ne perd pas le plaisir d'une prose superbe en sautant quelques lignes. Et ça a plutôt bien marché. A l'arrivée j'estime à facilement 20% les digressions dans "The Stand". Absolument colossal. D'autant qu'elles sont tellement omniprésentes qu'elles cassent sans cesse le rythme de la narration.
Que devient alors "The Stand" après liposuccion ? Un très bon roman fantastique post-ap. La libération accidentelle d'un super-virus AH1N1 ;-) tue en quelques semaines 99% de l'humanité. Le % restant est l'enjeu d'une lutte entre le Bien et le Mal représentés dans l'Amérique en ruine par deux avatars. La trame narrative est cohérente et convaincante. Les nombreux personnages sont détaillés, attachants (en particulier le sociologue cynique qui tente de recréer les bases d'une vie sociale, mais ça c'est mon pathos), et leurs motivations sont crédibles. L'éventail des réactions humaines à une situation de crise extrême est balayé de façon convaincante par King. Les rebondissements, nombreux, ne sont pas trop téléphonés. Le fantastique intervient assez pour jouer un rôle, mais pas assez pour rendre ridicules des situations rationnelles. C'est donc un très bon livre et un vrai plaisir de lecture, une fois débarrassé de ses scories (mais que fait l'éditeur ?). Faudra que j'essaie de relire "Simetière" de la même manière.
Seul avertissement : c'est très américain et très biblique, ce qui n'est pas un défaut en soi mais donne lieu à quelques scènes qui sont du plus haut comique pour un français athée.
Bonne nouvelle : L'adaptation comics sort en TPB en septembre aux USA. Aiguisez vos CB.
The stand / Le fléau, Stephen King