lundi 24 septembre 2007

Un Univers à 11 dimensions


"L'Univers élégant" est un excellent ouvrage de vulgarisation sur la théorie des supercordes. Brian Greene explique d'une manière très accessible comment cette théorie est mise au point en ce moment même par les physiciens théoriques pour unir la relativité générale d'Einstein et la physique quantique. La théorie d'Einstein décrit bien l'Univers aux échelles énormes qui sont celles des galaxies, la physique quantique décrit, de manière totalement contre-intuitive mais prouvée expérimentalement, comment fonctionne le réel au niveau des particules sub-atomiques. A la jonction des deux échelles, les deux théories donnent des résultats aberrants. Il faut donc une nouvelle théorie pour unifier le tout et obtenir des résultats "normaux". Brian Greene nous décrit les deux théories et leur genèse, les aberrations rencontrées à leur point de contact, et comment celles-ci sont surmontées par la théorie des supercordes. Il n'utilise quasiment aucune formalisation mathématique (et en renvoie quelques-unes en annexes pour ceux que ça intéressent) et use, au contraire, d'exemples absolument triviaux avec des personnages qui marchent, courrent, volent dans l'espace, etc. Et ce qui est fascinant, c'est que ces analogies permettent de parfaitement comprendre son propos, pourtant de haut vol. Personnellement je n'ai décroché qu'à partir du moment où s'est présenté le cas des cordes enroulées autour d'un espace bidimensionnel (ouf !) mais c'est arrivé bien après la moitié du livre et j'avais déjà appris un millier de choses fascinantes (et pour commencer que la compréhension que je croyais avoir de la relativité générale était erronnée ; maintenant elle ne l'est plus). Un livre à conseiller à tous les honnêtes hommes qui veulent connaître un peu de physique théorique. Un livre élégant.
L'Univers élégant, Brian Greene

La note de Guillaume44

vendredi 21 septembre 2007

Awe


C'est le sentiment qu'inspire la lecture de "The Terror". Dan Simmons, qui s'était magnifiquement illustré avec Hypérion et ses séquelles puis avait un peu erré dans diverses oeuvres de moindre importance, revient avec un énorme livre.
Dan Simmons réussit dans "The Terror" le même tour de force que Victor Hugo au début de "L'homme qui rit", dans l'épisode de la traversée. Comme dans son illustre prédécesseur, on sait dès le début comment le drame va finir (The Terror prend pour base un véritable fait historique dont la conclusion est connue), et pourtant on lit avec passion les efforts surhumains d'hommes qui tentent désespérément de survivre, sans jamais se dire qu'il n'y a pas de suspense donc pas d'enjeu. On vibre pour ces forçats attaqués par le froid, la maladie, leur propre bétise, malhonnèteté, orgueil déplacé, et une créature mi-bête mi-démon qui joue avec eux un jeu mortel.
Le travail de recherche et d'écriture de Simmons est remarquable et inspire chez le lecteur l'impression physique d'être dans ces bateaux coincés dans le froid glacial de l'Arctique, de subir le martyre subis par les équipages. Les points de vue changent de chapitre en chapitre avec un narrateur qui s'intéresse à l'un puis l'autre personnage et narre l'histoire avec les intonations que ceux-ci auraient. Une partie du récit est aussi rédigé sous forme de journal et on retrouve là les romans épistolaires du 19ème. Le livre évoque d'ailleurs fortement la littérature du 19ème ; j'ai beaucoup pensé à Mary Shelley par exemple.
"The Terror" est un énorme livre, un magnifique livre, un des livres pour lesquels j'ai décidé de créer ce blog afin de pouvoir parler des chefs-d'oeuvre.
Pour les francophiles, la traduction sortira début 2008.
The Terror, Dan Simmons

lundi 17 septembre 2007

"28 days after" en beaucoup mieux


Voila un livre que je ne connaissais pas et que j'achète uniquement après avoir lu une critique sur le site du Cafard Cosmique qui dit en substance "Ca a l'air nul mais ça ne l'est pas". Il faut vraiment que j'aime beaucoup Mr Cafard et ses acolytes pour acheter un ouvrage sur la base d'un argument aussi court. Et bien, le Cafard Cosmique avait raison.
Récit post-apocalyptique, "Le jour des Triffides" raconte l'histoire, classique dans ce genre d'ouvrage, d'hommes qui tentent de survivre dans un monde ravagé par l'invasion de plantes mortelles et vaguement mobiles, les Triffides. Rien qu'en écrivant ça je me dis : "ça sonne nul". Mais ce qui compte c'est le traitement de l'histoire et il est de grande qualité. Le roman est une réflexion très intelligente (et je souligne le terme) sur les situations de crise, la réaction, face à celles-ci, d'hommes du commun non entrainés, ainsi que de militaires dont la gestion des crises devrait être une spécialité et qui se révèlent presque aussi débordés. Le livre pose la question de la préservation de la civilisation et d'abord de la simple civilité, montre comment se posent des problèmes (que faire des blessés, des infirmes, comment organiser le repeuplement) qui pour nous, hic et nunc, n'en sont pas, éclaire, comme l'ont montré les exactions autour de l'ouragan Katrina, la part obscure de l'humanité, prête à profiter de toutes les situations où le contrôle social se fait plus faible. D'un point de vue politologique c'est un petit livre très intéressant et c'est un roman véritablement distrayant.
Le jour des triffides, John Wyndham

L'avis de El JC

L'avis de Val

dimanche 9 septembre 2007

Mémoire morte


Voici la preuve que Bragelonne ne publie pas que des merdes (même s'ils en publient beaucoup). "Carbone modifié" est un excellent polar de SF. L'intérêt de ce premier roman de Richard Morgan réside dans l'utilisation intelligente qu'il fait des évolutions techniques qui caractérisent l'univers qu'il décrit. Je m'explique. La grande différence technique entre le monde où Morgan a situé son histoire et le notre est la pile corticale. Voyez ça comme une sorte de carte mémoire greffée sur la moëlle épinière qui enregistre votre conscience en temps réel sous forme de données informatiques. Si vous mourrez (et si vous pouvez payer) on récupère la pile, on crée un corps cloné, et on branche la pile dessus, ce qui fait que vous êtes de retour. L'idée n'est pas neuve, William Gibson avait créé le concept de construct (personnalité virtuelle basé sur des enregistrments réels et existant dnas un système informatique ; imaginez dans votre PC un programme qui puisse simuler votre Mémé). Mais Morgan utilise de manière très futée tout le potentiel de cette technique. On ne fait pas que ressusciter, ça n'aurait pas beaucoup d'intérêt, la pile corticale a quantité d'applications tout à fait intéresantes pour la progression de l'enquète. Un seul exemple (lisible sur la 4ème de couv' donc je ne livre aucun secret), le début de l'histoire : Takeshi Kovacs est engagé par un riche magnat qui lui demande d'élucider sa propre mort récente. Au vu des faits la police a conclu a un suicide. Mais pourquoi se suicider quand on sauvegarde sa pile 1 fois par jour pour pouvoir ressusciter en cas de décès ?
Carbone modifié, Richard Morgan

L'avis de Lhisbei

L'avis de Cédric Ferrand

L'avis de Tigger Lilly

Desert Shield


Troisième volume du cycle commencé en français par "La cité de perle" et "Transgression" (chroniqués plus bas), "The world before" est toujours de grande qualité. Je viens de le terminer en anglais parce que je n'avais pas envie d'attendre la traduction, mais ça doit être publié avant la fin de l'année chez Bragelonne (qui ne publie donc pas que des merdes) pour ceux qui préfèrent le français (les rares qui le maîtrisent encore un peu).
L'interrogation sur le rôle des journalistes en temps de guerre, le jeu du ressentiment dans les conflits (ressentiment auquel marc Ferro vient de consacrer un excellent ouvrage), le destin rencontré par les entremetteurs, la question du droit ou du devoir d'ingérence, le jeu ambigu des troupes venues aider et qui s'installent, etc. Tous les thèmes abordés dans ce livre me ramènent inéluctablement à l'actualité, aux différents conflits qui parsèment ou ont récemment parsemé la planète, le tout agrémenté d'une histoire d'amour particulièrement étonnante et difficile à gérer.
Dans la précédente chronique de ce cycle j'écrivais que Karen Traviss était journaliste de guerre et que ça se sentait ; je pense maintenant que seul un journaliste de guerre pouvait écrire ce cycle. C'est fascinant. Foncez !
The world before, Karen Traviss

La critique de El Jc

mercredi 5 septembre 2007

Hashishin


Une BD ou, comme disent les américains pour faire riche (et accessoirement créer un champ légitime de production culturelle, dommage que Bourdieu ne voit pas ça), une graphic novel. La différence entre les deux, à la louche, c'est qu'une BD c'est quelconque et une graphic novel c'est bien. On peut lire des graphic novel ET Télérama.
Ceci dit Persepolis est une oeuvre de grande qualité. Traitée en noir et blanc avec un trait dépouillé et naïvement réaliste l'intégrale est un énorme pavé de plus de 300 pages, passionnant de bout en bout. Dans cette autobiographie, la révolution islamiste en Iran est vue à travers les yeux d'une petite fille qui grandit dans les premières années du nouveau régime. Cette petite fille rebelle devra quitter l'Iran pour pouvoir s'épanouir, puis y reviendra, avant de repartir définitivement tant la vie en Iran est étouffante.
Chronique de la vie quotidienne dans une dictature, Persepolis est instructif et émouvant. Il nous remet en mémoire des évènements de notre histoire contemporaine trop vite oubliés. Je le recommande.
Grand merci à mon Isabelle qui a eu l'idée de m'offrir ce livre.
Persepolis, Marjane Satrapi

Rentrée

Je découvre mes nouveaux élèves (ils ont tous l'air gentils, la première semaine). Plus de boulot, moins de temps libre. Je vais moins lire, mais je réduirai le moins possible.
Je travaille le samedi matin et ça c'est vraiment chiatique. Merci au concepteur de mon emploi du temps.