mardi 20 novembre 2007

On ne naît pas émasculé, on le devient


Loin de toute volonté polémique (elle s'est faite seule et sans moi) je voudrais dire deux mots de ce petit opuscule.
"Le premier sexe" dénonce puis explique, ou tente d'expliquer, la "féminisation de la société", à commencer par celle des hommes, mais le sujet central de ce livre est plutôt les conséquences de cette féminisation.
Pour comprendre ce livre il ne faut pas perdre de vue qu'Eric Zemmour est, à la base, un journaliste politique et que, de ce fait, ses préoccupations centrales sont politiques. Que l'épilation masculine l'exaspère c'est une évidence, mais pourquoi est-ce le cas ?
Dans "La notion de politique", Carl Schmitt développe longuement la thèse suivant laquelle le coeur du politique est la discrimination entre l'ami et l'ennemi. Cette discrimination m'a toujours semblé être le moteur de l'Histoire. Les "barbares", éthymologiquement, sont ceux qui parlent par borborygmes et qui ne peuvent visiblement pas être humains comme nous.
Or, tétanisée par la boucherie de 14-18 et le génocide juif, l'Europe a voulu devenir impuissante et n'avoir plus que des amis. Volonté inconsciente sans doute, mais à l'oeuvre depuis tant de décennies qu'elle ne peut être fortuite. Impuissante sur le plan géopolitique, peu active dans l'orientation économique du monde, l'Union Européenne, qui est le dernier avatar de cette civilisation, en vient à théoriser l'impuissance comme une vertu illustrée sans cesse par le recours incantatoire au droit et aux organismes internationaux. Notre civilisation est lettrée et cultivée, or dans l'Histoire ce sont toujours, in fine, les barbares qui gagnent.
L'illustration, pour Zemmour, de ce changement est fournie par la féminisation des valeurs centrales de cohésion. Car, comme l'a montré Freud, là où le père sépare, la mère rassemble (d'ailleurs dans notre monde il n'y a plus de pères, il n'y a plus que des papas, pour les mamans cela fait longtemps que la bascule a eu lieu, il me semblait pourtant que papa et maman étaient de nature vocative). Ce que regrette Zemmour c'est la sexualité active voire "agressive" des hommes qui pouvait ensuite se prolonger dans une préhension active de la politique. Une société d'hommes impuissants ne peut être puissante sur la scène mondiale, dans un monde qui, par ailleurs, n'a pas renoncé à la puissance. Malek Chebel ne dit pas autre chose quand il dit que les nouveaux convertis viennent chercher dans l'Islam sa "virilité". L'Histoire finit de nous quitter et pendant ce temps, l'Europe se satisfait d'elle-même comme un aveugle qui se dirait que, de toute façon, il n'y avait plus rien d'intéressant à voir. Si, comme Zemmour, cette réalité vous afflige, dites-vous qu'il reste un dernier espoir de durer, faute de faire, car nous avons des réserves accumulées, et donc comme l'écrivait Cioran : "Il se peut que l’Europe occidentale ait la chance de connaître une agonie plus longue que prévu !".
Le premier sexe, Eric Zemmour

3 commentaires:

Androide M a dit…

Ah, je m'étais promis de le lire celui la ! En particulier car j'adore les interventions de Mr Zemmour, que je trouve souvent d'une grande pertinence, puis le sujet m'interesse et me concerne. Mais avant d'en faire l'achat je crois que je vais me procurer Amours de J.Attali, comme une sorte de préambule historique de 250 pages, qui plus est, a priori véritablement interessant !

Anonyme a dit…

A moins de garder une version optimiste et de se dire que l'Europe réussira à féminiser le monde?
C'est un peu la thèse de ce cuistre d'E. Todd avec la convergence des indicateurs démographiques entre les civilisations non?
[APL]

PS: Carl Schmitt et Cioran dans ce post, manque plus que Spengler, Céline, Drieu et Rebatet et le club des "décadentistes" sera au complet!

Gromovar a dit…

@ APL Je me disais bien que quelqu'un allait chouiner ;-)

@Androide Quand vous l'aurez lu il faudra nous en faire un petit résumé