jeudi 31 décembre 2009

Bad me


Taggé par El JC, je dois ici nommer 3 bonnes résolutions que je ne tiendrai surement pas en 2010. L'exercice est moins simple qu'il n'y parait. En effet il faut trouver des choses qu'on aimerait vraiment un peu améliorer en sachant pertinemment que les chances de succès sont très faibles, ce qui est un peu tue-l'envie.

1 ) Arrêter de tout faire au dernier moment : Voila environ vingt ans que je me dis chaque année que l'année prochaine je ne serai pas toujours à la limite. Voila vingt ans que je n'y arrive pas. J'aimerais bien arriver avant la retraite à avoir des cours planifiés un peu à l'avance.
2 ) Faire du sport : Pour augmenter mon bon cholestérol. Dommage qu'il n'existe pas une pilule comme celle qui fait baisser le mauvais. Dans cette optique, je donne à la recherche.
3 ) Me remettre aux jeux de rôle : J'en meurs d'envie depuis longtemps. Mais une famille normale a l'inertie moyenne d'un porte-avion et je ne crois pas pouvoir la faire virer de bord en moins d'un an.
Aux autres de travailler maintenant. J'appelle donc sur scène Néault, Papa Fredo, et Nébal (s'il accepte de sortir pour ce faire de sa retraite).

mardi 29 décembre 2009

C'est ma tournée (aka horror list)

A mon tour de proposer un petit best of et de faire réagir les malheureux acteurs de la blogospère (tout au moins les 0,00001 % que je connais).

Alors c'est parti pour la liste des meilleurs films d'horreur. Il m'en est revenu 12. Aucun DTV et pourtant j'en ai vu de nombreuses dizaines, plus médiocres les uns que les autres. Evidemment, comme toute liste, elle penche très fortement vers le récent, mais c'est l'inévitable défaut du genre.

Techniquement, je ne tagge personne. Postez vos commentaires et je lierai vers vos listes.

Bonne fin d'année.




lundi 28 décembre 2009

Destruction créatrice


Cory Doctorow est vraiment un auteur impressionnant. J'ai déjà dit tout le bien que je pensais de son oeuvre ici, ou encore , et je vais encore une fois le répéter à l'occasion de la sortie récente de son dernier roman "Makers".
"Makers", non encore traduit, est disponible en anglais en version papier ou en téléchargement gratuit (en plein de formats ici), Doctorow étant un militant de l'open source, opposé au droit d'auteur. Il y développe sous forme romanesque ses théories sur l'open source et l'amélioration collective des produits ainsi que ce qu'il imagine comme la prochaine révolution technologique, à savoir "l'impression" d'objets réels, à l'aide de plans numériques, téléchargeables comme le sont aujourd'hui les fichiers images ou sons, c'est à dire la dématérialisation et la délocalisation de la production matérielle. Dit comme ça, ça n'a pas l'air sexy. Et pourtant ça l'est. Car les idées sont illustrées ici par la vie de personnages hauts en couleurs et rapidement attachants dans leur crédibilité (faite de forces, de faiblesses, de doutes, de faillites), et que, de surcroit, l'ouvrage ne cesse jamais d'être un roman et n'est jamais didactique.
Les personnages qui portent son histoire sont un couple de geeks brillants et créatifs, un venture capitalist, deux ou trois cadres, et une journaliste devenant blogueuse. Ils apportent leur pierre à l'édifice du progrès humain et, tels des nains sur des épaules de géants, amènent le monde plus loin.
Impossible en lisant "Makers" de ne pas penser à Schumpeter et à sa théorie du progrès technique porté par des entrepreneurs illuminés et brillants ; c'est ce que sont Perry et Lester, les deux héros du livre. Leur grande aventure, le New Work, est une grappe d'innovation qui amène au monde de nouvelles possibilités de développement. Dans le monde contemporain c'est un blog qui, en leur apportant la notoriété, leur apporte le succès (et ce blog est maintenu par une ex-journaliste qui a su quitter le monde d'hier pour entrer dans celui de demain). Dans la droite ligne de la thèse de Jérémy Rifkin sur "La fin du travail", Doctorow décrit un monde où vivent beaucoup d'hommes hors du salariat : entrepreneurs indépendants, petits commerçants, assistés sociaux. En effet, les révolutions technologiques changent aussi les rapports de production, comme diraient les marxistes. Comme dans la réalité les pionniers ont du mal à tirer profit de leur innovation : marché trop étriqué, personnalité trop chaotique des innovateurs, relations difficiles avec les gestionnaires. Mais, après la fin de leur heure de gloire, Lester pirate par conviction les imprimantes 3D qui sont la dernière grande idée de Disney pour vendre du superflu à la population. Ce faisant, Perry et Lester les ouvrent à tous les sens du terme, et les rendent alors réellement utiles. Doctorow développe ici une métaphore des rapports entre le matériel et le logiciel, et de l'importance de l'interopérabilité, qui rappelle la croissance et le succès des PC sous Windows, premier standard informatique permettant de créer un marché de masse.Et ce sera au final un gestionnaire, créatif frustré, qui comprendra qu'il vaut mieux intégrer cette source d'innovation que la combattre, et qui mettant en forme la créativité de Perry et Lester, la rendront accessible à l'ensemble de la population. J'ai pensé au multivers de Moorcock, dans lequel le Chaos crée et la Loi organise.
Déguisé en roman, "Makers" est un plaidoyer pour la créativité, pour l'open source, pour les projets collaboratifs que chacun peut améliorer en y ajoutant des fonctions. On y trouve de nombreuses références qui ne surprendront pas les lecteurs de Doctorow : l'informatique, les styles de vie, Disneyland, la culture de loisir, l'importance de la notoriété, le goût de la création, la méfiance à l'égard des majors. On y trouve aussi des sentiments humains forts, et des idées originales et plutôt amusantes telles que la création de fonds spéculatifs pour payer de longues procédures en justice contre des multinationales dans le seul but d'obtenir un rendement élevé grâce aux dommages et intérêts, ou un traitement efficace contre l'obésité qui oblige à manger 10000 calories par jour. En dépit d'une partie centrale un peu trop longue, c'est un vrai plaisir de lecture.
Makers, Cory Doctorow

L'avis de Cédric Jeanneret

A se faire offrir ?


Pince sans rire, très second degré, clairement bourdieusien par moments, Jean-Louis Fournier pointe dans ce (très) court ouvrage les différences existant entre riches, nouveaux riches, et pauvres grâce à une succession de saynètes, version littéraire des strips de BD.
Pas déplaisant mais 17 € pour 1 heure de lecture, ça fait cher l'ironie. A se demander si le pauvre Jean-Louis Fournier n'essaie pas devenir un nouveau riche en vendant des livres.
Les mots des riches, les mots des pauvres, Jean-Louis Fournier

jeudi 24 décembre 2009

Happy birthday Jesus



Mon Santa Cthulhu ne parle qu'italien. Désolé.

lundi 21 décembre 2009

Si beau que ça fait mal


Tome 7 de l'excellente (le mot est faible) série "Murena", de Dufaux et Delaby, qui conte la vie de Néron ainsi que son oeuvre, aimable comme chacun sait. Histoire d'amitié trahie et de vengeance, "Murena" est d'une cruauté extrême. Appuyée sur de nombreuses recherches historiques, la série est historiquement juste. La civilisation romaine y est décrite dans sa barbarie païenne, comme dans la série "Rome" de HBO. Sexe, violence, meurtre, trahison et conspiration sont la norme de la politique romaine ; c'est aussi le cas dans Murena. Les dessins sont superbes, et les couleurs, pastélisées, apportent le charme de la lumière romaine.
La série "Murena" est un véritable chef-d'oeuvre, peut-être la meilleure série de BD que je connaisse.
Si tu aimes la Rome antique, tu dois lire "Murena",
Si tu aimes l'Histoire, tu dois lire "Murena",
SI tu aimes la BD, tu dois lire "Murena"
Murena t. 1 à 7, Dufaux, Delaby

samedi 19 décembre 2009

J'ai du goût et pas vous

A la demande générale de Guillaume44 de l'excellent blog Traqueur stellaire, voici la liste des 15 meilleurs film de SF de toute l'Histoire du cinéma de SF. Je n'ai pas eu le courage de les classer, ils apparaissent donc de manière parfaitement stochastique. J'espère que ça n'intéressera pas que ma mère ;-)






mercredi 16 décembre 2009

Coïtus interruptus


"Nord absolu" est un roman de littérature blanche qui louche un peu sur l'anticipation. Dans une République nordique dictatoriale, deux destins parallèles, ceux de Niels et de Paul. Paul est un citoyen lambda, progressiste sans conviction ; Niels est un héros du nouveau régime. Ces deux destins se rejoignent d'une manière inattendue. Dans un cadre qui évoque irrésistiblement la France post Algérie française, nous voyons comment une dictature peut s'installer paisiblement, sans révolution, avec l'assentiment tacite des "braves gens".
Par delà les nombreux thèmes abordés, racisme, post-colonialisme, hyper-terrorisme, culte d'une identité nationale primordiale et éternelle (avec des accents qui rappellent fortement les pratiques du IIIème Reich), c'est la manipulation politique qui est au coeur de ce roman machiavélien. Fabrice Lardreau mêle habilement quantité d'éléments légèrement décalés de notre réalité pour décrire un pays en voie de réaction nationaliste, ce qui donne une plausibilité inquiétante à son histoire. On mettra aussi à son crédit quelques trouvailles narratives intéressantes (notamment un Rewind de grande qualité) ainsi qu'un ton à mi-chemin entre le parlé et l'écrit, qui, en s'adressant au lecteur, donne l'impression d'un documentaire.
Reste le débit. Fabrice Lardreau est un auteur français et, comme je l'ai déjà écrit plusieurs fois, il manque aux auteurs de ce pays la folie et l'excès qui font les grandes oeuvres. Il manque aussi l'art de la description exhaustive."Nord absolu" est intéressant et agréable à lire mais il n'est ni "1984", ni "Le meilleur des mondes". Alors, pour conclure, détournons Sade et écrivons "Auteurs français, encore un effort pour être George Orwell".
Nord absolu, Fabrice Lardreau

A suivre


Je n'avais pas aimé le roman "The road" et je l'avais écrit (si on peut appeler ça écrire) ici. La faute à un style desséché, surement voulu comme illustration de la désolation du monde décrit.
Au cinéma, plus de problème de style. reste le fond, beau et poignant. Une histoire d'amour entre un père et son fils dans un monde désolé. L'espoir d'une survie possible malgré les innombrables dangers. Des scènes très dures dont la dureté n'est que le reflet de celle du monde, post-apocalyptique et uniformément gris, dans lequel cheminent les deux "héros" du film. Un film à voir.
La route, John Hillcoat

dimanche 13 décembre 2009

Anacyclose


"Un cantique pour Leibowitz" fait partie de ces ouvrages tellement classiques qu'on se dispense de les lire car on a l'impression de les connaitre sans les avoir jamais ouverts. Grave erreur. Car "Un cantique..." est un beau livre, fort et poignant, auquel il faut se frotter pour en tirer la substantifique moelle.
Après l'anéantissement nucléaire de la plus grande part de l'Humanité, l'ordre monastique de Saint Leibowitz va, pendant 1800 ans, préserver des fragments du savoir ancien de l'oubli. Après une véritable Renaissance, l'Humanité s'anéantira enfin complètement dans une nouvelle guerre nucléaire.
Par sa construction narrative en parabole inversée et l'impression de nostalgie qu'il laisse, "Un cantique pour Leibowitz" m'a rappelé le chef d'oeuvre de Daniel Keyes "Des fleurs pour Algernon". Et ceci malgré une différence capitale, "Un cantique..." est un roman sans héros. 1800 ans d'Histoire sont développées en trois périodes séparées de plusieurs siècles et le seul "personnage" pérenne est l'Ordre de Saint Leibowitz, institution bimillénaire qui survivra même à la destruction ultime. Notons que cette absence de personnage principal ne nuit jamais à l'intérêt du roman.
Dans un style érudit, parsemé de citations latines, Walter M. Miller aborde quantité de thèmes par le biais de conversations et de réflexions introspectives. La notion de patrimoine, sa validité historique et son utilisation sont au coeur du récit ainsi que l'opposition entre la conservation du patrimoine comme objet vivant et la statufication muséologique qui n'a d'autre fin qu'elle-même. Nous voyons aussi, en lisant le roman, comment l'Histoire s'écrit, comment les faits deviennent légendaires en perdant de leur netteté, comment les positions institutionnelles sont transformées par l'imperfection de la mémoire (les personnages réels dont nous avons suivi les pérégrinations dans la première partie deviennent des figures légendaires dont on peut douter de l'existence réelle dans les parties suivantes). La question de l'usage de la science est aussi clairement posée, ainsi que celle de la conscience morale qui devrait présider à sa gestion, reprenant en cela l'assertion rabelaisienne matérialisée par un personnage de poète à l'oeil amovible. Le roman est aussi parcouru de part en part par des manifestations de ce qu'on nomme la "querelle des deux glaives" et qui durant le Moyen-Age opposera empereurs et rois au pape pour la suprématie européenne. L'hubris de l'Humanité qui ne sait jamais obéir ni se soumettre à la loi divine est cause des malheurs éternellement répétés qui la frappe. Chacune des oppositions que je viens de décrire est portée par des humains de chair et d'os, chacun convaincu de la validité de sa position théorique et de la justesse de sa cause. Chacun de nous est donc le mauvais de ses mauvais. Et l'enfer est pavé de bonnes intentions.
Roman de la guerre froide (écrit dans les années 50), il est hanté par la peur nucléaire et les images de monstres qu'a engendré Hiroshima. L'auteur a la tentation de l'innocence perdue et du jardin d'Eden alors qu'aux Etats-Unis on fait avancer l'horloge de l'apocalypse.
"Un cantique pour Leibowitz" est, je le répète, un beau livre et une belle interrogation écrite presque 20 ans avant le "Dans le château de Barbe-Bleue" de Georges Steiner. Pas mal pour une littérature que d'aucuns qualifient de distractive.
Un cantique pour Leibowitz, Walter M. Miller

vendredi 11 décembre 2009

Au dela du réel

Chacun devrait avoir vu ça :

mardi 8 décembre 2009

Que faire ?


Dans une société médiévale en cours de passage au totalitarisme, des observateurs humains d'origine extra-planétaires, aux pouvoirs immenses, observent, témoignent, tentent de valider des lois historiques empruntant autant au marxisme qu'à la psychohistoire.
Réédition d'un classique de la littérature russe (ou soviétique) ; et ce fascinant roman a le gout de ce qu'il est. Roman russe, il donne à voir une galerie de personnages haut en couleurs s'affrontant dans des dialogues où l'emphase et parfois l'absurde règnent en maitres. Impossible de ne pas penser à Dostoïevsky, par exemple dans "L'Idiot", en ce qui concerne le style des conversations/déclamations. Russe aussi par l'évocation de la forêt, mystérieuse et omniprésente, par la cruauté des nobles dans une société ultra-hiérarchisées, russe enfin par le sens de l'absurde des situations et de la galerie de personnages secondaires incongrus qui peuplent le roman. Soviétique, "Il est difficile d'être un Dieu" l'est par de multiples références à la Russie communiste, les quelques références à Hitler comme Némésis mythique, et le "fascisme" comme archétype de la dictature totalitaire. La société décrite par les auteurs a beau ressembler à celle de Staline, qu'ils connaissent par ailleurs bien mieux, l'ennemi ne peut qu'être fasciste.
Au-delà de la description, déjà vue mais originale par son côté slave, d'une société totalitaire (ici naissante) anéantissant la culture, "Il est difficile d'être un Dieu" vaut par une description fouillée du dilemme de l'observateur. Comment observer sans intervenir ? Comment laisser les lois supposées de l'Histoire écraser des hommes au nom d'un évolutionnisme théorique ? On pense à la Culture de Ian Banks, on pense aussi au cycle de Fondation d'Asimov. Peut-on, doit-on manipuler le développement des sociétés, et si oui, comment le faire ? Comment supporter la vision des lâchetés et des compromissions de ceux qu'on est sensé aimer et qui se conduisent comme des merdes pour sauver encore quelques temps leur misérable vie ? Seuls les plus froids survivront à cette épreuve. Les plus humains meurent ou deviennent fous. Le destin de combien de journalistes ou de casques bleus ?
Il est difficile d'être un Dieu, Arkadi et Boris Strougatski

dimanche 6 décembre 2009

Catalogue


Nouvel ouvrage ActuSF, le petit recueil de nouvelles publié à l'occasion des Utopiales. Toujours le même à priori favorable, et encore la même légère déception à l'arrivée.

Je crois que le meilleur texte, et de loin, est la préface écrite par l'érudit Ugo Bellagamba. Présentant l'univers fantastique dans un ballet de références, cette préface est un vrai plaisir de lecture.

Passé cet apogée, les six textes qui composent le recueil jalonnent, dans le désordre, la redescente. Aucun n'étant mauvais, je vais exceptionnellement les chroniquer tous. Aucun n'étant indispensable, je le ferai de manière succincte.

RC Wilson, les Perséides, un texte intrigant et plutôt bien écrit sur la notion typiquement wilsonienne d'entités supermacroscopiques parcourant les galaxies. La narration évoque Lovecraft. Malheureusement une fin trop abrupte gâche un peu ce qui reste un bon texte.

Catherine Dufour, Un temps chaud et lourd comme une paire de seins, intéressante altération du rapport de domination homme/femme (sûrement un texte que Maïa Mazaurette adorerait). Agréable à lire. Dommage que l'histoire racontée ne serve qu'à donner un squelette à la chair du concept, qui est l'inversion du rapport de force des sexes.

Walter Jon Williams, Elvis le Rouge, uchronie dans laquelle le frère jumeau d'Elvis est celui qui a vécu (voir l'histoire d'Elvis pour plus de détails). Celui-ci fait des choix différents de ceux que nous savons avoir été faits par son frère, amenant à un monde semblable mais différent. Honnêtement, Elvis on s'en fout un peu.

Pierre Bordage, De ma prison, les lecteurs assidus de ce blog savent que j'aime bien ce que fait Pierre Bordage, mais ce délire mystico-philosophique ne m'a vraiment pas convaincu. N'est pas Khalil Gibran qui veut.

Stephen Baxter, George et la comète, ce texte n'est pas très profond mais il a au moins le mérite d'être drôle en décrivant les maigres péripéties de deux consciences humaines égarées dans des corps de lémuriens, à la fin des temps solaires.

Jean-Philippe Jaworski, Préquelle, comme toujours chez Jaworski le style est limpide. L'histoire (devrais-je dire l'Histoire ?) se développe dans la tradition des nouvelles "à chute" de Weird Tales par exemple. Amusant à lire, de peu de conséquence.

Au bilan, rien de rédhibitoire mais rien de transcendant, si ce n'est, je le redis, l'excellente préface de Bellagamba.

Utopiales 09, anthologie

L'avis d'Efelle

mercredi 2 décembre 2009

La chair est triste


"69", anthologie érotique de SF, publiée chez ActuSF. A priori favorable pour cette petite maison d'édition, et pour le thème imposé de cet ouvrage.
Radotons immédiatement : "dans toute anthologie il est rare que tous les textes plaisent", néanmoins celle-ci ne restera pas un souvenir impérissable et ceci pour deux raisons, indépendantes malheureusement des questions de goûts. D'une part, dans trop de textes la SF ou le fantastique sont réduits à la portion congrue or ils formaient l'argument du livre ; d'autre part on trouve bien peu de joie dans ces nouvelles érotiques. Je garde, par comparaison, un souvenir ému de l'antédiluvienne anthologie "Histoires de sexe-fiction", publiée il y a très longtemps au "Livre de poche", qui avait l'amabilité de satisfaire le lecteur sur ces deux points.

Restent quelques textes agréables à lire et respectant le contrat de départ :

Maïa Mazaurette, Saturnales, l'un des très bon textes. Science fictif, intelligent, et drôle, il invite à ce que Ballandier appelait le détour anthropologique. Une réflexion sur les apparences, la perfection, et la perversité comme écart à la norme. De la belle ouvrage.

Charlotte Bousquet, Les métamorphoses d'une martyre, un hommage à Baudelaire par un auteur qui a su retrouver le style des poèmes en prose du maitre du romantisme morbide. Pour amateurs ; j'en suis.

Jean-Marc Ligny, Vestiges de l'amour, une intéressante trame narrative sur le thème de la succube et de l'usure du couple. Pas bien gai, mais fascinant.

Joëlle Wintrebert, Camélions, très science-fictive, sans doute la plus éloignée du prosaïsme. L'union sexuelle entre une humaine et des entités extra-terrestres sur une planète hostile pose les bases de l'apparition d'une nouvelle espèce. J'aimerais une suite.

69, anthologie

L'avis de Papa Fredo

lundi 30 novembre 2009

Décevant


Je suis un vrai amateur des romans de RC Wilson et un fanatique de la littérature post-ap ; "Julian Comstock" avait donc à priori tout pour me plaire. Au 22ème siècle, le monde est revenu au niveau technologique du 18ème siècle à cause de la fin de ce que Wilson nomme "l'efflorescence du pétrole". Passés "la chute des cités" et "la fausse tribulation", une version déformée de la société américaine, féodale et cléricale, s'est mise en place. Julian Comstock, jeune aristocrate voué à la mort par son oncle, le tyrannique Président Deklan, part à la guerre, devient un héros, devient Président après un coup d'Etat, s'attaque à la toute puissance de l'Eglise et meurt de la variole.
Fourmillant d'idées, le roman ne sait jamais devenir intéressant, par la faute d'un narrateur, proche de Comstock, falot et absurde, et d'une trame narrative désespérément lente et tangentielle. Quand au contexte post-ap, il n'est qu'un décor, jamais utilisé, sauf pour justifier la volonté, avortée, d'une Renaissance. Une vraie déception.
Julian Comstock, Robert Charles Wilson

jeudi 19 novembre 2009

Enfin !


J'ai rarement mis autant de temps pour terminer un livre. L'anthologie "New space opera 2" est très inégale et très longue avec 19 textes, de bonne longueur pour la plupart. On y croise de l'humain, du post-humain, du presque sans humain, mais aussi du très classique ne méritant pas vraiment le qualificatif New accolé à Space opera dans le titre. Un certain nombre de textes humoristiques. Du très court au très long. Qu'ai-je trouvé à mon goût dans cet hétéroclite équipage ? Malheureusement peu de choses.

Robert Charles Wilson, Utriusque Cosmi
, texte décevant de Wilson dans lequel manque ce qui habituellement fait sa force, des personnages détaillés et attachants (je n'écris jamais d'habitude, pour les anthologies, sur les textes que je n'ai pas aimé, je le fais ici car j'attendais vraiment mieux de Wilson).

Peter Watts, The island, peut-être la meilleure nouvelle. Dans un écrin d'action, une réflexion passionnante sur les formes que peut prendre l'intelligence, un huis-clos hostile entre un vaisseau et son équipage, et une illustration futée de la culpabilité de l'homme blanc, même dans l'espace profond.

John Barnes, The lost princess man, excellente histoire au style noir. Nombreux twists et un usage plutôt amusant et original de la réalité vurtuelle.

Neal Asher, Shell game, une histoire de guerre sur fond de fanatisme religieux. L'arme utilisée pour gagner la guerre est le fanatisme lui-même qui l'a engendrée. Inventive nouvelle de military space opera.

Garth Nix, Punctuality, ultra-courte nouvelle avec un joli petit twist final.

Bill Willingham, Fairless space pirates of the outer rings, une amusante histoire très old style space op qui aurait pu être écrite dans les années 50. Enlevée et drôle, c'est un plaisir de lecture. A noter que Bill Willingham est l'auteur du comic "Fables" dans lequel les personnages de contes de fées vivent ici et maintenant, ou presque.

Elizabeth Moon, Chameleons, très belle histoire noire dans une station spatiale. Comment un bienfait n'est jamais perdu, et comment les king's men deviennent des king's men.

Tad Williams, The tenth muse, c'est une histoire agréable à lire, un peu gâchée à mon sens par une fin improbable.

John Scalzi, The tale of the Wicked
, bel hommage à Asimov et à ses lois de la robotique. Exégèse et prosélytisme. Surprenant de bout en bout, avec une vraie maitrise du "style" Asimov.

Voila ! 8 sur 19. Le reste...

Faudra que j'essaie de lire un roman de Scalzi.

The new space opera 2, anthologie

dimanche 8 novembre 2009

Pré-lynchien


Rien de fantastique dans "Enfer clos" malgré son tag, et pourtant le récit proposé est tellement borderline qu'il m'est impossible de ne pas le qualifier ainsi.
Tiré d'un fait réel, "Enfer clos" décrit l'enfermement de deux frêres et leurs deux soeurs qui, pour échapper à la honte, se cachent dans une maison de campagne à la fin de la guerre, en 1945, et n'en ressortent que 40 ans plus tard. 40 années de claustration durant lesquelles ces 4 prisonniers volontaires vont descendre jusqu'au fond de la bassesse et de la folie. Violences quotidiennes, viols incestueux, meurtre, cannibalisme ; en un temps aussi long les démons de l'esprit humain ont pu développer tout leur potentiel.
La narration de Claude Ecken retranscrit bien l'effacement progressif du temps dans une vie où n'existe plus qu'un éternel présent. Il introduit aussi subtilement la folie qui affecte tous ces prisonniers volontaires. Le roman se lit d'une traite tant on a envie de savoir jusqu'où ça peut aller.
Sur le pourquoi de ce déchainement de folie, Ecken ne donne explicitement pas d'explication. Il ne sait pas. Sur la passivité du village proche qui a vécu en sachant que cette maison existait et qu'il s'y passait de curieuses choses, non plus. En ce qui me concerne, ça m'a remis en mémoire un passage de Khalil Gibran : "Souvent je vous ai entendu parler de celui qui fait un faux pas comme s'il n'était pas l'un des vôtres, mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde. Mais je vous dis que comme les saints et les justes ne peuvent s'élever encore plus haut que ce qu'il y a de plus noble en vous, ainsi les méchants et les faibles ne peuvent également sombrer plus bas que ce qu'il y a de plus vil en vous. De même que pas une seule feuille ne peut jaunir sans que l'arbre entier le sache tout en restant discret, ainsi nul homme ne peut mal agir sans que vous tous le vouliez en secret.".
Un seul regret, le style d'Ecken manque de folie et il ne donne pas à cette histoire lynchienne la démesure qu'elle imposait.
Enfer clos, Claude Ecken

L'avis des Singes de l'espace

Banalité du mal


Dans le devoir de mémoire, ce qui m'a toujours gonflé c'est le devoir. La mini-série "Magneto : le testament" donne envie de faire ses devoirs d'Histoire. Néault en parle très bien ici, je ne vais pas dire moins bien sur mon blog ce qu'il dit mieux sur le sien. Je dirai simplement ici que c'est une très bonne idée pour tout un chacun de lire "Magneto : le testament", tant il est parfois vrai qu'un bon dessin vaut mieux qu'un long discours.
Magneto : le testament, Pak, Di Giandomenico

mardi 27 octobre 2009

Mieux vaut tard que jamais


Depuis les philosophes grecs il est admis que l'art est une transcription de l'univers des idées dans le monde sensible. De ce point de vue "District 9", que je viens enfin de voir, est incontestablement une œuvre d'art. Réalisé comme un documentaire au moins dans son excellente première partie (et évoquant dans la forme le "World War Z" de Max Brooks), "District 9" est une allégorie ultra réaliste sur les réfugiés et l'apartheid. Intelligent et subtil le film aborde sans didactisme, par touches pointillistes, des questions aussi diverses que le racisme violent (sans oublier sa version ordinaire et paisible), la différence et les problèmes qu'elle entraine, la gestion des populations réfugiées, la criminalité endémique dans les zones de confinement, les trafics dans les deux sens, l'exploitation des incompréhensions culturelles. On y voit un monde dans lequel des Etats arrivés au bout de leur déliquescence laissent multinationales et mafias face à face, dans un no man's land qui rappelle furieusement le Mogadiscio du "Black hawk down" de Ridley Scott (le film est d'ailleurs truffé de références que je vous laisse le soin de découvrir). On finit par y prendre partie pour un alien vraiment peu ragoutant, et par soutenir un héros humain qui n'avait à priori ni la carrure physique ni la grandeur morale, un bon beauf écœuré par le traitement inhumain que l'organisation réserve à ceux qu'elle considère comme expendable, et qui va se découvrir une capacité de sacrifice inattendue. La deuxième partie, plus classique dans son traitement d'actionner SF, offre moins au spectateur sans gâcher l'ensemble.
Au final ça donne un très bon film, émouvant, intelligent, et foutrement efficace.
District 9, Neill Blomkamp

L'avis d'El JC

lundi 26 octobre 2009

HBO style


"Les aigles de Rome" de Marini est une superbe série de bande dessinée. A travers l'histoire de l'amitié, puis sûrement (les futurs tomes le diront) de la rivalité de deux frères de lait, dans le contexte des guerres aux marches germaines que Rome devra mener durant des siècles, Marini peint une fresque de la société romaine du début de l'Empire. Réaliste dans sa description, et à mille lieux de la vision lisse des péplums des années 50, elle est donc, comme la société décrite, violente, sauvage, païenne, très sexuée. La politique est le jeu des patriciens et les charges militaires leur devoir. L'assassinat est l'un des moyens normaux de la vie politique et nul n'est en sécurité la nuit dans l'Urbs.
Servie par les graphismes magnifiques de Marini, la série évoque fortement le "Rome" de HBO par son réalisme et sa crudité.
Les aigles de Rome, vol. 1 et 2, Marini

mercredi 21 octobre 2009

Le Kindle est bô

Reçu ce matin. UPS 48 heures. Le Kindle est très beau, très léger, très mince, très intuitif à utiliser, très tout :-)

J'ai réussi à régler le problème des livres indisponibles à la commande en France évoqué dans le post précédent. Il faut deux choses pour cela : besfttf qptubmf vt fu bopoznjtfvs xfc (si vous n'arrivez pas à craquer ce code ultra compliqué inutile de commander un Kindle ;-)

Je le garde donc. Ça m'aurait vraiment fait mal au cœur de le renvoyer (c'est quand même dommage de devoir faire tout ce binz quand on est comme moi parfaitement d'accord pour payer les téléchargements et donc les droits d'auteur).

J'ai déjà téléchargé le dernier RC Wilson non traduit "Julian Comstock", un extrait du "Temporal Void" de Peter F. Hamilton pour décider si je l'achète ou pas et enfin "Terror" de Dan Simmons (ça c'est une fausse manip' car je l'ai en papier, tant pis pour moi). J'ai aussi rempli le Kindle avec tout un tas de documents professionnels qui deviennent ainsi ultra portables. Je suis content.

Vrai mais daté


Lire "L'homme unidimensionnel" c'est s'attaquer à une légende écrite dans un style tout sauf fluide. C'est un peu comme gravir l'Everest.
La pensée de Marcuse, plus célèbre représentant du freudo-marxisme, est parfois fulgurante. Il décrit un monde dans lequel la consommation de masse et la publicité ont aboli toute possibilité de révolte. A coups de loisirs, de tourisme, de plaisirs matériels, la classe populaire, comme la nommera Bourdieu, est droguée comme l'est un héroïnomane (c'est plaisant mais ça rend mou). Tous, fraichement sortis de la misère crasse de la Révolution industrielle, ont trop à perdre à risquer leur confort petit bourgeois, et l'idéologie véhiculée par les média de masse réalise sans difficulté son travail de domestication. Une éventuelle révolte ne peut venir que des marges, que de ceux qui n'ont rien, une révolte des esclaves semblable à celle conduite par Spartacus (rappelons pour l'anecdote que Marcuse a été spartakiste).
Reprenant l'antienne de Keynes sur la productivité, Marcuse martèle que la technique devrait servir à diminuer drastiquement le temps de travail afin que l'homme puisse se consacrer à des passions autonomes. Il constate avec consternation que les progrès productifs ne servent qu'a produire plus de biens fondamentalement superflus, dont la "nécessité" est imposée au peuple par la triade publicité/marketing/média (c'est ici l'opposition qu'il fait entre vrai et faux besoins, l'alternative étant entre besoins autonomes et besoins imposés). Mais, comme dans la définition de la vertu que donne Oscar Wilde, la douleur doit précéder le plaisir, et le travail, le loisir. L'homme devient un producteur aliéné car on l'a convaincu qu'il voulait être un consommateur. Les produits véhiculent avec eux le désir des produits, la consommation de loisirs devient l'ultima ratio du travail salarié. Le système de socialisation fonctionne tellement bien qu'il fait que même ceux qui sont en position d'infériorité dans la société ne la remette pas fondamentalement en cause car elle leur a apporté un peu de confort et de bien-être. On est proche ici de la fable du chien et du loup avec le peuple dans le rôle du chien. Et même la démocratie est illusoire tant on ne choisit que dans une offre et à l'intérieur d'un cadre figé. Comme l'écrit Marcuse, "Le fait de pouvoir élire librement des maitres ne supprime ni les maitres ni les esclaves".
Marcuse a beaucoup inspiré. Pour ne citer que deux œuvres que j'apprécie, le mécanisme de domination bourdieusien (qui ne peut fonctionner qu'avec la complicité objective de ceux qui subissent), et l'oeuvre d'Habermas notamment dans "La science et la technique comme idéologie" prolongent et développent la pensée de Marcuse. Et, à la sortie d'un parc de loisir dans lequel j'avais été familialement contraint à me rendre, après avoir vu tous ces gens dont le revenu des heures supplémentaires payait des tours supplémentaires de chenille ou d'acrobranche, il m'a semblé que je ne pouvais différer plus longtemps la lecture de cet ouvrage qui est sur ma pile virtuelle depuis vingt ans au moins.
Au passif de ce livre un contexte très daté (guerre du Vietnam, URSS) dont il faut s'extraire.
L'homme unidimensionnel, Herbert Marcuse

lundi 19 octobre 2009

Faux roman


Le début de "Holy fire" (70 à 80 pages) est passionnant. Bruce Sterling décrit une société gérontocratique et hygiéniste à l'extrême dans laquelle le contrôle social lié à la santé est permanent (sans doute la société vers laquelle nous nous acheminons à mon grand regret). Cette partie foisonne d'idées, de concepts. Puis l'héroïne part en Europe y vivre vraiment, loin de toute contrainte. Et là il ne se passe plus rien d'intéressant à part les tribulations d'une vieille femme rajeunie par un traitement d'avant-garde qui découvre à presque 100 ans qu'on peut vivre très longtemps une vie qui n'apporte rien, et que le "feu sacré" consiste à vivre pleinement pour le temps qu'on a.
Un quart du livre vaut la peine d'être lu. Il aurait mieux valu en faire un essai.
PS : Décidément "Le feu sacré" est un titre à éviter, je me souviens d'un très mauvais roman d'Isi Beller qui s'intitulait aussi comme ça.
Holy fire, Bruce Sterling

BEWARE !


Amazon livre depuis ce matin son Kindle 2 à l'international. A priori cette nouvelle me réjouit MAIS des questions de copyright font qu'une partie seulement du catalogue Kindle sera téléchargeable en Europe. Je laisse les personnes intéressées aller voir les "chefs d'œuvre" qui sont libres de droits en nos contrées.
Je vous livre gratuitement cette information qui va me couter une trentaine d'euros de frais de renvoi, en effet j'ai passé commande donc je vais recevoir puis je vais renvoyer.

samedi 17 octobre 2009

La vérité est ailleurs


De Christophe Bec j'avais apprécié "Sanctuaire". Nouvelle série en cours : "Prométhée", dont 2 tomes sont déjà sortis.
A l'aide d'un graphisme presque photo-réaliste de belle facture, Bec raconte une histoire, pour l'instant encore obscure, de conspiration, de mythologie, d'extra-terrestres ? Impossible à démêler après seulement deux tomes, mais le scénario, Charles Fortien à souhait, est intrigant car déroutant. Bec lance des pistes, dont beaucoup sont certainement fausses, et promène le lecteur dans une myriade d'hypothèses. Ce dernier tourne vite les pages (non sans s'attarder sur certaines images vraiment magnifiques), voudrait tout savoir vite, finit frustré et impatient de connaitre la suite.
Nombreuses références, nombreuses et longues explications scientifiques, plans fixes de média, doubles pages spectaculaires, "Prométhée" évoque parfois plus un roman illustré qu'une vraie BD. Et loin d'être un défaut, c'est une réussite. Bec utilise le médium BD d'une manière innovante en proposant au lecteur un album à l'intersection du reportage, du roman, de la série télé, et bien sûr, quand même, de la bande dessinée.
Qu'on aime ou pas (j'ai aimé), difficile pour l'amateur de BD de passer à côté de ces albums qui inventent un style.
Prométhée, vol. 1 et 2, Christophe Bec

jeudi 15 octobre 2009

Drôlissime


Dans toute vie sexuelle, il y a des moments embarrassants ou carrément ridicules ainsi que des moments d'incommunication voire de grande solitude. Zep, plus connu comme créateur de Titeuf, les passe tous en revue en usant d'un graphisme aussi explicite que drôle. "Happy Sex" sent le vécu et, parce que la plupart des planches rappelle quelque chose, elles composent un ouvrage hilarant à se procurer absolument. "Happy Sex" est un vrai générateur d'éclats de rire.
Happy Sex, Zep

L'avis de Papa Fredo

dimanche 11 octobre 2009

Fragiles oui, superfétatoires aussi


Sur la couverture du recueil "Des choses fragiles" de Neil Gaiman il est écrit "Nouvelles et merveilles". J'imagine qu'on fait ici référence au "Démons et merveilles" de Lovecraft. Mais si le maitre de Providence nous offrait des démons et des merveilles, le recueil "Des choses fragiles" contient certes des nouvelles, mais en revanche peu de merveilles.
Neil Gaiman a rassemblé entre deux couvertures un peu tout ce qu'il a écrit : des nouvelles déjà publiées ou non, des poèmes, des textes écrits pour des sites web ou des pochettes de disque, etc... Quel est l'intérêt de cette collection ? Je le trouve plutôt faible. L'ouvrage contient un certain nombre de bonnes nouvelles, dont je vais parler dessous, et beaucoup de pièces totalement inutiles. Artisan d'un fantastique merveilleux à la Méliès, Gaiman produit beaucoup de textes dont la narration est faible, existant seulement pour justifier l'existence d'un contexte. Ce n'est que lorsqu'il s'inspire, volontairement ou non de Lovecraft, que j'ai pris plaisir à le lire.
Que gardé-je ?

Une étude en vert, amusant mélange de Sherlock Holmès et de Grands Anciens, superflu mais plaisant

Les épouses interdites des esclaves sans visage dans le manoir secret de la nuit du désir redoutable, peut-être la meilleure, rappelant le "Je suis d'ailleurs" de Lovecraft, réflexion ironique sur le banal et le fantastique, écrite dans le style des premiers gothiques

Les autres, sartrienne ?

Souvenirs et trésors, une plaisante nouvelle entre Jack Burton et Fu-manchu

Nourrir et manger, j'ai beau faire c'est encore une nouvelle lovecraftienne qui retient mon attention, une forme originale de "Maison de la sorcière"

Goliath, une autre réussite pour ce texte situé dans le monde de Matrix

L'oiseau-soleil, un petit air de Mille et une nuits pour ce texte sans grande conséquence

Le monarque de la vallée, adaptation moderne, et bien trop longue, de la légende de Béowulf et Grendel

Le reste vous fera perdre votre temps.

Des choses fragiles, Neil Gaiman

Pinocchio the bastard


Cadeau récent. Pinocchio "très librement inspiré du roman de Collodi". Fucking good piece.
Sur un papier épais d'excellente qualité s'ébat un Pinocchio glauque, punk, digne de figurer dans l'illustrissime fanzine "Sniffin' glue". Partant de la trame narrative originale, parfaitement reconnaissable, et la conservant, l'auteur, Winshluss, déforme tout le contexte en le tirant vers un infrarouge sang. Les personnages sont laids et malfaisants, leurs motivations aussi. Rien n'est jamais trop extrême pour Winshluss, qui se permet même le luxe de faire plusieurs fois référence à la réalité contemporaine dans ce qu'elle a de plus sordide, et à profaner le corps de la purissime Blanche-Neige (not for the faint of heart). Le trait, disharmonieux, met la forme en concordance avec le fond. Intégralement sans dialogue (sauf quand intervient Jiminy Crickett, inutile squatteur installé sans titre ni droit dans le crane de Pinocchio), le récit est aussi intégralement compréhensible grâce à la narration graphique, ce qui est un bel exploit pour une histoire qui s'étend sur 200 pages.
Quand Collodi rencontre les Ramones, ça donne ce superbe OVNI. A quand "La belle au bois dormant" par les mêmes ?
Pinocchio, Winshluss, Cizo

dimanche 4 octobre 2009

Les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel


Nouveau petit opuscule du Cepremap. Un peu ardu pour le grand public dans sa deuxième partie (quoique...), mais de très grande qualité.
Chef de file de l'école des conventions, André Orléan livre ici son analyse de la crise financière de 2007-08. Dans "Neuromancien", William Gibson décrit la Matrice comme "une hallucination consensuelle". Pour Orléan, la valeur des actifs financiers est aussi une hallucination consensuelle. A l'opposé des tenants de l'orthodoxie pour qui la valeur des actifs reflète toujours plus ou moins les fondamentaux des entreprises et de l'économie, les conventionnalistes considèrent qu'elle n'est que le résultat d'un accord implicite et quasi-inconscient entre intervenants (comme dans le célèbre exemple du Concours de beauté de Keynes). Plus précisément, les oscillations de prix autour d'hypothétiques valeurs fondamentales sont d'une extrême intensité, comme l'affirmait déjà Dornbush il y a quelques années. Alors Orléan développe la thèse, minoritaire dans le monde économique, suivant laquelle les marchés financiers ne sont pas efficients. Il explique comment, sur les marchés spéculatifs, la demande augmente avec le prix et baisse avec lui, à l'opposé de ce qui se passe normalement sur les marchés de biens. Ce phénomène a deux conséquences liées : l'apparition spontanée de bulles spéculatives et la grande difficulté à sortir de la spirale dépressive quand elle est enclenchée, forçant alors l'Etat à intervenir à grand renfort d'argent public. En d'autres termes, les marchés ne sont pas efficients et bulles et dépression sont normales. Se pose alors la nécessité de contrôler étroitement le secteur financier afin d'éviter les crises globales comme celle qui vient d'avoir lieu. A l'opposé de la doxa propagée par le banque centrale US, il importe, pour l'auteur, de recloisonner les marchés afin de circonscrire les crises. La finance globalisée, théorisée et mise en œuvre notamment par Alan Greenspan, ne souffre pas d'une régulation insuffisante, elle est, pour Orléan, impossible à réguler. Décloisonnée pour favoriser la liquidité, et ainsi une meilleure allocation mondiale des ressources financières, la finance se retrouve aujourd'hui hors de tout contrôle, notamment à cause du hors-bilan et des produits structurés, au risque impossible à évaluer. Après la crise de 1929, le secteur financier avait été corseté pour éviter d'autres crises ; il s'est libéré de ce corset durant les années 80 ; il est urgent de remettre le corset en place et de serrer fort, même au prix d'un léger ralentissement de la croissance mondiale.
De l'euphorie à la panique, penser la crise financière, André Orléan

samedi 3 octobre 2009

BOF


J'aime vraiment bien le fantastique médiéval de Maïa Mazaurette, mais la réédition de ce roman d'anticipation sociale paru initialement en 2004 est une vraie inutilité. C'est très mal écrit, et le fond est largement grotesque. Maïa Mazaurette est en train d'acquérir une vraie notoriété et c'est la seule explication que je vois à cette réédition.
Rien ne nous survivra, Maïa Mazaurette

mercredi 30 septembre 2009

A lire absolument


Le nouvel ouvrage de Daniel Cohen est le livre d'honnête homme par excellence. Tous les français devraient le lire pour avoir, enfin, une vision claire de l'économie en général, de l'histoire économique du monde en particulier, et des questions qui se posent à notre civilisation à l'aube du XXIème siècle.
En une succession de courts chapitres, Daniel Cohen brosse l'histoire du monde vue sous l'angle économique.
Partant de l'Antiquité et de son système basé sur l'esclavage, il décrit la stagnation de long terme qui est la règle dans les sociétés anciennes, et le mur malthusien de la pauvreté auxquelles toutes se heurtent dès qu'elles acquièrent un semblant de prospérité. Il décrit ensuite la Révolution Industrielle et explique pour quelles raisons c'est l'Europe qui l'a faite, sous l'impulsion du progrès technique, et pas la Chine ou le monde arabe, qui étaient pourtant des candidats crédibles au rôle de moteur de l'économie mondiale. Il présente les controverses qui agitent les théoriciens, dès le début du XIXème siècle, sur l'interprétation positive ou négative à donner de la croissance perpétuelle qui s'annonce et du développement de la société capitaliste. Il montre comment la crise de 1929, dont les causes donnent lieu à des divergences d'analyse qu'il présente, marquera l'avènement de la régulation fordiste, à l'origine de la société de consommation de masse. Il explique comment la crise de 1973 marque la fin de la domination des keynésiens et le retour en force des libéraux, monétaristes et nouveaux néo-classiques, puis comment ceux-ci imposent progressivement une libéralisation du système économique qui affaiblit les solidarités institutionnelles, alors même que celles-ci avaient mis à mal les solidarités communautaires, laissant les individus seuls face à l'adversité économique. Il montre enfin comment l'équilibre de l'économie mondiale et le monde tel que nous le connaissons sont transformés par les développements chinois et indien, par les menaces qui pèsent sur l'environnement, par l'autonomisation hors de tout contrôle réel de la sphère financière, et par l'irruption d'une économie de l'immatériel dans laquelle la conception est tout et la production rien.
Dans ce contexte, et à contrario d'Huntington et de Fukuyama, Cohen pointe le risque du retour de la guerre pour l'accès aux ressources, guerre financée par la nouvelle prospérité des pays émergents, car on sait aujourd'hui que prospérité et commerce sont des facilitateurs de guerre et non des facteurs de paix perpétuelle comme le supposait Kant. Comme Jared Diamond, dans son livre "Effondrement" (qu'il faudrait enfin que j'extraie de ma pile pour le lire) il n'exclue pas la possibilité d'un effondrement de la civilisation occidentale sous la pression environnementale ou militaire.
C'est un excellent ouvrage de vulgarisation que Daniel Cohen livre au lecteur avide de culture. Plus accessible pour l'amateur que le très bon "27 questions d'économie contemporaine", "La prospérité du vice" devrait se trouver dans toute bonne bibliothèque.
La prospérité du vice, Daniel Cohen

dimanche 27 septembre 2009

Un mauvais goût très sûr


Amateur fanatique de post-ap, je me fends récemment de l'anthologie "Wastelands", bon titre, couverture explicite. Et je constate une nouvelle fois que, depuis quelques semaines (mois ?), j'ai un mauvais goût très sûr. Je crois que ce blog devient progressivement celui qui signale au monde les livres à éviter. Grumf ! Non que cette tâche soit inutile, mais chacun imaginera facilement la somme de déplaisir et désappointement que je dois endurer pour la mener à bien.
J'ai donc lu, en entier, "Wastelands".
Il y a 5 nouvelles à sauver dans ce recueil : "The end of the whole mess" de Stephen King, "Dark, dark were the tunnels" de George R.R. Martin, "When sysadmins ruled the Earth" de Cory Doctorow, "Artie's Angels" de Catherine Wells, et "Inertia" de Nancy Kress. Il est admis qu'on ne prête qu'aux riches, mais c'est parce que les riches sont capables de payer, ce recueil en est la preuve. Mis à part ces textes, tristes et absurdes, le reste est au mieux vite oublié, au pire ennuyeux.
Wastelands, anthologie

mercredi 16 septembre 2009

FightLostWayCrashClub


Tout le monde ici a vu, ou mieux, lu "Fight Club" ; que ceux qui ne l'ont pas fait sortent et ferment la porte. Chuck Palahniuk s'y attaquait à la société de consommation et au mode de vie factice qu'elle offre à tous, en particulier à ces yuppies qui peuvent s'en offrir une grosse tranche. Il mettait en évidence l'absurdité de la vie et des désirs du salaryman contemporain. Il montrait comment ces désirs, une fois extraits de la praxis pure et vocalisés, paraissent étriquées et mesquins. Il rappelait inlassablement par l'exemple que dans "petit bourgeois" il y a d'abord "petit", et que l'homme contemporain, protégé de la guerre, de la maladie, des catastrophes, de sa propre violence et de celle des autres, vit une existence tiède et dépourvue de sensations réellement fortes entre mater/paternité béate, soutien psychologique, et fin de vie sous Nambutal.
Dans "Peste", Palahniuk fait encore du Palahniuk et il le fait plutôt bien. Cynique, caustique, il montre sans jamais juger ouvertement, mais avec le léger décalage d'angle qui met en évidence le côté ridicule, vide, ou contestable d'une pratique. Au fil d'une intrigue relativement inracontable en terme de pitch, il décrit la trajectoire de Buster Casey, un apporteur de chaos. Ecrit sous la forme d'un reportage dans lequel des dizaines de témoignages courts s'entrechoquent, "Peste" se compose de trois parties clairement distinctes. La première nous montre l'enfance et l'adolescence de Buster Casey dans la petite ville trouducudumondesque de Middleton (le nom dit tout). La seconde nous narre ses aventures asociales dans la grande ville. La troisième, fantastique, appuie puis éclaire le mystère du personnage. Des trois, la première est clairement la meilleure. Palahniuk introduit dans une petite ville américaine un élément corrupteur qui remet en cause, par ses actes, les fondements de la communauté. Meurtre des familiers, négation de la valeur de l'argent, détournement des fêtes traditionnelles, amitié avec les nuisibles, rejet de la prophylaxie, priapisme ostentatoire, Casey n'épargne rien à Middleton ; il n'y a donc rien d'étonnant à ce que son ennemi d'enfance soit le shérif de la ville, lui dont la fonction est d'assurer la stabilité sociale. Dans la seconde partie, qui évoque immanquablement "Crash" de Ballard, Casey rejoint, dans la grande ville, un groupe de gens qui veulent ressentir en vrai, et pas par simulation ou ersatz interposé. Ceux-ci forment une sous-culture de l'accident de voiture nocturne, recherché et provoqué, qui leur permet de dépasser les limites sociales. Ironique, cette sous-culture détourne les codes les plus mainstream de la société judéo-chrétienne de consommation à son profit. Chasseurs et chassés se reconnaissent avant les courses poursuites car ils agrémentent leurs voitures de sapins de Noël, de matelas, de décoration de mariage, de mugs de café (voir l'objet code et le reconnaitre, c'est ce qui permet à la flash mob de coaguler). Ils s'identifient ainsi entre eux, tout en restant pour les autres de braves gens qui rentrent d'un mariage ou ramènent chez eux un arbre de Noël ou un matelas après un déménagement. Il forment alors une sorte de cinquième colonne infrasociétale, et en tout cas subliminale. Une colonne dont la société peut tolérer l'existence tant qu'elle n'impacte pas la sienne car quand l'épidémie de rage viendra de cette frange, la société se défendra violemment. En transmettant le virus de la rage et en enflammant son sapin (empêchant par là quiconque de ne le voir que du coin de l'œil), Casey mettra les marginaux en pleine lumière, ce qui forcera la société à réagir par l'éradication. La troisième partie, clairement fantastique, introduit le lecteur à la généalogie de Buster Casey et à la cosmologie de Palahniuk. J'ai pensé à "Lost Highway" de David Lynch, et, par voie de conséquence, à un ruban de Möbius. Qu'apporte cette partie à ce qui a précédé ? Honnêtement pas grand chose.
Au final, "Peste" est un joyeux bordel critique et caustique et un bon moment de lecture intelligente, même si le roman aurait sans doute gagné à être un peu plus court. Après ça il va vraiment falloir que j'attaque "L'homme unidimensionnel".
Peste, Chuck Palahniuk

L'avis d'Hugin & Munin

dimanche 13 septembre 2009

Décidément j'ai pas la gagne


J'avais bien aimé "Elantris", le premier roman de Brandon Sanderson, malgré quelques réserves. Je suis retombé sur terre avec "Mistborn", le second. Comme toujours quand je n'ai pas aimé, je vais faire court pour ne pas perdre deux fois mon temps. "Mistborn" ressemble plus à une partie de jeu de rôle retranscrite qu'à un ouvrage de littérature. Autour de deux ou trois personnages principaux développés (et même eux semblent construits sur des trucs de fleshing out : je suis secret et ombrageux ; je suis méfiante et dois apprendre à faire confiance ; je suis fidèle jusqu'au sacrifice) gravitent une myriade de NPC cookie-cutter sans la moindre charactérisation. Le style écrit est de qualité très moyenne. Les dialogues sont, une fois encore chez Sanderson, trop contemporains dans leur sonorité. L'histoire est globalement invraisemblable et on a même droit à l'épilogue qui explique au lecteur ce qu'il aurait du comprendre. Le système de magie (je brule un bout de métal dans mon estomac, j'obtiens un pouvoir), présenté comme LA grande originalité du livre, évoque immanquablement la vision mécaniste qui est celle des jeux de simulation. Je passe sur la romance, devenue la tarte à la crème de la fantasy américaine contemporaine, et sur les scènes de bal qui m'ont rappelé "Sissi Impératrice". A éviter donc, sauf si l'on est un fan de Laurel K. Hamilton et consœurs.
Mistborn, Brandon Sanderson

L'avis de Munin

lundi 7 septembre 2009

Péremption rapide


Voila. J'ai lu mon roman annuel de littérature blanche. Checked.
"Le Roman de l'été" provoque chez moi deux impressions opposées.
Commençons par le positif. Nicolas Fargues sait écrire. Son style est élégant, et il l'adapte sans cesse au personnage en scène. Son roman réunit une collection de personnages caractéristiques de notre ici et maintenant. Du cadre moyen, gonflé de lui-même dans sa cadremoyennitude, à l'ouvrier des chantiers navals envieux et étriqué, en passant par les bobos parisiens rurbanisés, le député maire ambitieux, les djeunz de banlieue en stage, les racistes ordinaires de bistrots, les lolitas en quête de style, et le petit con friqué qui se la joue rebel without a cause, tous sont vrais et sonnent vrais ; les dialogues sont certainement la réussite de cet ouvrage. Mais ils ne seraient rien s'ils n'étaient portés par des personnages ad hoc. Cynique caricaturiste, Nicolas Fargues décrit le banal et il n'en rend que la laideur. Où Baudelaire cherchait la beauté du laid dans une charogne, Fargues la voit partout, sans cesse. Il décrit nos contemporains d'une manière qui ne les grandit pas, et nous sommes tous un peu de chacun de ses "héros". Le voir mettre le doigt sur tout ce qui fait mal amène malaise mais aussi jubilation. Ils nous fascinent car nous sommes tellement mieux qu'eux, et ils nous consternent chaque fois qu'ils nous ressemblent. Le point sur lequel Fargues insiste sûrement le plus est la réalité de la dégradation physique, passé l'âge de 20 ans environ. Dégradation assumée par les prolos et péniblement cachée par les bobos. Mais dans les deux cas, elle est là. Fargues brise le mythe de la belle femme de 40 ans ou de l'homme en forme de 50. Tous deux sont dégradés, ils ne sont physiquement plus que des versions de moins bonne qualité de ce qu'ils étaient à 20 ans. Et la déchéance physique est le reflet des illusions perdues, des voies de garage, des erreurs irrattrapables. Comme le portrait de Dorian Gray, le corps porte inscrit en lui les stigmates de la vie. Et un stigmate n'est jamais beau à voir. Cette laideur est enfin mise en évidence dans la méta position d'observateur désabusé dans laquelle se trouve toujours le personnage principal. Témoin de ses rapports humains et de ses conversations, il les analyse au fur et à mesure de leurs déroulements, et il les joue alors plus qu'il ne les vit.
Sur le plan négatif, il manque à ce roman une histoire un tant soit peu vraiment intéressante. Fidèle à une certaine tradition française, Fargues décrit des situations banales vécues par des gens banals. C'est certes bien vu, mais ça ne va pas bien loin. De plus, son inscription extrême dans la réalité contemporaine fait de ce roman un produit à courte vie. Quand les références ne feront plus sens, il n'en aura plus non plus. Enfin, l'acmé de l'histoire tourne le dos au rafraichissant cynisme pour devenir strictement judéo-chrétienne : c'est la faiblesse qui permet d'obtenir la victoire, le faible vainc le fort au moyen de sa faiblesse ; Nietzsche en aurait fait une syncope.
Au final, un livre agréable à lire mais que j'aurai sans doute oublié assez rapidement. Gouleyant mais court en bouche.
Le Roman de l'été, Nicolas Fargues

dimanche 6 septembre 2009

BOF


Lent, verbieux, et de ce fait peu enthousiasmant, "Ally" est le signe incontestable d'un cycle qui s'étend trop, le syndrome "Wheel of Time". Karen Traviss n'est pas George R R Martin et, utilisant beaucoup de personnages (quoique...) sur beaucoup de lieux, elle ennuie plus qu'elle ne captive. Dommage j'avais bien aimé le début du cycle et même la suite immédiate.
Ally, Karen Traviss

mardi 25 août 2009

Pulp action


Un bref passage devant un ordinateur pendant ces longues et épuisantes vacances pour dire que Quentin Tarantino prouve, dans cette remarquable uchronie, qu'on peut tourner un film qui a tout d'un comics lorgnant sur le pulp sans la moindre image de synthèse. Du grand art. Et 2h30 qui passent comme une brise.
Je précise, pour information, que je ne suis pas un Tarantinolâtre.
Inglorious basterds, Quentin Tarantino

mercredi 19 août 2009

Pour les novellas


"Le monde, tous droits réservés", de Claude Ecken, est un recueil regroupant 2 novellas, primées Rosny Ayné en 2001 et 2004, et 10 nouvelles publiées pour la plupart dans Bifrost.
Les deux novellas sont de très bonnes factures.
"Eclats lumineux du disque d'accrétion" fait un amusant parallèle entre la vie d'un trou noir et le trou noir social dans laquelle une société avancée et solidaire plonge ses assistés. Dans les années 30 le grand économiste anglais JM Keynes, observant les progrès fulgurants de la productivité, rêvait d'un monde où chacun ne travaillerait que très peu et aurait pour souci principal l'occupation de son temps libre. Ecken décrit un monde, plus semblable au notre, où la hausse continue de la productivité à pour effet principal de sortir quantité d'actifs du monde du travail, réservant celui-ci à un petit nombre qui travaille autant voire plus qu'avant. Et comme nous ne sommes pas des sauvages, les autres, les inactifs, sont secourus par la société au prix de prélèvements obligatoires importants. Si le parallèle avec le trou noir n'est qu'amusant et pourrait passer pour un effet de style, la description d'une société de chômage assisté généralisé est pertinente dans ses effets délétères. Oisiveté, petits trafics, rage (voir la description de la vrai rage que donne le sociologue François Dubet), tous les ingrédients d'une explosion sociale sont réunis dans les "Cités", ces lieux de vie attribués par le système social, avec budget mensuel consommation, énergie, média, à la masse majoritaire des inactifs. On trouve aussi en ces lieux de la créativité, étouffée par les déterminismes sociaux, et que seule une intervention extérieure peut libérer. Ce texte est futé, plutôt bien vu, et le personnage du jeune garçon qui en est le héros est vraiment attachant.
"La fin du Big Bang" répond à l'interrogation qu'a eu, un jour, tout enfant. Et si j'avais eu d'autres parents ? Le, puis les, héros de cette novella connaissent la réponse à cette question. Ils sont dotés d'une mémoire qui se souvient des univers parallèles et des différentes manières dont auraient pu s'effondrer la fonction d'onde quantique. Ils se souviennent de tout ce qu'ils ont été, de toutes les sociétés distinctes dans lesquelles ils ont vécus, et cela les coupent du reste de l'humanité pour qui la dernière réalité a l'apparence d'avoir toujours été la seule. Torturés par l'angoisse du changement de réalité à venir qui remodèlera leur vie (pas forcément en mieux) et la difficulté de conserver la mémoire de toutes leurs existences, ils parviennent progressivement à amener la réalité à une voie unique en forçant, par la conscience, le réel à correspondre aux attentes de l'observateur. On retrouve ici la théorie suivant laquelle c'est la conscience qui force l'effondrement de la fonction d'onde qui sinon resterait indéterminée. Le texte est intéressant, compréhensible sans avoir fait une thèse de physique théorique, et les personnages principaux y sont, là aussi, attachants. Le seul regret que j'ai est arrivé à la dernière page. L'accomplissement final de ces voyageurs mémoriels, la fin de leur errance est un confort petit bourgeois avec femme, enfants, adolescents pénibles. On aurait pu espérer plus sexy. Tant pis.
Les 10 nouvelles, à l'inverse, n'ont guère d'intérêt. Courtes, peu développées, elles sont d'une grande platitude stylistique.
Si vous l'achetez, c'est pour les novellas.
Le monde, tous droits réservés, Claude Ecken

L'avis de Papa Fredo


L'avis de Lhisbei

mercredi 12 août 2009

A mon grand regret

"Little Brother" de Cory Doctorow a gagné le prix Prometheus, le prix Campbell, et est en finale d'un ou deux autres. Néanmoins il n'a gagné ni le Hugo, ni le Nebula. De ce fait, et comme promis dans le post linké au dessus, je m'en suis coupé une. Ci-joint l'IRM colorisé qui le prouve.


Gromovar, le blogueur qui tient ses promesses, si inconscientes soient-elles :-(

Stephen King Digest


Je me débattais depuis des années dans une contradiction pénible. J'aimais vraiment les films tirés d'œuvres de Stephen King, mais ses romans me tombaient des mains à la vitesse de l'éclair. Etais-je condamné à ne connaître du King que ses ouvrages adaptés ? C'était à craindre.
Et puis, j'ai fini par trouver une solution. Quel est le problème avec Stephen King ? Ses interminables, et en général parfaitement inutiles, digressions récurrentes. Chaque personnage passe son temps à se souvenir extensivement de son copain Jack qui lui avait donné un briquet en 57, de la chanson (paroles incluses) que lui chantait sa mère pour l'endormir, de la victoire des Spurs et du hot-dog divin qui l'avait accompagnée. Et c'est long, c'est long, c'est long, ça n'en finit pas (d'autant qu'une pulsion masochiste incontrôlée m'a fait acheter la version Uncut, encore plus longue que la normale). Dans les jeux de rôles aussi nous utilisons ces digressions pour donner de la substance aux personnages, mais, étant gens de goût, nous en usons en quantité homéopathique. King, lui, nous en fournit à grands coups de louche. Bon ! La tumeur localisée, restait à l'exciser.
J'ai lu "The Stand" ("le Fléau" en France) très rapidement car l'histoire et les personnages m'ont passionnés. Pour y parvenir j'ai systématiquement zappé toutes les digressions, faciles à repérer. Ainsi le roman cesse d'être indigeste. Voila une bien vilaine chose, que je ne fais jamais, mais dans ce cas précis c'était sine qua non, d'autant que King n'est pas Flaubert et qu'on ne perd pas le plaisir d'une prose superbe en sautant quelques lignes. Et ça a plutôt bien marché. A l'arrivée j'estime à facilement 20% les digressions dans "The Stand". Absolument colossal. D'autant qu'elles sont tellement omniprésentes qu'elles cassent sans cesse le rythme de la narration.
Que devient alors "The Stand" après liposuccion ? Un très bon roman fantastique post-ap. La libération accidentelle d'un super-virus AH1N1 ;-) tue en quelques semaines 99% de l'humanité. Le % restant est l'enjeu d'une lutte entre le Bien et le Mal représentés dans l'Amérique en ruine par deux avatars. La trame narrative est cohérente et convaincante. Les nombreux personnages sont détaillés, attachants (en particulier le sociologue cynique qui tente de recréer les bases d'une vie sociale, mais ça c'est mon pathos), et leurs motivations sont crédibles. L'éventail des réactions humaines à une situation de crise extrême est balayé de façon convaincante par King. Les rebondissements, nombreux, ne sont pas trop téléphonés. Le fantastique intervient assez pour jouer un rôle, mais pas assez pour rendre ridicules des situations rationnelles. C'est donc un très bon livre et un vrai plaisir de lecture, une fois débarrassé de ses scories (mais que fait l'éditeur ?). Faudra que j'essaie de relire "Simetière" de la même manière.
Seul avertissement : c'est très américain et très biblique, ce qui n'est pas un défaut en soi mais donne lieu à quelques scènes qui sont du plus haut comique pour un français athée.
Bonne nouvelle : L'adaptation comics sort en TPB en septembre aux USA. Aiguisez vos CB.
The stand / Le fléau, Stephen King

vendredi 31 juillet 2009

Barbe Bleue


J'avais beaucoup apprécié le premier roman médiéval de CJ Sansom, "Dissolution". Après un "Larmes du diable" assez décevant car peu instructif sur le plan historique, voici "Sang royal" de bien meilleure qualité.
Ici c'est la tournée (authentique) du sympathique Henry VIII dans le nord de l'Angleterre, en ébullition après une révolte sanglante, qui sert de cadre au roman. Cromwell, l'âme de "Dissolution" a été exécuté, Henry VIII continue à osciller entre réformateurs et traditionalistes en fonction des nécessités politiques, il en est à sa cinquième femme, il est répugnant de graisse et de maladie et d'une cruauté sans borne, il continue à créer une nouvelle classe de seigneurs anglais, cupides et brutaux, enrichis par le partage des dépouilles des "traitres", autrement dit les opposants à sa politique. Dans ce contexte délicieux, un secret risque d'être révélé, un secret qui mérite qu'on tue sans limite pour le protéger.
Par delà l'enquête policière avec son inévitable progression plutôt réussie, c'est le substrat historique qui fait de ce roman un ouvrage intéressant. Henry VIII est connu même en France, mais que sait-on de lui vraiment ? "Dissolution" et "Sang royal" permettent au lecteur de découvrir en détail, et à partir d'une documentation historique abondante, cette période clé de l'histoire anglaise durant laquelle des institutions sont nées, le royaume s'est séparé de Rome et a créé la religion anglicane, l'assassinat politique est devenu un mode normal de gouvernement, une classe nouvelle est apparue sur les cendres de celle qui régnait auparavant, une dynastie nouvelle (les Tudor) est arrivée au pouvoir, une légende noire est née, celle de Barbe Bleue, le roi ogre qui inspira Shakespeare un siècle plus tard pour l'une de ses grandes tragédies.
Tout cela et bien plus est dans "Sang royal". Quelle belle lecture d'été.
Sang royal, C. J. Sansom

L'avis de Cedric Ferrand

Juste toi et moi, Seigneur


Néault a fort bien écrit sur "Just a pilgrim" dans ce billet. Je n'ajoute rien a son texte très complet. Je passe juste pour dire que c'est excellent, très dur, très premier degré, et parfaitement noir (et dispo en intégrale HC VO chez l'Amazone) , bref un vrai bonheur.
Just a pilgrim, Ennis, Ezquerra