lundi 29 octobre 2007

Trick or treat


Vacances !!!
Je vais profiter de mon temps libre pour filer à Nantes aux Utopiales où seront présents, pour des rencontres et des signatures, une floppée de grands (voire très grands) noms de la SF contemporaine. Dans l'ordre alphabétique (uniquement ceux que j'aime) :
Pierre Bordage
Grégory Benford
Catherine Dufour
Andréas Eschbach
Gérard Klein
Peter F. Hamilton
Jean-Philippe Jarowsky
Ian R MacLeod
Xavier Mauméjean
Robert Charles Wilson

Je frétille d'impatience.

dimanche 28 octobre 2007

L'histoire secrète


Une BD bienvenue qui va enfin réconcilier les conspirationnistes et les socialistes jauressiens (admettez que c'était pas évident).
L'action se déroule en 1913 alors que la Grande Guerre commence à pointer le bout de son vilain nez et elle met en vedette un génie du mal "Tanatos", qui évoque irrésistiblement Fantomas par son art du déguisement et sa centralité criminelle, qui souhaite ardemment qu'une guerre éclate pour en tirer un immense profit financier. Pour cela il doit marginaliser les pacifistes, dont Jaurès qui est l'un des héros de la BD, à l'aide d'une monstrueuse conspiration (quelle emphase !), et il ne reculera devant aucune infamie ni aucune atrocité.
Convard et Delitte, qui avaient réalisé la série du "Triangle Secret", sont décidément à l'aise dans l'uchronie et l'histoire parallèle. Tant mieux pour moi qui adore ce style. Si vous êtes aussi amateur, vous pouvez aussi lire l'excellent "Les puissances de l'invisible" de Tim Powers.
Tanatos t. 1, Convard et Delitte

Trahison


Tome 1 d'une série en 5 volumes (grr !) intitulée Servitude "Le chant d'Anoroer" est excellent dans la forme comme dans le fond.
Le dessin crayonné ocre est très beau. Il évoque les vieux parchemins et est parfaitement adapté au récit médiéval.
L'histoire est complexe, adulte, politique et dure (et c'est rarissime dans la BD); on est proche de la dark fantasy. Une réussite.
Alors bien sûr on regrettera que le volume 1/5 ne développe ni tous les personnages, ni toutes les intrigues mais on pourra se consoler (comme on peut) en se disant que le rythme de parution des BD a bien accéléré depuis que les mangas ont montré le chemin et que la suite ne devrait donc pas trop se faire attendre.
Je n'en dis pas plus car il est trop facile de déflorer l'intrigue lorsqu'il s'agit d'une BD de 60 pages.
Servitude t. 1 , Bourgier & David

lundi 22 octobre 2007

Clair-obscur


"Clara et la pénombre" est le troisième roman de José Carlos Somoza que je lis, et je suis toujours aussi impressionné par l'érudition, le style, l'originalité et l'ambition littéraire de cet auteur.
Ce roman est excellent. Comme dans le très bon "La caverne des idées" que j'ai chroniqué il y a quelques temps, Somoza utilise le roman policier pour tenter des expériences littéraires hors du commun. Clara est une femme-toile dans une société où le summum de l'art contemporain est la peinture sur corps humain, une société où les artistes qui ne peuvent devenir peintres sur corps sont designers et créent des pièces de mobilier utilitaires ou décoratives avec des corps humains. Foutaise d'auteur illuminé ! Pas vraiment. Nous n'en sommes déjà plus très loin. Il n'y a qu'à penser aux performances d'Orlan (qui a fait de son corps une oeuvre), à Gunther Von Hagens qui expose des cadavres plastifiés et tranchés, aux performances de body art en général.
Quand une toile humaine peinte est tuée, est-ce une personne qui meurt ou une oeuvre qui est détruite ? La réponse est loin d'être évidente pour les protagonistes du roman, dont beaucoup manifestent un mépris absolu de l'être humain. Et le fil de l'histoire nous interroge sur l'art, le rôle de l'artiste et sa mégalomanie, l'être humain, son statut, l'usage qu'il peut faire de sa liberté, la puissance des organisations financières et leur amoralité, la création des engouements, etc...
C'est très intelligent. C'est très bien écrit. Il y a bien longtemps que je n'avais rien lu d'aussi original (même si un thème tangent est abordé d'une manière complètement différente par Greg Egan (Et oui !) dans une nouvelle intitulée "La Caresse", présent dans le recueil "Axiomatique") et parfaitement maîtrisé (car sans maîtrise l'originalité n'est que du grand guignol, que les connaisseurs pensent à Flash Gordon ou à Barbarella) Et c'est passionnant de bout en bout, par le monde qu'on découvre (une visite guidée qui va de découverte en découverte de la première à la dernière page) et l'intrigue qui s'y noue. Le poche fait 600 pages, on ne les voit pas passer, et il aurait pu en faire le double avec les thèmes abordés. Superbe !
PS : Le livre s'appelle "Clara et la pénombre" et l'un des grands moments du roman est une exposition Rembrandt. Le premier qui voit gagne un cadeau.
Clara et la pénombre, José Carlos Somoza

jeudi 18 octobre 2007

7 nouvelles de trop


Ted Chiang est un jeune auteur connu et respecté dans le milieu. Il a gagné plein de prix, et pourtant je n'ai globalement pas aimé ce recueil de 8 nouvelles. Sauf une. Et c'est pour celle-là que je vais essayer de vous convaincre d'acheter "La tour de Babylone".
"L'histoire de ta vie" est une nouvelle formellement extraordinaire. L'histoire en deux mots : une linguiste participe à la première prise de contact avec une intelligence extra-terrestre. Elle décrit son patient travail, et parallèlement s'adresse à son enfant à venir à qui elle raconte sa vie future comme des souvenirs. Ce qui est absolument fascinant dans la nouvelle c'est la manière dont les deux récits s'imbriquent et en viennent à reproduire la structure linguistique de la race non humaine avec qui l'héroïne est en contact. Son récit est construit comme le sont ceux qui utilisent la xénostructure. Et ce glissement structurel arrive progressivement tout au long des pages et d'une manière parfaitement naturelle. Roland Barthes aurait sûrement adoré.
C'est donc une histoire extrèmement intelligente dont la mise en oeuvre est parfaite. Après la lecture on ressent un sentiment d'enchantement devant cette réussite.
Alors, bien sûr, un livre pour une nouvelle ça peut sembler cher, mais peut-être que vous, vous aimerez aussi les autres (après tout il a eu plein de prix donné par des gens compétents).
La tour de Babylone, Ted Chiang

Axiomatique


Le pape de la hard-science Greg Egan est au sommet de son art dans ce recueil de nouvelles qui, de plus, est visuellement beau. Premier volume d'une intégrale des nouvelles en trois tomes, dont le second vient de sortir, il offre un panorama saisissant du meilleur de la SF contemporaine. Ainsi, au fil des pages, il interroge l'art, l'identité, la génétique, l'image, la virtualité, d'une manière toujours originale, comme seule la SF peut le permettre, c'est à dire en testant jusqu'au bout des hypothèses d'école. Il s'autorise une nouvelle confrontant solipsisme et empathie. Il conte évidemment des histoires de trous de vers et de fonction d'onde (on est quantique ou on ne l'est pas et lui l'est résolument) qui possèdent une base physique crédible même s'il extrapole les conséquences de ses prémisses pour en tirer une histoire. Le style est sec et direct. Certains le trouvent froid, je le trouve précis, chirurgicalement précis, elliptiquement précis. Je ne peux que conseiller sa lecture.
Axiomatique, Greg Egan

L'avis de Guillaume44


L'avis d'Anudar


L'avis de Cédric Ferrand

lundi 15 octobre 2007

RE-RE-BOF ! BOF !


TOUJOURS PAS DE DETOUR A FAIRE.
The Road, Cormac McCarthy

L'avis de Cédric Ferrand

L'avis d'El JC

RE-BOF ! BOF !


INUTILE DE FAIRE LE DETOUR...LA NON PLUS
Les deux morts de Socrate, Ignacio Garcia-Valiño

BOF! BOF !


INUTILE DE FAIRE LE DETOUR...
Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, Régis Debray

samedi 13 octobre 2007

Entretien triste avec un vampire


Voici un petit roman passionnant. Prix Rosny Aîné 2005, Prix Bob Morane 2006, Grand Prix de l'Imaginaire 2007, Prix de la SF Française 2007. Joli pedigree. Mérité.
La forme d'abord est une réussite. C'est un récit à la première personne, une lettre qu'une personne envoie à un admirateur. Il contient très peu de dialogues, sauf vers la fin ; on ne connait jamais le nom du narrateur ; celui-ci narre plus les histoires des autres personnages du roman (qu'il a pu reconstituer) que les siennes, ce qui engendre des changements de personnages principaux ; la narration est très étirée. Ca aurait pu être très ennuyeux, et ça ne l'est pas une seconde.
Le fond ensuite. Sans déflorer le sujet je peux dire que ça a trait à l'immortalité ;-) que ça commence par une enquète, que ça se prolonge par un complot, mais surtout que c'est une plongée hallucinante dans le futur pas si lointain de la Terre, un futur noir, pollué (tous les mots désignant une substance naturelle sont en majuscule), violent, désespéré. Un futur dans lequel on meurt ou on vit mal, très mal, sauf si on a la chance de faire partie des happy few à revenus élevés qui peuvent bénéficier des avancées technologiques. Il y a 20 ans le groupe "It's immaterial" avait sorti un album intitulé "Life is hard and then you die". C'est précisément l'impression qui se dégage de ce roman. Le fond (à tous les sens du terme) attire l'âme et hypnotise le lecteur qui est obligé de poursuivre ce qui, sans fond, n'aurait été qu'une morne litanie. Si vous avez trouvé l'Entretien avec un vampire d'Anne Rice light, alors lisez :
Le goût de l'immortalité, Catherine Dufour

L'avis d'El JC

L'avis du Traqueur Stellaire

L'avis de Tigger Lilly

L'avis de Julien le Naufragé

L'avis d'Efelle

L'avis d'Arutha

lundi 8 octobre 2007

A Kantorowicz


"Le double corps du roi" est le second ouvrage d'Ugo Bellagamba que je lis et il est aussi intéressant que le premier d'un point de vue culturel. Mais celui-ci a été écrit à quatre mains avec Thomas Day, et ce dernier apporte le caractère épique et scénique qui manquait à "La cité du soleil". De plus un livre dans lequel on trouve "primogéniture" et "thuriféraire" ne peut pas être fondamentalement mauvais.
Inspiré des travaux de l'histoiren Kantorowicz dans son ouvrage "Les deux corps du roi", le roman illustre (au fil d'une aventure qui débute par l'assassinat d'un roi et se poursuit par la longue quète pour installer un nouveau souverain légitime sur le trône) la thèse de l'historien suivant laquelle la personne du roi est construite par les théologiens, les juristes, et les historiens, comme dotée de deux corps, l'un physique qui est celui dans lequel il vit, l'autre étant le corps social que le roi incarne (le second corps est ici représenté par une armure sacrée dont le contrôle est la source de la légitimité). La maladie ou l'absence du roi rend malade le corps social dans son ensemble et, pour régénérer le corps social il faut régénérer le corps du roi. On peut citer l'"Excalibur" de John Boorman et dire "Terre et roi sont un".
Toujours dans le domaine des références culturelles, la société décrite dans le roman est trifonctionnelle, comme la société indo-européenne traditionnelle décrite par Dumézil.
Le double corps du roi, Ugo Bellagamba et Thomas Day

samedi 6 octobre 2007

Control


Juste deux mots.
Je sors de "Control" et j'en sors abasourdi. Pour tout fan de Joy Division (et j'en suis un grand) ce film est un pélerinage. Mais il est visible avec profit par tout un chacun. Esthétique et glacé il conte la légende noire de Ian Curtis, le chanteur mythique du groupe qui a fondé la cold wave. Poète noir, épileptique, déchiré entre amour et loyauté, il mourra à 23 ans. Evidemment pas de mort naturelle.
Ce film est un gros coup de poing dans la gueule. Fait assez rare, toute la salle a attendu la fin du générique pour se lever et partir. Le retour au réel n'est que progressif.
Allez le voir! Ne le voyez pas en vidéo !
Control, Anton Corbijn

mardi 2 octobre 2007

Une enquétitude


"Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" (qu'on peut trouver en ce moment absolument partout (même dans le rayon Livres de Champion, c'est dire)) est un roman policier qui m'a laissé un sentiment très ambivalent, à tel point que j'ai hésité à écrire quelque chose dessus dans la mesure où j'avais décidé au départ de ne parler que de livres que je conseillais inconditionnellement. Néanmoins je m'y attelle, car c'est le premier roman ségoliste que je lis, et il faut bien que j'en dise quelque chose. De plus, Christina Ricci est en couverture, alors...
Factuellement le roman raconte deux enquètes parallèles et distinctes menées par le même duo formé assez tard dans le fil du récit (au moins à la moitié du livre). L'une porte sur une vieille affaire de disparition et va connaître des prolongements totalement inattendus, l'autre sur les agissements douteux d'un financier (sur laquelle on a peu de détails concrets et dont honnêtement on a un peu rien à foutre).
D'abord le positif : le whodunnit est très bien construit, la progression de l'enquète est très logique sans Deus ex machina. L'histoire de la disparition est donc passionnante et on a vraiment envie de savoir ce qui s'est passé réellement. Comme disent les anglais a real page turner.
Puis le négatif : Primo le style d'écriture est grosso modo celui d'une rédaction de bon niveau avec, de surcroit, des phrases aussi improbables que : "Il retoucha la photo sur son iBook. Pour cela il utilisa le logiciel Photoshop édité par la société Adobe" ou "il choisit d'acheter le nouvel iBook avec ses 64 Mo re Ram et son disque dur de 400 Go". Ca ressemble à du product placement mais ça n'a même pas l'excuse d'en être. Secundo toute l'enquète financière n'a aucun intérêt et elle occupe quand même un bon tiers du livre. C'est juste un délire idéologique sensé décrire un journaliste intègre en lutte contre les puissances d'argent (sic).
Enfin mon pathos, le ségoliste : On se souviendra que Ségolène Royal passait son temps à prendre pour modèle les "pays scandinaves" (je cite). Et bien, après avoir lu un roman scandinave, je me félicite que nous n'en soyons pas. Impossible de resentir un tel décalage culturel en lisant un autre roman européen. Ce roman suinte l'idéologie par toutes ses pores. Chaque partie du livre commence par une statistique sur les violences faites aux femmes placées en exergue (c'était l'un des chevaux de bataille de Ségo) ; le thème des violences faites aux femmes est d'ailleurs présent de manière obsessionnelle dans le roman (à commencer par le titre) ; l'image donnée de la vieille famille de capitalistes suédois est banalement caricaturale (on retrouve la fantasme habituel des riches et puissants qui sont des pervers sexuels) ; on découvre un monde qui n'est pas le nôtre, avec des valeurs de conformisme social imposées par la société, par le biais de tout un système d'institutions dont la mission (au sens religieux du terme) est d'assurer la stabilité du système (ça m'a fait penser à Mortelle de Christopher Franck, pour ceux qui ont eu la chance de le lire); on a droit à un peu d'anti-fascisme qui fait parfaitement incongru dans la mesure où les seuls "fascistes" du livre sont morts ou cacochymes et gateux (mais ça signe l'écrivain engagé) ; le héros fait de nombreux allers-retours de 3 heures en train (ça c'est écologiquement correct) mais il a quand même son permis de conduire, ce qui lui permettra d'emprunter une voiture quand il faudra accélérer ; l'inquiétude est palpable lors de la commission d'actes "borderline" tel que du piratage informatique (pour des gens aussi bien formatés il est MAL de violer la loi) ; le héros accepte d'aller trois mois en prison sans se défendre parce qu'il a été condamné dans une affaire de diffamation et qu'il estime ne pas avoir de moyens de contre-attaquer, de plus il prend un certain plaisir à son séjour en prison (la joie de la rééducation sociale sûrement) ; le poids de l'opinion, par l'entremise de la presse, est colossal ; etc... J'arrète là, vous en trouverez d'autres
Finalement la seule chose que je voudrais bien qu'on importe de l'idéologie scandinave est leur grande liberté sexuelle, amplement exposée dans le livre :-) Et je me dis qu'en n'élisant pas Ségolène Royal nous l'avons échappé belle. Car comme le dit l'excellente Corinne Maier sur son blog :
"« Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger de dire », écrivait Roland Barthes. D’où l’intérêt de repérer les mots que nous sommes encouragés ou poussés à utiliser aujourd’hui."
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, Stieg Larsson

La critique de Cédric Ferrand

L'avis d'Anudar