jeudi 21 août 2008

Tout m'afflige et me nuit...

PC en panne depuis quelques jours et je n'arrive pas à trouver la panne. Résultat : Je ne poste plus. Je ne lis plus parce que ça me stresse. Je ne prépare pas mes bons cours pour la rentrée. Je me résigne à l'amener chez un professionnel, et s'il est trop endommagé il ira là où vont les vieux PC :-(
Cerise sur le gateau, je dois aussi changer la courroie d'alimentation de ma voiture (et les pneus ça serait bien).
Putains de machines. Je veux mourir.

dimanche 10 août 2008

Vacances !!!


Je suis à gauche, avec le caleçon bleu. Je ne crains de ne pas pouvoir beaucoup lire.
A bientôt.

mercredi 6 août 2008

La domination masculine


"La domination masculine" est un livre qui a fait polémique quand il est sorti. En cela il illustre à merveille la difficulté de la réception sociale d'un discours scientifique sur les pratiques sociales. Le lecteur non averti pense souvent qu'on justifie et valide une situation en la décrivant, et le lecteur impliqué ne veut rien lire qui aille à l'encontre de ses intérêts, voire de son pathos. "La domination masculine" a donc été plutôt mal reçu par les milieux féministes, alors qu'il est un ouvrage dont le projet est ouvertement de lutter contre la domination masculine, et qu'il est une adresse qu'un féministe encoie à d'autres féministes.
Bourdieu décrit ici le mécanisme éternellement reproduit (avec une telle permanence qu'il en paraît anhistorique) de l'instauration de la domination masculine. Il use du détour anthropologique qui consiste à utiliser la société kabyle traditionnelle comme un modèle archétypique de la domination masculine, puis il montre comment, sous des formes homologiques, cette domination existe dans notre société. Par delà l'objet dont il est question ici, et auquel on peut ou pas s'intéresser, ce livre développe deux points passionnants.
D'une part Bourdieu décrit très longuement le mécanisme de la domination symbolique qui est un concept important de sa sociologie. Il explique en quoi la domination symbolique est une forme de domination qui n'existe que parce que le dominé valide les critères de classement qui le place dans cette position. Il prend maintes précautions pour expliquer que l'affirmation précédente ne signifie pas que la domination s'effectue avec la complicité objective ou la complaisance du dominé. Il montre que l'inculcation des critères s'est faite de telle manière qu'il est presque impossible aux dominés de ne pas les acter (ainsi les femmes (ne me faites pas l'injure de dire que ce n'est pas une catégorie sociologique, Bourdieu traite ici de parts invariantes) intègre massivement les systèmes de disposition et de classification qui les placent en position d'être dominées). Et les mécanismes de la domination symbolique ont ceci de totaux qu'il est impossible aux dominants (les hommes) de ne pas les acter aussi et agir en conséquence. Dans la domination symbolique, la domination est subie tant par les dominés que par les dominants. C'est la domination qui domine. C'est vrai dans les rapports entre les hommes et les femmes, ça l'était aussi entre les nobles et les paysans, ou entre les grands bourgeois et les ouvriers (qu'on pense à la notion de "gens biens" utilisée par les personnes âgées des milieux populaires pour justifier leur autocensure ou à leur manière contrite de se tenir dans un lieu qu'elle considère comme au dessus de leur position).
D'autre part Bourdieu s'oppose à ceux des féministes qui, comme certains marxistes ou psychanalystes, pensent que la domination repose sur une "fausse conscience" illusoire recouvrant la "conscience claire" de la réalité de la domination et de ses mécanismes. Dans cette approche il suffirait d'une action de "dévoilement" pour mettre fin à la domination. Aussi la pratique des sciences sociales, la rédaction d'ouvrages théoriques, et leur lecture par le plus grand nombre, auraient pour effet d'empêcher la poursuite des mécanismes révélés dans leur "laideur" par la théorie. Cette croyance, très judéo-chrétienne, dans le pouvoir de la nomination comme moyen de transformation de la réalité, Bourdieu la conteste. Il montre que le corpus important des études scientifiques (budget temps, niveau de salaire, taux de chômage, qualification, etc...) additionné de la masse des travaux théoriques en gender studies, voire strictement féministes, n'amènent aucun changement dans la domination relative des hommes sur les femmes. Malgré les changements visibles dans la place des femmes dans la société occidentale, l'écart ou les distorsions entre les sexes sont déplacés et pas supprimés. La domination symbolique est reproduite en permanence par la famille, l'école et l'Etat, car la structure de la domination est structurante du fait même qu'elle est structurée. Et parce que les habitus sont cablés au niveau le plus bas comme des réflexes, il est très difficile de s'en extraire (on peut savoir quel est l'arc réflexe qui fait qu'on lache un plat brulant sans être capable de ne pas le lacher, tout le monde en a fait l'expérience un jour) et de changer les pratiques. Ce à quoi Bourdieu invite, c'est à une transformation de grande ampleur des institutions de la reproduction, nécessairement longue et difficile car celles-ci sont adaptées aux habitus exsitants, en étant l'origine et le produit.
Comme toujours un livre passionnant. Comme toujours un exercice de théorie de haute volée. Comme toujours une attention aux détails logiques et à la description d'une pensée complexe réellement uniques. Et on comprend encore pourquoi Bourdieu est Bourdieu.
La domination masculine, Pierre Bourdieu

samedi 2 août 2008

Bon débarras


"Génocides" est un roman très noir. Désespéré et délicieusement désespérant.
Intervention extra-terrestre suggérée. Utilisation de la Terre comme zone cultivable dédiée à la production d'une plante géante à finalité nutritive. Les humains sont des parasites. Ils sont traités comme les jardiniers traitent les pucerons. Par l'élimination systématique.
Le roman nous implique dans la vie d'une petite communauté villageoise qui tentent à grand peine de survivre face à l'adversité d'un monde qui est transformé pour servir d'autres buts que l'entretien de la race humaine. De ce fait, et sans dessein politique ou moral, l'humanité est promise au même destin que toutes ces espèces que nous faisons disparaitre en détruisant leur biotope, sans compter bien sûr celles que nous éliminons sciemment et méthodiquement parce qu'elles nous gênent. Et, à contrario de notre première impulsion émotionnelle, il nous est rapidement difficile de prendre fait et cause pour les êtres humains qui constituent cette petite communauté. Ces gens se comportent de vile manière. Ces hommes et ces femmes, ni meilleurs ni pires que d'autres à l'origine, ne survivent que parce qu'ils ont adopté, plus ou moins librement, des codes et des pratiques loin de ceux qui prévalent dans les sociétés civilisées. La règle est autoritaire, la violence permanente, la mort ne pèse rien, les morts sont très vite oubliés. Toute confiance a disparu et les loyautés anciennes ont du mal à survivre. De plus, chacun détient son petit paquet de secrets et de vilénies qui, bridés dans la société normale, trouvent à s'exprimer grâce au contexte extrême dans lequel tous sont plongés. Condamnés,après avoir perdu leur village, à passer un hiver dans une plante géante dont ils se nourrisent, ils ne sont plus que des vers à l'intérieur d'un fruit.
Le roman est court mais intense. Il prend son lecteur et ne le lache plus. L'avilissement est progressif mais permanent et nulle rédemption ne viendra à l'ultime instant.
Dans "Le jour des triffides" on a envie que les acteurs de l'histoire réussissent à survivre, ici on les voit crever sans déplaisir.
Génocides, Thomas Disch