jeudi 31 mai 2007

Ya quoi ce soir à la télé ?




Excellent petit ouvrage pour toute personne curieuse de la sociologie de Bourdieu. Deux parties. La première décrit de manière très concrète le fonctionnement du champ télévisuel dans sa partie autonome, et au sein de celui de la presse en général. Fort intéressant pour toute personne qui a déja vu la télévision, c'est à dire tout le monde. La seconde partie est un excellent résumé/explication, de la main de Bourdieu même, des concepts centraux de sa théorie générale des champs. Les notions de champ, d'habitus, de pouvoir symbolique, d'illusio, de jeu et de sens du jeu, etc... sont expliquées et illustrées de manière très claire et c'est surement le meilleur ouvrage d'introduction à la sociologie de Bourdieu qu'on puisse trouver. L'analyse en terme de champ peut ensuite être utilisée pour comprendre le fonctionnement d'autres univers sociaux (à ce propos, et par exemple, lire "Les règles de l'art" pour une analyse détaillée du fonctionnement du champ de la production artistique).
Sur la télévision, Pierre Bourdieu

mercredi 30 mai 2007

Rule Britannia




Uchronie. Pour laver l'humiliation de la défaite subie pendant la Pemière Guerre Mondiale la Grande-Bretagne se tourne vers un dictateur autoritaire, John Arthur, qui fonde la Très-Grande-Bretagne (quand on est dans le déclamatoire autant se faire plaisir !). Régime totalitaire fondé sur la terreur, les déportations et le culte de la personnalité. Mais dans ce pays vit un homme qui connait un "infame" secret qui pourrait faire tomber le régime.
Par delà la qualité de l'uchronie, jamais délirante (ce n'est pas "Le meilleur des mondes" et les bébés flacons), c'est la qualité de l'écriture qui émeut. C'est le destin d'un homme, détenteur d'un terrible secret, et qui cherche à comprendre ce qu'est devenu son pays qui passionne. Ce livre est beau, mélancolique, triste parfois. A lire d'urgence (que c'est con cette expression, on dirait que je chronique dans Libé).
Pour aller plus loin "L'âge des lumières", du même auteur, vient d'être traduit. Encore une uchronie, un univers complètement différent, et toujours cette grande qualité d'écriture.
Les îles du soleil, Ian R. MacLeod

lundi 28 mai 2007

L'économie pour les comiques




Freakonomics c'est drôle.
Un économistes américain et un journaliste appliquent les méthodes (en particulier d'analyse statistique) de l'économie à tout un tas de domaines complètement abscons. Ils répondent ainsi de manière rigoureuse à des questions telles que : "Pourquoi les dealers vivent-ils chez leur mère ?", "D'où vient la baisse du taux de criminalité ?", "Comment prouver que les profs falsifient les résultats des évaluations nationales de leurs élèves ?", "Comment travaillent les agents immobiliers ?", "Comment fonctionne le marché des prénoms ?", etc...
Une approche amusante de la méthode économique pour ceux que les champs d'investigation traditionnels de l'économie rebute (il parait qu'il y en a).
Freakonomics, Steven D. Levitt

J'ai encore tiré un double 6 ?




Tu lis Isolation et tu deviens intelligent.
L'intrigue en deux mots : sur notre Terre, isolée nul ne sait comment du reste de l'Univers (c'est une habitude en ce moment, il faut croire que les aliens, voyant comme nous avons bien géré notre écosystème, préfèrent nous tenir à l'écart du leur) un privé est engagé pour enquêter sur une disparition.
Arrivons maintenant à ce qui rend ce livre unique ! Comme nous sommes quelques années dans l'avenir, il est bardé de modules informatiques augmentant artificiellement ses capacités (jusque là rien que de très classique). Pour remplir sa mission il va développer un module expérimental qui lui permet d'influer sur les champs de probabilité. J'explique. Ce soir vous decidez de cambrioler une bijouterie ; il y a une chance minuscule que le bijoutier ait oublié de verrouiller sa porte, il y a une autre chance minuscule qu'il ait oublié de brancher son système d'alarme, il y a une chance qu'aucune patrouille de police ne passe quand vous entrez dans le batiment et qu'aucun passant ne soit présent, il y a enfin une toute petite chance qu'il ait reçu un énorme chargement de diamants non taillés dans l'après-midi qui ne doivent rester qu'une soirée dans la boutique. Si toutes ces chances se réalisent en même temps vous devenez très riche sans coup férir, sans plan préalable, sans acte d'héroïsme ni de talent, simplement en entrant et en vous servant. Toutes ces occurences sont possibles, il suffit d'aller voir pour savoir si elles sont réalisées ; en physique quantique ça s'appelle réduire la fonction d'onde. Et si vous avez la possibilité de choisir les occurences qui vous intéressent, et uniquement celles-là, vous passez, aux yeux d'un observateur extérieur, pour l'homme le plus chanceux du monde. C'est précisément ce talent que développe le héros du livre pour une intrigue unique et inoubliable.
Isolation, Greg Egan

samedi 26 mai 2007

Deux monuments

Même si ce n'est pas du neuf pour moi je ne peux risquer de vous laisser dans l'ignorance de l'existence de ces deux monuments de la littérature de genre. Monuments d'abord par la taille (j'y reviendrai), mais surtout aussi par la qualité de la narration.





Commençons par "Le trône de fer". Monument par la taille : déjà quatre volumes publiés en anglais et trois à suivre jusqu'à la fin de la série (en France ça donne déjà au moins huit volumes, puisqu'il semble que les éditeurs français ne soient pas capables de publier des ouvrages de la même taille que leurs homologues anglo-saxons, à moins que ce ne soit pour de basses raisons mercantiles, je n'ose l'imaginer. Si ?). "Le trône de fer" est un chef-d'oeuvre qui fait immanquablement penser à une avalanche de pierres. A partir d'une intrigue circonscrite à quelques personnages et à quelques lieux se développe une histoire qui englobe tout le monde connu et des dizaines de personnages importants. Comme si un roman qui commençait par une petite histoire dans un village de France en 1912 finissait par raconter l'intégralité de la guerre de 14. Au début donc, nous voyons le duc Ned Stark accepter à contrecoeur la fonction de ministre principal de son ami le roi Robert Baratéon. Tout deux avaient contribué à renverser le roi précédent, un tyran fou et sanguinaire. A partir de cet évènement en apparence trivial, le destin du monde entier va être transformé, et le lecteur est emporté sans pouvoir résister dans le tourbillon qui se déclenche. Pour en savoir plus, courrez et achetez "Le trône de fer".
Note : Pour les personnes allergiques à la magie, il n'y en a que très peu.





Second monument : "L'apprenti assassin". Six volumes en anglais (série close), douze en français (merci messieurs les éditeurs). Cette série est l'antithèse de la précédente. Si "Le trône de fer" c'est du Wagner, alors "L'apprenti assassin" c'est du Chopin. Une longue saga centrée sur un personnage, batard royal, entrainé pour être un assassin au service de la dynastie, le bras armé d'un roi. Doté du pouvoir de se lier à un animal (pouvoir qui peut le conduire au bucher), il formera avec un loup un superbe couple littéraire. Le développement de la personnalité des personnages est d'une extrème qualité. Toutes leurs actions sont cohérentes avec leur personnalité, les doutes et les interrogations de Fitz (l'apprenti assassin) font de lui un des personnages les plus crédibles et les plus attachants que j'ai rencontré dans ma carrière de lecteur, la relation qui l'unit à son loup n'a rien à envier aux grandes passions classiques. En allant chercher "Le trône de fer" pensez à prendre aussi "L'apprenti assassin".
Note : Pour les personnes allergiques à la magie, il n'y en a que très peu.
Le trône de fer, George R R Martin
L'apprenti assassin, Robin Hobb


L'avis d'El JC

mercredi 23 mai 2007

Mon Silverberg préféré




J'adore Robert Silverberg. Ce très prolixe auteur de fantastique met dans ses écrits une nonchalance de branleur californien que je trouve tout à fait exquise (nul autre que Silverberg n'aurait eu l'idée de décrire, dans une nouvelle intitulée "Le dibbouk de Mazel Tov IV", une population d'extraterrestres, d'aspect bovin et dotés d'une fourrure verte, qui se convertit au judaïsme et crée une école rabbinique).
Ce "Livre des Crânes" est un grand roman. Nous suivons le voyage initiatique de quatre étudiants américains vers un monastère, caché dans le désert, dont ils ont découvert l'existence dans un livre ancien. Au bout de ce voyage, l'immortalité, mais pour deux d'entre eux seulement ; le troisième devra se sacrifier, et le quatrième être tué par les deux survivants. Chaque chapitre présente le point de vue d'un personnage et son cheminement intérieur au fur ;-) de l'avancée vers le dénouement. De secrets inavouables en découverte de soi, chaque personnage progresse, comme dans une psychanalyse, vers la révélation de son destin inévitable, de son rôle au sein du quartet. Comme diraient mes amis sociologues, les personnages sont agis par leur histoire personnelle plus qu'ils n'agissent. Le voyage ne fait que les mettre sur la voie qui était tracée pour eux. On peut penser à "Aux coeurs des ténèbres" de Conrad.
Le livre des cranes, Robert Silverberg

A l'attention de François Hollande




François Hollande considère qu'à partir de 4000 € mensuel (par personne, par ménage, il ne sait pas trop) on est riche. Pour l'aider à relativiser la notion, ce petit livre nous invite à visiter en détail la grande bourgeoisie, là où 4000 € est le budget tabac.
Etude sociologique très classique, mais très bien faite, d'un groupe social particulier (les auteurs parlent ici de classe sociale, je dirai pourquoi après), elle met l'accent (dans une approche très bourdieusienne) sur les méthodes qu'utilise la grande bourgeoisie pour convertir ses diverses formes de capital (économique, culturel, social, symbolique) et, surtout, pour les entretenir.
Elle montre comment se créent progressivement des quartiers de bourgeoisie comme il y a des quartiers de noblesse, avec la longévité de la lignée comme déterminant principal dans les deux cas.
Elle met involontairement en évidence la prétention ridicule des petits bourgeois (et dans petit bourgeois, il y a "petit") à singer les attitudes de la grande bourgeoisie en étant toujours dans la faute de goût.
Elle définit enfin la grande bourgeoisie comme la seule classe au sens marxiste du terme existant aujourd'hui car c'est le seul groupe social qui a conscience de ses intérêts et qui est mobilisé pour les satisfaire. Comme le dirait Marx c'est la seule "classe pour soi".
Sociologie de la bourgeoisie, Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot

lundi 21 mai 2007

Spin




Prix Hugo 2006. Dans un monde bien fait je devrais pouvoir m'arrêter là. Mais il y a eu quand même quelques mauvais Hugo (Mars la Verte ?), alors détaillons un peu.
A quelques années d'ici, la Terre se retrouve entourée, en un instant, d'un voile qui la coupe du reste de l'Univers. A l'intérieur de ce voile, le temps est ralenti ; alors que peu d'années semblent passer sur Terre, le système solaire se dirige à grande vitesse vers son extinction. Qui a placé ce voile, comment, pourquoi ?
Spin raconte l'histoire, sur plus de 30 ans, d'une génération qui se sait condamnée, à travers le regard de trois amis qui vont réagir, chacun à leur manière, à cette condamnation collective qui orientera le sens de leur vie. Les trois personnages sont archétypaux (le prètre, le savant, le pragmatique), mais ont beaucoup d'épaisseur propre, suffisamment pour ne pas être de simples ombres chinoises.
Ce livre est hautement recommandable. Les rapports entre les trois personnages principaux en forment la trame (ce qui fait qu'il peut surement plaire à des gens qui ne lisent habituellement pas de fantastique), les soubresauts du monde l'arrière-plan. Les uns comme les autres sont crédibles, le destin de l'humanité ne peut laisser indifférent, l'énigme scientifique passionne et inquiète. La révélation finale est surprenante ; le chemin pour y parvenir, nimbé de plus en plus de nostalgie et de tristesse au fur (Merci Jean Véronis) de l'avancée vers l'extinction, était d'ores et déjà fascinant.
Spin, R C Wilson

L'avis de Munin

L'avis du Traqueur Stellaire

Le Cutty Sark vient de bruler




Ce superbe bateau (ou navire, j'ignore la différence) du 19ème qui est l'une des grandes attractions touristiques de Londres a brulé en cale sèche ce matin. Ca, c'est l'information qui ne se trouve pas dans le "London Companion" car elle date d'aujourd'hui. Dans la prochaine édition peut-être. A part ça, tout y est. Indispensable compagnon des Miscellanées il vous fournira des anecdotes sur la Tour, une liste de grands architectes qui ont façonné la ville, le nom de tous les lieux où est passé Lénine, des informations sur le métro, sur le Grand Incendie, sur la Peste, et j'en oublie. Comme dans les Miscellanées, 150 pages d'informations inutiles mais tellement grisantes à posséder.
Avec cet ouvrage, votre embryon de bibliothèque de toilettes a atteint trois ouvrages (le nombre où le choix de lecture n'est plus binaire). Nous allons donc pour l'instant passer à d'autres domaines.
Spécial dédicace à mon ami Jean Tibéri qui me l'a rapporté de Londres.
The London companion, collectif

dimanche 20 mai 2007

Plus de canard ? Utilisez un manchot !




Parfois on peut vouloir abandonner les Humanités représentées par Mr Schott pour se remettre en phase avec la civilisation scientifique qui est la notre. C'est possible et ludique (important le ludisme dans la culture) grace à "Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?". Le principe est le même que précédemment. Nous sommes aux toilettes et, celles-ci n'étant malheureusement plus publiques depuis l'époque romaine, nous avons tendance à nous y ennuyer ferme. Autant passer agréablement ce temps en lisant. De plus, à l'aide de ce livre, nous sortirons en sachant, par exemple, pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds, pourquoi le fromage fondu fait des fils, comment obtenir des glaçons sans bulles d'air, pourquoi la Superglue ne colle pas dans son tube, et plus de 100 autres réponses à des questions essentielles. Ne restons pas dans l'ignorance !
Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?, collectif

A coté du Canard WC, et plus utile

Pour placer d'entrée de jeu les prétentions culturelles de ce blog à un niveau élevé, il m'a semblé indispensable de commencer par quelques ouvrages dont la présence dans les toilettes en fait un lieu où il fait bon se (re)poser quelques minutes, à l'abri de la frénésie du monde moderne.
Attaquons donc cette séquence avec l'indispensable "Miscellanées de Mr Schott" !





Succès de librairie de l'an passé "Les miscellanées de Mr Schott", oeuvre comme son nom l'indique de Ben Schott, est l'archétype de l'excellent ouvrage pour lieu d'aisance. Disant tout sur tout, et surtout sur rien, il permet d'apprendre quelques perles totalement inutiles, à réutiliser pour briller dans les diners. Petit billet après petit billet, nous découvrons donc une table de conversion de Celsius en Farenheit, la liste de quelques chevaux célèbres et de quelques popstars prématurément décédées (c'est à dire mortes), les prénoms des soeurs Brontë, les différentes appartions d'Alfred Hitchcock dans ses films, les couleurs avec lesquelles on éclaire l'empire State Building en différentes occasions festives, etc... Il y en a sur 150 pages. De quoi y revenir souvent sans s'ennuyer.
Les miscellanées de Mr Schott, Ben Schott

samedi 19 mai 2007

Quoi de neuf sur ma pile ?

Le titre de ce blog est en partie mensonger, et j'en suis totalement responsable.
Il parlera, bien sûr, de nouveaux livres qui viennent d'atterrir sur ma pile, mais aussi de livres qui en ont rejoint depuis longtemps les strates géologiques profondes.
Il parlera aussi, à l'occasion, de choses qui me plaisent ou de choses qui m'énervent. A la réflexion, surtout de choses qui m'énervent.