lundi 27 avril 2009

R. I. P. Kitty Genovese


Voici un livre que j'aurais aimé adorer et recommander sans réserve.
Le meurtre, devant 38 témoins passifs, de Kitty Genovese le 13 mars 1964 à New-York causa un choc énorme dans l'opinion américaine. Devenant à son corps défendant (et rarement expression aura été aussi appropriée) une icône de la pop culture US, Kitty Genovese entrait dans l'Histoire.
Son martyre donna lieu a des études en psychologie sociale et à la mise en évidence du principe de dilution des responsabilités et du bystander effect. Il entraina la création du fameux 911. Il inspira de nombreux écrivains et musiciens. Il fut à l'origine de la vocation de Rorschach, le justicier impitoyable des Watchmen.
Didier Decoin évoque aujourd'hui sa mémoire, 45 ans après sa mort tragique. Et son roman ne me convainc pas entièrement car il n'apporte guère plus que ce qu'aurait apporté un essai plus court ou un long article. Il y manque un peu de la théorie élaborée depuis, et l'intervention d'un narrateur, voisin absent le soir du meurtre, n'apporte à mon sens pas grand chose au récit. Ce livre m'a ému par moments mais je n'y ai rien appris que je ne savais déjà. Dommage, j'espérais être éclairé par Didier Decoin.
Néanmoins, l'écriture de ce roman peut aussi se comprendre comme l'érection d'une stèle à la mémoire de la jeune femme. En ce cas il s'agit une oeuvre respectable ; et elle a atteint son bût, car sans ce livre jamais je n'aurais évoqué ici le destin malheureux de Kitty Genovese.
Est-ce ainsi que les femmes meurent ? Didier Decoin

samedi 25 avril 2009

Neault rulez


Le blog de Néault, Univers Marvel, devient un important prescripteur de comics et BD, au moins en ce qui me concerne ;-)
Suite à la lecture de ce post, je commande le premier tome de "Ruse". Et c'est encore une excellente recommandation.
"Ruse" met en scène un détective qui est un Sherlock Holmes poussé à l'extrême de ses qualités et de ses défauts. Il est assisté d'un Watson féminin qui a ceci de particulier qu'il est doté de pouvoirs magiques cachés. Et le tout se situe dans un univers victorien très légèrement uchronique.
Les dessins et les couleurs sont absolument superbes et justifient à eux seuls d'investir dans les albums. La présentation, papier glacé, couverture en dur, format à l'italienne, est de grande qualité. Les scénarios, sans être renversants d'originalité, sont agréables à lire. Au final, de biens beaux objets à posséder dans une BDthéque.
Ruse, Waid, Guice, Perkins, Depuy

Zombies rulez


Deux ans que je passe à côté. La faute à un vilain préjugé. J'évite les BD en noir et blanc.
Puis je lis cet excellent post (attention spoiler), qui fait suite à ce non moins excellent que je n'avais pas lu. L'enthousiasme de Néault me pousse à acheter le volume 1, un peu à reculons, et c'est un choc. Volume 2 lu hier soir. Je cours chercher les autres cet après-midi. Etrangement le noir et blanc ajoute du réalisme, un choix de couleur, quel qu'il soit, aurait "fait BD" à un moment ou à un autre. Ecueil évité ici.
Le post-ap est peut-être mon style préféré. Je passe mon temps à chercher du post-ap de qualité et je n'en trouve malheureusement que très peu, de rares pépites dans un océan de scories. Le ratio doit être de 1 bons pour 10 mauvais ou inutiles ; je parle ici de romans traditionnels. A mon grand plaisir, "Walking Dead" surpasse bien des choses que j'ai lues. Développement des personnages, rebondissements, tension, tout est parfaitement en place dans la série, comme l'explique longuement Néault auquel il vaut mieux se référer pour une analyse détaillée.
Si comme moi vous avez omis de vous procurer les épisodes de "Walking Dead", c'est bien dommage, mais il est encore possible de corriger ça. N'hésitez pas !
Walking Dead, Kirkman, Moore, Adlard

La critique de Cédric Ferrand sur le début

lundi 20 avril 2009

Once upon many times


"Mon nom est Titan" est le dernier volume (pour l'instant) des nouvelles (pas toutes) de Robert Silverberg. On sait (ou pas) que j'aime beaucoup le grand Robert (et c'est un euphémisme). Il nous a gratifié de tant de textes que je n'ai pas le courage de tenter une récapitulation (n'est pas Nébal qui veut ;-)
Je vais donc me borner à citer "Le livre des cranes", "L'oreille interne", "L'homme programmé", "Les monades urbaines", and so on and so on and so on...
Aussi "Les chroniques de Lord Valentin" (bof !).
Il a aussi écrit un nombre incalculable de nouvelles, puisqu'il affirmait à une époque pouvoir écrirer une nouvelle sur commande par jour, qu'il vendait souvent à Playboy.
Qu'attendre de "Mon nom est Titan" ? Malheureusement peu de surprises. Il y a un style Silverberg et nihil novi sub sole dans ce recueil. Silverberg n'est pas (plus ?) un innovateur ou un précurseur. En revanche il est un redoutable artisan. Il sait livrer des textes écrits, construits, qualitatifs. Silverberg est comparable à ces restaurants dans lesquels il n'y aura jamais de cuisine moléculaire mais où on sait admirablement réaliser les plats du terroir. Je reviens à Silverberg comme je reviendrais dans une auberge, un peu à l'écart des grandes routes, où le service serait toujours chaleureux et attentionné.Comme dans tout recueil de nouvelles, tout n'est pas excellent (je crois l'avoir déjà écrit ailleurs), mais il y a suffisamment de bonnes choses pour qu'on ait envie de gouter la sélection.
C'est dans les uchronies et les voyages temporels que Silverberg excelle et se démarque, et les nouvelles présentées ici ne font pas exception. De même, on y retrouve la goguenardise, la liberté de ton, et la spiritualité très personnelle de l'auteur (Silverberg pense toujours à Dieu, mais sous tant de formes qu'on ne se lasse jamais de l'en entendre parler). Le Grand Bob donne l'impression d'avoir décidé une fois pour toutes que le sérieux était pour les sinistres, et il n'écrit pas souvent au premier degré (et ceci sans jamais tomber dans des numéros de pétomane, ce dont tout le monde ne peut pas se vanter). Silverberg est un pince sans rire philosophe, une sorte de vieux juif joueur d'échec de Brooklin qui serait devenu priapique après un shoot en Californie. Ca m'amuse, ça me détend.

Les meilleures nouvelles sont donc :

La maison en os, émouvant rite d'intégration d'un américain contemporain égaré dans une tribu du néolithique, qui découvre ses hôtes moins barbares qu'il ne les imaginait.

Vers la terre promise, où une secte juive tente de réussir vers l'espace l'Exode que Moïse n'avait pas réussi à mener à bien lors de sa tentative vers la Mer Rouge.

Le sommeil et l'oubli, ou comment un érudit modifie la réalité d'une dimension parallèle en suggérant à un grand conquérant assoupi de devenir ce qu'il est.

Entre un soldat, puis un autre. Prix Hugo 1990 pour la meilleure nouvelle. Brillant dialogue entre un Pizarro et un Socrate reconstitués par informatique. Tellement brillant que j'ai commandé "Time gate", le recueil dont est extrait ce texte et qui contient d'autres dialogues de la même eau.

Voué aux ténêbres, une belle histoire sur la fuite des périphéries loin des centres, sur l'hérésie qui surgit du dogme. Une histoire pleine de spiritualité. Une quête.

Tombouctou à l'heure du lion, superbe uchronie située en Afrique, dans un grand royaume africain où la mort annoncée du roi donne libre cours à toutes les manipulations de la part de pays "amis" cherchant à tirer partie de l'évènement. On sent la moiteur et la chaleur et c'est oppressant.

La zone des clones, cauchemar dystopique dans une dictature sud-américaine clonarchique. On appréciera le cynisme et le réalisme du principal protagoniste.

Longue nuit de veille au temple, une nouvelle qui évoque la fantasy, même si les héros involontaires en sont des extra-terrestres. Une réflexion sur l'origine des mythes, le besoin de mensonge et le danger de la vérité.

La route de Spectre City, jolie nouvelle sur la tolérance et l'ouverture dans un pays coupé en deux par une occupation extra-terrrestre.

La venue de l'empire, voyage temporel amusant dans la Byzance du passé. Ou comment des américains modernes réinventent la verroterie.

Le deuxième bouclier. Il existe un milliard (au moins) de textes sur les affres de la création. Celui-ci a pour lui d'être original.

Le reste n'est jamais mauvais mais bien plus dispensable. On y sent parfois beaucoup la patte Playboy de l'histoire courte à chute.

Mon nom est Titan, Robert Silverberg

Une nécro de plus


Ca devient une sale habitude.

JG Ballard, l'inoubliable auteur de "Crash", de "IGH", de "Que notre règne arrive", mais aussi de "Sauvagerie" est mort aujourd'hui, vraisemblablement d'un cancer de la prostate. Je connais essentiellement ses dystopies. Elles s'intéressent souvent au moment où l'homme moyen, dans une société déshumanisante, est submergé par une pulsion meurtrière. Elles sont de qualité.
Son recueil de nouvelles expérimental "Atrocity exhibition", publié à la fin des années 60, a donné son nom a une chanson de l'immense groupe cold-wave Joy Division. Merci pour ça aussi.

jeudi 16 avril 2009

Après Gygax, Arneson


Dave Arneson, le co-créateur avec Gary Gygax de Donjons and Dragons, le jeu d'où est parti toute une culture à laquelle j'adhère, est mort le 7 avril. Curieusement ça m'afflige plus que la mort de Maurice Druon :-)

mercredi 15 avril 2009

Devenez riche sur Ebay


Si vous avez, comme moi, raté l'édition originale américaine, épuisée en moins de temps qu'il ne faut pour le taper, du comics historique dans lequel Spiderman sauve Obama, attaqué qu'il est pendant sa journée d'investiture, vous avez une chance de vous rattraper dans une semaine ; Panini sort la VF de ce comics le 22 avril.
A partir de là, deux options :
vous avez comme moi une âme de collectionneur et vous garderez cette première édition française ce qui vous fera un charmant souvenir de l'année 2009 et vous permettra d'expliquer à vos petits-enfants à quel point l'Obamania a été all-encompassing
vous avez une âme de spéculateur et vous pourrez sûrement en tirer une plus-value en la revendant sur Ebay.
Dans les deux cas vous avez tout à gagner. Alors, pas encore chez votre marchand de journaux ?

Voici l'annonce originale sur le site de Panini Comics :

22 AVRIL
NOUVEAU
En exclusivité : la rencontre historique entre les deux symboles de l’Amérique : Spider-Man et le Président Obama !
SPIDER-MAN LES INCONTOURNABLES : SPIDER-MAN & WOLVERINE
Mensuel - 4,95 € - revue de 24 pages + en kdo un volume de 136 pages.


Spiderman saves Obama, les Incontournables, Panini comics

lundi 13 avril 2009

Bookshelf


Petite tranche de vie inutile et dispensable, mais à quoi servirait d'avoir un blog si on ne pouvait y relater ses petites aventures ?
Car, oui, every dog has its day.
Samedi, donc, je vais à la librairie Arcadia de Marseille (un peu de pub ne nuit pas) pour ma visite hebdomadaire. Cette boutique a beau être bien achalandée, mes goûts ne sont pas des plus conventionnels et je dois, de fait, commander à peu près tout ce que j'achète. J'arrive donc samedi dans l'intention de passser une commande.
Je m'adresse à ma libraire préférée pour lancer le processus et là, le miracle se produit. Elle a ma première demande en rayon. C'est un jour exceptionnel et nous l'apprécions à sa juste mesure.
Second livre, aussi en stock. Nous tangentons l'exceptionnel.
Un troisième serait trop demander dans un souci de réalisme. Mais le troisième est présent lui aussi en rayon.
A ce point nous rions nerveusement tant il semble que les étoiles soient alignées. Pour savoir si j'aurais du jouer au Loto, je demande un dernier titre, le moins probable, le Sire Cédric. Roulements de tambour. Elle l'a.
Je suis sorti d'Arcadia avec assez de dopamine dans le cerveau pour être euphorique toute la soirée.

Ia! Ia! Cthulhu Fthagn! Ph’nglui mglw’nfah Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn!

mercredi 8 avril 2009

Pochette surprise


Well, well...
Les anthologies, c'est toujours comme les pochettes surprise qu'on trouvait avant chez les boulangers. Il y avait parfois dedans de bien beaux jouets, et parfois de grosses merdes, souvent un peu des deux. Cette anthologie ne déroge pas à la tradition.
J'ai toujours beaucoup de mal à chroniquer les anthologies multi-auteurs car il y manque l'élément de synthèse, l'idée force, qu'on peut trouver dans un ouvrage plus monolithique. Alors je vais, comme le font les autres, procéder à un inventaire. A la différence de la plupart des autres, qui chroniquent nouvelle par nouvelle, je mettrai tout ce qui ne m'a pas plu (une bonne moitié) dans un paquet unique sans autre forme de procès.
Qu'y a-t-il de beau et bon dans cette anthologie Solaris ? Que peut-on sans crainte tenter de retrouver dans d'autres recueils ou sur le net ?

The Bowdler strain de James Lovegrove est une nouvelle drôle et absurde sur les armes de guerre non conventionnelles, caractéristique d'une forme de nonsense britannique. Rien d'étonnant de la part de l'auteur du très décalé "Days" et d'une excellente nouvelle dans ce recueil Steampunk. Il y a du Monty Python chez ce Lovegrove, même s'il a aussi écrit le plus contestable "Royaume désuni".

Personal Jesus de Paul di Filippo est très agréable à lire. L'humanité, en contact direct avec la divinité, apprend la sérénité. Le concept est original, la réalisation aussi. On y apprend comment le sexe sauve.

If at first de Peter F. Hamilton est une très bonne histoire. Il s'agit ici d'une construction de carrière comme seule la SF permet d'en imaginer pourvu qu'un grand auteur la serve. Hamilton qui, je le rappelle pour les distraits, est l'auteur entre autres de "L'étoile de Pandore" et de la trilogie "L'aube de la nuit" (que je n'ai jamais chroniquée j'ignore pourquoi), prouve une fois encore qu'il a une imagination débordante, et ici son utilisation du voyage temporel est des plus inédites.

Last contact de Stephen Baxter est un émouvant récit de la fin du monde. Introspectif, intérieur, intime, il touche profondément par la sérénité qui s'en dégage. L'auteur de "Titan" ne pouvait qu'écrire une histoire dans laquelle les humains savent qu'il est inutile de gacher leur énergie à tenter de s'élever contre l'Univers.

Zora and the Land Ethic Nomads de Mary A. Turzillo est une sorte d'enquête policière sur une Mars non terraformée qui devient rapidement très angoissante. Difficile de mettre mieux en évidence à quel point Mars n'est pas adaptée à la vie humaine et combien elle y est fragile et potentiellement éphémère.

The wedding party de Simon Ings est plus un pamphlet qu'une nouvelle. On sait (ou pas) comme l'art engagé me gonfle. La nouvelle vaut surtout par un final étonnant qui rappellera à certains un (mauvais) film de Jennyfer Lynch (la fifille de David, comme quoi...) avec Julian Sands et l'adorable Sherilyn Fenn.

Third person de Tony Ballantyne est peut-être la meilleure nouvelle du recueil. Intéressant traitement du thème du Point de vue en littérature, il décrit une guerre moderne cynique et cruelle, et métaphorise la conscription dans ce qu'elle a de profondément esclavagiste. Uen belle réussite. Je vais garder Tony Ballantyne à l'oeil.

The farewell party de Eric Brown a le défaut d'être un peu trop prévisible. Néanmoins elle suit un rythme narratif parfaitement maîtrisé. C'est une nouvelle agréable à lire, dont le décor cosy donne au lecteur l'impression d'être lui aussi en train de siroter une bière dans un chalereux pub de la campagne anglaise.

Pour le reste : poubelle.

The Solaris book of new science-fiction, Anthologie éditée par Georges Mann

lundi 6 avril 2009

Je suis une feignasse


Décidément on ne peut pas dire que je fuse dans les lectures en ce moment. Trop de boulot (surtout trop de réunions), trop de petits poches historiques lus puis oubliés (faudra peut-être qu'un jour je crée un blog pour les petits policiers historiques à la con ; après tout il y a bien un blog qui compare les fast-foods). Alors, faute de mieux, je signale en passant que le tome 2 de l'adaptation de "L'assassin royal" est sorti. Les personnages ont toujours des visages entre mangas et amoureux de Peynet (c'est à dire guère rock'n roll) et c'est vraiment regrettable, mais la substantifique moëlle des romans est là. L'adaptation est de qualité, et elle rend justice aux livres. Je ne regrette pas de lire ces BD qui ont su capturer l'esprit de Hobb, sauf parfois quand je regarde de trop près les visages ;-)
L'assassin royal, t2, Gaudin, Sieurac