vendredi 27 juin 2008

All we ever wanted was everything


Parution récente d'un passionant petit livre sur le rock gothique. Agrémenté de belles photos, l'ouvrage traite du rock gothique groupe emblématique par groupe emblématique. Il commence par une introduction au mouvement gothique que devraient lire toutes les adolescentes prépubères qui mettent des t-shirts noirs décorés de cranes et qui disent avec un accent marseillais prononcé qu'elles sont gothiques (ce qui donne : "gotchiques"). Apprenant que ce mouvement post-punk à tous les sens du terme exprimait la désespérance fataliste d'une génération qui suivait celle dont la révolte avait capoté puis été récupérée, apprenant aussi que le mouvement prend ses racines dans le romantisme du XIXème siècle et plus précisément dans ce premier mouvement gothique qu'est la vogue des romans terrifiants anglais du début des années 1800, apprenant enfin qu'il est impossible de se dire gothique si on ne dépasse pas le musical pour toucher à tous les arts, toute ado prépubère "gotchique" devrait se dire qu'elle n'est pas à sa place et enlever bien vite ses obscurs oripeaux pour se tourner vers des tribus où les barrières à l'entrée sont plus basses.
Pour ceux qui restent après l'intro, ils ont entre les mains un guide touristique qui présente chaque groupe ou mouvement avec son histoire, ses évolutions, sa discographie. Les fiches sont courtes et le livre n'a pas vocation encyclopédique (il est d'ailleurs assez mal écrit) mais il permet de se remettre des choses en mémoire ou d'en apprendre qu'on ne connaissait pas sur tel ou tel line-up. On croisera en vrac : Siouxsie, Killing Joke, Bauhaus, The Cure, Joy Division, New Model Army, Virgin Prunes, Dead can Dance, Christian Death, Jad Wio, Nine Inch Nails, etc...et même Laibach (ça c'est pour Nébal).
Au final un ouvrage très plaisant à lire comme on feuillette un vieil album de photos.
Pour en savoir plus sur la culture gothique on pourra lire le "Goth" de Patrick Eudeline, et l'excellentissime "Carnet noirs" qui est une bible difficile à trouver.
Le rock gothique, Christian Eudeline

vendredi 20 juin 2008

Go Bama ! Go !


Juste une seconde pour dire que le discours historique sur la question raciale prononcé à Philadelphie par Barack Obama est disponible depuis peu dans une très jolie édition bilingue. Très peu de textes politiques m'impressionnent, celui-ci l'a fait. J'en reparlerai peut-être sous peu, mais, sur le sujet, il vaut clairement mieux le lire que me lire.
De la race en Amérique, Barack Obama

mardi 17 juin 2008

I have a dream


Au milieu du XIXème siècle, sur le Mississipi, un homme étrange propose à un vieux capitaine d'investir avec lui dans un nouveau vapeur, superbe et surpuissant. Ce qui commençait comme un rêve se transformera rapidement en cauchemar.
Sur une trame classique qui n'est pas sans rappeler l'immense "Entretien avec un vampire" d'Ann Rice, George R R Martin offre un texte magnifique, finement ciselé et intelligemment pensé. La différence réside dans la tradition à laquelle ces romans se rattachent. "Entretien avec un vampire" est imprégné de romantisme et n'a rien à envier aux plus grandes oeuvres gothiques ; "Riverdream" est un texte profondément humaniste. Nanti d'un couple, à priori improbable, de héros, il montre comment l'écoute mutuelle amène à la compréhension réciproque. Il montre comment des rêves communs peuvent être vécus malgré les différences culturelles. Il montre qu'aucun groupe, social ou racial, n'est jamais monolithique. Il montre comment il est plus facile de faire la guerre que la paix. Il montre combien il est difficile de se décentrer de sa propre culture (c'était l'un des sujets du bac philo cette année : Est-il plus facile de se connaitre soi-même que de connaitre les autres ?) et de lui appliquer une critique rationnelle ; il montre aussi que c'est possible. Riverdream est un livre politique caché sous une couverture fantastique, un livre sur le choix. Rien d'étonnant alors à ce qu'il se passe en pays esclavagiste, peu après les guerres indiennes.
Riverdream est un roman, écrit en 1983, fait pour nos temps obamesques. Mais Riverdream est aussi un vrai roman d'aventure, et une ôde à la beauté poétique qui peut toucher même des hommes frustes. Riverdream est aussi un roman crépusculaire qui décrit la fin d'une époque, de deux en fait. Riverdream est alors un roman triste et nostalgique, profondément émouvant. Riverdream est un roman que vous devez lire.
L'anaphore que je viens de filer a pour bût de convaincre en assénant.
Riverdream, Georges R R Martin

L'avis d'Arutha

L'avis de Tigger Lilly

L'avis d'Efelle

vendredi 13 juin 2008

Vox populi, vox imbecilli

C'est fait. L'Irlande a voté NON au traité de Lisbonne. Grâce à cette action d'une grande pertinence, l'Europe va pouvoir rester le nain politique dont n'osait plus réver les Etats-Unis. Telle quelle l'Union est ingouvernable et ne peut rien être d'autre qu'une zone de libre échange améliorée.
On pourra, à juste titre, et comme lors du refus français, stigmatiser la collusion objective (comme disaient les stals) entre des conservateurs nationalistes, voire plus, et une certaine gauche, confite dans l'huile de l'Internationale et prompte à voir l'ultra-libéralisme partout comme au Moyen Age on voyait le Diable. Mais ce mariage de la carpe et du lapin n'aurait rien pu sans l'intervention des peuples. Si la guerre est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux militaires, la construction européenne est trop sérieuse pour la laisser aux peuples. Quand bien même apparaitrait un nouveau texte, court et porteur de valeurs comme le souhaitent certains aujourd'hui, le problême institutionnel ne serait pas réglé. Quand bien même le dit texte serait ratifié, il n'annulerait pas la nécessité d'un texte purement institutionnel pour remplacer la lamentable traité de Nice, qui est en vigueur aujourd'hui et qui va maintenant le rester pour de nombreuses années encore. Et un tel texte institutionnel, même précédé par un texte de portée plus générale accepté par les peuples d'Europe, devrait, au moins en Irlande, être soumis au vote populaire, c'est à dire au jugement hétéroclite des passions, des pulsions, des récriminations, à la dictature du court terme et de la courte vue, à l'indifférence blasée et narquoise, à l'espérance puérile de dire son fait aux "élites" et de leur faire payer la hausse du prix de l'essence ou tout autre phénomène de marché, avec toutes les chances d'un nouveau refus. Car s'il n'y a toujours qu'une raison de dire OUI, il y a maintes raisons de dire NON.
Les peuples sont tellement bêtes qu'ils ne comprennent même pas que ce sont eux qui paieront la facture de la faiblesse de l'institution europééenne, qu'ils contribuent eux-mêmes à créer. Une Europe faible ne pourra pas protéger ses citoyens, ne pourra pas être un facteur de prospérité. Une europe faible sera une merde et nul ne peut bien vivre dans la merde. Mais qu'attendre d'autre d'un corps politique qui n'est plus peuplé que de "papas" et de "mamans" et qui a théorisé l'impuissance au point d'en faire une vertu ? Sic transit gloria mundi.
Tiens je crois que je vais me faire naturaliser chinois.

jeudi 12 juin 2008

New brave new world


Parution de la version française de "Counting Heads". Ce roman a reçu d'excellentes critiques anglo-saxonnes et il était très attendu. Honnêtement, je suis un poil déçu.
Ca commençait pourtant très bien. Tellement autre, tellement innovant qu'il m'a rappelé le choc qu'avait été il y a 20 ans la lecture de "Neuromancien". David Marusek est un fantastique spéculateur, extrême, mais aucune de ses spéculations ne parait trop délirante pour être plausible à terme. Et il invente dans tous les azimuts. Qu'on me suive : nanotechnologies intégrées au corps (bien mieux qu'une prise neurale), nano extrusion d'objets (pas d'humain à la fab'), intelligences artificielles (de vraies personnages), classes de clones ad hoc (l'humain généraliste est sous-efficient), communautés égalitaires et classes antagonistes, développement du spam (700 millions de messages sur boite vocale), publicité constante de la vie privée (des abeilles aussi ennuyeuses que des journalistes), contrôle social fascisant (biométrie ADN permanente), emplois qui enculent (à tous les sens du terme), entreprises virtuelles et/ou nomades, proxys personnels, etc... Il y en a plein d'autres, c'est un feu d'artifice (notamment des nanobots combattants qui rappelent, l'intelligence en plus, "Les légions immortelles" de Scott Westerfeld). L'invention technique est foisonnante et l'imagination sociale encore plus, ce qui n'est pas peu dire. On visite un monde, et il est décrit dans des détails si nombreux qu'il semble que Marusek en revient.
Là où le bât blesse, c'est sur l'histoire. Il manque à ce roman une histoire principale qui file la métaphore. Certes il y a bien un récit principal, mais il est trop délayé et les multiples détours qu'il emprunte paraissent souvent bien cosmétiques. A la fin de ma lecture j'ai eu la même impression qu'après "Perdido Street Station", celle d'un background magnifiquement détaillé (parfait pour un jeu de rôle) mais où un scénario intéressant est encore à placer.
Un paradis d'enfer, David Marusek

mercredi 11 juin 2008

Tradittore


Voici un certainement bon roman pourri par une traduction lamentable. Sean Williams est l'une des gloires de la SF australienne. Il a gagné quantité de prix pour ses divers romans. "Reconstitué" (The resurrected man en VO) a d'ailleurs gagné le prix Ditmar qui est le prix australien le plus prestigieux. Il est sorti récemment chez Bragelone (aïe!). So what ?
"Reconstitué" est un roman noir de SF, un peu dans la veine de ce que fait Richard Morgan. L'histoire est plutôt maline et l'enquête est rapidement accrocheuse. Comme disent les anglais a real page turner. Le problème vient du style, plat comme celui d'une rédaction de collège, agressif de nullité. N'écoutant que mon courage, je suis allé sur le site américain d'Amazon pour lire quelques pages de la version originale sur la recherche au coeur. Et la, stupeur ! La VF est la traduction mot pour mot de la VO. Le genre de trad qu'on ne voit que dans des copies d'anglais de grands débutants. Les erreurs lexicales mises à part, on dirait que ça sort d'un traducteur web. Un véritable assassinat. Par magnanimité je ne donne pas ici le nom du traducteur, mais à l'avenir je l'éviterai comme la peste.
Deux options : lisez-le en VO ou abstenez-vous.
Reconstitué (The resurrected man), Sean Williams

dimanche 8 juin 2008

Don't flush !


Sur un thème voisin du précédent, voici un livre bien plus utile.
Que faire aux toilettes à part s'ennuyer ? Se cultiver est une option. Et quand c'est sur des questions essentielles, c'est avec impatience qu'on attend d'y retourner.
140 pages de perles sous une couverture en relief rappelant élégamment un carrelage. Tout sur les toilettes et salles de bains donc. Joindre l'utile à l'agréable. Une sorte de sightseeing.
Sait-on par exemple que la première baignoire des USA a été rapportée de France en 1790 par Benjamin Franklin ?
Qu'il est interdit de jeter son pot de chambre par les fenêtres à Paris depuis 1395 ?
Qu'Eliogabal, Arius, Edmond II d'Angleterre, Henri III de France ont été asssassinés dans leurs toilettes ?
Qu'un bébé salit en moyenne 10000 couches avant de savoir aller au pot ?
Je vous laisse découvrir le reste.
Le compagnon des toilettes, James Buckley Jr.

samedi 7 juin 2008

Tirez la chasse !


Décidément depuis quelques temps je n'ai pas la gagne. Voila pourquoi je ne poste plus. Je ne lis que des merdes. Mais maintenant ça commence à me gonfler alors je poste mon fiel.
J'avais déjà écrit tout le mal que je pensais des "Enfants de Darwin". Une sorte de folie m'a saisi et j'ai acheté "En quête d'éternité". Mal m'en a pris.
Cette fois Greg Bear nous conte les aventures d'un biologiste en quête de la fontaine de jouvence. Il espère la trouver en empéchant les mitochondries de faire je sais pas trop quoi (honnêtement on n'y comprend rien). Et il tombe alors sur un complot mondial.
Sachez seulement que vous croiserez Staline, Béria, un vrai faux complot juif, la NSA, un rêve de ploutocrate, des agents dormants qui sentent la pourriture, un chrétien "born again" (comme W), un avatar de Nadia Comaneci, et surtout : une technique de prise de contrôle de l'esprit humain par le biais de bactéries intestinales génétiquement modifiées. De ce fait, le traitement utilisé dans le roman par les services spéciaux pour se blinder est le laxatif (je n'invente rien).
J'ai tellement été con d'acheter et de lire ce livre que je me demande si ce ne sont pas mes bactéries intestinales qui m'y ont obligé.
En quête d'éternité, Greg Bear