dimanche 26 août 2007

Virée à Paris

Retour début septembre.
Dans l'intervalle, évitez la rentrée littéraire !
Toutes ces autofictions de bobos français qui s'examinent le nombril à la loupe et supposent que leur nombril intéresse quelqu'un d'autre qu'eux-mêmes, ça pue.
Et je ne dis rien des romans qui veulent témoigner de quelque chose, quoi que ce puisse être. Ils oublient que, comme l'écrivait Oscar Wilde, "Art is quite useless". Quand un roman témoigne, il devient un tract et perd toute légitimité à se dire littérature.

A+

PS : Je viens de commencer en anglais le tome 3 des "Guerres Wess'har" et c'est toujours excellent. Ce n'est pas français, ce n'est pas nouveau, mais je dis comme William Hazlitt "Je déteste lire des nouveaux livres".
Voir à ce sujet l'excellente chronique de Roger-Pol Droit dans le Monde des Livres du 24 août.

samedi 18 août 2007

Ananké




Histoire de la vie d'un cadre new-yorkais désabusé qui se jette à corps perdu dans une forme d'auto-destruction, "Le démon" est un livre très fort en ce sens qu'il implique complètement le lecteur. Impossible de ne pas vibrer aux errances de Harry. Et c'est le style cru et direct (la premier paragraphe du roman est de ce point de vue un filtre à lectorat) de Selby qui provoque cet effet. Tendue, restreinte, sous pression, l'histoire progresse d'une manière inéluctable et le style nous y plonge au coeur. Le lecteur vit avec Harry, dans ses pensées, ses motivations, ses faux-semblants. Il vit dans sa quète sans fin où chaque succès n'est qu'un palier vers une suite (fuite ?). Harry évoque immanquablement un accro à l'héroïne qui ne peut s'arréter, et qui ne cesse de se dissimuler, de mentir aux autres et à lui-même avec un certain succès, jusqu'à ce que même le mensonge ne soit plus matériellement possible. Harry se détruit lentement, méthodiquement, avec un succès certain. Quand au récit, il évoque une tragédie grecque dans la manière dont il avance vers son dénouement.
Une lecture très impliquante émotionnellement.
Le démon, Hubert Selby Jr.

mercredi 15 août 2007

Curiosity killed the cat




Encore du Peter F. Hamilton, vraiment j'adore. Deux tomes en anglais, évidemment 4 en français. Mais je ne dis plus de mal des éditeurs depuis qu'on m'a expliqué que la découpe permet d'amortir les frais de traduction. Donc si vous voulez économiser vous n'avez qu'à lire en anglais comme moi ;-)
Nouvel énorme space opera d'Hamilton, celui-ci se passe dans un monde qu'on pourrait qualifier de SteamSF (comprenne qui pourra !). Le steampunk est un style de roman situé dans une époque victorienne alternative et plus avancée que la nôtre technologiquement. Alors pourquoi "L'étoile de Pandore" est-elle du SteamSF (concept que je viens de créer) ? Parce que c'est un space opera victorien. L'humanité vit sur environ 600 planètes disposées en sphère autour de la Terre et cette entité politique porte le nom de Commonwealth. Ces planètes sont reliées entre elles par des trous de vers stabilisés (il est là le quantum leap technologique) qui servent de portes (pour les béotiens imaginez les portes de Stargate ouvertes 24/24). A travers ces portes court un réseau de rails sur lesquels roulent des trains de marchandises ou de voyageurs. Les trains passent la porte et se retrouvent dans la gare d'arrivée, à plusieurs années-lumières du départ. On est très proche de l'image du monde au 19ème siècle avec l'Angleterre au centre du commerce mondial. La distance à la Terre est d'ailleurs un facteur de faible vitalité économique car les planètes les plus lointaines sont les plus récemment colonisées (donc les moins développées) et celles pour lesquelles les coûts de transport sont les plus grands. Ce sont aussi les moins importantes politiquement et cela aura une influence dans le déroulement de la guerre. Car comme dans tout space opera il y aura une guerre, causée par la curiosité excessive des humains. En revanche la nature de l'adversaire et ses motivations sont particulièrement originales. Faudra lire pour savoir. Je passe sur quantité d'autres thèmes traités, car ceux qui ont déjà lu du Hamilton savent qu'il lance quantité de fils parallèles tous utiles à la résolution de l'histoire, souvent sans jamais se croiser, car toute grande victoire est faite d'une multitude de petites décisions.
Tout est sorti en français donc vous pouvez vous ruer.
L'étoile de Pandore, Peter F. Hamilton
Judas déchainé, Peter F. Hamilton


L'avis de Mr Lhisbei

Thomas Day at the end of time




Un recueil de nouvelles de Thomas Day qui fait immanquablement penser à Moorcock. 6 nouvelles, dont 3 excellentes. Je vais parler seulement des 3 excellentes parce que je suis feignant.
"Une forêt de cendres" est sans doute la plus caractéristique du style en général associé à Thomas Day. Violente, noire, cynique, elle se situe dans un monde qui est en passe d'être détruit par le Chaos et se donne pour héros un noble sanguinaire et fou. On peut penser à l'univers d'Hawkmoon. En tout cas, c'est à ça que j'ai pensé.
"La notion de génocide nécessaire" est sans conteste la meilleure. Thomas Day y fait montre d'un grand humanisme, et il y décrit à merveille l'engourdissement de la sensibilité causé par l'excès d'information ainsi que le cynisme criminel des occidentaux qui poussent la notion de raison d'Etat jusqu'à la justification du génocide, pourvu qu'il soit un genocide sans haine. Cette question du rôle de l'information et de la responsabilité des relais est aussi centrale dans la nouvelle "L'erreur", sorte de Pulp Fiction littéraire à la fin un peu trop elliptique à mon goût. L'idée était aussi présente dans "Génération X" de Douglas Copeland. Que du bon donc.
"Le démon aux yeux de lumière" est une sorte de créature hybride entre Elric de Melniboné et un démon du jeu "In nomine satanis" (c'est à dire très puéril et très peu hiératique). Responsable de la destruction du monde, il va le régénérer et commencer un nouveau cycle. Elric meurt, lui deviendra mortel. Parenté évidente. Cette nouvelle est peu sérieuse mais elle est vraiment drôle pour peu qu'on la lise au second degré (et qu'on ait de l'humour si on est une femme, quoique elle finira par arriver à ses fins), elle termine en tout cas bien le recueil sur une note légère et optimiste.
Last but not least. La bande-son est excellente tout au long du recueil.
Sympathies for the devil Redux, Thomas Day

vendredi 10 août 2007

Le nombre d'or




Ugo Bellagamba est un universitaire et ça se sent. Nul autre n'attacherait autant d'importance aux grades dans un récit. Son style est dépouillé. Est-ce même un style ? Mais lire "La cité du soleil" n'est pas déplaisant, au contraire.
Recueil de trois novellas historico-mystiques, cet ouvrage nous invite à des voyages passionnants. La cité du soleil qui lui donne son titre est la cité utopique imaginée par le moine italien Campanella au XVIIè siècle (cité sophocratique parfaite mélant communisme et eugénisme), moins connue du grand (pas si grand que ça) public que l'Utopie de Thomas More. A partir de la quète initiatique d'un chercheur vers cette cité, nous découvrons les écrits de Campanella, leurs parentés et filiations (Bacon est présent, Aristote, Platon, and so on...), leur historicité, etc... De plus, cette quète se déroule en Provence et invite aussi à une belle promenade ainsi qu'à quelques découvertes architecturales.
La seconde novella narre l'histoire d'un coup d'Etat révolutionnaire dans un Empire napoléonien vieux de 200 ans et dans lequel Waterloo est une victoire ; et montre comment de vieux mythes ont un fond d'authenticité. Erudite aussi, elle se lit avec autant, sinon plus car moins contemplative, de plaisir que la première novella.
Un ouvrage à recommander.
La cité du soleil, Ugo Bellagamba

mercredi 1 août 2007

Contemplation




"L'âge des lumières" est un beau roman. Le dernier opus de Ian MacLeod n'est pas un grand roman d'action, celle-ci y est lente et parcimonieuse. Mais c'est un grand roman car il est superbement écrit.
Uchronie sise pendant une pseudo-période victorienne, "L'âge des lumières" décrit l'ascencion sociale d'un jeune homme pauvre et ses tentatives de transformation du système, alors que, parallèlement, il cherche la vérité sur la mort de sa mère. On y voit comment le système renaît toujours de ses cendres, sous un autre masque.
Dans une Angleterre où l'éther, une forme d'énergie magique, occupe la place du charbon, le système ultra-hiérarchisé des guildes est source d'autant d'inégalités et d'injustices que le capitalisme naissant a pu en créer au XIXème siècle. De plus le progrès crée des déchets qui s'attaquent d'abord aux humains en les transformant en monstres, premières victimes de la pollution d'un âge "industriel". On pense irrésistiblement à l'Angleterre de Dickens en lisant cet ouvrage à la vue des descriptions colorées et précises des bas quartiers de Londres, de la petite ville minière d'où est originaire le héros, des villégiatures dans lesquelles s'amuse la haute société, loin des contingences du peuple. On vit au rythme des mouvements révolutionnaires "socialistes", semblables à ceux qui émaillaient la vie anglaise de la fin du règle victorien, militant, complotant, préparant la Révolution. La Révolution vient, puis repart. Rien n'a vraiment changé.
Le roman de Ian MCLeod est éthéré comme la matière qui est au coeur de son intrigue. Il rend nostalgique et laisse de très bons souvenirs. C'était déjà le cas pour "Les iles du soleil".
L'âge des lumières, Ian R. MacLeod