samedi 30 mai 2009

Glacial


Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur "Velum" alors je ne vais pas faire preuve d'originalité. "Velum" est un roman qui décrit une guerre multiverselle entre anges et anges déchus. Cette guerre se déroule simultanément dans tous les mondes et tous les temps, et elle met en scène une multitude d'avatars de quelques personnalités marquantes. Ultra référencé, le livre évoque plusieurs mythes antiques, manifestations hic et nunc de la guerre du Multivers ; il fait penser suivant les pages à Lovecraft, Borges, Moorcock, Reich, Jung, etc... Ecrit comme un assemblage de fragments brefs, il est ainsi doté d'une narration qui évoque le Ulysse de James Joyce.
"Velum" est donc un très bel exercice de style, érudit et plutôt réussi, clairement larger than life MAIS on s'y ennuie à mourir. Aucun personnage n'a assez de chair pour accrocher le lecteur. Pour parler clair, on se fout de ce qui peut leur arriver. Enclore l'éternité en 500 pages oblige à négliger les personnages, c'est le défaut rédhibitoire de "Velum". Qui peut aimer "Velum" alors ? Les amateurs de mythologie, les gens qui ont aimé "Le Silmarillion" de Tolkien ou "Diaspora" de Greg Egan par exemple.
Velum, Hal Duncan

L'avis détaillé de Nébal

L'avis détaillé d'Efelle

mardi 26 mai 2009

BOF


Hormis la nouvelle introductive de Silverberg, "Enter a soldier. Later : enter another" qui a justifié l'achat de l'anthologie, le tout est très dispensable.
Time Gate, Anthologie

dimanche 24 mai 2009

Trois, quatre, remonte chez toi quatre à quatre


Le second recueil de Gudule, après "Le club des petites filles mortes", vient de sortir. Huit novellas d'une centaine de pages environ.
J'évacue les défauts : un premier texte où tout le monde se connait et se reconnnait, qui rappelle un peu ces pièces de Molière où on s'aperçoit à la fin qu'ils étaient tous parents ; quelques facilités scénaristiques ; des climax parfois décevants après une montée en tension très efficace.
Ceci posé, reste le bon.
Au fil de ces huit contes pour adultes, on rencontre des enfants assassins, des enfants martyrisés, des liaisons incestueuses, de l'amour, du sexe. On oscille en permanence entre réalité, souvenirs, rêve, fantasmes, hallucinations, manifestations fantastiques, avec des transitions tellement douces qu'il est difficile de trouver la frontière entre deux états. Chez Gudule le subconscient se donne à voir en pleine lumière et le visible ne permet jamais de présager de l'invisible.
La progression narrative est rythmée à merveille car Gudule fait très bien deux choses : elle sait doser la montée en tension pour rendre son histoire progressivement de plus en plus inquiétante, et elle excelle à détourner l'attention du lecteur de la vraie direction vers laquelle se dirige la novella (Gudule invente le twist final de milieu de récit ;-) ce qui fait que chaque histoire est surprenante.
Elle décrit parfaitement les enfants ou les adolescents. Ils sont crédibles dans leur élocution particulière, crédibles dans leurs sentiments excessifs et incontrôlés, ou leur incapacité à percevoir ce qui est impossible.
Elle décrit les nombreuses sexes de sexe ou de désir sans utiliser toutes les métaphores convenues qu'emploient les auteurs masculins, et c'est reposant.
Elle sait créer une connivence avec le lecteur en écrivant le plus souvent à la première personne. La connivence personnage/lecteur est un art délicat qui avance entre deux écueils, l'œillade rigolarde et la trop grande distance. Gudule place ses personnages à la distance idéale, elle les rend par là même attachants. Elle fait aussi montre d'une ironie pince sans rire, drôle et perçante dans son cynisme et son mépris des conventions sur ce qui est dicible, qui la place à des années lumière de la prose des spécialistes français du gros pastiche qui tache. Quantité des phrases placées par Gudule dans l'esprit de ses personnages pourraient être utilisées comme aphorismes.
Aucun texte n'est mauvais, mais dans les limites de ce que j'ai écrit plus haut. Certains sont vraiment bons avec une mention spéciale personnelle pour les deux derniers textes, l'un doté d'une "Mary Higgins Clark" perverse, l'autre écrit avec un style qui rappelle fortement les nouvelles de Boris Vian. Au final un recueil en dessous du précédent mais qui ne déçoit jamais vraiment.
Les filles mortes se ramassent au scalpel, Gudule

mercredi 20 mai 2009

Déchire sa race


En kiosque le n° 2 du seul féminin lisible
Causette

Ne pas voir, ne pas entendre...


N'intervenant que sporadiquement il me plaît de jouer l'ombre discrète qui de temps en temps fait remonter un ouvrage d'une pile dans l'ombre de LA pile. Or je viens de terminer The City and The City de China Miéville. Miéville est un auteur qui à l'issue de la lecture de Perdido Street Station s'est propulsé instantanément (enfin, pour autant que l'instantanéité puisse être ramenée à la longueur de ce roman) dans mon petit panthéon personnel, avec Dick, Borges, Herbert et quelques autres.
Son dernier roman tranche avec les univers punk-chaotiques qui l'ont fait connaître. Il s'agit d'une dystopie ou d'une uchronie (on ne le saura pas forcément, même jusqu'à la fin) contemporaine, se passant dans deux villes états de l'Est voisines. Tellement voisines d'ailleurs qu'elles sont superposées sur une grande partie de leur surface. Besźel et Ul Qoma, qui semblent être des contractions fantastiques de la Turquie et de la Syrie, adoptent alors un modus vivendi particulier : les frontières étant extrêmement strictes (ces deux états ont été en guerre plusieurs fois et les tensions sont vives), et les habitants de nationalité différentes habitant côtes à côtes, ceux-ci doivent apprendre très tôt à dévoir et désentendre la moitié de leur environnement (traduction à la volée, nous verrons si l'édition française me conforte - et oui ce n'est pas encore en VF).
Je ne vais pas plus déflorer le roman qui nous fait rentrer en douceur dans cette psychose et qui pas à pas, nous laisse croire que cela ne va pas tenir la route de la logique. Pour mieux nous montrer au détour d'une anecdote que si, il y a des raisons qui font que les véhicules ne se rentrent pas dedans, ou qu'il n'est pas possible de tricher et de voir en faisant semblant de dévoir... Cette dernière règle de l'univers de The City and The City étant jusqu'à la fin la plus mystérieuse et le ressort d'une bonne partie de l'intrigue. Quand je vous parlais de Borges...
Intrigue qui d'ailleurs est assez lapidaire, voire aride, avec un crime commis qui implique les deux villes, un inspecteur qui va devoir faire le "voyage" pour le résoudre, et des répercussions autour de la Brèche, cette mystérieuse force omnisciente qui emporte ceux qui voient alors qu'ils ne devraient pas.
Le livre est extrêmement plaisant une fois que ne l'on s'attend plus à l'univers baroque habituel de Miéville, et que l'on se fait aspirer par sa paranoïa. A lire a minima pour l'énorme plaisir de suspension de l'incrédulité qu'il provoque : si vous n'avez pas aimé Miéville jusqu'à présent, vous avez droit à une deuxième superbe facette de ses talents. A vous de jouer !
The city and The City, China Miéville

lundi 18 mai 2009

Ex nihilo


Voici un livre fascinant et important. Fascinant par son sujet, la création d'une histoire nationale mythique dans le but de créer une communauté politique et de légitimer sa revendication territoriale. Important par le terrain qu'il étudie, le "peuple juif" et la revendication de ses représentants sionistes sur les terres de la Palestine mandataire puis, au delà, de ce qui est nommé par eux Eretz Israël.
"Comment le peuple juif fut inventé" n'aurait pas pu être écrit par quelqu'un d'autre qu'un chercheur israélien. Tout autre auteur aurait été taxé d'antisionisme au mieux, d'antisémitisme au pire (Shlomo Sand montre d'ailleurs qu'en Israël les deux notions sont parfois volontairement confondues).
Au fil de cet ouvrage Schlomo Sand commence par rappeler que les mouvements nationalistes politiques ont fait florès au XIXème siècle et qu'ils ont suivi deux grands courants, un courant, civique, d'adhésion au groupe, caractéristique de la vision française de Renan par exemple, et un courant ethnobiologiste dans lequel seul le peuple racial peut fonder la nation, cette vision ayant dominé en Allemagne par exemple. Le nationalisme politique a été le moyen par lequel des entités nationales, largement imaginaires, se sont constituées puis ont accédée à l'autonomie politique, voire à la création d'Etats ad hoc. Au milieu de ce "Printemps des nationalités" s'est constitué un mouvement, intellectuel avant d'être politique, de juifs d'Europe de l'Est qui ont tenté de définir eux aussi leur identité nationale. Baigné dans les cultures allemandes et russes de l'époque, ces pionniers de la conscience juive ont privilégié une définition ethonobiologique de la nation. Nonobstant la grande variété des cultures, des langues, et même des traits physiques des différentes communautés juives du monde, ces intellectuels ont cherché à démontrer que tous les juifs du monde étaient les descendants du peuple juif de la Bible exilé après la destruction du temple de Jérusalem ; qu'ils formaient donc un peuple distinct et identifiable, on dirait aujourd'hui une ethnie, on disait à l'époque une race. Dans cette mythologie fabriquée à grands renforts d'exégèses de la Bible (qui passe maintenant pour la vérité admise), le peuple juif a réellement vécu la plupart des épisodes que raconte l'Ancien Testament (ils sont simplement rapportés à des phénomènes naturels, lorsqu'il y a miracle, pour ne pas heurter la sensibilité scientifique de l'époque ni la large frange laïcisée des communautés juives), il a été exilé après la destruction du temple, soit peu de temps après JC, il s'est dirigé massivement mais pas exclusivement vers l'Europe, il n'a pas réalisé de conversion, et donc les juifs du monde sont tous les descendants de ce peuple juif exilé qui a quitté sa terre il y a deux mille ans. Schlomo Sand remarque, non sans ironie, que cette version des faits valide le mythe chrétien du juif errant déraciné de sa terre et condamné à errer de par le monde en punition du déicide. Il montre, plus sérieusement, qu'elle se heurte aux faits linguistiques, archéologiques, génétiques.
Il montre que la chronologie biblique est à l'évidence erronée et que quantité des éléments qu'elle contient sont difficiles ou impossible à établir scientifiquement. Il montre que les faits prouvent qu'il n'y a pas eu d'exil massif, ni au premier siècle, ni même plus tard. Il montre que l'extension de la religion juive après la premier siècle ne peut s'expliquer que par des actes de conversion, parfois massive, annulant ainsi toute velléité d'identité biologique. Il montre qu'il n'existe aucune culture laïque commune à toutes les communautés juives du monde qui serait la trace d'une histoire un tant soit peu commune. Il montre que les juifs d'Europe de l'Est, à l'origine du sionisme, sont vraisemblablement des descendants de khazars, c'est à dire d'un peuple converti au judaïsme et sans lien biologique avec les habitants de la Judée primitive. Il montre comment l'historiographie a été mise au service de la volonté sioniste et comment les voix dissidentes se sont progressivement tues, sont progressivement rentrées dans le rang, ou n'ont eu qu'un accès limité aux médias et au public. Il montre comment l'archéologie a été convoquée dans le but de prouver les assertions sionistes et qu'elle a eu tendance à éviter de trop s'appesantir sur toutes les découvertes qui remettaient en cause l'histoire officielle. Il montre comment la génétique a cherché à montrer qu'il existait une parenté génétique entre tous les juifs sans jamais y parvenir. Il montre comment il existe en Israël des tabous dans la recherche universitaire dès qu'on touche à la question de l'identité juive. Il montre comment les plus hautes autorités du jeune Etat d'Israël (notamment Ben Gourion) ont participé activement à l'édification de ce mythe, car elles pensaient qu'il était indispensable à la fondation d'un sentiment national, et qu'elles l'ont fait en s'appuyant sur les religieux ce qui est une belle preuve de cynisme de la part d'un mouvement laïc. Ces prétentions à une antériorité extrême avaient évidemment pour finalité la légitimation internationale du retour des "juifs" (Sand montre à quel point les autorités ont été embarrassées lorsqu'il s'est agit de définir ce qu'était un "juif" ayant droit au retour) sur la terre d'Israël et l'éviction des populations "non juives". Jérusalem, qui avait été pour beaucoup de juifs au fil des siècles un idéal et un objectif spirituel, devenait au XXème siècle le point géographique réel de rassemblement du "peuple juif". A l'encontre d'un interdit religieux antique enjoignant aux juifs de ne pas rejoindre massivement Jérusalem, la Jérusalem terrestre prenait au XXème siècle la place de la Jérusalem céleste, avec la bénédiction des religieux qui lisent la Bible comme un acte du cadastre.
Schlomo Sand, chercheur en histoire à l'université de Tel-Aviv et partisan d'une société laïque et non distinctiviste, tente par ce brillant dévoilement de lutter contre le mythe qui fonde la domination.
Comment le peuple juif fut inventé, Schlomo Sand

Ouch !


Autant je m'implique fortement dans les livres que je lis, autant mes nombreuses BD ont une fonction essentiellement distractive. Cet état de fait explique l'existence même de ce post. Je crois que c'est la première fois à l'age adulte que je suis soufflé par un album. Pour l'être il faut avoir suivi les tribulations des héros de Walking Dead depuis le début, leurs combats et leurs espoirs. C'est pourquoi j'enjoins à ne pas aborder ce climax sans avoir lu les opus précédents. Et surtout j'enjoins Cédric Ferrand, qui disait avoir décidé d'arrêter après le 7, de revenir sur sa décision ; errare humanum est, perseverare diabolicum.
Ruez-vous, achetez les 8 tomes, lisez les, soyez soufflés aussi. En ce qui me concerne je crois que je ne vais pas pouvoir attendre le 9 en français et que je vais commander la version anglaise (désolé Delcourt pour cette trahison, je ne suis qu'un chien lubrique et contre-révolutionnaire)
Walking Dead 8, Kirkman, Moore

samedi 16 mai 2009

Comicstalgie


Toby est un lecteur fanatique de comics. Il vit dans notre monde, celui où personne n'a de super-pouvoir et où les super-héros ne sont que des personnages de bande dessinée. A l'age de 13 ans il découvre que les héros, mais aussi et surtout les méchants, de ces comics existent vraiment, dans une autre dimension, quand ceux-ci se mettent à arriver dans son monde et à le ravager.
Ce thème original est joliment traité dans l'intégral Marvel/Panini récemment sorti. Mark Millar crée un personnage de geek, différent et solitaire, immédiatement attachant. Le destin de Toby, seul à croire dans un monde incrédule, et ses interrogations concernent le lecteur. Et Toby ne cesse de s'interroger. Sa geekerie est-elle une erreur ? Devrait-il faire ce que tous lui conseillent et rentrer dans le rang ? Finira-t-il comme son père, brillant mais chômeur ? L'Histoire lui donnera raison quand, parce qu'il est le seul à croire, il est le seul à pouvoir et savoir réagir. Il démontre que comme l'écrivait Boris Vian "les masses ont tort et les individus toujours raison". Ce faisant il découvre le courage de son père et, à la fin, il embellit sa vie un peu comme le fait le fils de la miraculée de "Good Bye Lenin"
"1985" de Mark Millar est un bien joli comics. Les graphismes ne sont pas les plus délirants que j'ai vus mais l'opposition visuelle entre notre monde réel et le monde des comics est intelligemment traitée. Au final un recueil à lire pour se faire plaisir, à fortiori si on a soi-même été un ado lecteur de comics que les autres trouvaient un peu bizarre.
1985, Mark Millar, Tommy Lee Edwards

La critique de Néault

La critique d'Efelle

samedi 9 mai 2009

BOF


Sympathique mais infiniment trop adolescent dans ses thèmes comme dans son écriture, notamment par son côté déclamatif. Mais ceci explique aussi que les jeunes filles gothiques tombent en pâmoison en le lisant. Alors, comme le disait Bruno Etienne, "choisis ton camp, camarade".
Déchirures, Sire Cédric

mercredi 6 mai 2009

Ce soir sur la Chaine Histoire


La grande guerre mondiale contre les zombies est finie depuis 10 ans ; elle avait duré plus longtemps. "World War Z" est un ouvrage de témoignages écrit à partir de toutes les interviews réalisées pour faire un rapport destiné à l'ONU. Il se donne pour objectif de transmettre, au plus près de la réalité, le vécu humain de la guerre.
Ecrit par Max Brooks (le fils de Mel) déjà auteur du "Zombie survival guide", indispensable ouvrage pour qui veut survivre à la prochaine invasion zombifique, "World War Z" est un roman fascinant. Max Brooks vient de la télévision et ça crève les yeux. Son livre est conçu comme un documentaire télévisé historique. Mis à part une préface de trois pages, le narrateur n'intervient quasiment pas. Il présente le contexte de chaque entretien, pose parfois des questions, et c'est tout. La parole est donné aux témoins. Leurs témoignages se succèdent et ils sont très nombreux.
La multiplication des interlocuteurs permet de balayer toute la (longue) durée de la guerre et d'embrasser la totalité du front terrien. Elle met en lumière les perceptions divergentes, les différences d'analyse, la multiplicité des intérêts. Elle permet de prendre pleinement conscience de la façon dont des individus ordinaires ont réagi à l'incroyable, et de la manière dont toutes les certitutes se sont effondrées, entrainant des réorganisations massives et des changements brutaux de paradigme. Elle ajoute l'émotion vécue à la relation objective des faits. Elle captive le lecteur car chaque part de vérité ajoute une touche sur la fresque impressionniste qui se dévoile peu à peu.
La guerre totale que les zombies ont livré à l'humanité a entrainé l'effondrement de l'économie, victime de sa trop grande dépendance à des processus de production divisés à outrance. Elle a contraint les hommes (ou au moins les occidentaux) à redécouvrir avec la pénurie, le recyclage et l'économie des moyens. Elle a provoqué de grands bouleversements politiques d'un bout à l'autre de la planète. Elle a mis à l'honneur des méthodes de combat efficaces mais moralement très condamnables, rappelant ainsi à la lumière les mânes de Machiavel. Elle a rendu fou beaucoup de ceux qu'elle n'a pas tué. Elle a fait naitre des héros et révélé des salops. Elle a failli détruire l'espèce humaine, et elle a pollué la Terre pour des décennies. Elle n'est, en réalité, pas complètement finie.
En ces temps de (prenez votre souffle pour aller au bout) Grippe AH1N1, la propagation rapide de l'épidémie zombifique facilitée par les transports et le déni initial, puis la panique et l'effondrement économique qui la suit, décrits dans"World War Z" résonnent étrangement comme un avertissement.
World War Z, Max Brooks

La critique d'Efelle

La critique d'Hugin & Munin

La critique d'Arutha

samedi 2 mai 2009

Hugin & Munin: Blogosphere Fantasy - renforçons nos liens !

Hugin & Munin: Blogosphere Fantasy - renforçons nos liens !

Et là, ça marche ?

Backlinkons comme des follasses


Quoi de mieux qu'un Beholder pour inaugurer ce backlinking massif ?

C'est en tout cas la bonne idée donnée sur ce post de Hugin & Munin.

PS : Vu Wolverine jeudi. Ca se passe pas mal au Canada, mais c'est pas fameux. Désolé :-(

vendredi 1 mai 2009

Scary Cédric


Sur la couverture de "L'enfant des cimetières" il y a écrit Thriller gothique. Cette appellation est totalement justifiée. C'est un vrai thriller et c'est vraiment gothique.
Premier roman que je lis de Sire Cédric (!), je trouve dans ses pages ce qu'on attend habituellement d'un roman horrifique. Une tension angoissante, du fantastique, du gore. Et c'est ici très bien réalisé, ce qui est loin d'être toujours le cas dans ce style de littérature.
L'auteur travaille à coup de chapitres très courts, tellement courts qu'on se demande même à quoi sert la division en chapitre puisque la plupart du temps c'est le même fil narratif qu'on suit d'un chapitre au suivant. Va savoir...
De fait il n'y a que deux fils principaux et ils sont rarement entremélés. L'un suit celui qu'on nommera le héros et qui enquète en marge de la légalité pour comprendre et survivre. L'autre fil suit l'enquète de police. Car nous sommes en France, aujourd'hui, et, quand des évènements particulièrement étranges surviennent, la police enquète.
Je le répète, il n'y a rien de diaboliquement original ici, mais ce que Sire Cédric a réussi c'est le dosage des différents éléments ainsi que la vitesse de la progression vers la vérité. On tourne les pages à toute vitesse pour connaitre le résultat de l'investigation ou de l'exploration en cours, certains qu'un élément de plus va s'ajouter au puzzle d'ici quelques pages. On est ici chez l'anti-Stephen-King. L'histoire avance vite, et elle n'est pas interrompue à intervalles réguliers par une réminiscence ou la longue description d'un état d'âme (qu'on me comprenne bien, je n'ai rien contre les développements psychologiques, bien au contraire, mais quand on veut savoir si l'ADN du suspect correspond avec la trace retrouvée, on n'a pas envie d'avoir d'abord dix pages durant lesquelles le héros se souvient de son enfance ; dans ces moments-là il y a urgence).
L'explication fantastique n'est admise que très progressivement par le héros, encore moins vite par la police. Les deux enquètes sont menées en parallèle, dans l'ignorance l'une de l'autre, et aboutissent progressivement aux mêmes conclusions à partir d'une série d'éléments matériels différents. Le héros malheureux de l'histoire doit rendre des comptes à la police qui ne prend pas pour argent comptant ses explications surnaturelles. L'explication du mystère elle-même résulte d'un savant dosage entre causes surnaturelles et causes matérielles, légende urbaine et fond de vérité, et c'est sûrement cet aspect qui est le plus réussi dans le livre. Le fonds fantastique utilisé est classique, démonologie et clavicule de Salomon entre autres, fantômes et esprits bienveillants, mais la trame de l'histoire (irruption du fantastique dans le quotidien, enquète, lectures, analyses, magie) fait penser à Lovecraft, auquel l'auteur adresse un clin d'oeil en plaçant un Nécronomicon dans la bibliothèque d'un personnage, Nécronomicon dont il dit que ce n'est qu'un objet décoratif. Le vrai mal, c'est parmi les démons qu'on le rencontre.
Sur le plan graphique, Sire Cédric ne se refuse rien. Gore et sexe sont présents et explicites (le prologue est de ce point de vue impressionnant). Et si les niveaux de chaque sont bien plus élevés que dans un livre comme Dracula par exemple, c'est parce qu'il faut aujourd'hui aller bien plus loin pour provoquer le même sentiment de malaise qu'à l'époque (on oublie trop que des femmes s'évanouissaient en lisant le chef d'oeuvre de Bram Stoker). L'auteur y va, et il a raison. De même il est impitoyable avec ses personnages, et avoir eu 50 pages ne garantit pas qu'on va s'en sortir comme une fleur. Tant mieux.
Au final, "L'enfant des cimetières" est un roman captivant, inquiétant, et qui procure au lecteur le plaisir qu'on ressent en se faisant peur. On pourra lui reprocher d'être un peu trop parcimonieux en profondeur des personnages mais c'est en faisant l'impasse sur cet aspect qu'il obtient le rythme d'enfer qui fait sa force. Et contrairement aux romans de Masterton par exemple, il est pourvu d'une fin qui tient debout.
L'enfant des cimetières, Sire Cédric