dimanche 28 septembre 2008

Le retour


Je viens de lire le premier tome de l'adaptation BD de "L'assassin royal", et c'est une véritable réussite (mis à part les pages 12 et 13 qui sont inversées mais ce n'est pas bien grave).
L'adaptation d'un aussi roman aussi long et touffu en quelques planches de BD est une gageure (que n'ont pas réussie par exemple les adaptateurs des "Guerriers du silence", à mon grand regret). Ici c'est un succès. L'histoire progresse de moment clé en moment clé avec une voix-off qui fait le lien entre les moments et qui assure le liant. Je crois que c'est cette voix-off qui est la bonne idée de l'adaptation. L'histoire, n'y revenons pas, est excellente (même si au bout d'un seul tome de BD, et même si beaucoup de choses ont été dites, beaucoup restent à dire).
Sur l'adaptation graphique de Sieurac, que dire ? D'abord certains n'apprécieront pas outre mesure le traitement lisse de Fitz (j'en suis). Mais le reste est de grande qualité. Les Longvoyants sont altiers à loisir, et voir enfin Umbre (le pox man) sortir de l'ombre est agréable. Mais le plus impressionnant, à mon sens, ce sont les décors. La première image de Castlecerf et de la baie qu'il domine est en tout point conforme à la représentation qu'en donne Robin Hobb. Les différentes côtes marines (incontestablement la réussite de Sieurac) sont reconnaissables par quelqu'un qui a lu avec passion les romans. L'ambiance aussi est magnifiquement rendue. Avec une seule case parfois, on est dans la salle des gardes où Fitz prend son premier repas, dans l'étable de Burrich, à la cour du duc Kelvar de Rippon et de sa Marie-Antoinettissime femme.
La question qui se pose toujours lorsqu'on ouvre une adaptation est celle-ci : retrouverai-je le ressenti que m'avait procuré la version originale ? Ici c'est le cas. Le medium utilisé est différent mais les émotions qu'il procure sont les mêmes. En tant que fan de la doublee trilogie littéraire de Robin Hobb, j'avais de grandes exigences. Je les trouve très largement satisfaites.
L'assassin royal, t1, Gaudin, Sieurac

mercredi 24 septembre 2008

Rien à dire


Acheté il y a une heure. Pas encore lu.
Mais je me dois d'annoncer au monde la sortie de la très attendue (au moins par moi) adaptation en BD de "L'assassin royal", le chef d'oeuvre de Robin Hobb.
Sieurac (qui avait réalisé "Les princes d'Arclan") est au graphisme et son trait réaliste sied parfaitement à l'oeuvre (enfin une adaptation dont les dessins ne sont pas hideux, ça se fête).
J'en parle plus longuement sous peu.
L'assassin royal t1, Gaudin, Sieurac

Boys keep swinging


"The boys" : 2 tome en anglais, 1 troisième en route ; le tome 1 vient d'être publié en français.
Néault en parle très bien sur son excellent blog. Je ne peux rien ajouter à son analyse. Je dirai simplement que c'est un must-have pour tout fan de comics. "The boys" est violent, noir, sexuel, cru, mais surtout très intelligent et tortueux, tout en parvenant à créer des situations objectivement droles. Sur le fond, c'est un "Authority" pour adultes. Quittant les comics pour le cinéma, ça m'a aussi vivement évoqué le glauquissime "Prick up your ears" de Stephen Frears, l'un de mes films préférés. Ce comic représente le même genre de virage dans le genre que celui qu'a pu représenter le western spaghetti, avec ses héros sales et méchants, par rapport au western traditionnel à la John Wayne.
Si vous lisez des comics, attachez votre ceinture et foncez !
The boys, Garth Ennis

mercredi 17 septembre 2008

Economie : l'état de la recherche


J'aime beaucoup Daniel Cohen, prof d'économie à Normale Sup entre autres, et membre d'à peu près tous les cénacles d'économistes qui comptent en France (pour une bio complète, voir Wikipédia).
Sous sa direction et celle de Philippe Askénazy est publié "27 questions d'économie contemporaine", qui est un tableau de l'état de la recherche en économie en 2007, présenté sous forme de réponses argumentées à 27 importantes questions contemporaines. Edité par Albin Michel dans la collection du CEPREMAP (c'est tout dire), "27 questions.." est le contraire d'un livre pour spécialistes. Dans une langue très accessible, les résultats des travaux les plus pertinents sont convoqués par les rédacteurs des articles, qui sont pour la plupart des spécialistes connus du sujet considéré, comme arguments pour répondre à chaque question, ces questions qui concernent chacun d'entre nous, même quand il n'y comprend rien. Alors mieux vaut comprendre, car même les ignorants subissent les effets de la réalité économique. Par delà les articles, les bibliographies sont extensives, pour ceux qui veulent aller plus loin et se plonger dans les articles ou les ouvrages cités afin d'en tirer plus d'informations.
Je cite en vrac certaines des questions abordées :
La croissance rend-elle heureux ?
Les marchés financiers sont-ils rationnels ?
Faut-il craindre l'inflation des diplomes ?
La mondialisation est-elle un facteur de paix ?
Le déséquilibre américain
Faut-il solder la loi Raffarin ?
La malédiction des matières premières
La régulation des dépenses de santé
La réforme des systèmes de retraite
Culture et mondialisation
Etc...
Il y en a vraiment 27.


C'est donc un très bon livre d'économie générale, destiné à l'honnête homme du XXIème siècle, qui veut savoir sans être un spécialiste, et parler économie sans utiliser des arguments de bistrot.
27 questions d'économie contemporaine, Daniel Cohen et Philippe Askénazy

Filigree and shadows


Une autre belle réussite de la collection "Série B" de Delcourt, "Le testament du docteur M" est une enquète policière teintée de fantastique.
Un amnésique s'évade d'un hopital psy. Il est en possession d'un morceau de pellicule, quelques images d'un film de Fritz Lang. Or ce bout de film est censé avoir été détruit.
L'album progresse en suivant deux enquètes parallèles. L'une, policière, essaie de trouver le responsable d'une série de meurtres particulièrement gores ; l'autre est menée par l'amnésique pour retrouver son identité et comprendre ce que signifie le petit bout de film. L'ambiance est glauque et sanglante, sordidement sanglante. Dans le style d'abord, cela rappelle assez le graphisme réaliste brouillon des Tales from the crypt, ou, pour les plus agés, des petits comics qui s'appelaient "Il est minuit l'heure des sorcières". Les personnages n'y sont pas sympathiques parce qu'ils sont laids et que leur laideur est comme celle du portrait de Dorian Gray, une manifestation de leur essence. C'est ainsi que fond et forme se rejoingnent. Car c'est surtout le fond de l'histoire qui est glauque. L'ambiance est pesante ; secrets, mystères, dépravations abondent. Nul n'est celui qu'il semble être, et on pressent qu'existe une terrible vérité cachée dont nous n'aurons aucune idée dans ce premier tome et qui justifie qu'on tue pour la protéger. Il est toujours frustrant d'arrêter sa lecture après 48 pages et de devoir attendre plusieurs mois une suite, mais suffisamment de fils narratifs sont lancés pour qu'on ait très envie d'en savoir plus et de comprendre ce qui les relie tous. Un premier tome est souvent une exposition en BD, mais peu nombreux sont ceux qui donnent à ce point envie d'en savoir plus. Je patiente donc, et vous pouvez peut-être vous mettre en situation de le faire aussi.
Pour mémoire, le Pécau qui a écrit cette série est le même que celui qui est à l'origine, dans un style complètement différent, du "Grand jeu". Je l'aime bien finalement ;-)
Le testament du docteur M, Pecau, Damour, Froissard

lundi 15 septembre 2008

Mille et un jours


Il y a de bons livres et il y en de beaux. "Chroniques des années noires" de Kim Stanley Robinson fait partie des deux catégories.
Début du Moyen-Age, la peste noire élimine la totalité de la population européenne. De cette date à nos jours, Robinson dépeint le monde alternatif qui résulte de cette catastrophe. Deux civilisations dominent et progressent en parallèle, la chinoise et la musulmane. Aux côtés des plus modestes sociétés indiennes, améridiennes, mongols, et japonaises, elles créent une histoire différente de celles que nous connaissons. Les passages obligés sont similaires car le monde sur lequel vivent ces gens est le nôtre et que les lois physiques n'ont pas changé avec la mort de l'Europe, mais ils se produisent dans des circonstances autres, et dans des organisations politiques et des superstructures idéologiques qui ne sont pas celles qu'a créées, dans notre réalité, la civilisation européenne chrétienne.
Nous sommes donc ici dans l'uchronie et Robinson est loin d'être le seul à en écrire. Mais par delà le simple plaisir du "Qu'est ce qui se serait passé si..." qui est l'essence du genre, "Chroniques des années noires" est un roman fascinant. Sur le plan narratif d'abord, l'ouvrage se compose d'une série de tableaux situés à des époques différentes et de plus en plus proches de la nôtre. Pour coudre ce décousu, l'auteur a eu une idée que je trouve particulièrement réussie. Reprenant à son compte le principe bouddhiste des incarnations successives il fait visiter l'histoire du monde par le même groupe d'incarnations qui d'époque en époque se réincarnent dans des corps et des destins différents, y compris animal. Liant les tableaux, il y a donc une méta-histoire qui est celle du groupe des réincarnés (une sorte de jati) qui au fil des siècles prennent conscience de leur communauté de destin. Les positions changent, les rôles changent, mais l'essence des protagonistes reste la même, ce qui fait que, progressivement, ils parviennent à se reconnaitre, jusqu'à une "Grande Guerre" presque éternelle, inspirée de 14-18, qui se passe simultanément sur le plan de la réalité et sur celui des âmes dans un corps descriptif très onirique. D'une écriture très érudite et parfaitement documentée, Robinson passe en revue quantité de concepts philosophiques ou religieux par le biais d'illustrations concrètes ou de longs dialogues d'une grande pertinence et d'un intérêt certain. Sur le plan stylistique ensuite, ce roman est un beau roman. Il est magnifiquement écrit, à la manière d'un conte, sans souci excessif de réalisme formel, et avec des variations de style d'une époque à l'autre. On ne peut s'empècher de penser à la traduction classique des "Mille et une nuits" par Antoine Galland. Les phrases sont belles et donnent envie d'accélerer la lecture pour en profiter plus.
"Chroniques des années noires" est donc une réussite à la fois intellectuelle et esthétique qui enchante simultanément le coeur et l'esprit.
Chroniques des années noires, Kim Stanley Robinson

L'avis de Tigger Lilly

L'avis d'Arutha

L'avis d'Efelle

L'avis de Lhisbei

dimanche 7 septembre 2008

Ahnenerbe


"Le grand jeu" est une histoire publiée dans l'excellente collection "Série B" de Delcourt. Cette collection se spécialise dans des récits efficaces, accrocheurs, pimentés de fantastique, comparables à ce que sont les séries B au cinéma. Je parlerai un autre jour de deux autres superbes représentants de cette collection : "Le testament du docteur M" et "Le céleste noir".
"Le grand jeu", surnom donné à l'espionnage dans les romans dédiés, est situé dans une réalité uchronique. La paix a été signée en 1941 entre l'Allemagne et les Alliés. Seule l'Union Soviétique est toujours en guerre.
Cela aurait pu suffire à placer un récit prospectif. Mais ce monde alternatif, et par certains côtés steamsomething, superbement dessiné par Léo Pilicovic, est doublement alternatif; il est aussi le berceau de forces occultes, qui ont participé à la guerre. Le crash inexpliqué d'un zeppelin de ligne au-dessus du pôle mettra tous les services secrets du monde en ébullition. Et là, Pécau, le scénariste, se déchaine en puisant son inspiration dans "Le matin des magiciens" de Jacques Bergiér et Louis Pauwels. Cet ouvrage cultissime décrit, entre autres délires, ce qui seraient les origines occultes du nazisme. Ce thême a été souvent traité dans la littérature ou le cinéma (penser à Indiana Jones I) car il s'avère que nombre de membres importants de la SS appartenaient à des sociétés secrètes et que certain adhéraient à des théories farfelues, telles que celle de la "Terre creuse" (pour ceux que ça intéresse il y a un article pas mal fait ici).
Pour savoir ce qui s'est passé au pôle, des expéditions partent, alors que les services luttent les uns contre les autres pour être les premiers sur zone. Entre réalité alternative, science alternative, politique alternative, ce récit est un vrai moment de plaisir jubilatoire. C'est outré comme une vrai série B, et on y prend le même plaisir régressif à éprouver des émotions brute de fonderie. Vont aimer cet album ceux qui aiment les uchronies, ceux qui aiment les théories occultes à la Hellboy, ceux qui ont pris du plaisir en visionnant le "Planet terror" de Robert Rodriguez (d'ailleurs l'une des fausses bandes-annonces, réalisée par l'immense Rob Zombie, pour être diffusée avec le film s'intitule Werewolf women of the SS, on est exactement dasn le ton). Je ne déflore pas mais on va de rebondissement en rebondissement. C'est du grand spectacle.
Le grand jeu, t1 Ultima Thulé,
Le grand jeu, t2 Les dieux noirs, Pécau, Pilipovic

jeudi 4 septembre 2008

Back on line


Ca remarche. Je commençais à ne plus y croire. Puis le bonheur est revenu frapper à ma porte.
Dans l'intervalle je n'ai pas lu grand chose (trop stressé par cette histoire ; je surréagis toujours aux problèmes informatiques), mais en ce moment je parcours avec délectation les pages de "Chroniques des années noires". Je finis vite et je poste. Il y a aussi une ou deux séries de BD vraiment bonnes dont j'ai envie de parler.
Je dois aussi, à mon grand regret, consacrer une partie de mon temps à préparer des cours d'ECJS qui est une sorte de catéchisme républicain dans lequel on enfile des évidences comme des perles sur un collier. Ca me saoule à un point... Si j'avais voulu faire du prosélytisme je serais devenu prêtre, au moins j'aurais eu une belle robe.