mercredi 24 décembre 2008

Merry fuckin' X-Mas



Malgré la criiiiiiiise. MUHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !!!

mercredi 17 décembre 2008

Se caresser dans le sens du poil


Et non, ce n'est pas un livre de charme dont il sera question ici, désolé !
"The myth of the rational voter" est un ouvrage théorique assez fascinant. Tous ceux qui s'intéressent aux sciences sociales sont toujours abasourdis par le fait que les connaissances accumulées dans ces domaines ne servent que peu à élaborer des politiques publiques. Comme l'écrivait Lautréamont, "c'est un miracle qui se renouvelle chaque jour et qui n'en est pas moins miraculeux". L'école du public choice, aux Etats-Unis, avait depuis longtemps une explication : le votant moyen est rationnellement ignorant, c'est à dire qu'il ne s'informe que peu sur les politiques publiques car l'information a un coût qu'il ne veut pas payer. Cette explication permettait de concilier la rationnalité absolue de l'homo economicus avec toutes les observations expérimentales qui montrent que l'électeur lambda est fondamentalement ignorant des questions politiques et surtout des effets prévisibles des politiques publiques entre lesquelles il va pourtant choisir. Mais, disent les tenants de cette école, ceci n'est pas bien grave car il suffit que quelques électeurs soient informés pour que les bonnes politiques émergent, car les votes absurdes, étant équiprobables, s'annulent mutuellement, et ce sont les citoyens informés qui choisissent in fine, et étant informés ils choisissent bien.
C'est à cette vision théorique que s'attaque Caplan. Pour lui, comme pour quantité de politologues mais peu d'économistes, la croyance politique est strictement de même nature que le croyance religieuse. Elle implique la foi, et cette dernière s'oppose à la volonté de connaître la vérité. On pourrait penser alors que les décisions politiques sont toujours irrationnelles car prises par des croyants, à l'opposé de la rationnalité économique. Or l'Histoire montre que ce n'est pas le cas et que même des croyants peuvent, à l'occasion, agir de manière rationnelle en allant à l'encontre de leurs convictions (les exemples concernant Staline, la génétique soviétique et la physique soviétique sont à cet égard très éclairants). Comment expliquer ce paradoxe ? Comment concilier les quatre biais identifiés de la vulgate économique (biais anti-marché, biais anti-étranger, biais anti-productiviste, et biais pessimiste) avec des actions économiques des acteurs qui sont plutôt rationnelles et non-biaisées. Pour trancher le noeud gordien, Caplan attribue un niveau de préférence aux convictions, comme à n'importe quel bien. Et il pose que l'acteur arbitre entre le coût psychologique du renoncement à ses convictions et le coût matériel qu'impose la renonciation à la rationnalité. C'est le résultat de cet arbitrage qui fait que l'acteur agit parfois en homo economicus et parfois en croyant. Il est donc, selon Caplan, rationnellement irrationnel, c'est à dire qu'il choisit rationnellement de ne pas savoir pour satisfaire sa préférence pour ses convictions et ainsi obtenir la satisfaction maximum (lisant ça, ça m'évoque tellement de situations réelles que les bras vont m'en tomber pour les cinq prochaines années).
Cette analyse s'applique à tous les domaines où l'acteur doit choisir une ligne d'action, mais dans le cas du vote, ses conséquences sont amplifiées. En effet le coût matériel qui sert à l'arbitrage est calculé en multipliant le coût de la mauvaise décision par la probabilité qu'elle a de survenir. Chaque voteur est fondé à penser que, sauf situation hautement improbable, il ne sera pas celui dont le seul bulletin fera basculer le vote. Le coût matériel de l'erreur est donc infinitésimal et la décision de conviction aura donc toutes les chances d'être celle qui est choisie. Chaque électeur ayant les mêmes motifs de penser la même chose, des politiques publiques privilégiant les quatre biais erronnés seront plus souvent choisies et mises en oeuvre avec des résultats sous-optimaux. Et l'impasse n'aura pas d'issue tant que les humains aimeront autant se caresser dans le sens du poil (moi-même je me caresse dans le sens du poil en encensant une vision assez élitiste, c'est dire comme c'est agréable).
The myth of the rational voter, Bryan Caplan

samedi 13 décembre 2008

Cruelles muses


J'aime beaucoup José Carlos Somoza. C'est une sorte de Borgès qui aurait réussi le tour de force d'ajouter du rythme à l'étrange. "Clara et la pénombre" et "La caverne des idées" en particulier sont deux grands textes fantastiques pétris d'interrogations sur l'art, et mis en tension par une intrigue captivante.
"La dame n°13" est, pour mon plus grand plaisir, de la même facture.
Suspension d'incrédulité : la poésie contient de rarissimes "vers de pouvoir" capables d'avoir l'effet de sortilèges s'ils sont bien prononcés, d'altérer la fabrique de la réalité. Un convent de sorcières millénaires inspire les poètes, et cherche, dans l'océan de la poésie écrite, les "vers de pouvoir", utilisés comme armes. Le pouvoir du verbe est une fiction de longue date. De "La Genèse" au "Terremer" d'Ursula Le Guin en passant par "Dune", ce thème traverse le temps ; Somoza développe ici le pouvoir, souvent inconscient, des poètes.
"La dame n°13" conte l'histoire d'une vendetta au sein du convent sus-cité, vendetta dans laquelle se trouve impliqué un, puis plusieurs, "innocents". La poésie y est utilisée comme une arme, les souvenirs aussi. Les morts interviennent, à leur corps défendant. La cruauté et les chatiments infligés sont extrêmes. Et on comprend progressivement que nul n'est là par hasard, et qu'un complot ourdi de très longue date est en train de parvenir à sa conclusion. L'histoire progresse de manière logique, sans deus ex machina, sans jamais être absurde. Elle est fondamentalement crédible, lovecraftienne en ce que l'inconnu surgit dans la normalité la plus totale et la met en pièces, et c'est ce qui fait sa force. On compatit, on prend parti, il n'est pas possible de rester indifférent. Et, si on a une fibre littéraire, l'effet est encore plus fort. Somoza livre ici un cri d'amour à la poésie, source, pour lui, de création et de destruction. Il nous interdit définitivement de la considérer comme une activité anodine dont la seule finalité serait de produire de jolis sons. Elle est plus que cela, elle sous-tend le monde, comme le mantra Om. En réponse au "Art is quite useless" d'Oscar Wilde, Somoza affirme dans toute son oeuvre que "Art is quite useful".
La dame n°13, José Carlos Somoza

mercredi 3 décembre 2008

Un bien brave homme


Juste deux mots pour parler d'une nouvelle collection aux Belles Lettres. "La véritable histoire de..." est le titre, malheureusement un peu racoleur, d'une série de petits ouvrages proposant des biographies de personnages de l'Antiquité réalisées uniquement à l'aide d'extraits de sources antiques.
Le présent volume propose une vie de Caligula, et détaille longuement les (mé)faits d'un empereur menteur, voleur, violeur, incestueux, assassin, mégalomane, paranoïaque, et j'en passe. Le portrait de ce charmant personnage est brossé par de grands auteurs qui lui sont contemporains ou presque. On trouve ainsi des textes de Sénèque, Suétone, Dion Cassus, Philon d'Alexandrie, etc... Que du beau monde donc, et un style, caractéristique de l'époque, emphatique et imagé. J'ai passé un vrai bon moment de lecture, et trouvé, à l'usage, que Caïus Caligula n'avait pas grand chose à envier aux héros les plus noirs de la fantasy ; certains de ces derniers sont même plutôt plus sobres.
A suivre prochainement dans la même collection : Alexandre, Jules César, Pompée, Platon, entre autres. Je garde les yeux ouverts.
La véritable histoire de Caligula, textes rassemblés par Jean Malye