dimanche 24 février 2008

Spartans !


300 spartiates contre des millions de perses (pour le moins ;-), c'est un peu l'un des piliers du scénario de Bug Brothers. Seule différence : Léonidas et ses hommes seraient interprétés par les employés d'une petite entreprise d'élimination de nuisibles, et des cafards, devenus prolifiques et agressifs à la suite d'une pollution due à la cupidité d'une multinationale, joueraient le rôle de l'armée perse.
Ce comic est absolument excellent, sûrement le meilleur que j'ai lu depuis des temps immémoriaux (avant que mon seigneur Conan monte sur le trône d'Aquilonie). "Y the last man", chroniqué il y a quelque temps, est très bien mais "The exterminators" est grandiose. Ils sortent de la même maison d'édition : Vertigo. Vraisemblablement pas un hasard.
Le scénario respecte un équilibre idéal entre progression des fils narratifs et développement des personnages et de leurs relations, entre le niveau local de l'extermination et le niveau global de la mise à jour progressive de l'écheveau de corruption qui est à l'origine de la situation. Le rythme de progression dans l'histoire ne souffre non plus d'aucune critique. Le dessin est le meilleur que j'ai vu dans un comic depuis vous savez quand. On voit littéralement la lumière et la chaleur de la Californie dans l'image. Précisément on y trouve la luminosité jaune orangé que David Lynch a mise dans "Mulholland Drive" (une scène s'y passe d'ailleurs). C'est très subjectif mais l'ambiance générale, l'impression que l'on ressent une fois l'ouvrage refermé, ressemble beaucoup à celle ressenti après avoir lu "The naked lunch" et surtout après avoir vu le film que Cronenberg en a tiré. C'est poisseux, c'est glauque (pourtant glauque signifie verdatre et le comic est tout sauf verdatre, quoique...faudra lire pour le savoir), et il y a même une boite mystérieuse comme dans "Hellraiser". Sur la couverture il y a une critique disant que Vertigo est le HBO du comic, elle est parfaitement justifié et je trouve que c'est un très beau compliment.
Si la version anglaise ne vous dit rien (dommage pour l'argot d'autant que Panini n'est pas réputée comme une maison de dieux de la traduction), ce tome 1 "Bug brothers" (il y en a 3 en tout) vient de sortir en français chez Panini Comics et c'est dispo partout.
The exterminators, Simon Oliver, Tony Moore

mercredi 20 février 2008

Global R.I.P.


Ronald Wright est un environnementaliste pessimiste. Un peu comme les membres du Club de Rome au début des années 70, il annonce des temps à venir particulièrement difficiles à cause de la croissance économique, et de l'exploitation des ressources naturelles qu'elle engendre, et de l'augmentation ininterrompue de la population mondiale. Alors on me dira : "Le Club de Rome s'est trompé, comme Malthus et d'autres après lui, il a négligé les effets salvateurs du progrès technique qui, en repoussant les limites de la productivité, nous sauve toujours du désastre annoncé". Autant jeter ce livre et conseiller à Mr Wright d'aller consulter un spécialiste des troubles dépressifs. Je crois pourtant que ce serait une erreur. Les échelles de temps sont longues dans ces domaines, et repousser la catastrophe ne signifie pas qu'elle ne finira pas par se produire.
A l'appui de la thèse suivant laquelle la civilisation mondiale, "notre monde", est en danger, Wright convoque les exemples passés de sociétés, voire de grandes civilisations, qui ont disparu ou ont tellement dégénéré que n'en subsistaient que des lambeaux. L'ile de Paques et Sumer n'existent plus ; les empires romains et incas se sont désagrégés. A chaque fois Wright voit les effets de la même combinaison de facteurs : la dégradation de l'environnement due à sa surexploitation et l'absence de réforme radicale visant à renverser la situation, ceci du fait d'un groupe dominant qui profite de la surexploitation. Castes de prêtres, citoyens de la cité de Rome, population occidentale et émergente ont un niveau de vie non soutenable dans l'environnement qui est le leur, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, notre civilisation est en danger de désagrégation au même titre que celles qui ont connu avant elles les mêmes travers.
La grande qualité de l'essai de Ronald Wright est d'étendre de manière logique sa réflexion de l'ile de Paques, écosystème clos et isolé à notre échelle, à la civilisation mondiale, qui est à l'échelle de l'Univers un écosystème clos et isolé. Et l'ouvrage historique se transforme alors en un livre d'une inquiétante actualité. Les Pascuans sont arrivé au bout de ce que leur environnement pouvait leur donner et ils n'ont pu ni le régénérer, ni s'enfuir, l'affaire s'est résolue en famine et guerres. Les humains, qui peuplent et exploitent aujourd'hui la totalité de la Terre, sont tout aussi coincés sur celle-ci que les pascuans l'étaient sur leur île. Et ils n'ont pas plus de solution de rechange.
Comme dans une conversation érudite, Ronald Wright déroule les conclusions auxquelles l'amènent ses réflexions, soutenues par sa culture. Le texte est affirmatif, comme à l'oral, et les nombreuses notes et références sont en fin d'ouvrage (je déteste cette manière de faire, on a inventé depuis longtemps les notes de bas de page). Et ce monologue brillant est difficile à prendre en défaut.
On pourra simplement regretter deux choses. D'une part on peut trouver que la théorie est trop monocausale, comme chez Marx et les évolotionnistes. Volonté de faire court ou de rester au niveau fractal le plus haut, je l'ignore. D'autre part il néglige de présenter en détail (juste quelques allusions) les cas de civilisations qui ont réussi à ne pas disparaitre, comme les civilisations chinoises ou japonaises, et les moyens de leur pérennité. Pour cela il faudra lire "Effondrement" de Jared Diamond, je m'y attelle dès que j'ai 5 minutes.
La fin du progrès ?, Ronald Wright

lundi 18 février 2008

Perdido Street Station


Chose promise, chose due... Parmi les auteurs atypiques que j’ai découvert avec un vrai bonheur d’enfant l'an dernier, il y eut China Miéville.

Quand on lit beaucoup et depuis longtemps, forcément on finit par involontairement se blaser, noyés que nous sommes par un brouet toujours identique, qui navigue au milieu de quatre ou cinq thèmes bien convenus. Alors certes, tous les dix ans un météoritique William Gibson apparaît et re-féconde l’imaginaire littéraire, avec pour effet louable de nous surprendre à nouveau par un univers ressemblant à un vaste champ de poudreuse vierge de toute trace (je dis cela essentiellement pour ceux qui prendraient la peine de nous lire du haut des pistes, les autres me pardonneront). L’effet néfaste est bien entendu, que pendant les dix années suivantes une cohorte croissante de clones plus ou moins bien finis, vont s’évertuer à tracer cette belle étendue virginale, de leur production tiède, naviguant péniblement entre le médiocre et le drôlatiquement mauvais. A la fin, le site est engoncé par plusieurs brettelles d’autoroutes, plusieurs parkings payants et des baraques à frites.

Du coup quand la météore décennale arrive, on se trouve encore plus surpris quand on en vient à constater qu’a priori personne ne va arriver à le plagier, tellement son univers est excentrique et disons-le, complètement barré. C’en est au point qu’une lecture cursive du quatrième de couverture devrait instantanément vous faire reposer l’ouvrage sur l’étal du libraire, avec le même sentiment de vague malaise qui peut saisir quelqu’un qui aurait par erreur jeté un oeil curieux sur le résumé d’un roman de Ron Hubbard. Et il est vrai qu’il faut avoir du cran pour entreprendre la lecture de deux tomes (les livres de plus de 600 pages sont toujours scindés en plusieurs tomes pour le lecteur Français, qui selon les éditeurs fatiguerait vite des yeux, ou des bras) sur un sujet aussi improbable que la Nouvelle-Crobuzon. Oui, le personnage central est avant tout une ville, peuplée de quelques figures que nous allons suivre de près, mais qui ne semblent être que des dommages collatéraux de l’histoire de la mégapole.

Et je reviens au propos central de cette petite revue, où je vais m’abstenir déflorer quoi que ce soit : armez-vous d’un peu de foi en monsieur Miéville et entreprenez le voyage. Vous allez être un peu irrité dans les premières pages en entendant parler d’hommes batraciens, de femme scarabée, de milices masquées, de robots à vapeur, d'araignées géantes multidimensionnelles, de vampires, de prisonniés recréés par fusion avec des morceux d'animaux ou de machines, d’hommes cactus (sic)… Et pourquoi pas d’hommes oiseaux ? Je vous rassure ils ne sont pas oubliés, loin de là.

Et puis la magie opère, vous venez de plonger dans une ville immense, grouillante de personnages improbables mais éminemment cohérents, se croisant dans des myriades de factions, d’interactions faites de nécessité et de vénalité, de concupiscence et de mystère. Un croisement à grande vitesse d'un Jérôme Bosch punk et du David Lynch de Blue Velvet !

L’histoire est assez longue, en regard des événements relatés, ce qui démarque le style de l’auteur d’un scénario des Experts. Mais cela ne doit pas être une source d’ennui puisque l’histoire sert surtout à mettre en valeur cette ville dans un monde de Steam Fantasy désabusé, où la moindre venelle regorge de choses à raconter.

Je suis devenu dépendant en trente minutes de lecture, et c’est assez rare pour le dire. L’univers de China Miéville s’impose réellement comme un de ces endroits que l’on sait possible ailleurs et que l’on peut croire avoir déjà visité. Fascinant. Malheureusement (ou pas) seul cet auteur à la clef de cet univers, et il ne produit pas assez à mon goût. Ces deux autres romans sont tout aussi remarquables, mais Perdido Street Station est pour l’instant sa pièce maîtresse.

China Miéville, Perdido Street Station

vendredi 15 février 2008

Transhumanité et trous de vers


Ayant sagement laissé la jouissance du centième post à Gromovar, je vais vous parler de DIASPORA de Greg EGAN. Dans la mesure où je respecte son sacerdoce l’empêchant de vous raconter réellement de quoi il s’agit, laissez-moi en contre-partie vous posez quelques questions...

Vous avez peur de la “hard” science fiction, où un un écrivain astrophycien ou informaticien risque de vous dépeindre une société dans laquelle les humains ont encapsulé leur conscience dans des robots Gleisner indestructibles ? Où une autre partie de l’humanité c’est totalement virtualisée dans des banques de données redondantes, uniquement préoccupée par la recherche mathématique fondamentale ? Et où enfin une dernière portion transhumaine est restée dans des os et de la chair, mais en manipulant son génome au besoin pour s’adapter à n’importe quel biotope, tout en modelant son système nerveux pour comprendre intuitivement la mécanique quantique et la théorie des cordes ?

La question de savoir si ces transhumains deviennent extraterrestres les uns envers les autres vous indiffère ? Tout comme le fait de savoir si ces différentes factions peuvent encore communiquer entre elles autour de concepts qui nous semblent évidents ? Ou qu’est-ce qui détermine encore votre personne quand vous pouvez décider de changer vos processus cognitifs à la volée ? A quelle vitesse choisissez-vous de vivre quand vous êtes un programme qui va survivre jusqu’au Big Crunch final ?

Prenez alors le risque de lire le premier chapitre de diaspora où le citoyen orphelin Yatima naît dans le Konishi poli. Vous allez alors basculer dans un univers où la précision lumineuse de la neuroscience et de l’informatique se déploient sans entrave, dans une logique absolue, pour envoyer valser dans des mondes étrangers. Tant pis pour vous, le mal sera fait et passé le troisième chapitre, la problématique des vagues gravitationnelles sera pour vous devenu passionnante.

Et l’ensemble est un tour de force du même genre.

Ce n’est pas gratuit car il y a de surcroît, se surprendrait-on presque à dire, une histoire. Elle se déroule sur des millénaires et présente comment les trois branches de l’humanité divergentes, vont devoir affronter un problème cosmique d’anomalie de spin gravitationnel dans les systèmes d’étoiles doubles. Et oui forcément. Dans le contexte qui nous occupe, les héros n’ont pas vingt-quatre heures pour échapper à un contrat que le mafioso local a mis sur leur tête après un lap-dance qui aurait mal tourné.

Diaspora est une porte vers ce qui est probablement la quintessence de la SF. Une grosse baffe dans nos référentiels habituels. La barrière d’entrée n’est pas élevé, mais si vous n’avez jamais tiqué en regardant Star Wars parce que les vaisseaux se déplacent grâce à des turbines qui font “vrooooir”, ce qui dans l’espace est une double imbécilité, alors il vaudra peut être mieux passer votre chemin.

La prochaine fois, et dans un autre genre, nous parlerons probablement de China Miéville, de la Nouvelle-Crobuzon et de l’amour avec une femme-scarabée. En attendant soyez sages.

Diaspora, Greg Egan

jeudi 14 février 2008

100ème post, champagne !


Lu en 2 petites heures hier soir le stimulant "Question de mort". Ce n'est pas de la grande littérature, mais c'est le principe même de cette collection, le Club Van Helsing : du livre pop de divertissement destiné à être excitant et vite lu, une sorte de film d'horreur littéraire.
Fils illégitime de "Massacre à la tronçonneuse" et de "Qui veut gagner des millions", l'ouvrage narre les pérégrinations d'un trio de tueurs qui diffuse en direct sur le web un jeu dans lequel la torture du candidat (qui est tout sauf volontaire) est la sanction d'une mauvaise réponse. Ce trio est traqué par un justicier improbable, écoeurant d'aspect mais redoutablement efficace.
Le résultat final est un rollercoaster ahurissant, sans le moindre temps mort, et gore à souhait. Là où "10000 litres d'horreur pure", sur un principe proche, était très décevant car totalement irréaliste, "Question de mort" est une vraie réussite. Il atteint parfaitement son but qui est de divertir (pour peu qu'on apprécie un peu de tripaille) et d'accélérer le pouls. Pour lecteurs de Mad Movies ou de l'Ecran Fantastique.
Question de mort, Johan Heliot

mercredi 13 février 2008

In memoriam



Pour ceux que le trépas d'Henri Salvador indiffère, voila une nouvelle qui m'affecte :

Le scénariste Stéphane Peru, qui travaillait notamment sur Shaman et Guerres Parallèles avec son frère Olivier est décédé hier d'une crise cardiaque. Il avait seulement 26 ans.

Pour public averti


Si vous voulez lire aujourd'hui ce qui sera hype dans 3 ans, il faut vous plonger dans les oeuvres de Cory Doctorow, brillant jeune auteur canadien.
"Overclocked" est un recueil de nouvelles de grande qualité (sauf une qui se passe près d'un récif de corail). Le style est sec, nerveux, direct, comme la musculature d'un kickboxer. Les histoires sont rapides, prenantes, immédiates. Nous sommes ici dans la SF proche, ce que Doctorow revendique dans l'une de ses introductions en écrivant que la meilleure manière d'écrire de la science-fiction est de prévoir l'aujourd'hui. Et c'est précisément ce qu'il fait. Partant de notre réalité et de technologie en cours de développement, il tire au bout ce que pourraient être leurs applications ou leurs conséquences. Son vocabulaire et ses préoccupations sont ceux de la culture geek, chère à notre coeur, ce qui peut rendre certaines nouvelles peu accessibles aux béotiens (désolé pour eux), par exemple des nouvelles telles que "When sysadmins ruled the Earth" ou "Anda's game".
Cory Doctorow est aussi un militant de l'abolition du copyright, comme l'excellent économiste Daniel Cohen, et plusieurs des récits du recueil abordent cette question, le dramatique "After the siege", inspiré par le siège de Stalingrad, ou "Printcrime", écho moderne au sexcrime de "1984".
C'est rapide, c'est vif, c'est brillant, c'est overclocké, ce serait dommage de passer à côté.
Overclocked, Cory Doctorow

vendredi 8 février 2008

Les femmes d'un coté, les hommes de l'autre


"Micromotives and macrobehavior" est le livre qui a apporté la célébrité à Thomas C. Schelling, quelques années avant qu'il obtienne le prix Nobel d'économie pour son analyse des situations conflictuelles et de la théorie des jeux. Il y décrit longuement et précisément les nombreux mécanismes qui président à l'apparition des effets pervers ou effet émergents dont la sociologie et l'économie sont friandes. Ces expressions désignent toutes les situations dans lesquelles une multitude de décisions prises individuellement forment, en s'agrégeant au niveau global, un résultat collectif qui était non attendu, non voulu, et qui peut même être néfaste ou opposé aux objectifs de ceux qui ont pris les décisions individuelles qui en sont à l'origine.
Tout le monde connait maintenant le dilemme du prisonnier, mais Schelling montre aussi comment des effets émergents sont à l'origine, à partir de règles de décision très simples et non coordonnées, de la valeur d'un actif (voila qui va passionner les financiers), du positionnement d'une audience dans une salle, du taux de remplissage d'un restaurant, de la place que choisissent les convives à table, de l'âge moyen des membres d'une association, etc...
Sa simulation la plus connue, et aux implications absolument fascinantes par leur ampleur, concerne les processus ségrégatifs (entre ethnies, sexe, etc...). Il montre comment l'application, décentralisée individuellement, de règles de décision concernant l'acceptation ou la non-acceptation du voisinage (conduisant au déménagement) aboutit à créer des ghettos mono-ethniques, même à partir de personnes plutôt tolérantes concernant la proportion de personnes différentes qu'elles acceptent dans leur environnement immédiat. Ainsi, lentement, sans plan préétabli ni volonté collective, l'arrivée de voisins différents fait dépasser des seuils locaux de tolérance, ce qui a pour conséquence le déménagement de certains. Cet acte, parce qu'il abaisse la proportion des "nous" et augmente celle des "eux" fait que le seuil de tolérance de personnes plus tolérantes se trouvent dorénavement localement dépassé. Celles-ci vont donc déménager, modifiant encore la proportion, faisant donc passer des seuils et provoquant de nouveaux déménagements, etc... L'aboutissement de ce processus est la ségrégation sur deux zones distinctes des populations considérées.
Une fois ce fait établi, Schelling réalise un certain nombre d'autres simulations pour étudier comment se forment des zones d'habitation uniques ou scindées, comment apparaissent des habitats concentrés ou éparpillés, et toujours comment se regroupent et se séparent spontanément (comme de l'eau et de l'huile dans un verre) les ethnies ou les groupes sociaux (j'ai un ami qui fait les mêmes simulations en finance avec des programmes en Logo (seuls les vieux comme moi et lui se souviennent de ce langage informatique)).
Il y a encore quantité d'autres choses que j'oublie mais soyez assuré que la lecture de ce livre est passionnante et très enrichissante (et ça ne va pas forcément ensemble).
Micromotives and macrobehavior, Thomas C. Schelling

lundi 4 février 2008

BSE England


"Chroniques des jours à venir" est un roman post-apocalyptique matiné de voyage temporel. Discours écologique juste et bien vu, écriture de qualité, ambiance nostalgique.
MAIS : C'est beaucoup trop long ! Dommage.
Chroniques des jours à venir, Ronald Wright

dimanche 3 février 2008

Que sera sera


Voici un livre qui s'est mal vendu dans la jolie collection "Lunes d'encre", et, au vu de la qualité du livre, c'est particulièrement injuste. Il est ressorti récemment en poche et j'espère qu'il gagnera ainsi une nouvelle vie en France.
On sait que j'aime RC Wilson. L'auteur de "Spin" (est-il besoin d'en dire plus ?) est l'un des rares auteurs de SF véritable (autrement dit pas Bernard Werber par exemple) qui écrit des romans qu'on peut confier les yeux fermés à des lecteurs débutants dans le genre. En effet ce qu'étudie Wilson, plus que l'élément scientifique ou fantastique, c'est la réaction d'humains normaux confrontés au long cours à des évènements inexplicables et terrifiants. Il décrit des sociétés qui se transforme violemment quand leur environnement change ; il montre comment les croyances, les institutions, les relations sociales évoluent sous la pression de la nouveauté absolue. Là où la plupart des ouvrages fantastiques résolvent la crise dont ils sont gros en peu d'heures ou de jours, Wilson se donne des mois (Blind Lake) ou des décennies (Les chronolithes ou Spin). Dotée d'un temps suffisamment long pour ce faire, la société mondiale se transforme de manière drastique alors que rien d'objectif n'a changé en ce qui concerne l'environnement matériel dans lequel vit l'humanité. L'évolution des croyances dans un monde ouvert suffit à changer le monde (Max Weber avait raison : c'est l'éthique protestante qui fait le lit du capitalisme).
Que se passe-t-il donc dans "Les chronolithes" ? Quelques détails sans abandonner ma pose initiale consistant à ne pas fournir de résumé. Dans plusieurs lieux de la Terre se matérialisent out of thin air des monuments commémorant la victoire d'un homme appelé Kuin. C'est en soi surprenant mais l'étonnement est à son comble quand on sait que cette victoire est datée de 20 ans dans le futur. Ces monuments sont nommés Chronolithes et font l'objet d'un engouement extraordinaire. De ce moment la Terre va être transformée. Deux personnes vont chercher pendant des années à percer le mystère de Kuin pour s'opposer à sa prise de pouvoir, alors que les nations s'écroulent, que de nouveaux cultes apparaissent, que la peur de Kuin se change en désir de sa venue. Les chronolithes sont les armées de Kuin ; nous sommes en plein dans ce que les financiers appellent des prophéties auto-réalisatrices (toujours là Tiberix ?).
Comme toujours chez Wilson le récit est mélancolique et poignant. Il décrit mieux que personne des mondes qui meurent et le regret qui accompagne leur crépuscule. Il sait instiller le sentiment de l'inexorable. Si certains des lecteurs de ce blog ont été émus par la fin de Troisième Age et le départ définitif des elfes dans "Le Seigneur des Anneaux", ils le seront alors sûrement aussi par les romans de Wilson, en particulier "Spin" et "Les chronolithes".
Les chronolithes, R. C. Wilson

L'avis d'Arutha

L'avis d'Efelle

L'avis d'Hugin et Munin