jeudi 28 juin 2007

Die Haarteppichknüpfer




Ou en français "Des milliards de tapis de cheveux" (décidément l'allemand est un belle langue !).
Lorsque, dans les rayons d'une librairie, on se trouve pour la première fois face à un roman intitulé "Des milliards de tapis de cheveux" on ne peut qu'être perplexe et vouloir en savoir plus. C'est ce qui m'est arrivé, et je ne l'ai pas regretté.
Ce roman est la résolution progressive d'un mystère. Dans un univers hautement technologique existe une planète pré-industrielle. Sur ce monde existe une caste d'artisans qui passent leur vie entière à tisser, chacun, un tapis de cheveux. A intervalles réguliers un vaisseau marchand atterit et achète à prix d'or ces tapis pour, dit-on, le palais de l'empereur de l'univers. Qu'en est-il en réalité ? A quoi servent ces tapis ? L'empereur existe-t-il ? La réponse à ces questions, le lecteur les obtiendra en suivant de multiples récits emboités, chacun apportant le fragment de connaissance que possède un protagoniste de l'histoire. Au final, dans ce roman sans personnage principal, seul le lecteur, qui peut suivre toutes les histoires, connaîtra la vérité. Cette originalité narrative fait tout l'intérêt du livre. Le lecteur satisfait sa curiosité, et il est le seul à le faire, telle une divinité omnisciente.
Des milliards de tapis de cheveux, Andréas Eschbach

L'avis d'El JC

L'avis d'Arutha

L'avis d'Efelle

Un monument de la SF




Hypérion est un chef-d'oeuvre. Plus qu'un chef-d'oeuvre, un monument. Tellement de prix que je ne les cite pas. Je crois que si l'on ne devait lire qu'un roman de SF ce serait celui-là.
Le voyage de 7 pélerins vers une destination terrifiante permet à Dan Simmons d'aborder tous les grands thèmes de la littérature de science-fiction et plusieurs grands styles de la littérature. L'univers qu'il décrit est foisonnant de détails et il y vit de vrais personnages avec des histoires fortes à raconter, chacun dans un style de narration qui lui correspond. Le récit progresse en dévoilant peu à peu les vrais caractères des personnages et la richesse de l'univers dans lequel ils vivent, l'angoisse monte au fur et à mesure de l'approche des Tombeaux de Temps, but ultime du pélerinage, l'urgence de faire face à une menace extérieure à la sphère humaine imprègne chaque moment de l'aventure. Les références à la poésie de Keats, auteur de l'Hypérion original, sont partie intégrante de l'histoire.
Hypérion est, certes, un immense roman de SF mais c'est surtout un immense roman tout court.
L'histoire se pousuit, pour les plus motivés, dans "La chute d'Hypérion", "Endymion" et l'Eveil d'Endymion". Je ne peux que conseiller très vivement leur lecture. Eux aussi sont couverts de prix. "La chute d'Hypérion", au moins, est indispensable pour tirer tous les fils d'Hypérion à leur terme.
Pour commencer :
Hypérion, Dan Simmons (2 volumes en poche)
La chute d'Hypérion, Dan Simmons (2 volumes en poche)

mardi 26 juin 2007

Chat mort / Chat vivant




Le titre de ce post est un clin d'oeil aux adeptes de Schrödinger. Les autres sauront de quoi il s'agit après avoir lu ce passionnant petit livre qui explique d'une manière simple et accessible la théorie quantique, celle qui décrit le comportement des atomes et des particules encore plus petites qui les composent. Partant du modèle classique, que tout le monde a déjà vu en dessin, de l'atome comme une petite planète entourée de satellites, il nous dit comment on a compris que l'atome n'était pas une petite planète, et ce qu'il est en réalité. Il nous permet de comprendre pourquoi nous ne mourrons pas carbonisés par des explosions d'ultraviolet. Il décrit aussi de manière très claire la dualité onde-corpuscule et son dépassement par la physique quantique, l'existence des paires de particules qui permettront peut-être un jour de communiquer à des vitesses supraluminiques, et développe la notion d'indétermination (bonjour le chat !). Et, last but not least, il traite des fonctions d'onde et de leur réduction, ce qui permet de lire "Isolation" de Egan (voir plus bas) en y comprenant quelque chose.
Tout ça a l'air bien complexe mais tout ça est facile à lire. Un livre d'honnête homme.
Le cantique des quantiques, Sven Ortoli, Jean-Pierre Pharabod

samedi 23 juin 2007

Autour d'Eylau




Une BD. Je n'en mettrai pas souvent. Il y a tellement de subjectivité dans l'appréciation d'un style graphique.
L'auteur situe son action autour de la bataille d'Eylau (1807), mais ne raconte pas la bataille, qui est expédiée en une grande planche. Elle raconte la vie d'un régiment de chasseur à cheval durant cette période. Une vie faite de petites et grandes misères, de pertes et de folie. Cette narration au ras des évènements est inspirée par des journaux de soldats. On peut penser aux récits écrits par des acteurs de la Grande Guerre. On peut penser aux BD de Tardi. On peut penser à Henri Barbusse. Tout amateur d'histoire peut lire avec profit cette BD qui aura des suites, une par année après 1807.
A noter dans la 1ère édition, un cahier historique à la fin de l'album.
Souvenirs de la Grande Armée (1807), Dufranne, Alexander, Fernandez

L'aigle de sang




Un petit policier. Il n'y en aura pas beaucoup sur ce blog. Comme je l'expliquais dans le post précédent, quand j'ai mes nerfs je lis des policiers avec des affaires de serial killer. Je sublime mes pulsions thanatiques. En général ces livres sont vite lus et vite oubliés, je les achète en poche pour ne pas y mettre trop d'argent. Rarement l'un d'eux parvient à me surprendre. "Rituels sanglants" est de ceux-là.
Départ classique dans ce genre de livre. Un flic, forcément solitaire, taciturne, mis à mal par une histoire passée( ils sont tous comme ça dans les thrillers, je ne sais pas si ce sont des prérequis pour parvenir à mener des enquètes de ce type mais c'est tellement redondant que ça crée un comique de répétition, ici on échappe quand même au coup de la démission de la police), commence une enquète sur les agissements d'un tueur en série. Jusque là, du lu et relu dix fois (je me dis que je suis en terrain connu, ce qui n'est pas plus mal vu que je dois concentrer toute ma puissance de calcul cérébrale à tenter de décrypter les copies de Bac).
La suite l'est moins. Je ne peux à peu près rien dire pour ne pas déflorer l'histoire (avouez que dans un blog c'est problématique), mais je peux dire que j'ai été surpris par ce roman qui se développe dans des directions totalement inattendues, tout en étant cohérentes (l'inattendu à coup d'incohérences, ça, tout le monde sait faire). Il n'y a pas non plus d'intervention du hasard qui permet de faire progresser l'enquète (ou alors une toute petite, et encore), deus ex machina particulièrement horripilant (pensez à tous les épisodes de Colombo, il y a toujours un ou deux indices qu'il trouve par le plus grand des hasards et sans lesquels il n'aurait pas abouti).
Bref, si vous voulez lire un policier un peu gore, où les actions et les explications sont rationnelles, et où votre sagacité sera soumise à quelques surprises, vous devriez apprécier "Rituels sanglants".
De plus, si après avoir appris tous les sigles administratifs allemands de la WW2 dans "Les bienveillantes", vous voulez apprendre les modernes, c'est ce livre qu'il vous faut.
A noter qu'un second roman avec les mêmes personnages principaux vient d'être publié en paperback, "Contes barbares". Je ne l'ai pas encore lu.
Rituels sanglants, Craig Russell
Contes barbares, Craig Russell

mercredi 20 juin 2007

De profundis

Voila, voila. En ce moment mon temps est consacré aux corrections de Bac. Comme d'habitude ça oscille entre le pas fameux et le franchement mauvais, comme d'habitude le barème me permet de mettre des notes à peu près correctes à tout le monde. Du coup je lis des poches avec des histoires de serial killers, ça me détend. Ca s'oublie vite mais c'est sympa sur le moment. Un jour peut-être je vous présenterai une petite sélection des plus "thrilling". Faut voir.

dimanche 17 juin 2007

Heureux qui découvre Bordage




J'ai lu presque tout ce qu'a écrit Pierre Bordage et il a fini par me fatiguer. Il m'a fatigué parce qu'il a quelques thèmes et obsessions récurrentes qui reviennent dans tous ses livres et, qu'à la longue, ça saoule.
Ceci dit cher lecteur, tu n'es pas moi. Tu n'as encore rien lu. Tu as donc le choix que je n'ai plus. Lire un peu de Bordage, pour profiter de l'excellence de son imagination, et arréter avant l'overdose.
Pierre Bordage est un conteur exceptionnel. Lui aussi a gagné plein de prix de littérature francophone (donc pas le Hugo). Il revendique, à juste titre, le nom de conteur pour son activité. Il crée des mondes absolument dépaysants, il décrit en détail des sociétés complexes, il y place des aventures épiques, il n'esquive jamais la mort et le sexe sans quoi l'épique le serait moins, il tord la langue française et la façonne pour son usage personnel ce qui ajoute l'étrangeté de la langue à l'étrangeté de ce qu'elle décrit. L'effet est saisissant et convaincant. Les romans de Bordage sont des fenètres grandes ouvertes sur un ailleurs cruel et fascinant, comme dans les contes.
J'utilise ici la couverture d'"Abzalon" (qu'il faut lire avec sa suite, "Orchéron") qui est à mon avis la meilleure épopée qu'il ait écrite. Si vous ne devez en lire qu'une... "Les guerriers du silence" et ses deux suites sont aussi de grande qualité. Et, pour un plaisir plus linguistique, "Les fables de l'Humpur", le plus proche d'un conte, le plus créatif dans le domaine de la langue.
Vous avez encore l'occasion de vous faire plaisir, ne la ratez pas, on n'en a pas tant que ça.
Abzalon, Pierre Bordage

Tous à Zanzibar




Voila un grand livre intelligent. Evidemment c'est un prix Hugo, Apollo, et j'en passe.
Je reste fidèle à mon option de départ de ne pas donner de résumé des livres. Ils sont disponibles partout et réduisent un organisme à son squelette.
Sachez simplement que "Tous à Zanzibar", écrit en 1968 est une merveille de futurologie littéraire. Le futur que décrit John Brunner, nous y sommes ou quasiment, sur certains points nous sommes même au-delà. L'importance des média et des sondages dans la "démocratie" moderne, le terrorisme aveugle qui tue pour protester contre une chose ou l'autre, le dévoiement de la sociologie en science prédictive et normative, etc...
La société que décrit Brunner est tellement détaillée et réaliste qu'un condisciple de Sciences-Po a pu rédiger son mémoire de fin d'étude sur une lecture anthropologique du livre.
Pour ce qui est du style, l'immersion dans cette société étrangère se fait à la manière de Dos Pasos par des exergues de chapitres (flashes d'info, pubs, citations), tous factices, qui sont autant de fenètres sur le monde dans lequel Brunner situe son roman, autant d'occasion de saisir le Zeitgeist de sa société imaginaire.
Lisez John Brunner vous ne le regretterez pas, et si vous trouvez la SF puérile, lisez Dos Pasos, mais vous y aurez perdu le travail d'imagination et de prospective.
Tous à Zanzibar, John Brunner
42ème parallèle, John Dos Pasos


L'avis de Julien

samedi 16 juin 2007

Une bible, MA bible




D'abord entendons-nous bien. Je ne suis pas du tout fan de Corinne Maier. Je trouvais qu'elle se procurait un peu d'argent et de notoriété en écrivant (gros) des livres qui alignent les banalités soi-disant décapantes ; mais qui en France est dérangé par une critique de l'entreprise ou des intellos ? Honnêtement je la trouvais un peu "en toc"
Et là, elle publie "No Kid". De nouveau c'est court, de nouveau c'est écrit gros. Mais comme le thème du livre m'intéresse (c'est un énorme euphémisme), je le feuillette puis je l'achète, en me disant qu'il va aller rejoindre ma bibliothèque de toilettes. C'est là qu'il est d'ailleurs en ce moment. Mais il va bientôt venir sur ma table de chevet pour y rester comme les missels au siècle dernier (enfin celui d'avant, le 19ème), et j'en lirai un verset chaque soir.
Dans "No Kid" Corinne Maier, qui a 40 ans et deux enfants, explique pourquoi il vaut mieux ne pas avoir d'enfant et donne tous les arguments de l'expérience. Ce qui est fascinant dans ce livre c'est qu'elle n'est à aucun moment ironique ou attendrie, complice ou complaisante. Elle exprime froidement une vérité froide : le désir d'enfant est un désir socialement contraint et toute intelligence, réflexion et observation nous enseignent qu'il ne faut pas y céder. Et elle déroule un argumentaire en 40 points. Là, pour la première fois, elle est vraiment décapante. Peu de gens osent s'exprimer contre la nouvelle vache sacrée de nos temps démocratiques (tant il est vrai que la folie de l'enfant est une folie démocratique, car c'est une création à la portée de tous, même des plus médiocres ; s'il est vrai, comme l'écrivait Céline, que l'amour c'est l'infini à la portée d'un caniche, alors la reproduction c'est la Joconde à la portée de ma concierge) ; elle le fait. Je pense que beaucoup de ceux qui liront ce livre penseront qu'elle est folle ou mauvaise ou les deux, car ce qu'elle écrit NE PEUT PAS être écrit par une personne normale. Moi elle me rassure sur la capacité de sursaut de l'humanité. Je t'aime Corinne Maier !
No Kid, Corinne Maier

dimanche 10 juin 2007

Deux Hugo pour le prix d'un (ou presque)




Vernor Vinge est un scientifique et un écrivain, surtout écrivain maintenant. Bien que l'éditeur se soit un peu raté sur la couverture, ces deux romans ont tous les deux obtenu le prix Hugo.
Ce qui rend le travail de cet auteur si intéressant c'est la créativité débordante dont il fait preuve, et la manière aboutie de mettre en scène les situations nouvelles qu'il imagine.
"Un feu sur l'abîme" est l'un des premiers romans qui décrit l'apparition d'une Singularité (une Intelligence artificielle sentiente qui décide de vivre sa vie et de se passer de ses concepteurs). Aujourd'hui les Singularités sont nombreuses en SF, à l'époque c'était l'une des premières (la première ?). Nous lisons aussi le roman qui a décrit de manière crédible un organisme collectif, une intelligence décentralisée dans cinq corps physiques distincts ; je ne peux en dire plus, j'ai déjà trop défloré la chose. Nous découvrons enfin un Univers où les lois physiques ne sont pas aussi stables que dans le nôtre, ce dont les races spatiopérégrines s'accomodent (de toute façon ont-elles le choix ?). Un monument d'inventivité.
"Au tréfonds du ciel" a une tonalité très différente mais, de nouveau regorge d'inventions fascinantes. Vernor Vinge joue avec le temps long (trèèèèès long) et l'utilise dans son intrigue, décrit une race d'arachnides civilisés, invente la notion d'archéologie logicielle (qui paraitra absolument évidente à toute personne qui a un peu pratiqué l'informatique), nous convie à assister à un conflit spatial de grande ampleur, et met en scène une race de commerçants spatiaux au long cours qui doivent s'adapter à tout ce qu'implique le commerce entre civilisations différentes sur des espace de temps de milliers (voire de dizaine de milliers) d'années. Tout ça c'est du bon, du très bon, ce que la SF peut offrir de mieux.
Un feu sur l'abîme, Vernor Vinge
Au tréfonds du ciel, Vernor Vinge

Pourquoi fais-je banquette ?




Qu'il est fort ce Bourdieu! Je suis un bourdieusien convaincu. Il a donné à la sociologie bien plus que des résultats. Il nous a fourni des modes de recherche et des concepts qui sont extrèmement opératoires pour analyser les situation sociales. Il est pour la sociologie un peu comme l'inventeur du microscope pour la biologie.
Ceci posé, de quoi parle cet excellent petit livre. Il cherche à répondre à une question simple mais paradoxale. Pourquoi, dans la société paysanne du Béarn, les ainés des familles paysannes, qui étaient traditionnellement les meilleurs à marier, se retrouvent-ils massivement célibataires à partir de la moitié du 20ème siècle ? La réponse à cette question Bourdieu va la donner en trois périodes. Ce livre est constitué de trois parties, rédigées à plusieurs années d'intervalle. Nous pouvons donc voir la pensée de Bourdieu s'affiner, comme un bon vin. Nous voyons ses concepts se préciser, de nouvelles données devenir nécessaires, et une théorie générale se mettre en place. Même si on ne s'intéresse à la nuptialité des paysans béarnais, ce qu'honnètement je peux comprendre, le "making of" auquel se prête Bourdieu sur le développement de sa pensée est fascinant.
Le bal des célibataires, Pierre Bourdieu

mardi 5 juin 2007

De l'inégalité parmi les sociétés




Jared Diamond explique, au début de ce passionnant ouvrage, qu'il a eu l'idée de commencer ce travail lorsqu'un ami guinéen s'est demandé pourquoi c'était les Blancs qui avaient apporté la modernité (le cargo) en Nouvelle-Guinée, et pas les Noirs qui l'avaient apportée en Europe.
Pour répondre à cette difficile question, l'auteur, professeur de physiologie, a mobilisé les apports de différentes sciences et les a synthétisés. Tous les facteurs favorisant passent au crible de l'analyse de Diamond. Ainsi nous découvrons quel est l'avantage apporté par la disponibilité de graines facilement domesticables, par la proximité d'espèces herbivores qui vont fournir des protéines aux premiers éleveurs et permettre une adaptation progressive aux micro-organismes agressifs. Nous comprenons que la disposition horizontale de la zone euro-asiatique est aussi un avantage car lorsqu'un végétal est domestiqué dans un point de la zone il peut être transplanté ailleurs sans difficulté, la latitude étant sensiblement la même. Diamond montre comment l'écriture se diffuse et permet la mise en place des premiers systèmes proto-administratifs, utiles pour gérer le commerce et la guerre. Et tant d'autres choses que j'oublie. Toutes les hypothèses sont testées, conservées ou abandonnées en fonction des résultats, et on peut voir le raisonnement de l'auteur se construire, passionnant exercice (un peu comme dans César le dictateur démocrate, je reparlerai de cet ouvrage sous peu).
Ce livre ouvrira votre vision des choses et répondra à des questions en apparence simples mais dont les réponses sont complexes. Vous ne l'oublierez pas facilement.
De l'inégalité parmi les sociétés, Jared Diamond

samedi 2 juin 2007

Le facteur sonne toujours deux fois




J'aurais du commencer par ce livre. Il est court mais il est énorme. Court roman épistolaire (j'adore ce genre) situé au moment de l'arrivée des nazis au pouvoir, il conte l'histoire de l'évolution de la relation de deux amis américains, l'un d'origine juive, l'autre d'origine allemande, confrontés à la montée en puissance du nazisme en Allemagne. Je vous épargne le discours pontifiant sur le devoir de mémoire et compagnie. Il faut lire ce livre parce qu'il est très bien écrit, très bien construit, que c'est une histoire de trahison et de vengeance implacable, avec un dénouement extrème. Un très bon livre.
"Inconnu à cette adresse" a été adapté sur scène. Si vous avez l'occasion de le voir, ne la ratez pas. La mise en scène, très inventive, rend vivante et poignante un spectacle qui n'est pourtant à la base que la lecture des lettres dont est formé le roman.
Inconnu à cette adresse, Kressmann Taylor

Ite missa est




Un livre très intelligent qui est en même temps très agréable à lire. Paul Veyne décrit avec force détails ce 4ème siècle qui a vu l'empire romain basculer vers le christianisme. Il nous explique que Constantin est un converti sincèrement croyant qui pense qu'il a pour mission de sauver le monde en le tournant vers le christianisme. Il montre que le christianisme séduit ce grand homme parce que c'est la religion la plus innovante de son temps, une forme d'avant-garde, de l'art contemporain sous forme religieuse. Enfin il explique comment Constantin ne va jamais chercher à convertir les païens (ni de gré ni de force) mais va se contenter d'aider l'Eglise à se développer dans l'empire avec des résultats à long terme (il fait ici une distinction éclairante et féconde entre la religion officielle et la pratique quotidienne de la majorité de la population, la religion de l'habitus).
Le style est drôle et plaisant, pour tout dire peu académique, et les comparaisons Constantin / Lénine, à priori incongrues, sont extrèmement efficaces.
Quand notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne