jeudi 29 janvier 2009

Drekkars


Le tome 1 est chroniqué ici. Le tome 2, "Drekkars", est sur les étals et c'est toujours excellent. Le cadre de l'aventure change complêtement par rapport à celui du tome 1, et on commence à en apprendre plus sur les ennemis des trois royaumes centraux alors que des troubles et des complots agitent la société de caste des drekkars, enterrés dans leur cité souterraine. Le dessin est toujours superbe, l'intrigue politique et subtile. C'est de la BD de grande qualité. Quand je pense qu'il va falloir attendre encore 3 tomes, j'en suis malade.
Servitude t.2, Bourgier & David

J'ai replongé


Il y a déjà longtemps, j'écrivais ça. Je n'ai pas grand chose à changer à ce premier post sur Pierre Bordage.
Et récemment j'ai replongé en lisant "Frêre Ewen". Une fois de plus j'ai été enchanté par les talents de créateur de monde du grand Pierre. Une fois de plus, j'ai tourné page après page de ce premier volume d'une pentalogie. Une fois de plus, j'ai été passionné. Mais comme je suis un méchant homme (je sais que je suis un méchant homme car toutes les critiques que j'ai lues sur Internet louent le message d'amour et d'humanité donné par le livre), j'ai de nouveau trouvé que ses personnages tangentaient régulièrement la mièvrerie, et que ses descriptions de sentiments étaient tellement emphatiques qu'elle en devenaient génantes et qu'on avait envie en permanence de dire à son héros de cesser de larmoyer et de bouger un peu ses fesses (alors même qu'il les bouge quand même pas mal). Nous sommes ici dans le contraire absolu d'un écrivain comme Greg Egan qui est tout en froideur. Et pourtant, ça fonctionne. Pierre Bordage sait raconter une histoire. Il sait créer un contexte et le rendre vivant. Ce sont ses grandes qualités.
"Frêre Ewen" est l'histoire d'un voyage. Ce voyage est bien sûr physique, mais il est aussi et surtout intérieur. La fin du voyage est aussi la fin du roman. Ewen est arrivé au terme de sa quête, il peut se reposer. D'autres que lui continueront la mission. Il n'est qu'un maillon d'une chaine car tous participent du destin de tous (voir les nombreux personnages secondaires qui aident le héros dans son voyage). Et ce n'est qu'en faisant la paix avec sa propre histoire qu'il atteint l'état de sérénité qui était la raison même de son très long périple, même s'il l'ignore presque jusqu'au dernier moment.
Comme toujours sa science-fiction ne s'embarrasse pas de crédibilité scientifique. Pourtant son univers matiné de philosophie orientale n'est jamais absurde, et les violations les plus flagrantes des lois physiques passent comme des éléments parfaitement naturels du récit. L'univers de Bordage ressemble un peu à celui de la Force, tous les êtres vivants y sont indéfectiblement liés, et dans le silence il est possible d'y entendre les voix issues des mondes, voire de répondre à leur appel. Il amène une forme de spiritualité dans la SF qui s'y intègre parfaitement sans que jamais on ne voit les coutures. C'est ça le grand talent de Pierre Bordage.
Frêre ewen, Pierre Bordage

L'avis de Monsieur Lhisbei

mercredi 21 janvier 2009

Exhilarating


Ce petit opuscule de Jean-Pierre Andrevon narre avec ironie et détachement l'invasion du monde par des zombies revenus malencontreusement d'entre les morts. L'auteur réussit à faire tenir ensemble, sans raccord visible, deux parties assez différentes, d'une part l'arrivée des zombies, décrite sur un ton où l'angoisse et la stupeur sont mélées à la goguenardise, d'autre part les derniers efforts du héros pour survivre dans un monde devenu un cimetière à ciel ouvert. Andrevon, auteur, critique, musicien, et j'en passe, bien connu dans le milieu, place volontairement, et de manière plutôt judicieuse, ses réflexions sur l'environnement et sa destruction par l'humanité ; il décrit avec un réalisme désabusé les rapports d'un couple qui se connait depuis trop longtemps, et l'amour immodéré de deux filles pour leur deux mêres ; il explore quelques perversions humaines ; il illustre les rapports qu'entretiennent la mort et le sexe ; il utilise aussi parfois, et là c'est sûrement involontaire, un vocabulaire ou des images qui prouvent qu'il a plus de 70 ans, ce qui donne à son roman le charme désuet des livres écrits "avant". Le politiquement correct est brièvement tourné en dérision, ce qui est toujours agréable, avant de céder face aux contraintes de la réalité. Les autorités ne contrôlent la situation qu'un temps ridiculement court avant que leur contrôle, précisément, ne tourne court. Et surtout, il raconte l'histoire d'un héros un peu improbable que le lecteur trouve foncièrement sympathique, ce qui le pousse à tourner les pages à la vitesse grand V pour savoir s'il va s'en sortir et comment. Au fil de l'histoire, Jean-Pierre Andrevon fait des références quasi-explicites au "Je suis une légende" de Richard Matheson, et certaines scènes évoquent furieusement "Mad Max II", ainsi que tous les film de zombie de Romero. "Un horizon de cendres" est court, rythmé, haletant. C'est le parfait ouvrage pour un voyage en train (je n'ai pas dit roman de gare ;-) ou une ou deux soirées à remplir agréablement. Ce livre est excitant.
Un horizon de cendres, Jean-Pierre Andrevon

dimanche 18 janvier 2009

Dickens on dope


Directement de chez Smith, cette très délectable anthologie steampunk. Pour ceux qui ne connaitraient pas le terme, le steampunk c'est du cyberpunk à vapeur, c'est à dire un XIXème siècle victorien fantasmé dans lequel existent des robots à vapeur, des ordinateurs mécaniques (la fameuse machine de Babbage, incontournable), des machines volantes ou sous-marinantes utilisant des technologies improbables ; en résumé, du romantisme gothique matiné de SF cuivré. L'ouvrage steampunk le plus connu est certainement "The difference engine" de Gibson et Sterling, mais le genre est très prolifique.
12 nouvelles écrites par des auteurs plutôt connus et plutôt compétents, c'est un menu alléchant. Le plat répond aux attentes. Abordons les auteurs qui m'ont le plus convaincus.

James Lovegrove, auteur de l'inénarrable "Days", livre ici une merveille de nouvelle sur le monde de la "boxe", que Dickens n'aurait pas reniée pour son style gouailleur et cockney.

Kage Baker : une histoire à la James Bond sur la mise en place du cable télégraphique transatlantique et la crainte qu'elle a suscité. Drôle et cruelle.

Ian R. MacLeod : il prouve ici encore une fois qu'il écrit divinement bien et qu'il est un maitre pour décrire les changements sociaux et la nostalgie fataliste qui les accompagne. Il émeut comme peu d'auteurs savent le faire avec une histoire qui évoque son précédent roman "L'âge des lumières". Certainement la plus grande intensité émotionnelle du recueil.

Margo Lanagan : une nouvelle féministe de pétroleuse, drôle, méchante, immorale et innovante. Un petit bijou prenant place dans le bush australien (qui était encore plus isolé qu'il ne l'est aujourd'hui).

James Morrow : le bien nommé pour un récit à la "Ile du Dr Moreau". Féministe aussi mais d'un féminisme déjanté et extrême. Evolutionniste et scientiste comme ont pu l'être les romans de Mary Shelley par exemple. Parfaitement dans l'esprit du XIXème.

Keith Brooke : encore une histoire évoquant Mary Shelley et l'omnipotence rêvée des biologistes victoriens. On notera une fin ironique à la Réanimator.

Robert Reed : un récit situé aux Etats-Unis dans lequel un robot créé pour imiter Abraham Lincoln devient shérif dans une ville de western et vit une situation rappelant "Le train sifflera trois fois". Certainement le récit le plus original à l'intérieur de la veine steampunk par son contexte et ses personnages.

Le reste m'a un peu moins convaincu, sans être toutefois déplaisant à lire (en particulier "Static" de Marly Youmans est très plaisamment dickensien aussi, même si j'ai trouvé la fin un peu légère).
Au final, une belle collection représentative de la richesse du style.
Extraordinary engines, Anthologie

Monomania


Je suis structurellement compulsif. Et la plus belle technologie inventée pour les gens comme moi est l'Internet, le monde à portée de main. Dès l'instant où j'ai eu refermé le Marvel Deluxe Panini Astonishing X-Men dont je parle ci-dessous il m'a paru impossible de continuer à vivre sans connaitre la fin de l'histoire. Première option : attendre x mois que Panin sorte le tome 2 (regroupant je le précise les t3 et 4 U.S.), insupportable ; option 2 : commander chez mes braves amis d'Amazon les dits t3 et 4. Chose faite, tomes reçus, tomes lus.
Et mon enthousiasme explose. Merci Joss Whedon ! Merci John Cassaday ! Merci Laura Martin !
Cette saga est la meilleure et la plus belle graphiquement que j'ai lu depuis longtemps. Mélant habilement des élements classiques et d'autres plus contemporains, Joss Whedon offre un arc dont la qualité égale sans conteste ceux du grand Chris Claremont de ce que je considère comme l'âge d'or des Nouveaux X-Men (le line-up Cyke, Tornade, Wolverine (Serval à l'époque), Hurleur, Diablo, Colossus). L'impact émotionnel sur le lecteur (en l'occurence votre serviteur) et les enjeux du récit égalent à mon avis ceux de la saga du Phénix. C'est du très grand X-Men.
Je m'aperçois que je me suis surtout adressé aux X-philes. Pour les néophytes je dirai que l'arc peut être abordé sans difficulté sans connaissance préalable, même si naturellement les références ne seront appréciées que des connaisseurs, et que c'est d'abord une bonne et solide histoire, avec juste le bon mix d'action et de psychologie, superbement dessinée et mise en couleur, et qu'il serait dommage de passer à côté si on apprécie un tant soit peu les comics. Ces albums visent un public adulte et il touche clairemetn sa cible, alors si vous en êtes...
Torn, Astonishing X-Men vol. 3, Joss Whedon, John Cassaday, Laura Martin
Unstoppable, Astonishing X-Men vol. 4, Joss Whedon, John Cassaday, Laura Martin

lundi 12 janvier 2009

Juste deux mots


Juste deux mots pour dire le plaisir extrême que j'ai eu à lire deux Marvel Deluxe parus dans les derniers mois. Je serai bref car Néault en parle bien mieux que moi ici et .
Du grand Daredevil dans "Sous l'Aile du Diable" et de l'énorme X-Men dans "Surdoués". Daredevil, "l'ange" de Hell's Kitchen, est plus tragique que jamais, opposé comme toujours à sa némésis Le Caïd, déchiré et torturé par le grand écart permanent entre ses deux vies, entouré de superbes femmes qu'il ne peut garder. Quand aux X-Men de Joss Whedon, ils sont matures, adultes, loin de la jeunisation/mangaïsation de certaines séries récentes. Ils reviennent sur leurs fondamentaux et je ne peux en dire plus sous peine de spoiler. En tout cas, Brian K. Vaughan écrit dans la préface que les vieux lecteurs des X-Men retrouveront les sensations et l'excitation de leur jeunesse car les vibrations sont les mêmes. Je suis toujours très dubitatif sur ce genre d'affirmation, et pourtant là je dois admettre que c'est vrai. J'ai été excité comme je ne l'avais pas été depuis longtemps, mais surtout ça avait le goût d'une madeleine proustienne.
Au-delà de toutes ces considérations, ce qui m'a surtout ébloui dans ces deux albums, et ce pour quoi je les conseille vivement à l'achat, c'est la qualité exceptionnelle des graphismes. Ils sont modernes, dynamiques, jamais mangaïfiés ni abscons, les visages sont beaux, les costumes aussi, les corps sont athlétiques et, last but not least, la mise en couleurs est de très grande qualité. Ce sont des graphismes dont je peux tomber amoureux.
Astonishing X-Men 1, Surdoués
Daredevil, Sous l'aile du Diable

jeudi 8 janvier 2009

Unusual suspects


Pendant les vacances de Noël, comme je le disais plus bas, j'ai lu plusieurs livres inhabituels ; "Unusual suspects" en fait partie.
Acheté chez Smith à Paris, histoire de sortir avec quelque chose, ce recueil s'est revélé une agréable surprise. Qu'y a-t-il donc dans "Unusual suspects" ? Des nouvelles policières sur fond de fantastique. C'est un style que je ne connaissais pas et ça m'a vraiment amusé. Alors soyons clair, il n'y a rien la-dedans qui restera dans l'histoire de la littérature mais...c'est une lecture vraiment plaisante. Une ou deux nouvelles sont en-dessous mais c'est tout.
Les histoires sont légères, enlevées, souvent drôles, on est ici dans de l'entertainment. On trouve aussi dans ce recueil des systèmes de magie plutôt originaux et cohérents et, étonnamment, assez semblables d'une nouvelle à l'autre. On perçoit aussi souvent l'existence d'un monde surnaturel organisé en société, parallèle au notre, existant sous, ou à coté, de celui que nous connaissons (penser au comics "Fables" par exemple ou à "Hellboy"). Il y a vraisemblablement un courant US contemporain sur la question. Les thèmes abordés, comme les univers dans lesquels ils le sont, sont naturellement très variés, ce qui participe au plaisir de lecture et à l'envie de tourner les pages pour savoir de quoi va parler la nouvelle suivante, et dans quel univers elle prendra place. Ainsi le lecteur rencontrera un agent d'assurance qui utilise la magie pour améliorer ses contrats, des acteurs de cinéma virtuels et meurtriers, une maison hantée, un complot dans une ville fantastique à la New Crobuzon, une désopilante histoire de magie de bonne femme, un mystère dans un collège de magie (Rawling ?), une émouvante histoire de décalage temporel qui évoque le poignant "Le jeune homme, la mort et le temps" de Masterton, un dragon usurier, un tueur en série, etc... En tout 12 histoires dont au moins 10 sont un vrai plaisir de lecture (éviter "The weight of the world" à mon avis). Si on lit l'anglais et qu'on a un peu de temps, c'est dommage de s'en priver.
Unusual suspects, anthologie par Dana Stabenow

mercredi 7 janvier 2009

Easy rider


Court, imprimé avec un jeu de caractère pour myopes profonds, l'ouvrage, publié par la valeureuse petite maison Tristram, étonne. "Sauvagerie" est plus une novella qu'un roman, et plus un pamphlet romancé qu'une novella. Mais quel pamphlet.
Pangbourne, 1988. Dans une résidence fermée et protégée pour cadres sup comme il en existait peu quand le livre a été écrit et de plus en plus aujourd'hui, tous les adultes sont assassinés et tous les enfants enlevés. Un psychiatre mandaté par le ministère de l'Intérieur enquète et livre ses conclusions.
Ecrit sous forme de carnets de notes (j'adore), "Sauvagerie" décrit de manière clinique les effets pervers d'une société de contrôle et de bonheur obligatoire. Il montre que la contrainte douce n'en est pas moins une contrainte, et que l'obligation de jouir reste une obligation. Il montre aussi comment la déshumanisation est le résultat de nombre de traits des modes de vie modernes et comment les techniques nouvelles de surveillance accroissent le contrôle social (il n'y a pas d'adultère à Pangbourne) sans accroitre la sécurité face à un groupe déterminé. Après l'adoption du "patriot act" aux USA, relire "Sauvagerie" est certainement utile à la réflexion.
A la lecture du "roman" beaucoup de lectures antérieures reviennent en mémoire. On pense à "Tous à Zanzibar" de Brunner et à sa notion de "claquage psychique", au "Meilleur des mondes" d'Huxley, à "I.G.H." du même Ballard avec sa société fonctionnelle d'enfermement obligé, évidemment au "Bonheur insoutenable" d'Ira Levin auquel notre société ressemble de plus en plus, à quantité d'autres encore (pour les veinards qui ont eu la chance de lire "Mortelle" de Christopher Franck, on y trouvait déjà ce bonheur obligatoire par l'interaction permanente et la transparence imposée, comme chez Huxley mais de manière bien plus agressive).
"Sauvagerie" est donc un "roman" indispensable au rayon "utopie totalitaire" de toute bonne bibliothèque.
Sauvagerie, J.G. Ballard

lundi 5 janvier 2009

J'ai fait la feignasse


Et oui, je n'en suis pas fier. Je n'ai pas lu grand chose pendant les vacances. Et je me suis, de plus, adonné à ma passion malsaine pour les romans policiers très gore (voire plus). Dans le genre, et s'il y a des amateurs, j'ai trouvé pas mal avec les deux premiers romans de Gilles Caillot.
Publiés chez un tout petit éditeur (la commande est donc indispensable), ces ouvrages procureront, à tous ceux qui apprécient, leur lot de sensations fortes très sanglantes, de tueurs en série pervers, et d'autopsies détaillées. De plus les enquètes sont plutôt bien menées dans leur progression, et les explications pas trop tirées par les cheveux (juste un peu), ce qui ne gache rien.
Pour les passionnés d'écriture, le plus intéressant dans cette lecture est le constat des progrès indéniables accomplis entre un premier roman sympathique mais rempli de tics et de manièrismes parfois risibles et un second roman où, à l'écoute des critiques des premiers lecteurs, l'auteur corrige le tir et produit un texte bien plus travaillé et conforme aux canons académiques. Du coup, je me procurerai sûrement le troisième en espérant qu'il soit encore plus abouti.
L'ange du mal, Gilles Caillot
Réminiscence, Gilles Caillot